Qui vive ? Le communisme !
![]()
« une question intimidante, une question que personne encore au
monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle :
Qui vive ?… » Julien Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la
délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme
commun à tous dans l’avenir. »
Richard Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je
suis communiste. » Gerard Manley Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons
au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non
pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » Bertolt Brecht (1932)
« Il a existé des communes et des communistes de tout
temps ; il en existera toujours. »
John Steinbeck (1936)
« Je suis communiste
par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme
intelligent. » James Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété
africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles,
précieuses, originales de la doctrine. » Aimé Césaire (1956)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le
vrai nom du réel comme impossible. » Alain Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas
ne pas être communiste. » Bernard Sobel (2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique
diffusé
le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction :
François Nicolas [ƒNi]
Numéro 8 : 23 octobre 2011
(fichier format
pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/8.pdf)
« Je suis d’un
village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et
à la carrière, aiment bien le communisme. »
Mahmoud Darwich (1964)
![]()
Ce numéro est moins
fourni que les précédents : cette semaine, le temps m’a manqué.
J’ai cependant choisi
de le diffuser en ce format réduit pour ne pas remettre à plus tard ce qui me
semblait mériter d’être immédiatement répercuté.
Sommaire :
Libye................................................................................................................................................. 3
Le meurtre de Kadhafi – Quelques mots de Cécile Winter.............................................................. 3
Israël/Palestine................................................................................................................................. 4
Gilad Shalit ? Le point de vue d’Alain Gresh.................................................................................. 4
La France d’aujourd’hui !............................................................................................................... 5
Toulouse........................................................................................................................................ 5
François Hollande.......................................................................................................................... 6
Analyse du capitalisme..................................................................................................................... 7
Le gros de la crise reste à venir…................................................................................................... 7
Mémoire du communisme............................................................................................................... 10
Bertolt Brecht : « Longtemps j’ai cherché la
vérité » (1933)......................................................... 10
Parution......................................................................................................................................... 11
Alain Badiou : Le réveil de l’Histoire............................................................................................ 11
« Esquisse du communisme (les singularités de sa dialectique
égalité/liberté) » (suite)................... 12
II.3 Retour à nos questions........................................................................................................... 12
*******
Quelques
mots consécutifs au meurtre de M. Kadhafi, mots peut-être superflus mais
peut-être pas, tant sont sérieux la propagande et le consensus colonial ici.
Si M. Kadhafi a été attaqué ce n'est pas pour ce qu'il a fait de mauvais!
Un simple coup d'œil au-delà du Sahara vous en convaincra puisque
« dictatures », tortures, emprisonnements, assassinats des opposants
et terrorisme armé sont la règle de la part de régimes tout à fait amis de la
France, régimes soutenus et quand il le faut établis (cf. Côte d'Ivoire) ou
rétablis au pouvoir par elle au prix du sang (exemple: guerre civile au Congo
Brazzaville). Ben Ali et Moubarak (et Kadhafi jusqu'il y a peu) étaient aussi
des amis auxquels il n'y avait rien à redire.
Mais
plutôt pour ce qu'il a fait de bien !
Redistribution chez lui d'une partie des bénéfices du pétrole
-contrairement à ce qui se passe dans toute l'Afrique noire- et plus récemment
mise en avant du thème de l'unité africaine(aussi honni et ridiculisé dans nos
pays que le thème de l'unité européenne est « vertueux ») et
utilisation de fonds au profit du développement africain (projet de satellite
de communication, d'une banque africaine...). Kadhafi est très populaire en Afrique noire, autant
qu'il l'est peu ici, point qui pourrait être réfléchi comme tel. Il serait
aussi utile de lire son discours de 2009 à l'ONU, guère mentionné dans nos médias
ces derniers jours. On le trouve (ce n'est pas un hasard) en septième position
quand on tape sur le web: discours de Kadhafi à l'ONU, publié dans son intégralité
par une organisation togolaise:
http://lajuda.blogspot.com/2011/03/nous-avons-decide-de-publier-le.html
Bien
sûr les circonstances de sa mort et les suites immédiates méritent d'être
commentées: bombardement de l'OTAN (qui ne savait qu'il y était, donc l'OTAN
bombarde des convois comme çà, au hasard...), bonhomme livré ensuite à la
« vindicte populaire » du groupe armé qui l'achève (procédé courant dans
la guerre civile russe, mais en bien d'autres lieux, où les prisonniers rouges
mouraient tailladés par leur escorte), corps exposé (mais pas dans la capitale,
où au détour d'une phrase dans « Libération » on apprend que des
« quartiers pauvres » lui seraient favorables); ensuite il sera
enterré en lieu secret pour
« éviter les pèlerinages » (de qui, des nombreux sectateurs du
dictateur honni?). Une belle victoire de la France.
L'important
me semble être d'attirer l'attention sur le caractère colonial de la conjoncture,
particulièrement en France, et son sceau d'abaissement spécifique sur les
esprits. La question coloniale n'est pas du tout une question de mémoire ou de
livres d'histoire. Il faut noter rapidement à cet égard:
—
que la colonisation de l'Afrique noire est récente -après la Commune de
Paris-: liée à la naissance et au développement de « la gauche » à
laquelle elle reste fondamentalement liée ;
—
que la première vague de lutte anticoloniale et pour l'indépendance du
milieu des années 40 au début des années 70 a été défaite par les procédés les
plus radicaux -victoire du gaullisme- et que s'est installée dans l'ex-Afrique
française une nouvelle forme de domination coloniale plus sinistre à beaucoup
d'égards (exception de la victoire en Algérie, voir à cet égard la situation et
l'esprit revanchard d'aujourd'hui);
—
qu'il faut bien sûr reprendre les choses de là, alors que la situation de
crise et de déclin européen exacerbe tant la pression coloniale en Afrique que
la passion coloniale ici.
Il
s'agit donc non d'une question d'école et ou de passé mais d'une question
devant nous qui colore et colorera les années -décades?- à venir.
*
Gilad
Shalit, les prisonniers palestiniens et le « sang sur les mains »
mardi 18 octobre 2011, par Alain
Gresh
On ne peut que
se féliciter, sur le plan humain, de la libération de l’« otage » Gilad
Shalit, rendu à sa famille et à ses proches après cinq ans de captivité. On
peut toutefois s’étonner de la place accordée à cet événement par nombre de
médias, avec des envoyés spéciaux dans son village natal, attendant son retour,
interrogeant les habitants, partageant l’émotion générale.
Si la joie des Palestiniens est également montrée – et
c’est une bonne chose –, on partage en revanche rarement celle d’une
famille précise, celle d’une femme retrouvant son mari (certains prisonniers
croupissaient dans les geôles israéliennes depuis plus de trente ans – j’ai
bien dit trente ans –, un tiers ont été arrêtés avant les accords
d’Oslo de 1993), d’un fils retrouvant son père dont il ne se remémore même pas
le visage.
L’une des remarques qui reviennent sans cesse dans les
médias est que ces gens que l’on libère ont « du sang sur les
mains ». Il est étonnant de voir ainsi repris l’un des thèmes
de la propagande israélienne, qui parle, elle, de « sang juif sur les
mains ».
Oui, nombre de prisonniers ont participé à des actions
contre des militaires et même des civils israéliens. C’était aussi le cas des
combattants du Front de libération nationale (FLN) algérien et du Congrès
national africain (ANC) sud-africain : tous deux ont menés des actions
armées, tous deux ont commis des actes « terroristes » (attaques
contre des cafés, des civils, etc.). Nelson Mandela, présenté aujourd’hui comme
une sorte d’icône du pacifisme, était considéré comme un terroriste par les
Etats-Unis et le Royaume-Uni ; Amnesty International avait refusé de
l’adopter comme « prisonnier de conscience » parce qu’il prônait la
violence.
La question essentielle qui ne sera pas posée :
est-ce que l’attaque contre Gaza de décembre 2008, durant laquelle des crimes
de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis, ne signifie pas que
l’armée israélienne a « du sang sur les mains » ? Sans parler de
l’invasion du Liban de 1982, qui a fait des milliers de victimes civiles, ou de
la guerre contre ce même pays en 2006,
qui a causé 1 400 morts.
L’un des arguments les plus fallacieux utilisés concernant
les prisonniers palestiniens est qu’ils sont passés devant des tribunaux,
qu’Israël est un pays démocratique, que sa justice est indépendante, etc. Tous
ceux qui connaissent un peu le système judiciaire de ce pays savent que cela
est parfaitement faux – sans même parler des prisonniers “administratifs”, que
l’on maintient en détention sans procès, mais « légalement ». Ce
serait un sujet intéressant pour les médias d’enquêter là-dessus.
Pour revenir sur
l’émotion qui semble saisir les médias occidentaux devant la libération de
Shalit, espérons qu’ils feront preuve de la même compassion pour le
Franco-Palestinien Salah Hamouri, emprisonné depuis bientôt sept ans à la suite
d’un procès qui était ainsi résumé par Alain
Juppé, ministre français des affaires étrangères : « Je déplore que les
autorités israéliennes n’aient pas pris de décision de remise de peine,
d’autant que les aveux faits à l’audience n’ont été corroborés par aucun
élément de preuve. Je mesure la peine de sa famille, alors qu’il est à présent
en âge de s’investir dans des études. Je comprends également que l’intéressé a
fait le choix de ne pas solliciter de demande de grâce. C’est une attitude respectable. » Et que de nombreuses chaînes de télévision
couvriront en direct sa libération...
Nous vous faisons parvenir un texte intitulé "IL FAUT DEFENDRE
LES ENFANTS, C'EST NOTRE RESPONSABILITE" (également téléchargeable
sur notre site)
Nous allons le mettre en débat dans les quartiers populaires, à la
sortie des écoles, en centre ville.
Si vous voulez y participer, contactez-nous, consulter le site pour être
au courant des rendez-vous,
http://ouvriersgensdici.free.fr
http://www.ouvriersgensdici.net
Tél. : 06-13-06-94-62
IL FAUT
DEFENDRE LES ENFANTS, C’EST NOTRE RESPONSABILITE.
Un Ministre de l’Intérieur qui accuse les
« enfants d’immigrés » de faire baisser le niveau scolaire des
autres,
Un Ministre de l’Éducation qui veut des l’âge de 5 ans
trier les enfants entre ceux pour qui il n’y a « rien à signaler »,
ceux qui seraient « à risque » et ceux qui seraient « à haut
risque »,
Des classes surpeuplées, la suppression des
dispositifs d’aide comme les RASED,
Une politique de mépris des parents et des enfants (on
a même vu des policiers enlever à des mamans Rom leurs bébés qu’elles
allaitaient, sous prétexte que, devant mendier pour vivre, elles ne pouvaient
pas s’en occuper !)
Voilà quelques exemples de la façon dont nos enfants
sont considérés : comme des charges, des ratés, des inutiles, des futurs
délinquants, « inassimilables » et dangereux.
Nous disons : Ça suffit ! Les enfants des
quartiers populaires sont des enfants du pays. Nous refusons qu’ils soient exclus,
méprisés, maltraités, discriminés. Nous sommes des habitants des quartiers
populaires, adultes avec ou sans enfants, et nous avons décidé de prendre la
parole pour défendre les enfants de nos quartiers, et au-delà, tous les enfants
du pays. Parce que si nous, nous ne nous levons pas pour les défendre, pour
leur permettre d’être fiers d’eux et de se construire un avenir, qui le
fera ? Les enfants, c’est le pays en devenir : suivant comment on les
traite et les forme, c’est déjà mettre en œuvre le pays que l’on veut.
Nous nous sommes réunis et nous avons dégagé 4 points
sur lesquels nous vous proposons de réfléchir, de discuter, et d’agir :
1°) Si des enfants sont en échec à l’école, ce
n’est pas la responsabilité des parents : c’est à
l’école que les enfants passent le plus clair de leur temps et c’est à l’école
de faire le nécessaire pour permettre aux enfants d’apprendre dans de bonnes
conditions. Il faut arrêter de culpabiliser les parents et les enfants en échec :
si on dit sans arrêt à un enfant qu’il est nul, il ne va sûrement pas
progresser. Si l’institution dénigre sans arrêt ses parents, le traite toujours
lui et sa famille comme des étrangers, il aura beaucoup de mal à se sentir
« intégré » ! Beaucoup d’enseignants se battent contre ça, mais
ils ne peuvent pas tout : Il faut se mêler de ce qui se passe à l’école,
pour que les enfants puissent y étudier correctement. L’école est un lieu de
vie et de formation, elle est à tous les habitants.
2°) Étranger, c’est un statut administratif. Même si
certains d’entre nous ne sont pas français, nous sommes tous d’ici : on
n’est pas étranger au pays, ni nous, ni nos enfants. C’est très important de
penser cela, parce que la façon dont chacun se considère va modifier le regard
des autres. L’état veut trier les gens, y compris les enfants, les habituer à
l’idée qu’ils ne peuvent pas vivre ensemble, qu’ils ne peuvent pas s’entendre.
Si on se pense étranger au pays, on prépare et on justifie la ségrégation.
Français ou non, nous sommes tous d’ici, nous devons compter à égalité avec
n’importe qui d’autre dans le pays. Affirmer cela permet d’éviter la mise à
l’écart et les affrontements .
3°) On n’a pas à avoir honte de nous-mêmes. Il n’y a
pas de honte à être pauvre, ni à avoir du mal à l’école, ni à être étranger ou
à ne pas avoir de papiers en règle. Être ouvrier, travailler durement pour
nourrir sa famille, ne pas avoir de travail, ou être précaire, ce n’est pas
honteux. Mais maltraiter des enfants, les insulter, les mépriser, cela oui,
c’est honteux ! S’engager pour les enfants, pas seulement les siens, mais
tous les enfants, pour qu’ils soient respectés et traités correctement, voilà
un motif de fierté.
4°) Ce qui se passe, c’est de notre responsabilité. Si nous,
les adultes, on ne se lève pas pour défendre les enfants, qui le fera ?
Les attaques sont violentes, nombreuses. Beaucoup de parents sont dépassés,
démunis, commencent à baisser les bras et à se désespérer. Beaucoup d’enfants
se dégoûtent, pensent qu’ils n’y arriveront jamais, ne font plus d’efforts, ou
se conduisent mal... Il est plus que temps de réagir ! C’est pour ça qu’on
s’est réunis et qu’on a fait ce premier texte, avec les 4 points.
Ces 4 points sont des principes, des guides pour
intervenir dans les situations concrètes. Mais ils sont aussi à discuter en
tant que tels, pour que chacun s’en empare, prenne position et les fasse vivre.
Nous nous sommes organisés pour mener une campagne là-dessus dans les
quartiers, devant les écoles, les marchés, etc...Venez nous y rencontrer,
discuter, y participer, voir ensemble comment faire avancer ces principes dans
les situations concrètes. C’est le seul chemin pour devenir capables
d’affronter la situation, et mettre en place un travail pour défendre les
enfants ! C’est ce qui peut permettre à la jeunesse de se structurer de manière
positive.
Des gens
qui veulent le Pays pour Tous
Dimanche soir, à la Maison de l'Amérique latine,
François Hollande lance : «Ce n’est que le premier jour d’un long
chemin qui nous mènera ensemble jusqu’en mai 2012» avant de rendre hommage au
PS et d’égrainer les années de victoire de la gauche, 1936, 1956, 1981, 1988…
Je semble le seul à
remarquer « 1956 » (Guy Mollet !) coincé entre Léon Blum et
François Mitterrand.
Petit rappel (pour les
plus jeunes…) : en janvier 1956, victoire du « Front
républicain » dirigé par les Socialistes qui va associer l’octroi d’une
troisième semaine de congés payés à la relance de la guerre d’Algérie
(« pleins pouvoirs » conduisant à la « Bataille d’Alger »
de Massu, gagnée grâce – entre autres – à la torture) et à l’expédition
coloniale franco-britannique de Suez contre Nasser.
La relance du
colonialisme associée à la distribution de quelques avantages sociaux est bien
la marque de fabrique de ce que « République » veut dire, depuis la
III° du nom et sous la férule de la « Gauche » française…
Trois notes récentes de Natixis/Artus viennent opportunément
le rappeler : l’avenir est à l’inflation, la rivalité croissante
États-Unis/Europe, et la baisse des salaires…



« Ceux qui furent
aux choses n’en disent point l’usure ni la cendre. » Saint-John-Perse
Trad. de Gilbert Badia et Claude Duchet
|
Longtemps j’ai cherché la vérité |
Ich
habe lange die Wahrheit gesucht |
|
1 |
1 |
|
Longtemps j’ai cherché la vérité sur la façon dont vivent les hommes entre eux |
Ich habe lange die Wahrheit gesucht
über das Leben der Menschen untereinander |
|
Cette vie est très embrouillée et difficile à comprendre |
Dieses Leben ist sehr verwickelt und
schwer verständlich |
|
J’ai travaillé dur pour la comprendre, et puis |
Ich habe hart gearbeitet, um es zu
verstehen, und dann |
|
J’ai dit la vérité, comme je l’avais découverte. |
Habe ich die Wahrheit gesagt, so wie
ich sie gefunden hatte. |
|
2 |
2 |
|
Lorsque j’eus dit cette vérité, si difficile à découvrir |
Als ich die Wahrheit gesagt hatte,
die so schwer zu finden war |
|
C’était une vérité générale, que beaucoup proclamaient |
Da war es eine allgemeine Wahrheit,
die viele sagten |
|
(Et tous ne la trouvent pas si difficile). |
(Und nicht alle so schwer finden). |
|
3 |
3 |
|
Peu après vinrent de grandes masses de gens armés de pistolets qu’on leur avait offerts |
Kurze Zeit darauf kamen Leute her in
großen Massen mit geschenkten Pistolen |
|
Ils tirèrent aveuglément autour d’eux sur tous ceux qui, trop pauvres, ne portaient pas de chapeau |
Und schossen blind um sich auf alle,
die keinen Hut aufhatten aus Armut |
|
Et tous ceux qui avaient dit la vérité sur eux et sur leurs bailleurs de fonds |
Und alle, die die Wahrheit gesagt
hatten über sie und ihre Geldgeber |
|
Ils les chassèrent du pays la quatorzième année de notre demi-République. |
Trieben sie aus dem Land im
vierzehnten Jahre der halben Republik. |
|
4 |
4 |
|
À moi ils me prirent ma petite maison et ma voiture |
Mir nahmen sie mein kleines Haus und
meinem Wagen |
|
Que j’avais durement gagnées. |
Die ich schwer verdient hatte. |
|
(Mes meubles je pus encore les sauver.) |
(Meine Möbel konnte ich noch retten.) |
|
5 |
5 |
|
Quand je franchis la frontière, je songeais : |
Als ich über die Grenze fuhr, dachte
ich: |
|
Plus encore que ma maison, la vérité me fait besoin |
Mehr als mein Haus brauche ich die
Wahrheit. |
|
Mais de ma maison aussi j’ai besoin. Et de ce jour |
Aber ich brauche auch mein Haus. Und
seitdem |
|
La vérité pour moi est comme un maison et une voiture. |
Ist die Wahrheit für mich wie ein
haus und ein wagen. |
|
Et on s’en est saisi. |
Und man hat sie genommen. |
« Derrière un présent brisé des deux côtés,
tu réveilleras l'Histoire »

Mahmoud Darwich (2004)

J’ai déjà présenté ce livre (Qui-vive n°1). Disons-en un peu plus.
Ce livre, d’abord, est un livre original, rédigé pour
l’occasion, et ne se compose donc pas comme un simple recueil de textes
antérieurs. Ceci lui autorise une trajectoire, tendue par les
« circonstances ».
Le thème du « réveil de l’Histoire » y est associé
à celui d’un « réveil de l’Idée » auquel le livre entend contribuer
en déployant une théorie de l’émeute - sous formes de trois types : l’émeute immédiate/latente/historique – qui va déboucher, via un « communisme de
mouvement » (non de parti), sur la nécessité renouvelée, en cette période
« intervallaire », d’une organisation.
Chemin faisant, le livre relève que l’enthousiasme propre
aux récents soulèvements de Tunisie et d’Égypte (la Libye ne relève clairement
pas de cette logique politique) procédait d’une sorte de dictature (celle de la
volonté générale clairement reconnue comme telle par tous) plutôt que du
décompte « démocratique » d’une majorité de voix (tout de même qu’une
vérité mathématique peut enthousiasmer celui qui la découvre au nom même du
fait que cette vérité s’impose à lui sans échappatoire possible, et dépose
« dictatorialement » toute liberté d’opinion).
Le point d’arrivée de ce parcours analytico-théorique se
concentre dans la difficile question de l’organisation politique : « le
moment de l’organisation est de loin le moment le plus difficile » (105).
Au total, un livre de
circonstance qui prend date !
*
[ƒNi] Suites d’une réflexion prévue entre trois grandes parties. Ici le
premier chapitre de la deuxième partie…
I. Esquisse d’une
articulation communiste entre égalité et liberté
I.1 Hypothèse de départ (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/2.htm)
I.2 Esquisse mathématique (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/3.htm)
I.3 Retour à notre espace de travail (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/4.htm)
I.4 Esquisse d’une articulation
entre égalité commune et liberté en commun (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/5.htm)
II. Différentes étapes du processus communiste
II.1 L’exemple de mai 1968 (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/6.htm)
II.2 Notion mathématique de
quotient
II.3 Retour à nos questions
Notre espace de travail mai 68 nous a montré qu’il faut penser tout processus effectif de libération au
pluriel, non au singulier : le soulèvement de 68 produit des
libertés – où « liberté » reste entendue comme la capacité
d’agir (de manière autonome et conséquente) d’un nouveau collectif (le
collectif ne préexiste bien sûr pas à cette capacité et à cette action :
il se met à exister pour autant qu’il se met à agir) – plutôt qu’il n’engendre
« une » liberté ; et, comme on l’a vu, tel est bien un
des enjeux des grandes manifestations « unitaires » :
édifie-t-on une liberté globale, et si on y procède, est-ce par somme de
plusieurs libertés locales ?
On pressent que la réponse ne peut être que négative :
c’est bien en ce point que joue la question proprement politique de la direction du mouvement de libération, question qu’on va tenter
d’investir et d’éclairer avec notre nouvelle notion mathématique de quotient.
Posons d’abord qu’après une telle manifestation-somme,
s’ouvre le moment de la réunion politique. C’est là en effet que va se discuter
et se penser collectivement les effets propres à l’unité-somme affirmée par la
manifestation ; c’est par là que la libération de cette nouvelle puissance
collective affirmée par la manifestation va pouvoir éprouver ses conséquences.
Bref, vient nécessairement le moment d’une réunion pour penser, dans les
nouvelles conditions : « Et maintenant, que faire ? Quelles sont
les tâches politiques de l’heure du point du collectif qui s’est affirmé dans
la rue ? »
Demandons-nous pour cela : est-ce que ce moment de la
réunion politique qui suit nécessairement toute manifestation aurait quelque
chose à voir avec une sorte de quotient ?. Plus exactement, cette réunion serait-elle le quotient de cette
somme qu’a été la manifestation ?
Quotient, on l’a vu,
veut dire relation d’équivalence entre éléments de la manifestation. Concevoir
la réunion qui suit la manifestation comme une manière de la quotienter selon
une relation d’équivalence veut dire l’articulation de deux partis pris :
1.
partitionner la population ayant manifesté en classes
d’équivalence (du type « catégories sociales » ou « lieux géographiques »
ou « appartenances institutionnelles ») en sorte qu’un étudiant de
Jussieu équivaille à un autre, un ouvrier de Chausson équivaille à un autre, un
permanent Cgt équivaille à un autre.
Remarquons ici qu’un point de vue
plus transversal considérant qu’un étudiant de Jussieu équivaut à un ouvrier de
Chausson et à un permanent Cgt reviendrait cette fois à considérer que chacun
équivaut à tout autre et que l’humanité toute entière ne forme qu’une seule
classe d’équivalence. Il suffirait dans ce cas de tirer au sort un certain
nombre d’individus quelconques pour représenter l’humanité toute entière et
composer la réunion voulue. Le point – on y reviendra – est qu’une telle
relation d’équivalence généralisée n’est nullement « isomorphe » à notre
principe d’égalité : elle ne vaut pas égalité communiste mais simple
équivalence indifférente (d’où l’indifférence ici à des inscriptions concrètes
qu’un tel processus ne saurait négliger : au regard d’une grève à
Chausson, la particularité « être ouvrier de Chausson » ne saurait
être purement et simplement ignorée).
2.
faire une projection de ces classes d’équivalence selon
une section transverse en sélectionnant un membre par classe d’équivalence
ainsi reconnue, membre qui en deviendra dans la réunion le représentant en
sorte qu’au total, la réunion sera la réunion des représentants.
On reconnaît bien là la logique commune des réunions de
coordination ou tout simplement des réunions d’appareil. Le point-clef sur
lequel un tel quotient opère, point en général non discuté – encore moins par
la manifestation-somme – tient alors à la relation d’équivalence ici mobilisée
implicitement et qui sert de base à la projection du corps collectif bigarré en
une délégation restreinte.
Tout le point est alors que le principe d’une telle relation
d’équivalence est en général assez largement hétérogène à la logique politique
de libération qu’il s’agit alors d’organiser : il est bien difficile, en
effet, surtout dans un processus politique novateur, inventif, créateur d’un
nouveau collectif, de poser qu’un point de vue politique « équivaut »
à un autre si bien que l’équivalence ici retenue va opérer sur des critères
socio-géographico-institutionnels plutôt qu’à proprement parler
politiques : il y aura (au mieux) un étudiant par faculté, un ouvrier par
usine, et plus classiquement un dirigeant par appareil.
On saisit la torsion : la manifestation est quotientée
selon des critères qui ne relèvent pas de sa propre nouveauté politique ;
la manifestation autonome se trouve fibrée de manière hétéronome, selon des
critères pour elle a priori et nullement
sui generis.
C’est finalement en ce point de fond (bien plus qu’au point
plus formel précédemment relevé : celui d’un ordre linéaire de la
manifestation) que le principe moteur d’égalité se trouve ici contré et
partiellement contredit.
L’idée va être la suivante : s’il est vrai que la
liberté conquise et matérialisée par la manifestation doit tirer ses propres
conséquences sous forme d’une réunion de bilan – elle le doit car, comme on l’a
vu, il en va d’une véritable liberté d’être responsable de ses actes et d’en
tirer rigoureusement toute conséquence -, le processus même de convocation et
de composition de cette réunion ne saurait prendre la forme de ce quotient qui
procède d’une relation d’équivalence essentiellement exogène et hétéronome à la
manifestation en question (relation a priori, préalablement existante et
plaquée sur l’espace politiquement original que constitue la manifestation
émancipatrice). Appelons quotient représentatif ce type de quotient et notons qu’il contredit, au moins localement, le
principe-égalité et qu’il instaure donc une tension rétroactive de cette
liberté collective neuve et fragile sur ses conditions initiales d’égalité.
Qu’il y ait contradiction ne constitue bien sûr pas un motif
en soi de récusation de cette figure du quotient représentatif : le processus global du communisme est dialectique
donc contradictoire et ce serait dogmatisme égalitaire que de récuser par
principe toute possibilité locale ou temporaire d’un tel quotient
représentatif. Le point est que déployer la figure du quotient sous le
paradigme de la représentation (représentation adossée à une relation
d’équivalence préexistante venant fibrer la manifestation selon une
classification exogène) inscrit notre réunion politique sous la figure
tutélaire d’une simple réunion de coordination, ce qui constitue une voie de
garage pour notre processus.
Concernant le moment organisateur suivant la manifestation,
on se trouverait donc condamné au dilemme de la réunion de coordination
(quotient représentatif) ou de la pure et simple A.G. (quotient trivial où
l’ensemble-quotient d’arrivée est identique à l’ensemble de définition :
l’AG n’est plus que la manifestation dispersée).
On va une fois de plus aller chercher une nouvelle idée du
côté de la mathématique qui va nous la fournir sous forme d’une nouvelle
notion, liée aux précédentes, notion venant spécifier un type de particulier de
quotient : la notion de conoyau.
Que ce terme mathématique de conoyau puisse résonner/raisonner (entrer en raisonance) avec celui, politique, de noyau (qui a été d’une importance considérable dans le
travail politique de l’UCF-ml) constitue une grâce imprévue !