Qui vive ?  Le communisme !

 

 

« une question intimidante, une question que personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive ?… » Julien Gracq

 

«  La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la délivrance vers le communisme. » Richard Wagner (1849)

« La notion de Communisme, idéal politico-social d’un organisme commun à tous dans l’avenir… » Richard Wagner (1871)

« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. » Gerard Manley Hopkins (1871)

« Il a existé des communes et des communistes de tout temps ; il en existera toujours. » John Steinbeck (1936)

« Je suis communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme intelligent. »  James Agee (1939)

« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)

« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » Alain Badiou (2011)

« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être communiste. » Bernard Sobel (2011)

 

Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique

diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)

Rédaction : François Nicolas [ƒNi]

 


 

Numéro 5 : 2 octobre 2011

 

(fichier format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/5.pdf)

 

 

« Il arrive, il arrive une fois toutes les je ne sais combien d’années, qu’un homme fasse appel au monde entier. La victoire qu’il s’agit de remporter devant changer le monde, il faut alors changer le monde pour la remporter. »

Howard Fast (Spartacus, 1951)

 

Sommaire :

Syrie................................................................................................................................................. 3

Apparition d’une opposition armée ?............................................................................................. 3

Égypte.............................................................................................................................................. 6

Manifestations d’enseignants.......................................................................................................... 6

Afrique........................................................................................................................................... 12

L’Afrique, enjeu croissant des rivalités États-Unis/Chine…........................................................... 12

Libye............................................................................................................................................... 17

Une affaire aussi de pétrole…....................................................................................................... 17

États-Unis....................................................................................................................................... 18

Des « indignés » anti-capitalistes…............................................................................................... 18

La France d’aujourd’hui !............................................................................................................. 19

Effervescence lycéenne................................................................................................................ 19

Appel du foyer Procession, ce jeudi à Paris.................................................................................. 20

Des enseignants luttent contre la suppression des postes…............................................................ 22

Analyse du capitalisme................................................................................................................... 23

Techniquement convaincant…..................................................................................................... 23

Mémoire du communisme............................................................................................................... 25

Communisme américain (3) – Howard Fast.................................................................................. 25

Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à penser…...................................... 26

La question de la poésie (1° partie)............................................................................................... 26

« Esquisse d’une articulation communiste entre égalité et liberté » (4° partie)............................. 28

IV. Esquisse d’une articulation entre égalité commune et liberté en commun............................... 28

*******

Syrie

Apparition d’une opposition armée ?

Tournant ?, vers une vraie guerre civile ?, préparant une intervention occidentale ?

 

http://printempsarabe.blog.lemonde.fr

 

27 septembre 2011

L’armée libre de Syrie veut armer la rébellion

 

L'enterrement de cinq membres des forces de sécurité syriennes à Homs, le 26 septembre 2011

 

Longtemps confinée à l'état de rumeur, l'apparition d'une opposition armée au régime du président Bachar Al-Assad en Syrie se précise. Ces dernières semaines, des journalistes occidentaux sont entrés en contact avec des soldats séditieux réunis au sein de groupements armés.

Un responsable américain interrogé par le New York Times, estime le nombre de défections au sein de l'armée syrienne à 10 000 "environ", dont quelques centaines se seraient réunis au sein de deux groupes, apparemment rivaux : l'Armée syrienne libre et le Mouvement des officiers libres. Selon Nir Rosen, correspondant d'Al-Jazira, ils pourraient avoir, ensemble, tué 700 membres des forces de sécurité lors d'embuscades et de combats.

La journaliste du Washington Post Liz Sly est entrée en contact avec l'Armée syrienne libre : "pour le moment, l'entité fantôme semble principalement reposer sur de grandes ambitions, une page Facebook et un nombre relativement restreint de soldats séditieux qui ont trouvé refuge aux frontières de la Turquie et du Liban ou parmi les civils dans les villes syriennes". Mais, ils revendiquent déjà sur leur page Facebook de nombreux faits d'armes, certains semblant exagérément héroïques.

"C'est le début d'une révolte armée", a confié au Washington Post le général Riad Assad, le chef de cette armée dissidente, qui a fait sédition de l'armée de l'air en juillet avant de se réfugier en Turquie. "Il est impossible de venir à bout de ce régime si ce n'est par la force et le bain de sang", a-t-il confié par téléphone depuis la frontière syro-turque.

 

Sur la page Facebook de L'Armée syrienne libre

 

"L'armée syrienne libre n'est pas une organisation ou un mouvement ayant des objectifs politiques. Elle est une alternative à l'armée servant le régime. Nous sommes au service de la volonté du peuple et défendons leurs droits et leurs aspirations à une vie libre, décente et à la transition vers une démocratie civile (...)"

Ainsi, ce groupe énigmatique entend "s'accaparer une portion du territoire dans le nord de la Syrie, s'assurer une protection internationale sous la forme d'une zone d'exclusion aérienne, se procurer des armes auprès des pays amis et lancer une opération de grande envergure pour renverser le gouvernement Al-Assad, sur le modèle de la révolution libyenne", poursuit la journaliste.

 

HOMS, FOYER DE LA RÉVOLTE ARMÉE

Des manifestants anti-régime à Homs appellent à une intervention des pays arabes et à des actes de la part du premier ministre turc Erdogan.

 

Selon les diplomates et les militants, l'Armée syrienne libre est présente dans plusieurs endroits en Syrie : à Homs, Djebel Zawiya près de la frontière turque et Deir El-Zour notamment. La ville de Homs, située à 160 km au nord de Damas, est devenue, avec Rastan, l'un des foyers de cette résistance armée. La présence de ces soldats déserteurs organisés seraient à l'origine des opérations militaires lancées par les forces de sécurité du régime ces deux dernières semaines.

Le correspondant d'Al-Jazira, Nir Rosen, les a rencontré lors d'un reportage sur place. "Après la Libye, nombreux sont ceux qui pensent que ça a été une erreur de faire une révolution pacifique et que s'ils avaient fait comme les Libyens, ils seraient libres désormais", lui confie Abou Omar. Entré dans l'opposition en 2007, il assure désormais la coordination de ces soldats séditieux, qu'il décrit ainsi : "ils sont généralement jeunes, libéraux et ne croient pas en Dounya TV (la chaîne de télévision pro-régime). Ils ont réalisé qu'il n'y avait pas de justice dans l'armée, qu'ils ne peuvent pas y être promus. Ils voient ce qui arrive aux gens, à leurs familles".

 

A Al-Houla, dans la province de Homs, des soldats déclarent leur ralliement à la brigade Khaled Ben Al-Walid, le 27 septembre (vidéo sur la page Facebook de l'Armée syrienne libre).

La ville de Homs abrite la célèbre brigade Khaled Ben Al-Walid du bataillon des Officiers libres. "Nous sommes des officiers libres rejetant l'oppression du peuple et nous protégeons les innocents", se présente le premier lieutenant Mohammed Abdelaziz Tlass de la 5e brigade des forces spéciales. Ils estiment le nombre de déserteurs présents à Homs à 500 environ, en majorité originaires de la ville. La plupart ont fait défection sans leurs armes et n'ont que des grenades RPG.

Ces déserteurs assurent pour le moment la protection des manifestants contre les opérations des forces de sécurité et des milices du régime. Ils ne disposent pas encore des capacités nécessaires pour mener de larges opérations. Toutefois, ils ont déjà quelques faits d'armes à leur actif. La première opération remonte au 20 juin, affirme le lieutenant Tlass. En protégeant une manifestation, ils ont tué au moins six membres des forces de sécurité. "Cela nous touche quand ils sont tués. Ils ne savent pas pourquoi ils se battent", confie Abou Omar.

 

ARMER LA RÉVOLUTION

Au cours des sept semaines qu'il a passées en Syrie, Nir Rosen dit avoir été témoin "d'un thème de plus en plus présent dans le discours de l'opposition : un appel pour une réponse armée coordonnée à la répression du gouvernement, menée par l'opposition au sein de la Syrie". La déception est grande au sein de la contestation de n'avoir pas réussi à infléchir le rapport de force lors du mois du Ramadan ; tous questionnent désormais la possibilité de renverser le régime par des moyens pacifiques.

Mais, les discussions vont bon train sur l'opportunité d'appeler publiquement à une révolte armée. "Notre révolution est pacifique et nous n'avons pas d'armes mais le temps est venu d'armer la révolution, surtout après la Libye", estime un soldat. Il appelle à l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, seul moyen selon lui d'encourager les désertions d'unités entières de soldats, qui n'auront plus à craindre une risposte d'envergure du régime. Un appel que Nir Rosen entend jusque dans les slogans des manifestations à Homs, le 28 août.

 

Même constat à Harasta, dans la banlieue de Damas, où le journaliste s'est rendu le 25 août. "A la fin, on ne peut pas se libérer sans armes", lui a confié un chef de l'opposition. "C'est nécessaire mais il faut que ça vienne de l'armée, pas du peuple : il nous faut des défections". Ils comptent sur les soldats sunnites, nombreux au sein de l'armée, à la différence des forces d'élite dominées par les Alaouites.

Des soldats séditieux et des militants locaux assurent que les défections se font désormais quotidiennes, encouragées par les embuscades menées par ces brigades rebelles. Certains soldats ont assuré au Washington Post avoir des relais au sein de l'armée pour se fournir en kalachnikovs, grenades RPG et fusils antiaériens. La multiplication de rapports sur des saisies d'armes aux frontières libanaise et irakienne indique qu'ils se fournissent également par la contrebande.

 

PAS ENCORE UN TOURNANT

"Nous ne voulons pas que Homs devienne le scénario type pour le reste de la Syrie. Si c'était le cas, tout pourrait sombrer dans une situation plus que chaotique", a indiqué un responsable américain au New York Times.

Mais, l'ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, tempère ces craintes auprès du Washington Post. "Je ne pense pas que leur nombre soit suffisant pour avoir un impact d'une façon ou d'une autre sur le gouvernement ou sur la compétition entre les manifestants et le gouvernement", estime-t-il. Aucun de ces groupements ne dispose à l'heure actuelle d'une force suffisante pour s'emparer d'une ville.

"La grande majorité des manifestations demeurent désarmées et la vaste majorité des manifestants sont désarmés", poursuit l'ambassadeur. Une appréciation partagée par le journaliste Nir Rosen, selon qui une majorité de l'opposition sur le terrain reste pacifique et sans armes. "Pour certains, c'est une question de principe ou de stratégie ; pour la plupart, c'est simplement parce qu'ils n'ont pas accès à des armes qui seraient utiles contre les forces de sécurité syriennes", analyse-t-il.

Mais, il y a des indications selon lesquelles l'Armée syrienne libre notamment grossit et s'organise. Le groupe a annoncé la formation de 12 bataillons dans tous le pays qui annoncent régulièrement leurs actions sur leur page Facebook. Les informations sur des combats armés ainsi que des embuscades contre l'armée à Homs, dans la banlieue de Damas, dans la région méridionale du Houran et à la frontière avec la Turquie se multiplient.

Si la dimension armée de la révolte devient plus notable ces dernières semaines, "je ne dirais pas que nous sommes à un tournant, mais il me semble que nous sommes au début de cela", confie un diplomate au New York Times. Un tel tournant pourrait être amorcé après une nouvelle action de répression violente.

Égypte

Manifestations d’enseignants

http://snony.wordpress.com/2011/09/27/la-revolution-sinvite-a-lecole

 

La révolution s’invite à l’école

27 septembre 2011

par Sylvie Nony

 

En ce jour de grève historique de l’éducation en France, le sujet s’impose.

D’autant que ce samedi 24 septembre, malgré la loi d’urgence et pour la deuxième fois depuis la rentrée scolaire (qui a eu lieu le 18 septembre), les enseignants des premier et second degrés se sont massivement rassemblés devant le Matignon égyptien (majliss al-wazara), rue Qasr el-Eyny.  Forts d’une grève réussie à un taux qui oscille entre 50 et 85% selon les gouvernorats d’après les organisateurs (2,88% selon le communiqué du ministère datant du 21/09), ils sont venus en bus par milliers de toutes les régions, à l’exception de celles qui organisaient leurs propres rassemblements.

Les revendications sont résumées sur le calicot ci-contre qui émane de l’union des enseignants de la partie orientale du pays : « Nous voulons la justice sociale. La réforme de l’enseignement passe par une organisation éducative qui ramène les élèves <au respect> des structures scolaires, garantissant une vie digne aux enseignants, rendant illégitime <le recours> aux cours particuliers et élevant le niveau professionnel de l’enseignement par la formation continue ».

 

Ces revendications sont assorties de demandes substantielles d’augmentation de salaires, actuellement autour de 800 LE (moins de 100 euros) pour atteindre le double ou le triple au plus vite.

Pendant qu’Abd el-Nasser Ismaïl, le secrétaire général de l’Union des enseignants égyptiens  [1] (à gauche de la tribune sur la photo) fait son discours, je retrouve au milieu de la foule Hala, que j’avais eu l’occasion d’interviewer le 1er mai dernier en tant que jeune responsable de ce nouveau syndicat, pour la revue Nouveaux regards [2]

 

Pendant que nous parlons ensemble, un collègue vient lui annoncer que la délégation qui était partie au ministère de l’Éducation (près de Saad Zaghloul) a été prise à partie par la police militaire et que plusieurs membres sont blessés.

Pour Hala, les revendications des enseignants sont inchangées depuis les premiers jours de la révolution. Ce qui change, c’est le succès grandissant de leurs initiatives auprès des enseignants, leur large écho dans la société civile et ce malgré la « défection » d’une de ses composantes non négligeable : la Confrérie des Frères Musulmans qui a condamné, la semaine précédente, le recours à la grève (« les Frères brisent la grève », titrait le Masry al-Youm du 22/09). Hala m’énumère avec fierté tous les partis qui sont venus les soutenir depuis le matin : le Parti des travailleurs démocrates,  celui de l’Alliance socialiste, le parti égyptien démocratique,  le mouvement du 6 Avril, les Socialistes révolutionnaires, et l’Union des jeunes révolutionnaires.

 

"Une année scolaire sans enseignant", promet cette banderole

 

Il faut dire que dans ce pays à la démographie galopante, les conséquences de la politique d’abandon total du secteur public par le gouvernement pendant des décennies sont catastrophiques. Redresser la barre aujourd’hui est un très grand défi. Deux millions d’enseignants qui exigent une augmentation légitime (et minimale) de l’ordre de 1000 LE par mois, cela fait au bas mot près de 4 milliards de dollars à ajouter au budget annuel. Un sacrifice qui n’a rien d’impossible étant donné les richesses potentielles de ce pays et les fortunes que les vautours de l’ancien régime ont empochées (le patrimoine de la famille Moubarak serait de l’ordre de 50 milliards de dollars, par exemple). Le jeu en vaut la chandelle et l’idée que la question éducative est un pivot de la réussite des changements en cours dans le pays s’impose de plus en plus.

L’argent n’est pas le seul problème et ce n’est pas la moindre des originalités de ce mouvement que de mettre en avant les problèmes pédagogiques et éducatifs au premier rang de ses revendications : les relations maître-élève gangrénées par la peur, par les cours particuliers, par la ségrégation sociale.

C’est ce qu’explique avec beaucoup de lucidité Hala, qui enseigne les sciences au niveau équivalent à notre collège, dans l’interview dont je reproduis des extraits ci-dessous (avec l’aimable autorisation de la rédaction de NR bien entendu).

 

Quand et comment est né votre syndicat ?

Il y a quatre ans, en 2006, un fort mouvement de revendication a eu lieu parmi les enseignants égyptiens, suite à la parution d’une loi-cadre qui prétendait revaloriser la profession et augmenter la qualité de l’éducation. Le principe de cette loi était au départ plus ou moins accepté, tant la situation de notre système éducatif est catastrophique. Mais il est apparu que les augmentations de salaires promises seraient dépendantes des résultats à un examen auquel toute la profession a été soumise. Trois « échelons » d’enseignants ont ainsi été crées (ordinaire, expert, supérieur), associés à trois niveaux de salaire.

Sans formation, sans remise à niveau préalable y compris pédagogique, cet examen a été vivement contesté dans son contenu même : des questions ambiguës, y compris dans les épreuves de connaissances, une épreuve d’arabe à laquelle personne n’était préparé et surtout un examen hors contexte qui n’avait rien à voir avec la réalité du terrain, réalité que d’ailleurs, les examinateurs ne connaissaient pas.

A partir de là, des petites associations se sont organisées pour rassembler les enseignants, défendre leurs droits, contre l’avis du syndicat officiel , le « Syndicat des métiers de l’enseignement » (auquel l’adhésion était obligatoire avant la révolution). On nous impose une obligation de résultats, avec parfois 70 élèves par classe, aucun moyen pédagogique, ni laboratoires ni techniques modernes de communication et des salaires tellement insignifiants que de nombreux enseignants ont recours au cours particuliers pour pouvoir vivre dignement.

 

La grève est légitime, légitime .... contre la pauvreté et la faim

 

J’ai participé pour ma part à la création de l’association « Union des enseignants de Gizeh, et ensuite nous avons tissé des liens avec d’autres associations similaires dans tous les gouvernorats d’Égypte en menant des actions communes contre cette loi. Nous avons vite compris qu’elle débouchait sur une privatisation de l’école publique puisqu’à l’issue de l’évaluation, les écoles qui ne rentraient pas dans le « cadre » avaient cinq ans pour se mettre à niveau, à la suite de quoi un nouvel audit pouvait décider de la fermeture de l’école. On estime à 75% le taux d’écoles concernées par cette menace, principalement les écoles situées dans les quartiers défavorisés et les bidonvilles où il n’y a aucune création de structures nouvelles depuis des années et qui voient leurs effectifs augmenter de façon exponentielle. La qualité de l’enseignement y est déplorable et en cas de fermeture, il n’y a plus aucun service public pour les pauvres. Nous avons essayé de communiquer à la population, que cette politique de négligence des écoles était voulue, que le gouvernement voulait se débarrasser de ces écoles et les vendre. Qui allait alors se charger des enfants ? Le projet de loi-cadre est maintenant suspendu depuis la révolution mais il n’y a pas encore de visibilité pour la suite. Nous avons donc crée un syndicat indépendant puisque le syndicat officiel ne se préoccupe ni des enseignants, ni du système éducatif.

 

Grève des enseignants et personnels administratifs jusqu'à satisfaction de nos revendications légitimes

 

Il y a effectivement eu de nombreuses campagnes de presse pour dénigrer les enseignants et dénoncer ce système de cours privés. Mais il faut savoir qu’ici un enseignant débutant démarre avec un salaire mensuel de 500 L.E. (60 €) et les contractuels gagent 100 L.E. (12 €), ils démarrent même à 80 ! La moyenne nationale officielle des effectifs par classe est de 41 élèves, chiffre non vérifiable. Pour ma part j’enseigne en collège dans le quartier d’al-Waraq, près d’Imbaba. Les classes sont de 65 à 70 élèves et après 18 ans de carrière, et après avoir réussi à l’examen-cadre, je gagne 1000 L.E. par mois (120 €). Le niveau de salaire est la première cause de ces cours particuliers qui appauvrissent les relations entre enseignants et élèves et contribuent à la diminution de la qualité de l’enseignement. L’enseignement en classe avec nos effectifs se réduit à du magistral et les cours particuliers sont des répétitions centrées sur le « par cœur ». Le but de notre syndicat est de rassembler tous les personnels, titulaires et non titulaires, du premier et du second degré afin d’être une force qui fasse entendre nos droits et de développer un enseignement public de qualité, pour tous les enfants de 4 à 16 ans, gratuit et sous l’égide du gouvernement, car c’est ce qui fonde l’égalité des enfants. Ce qui existe aujourd’hui est une mascarade qui a l’apparence d’une école publique.

 

Il y a de nombreuses écoles, collèges et lycées, de type privé, qui se développent en Égypte. Que pensez-vous de cette situation ?

Ces écoles privées sont souvent de type idéologique, ce qui provoque un éclatement du système. Maintenant n’importe qui ayant un appartement de deux ou trois pièces peut en faire une crèche. Avec deux ou trois appartements dans un immeuble on peut faire une école ou un collège, sans cour, sans lumière, sans jeux, sans laboratoire, et on entasse les enfants dans des salles trop petites.

 

Regroupements en fin d'après midi, autour des bus

 

Il y a aussi des écoles d’un autre standing, avec une cour et un laboratoire, qui proposent quelques activités plus éducatives, des excursions. Elles coûtent environ 4 à 5000 L.E. par an et par enfant aux familles. Et il y a aussi les écoles d’investissement où l’on trouve tous les moyens, piscines, stades, laboratoires, et qui proposent l’accès à des diplômes étrangers. L’inscription annuelle dans ces écoles coûte entre 10 et 50 000 L.E.. A chaque niveau social son niveau d’école et il n’y a pas une orientation unique. Le système d’enseignement est défiguré.

 

Que pensez-vous de l’enseignement de la religion dans le système public ?

Question dangereuse (sourires gênés…). Pour nous, ce n’est pas un problème qu’il y ait des cours de religion, mais pas de la manière dont ils se font en ce moment. Dans les cours actuels, les enfants musulmans sont séparés des enfants chrétiens et cela crée une division. Ces cours devraient être communs et montrer l’unité de la nation. « Nous sommes tous des égyptiens »[3].

 

Enseignants de l'école technique du quartier Hamra

 

Quelles réformes préconise votre nouveau syndicat ?

Il faudrait aussi revoir les programmes car lorsqu’ils s’alourdissent, ils favorisent le « par cœur ». Il faut notamment davantage de soutien aux activités artistiques qui, dans l’esprit actuel, sont considérées comme une perte de temps et dénigrées par les directeurs d’école.

Il faut d’autre part agir pour élever le niveau de conscience professionnelle des personnels. Cela permettra aussi aux élèves d’avoir les moyens de la critique et de la création afin de devenir des adultes confirmés. Si je fais aujourd’hui un débat en classe, c’est la cacophonie car les élèves ne savent pas dialoguer. Pour l’essentiel cela est dû à la peur de s’exprimer : en parlant tous en même temps, ils évitent que l’enseignant n’entende leur opinion. Ces relations enseignant-élèves basées sur la peur sont une des choses les plus importantes à changer. La peur règne aussi entre les enseignants et leur hiérarchie et notre syndicat veut aider à former les enseignants pour qu’ils acquièrent cette capacité à parler avec leur hiérarchie comme avec leurs élèves.

 

Avez-vous rencontré votre ministre de tutelle et quelles sont les premières décisions que vous souhaitez qu’il prenne ?

Oui, nous l’avons rencontré et nous essayons de lui « mettre la pression ». Il a beaucoup de problèmes à gérer mais nous voudrions que sans attendre, il règle la question des enseignants vacataires qui sont sous-payés et que personne n’a défendus jusque là. Il a suspendu la loi-cadre mais il doit d’urgence clarifier la situation créée par cette loi : les trois échelons crées se superposent à l’ancien système d’avancement et il faut aussi revoir l’ensemble de la carrière des fonctionnaires. Il faut d’urgence un plan de revalorisation professionnelle pour les deux millions d’enseignants égyptiens et c’est pour cette raison que nous avons fait une grève le 6 mars dernier. Nous voulons aussi que notre ministre s’oppose aux campagnes de dénigrement des enseignants et pose les bases d’une véritable recherche de solutions, avec objectivité. Enfin il faut un plan de restructuration des directions. Quand nous avons distribué des tracts pour le 6 mars certains directeurs les ont saisis et les ont transmis à une commission en menaçant les enseignants. Ils avaient peur de la « Sûreté[4] » et ils n’ont pas réalisé que celle-ci a été dissoute. Il faut changer ces relations et préciser nos droits.

 

Que pensez-vous de la révolution aujourd’hui, des changements en cours dans le pays ?

Il y a beaucoup d’analphabètes dans le pays qui étaient convaincus, avant la révolution, de ne pas pouvoir se faire entendre. Maintenant si, et nous sentons que nos appels commencent à avoir de l’écho. Les gens essayent de comprendre ce qui se passe, même si la mobilisation est encore timide. Les choses changent et il y a de plus en plus de gens qui osent se mettre en mouvement. Il faut comprendre qu’ils avaient l’habitude d’avoir un guide et que depuis le départ de Moubarak, ils se sentent parfois orphelins. C’est encore le cas de nos collègues âgés et de nos directions.

Pour ma part, j’étais de toutes les manifestations depuis le 25 janvier, et nous sommes parfois partis à 50 000 depuis Imbaba, en affrontant les barrages de police pour aller à Tahrir. Aujourd’hui nous allons participer à notre premier rassemblement de la fête du travail. Nous avions fait une tentative avec d’autres organisations le 1er mai 2009, mais nous avions été réprimés par la police. Aujourd’hui nous sommes libres.

(Le Caire, le 1er mai)

 

[1] Le syndicat indépendant des enseignants. Page Facebook du syndicat (en arabe) : « La voix de l’Union des enseignants égyptiens » (sout ittihâd al-mu’alimiyn al-misriyin)

http://www.facebook.com/#!/home.php?sk=group_26440176779

[2] C’est la revue de l’Institut de Recherche de la FSU. Le numéro 52 contient un dossier complet sur les révolutions arabes et plus particulièrement égyptienne

[3] slogan célèbre pendant la révolution suite aux exactions contre les chrétiens et aux tentatives de division qui les ont suivies.

[4] La tristement célèbre « Sûreté de l’état » (amn ad-dawla).

Afrique

L’Afrique, enjeu croissant des rivalités États-Unis/Chine…

Ci-suit un article discutable dans sa méthode (la politique y serait simplement l’effet mécanique des intérêts économiques, en l’occurrence énergétiques…) mais qui a pour mérite d’attirer l’attention sur la croissance des rivalités interimpérialistes en Afrique.

Une future guerre États-Unis/Chine se préparerait sourdement en Afrique…

 

La guerre de l’OTAN contre la Libye est dirigée contre la Chine

AFRICOM et la menace sur la sécurité énergétique nationale de la Chine

 

Par F. William Engdahl

Le 27 septembre 2011

www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=ENG20110927&articleId=26809

 

 

La décision prise de Washington pour l’OTAN de bombarder la Libye de Kadhafi et de la soumettre à ses diktats ces derniers mois, ceci à un coût estimé d’au moins un milliard de dollars qui seront épongés par le contribuable américain, n’a pas grand chose à voir avec ce que le gouvernement d’Obama proclame être une “mission de protection de civils innocents”. En réalité, ceci fait partie d’un plus vaste plan stratégique de l’OTAN et du Pentagone en particulier de contrôler le talon d’Achille de la Chine, à savoir sa dépendance stratégique en de grands volumes d’importation de pétrole brut et de gaz. Aujourd’hui, la Chine est le second importateur de pétrole au monde derrière les Etats-Unis et le fossé se comble rapidement.

 

Si nous regardons attentivement une carte de l’Afrique et si nous observons l’organisation africaine du nouveau commandement africain du Pentagone AFRICOM, il émerge que la stratégie est de contrôler une des ressources stratégiques les plus importantes de la Chine en ce qui concerne le pétrole et les matières premières.

La campagne de Libye de l’OTAN est au sujet du pétrole et rien que du pétrole; mais pas à propos de contrôler le brut de haute qualité libyen (demandant peu de raffinage), parce que les Etats-Unis sont nerveux à propos de sources d’approvisionnement étrangères. C’est plutôt au sujet du contrôle de l’accès de la Chine à des importations de brut de longue durée depuis l’Afrique et le Moyen-Orient. En d’autres termes, tout ceci est au sujet de contrôler la Chine elle-même.

La Libye est bordée au nord par la Mer Méditerranée, directement de l’autre côté de l’Italie, dont la compagnie pétrolière ENI a été le contracteur étranger le plus important en Libye pendant des années. A l’Ouest, la Libye est bordée par la Tunisie et l’Algérie; au sud par le Tchad, à l’Est, elle est bordée par à la fois l’Égypte et le Soudan (aujourd’hui le Soudan et le Soudan du sud). Ceci devrait en dire long sur l’importance  stratégique à long terme de la Libye pour l’AFRICOM et le Pentagone quant à leur possibilité de contrôle de l’Afrique et de ses ressources et quel pays est capable d’obtenir ces ressources.

La Libye de Kadhafi a maintenu un contrôle étatique strict sur ses réserves très importantes de pétrole brut de haute qualité. D’après des données d’étude datant de 2006, la Libye possède les plus grosses réserves pétrolières du continent africain, environ 35% de plus que celles estimées du Nigeria. Les concessions d’exploitation de ce pétrole ont été étendues aux compagnies pétrolières d’état chinoise et russe ainsi qu’à d’autres ces dernières années.

De manière attendue, un porte-parole de la soi-disante opposition qui clame victoire sur Kadhafi, Abdel Jalil Mayouf, le représentant en Relation Publique de la firme pétrolière libyenne AGOCO, a dit à l’agence Reuters: “Nous n’avons aucun problème avec les entreprises occidentales comme celles de l’Italie, la France ou du Royaume-Uni; mais nous pourrions avoir quelques problèmes politiques avec celles venant de Russie, de Chine et du Brésil.” La Chine, la Russie et le Brésil se sont soit opposés aux sanctions de l’ONU sur la Libye ou ont fait pression pour la résolution du conflit en interne et un arrêt des bombardements de l’OTAN.

Comme je l’ai déjà détaillé auparavant, Kadhafi, ancien adhérent du socialisme pan-arabe dans la ligne de l’Egyptien Gamal Nasser, a utilisé les revenus du pétrole pour améliorer de beaucoup les conditions de vie de ses compatriotes. Les soins médicaux étaient gratuits tout comme l’était l’éducation. Chaque famille libyenne recevait une bourse d’état de 50 000 US$ afin d’acheter une nouvelle maison et tous les prêts bancaires étaient en accord avec les lois anti-usurières de l’islam, et donc sans taux d’intérêt. L’État n’était pas non plus endetté. Ce n’est seulement qu’au prix d’une corruption forcenée et d’une infiltration massive dans l’Est du pays, que la CIA, le MI6 et les autres agences de renseignement de l’OTAN ont pu, au coût de plus d’un milliard de dollars et de bombardements massifs des populations civiles par les forces de l’OTAN, déstabiliser les liens entre Kadhafi et son peuple.

Pourquoi donc l’OTAN et le pentagone ont-ils mené une campagne si meurtrière sur un pays souverain ? Une évidence est que cela servait à encercler les ressources énergétiques et de matières premières de la Chine sur le continent en en Afrique du nord.

 

L’alerte du Pentagone à propos de la Chine

Pas à pas depuis ces dernières années, Washington a commencé à créer la perception que la Chine, qui était “le très cher ami et allié de l’Amérique” il y a encore moins de dix ans, était en train de devenir la plus grande menace pour la paix mondiale le tout à cause de son énorme expansion économique. Dépeindre la Chine comme le “nouvel ennemi” a été compliqué car Washington est dépendant de la Chine pour qu’elle achète la part du lion de sa dette gouvernementale sous forme d’obligations et bons du trésor.

En Août, le pentagone a publié pour le congrès son rapport annuel sur le statut militaire de la Chine. Cette année, ce rapport a déclenché des sonnettes d’alarme stridentes à travers la Chine. Le rapport stipule entre autres choses, que “depuis la dernière décennie, l’armée chinoise a bénéficié d’investissements robustes en terme de matériel moderne et de technologie. Bon nombre de systèmes modernes ont atteint un bon niveau de maturité et d’autres seront opérationnels dans quelques années”, a dit le pentagone dans ce rapport. Il a aussi ajouté qu’ “il y a une certaine incertitude sur comment la Chine va utiliser ses capacités croissantes… La Chine comme majeur acteur international peut très bien se dresser comme une caractéristique stratégique de ce début de XXIème siècle.”

Dans un intervalle de peut-être deux à cinq ans, selon comment le reste du monde réagit et joue ses cartes, la République Populaire de Chine émergera dans les médias européens sous contrôle comme étant la nouvelle “Allemagne hitlérienne”. Si cela est peut-être difficile à croire aujourd’hui, réfléchissez un peu comment cela a été fait avec l’ancien allié et ami de Washington Hosni Moubarak et même auparavant avec Saddam Hussein. En Juin de cette année, l’ancien secrétaire d’état à la marine et maintenant Sénateur américain pour la Virginie, James Webb, a surpris beaucoup de monde à Pékin quand il déclara à la presse que la Chine était en train d’approcher ce qu’il appelait “un moment de Munich”, quand Washington devra décider de garder un équilibre stratégique, ce en référence à la crise de 1938 sur la Tchécoslovaquie, quand Chamberlain opta pour l’apaisement avec Hitler sur la question des Sudètes. Webb ajouta: “Si vous regardez les dix dernières années, le vainqueur stratégique a été la Chine”.

Le même rouleau compresseur propagandiste du Pentagone, emmené par CNN, BBC, le New York Times et le Guardian de Londres, va obtenir les ficelles subtiles de la part de Washington pour “peindre la Chine et ses leaders en noir”. La Chine devient bien trop puissante et bien trop indépendante pour beaucoup à Washington et à Wall Street. Pour contrôler cela et par dessus tout la dépendance énergétique de la Chine, ses imports de pétrole ont été identifiés comme étant son talon d’Achille. L’affaire libyenne est un coup monté directement pour frapper ce talon d’Achille.

 

L’introduction de la Chine en Afrique

L’implication des compagnies énergétiques et d’imports de matières premières chinoises à travers le continent africain est devenue une cause majeure de souci pour Washington où une attitude de négligence maligne a dominé la politique africaine depuis l’ère de la guerre froide. Comme ses besoins énergétiques futurs étaient devenus évidents depuis plusieurs années, la Chine a commencé une véritable et dominante diplomatie économique en Afrique, qui s’est vraiment développée depuis 2006 lorsque Pékin a littéralement déroulé le tapis rouge pour les chefs d’état de plus de quarante pays africains et discuté de très larges sections de relations commerciales avec ces pays. Rien n’était plus important pour Pékin que de sécuriser de futures ressources pétrolières pour la forte industrialisation de la Chine dans son ensemble. La China fit donc mouvement vers des pays abandonnés par leurs anciennes puissances coloniales européennes comme la France, le Royaume-Uni ou le Portugal.

Le Tchad par exemple est un cas d’école. Un des pays les plus pauvres et les plus isolés d’Afrique; le Tchad fut courtisé par Pékin qui rétablit les relations diplomatiques avec ce pays en 2006. 



En Octobre 2007, le géant du pétrole d’état chinois CNPC signa un contrat pour construire une raffinerie de pétrole en conjonction avec le gouvernement tchadien. Deux ans plus tard, ils commencèrent la construction d’un pipeline pour amener le pétrole d’un nouveau champs d’exploitation chinois dans le sud à quelques 300 km de la raffinerie. Les ONG supportées par les gouvernements occidentaux commencèrent à crier au loup concernant l’impact écologique de pipeline chinois. Ces mêmes ONG étaient curieusement silencieuses lorsque Chevron découvrit du pétrole au Tchad en 2003.

En Juillet 2011, les deux pays, le Tchad et la Chine célébraient l’ouverture de la raffinerie commune sino-tchadienne juste à côté de la capitale N’djamena.

Les activités pétrolières tchadiennes chinoises sont également très proches d’un autre projet pétrolier majeur chinois, celui de la région du Darfour au Soudan, limitrophe au Tchad.

Le Soudan a été une source très importante et grandissante de pétrole pour la Chine depuis le début d’une coopération entre les deux pays au début des années 1990, après que Chevron eut abandonné ses options là-bas. Dès 1998, CNPC construisait un pipeline pétrolier de 1500 km depuis les champs d’exploitation du sud-Soudan jusqu’à Port Soudan sur les rives de la Mer Rouge ainsi qu’une raffinerie près de Khartoum. Le Soudan fut la première grande opération pétrolière gérée à l’étranger par la Chine. Au début 2011, le pétrole soudanais, en provenance de la zone de conflit du sud, couvrait environ 10% des imports pétroliers de la Chine en prenant plus de 60% de la production quotidienne du Soudan de 490 000 barils / jour. Le Soudan est devenu un point vital de la sécurité énergétique nationale chinoise.

D’après des estimations géologiques, le sous-sol qui va du Darfour, dans ce qui était le sud du Soudan, jusqu’au Cameroun en passant par le Tchad est un immense champ pétrolier d’une ampleur telle que cela pourrait bien être une nouvelle Arabie Saoudite.

Contrôler le sud-Soudan, ainsi que le Tchad et le Cameroun est vital pour la stratégie du Pentagone de “refus stratégique” à la Chine de futurs approvisionnements en pétrole. Aussi loin qu’un régime fort et robuste de Kadhafi demeurait en place à Tripoli, le contrôle de cette région demeurait un problème majeur. La séparation quasi-simultanée du sud-Soudan d’avec le Soudan et le renversement de Kadhafi en faveur de rebelles faibles et dépendants du support du pentagone était une priorité stratégique de première importance pour le plan de domination totale du pentagone.


L’AFRICOM répond

La force principale derrière la récente vague d’attaques contre la Libye ou les changements de régimes plus discrets en Tunisie, en Égypte et le fameux referendum sur le Soudan du sud qui a maintenant fait de cette région pétrolière, une région “indépendante”, a été l’AFRICOM, le commandement spécial de l’armée américaine établi par le gouvernement Bush en 2008 explicitement pour contrer spécifiquement l’influence chinoise sur les réserves de pétrole et de matières premières en Afrique.

Fin 2007, Le Dr. Peter Pham, un initié de Washington qui conseille les départements d’état et de la défense américains, explique de manière ouverte que “parmi les buts ultimes de l’AFRICOM, était le but de protéger les accès en hydrocarbures et autres ressources stratégiques dont l’Afrique est riche, une tâche qui incluait de s’assurer contre la vulnérabilité de ces richesses naturelles et de s’assurer qu’aucunes tierces parties comme la Chine, L’inde, le Japon ou la Russie, ne puissent obtenir un monopole ou des traitements de faveur.”

Témoignant devant le congrès américain pour soutenir le projet de création de l’AFRICOM, Pham, qui est associé avec la fondation néo-conservatrice pour la défense des démocraties a déclaré:

“Ces ressources et richesses naturelles font de l’Afrique une cible facile pour les attentions de la République Populaire de Chine, dont la dynamique économique… a une soif quasi insatiable de pétrole et de besoins pour d’autres ressources naturelles. La Chine importe à l’heure actuelle approximativement 2,6 millions de barils de pétrole brut par jour, environ la moitié de cette consommation, de l’ordre de 765 000 barils par jour, environ un tiers de ses importations, proviennent de ses sources africaines, spécialement du Soudan, de l’Angola et du Congo (Brazzaville). Est-ce étonnant donc par conséquent qu’aucune région du monde autre que l’Afrique ne rivalise avec l’intérêt stratégique de la Chine ces dernières années… De manière intentionnelle ou non, beaucoup d’analystes attendent que l’Afrique, spécifiquement les États du long de sa très riche côte occidentale, va devenir le théâtre d’une concurrence stratégique entre les Etats-Unis et sa seule réelle concurrence à l’échelle globale, la Chine, alors que les deux pays cherchent à étendre leur influence et sécuriser l’accès aux ressources.”

Il est très opportun ici de se rappeler la séquence des révolutions “Twitter” téléguidées depuis Washington dans le mouvement toujours actif de ce que l’on a appelé le printemps arabe. D’abord la Tunisie, un bout de terrain en apparence insignifiant d’Afrique du Nord sur les bords de la Méditerranée. Quoi qu’il en soit, la Tunisie se situe sur la frontière Ouest de la Libye. Le second domino qui tomba fut l’Égypte de Moubarak. Ceci créa une instabilité majeure au Moyen-Orient et en Afrique du Nord car Moubarak, malgré ses grands défauts, avait résisté la politique moyen-orientale de Washington; Israël perdît aussi un précieux allié lorsque Moubarak tomba.

Puis en Juillet 2011, le sud-Soudan se déclare lui-même la République indépendante du Sud-Soudan, se séparant du Soudan après des années d’insurrection soutenues par les Etats-Unis contre le régime de Khartoum. La nouvelle république prend avec elle la grande majorité des ressources pétrolières, ce qui ne réjouit pas Pékin bien évidemment. L’ambassadrice états-unienne à l’ONU Susan Rice, mena la délégation américaine pour la célébration de l’indépendance. L’appelant un “testament pour le peuple du sud-Soudan”. Elle ajouta, afin d’entériner le processus de sécession que “les Etats-Unis ont été aussi actifs que tout le monde”. Le président Obama ouvertement supporta la sécession du sud. Celle-ci était un projet guidé et financé depuis Washington depuis que le gouvernement Bush eut décidé d’en faire une priorité en 2004.

Maintenant, le Soudan a perdu d’un seul coup ses revenus du pétrole. La sécession du sud où les trois-quarts des 490 000 barils / jour sont produits, a aggravé les problèmes économiques de Khartoum en coupant d’un coup environ 37% des revenus nationaux. Les raffineries du Soudan et la seule route d’exportation va des champs d’exploitation du sud vers Port Soudan sur la Mer Rouge au Nord du Soudan. Le sud-Soudan est maintenant encouragé par Washington de bâtir un nouveau pipeline d’exportation indépendant de celui de Khartoum en passant par le Kenya. Le Kenya est une des zones d’influence américaines très forte en Afrique.9

Le but du changement de régime en Libye, supporté par les Etats-Unis, ainsi que de tout le projet pour le Moyen-Orient qui repose derrière le printemps arabe, est de pouvoir contrôler à termes les champs pétroliers les plus importants connus à ce jour et ainsi de contrôler la politique future, surtout dans des pays comme la Chine. Comme le secrétaire d’état des années 1970 Henri Kissinger a déclaré, quand il était à l’époque plus puissant que le président des Etats-Unis lui-même: “Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez les nations ou des groupes de nations”.

Pour le futur du plan de sécurité national énergétique de la Chine, la réponse ultime est de trouver des réserves énergétiques en Chine. Fort heureusement, il existe de nouvelles méthodes révolutionnaires pour détecter et évaluer quantitativement la présence de pétrole et de gaz, là où la géologie actuelle dit qu’il n’est pas possible de trouver du pétrole à ces endroits. Là est peut-être la sortie logique du piège pétrolier qui a été placé pour la Chine, Dans mon nouveau livre “Les guerres pour l’énergie”, je détaille ces méthodes pour ceux qui sont intéressés.

 

Article original en anglais : NATO's War on Libya is Directed against China: AFRICOM and the Threat to China's National Energy Security, publié le 25 septembre 2011.

Traduction par Résistance 71.


F. William Engdahl est l’auteur de Full Spectrum Dominance: Totalitarian Democracy in the New World Order

Libye

Une affaire aussi de pétrole…

Voir l’article précédent sur l’Afrique : il est clair que le pétrole est aussi derrière l’attaque franco-britannique…

 

Le Monde du 28 septembre

Total est la première compagnie étrangère à reprendre la production de pétrole

 

LA FRANCE a été la première nation occidentale à intervenir militairement pour abattre le régime de Mouammar Kadhafi ; une compagnie française a été la première major à relancer sa production de pétrole en Libye : Total a annoncé, vendredi 23 septembre, la relance du champ offshore d'Al-Jurf (41 000 barils par jour), en Méditerranée, à l'arrêt depuis mars.

Le groupe pétrolier français gagne ainsi la course - toute symbolique - lancée contre son concurrent italien ENI, le groupe le mieux implanté dans ce pays n'ayant rouvert les vannes que lundi sur son gisement d'Abou Attifel, à 300 km au sud de Benghazi. L'espagnol Repsol ne tardera pas à suivre le mouvement.

Ces annonces devraient entraîner une détente sur des marchés pétroliers très crispés depuis l'arrêt presque total de la production de pétrole libyen, un brut de grande qualité très recherché par les raffineurs.

[…]

Le retour de Total et de l'ENI, demain de Repsol ou des britanniques BP et BG, n'aurait pas été possible sans la décision de l'Union européenne de lever ses sanctions contre la NOC, jusqu'à présent contrôlée par le colonel Kadhafi.

[…]

Sans attendre la fin des combats, certains patrons de majors se sont précipités à Benghazi, puis à Tripoli, pour sécuriser leurs actifs et poser des jalons pour l'après-Kadhafi. Un haut responsable du Conseil national de transition (CNT) avait indiqué que les marchés de la reconstruction (pétrole, transports, routes, ports et aéroports...) seraient accordés en priorité aux entreprises des pays les plus engagés dans la coalition anti-Kadhafi, suscitant une grande inquiétude en Italie.

La Libye détient 3,4 % des réserves mondiales d'or noir (46,4 milliards de barils). Une richesse qui la place au premier rang en Afrique, devant le Nigeria (2,7 %). Sa proximité avec le Vieux Continent la rend particulièrement stratégique pour l'approvisionnement des économies européennes. On comprend l'inquiétude des pays menacés d'être exclus de la manne pétrolière. Mais aussi d'un marché de la reconstruction estimé par le patronat français à 200 milliards de dollars (148 milliards d'euros).

États-Unis

Des « indignés » anti-capitalistes…

Un reportage du Monde sur les « indignés » américains indique une montée de l’anti-capitalisme dans ce pays, et une perte de confiance dans le parlementarisme (ici, ce serait : « je vote, donc j’inexiste ! »

Extraits de l’article…

 

Dans le quartier de Wall Street, une poignée d'" indignés " américains veut " convaincre les gens de se relever "

Déçus par Barack Obama, ils dénoncent un délitement du tissu social et les ravages du capitalisme

 

Jason McGaughey, venu de Bloomington, dans l'Illinois… Jusqu'à la semaine dernière, il travaillait dans un centre d'aide aux handicapés adultes. Mais sa frustration enflait chaque jour : "Le boulot se réduisait à expliquer aux gens pourquoi nous ne disposons plus des financements pour les aider." A 26 ans, ce célibataire, fils de fermiers républicains, a pris ses économies et la route en même temps. Objectif : jouer trois mois durant le rôle d'organizer : parcourir le pays pour "convaincre les gens de se relever", comme le faisaient ces syndicalistes de la Grande Dépression.

Il faut, dit-il, rester modeste : " Je ne crois pas qu'un mouvement d'"indignés" peut se lever ici comme en Europe. En Amérique, les gens ont été très maltraités et les syndicats ont été détruits. Ce pays s'enfonce dans la misère sous nos yeux, la société se délite en groupes antagonistes. On risque d'aller vers une société du chacun pour soi et que le plus fort gagne. "

Il ajoute : " La montée du Tea Party montre combien la rage peut être utilisée très dangereusement. L'idée de solidarité, de communauté disparaît pour laisser place à la pauvreté et la sauvagerie. Il a fallu des générations pour bâtir l'Amérique de nos parents ; en quelques dizaines d'années, le capitalisme a tout cassé. Alors je crois en un travail didactique patient. Il y a des signes encourageants. "

Barack Obama ? " J'ai voté pour lui. Cette fois, je ne voterai pas. Il m'a profondément déçu, mais, au fond, je crois qu'il ne fait rien parce que la démocratie américaine est aujourd'hui complètement dévoyée : l'argent décide de tout sans qu'elle puisse lui résister. Le pire, c'est ce sentiment qu'élire des gens compte pour du beurre. Même quand une loi est adoptée, les intérêts financiers au Congrès peuvent empêcher son application. " Pas d'affiliation à un groupe spécifique, pas d'exigence précise non plus, juste ce besoin de clamer : la règle du jeu ne nous convient plus.

La France d’aujourd’hui !

Effervescence lycéenne

Je répercute cette information car elle me semble significative d’une très grande instabilité sociale…

 

Des milliers de lycéens dans la rue «contre la suppression d'un mois de vacances»

 

Une rumeur sur la suppression de vacances a déclenché vendredi matin des manifestations lycéennes et des violences urbaines en région parisienne et dans le Nord et l'Est de la France.

Au Chesnay, dans les Yvelines, une dizaine de voitures ont été endommagées autour d’un lycée. Dans le Nord de la France, plusieurs milliers de lycéens ont manifesté dans des villes du Nord/Pas-de-Calais, de Picardie et de Champagne-Ardenne en raison de cette rumeur infondée selon laquelle le gouvernement voudrait supprimer un mois de vacances.

Dix-huit jeunes manifestants ont été interpellés dans le Pas-de-Calais après des incidents à Lens et à Arras, où, selon la préfecture, ils auraient dégradé des bus, mis le feu à des conteneurs et sont soupçonnés d’outrage à agent.

Par ailleurs, quatre jeunes ont été interpellés à proximité d’un lycée professionnel d’Amiens-Nord, après avoir jeté des cocktails Molotov et des briques sur la police, a indiqué la préfecture de la Somme. Il ne s’agit pas d’élèves, mais de «gens extérieurs qui étaient là pour casser», selon cette source.

 

SMS et Facebook

Ces manifestations sont parties d’une consigne, propagée par SMS et sur Facebook, appelant à bloquer l’accès aux établissements scolaires au motif que le président Nicolas Sarkozy voulait supprimer un mois de vacances, a-t-on expliqué au rectorat d’Amiens.

Selon le rectorat de Lille, quelque 500 lycéens d’établissements professionnels ont manifesté à Douai et une centaine à Dunkerque, dans le département du Nord, où des établissements de Lille et Trith-Saint-Léger ont également été touchés.

Près de 500 lycéens ont également protesté à Béthune (Pas-de-Calais), sans désordres, a précisé la préfecture du Pas-de-Calais, région où plus de 2.000 manifestants ont été dénombrés au total. Le mouvement a même touché plusieurs petites villes.

Des consignes de fermeté ont été données aux forces de l’ordre, selon la préfecture. «Cela n’a ni queue ni tête. On ne sait pas d’où part cette rumeur infondée et ubuesque», a expliqué le rectorat de Lille, qui a dénoncé une «désinformation orchestrée».

La rumeur se répand par SMS et le réseau social Facebook, et «fait tâche d’huile», selon la même source.

 

Feu de poubelles

En Picardie, une vingtaine d’établissements ont été touchés, dont cinq à Amiens qui concentraient la majorité des manifestants. Ils ont tenté de bloquer l’accès aux bâtiments et, pour certains, ont mis le feu à des poubelles, jeté des pierres, des oeufs ou des tomates.

En Champagne-Ardenne, «plusieurs petits rassemblements» ont été recensés vendredi matin, mais sans débordements.

Un rapport du comité de pilotage sur les rythmes scolaires proposait de raccourcir de deux semaines les vacances d’été et de porter la durée des vacances de la Toussaint à deux semaines, mais aucune décision n’a été prise.

Le ministre de l’Education Luc Chatel avait dit en juillet à l’AFP vouloir entamer une «concertation» avec les syndicats enseignants pour annoncer «à l’automne» des décisions qui pourraient entrer en vigueur «dès la rentrée 2013».

(Source AFP)


Appel du foyer Procession, ce jeudi à Paris

[ƒNi] Appel (auquel, bien sûr, je m’associe) transmis par une lectrice parisienne, avec les commentaires ci-joints…

J'étais présente à la première audience du 22 septembre, dans laquelle l'avocat d'Adoma (un remplaçant) a demandé un report. L'avocate de Procession a répondu de façon formidable.

La salle du Tribunal d'Instance du 15ème était remplie de Résidents africains, d'ouvriers au front grave, et d'amis.  

La juge, certes, a accordé un report à la partie adverse, mais très court puisque de deux semaines, et a ajouté "le 6 octobre, en séance spéciale, (ce jour, l'affaire était inscrite parmi d'autres), et se tournant vers l'avocat d'Adoma, a ajouté : "Pour plaider!".

L'avocate de Procession  a demandé à expliquer ce qui avait été décidé ce jour clairement dans l'audience, par respect pour tous les gens qui avaient pris  leur journée de travail, qui étaient venus pour une affaire vitale (pour eux et pour tous). Il était bien visible qu'ils n'étaient pas là pour de la représentation, mais incorporés à la bataille en cours, subjectivement responsables.  

Nous sommes ressortis tendus par l'émotion, dans un calme extraordinaire pour tant de monde, et heureux  de cette première manche, qui fut une reconnaissance publique (même si restreinte) de l'existence de ces ouvriers africains qui font en France les travaux les plus durs, du tort vital que leur porte  la société Sonacotra-Adoma. Reconnaissance de la force subjective collective présente (qui portait l'avocate, elle l'a dit dehors sur la petite place où l'on s'est retrouvés) et bien sûr, visibilité du fruit d'un long processus de travail, toujours en cours,  à Procession.

 

73

, rue de la Procession c’est un foyer ouvrier. Un foyer des ouvriers du monde. Nous ne sommes pas des assistés. Nous sommes tous des ouvriers. Nous travaillons. Nous payons nos loyers. Nous voulons être respectés :

 

Jeudi 6 Octobre 2011, à 9h 30,

nous allons au Tribunal d’instance du 15ème contre Sonacotra Adoma :

Entrée au 154 rue Lecourbe 75015 Paris, métro Vaugirard, ligne 12

Nous vous invitons à y venir avec nous.

 

Celui qui n’a pas pris l’affaire sérieusement,

il faut le prendre sérieusement maintenant.

 

Depuis que les foyers existent, c’est la première fois que des résidents amènent Sonacotra devant le juge. C’est pour nos vies et celles de nos familles qu’on est en train de faire ça. On sait qu’on a 100% raison de le faire. Ce que nous voulons n’a rien d’extraordinaire. Nous voulons que Sonacotra Adoma respecte les contrats qu’on a signés avec elle. On a signé pour la chambre comme elle est quand on est arrivé au foyer, et pour des espaces de liberté : les cuisines collectives, les salles de réunion, de prière, les douches et toilettes hors des chambres. Et un loyer qu’on peut payer avec nos moyens d’ouvriers.

 

Le grand moment est encore devant nous.

C’est le 6 Octobre. Il faut montrer. Il faut exister. Il faut que le tribunal soit plein. Ce qu’on a à dire, il faut qu’on le tienne sur le cœur, pas sur la bouche, sur le cœur. Il faut que chaque personne soit le journaliste de lui-même, le responsable de lui-même. Que ce soit un exemple pour le pays, quelque chose qui ne s’est jamais passé.

 

Les provocations, il faut les laisser, comme des chiffons qui passent. Chacun de nous doit être comme un soldat. Chacun prépare : 2 personnes sont plus fortes que 1 personne, 3 personnes plus fortes que 2. Sonacotra Adoma va tout faire pour nous humilier devant le juge. Ils veulent faire les gourmands. Dans le foyer, ils nous menacent pour qu’on déménage et qu’on entre dans leurs chambres bazars avant le 6 Octobre. Personne ne déménage, personne ne signe un nouveau contrat, personne ne descend au bureau tant que le jugement n’a pas eu lieu. On tient calmes.

 

______________________

 

• A la place des foyers, Sonacotra et la Mairie de Paris construisent actuellement des prisons payantes. Les « logements sociaux » qu’ils préparent au 73 rue de la Procession, cela veut dire : après 30 ans que tu vis là, tu retrouves la même pièce avec - dans 40 cm de plus - les toilettes, la douche et la « cuisine »,  la suppression de tous les espaces de liberté du foyer (cuisines collectives, salle de réunion et de rencontre, salle de prière) et un loyer doublé d’un coup (400 euros au lieu de 200). Nous on appelle ça des « chambres bazars », des chambres bidons.

Pourquoi on supprime des choses dont les gens ont besoin ? Pourquoi on détruit des choses utiles aux gens ? Pourquoi Sonacotra Adoma détruit-elle notre vie et l’espace qui était là : cuisines collectives, salles de réunion, et salle de prière ?

 

• La vie collective, c’est bien, c’est utile. C’est bien pour s’entraider, c’est bien pour les pauvres. Venez à midi à la cantine du foyer Gergovie : on se remplit le ventre pour 2 euros ; avant, on court au McDo, maintenant c’est trop cher.

 Dans les foyers, il y a des espaces de liberté où les gens peuvent se rencontrer, parler ensemble. Pourquoi est-ce qu’on veut nous obliger à vivre enfermé chacun dans un tombeau, angoissé dans sa chambre, comme les vieilles gens qui finissent leur vie tout seuls ?

 

• Là où on vit, c’est notre domicile et cela doit être reconnu comme tel.

Les travaux qui sont faits dans un logement doivent être les travaux dont les gens ont besoin. Pas des « faux travaux » qui ont pour seul but de chasser les gens de là où ils vivent. Endetter les gens par le prix du logement, c’est une politique délibérée : depuis que Sonacotra est là, le loyer augmente deux fois par an, quand le SMIC, lui, n’augmente pas, et l’APL, on n’a pas droit.

Ils annoncent 352 euros de loyer pour leurs chambres bazars, mais chacune a un compteur et tu paies en plus le gaz, l’eau, l’électricité…

Quelqu’un qui a du mal à payer 214 euros, comment il va payer tout seul 400/500 euros chaque mois ?  Nos camarades de Commanderie peuvent témoigner que leur gérant annonce qu’on va expulser 60 personnes en 2012 parce qu’elles ne peuvent pas payer leurs loyers après la transformation de leur foyer en « résidence sociale ».

 

• On a tous deux vies. Il faut payer le loyer, le transport, ta nourriture, ton habillement. Et puis il y a la nourriture pour la famille, les frais de scolarité des enfants, les soins à payer si quelqu’un est malade.

Si tu paies tout ça, ou bien tu ne peux pas payer ton loyer, ou bien il ne te reste rien pour manger, ou alors ce sont tes enfants qui n’auront pas de quoi aller à l’école et on restera illettrés jusqu’à la fin du monde ?

Nous ne voulons pas de « l’aide sociale ». Nous voulons des loyers qu’on peut payer.

Qu’est-ce que c’est un loyer qu’on peut payer ? C’est un loyer qui correspond à nos moyens, c’est à dire qui laisse à chacun la possibilité de vivre de son travail et de faire vivre sa famille.

200 euros par lit, c’est le maximum que nous pouvons payer pour une chambre au foyer.

 

 

Chaque chose a un début. Qu’on gagne ou qu’on perde, c’est la première fois que les ouvriers d’un foyer ont amené Sonacotra devant la justice pour défendre leurs vies et celles de leurs familles.

Si les foyers sont en train de sombrer, de couler, il faut une bonne organisation.

Il y a beaucoup de problèmes partout, mais pour l’instant il n’y a pas beaucoup de gens comme nous. C’est vrai. Mais tout le monde peut travailler comme nous. Nous affirmons la possibilité de penser et d’exister par nous-mêmes, de construire ensemble notre machine de vérité, de respect, de bonheur et de courage.

Pour ça, il faut se rencontrer et bien discuter.

Vous pouvez lire notre livre pour comprendre comment on travaille entre nous :

LA RAISON DES OUVRIERS DU MONDE

Un livre écrit et réalisé entre 2009 et 2011

par les habitants du foyer Procession

qui ont construit pour leur foyer

une machine de vérité, de respect, de bonheur et de courage

(73 rue de la Procession 75015 PARIS)

Les volontaires Foyers/Afrique du foyer Procession

Association loi de 1901 « Libertés pour les foyers ouvriers »

Des enseignants luttent contre la suppression des postes…

[ƒNi] Ci-suit le compte rendu par un enseignant parisien, lecteur de ce Qui-vive, d’une intéressante mobilisation en cours …

 

Cette initiative est inhabituelle en milieu scolaire, car elle ne provient pas d’une organisation syndicale. J’ai fait part aux collègues de la nécessité de se prononcer contre les mesures de suppression de postes d’enseignants spécialisés et ils ont massivement adhéré à cette idée de pétition proposée par les enseignants et signée par les enseignants et les parents. Nous avons recueilli plus de 1000 signatures et la semaine prochaine une délégation de parents et enseignants remettra à l’inspectrice cette pétition.

Cette pétition a suscité l’adhésion dans le monde enseignant car elle était spontanée, et non  téléguidée par les syndicats. Et les enseignants ressentent qu’ils peuvent alors prendre un peu leur destin en main. Malgré tout, l’investissement timoré des enseignants est pour moi troublante. On a l’impression qu’ils n’ont pas l’habitude de parler en leur propre nom, et de militer en dehors de circuits classiques (les syndicats) auxquels ils ne croient plus. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont capables de prendre les choses en main et prêts à militer sur le terrain.

J’ai l’impression que le corps enseignant est totalement disloqué. Chacun se débrouille dans le quotidien, plus personne ne croit au succès de la moindre mobilisation. Chaque école est une chapelle, les directeurs ne sont pas solidaires en eux, on a l’impression qu’ils ne défendent pas la même cause. Certains directeurs qui sont d’authentiques militants ont baissé les bras, ne sollicitent plus leurs collègues qui ne répondent à aucunes initiatives.

Cette absence de solidarité et de vision commune me sidère, comme si nous ne vivions pas dans le même pays et ne partagions pas la même vie.

Toutefois cette pétition a eu un certain écho, la grève a été suivi à 75 % dans les écoles élémentaires, il y avait une trentaine de personnes à l’assemblée générale alors que d’habitude il n’y a que 3-4 personnes. Toutefois j’essaye sans cesse de relancer la machine pour poursuivre le mouvement, et  je me retrouve la plupart du temps face au silence. Personne ne me reproche mes initiatives, toutefois je ne veux pas faire de ce combat une affaire personnelle, alors qu’à mes yeux il s’agit là d’une cause collective.

Bref le climat est troublant.

Après réflexion, l’initiative d’une action commune enseignants-parents me semble pertinente. Parents et enseignants défendent la même cause, alors que notre Président tente toujours d’opposer les enseignants qui ont « un statut » et la sécurité de l’emploi aux autres catégories sociales (ouvriers, salariés, cadres).

Je n’arrive pas à comprendre que les enseignants n’arrivent pas à crier haut et fort que ces suppressions de postes sont scandaleuses, qu’elles auront une forte incidence sur les  couches de la population les plus défavorisées. Les enseignants savent très bien que les enfants performants apprennent par eux-mêmes, que tout l’enjeu de l’école primaire est la réussite des enfants en difficultés qui ont des profils très divers. Or actuellement  l’école n’arrive pas à trouver de solution pour 10 % des élèves (ce sont des statistiques fournies par les inspecteurs et qui correspondent à ce que nous vivons dans les classes).


 

Pétition  contre la suppression des postes de RASED

Les enseignants et les parents d’élèves des écoles Jules Ferry A et B, Michelet B, des maternelles République, Anne Frank, Jules Ferry, Ménil, expriment leur indignation face à la suppression des postes de maîtres spécialisés sur ces écoles. Les élèves en difficulté sont les victimes de cette mesure et ne pourront pas obtenir l’aide à laquelle ils ont droit, les autres élèves en souffrent aussi (moins de temps pour chacun).

La suppression de ces postes a pour conséquences :

      La disparition de la prise en charge en petit groupe des élèves en très grande difficulté.

      L’impossibilité d’organiser des décloisonnements qui permettaient un travail de groupes de besoins, ce qui bénéficiait à tous les élèves.

      Le manque d’une aide spécifique d’un professionnel diplômé qui apportait une analyse plus approfondie de la situation des élèves.

Nous réaffirmons que l’aide personnalisée ne peut en rien remplacer cette prise en charge pendant le temps scolaire et demandons la réintégration de ce personnel dans nos équipes.

Analyse du capitalisme

Techniquement convaincant…

Le Monde 27 septembre

"Prendre ses pertes" sur la dette de la Grèce est une fausse solution

 

Un défaut provoquerait un effet domino désastreux pour la zone euro

De plus en plus de voix semblent s'élever pour dire que la seule solution pour sortir de la crise des dettes publiques dans la zone euro est d'accepter de " prendre ses pertes ", ce qui signifie un défaut important sur la dette grecque (50 % au moins) à la charge des banques, des investisseurs institutionnels (sociétés d'assurances, caisses de retraite...), et des Etats, ce qui permettrait d'assainir la situation financière de la Grèce, comme de la zone euro.

Cela serait juste si la Grèce était un petit cas isolé, mais trois facteurs remettent en cause ce postulat : la Grèce n'est pas isolée dans la zone euro, d'autres pays sont non solvables en l'absence de réformes importantes, notamment l'Italie, et surtout le défaut d'un pays rend crédible le défaut potentiel de tous les pays ayant besoin de réformes pour assurer la solvabilité de leurs finances. Ce n'est pas une coïncidence si les taux que paient l'Italie et l'Espagne pour s'endetter ont augmenté peu après que la zone euro a orchestré un mini-défaut grec.

Nous pensons que si la Grèce était un pays isolé, la solution consistant à faire un défaut et une forte dévaluation du taux de change serait la meilleure : elle permettrait à la Grèce d'alléger le poids de sa dette publique et d'espérer reconstituer une capacité à exporter et à créer des emplois à moyen terme, après une période transitoire très difficile.

Mais la Grèce faisant partie de la zone euro, la situation est très différente : en l'absence de mécanisme de résolution de crise organisé, les investisseurs craignent que le traitement de la Grèce serve de précédent pour tous les pays en situation difficile. Ainsi, un défaut massif de la Grèce, avec sortie ou non de la zone euro, conduirait à une aggravation rapide de la crise dans d'autres pays fragiles, et ce jusqu'à l'Italie, ébranlant l'euro dans ses fondations, avec un risque d'explosion de la zone. Le choix auquel sont confrontés les gouvernements est donc binaire : sauver la Grèce ou courir le risque de perdre l'euro.

La situation de la Grèce est terrible : en un an, le PIB a reculé de 6 %, l'emploi de 5 %, le pouvoir d'achat de 15 %. La baisse des salaires n'a pas suffi à redresser le commerce extérieur, les exportations continuent de reculer. Au total, le déficit extérieur représente toujours 12 % du PIB. Dans cette configuration, il semble impossible de réduire le déficit public. Malgré des mesures de rigueur supplémentaires, il serait encore de 10 % du PIB cette année alors que l'objectif était de le ramener à 7,5 %. La Grèce est entrée dans une spirale dépressive dont elle aura du mal à sortir sans aide extérieure.

Si la Grèce était un pays isolé, il y aurait un large consensus sur les mesures à prendre : défaut très important (50 % ou plus) sur la dette publique, dévaluation massive. Cette politique aurait des effets très durs à court terme. Mais l'expérience de l'Espagne et l'Italie, sorties du système monétaire européen en 1992, montre que les fortes dévaluations (30 % à 40 %) génèrent à moyen terme une croissance rapide tirée par les exportations et les investissements étrangers. Progressivement, le déficit extérieur est éliminé.

L'appartenance de la Grèce à l'union monétaire change la donne. Les investisseurs ont tendance à considérer que la méthode appliquée à un pays de la zone euro sert de cadre, de modèle pour le traitement des autres pays. Si la Grèce faisait défaut, ils anticiperaient donc un défaut des autres pays en situation difficile.

Le Portugal, puis peut-être l'Espagne et, plus grave, l'Italie seraient secoués. On change alors de dimension : la dette de la Grèce est de 450 milliards d'euros, mais celle de l'Italie de près de 2 000 milliards d'euros. Aucun fonds, aucun montage financier ne peut assurer le sauvetage de l'Italie. Et l'Italie représente un risque systémique massif pour le système financier européen et mondial.

En outre, un défaut ouvrirait la porte à des anticipations de sortie de la zone euro. Comme le défaut sur la dette publique ne résoudrait pas l'énorme déficit extérieur de la Grèce (12 % du PIB environ), la Grèce devrait quand même continuer à s'endetter auprès du reste de l'Europe, et le taux d'endettement public remonterait. Pour enrayer cette spirale, la Grèce serait amenée à considérer la négociation d'une sortie de la zone euro. Ces anticipations seraient alors appliquées au cas de l'Espagne par exemple.

Le risque de défaut et l'onde de choc que cela peut entraîner chez les investisseurs avec un effet domino d'une ampleur sans précédent ne peut être négligé : on ne peut courir le risque, dans un marché aussi fragile, de déclencher une telle onde. Déjà l'Italie connaît des difficultés croissantes à lever de l'argent sur les marchés.

Si l'on ne peut envisager un défaut, il faut donc envisager une autre solution : celle du soutien sans faille à la Grèce, quitte à durcir les conditions de mise en oeuvre de ce soutien, non sous forme de mesures supplémentaires mais d'ingérence dans la politique économique. Ce soutien devrait se manifester sous deux formes : le financement pendant au moins cinq ans (le temps minimal pour que de telles réformes aient un impact sur la croissance) et un soutien plus direct à la croissance.

Cela pourrait prendre la forme d'une task force, comme il semble s'en monter une à Bruxelles, qui interviendrait dans la politique économique du pays. Le soutien à une fiscalité attrayante pour les entreprises, comme l'a montré l'Irlande, serait une avancée très positive. Les négociations sur les plans de soutien et la réforme du fonds de soutien aux pays en difficulté montrent la réticence des pays du Nord à s'engager dans cette voie. Cependant, si le soutien à la Grèce s'arrête, le scénario catastrophe du défaut sera enclenché.

Ce n'est pas la bonne solution pour obtenir des réformes de la Grèce : il serait plus efficace de renchérir l'ingérence économique, en la faisant entériner par un vote populaire afin d'en asseoir la légitimité démocratique. Faut-il laisser un scénario de défaut domino avec des conséquences désastreuses pour l'UE se mettre en place, alors que d'autres solutions sont possibles ? Les pays du Nord de la zone euro ne sont pas en situation de négocier : ils perdraient avec l'explosion de l'euro non seulement les créances des pays du Sud, mais aussi en termes de commerce extérieur, avec un risque non négligeable de faire exploser, aussi, le marché unique.

 

Patrick Artus Directeur de la recherche et des études à la banque Natixis

Laurence Boone Directrice des études économiques européennes de Bank of America ML

Mémoire du communisme

« Ceux qui furent aux choses n’en disent point l’usure ni la cendre. » Saint-John-Perse

Communisme américain (3) – Howard Fast

Spartacus (1951)

Once in a while, once in a bag of years, of centuries, a man calls upon the whole world; and then as centuries pass and as the world turns, this man is never forgotten. So short a while ago, this one was just a slave; now who is there who doesn't know the name of Spartacus?

[…]

In the past there have been armies without end, armies which have fought for nations or cities or wealth or spoils or power or control of this area or that area; but here is an army which fights for human freedom and dignity, an army which calls no land or city its own because the people within it come from all lands and cities and tribes, an army where every soldier shares a common heritage of servitude and a common hatred of men who make other men slaves.

[…]

It is a moment of changed motion in history, a beginning, a stirring, a wordless whisper, a portent, a flash of light which signifies earth-shaking thunder and blinding lightning. It is an army which suddenly has the knowledge that the victory to which it is committed must change the world, and therefore it must change the world or have no victory.

« Il arrive, il arrive une fois toutes les je ne sais combien d’années, qu’un homme fasse appel au monde entier ; et alors, les siècles ont beau passer, le monder tourner, cet homme n’est jamais oublié. Il n’y a pas si longtemps, celui-ci n’était qu’un esclave ; et maintenant, y a-t-il quelqu’un qui ignore le nom de Spartacus ?

[…]

Il y a eu, dans le passé, des armées en nombre infini, des armées qui se sont battues pour des nations, ou des cités, ou la richesse,ou le butin, ou la puissance, ou la domination de telle ou telle région ; mais cette armée-ci [celle de Spartacus] se bat pour la liberté et la dignité humaines, elle n’appelle siens aucun pays et aucune cité parce que ceux qui la composent viennent de tous les pays, de toutes les cités et tribus, et que tous les soldats de cette armée ont en commun un patrimoine de servitude et la haine des hommes qui réduisent leurs semblables en esclavage.

[…]

C’est un tournant dans le cours de l’histoire, un commencement, une vibration, un murmure inarticulé, un présage, un jaillissement de lumière avant-coureur d’un tonnerre dont la terre tremblera et d’éclairs aveuglants. Cette armée a soudain conscience que la victoire qu’elle est tenue de remporter doit changer le monde, et que, par conséquent, elle doit changer le monde si elle veut remporter la victoire. »

Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à penser…

(Rubrique anti-islamophobie)

La question de la poésie (1° partie)

Le Coran donne à penser sur la question de la poésie à raison d’une contradiction souvent relevée :

- d’un côté le texte semble souvent relever de la poésie et tirer ainsi une partie de son charme littéraire d’un style poétique (allitérations et rimes, rythmes et mètres) ;

- d’un autre côté, le texte attaque explicitement les poètes (un peu comme Platon pouvait le faire dans La République) et se défend explicitement de relever d’un genre poétique.

Que penser de cette contradiction, que donne-t-elle à penser sur ce que « poésie » veut exactement dire ?

 

Commençons par livrer les données brutes du problème avant d’y réfléchir plus synthétiquement dans une seconde livraison.

La dimension poétique du Coran

La beauté proprement littéraire du Coran est manifeste – elle n’est bien sûr sensible qu’en langue arabe. Elle a toujours contribué à attirer l’attention sur ce texte. Aujourd’hui encore, qui étudie l’arabe (littéraire) ne peut économiser l’appropriation de la langue du Coran, restée au demeurant étonnamment compréhensible [1] si on la compare par exemple avec le vieux français (la Chanson de Roland est aujourd’hui incompréhensible au non-spécialiste et même les Essais de Montaigne – fin du XVI° - nécessitent aujourd’hui une adaptation en français moderne [2] pour rester d’une lecture fluide).

 

Cette beauté littéraire prend souvent un tour proprement poétique si on appelle ainsi le recours récurrent :

·       aux allitérations et répétitions scandées (il faudrait en donner des exemples en langue arabe) ;

·       aux rimes : ainsi la première sourate fait rimer ses sept versets en « îm » et « în », la dernière ses six versets en « nâs ».

·       au recours à de véritables litanies : par exemple le verset « Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? » [3] est répétée 31 fois dans une sourate (LV) qui comporte 78 versets, soit presque systématiquement un verset sur deux…

·       à des formules rhétoriques : par exemple le jeu « L’inévitable ! Qu’est-ce que l’inévitable ? Et qui te dira ce qu’est l’inévitable ? » (LXIX.1-3) est repris plus loin tel quel appliqué à un autre terme : « Le fracas ! Qu’est-ce que le fracas ? Et qui te dira ce qu’est le fracas ? » (CI.1-3)

·       à une poésie de l’image : par exemple « [Dieu est] fendeur de l’aube » (VI.96), « C’est un amas de rêves » (XII.44), « Au cou de chaque homme, nous avons attaché son œuvre » (XVII.13), « Si la mer était une encre pour écrire les paroles… » (XVIII.109), « Le jour où nous plierons le ciel comme on plie le rouleau des livres… » (XXI.104) [4], « Dieu retient les cieux et la terre pour qu’ils ne s’affaissent pas » (XXXV.41), « Quand le ciel se rompra, que les étoiles s’éparpilleront, que les mers confondront leurs eaux et que les tombeaux seront bouleversés, toute âme saura ce qu’elle a accompli ou ajourné. » (LXXXII.1-5)

Le Coran attaque les poètes et se défend d’être poétique

En même temps, le Coran se défend explicitement de relever de la poésie :

·       « Nous n’avons pas enseigné à Muhammad la poésie » (XXXVI.69)

·       « Malheur à ceux qui s’ébattent dans des discours frivoles. […] Ils disent : “[Muhammad] est un poète !” » (LII.12-30)

·       « Le Coran n’est pas la parole d’un poète » (LXIX.41)

Et le Coran attaque explicitement les poètes, tout spécialement dans une sourate (XXVI) qui porte leur nom et se conclut ainsi : « Quant aux poètes, ce sont les égarés qui les suivent. Ne vois-tu pas qu’ils divaguent dans chaque vallée et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? » (XXVI.224-226)

 

Comment interpréter cette contradiction d’une attaque des poètes menée du sein d’une langue poétisante ?

Cela engage bien sûr le propre rapport du Coran à la langue arabe qui est la sienne.

Le rapport explicite du Coran à la langue arabe

Deux choses me semblent ici frappantes.

1.     Le Coran revendique explicitement une langue arabe claire et didactique : « Cette langue est une langue arabe bien claire. » (XVI.103) « Une langue arabe très claire » (XXVI.195) « Un Coran en langue arabe dénué de tortuosité » (XXXIX.28)

2.     Contrairement à ce que l’on entend parfois dire, le Coran n’élève pas pour autant la langue arabe à un statut exceptionnel de langue sacrée mais la présente simplement comme celle des interlocuteurs : « Nous avons fait descendre un Coran en langue arabe afin que vous compreniez. » (XII.2) « Nous n’avons envoyé de messager qu’avec la langue de son peuple. » (XIV.4) « Nous avons rendu le Coran facile à comprendre en ta langue. » (XIX.97) « Si nous avions fait [du Livre] un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : “Pourquoi ces versets n’ont-ils pas été exposés clairement ?” » (XLI.44) « Nous avons fait [du Livre explicite] un Coran arabe afin que vous raisonniez. » (XLIII.3) « Nous n’avons facilité [la récitation du Coran] dans ta langue qu’afin qu’ils se rappellent ! » (XLIV.58)

 

On pourrait alors soutenir que le Coran peut parfaitement à la fois critiquer les poètes comme porteurs d’une parole hypocrite et égarante tout en recourrant aux vertus formelles (« poétiques ») d’une langue, vertus qui facilitent alors la transmission et la mémoire du message.

Cet argument me semble, cependant, résoudre à trop bon compte, la contradiction de départ car il reste vrai qu’en bien des endroits le Coran se présente comme « quasi-poésie » et que la question « faut-il le compter ou non comme poésie ? » reste indécise.

 

Ma manière de comprendre ce dilemme va emprunter sa méthode à la musique s’il est vrai qu’un problème en tous points équivalents se pose à propos du tajwîd c’est-à-dire de la lecture psalmodiée du Coran : ce chant est-il ou non de la musique ? Suffit-il qu’il y ait « chant » pour qu’il y ait « musique » tout de même que suffit-il qu’il y ait « rimes » pour qu’il y ait « poésie » ?

« Esquisse d’une articulation communiste entre égalité et liberté » (4° partie)

(Rubrique Réflexions)

[ƒNi] Quatrième et dernier volet

I. Hypothèse de départ (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/2.htm)

II. Esquisse mathématique (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/3.htm)

III. Retour à notre espace de travail (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/4.htm)

IV. Esquisse d’une articulation entre égalité commune et liberté en commun

IV. Esquisse d’une articulation entre égalité commune et liberté en commun

Le premier réquisit est de soutenir la distance entre égalité et liberté communistes, et non pas de les accoler l’une à l’autre – ce serait le reproche que je pourrais faire à la catégorie d’égaliberté d’Étienne Balibar : elle tend à concevoir une sorte d’imbrication, de fusion, du moins de convergence native là où notre paradigme tend, au contraire, à les espacer et les distendre maximalement [5].

Il ne s’agit donc pas de concevoir une articulation qui prendrait cette forme directe où la construction de la liberté transiterait (découlerait directement) du principe initial d’égalité :

Il faut assumer au contraire que produit-égalité et somme-liberté sont sans rapports directs, ne transitent nullement, se déploient aux antipodes de notre catégorie humanité :

Il s’agit donc d’articuler deux modalités fort dissemblables et très distantes du commun : d’un côté l’être commun qui prescrit une égalité universelle de tout un chacun et qui opère au principe du processus, et de l’autre côté l’avoir en commun qui induit, par incorporation de tout un chacun, une liberté collective en partage, laquelle est engendrée par composition de très nombreuses opérations.

 

Formellement, on peut concevoir trois modalités d’articulation du projectif et de l’inductif, du produit et de la somme :

1.     une articulation médiée par une troisième composante. Tel est par exemple le cas dans une orientation de pensée transcendante qui thématise le communisme comme effet, parmi la communauté humaine, d’une commune identité de créature : l’égalité est alors celle des fils de Dieu et la liberté collective produite est celle dont le détachement, plus ou moins générique, Église ou Oumma est la matérialisation.

2.     une articulation directe de l’égalité individuelle vers la liberté commune. Il me semble que tel est le cas de l’égaliberté chez Étienne Balibar – je laisse l’examen de cette question à un autre texte.

3.     une articulation directe qu’on dira rétroactive de la liberté collective commune vers l’être égal que chaque individu partage avec tout autre. C’est cette figure d’articulation rétroactive que je voudrais ici soutenir pour parachever cette esquisse.

Une rétroaction

L’idée esquissée serait la suivante : la liberté collective de l’humanité, bien commun de chacun, conquis de haute lutte sous la houlette d’une égalité de principe entre tous, vient rétroagir sur ce principe en l’enrichissant, le consolidant, le développant, le diversifiant.

L’idée serait que la dynamique communiste réside ultimement dans la possibilité même d’un tel bouclage, c’est-à-dire dans l’hypothèse que la liberté de l’humanité durement conquise, que cet avoir en commun de tous puisse venir consolider l’être commun de chacun.

Le point serait en effet le suivant : le difficile, dans le processus politique, n’est pas tant de construire la liberté collective d’action – une telle construction constitue bien le but déclaré de tous les efforts, la cible quotidiennement rappelée des combats de l’heure (cette liberté collective en jeu dans les multiples tâches du jour s’est appelée celle de tel pays, celle de telle nation, celle de tel peuple, celle du prolétariat international…) – que de perdre de vue la source égalitaire de toute cette dynamique en divisant nécessairement les tâches, en répartissant nécessairement les métiers, en hiérarchisant nécessairement les fonctions, en distribuant nécessairement les lieux d’affectation, etc. Soit : la construction effective de cette liberté collective par incorporation différenciée de chacun privilégie la spécificité de chacun (ses capacités propres, ses talents spécifiques, ses aptitudes particulières) et tend ce faisant à « oublier » l’égalité constitutive de l’être commun.

On peut dire que l’enjeu proprement communiste est alors que cette liberté collective ne se dégrade ni en une somme inégalitaire, ni en un produit libertaire (un produit… de libertés individuelles) : disons - pour faire référence à quelques figures négatives de ma jeunesse militante - d’un côté la bureaucratisation brejnévienne (comme résidu de la terreur stalinienne), de l’autre l’autogestion yougoslave (comme marchepied pour un retour à la liberté d’entreprendre du capitalisme parlementaire).

La clef de l’idée communiste est que la liberté commune (la liberté comme une) puisse venir nourrir rétroactivement l’égalité de chacun (de chaque un) qui la fonde. D’où, en effet, ces campagnes idéologiques de la Révolution culturelle chinoise pour que l’égalité effective de chacun face à l’étude, face au travail intellectuel, face à la pensée politique, devienne bien la cible… de cette nouvelle liberté collective. D’où ces campagnes où la liberté collective doit s’éprouver contre les inégalités nécessairement produites par le processus effectif : inégalités en matière d’éducation, de division travail manuel/intellectuel, de division villes/campagne, de répartition hommes/femmes, etc.

L’enjeu communiste serait très précisément ici que ce qui se présente de prime abord comme libre campagne contre les inégalités matérielles nécessairement engendrées par le processus effectif soit bien orienté comme nouveau ressort subjectif pour l’égalité de principe – d’où la composante idéologique indispensable de toute campagne « communiste » de ce type (si l’on entend ici par composante idéologique une composante qui n’est pas essentiellement réglementaire, ou « matériellement » incitative, mais qui mobilise explicitement l’idée communiste comme telle). Autant dire qu’il s’agit là que cette idée même se renouvelle au fil de sa mise en œuvre au gré de cette rétroaction.

En un sens, on peut voir que cette idée communiste (que je tente ici d’esquisser) a bien alors la même structure dynamique qu’une grande œuvre d’art, qu’une ample théorie scientifique ou qu’un vaste amour franchissant au long cours maints obstacles et se renouvellant dans sa fidélité même : tout de même que l’Art de la fugue est d’une tout autre ampleur que la fugue ouvrant le premier livre du Clavier bien tempéré en même temps qu’il en est bien le prolongement compositionnel fidèle, tout de même que la géométrie algébrique de Grothendieck n’est pas la répétition des Éléments d’Euclide en même temps qu’elle peut fort bien être aussi comprise comme constituant - en un sens mathématique précis - sa reprise, tout de même qu’un grand amour fait au long cours corps à corps de physiologies altérées par le temps lors même qu’il est poursuite fidèle du même jaillissement créateur où un homme et une femme inventent leur deux différencié, tout de même la dynamique communiste aurait pour cœur cette capacité rétroactive d’une liberté (produite en commun à partir d’une égalité commune de principe) à réactualiser ce qu’égalité de principe doit vouloir dire dans la nouvelle situation précisément engendrée par la mise en œuvre de ce même principe liminaire.

Figurons cette rétroaction d’un dernier diagramme où l’idée communiste s’esquisse sous la figure d’une conversion de la nouvelle lutte contre les inégalités renaissantes en un approfondissement régénérateur du principe de l’égalité – techniquement dit : la position de colimite (somme) de la liberté rétroagit sur la position de limite (produit) de l’égalité.

« De chacun à chacun… »

Somme toute, le vieux slogan communiste « De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins » ne serait-il pas une manière d’esquisser la même idée si l’on veut bien l’entendre comme énonçant non pas tant la dynamique principale du processus communiste (circulant de l’égalité commune vers la liberté en commun - on aurait dans ce cas un « De chacun selon l’égalité des capacités à chacun selon la liberté des besoins ») que la rétroaction qui ici nous importe : « de chacun selon ses capacités – telles qu’elles se différencient dans la somme induisant la nouvelle liberté collective– à chacun selon ses besoins – tels qu’ils se singularisent dans la projection individuelle de l’égalité commune », soit au total :

 

« De chacun selon ses capacités (dans la contribution à l’édification d’une liberté collective)

à chacun selon ses besoins (dans la mise en œuvre de l’égalité commune) ! »

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[1] Rappel : le Coran s’est oralement constitué au début du VII° siècle et sa transcription s’est parachevée dans les trois siècles qui ont suivi.

[2] Cf. Quarto – Gallimard, par André Lanly

[3] fa ba-’ay-yi ’â-lâ-’i rab-bi-ku-mâ tu-kaz-zi-bâ-ni

[4] « Le jour s’est déplié comme une nappe blanche » Pierre Reverdy

[5] L’examen précis de cette catégorie balibarienne d’égaliberté mériterait, par elle-même, un examen plus minutieux et détaillé. Je le renvoie à un autre travail que ce texte.