Manifeste sans idée !
Ou comment les syndicats voudraient rouler les gens dans
la farine.
Les manifestations orchestrées par les dirigeants syndicaux réunis, le jeudi 28 octobre et le samedi 6 novembre 2010, étaient un enterrement affligeant : l’enterrement du mouvement contre la réforme des retraites, avec des sonos à fond, des fumées et des cris, abrutissants. Quel paradoxe : nous étions censés nous réunir, mais voilà qu’il était impossible d’entendre la moindre parole, pas même son propre enthousiasme. Face à une telle cacophonie, comment ne pas conclure que les gens dans la rue n’auraient rien à dire ? Alors oui, les médias peuvent annoncer la fin des « mouvements sociaux » et le « retour à la normale ». Nous ne voyons pas comment on peut avoir envie de manifester dans ces conditions. Nous sommes donc partis : il n’y a pas de place pour la pensée et la discussion dans ces rassemblements.
Dorénavant, la « musique » sera interdite de manifestation. Si nous voulons nous faire entendre, déclarons-nous nous-mêmes.
Malgré leurs annonces publiques, les dirigeants syndicaux prononcent ainsi, clairement, la fin du mouvement : tout est fichu ! Ils organisent le renoncement et la défaite des luttes politiques (voir par exemple ce qu’ils font avec le mouvement des sans papiers), à l’unisson de l’État et des gouvernements successifs. Qu’a-t-on entendu pendant ces derniers mois de la part des dirigeants syndicaux ? Négociations, et non retrait de la réforme, ni de la loi. Qu’entend-on à présent qu’ils ont décidé que c’était fini ? On verra en 2012, c’est-à-dire lors des prochaines élections. Cela donne aux gens un sentiment d’impuissance.
L’État prétend agir en fonction de ce que veulent les français : et visiblement il y a de moins en moins de français pour Sarkozy !! D’ailleurs il y a des lois pour ça ! Qui sont donc ces millions de gens qui défilent dans les rues ? Pour les dirigeants syndicaux, ce sont ceux qui suivent, c’est la base : « l’opinion publique » qui est derrière eux, et que l’on peut maîtriser, compter, chiffrer, sonder. D’ailleurs il y a les médias pour ça ! Ces catégories ne sont pas les nôtres : d’un côté elles séparent les gens, les opposent, de l’autre elles supposent que les gens ne pensent pas. Nous ne suivons personne et combattons les opinions. Nous affirmons :
- les Français ont raison de manifester et peuvent se sentir fiers s’ils sont un exemple ;
- la retraite à 60 ans ce n’est pas irréaliste, c’est un choix que l’on peut faire, y compris économiquement ;
- s’il est vrai que l’on vit plus longtemps, alors doit correspondre un allongement de la retraite et non de l’activité salariée ;
- la loi est injuste car encore une fois ce sont bien les pauvres qui seront les plus touchés, les riches ne verront même pas la différence !
Pourquoi être là ?
D’abord nous convoque le courage des gens qui ont entamé une grève longue et tenace, en bloquant les routes, les dépôts de carburant, et pas seulement, les supermarchés, les lycées, les facultés... Face à cela : le cynisme du gouvernement et le grand gâchis syndical. Plus que jamais il ne faut pas se laisser décourager et renoncer en décrétant que le retrait de la loi est désormais impossible. Nous sommes certes dans l’urgence d’une situation qui empire de mois en mois, avec des lois terribles pour les gens, l’appareil répressif pour les faire appliquer, et un réel danger pour les personnes considérées comme étrangères au pays. L’effervescence de ces dernières semaines en témoigne. Mais il ne s’agit pas seulement d’un face à face avec le gouvernement, et encore moins de qui a gagné ou perdu. De toute façon cette mise à la casse ne date pas d’hier et ne s’arrêtera certainement pas là. Décidons alors de notre propre durée : le calendrier du gouvernement, les réunions et les communiqués des syndicats, les élections ne sont pas notre affaire. Soutenons les points précis sur lesquels nous ne céderons pas, contre l’amnésie des réformes qui passent, de l’actualité, et contre le cloisonnement des luttes (une loi concerne tous les habitants d’un pays, pas seulement ceux qu’elle persécute).
Manifestons
avec des idées !
Collectif Octobre 2010