Qui vive ? Le communisme !
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« une
question intimidante, une question que personne encore au monde n’a pu jamais
laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive ?… » Julien Gracq
«
La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la délivrance vers le
communisme. » Richard Wagner (1849)
« La
notion de Communisme, idéal politico-social d’un organisme commun à tous dans
l’avenir… » Richard Wagner (1871)
« Je
pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. » Gerard Manley Hopkins (1871)
« Il
a existé des communes et des communistes de tout temps ; il en existera
toujours. » John Steinbeck (1936)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute
chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de
Paris » (Paris, 1971)
« Le
communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel
comme impossible. » Alain Badiou (2011)
« Si
on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être
communiste. » Bernard Sobel (2011)
Bulletin hebdomadaire sur
l’actualité politique
diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction : François Nicolas [ƒNi]
Numéro 4 : 25 septembre 2011
(fichier
format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/4.pdf)
« Je suis communiste par sympathie et
conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme intelligent. » James Agee (1939)
Sommaire :
Inde................................................................................................................................................... 3
Des maoïstes…............................................................................................................................... 3
Palestine........................................................................................................................................... 4
Un point de vue sévère sur l’initiative d’Abbas.............................................................................. 4
Un billet bien troussé….................................................................................................................. 5
Maroc............................................................................................................................................... 6
La vie quotidienne d’une femme du peuple à
Marrakech…........................................................... 6
Histoire anti-coloniale : Abd-el-Krim........................................................................................... 10
Serbie.............................................................................................................................................. 11
La détresse d’ouvriers…............................................................................................................... 11
Afrique........................................................................................................................................... 12
Un rappel utile sur la famine en cours…....................................................................................... 12
La France d’aujourd’hui !............................................................................................................. 15
Retour de la tuberculose
dans les quartiers populaires…............................................................... 15
Retour de la grande faim….......................................................................................................... 15
Rubrique La réalité dépasse la fiction : « Voveo, ergo sum »....................................................... 17
Analyse du capitalisme................................................................................................................... 18
Après « la drôle de crise », la crise
arrive….................................................................................. 18
La France, en mauvaise place dans la concurrence
européenne…................................................. 18
Mémoire du communisme............................................................................................................... 19
Communisme américain (2) - . James Agee.................................................................................. 19
Annonce.......................................................................................................................................... 21
New York – Troisième conférence internationale
sur l’Idée du communisme............................... 21
Publications.................................................................................................................................... 22
Mark Twain................................................................................................................................. 22
Rubrique anti-islamophobie........................................................................................................... 23
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le
Coran donne à penser… (4)................................. 23
Réflexions....................................................................................................................................... 24
« Esquisse d’une articulation communiste
entre égalité et liberté » (3° partie)............................... 24
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Les derniers Mao-hicans d’une époque révolue ?
Les premiers de quelque chose, mais de quoi alors ?
- sur un camp médical
: http://www.youtube.com/watch?v=ORxmFFYDfcU
- reportage de la BBC
sur un camp maoïste dans la jungle : http://www.youtube.com/watch?v=H1Ncvea2M7o
en anglais : http://southasiarev.wordpress.com/
en français : http://servirlepeuple.over-blog.com/
La main invisible maoïste de retour au
Bengale
par Snigdhendu Bhattacharya
Article tiré du journal indien The
Hindustan Times. Publié sur South Asia
Rev
10 septembre 2011- Du symbole de la terreur
et de la subjugation, les maoïstes visent désormais un changement de perception.
Ou bien c’est ce qu’il semble, du moins dans leurs bastions dans la région de
Jangalmahal au Bengale.
Dans les régions dominées par les maoïstes du Midnapore
Occidental, à environ 130-150 km de Calcutta, et que l’Hindustan Times a visité
récemment, les rebelles ont non seulement récupéré le terrain perdu, mais
gèrent également des centres de santé et des écoles, construisent des digues et
entretiennent les routes et les étangs.
Alors que le gouvernement de Mamata
Banerjee tente d’amorcer le dialogue, les rebelles se concentrent sur le
développement.
Trois organisations – Santrash Durnity O
Samrajyobadi Agrason Birodhi Ganatantrik Mancha (SDSABGM), Nari Izzat Bachao
Comittee (NIBC) et Chhatra Samaj (SC) – sont à la pointe du travail de
développement que les maoïstes ont entrepris dans ces régions.
Le gouvernement reconnaît tacitement le
développement. « Ils (les rebelles) ne nous ont pas encore empêchés de
réaliser des projets de développement. Mais, dans certains domaines, nous avons
trouvé que les gens refusent de travailler sur nos projets alors qu’ils ont
travaillé sur les soi-disant initiatives populaires », a déclaré Sukumar
Hansda, ministre du développement de la région ouest.
« En l’absence complète
d’administration civile, nous sommes forcés de prendre nos affaires en main, »
affirme le président du NIBC Jyotsna Mahato à l’Hindustan Times dans la région
d’Aguimoni dépendant du poste de police de Jhargram.
Le SDSABGM et le NIBC gèrent pas moins de
20 centres de santé à Lalgarh, Jhargram, Gopiballavpur, Nayagram, Salboni,
Belpahari et Binpur, tous des bastions maoïstes.
Des médecins chirurgiens visitent les
centres de santé parallèles au moins une fois par semaine.
La redevance est seulement de 5Rps. Et pour
ceux qui ne peuvent même pas se permettre ce prix, les soins sont gratuits.
Le Samaj Chhatra gèrent environ 25 centres
éducatifs pour jeunes enfants, dans lesquels les jeunes locaux éduqués enseignent
gratuitement.
Il y a un an, une «initiative populaire» a
vu un remblai – Veri-Bandh – se construire sur la rivière Kansabati à Bandorboni.
Les ouvriers volontaires des villages voisins ont construit le tronçon de 1,5
km en seulement 23 jours.
« Le plus l’administration essaie de
bloquer ces initiatives, le plus il sera facile d’exposer son véritable caractère
devant le public», a déclaré un local du village de Kurashole de la région du
poste de police Jhargram, nous quittant sur un Lal Salaam (la façon dont les
rebelles saluent [salut rouge]).
Seul le temps dira si les nouvelles
installations sont juste un autre changement de visage pour les rebelles afin
d’éviter d’être repérés ou si c’est le signal d’une transformation réelle.
[ƒNi] Analyse
rejoignant d’autres points de vue (pro-palestiniens) très critiques sur cette
initiative d’Abbas.
Finalement, le mieux
qui pourrait arriver pour la Palestine serait peut-être que cette demande de
reconnaissance soit rejetée par le Conseil de sécurité…
Le scrutin à l'ONU sonne le glas des
espoirs palestiniens
Le Monde, 21 septembre
Julien Salingue, enseignant et doctorant en science politique, spécialiste
de la question palestinienne
L'échéance de l'Assemblée générale des Nations unies approche, avec son
cortège d'interrogations : la direction palestinienne ira-t-elle au bout de sa
démarche ? Les rapports de forces seront-ils modifiés ? Plutôt que de prétendre
répondre à ces questions, je souhaite souligner ici un paradoxe : la démarche
de la direction palestinienne, qui consiste à faire reconnaître "l'État de
Palestine" par les États membres de l'ONU, participe en réalité de la
disparition du projet d'établissement d'un État palestinien au côté d'Israël.
Depuis une trentaine d'années, la direction "historique" du
mouvement national palestinien a fait le choix d'une solution biétatique
négociée avec Israël sous l'égide des Etats-Unis. Cette stratégie s'est
concrétisée en 1993-1994 avec les accords d'Oslo qui, selon leurs promoteurs,
ouvraient une période intérimaire au cours de laquelle des négociations
devaient mener à la coexistence de deux États et à une "solution juste"
au sujet de Jérusalem et des réfugiés. Rien de tel ne s'est produit, et les
Palestiniens n'ont pu que constater le caractère virtuel du processus de paix,
au regard de la poursuite de l'occupation et de la colonisation.
Dans le même temps, l'OLP a achevé de se transformer en appareil d'État
investissant ses forces dans la construction de l'Autorité palestinienne (AP),
conçue comme une structure intérimaire vouée à disparaître lors de
l'établissement de l'État. Le temps s'écoulant, la structure AP a trouvé sa
propre raison d'être, avec le développement d'une couche sociale bénéficiant de
gratifications matérielles et symboliques non pas dépendantes de la
satisfaction des droits nationaux des Palestiniens mais de la survie de
l'appareil d'État et de la poursuite des négociations.
Or de plus en plus de voix exigent de prendre acte de l'échec du projet
d'État palestinien au terme d'un processus négocié : disparition des bases
matérielles de l'État en raison de la colonisation, intransigeance israélienne
au sujet de Jérusalem et des réfugiés, négociations sans fin durant lesquelles
Israël poursuit sa politique de fait accompli... Pour Ziyad Clot, ancien
négociateur de l'OLP, le doute n'est plus permis : "Il n'y aura pas
d'État palestinien." Cette hypothèque inquiète le "personnel
politique d'Oslo", menacé par l'impasse des négociations. La démarche à
l'ONU est en réalité la "dernière cartouche" de la direction
palestinienne pour ressusciter le projet auquel elle est identifiée et qui lui
assure sa survie économique et politique depuis plusieurs décennies.
"Chantage aux aides"
Saeb Erekat, négociateur palestinien, déclarait récemment : "Si les
Etats-Unis opposent leur veto à l'admission de la Palestine à l'ONU, ont
recours au chantage aux aides financières et laissent Israël exercer seul l'autorité,
alors, à mon avis, l'Autorité palestinienne doit cesser d'exister." Un
ultimatum ? Plutôt un aveu d'échec : un veto américain sera interprété par la
population palestinienne comme l'échec de la stratégie suivie depuis trente
ans. La direction palestinienne n'aura alors plus aucune perspective crédible,
pas même la promesse d'un État.
Certes, l'Assemblée générale à venir sera l'occasion de mesurer l'isolement
d'Israël, qui s'est accru avec les bombardements sur Gaza en 2008-2009 et
l'assaut sanglant contre la flottille en 2010. Mais elle sera aussi,
paradoxalement, avec la "non-admission" programmée de l'État
palestinien, l'acte de décès de ce dernier. Côté palestinien, une refondation
stratégique s'ensuivra, qui ne manquera pas d'être influencée par les bouleversements
régionaux : une démocratisation du monde arabe pourrait conduire à une
résorption du fossé entre la solidarité populaire avec les Palestiniens et
l'hostilité des dictatures à leur égard, modifiant les rapports de forces et
permettant de sortir du cadre étroit des solutions envisagées depuis une
trentaine d'années.
L’analyse (dans Libération) n’a rien d’original mais elle est
pleine de formules qui font mouche…
Pas de printemps pour
la Palestine
Par Mathieu Lindon
http://www.liberation.fr/chroniques/01012361660-pas-de-printemps-pour-la-palestine
Leurs mésaventures onusiennes montrent que, pour que
les Palestiniens aient un État, il est d’abord urgent qu’ils
n’en aient pas. C’est une condition mystérieusement nécessaire mais manifestement
pas suffisante puisque ça fait des décennies qu’ils la remplissent sans que
rien ne change. Le processus de constitution d’un État est comme le processus
de paix, interminable. Pour avoir un État, il ne faut surtout pas le demander.
Déjà, ce serait plus poli. Et puis, c’est toujours plus habile de jouer
l’indifférence. «On s’en fiche, ça nous est bien égal d’avoir un État, on est
au-dessus de ça.» Les Palestiniens font partie de ces peuples qui s’échinent à
ne pas voir leur bien même quand on le leur explique (et Dieu sait que ça fait
un moment qu’on se démène à leur expliquer), comme les Tunisiens, les Égyptiens
et les Libyens qu’il a fallu convaincre des années durant que leur vie ne
serait pas meilleure sans Ben Ali, Moubarak et Kadhafi. On a concédé une
Autorité palestinienne mais, de toute évidence, on se sent plus à l’aise avec
une soumission palestinienne. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
c’est aussi celui de se voir répondre : «C’est ça. Disposez, maintenant» quand
ils veulent en user.
C’est comme pour le nucléaire, l’ONU doit lutter
contre la prolifération des États. A qui ce serait le tour, après ? Aux Kurdes
? L’ONU ne veut pas mettre le doigt dans l’engrenage. Là- bas, on est bien
placé pour savoir qu’un État n’est pas quelque chose à laisser entre toutes les
mains. Les Palestiniens sont sur la liste d’attente. «Ne vous plaignez pas, on
met votre dossier tout en haut de la pile. On vous fait passer dès que ça se
libère.» Mais, à l’heure de la mondialisation, avoir un État, n’est-ce pas
devenu caduc ? On ne comprend d’ailleurs pas bien ce que les Israéliens
redoutent d’un État palestinien. D’avoir de mauvaises relations avec leur
voisin ? Que ce soit la guerre ? C’est l’armée palestinienne qui les terrorise
? La monnaie palestinienne ? La philatélie palestinienne ? S’il s’agit de
continuer à se haïr, que les Israéliens se rassurent, un État palestinien
n’empêchera rien. Peut-être qu’Israël serait prêt à accepter une principauté,
comme à Monaco.
Ce n’est pas trop menaçant. Dans cette affaire, Israël
est un peu perçu comme un pickpocket qui se ferait choper dans le métro un
portefeuille volé encore dans la main. Toute la rame veut appeler la police
mais le pickpocket conserve le portefeuille en disant à son propriétaire :
«Bon, okay. Mais on partage, maintenant. Et je tiens à un partage équitable.»
L’attribution d’un État ressemble à celle d’une sorte de virginité. Si c’était
un État, il ne faudrait pas que la Palestine soit violée, que qui que ce soit y
pénètre sans qu’elle soit consentante. D’un autre côté, entre États, la guerre
a ses règles juridiques propres. L’émoi dans lequel la perspective d’une
Palestine reconnue place l’ONU montre que le monde ne manque pas de bonne
volonté sur la question. Sans doute alors est-ce le temps dont on manque si
cruellement depuis toutes ces années.
Ovni trouvé sur le web !
Il s’agit d’une étude « géographique » présentée sur le site du Monde Diplomatique qui avance l’idée et la pratique d’une « carte sensible »…
Je reste sceptique sur la « théorisation » de cette « recherche » géographique, sur le discours « objectif » tenu à son propos et sur l’objet étrange auquel elle aboutit, mais par-delà ces réserves, l’intéressant de ce travail est de présenter la vie quotidienne de Naïma, femme du peuple, vivant des ménages faits auprès des riches de la ville…
Voir à ce titre en priorité la vidéo (le texte qui suit ne fait que l’accompagner) :
L’article comporte de nombreuses illustrations
(dessins…) que je n’ai pas reproduites ici.
http://blog.mondediplo.net/2011-09-19-Cartographie-sensible-emotions-et-imaginaire
Cartographie sensible,
émotions et imaginaire
lundi 19 septembre 2011, par
Elise Olmedo
Elise Olmedo a vécu plusieurs
mois avec les femmes d’un quartier défavorisé de Marrakech, en les suivant dans
leur vie quotidienne, lors de leurs déplacements dans l’espace domestique et
dans la ville. En voulant représenter ces itinéraires sur une carte, elle s’est
rendue compte que la cartographie classique ne donnait qu’une image très pâle
de la richesse et de la subtilité de leurs pratiques spatiales. La carte
conventionnelle ne dit hélas rien des émotions qui sont largement au centre de
leur perception urbaine.
Il fallait donc trouver un mode
de représentation plus libre, capable de se fondre dans leurs visions, capable
d’exprimer leurs affects et leurs perceptions de ces espaces familiers qu’elles
sont contraintes de fréquenter. C’est ainsi qu’est née une « carte
sensible ». Un mode de représentation peu commun, qui enfin allait permettre
de figurer les « fragrances » de ces espaces vécus dans toute leurs
dimensions.
Elise Olmedo cerne ici les
contours les contours théoriques et méthodologiques de cet outil, en décrit les
étapes de création, et s’interroge sur les impacts, l’utilité et ses limites, à
partir de l’expérimentation qu’elle en a été faite sur le terrain au Maroc, à
Marrakech, au printemps 2010. Ce travail a été guidé par Marianne Blidon, Agnès
Lambert et Béatrice Collignon.
Le quartier et les espaces
de l’imaginaire
Comment vivent les femmes
issues des classes populaires dans le quartier de Sidi Yusf à Marrakech, et
comment utilisent-elles leur espace ? Rendre compte cartographiquement de
ce quotidien avec justesse est un double défi : Il faut d’abord, dans la
phase d’observation et d’échange, trouver la distance de confiance, ni trop
loin pour ne pas risquer de passer à côté de l’essentiel, ni trop près pour ne
pas briser l’intimité de la communauté. Puis, imaginer, et éventuellement créer
l’outil « géo-cartographique » approprié qui permettra conjointement
d’analyser et de dessiner cet espace vécu pour le caractériser.
Sidi Yusf date de la fin de
l’époque Almohade, au XIIe et XIIIe siècle, autour du tombeau du Saint Sidi
Youssef Ben Ali, d’où le nom du quartier. La densification de la médina a
entraîné une crise du logement qui a largement contribué à rejeter les
populations pauvres dans les douars à la périphérie de la ville dont la
croissance a été très soutenue dans les années 1960.
Les femmes de ce douar spontané,
qui s’est longtemps nourri de l’exode rural, font parties des couches les plus
défavorisées de la population de la ville et subissent de nombreuses
discriminations dans la vie publique comme dans la vie domestique, lesquelles
ont un impact important sur leurs pratiques de l’espace et la vision qu’elles
en ont. Leurs itinéraires dans la ville sont conditionnés par une structure
sociale fondée sur la domination masculine.
« Pour être franche, il
n’y a aucun endroit, à part les jardins, où je pourrais aller. Et même dans les
jardins, il y les regards curieux des hommes. Du coup, je n’y vais pas
seule. » Une réponse ordinaire pour une femme de Sidi Youssef
Ben Ali quand on l’interroge sur les lieux qu’elle aime fréquenter. A Sidi
Yusf, l’espace public est théoriquement accessible à tous, mais en pratique,
l’accès des femmes y est restreint. Elles n’ont pas leur place partout et
surtout pas à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. L’espace public de
Marrakech, du moins dans ces quartiers, suit une segmentation fondée sur le
genre.
L’espace public est d’abord
ressenti comme un espace à risque pour les femmes, qui mettent en place des
stratégies de contournement — par le choix de certains itinéraires et de l’heure
à laquelle elles sortiront. Les représentations et les pratiques de l’espace
des Marocaines sont sensiblement différentes de celles des Marocains. Cette
différenciation est le reflet d’un rapport de domination et d’oppression
finalement visible dans l’espace urbain. Définir les rapports sociaux de sexe
comme des rapports de domination implique une posture épistémologique qui est
loin d’être neutre : les rapports de genre sont ici sous-tendus par des
rapports de pouvoir et de domination masculine.
De la carte classique à la
carte sensible
Dans l’espace domestique ou
dans la ville, cartographier ces mouvements, ces itinéraires parsemés de rencontres
multiples, c’est cartographier de la vie, de l’émotion, de la sensibilité, dans
des lieux où les femmes se sentent en confiance ou dans d’autres susceptibles
de les inquiéter. Ces informations, en d’autres termes ce « matériau
sensible », est essentiellement « qualitatif » (par opposition
aux informations et données « quantitatives » a priori plus évidentes
à représenter graphiquement). Il fallait donc inventer un mode cartographique
qui puisse retranscrire toute l’émotion contenue dans leurs récits, semés
d’images mentales profondément vécues, et pour cela, nécessairement sortir des
sentiers battus de la cartographie conventionnelle. D’où l’idée d’essayer de
créer une « carte sensible ».
La « cartographie
sensible » est un outil utilisé entre autres par les paysagistes :
elle garde pour fondement certains principes de la cartographie classique, mais
s’en émancipe par d’autres aspects. La création d’une telle carte s’est imposée
comme la seule possibilité pour représenter un espace traversé d’affects. Les
données, le matériau qui servira de base à la création de cette carte, c’est le
vécu des femmes, le récit de ce vécu, de leur perception. Enfin, cette carte
inédite doit encore être fidèle à la pratique spatiale multiple de ces femmes
qui vivent dans deux univers : d’une part leur espace de référence, avant
tout domestique (la maison et la cour), puis les autres lieux du quartier et de
la ville. Le cartographe doit donc penser la représentation à deux
échelles : le micro-espace privé et intime, et l’espace beaucoup plus
grand, public et social.
Dessiner est une manière de
s’immiscer dans le paysage de manière douce, plus douce que de photographier, une
manière aussi de produire les manifestations extérieures d’une raison d’être-là.
Le croquis recouvre une autre fonction essentielle dans cette étude : lire
le terrain. Faire un croquis est une manière de rendre compte du sensible qui
se dégage du paysage urbain de Sidi Yusf. La lecture géographique est une
lecture raisonnée de ce premier contact. Le géographe propose une description
raisonnée du paysage visible et de son pendant invisible. Dessiner, c’est
retenir les caractères du paysage qui ont un sens, et sonder la manière dont
ils dialoguent entre eux.
La carte sensible, image de
pensée
La « carte sensible »
emprunte un peu à la cartographie conventionnelle mais en rejette une de ses
dimensions fondamentales : elle désavoue la schématique de la « carte
traditionnelle » et affrète l’inventivité comme une de ses perspectives
majeures. Le projet de la « carte sensible », c’est « décrire
graphiquement l’idée » selon les propres mots de Jean-Marc Besse. Révélant
les mensurations d’une cartographie ouvertement constructiviste, elle bouscule
l’idée que la science est hermétique à l’art et vice-versa : elle ouvre
une brèche pour sonder leurs accointances. La « carte sensible »
permet à la cartographie d’avoir un ancrage dans l’espace vécu.
Elle propose des solutions de
représentation là où la cartographie classique échoue : traiter les
données émotionnelles (par essence qualitatives), et représenter les
micro-espaces. La « carte sensible » permet d’apporter une réflexion
constructive pour contourner ces deux difficultés, et proposer de nouvelles
représentations.
Récusant le principe de
véracité absolue et exclusive qu’on attribue volontiers aux « cartes
scientifiques » des géographes, Gilles Tiberghien affirme : « Nos
représentations ne sont jamais si neuves, si informées scientifiquement,
qu’elles se donnent vierges de tout archaïsme et dépourvues de tout préjugé. Le
caractère scientifique des cartes, les méthodes hautement éprouvées utilisées
par les cartographes pourraient nous laisser penser qu’il s’agit d’un
“savoir-vrai” nous permettant une représentation toujours plus précise de la
réalité, où l’imaginaire tient un minimum de place. Néanmoins, d’une part, des
formes de valorisation, ethniques, politiques ou religieuses travaillent
souterrainement la fabrication des cartes, et, d’autre part, l’origine sociale
et culturelle du cartographe, nombre de ses convictions personnelles, de ses
goûts, infléchissent plus ou moins inconsciemment son activité. »
L’art contre la
science ?
Cette philosophie invite les
scientifiques à se pencher sur la production des images du monde. Les artistes
qui s’intéressent aux cartes se posent les mêmes questions. Ils cherchent à
produire une image en suivant le processus de production cartographique,
réinventant chaque fois un ensemble de conventions qui seraient propres à
chaque carte. C’est ainsi que des artistes du Land Art
donnent une dimension géographique à leurs œuvres. Les œuvres étant « à
ciel ouvert », présentes dans un endroit précis, elle peuvent ainsi en
signifier quelque chose, et en faire un lieu-dit ; car l’œuvre n’est pas
seulement dressée sur un lieu, elle l’habite ; elle n’est pas là par
hasard. Le lieu dit quelque chose de l’œuvre, et se mesurant à lui, l’œuvre dit
quelque chose du lieu.
Cela montre qu’on peut produire
de la connaissance dans la création artistique. Mais l’association de
l’objectivité et de l’imagination ne va pas de soi. Dans l’histoire des
sciences, l’imagination, rejetée depuis les Lumières, qualifiée de « folle
du logis » depuis Pascal, est encore perçue comme de l’« énergie négative »,
comme un courant contre lequel il faut s’acharner puisqu’elle entraîne le
chercheur à projeter quelque chose sur son terrain. Alors pourquoi ne pas réhabiliter
l’imagination… L’imagination au pouvoir, contre le pouvoir de la
technique ! Elle pourrait permettre l’ajustement de la cartographie à un
terrain particulier tout en s’inscrivant dans une démarche analytique.
Après tout, Saint John Perse
voyait le scientifique et l’artiste comme deux types de créateurs : « Au
vrai, toute création de l’esprit est d’abord “poétique” au sens propre du
mot ; et dans l’équivalence des formes sensibles et spirituelles, une même
fonction s’exerce, initialement, pour l’entreprise du savant et pour celle du
poète. De la pensée discursive ou de l’ellipse poétique, qui va plus loin et de
plus loin ? Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux aveugles-nés,
l’un équipé de l’outillage scientifique, l’autre assisté des seules
fulgurations de l’intuition, qui donc plus tôt remonte, et plus chargé de brève
phosphorescence. La réponse n’importe. Le mystère est commun. »
La carte et le réel
Un tel outil s’appuie sur
plusieurs intuitions. Il y a en premier lieu le hiatus entre la carte et le
réel. Gilles Tiberghien dit bien que la cartographie est en « inadéquation »
avec la réalité. Une carte est un outil de représentation de la réalité, seulement
elle ne la représente — aujourd’hui comme hier — que de façon partielle et
partiale puisqu’elle n’autorise que l’utilisation de données quantitatives. Les
données émotionnelles, de fait qualitatives, non quantifiables, comme sentiments
et états d’âmes, disent quelque chose d’une société, de ses tabous, de ses
coutumes et de son rapport à l’expression des affects. Dès le moment où les
données sont autre chose que des statistiques ou des quantités, la cartographie
contemporaine s’essouffle. Si la cartographie s’ouvre à d’autres procédés de
représentation (éventail élargi de supports possibles, de matériaux), aura-t-on
davantage de chances d’obtenir une représentation convaincante de ces données,
de ces émotions ?
Deux conditions préalables pour
se lancer dans l’invention de la « carte sensible » :
— considérer la créativité du cartographe comme une énergie positive
et non comme une condition d’impuissance (c’est-à-dire, l’autoriser à
s’éloigner des règles, des présupposés et des conventions dites
obligatoires) ;
— admettre
que la carte est une représentation partielle de la réalité, et donc admettre
que le cartographe s’émancipe du réel pour aller vers sa propre vision du monde
en recréant éventuellement la forme et le fond de sa carte.
Femmes à l’intérieur, femmes
à l’extérieur
Suivons par exemple Naima, dans
ses faits et gestes, dans son espace de vie ; entrons dans l’intimité de
son univers. D’origine rurale, mère de de quatre enfants, elle ne sait ni lire
ni écrire et habite la partie la plus pauvre du quartier.
Comme les autres femmes, Naima
parle de la ville et de sa vie à travers des images — innocentes ou inconscientes
— qui tournent autour de deux espaces, le quartier (espace public) et les lieux
domestiques (espace privé), entre lesquels son va-et-vient est incessant. C’est
son « territoire imaginaire », sa vision du monde, ou plus exactement
de son monde, vision bâtie autant sur les perceptions individuelles que collectives.
Pour comprendre comment
s’organise la vie sociale de Naima, comment elle utilise et perçoit son espace,
et pour en donner une représentation, il aura fallu beaucoup parler, discuter,
dessiner… savoir se taire aussi, pour participer à la vie commune et observer.
La création de cette carte aura
nécessité beaucoup d’énergie pour s’extirper du langage cartographique
conventionnel acquis depuis les études secondaires… pour laisser son esprit
libre d’inventer une toute nouvelle grammaire graphique.
La carte montre l’imaginaire
spatial de Naima, passé par le filtre d’une géographe française. La vision du
cartographe est présente uniquement parce qu’il s’agit d’une lecture ;
elle est présente « par défaut ». En fait les deux visions cohabitent
mais sont loin d’avoir le même statut : l’imaginaire de Naima est l’objet
de la carte, l’imaginaire larvé du cartographe se niche dans la carte malgré
lui.
Peut-être cette symbiose se
serait-elle faite plus facilement dans le cadre d’un atelier de cartographie
[sensible] collectif, où chaque participant « fabrique » sa vision du
monde, en choisissant librement la manière de le faire (dessin, matériaux, modes
d’expression…).
Une manière de montrer la
vie
Ce film de dix minutes montre
comment la « carte sensible » de l’espace vécu de Naima a été
imaginée, conçue et produite.
Parce que c’est un objet encore
peu connu, la « carte sensible » doit être accompagnée d’un
discours : expliquer le fonctionnement de l’outil, décoder le résultat.
La « carte sensible »
est une synthèse complexe, multidimensionnelle : Elle évoque l’habitat, le
quartier, le paysage urbain, les perceptions. Elle emprunte à la géographie du
genre ou à la géographie sociale. Elle utilise en symbiose les méthodes de la
géographie, de l’anthropologie, de la sociologie et de l’art.
La carte classique, qui reste
un des outils les plus importants du géographe, s’adapte mal à une démarche qui
donne autant de place à l’émotionnel. La « carte sensible » est donc
une des possibilités nouvelles, une des pistes de recherche pour « faire
du nouveau en géographie et en cartographie », tout comme l’artiste Ben se
plaisait à dire et à écrire qu’« il faut du nouveau en art »...
Un belle leçon d’histoire sur Arte (50’)…




http://www.youtube.com/watch?v=FEnJtWp_sgM
Abdelkrim et la guerre du Rif

La guerre du
Rif se déroule de 1921 à 1926 au nord du Maroc. Elle débute en juillet 1921 par
la déroute de l’armée espagnole face aux tribus rifaines conduites par Abdelkrim,
qui tient tête à l’Espagne pendant plusieurs années en menant son peuple sur la
voie de l’indépendance. Cette lutte prend fin en mai 1926 ; les rifains sont
écrasés par la force conjointe des armées espagnoles et françaises.
La guerre du
Rif aura fait des dizaines de milliers de morts, laissé un pays et une
population dévastés par les bombardements et les armes chimiques, coûté des
fortunes colossales, entraîné l’Espagne dans la dictature, permis à Franco de
faire ses premières armes et à Pétain de consolider sa stature d’homme
providentiel. Malgré ce bilan, la guerre du Rif a montré l’exemple pour tous
ceux qui ont rêvé au cours du XXème siècle de s’émanciper du joug colonial.
Des ouvriers en viennent à des pratiques inimaginables : l’automutilation témoignant d’une totale impuissance, pratique peut-être encore plus poignante que le suicide ou l’immolation par les flammes (cf. Bouazizi en Tunisie…)
Zoran Bulatovic, président de l'association
des ouvriers de textile de Novi Pazar (sud de Serbie), s'est coupé le doigt en
décembre 2009 en signe de
protestation contre la négligence de l’Etat envers les ouvriers de cette région
qui vivent dans la famine. Depuis il s'est cloué le
poignet, en février 2011, de nouveau avec un autre ouvrier. Les grévistes de
l’industrie textile de Novi Pazar exigent que la conversion des dettes soit
terminée d’urgence, et que l’État rajoute des années de travail pour les ouvriers
auxquels il en manque pour pouvoir prendre une retraite prématurée.
(taper,
sur Google option images « zoran
bulatovic radnik »)
Il y a aussi Muamera Jakupovic, ouvrière de
textile, qui se jeta de l'acide sur le visage en essayant de se brûler avec
d'autres ouvrières du textile en sud de Serbie. Un ouvrier s’est également arraché
une dent pendant un procès public !

Zoran
Bulatovic et Muamera Jakupovic
Famine dans la Corne de l’Afrique: Une catastrophe naturelle ?
By wimdc
Douze millions de personnes sont
touchées par la famine en Éthiopie, en Somalie, en Érythrée, au Sud-Soudan, en
Ouganda, à Djibouti et dans le nord du Kenya. Dans plusieurs régions de ces
pays, trois personnes sur dix sont sous-alimentées depuis plus longtemps.
Explications.
La sécheresse n’est pas la seule
cause
Manquer deux saisons des pluies est
un coup très dur pour la population locale de bergers et de paysans. L’actuelle
sécheresse est due en partie au changement climatique résultant des gaz à effet
de serre, lui-même à son tour conséquence de dizaines de décennies
d’exploitation des réserves d’énergie dans l’objectif pur et simple de réaliser
des profits maximaux. La sécheresse n’est donc pas tant un phénomène naturel
qu’une conséquence de l’intervention humaine.
En outre, la région a déjà connu
bien d’autres sécheresses, mais celles-ci n’ont pas toujours provoqué la famine.
En 1984 déjà, une sécheresse avait ravagé l’Éthiopie et la Somalie mais seule
l’Éthiopie avait connu une catastrophe alimentaire. La précédente famine en
Somalie date de 1992 et, à l’époque, la sécheresse n’avait pas été
exceptionnelle.
Les organisations de secours et les
experts internationaux sont formels : il s’agit ici d’une combinaison entre
une catastrophe naturelle et une catastrophe provoquée par l’intervention
humaine. « Il ne faut pas nier que l’ampleur de cette catastrophe résulte
d’une grave sécheresse, l’année la plus sèche en six décennies, dans certaines
parties de la région. Mais cette crise a tout autant été provoquée par
l’homme et par la politique que par la nature », selon Oxfam International.
« Les pluies n’ont pas fait leur
boulot, mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas faire le nôtre »,
déclarait Kanayo Nwanze le 25 juillet dernier, lors d’une réunion d’urgence de
la FAO, l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Le
président du Fonds international pour le développement agricole (IFAD) y
établissait une comparaison avec une région en Chine qu’il avait visitée récemment
et qui était également aux prises avec une sécheresse. Dans cette région de
Chine, il tombe encore moins de précipitations qu’au Sahel, ce qui n’empêche
toutefois pas les paysans de cultiver suffisamment pour se nourrir eux-mêmes et
accroître leur revenu. La différence, pour eux, se situe dans la politique,
selon Nwanze.
Une catastrophe annoncée
Depuis des années déjà, la situation
alimentaire dans la Corne de l’Afrique est précaire. Le Famine Early Warning Systems
Network (Fews Net – Réseau des systèmes de mise en garde contre les famines),
un site Internet américain créé pour détecter les menaces de famine à un stade
précoce, faisait retentir en décembre 2009 déjà les premiers signaux d’alarme.
Depuis mars de cette année, Fews Net met en garde contre le fait que l’aide est
inefficace.
L’an dernier, les Nations unies
lançaient déjà un appel à l’aide en Éthiopie, en Somalie et au Kenya. Elles
avaient besoin de 500 millions de dollars, mais n’en ont recueilli que la
moitié. En mai dernier, le Programme alimentaire mondial a dû même restreindre
de façon draconienne les rations en Somalie. « Nous n’avons que 30 % de la
nourriture dont nous avons besoin pour nourrir le million de personnes que nous
sommes censés atteindre », déclarait un porte-parole de l’agence de l’ONU à la
BBC. Seuls deux tiers de la population a reçu de la nourriture et encore, un
tiers seulement de ce dont elle avait en fait besoin.
Il était prévisible que la famine
frappe si fort, mais la « communauté internationale » a choisi de laisser
pourrir la situation. Ce n’est que lorsque la presse mondiale a eu l’attention
attirée par la famine que les instances des pays riches ont commencé à bouger.
Il en va toujours ainsi. En 2006, le gouvernement du Mozambique demandait
par exemple 3,4 millions de dollars d’aide pour se préparer à de possibles
inondations. Cette aide s’est fait attendre et quand les inondations ont
effectivement semé la désolation, il a fallu 98 millions de dollars pour les
secours d’urgence.
En juillet, les Nations unies ont
estimé qu’il faudrait 2,5 milliards de dollars d’aide jusqu’à la fin de l’année,
mais on n’en a encore trouvé que 1,3. De cette somme, le 8 août, 4,4 millions
de dollars est venu de Belgique, soit un sixième de ce que le Brésil a déjà
donné.
La politique de l’Occident en
question
La Corne de l’Afrique (Éthiopie,
Érythrée, Djibouti et Somalie) est d’une énorme importance stratégique pour
l’économie mondiale. Djibouti et la Somalie se trouvent sur le golfe
d’Aden, à l’entrée de la mer Rouge qui, avec le canal de Suez, relie l’océan
Indien à la Méditerranée. La Somalie n’est pas loin de la mer d’Oman et du
détroit d’Ormuz, deux zones très importantes de l’océan Indien, qu’empruntent
la moitié de la flotte commerciale mondiale des transporteurs de conteneurs et
70 % du transport des produits pétroliers. La Chine et l’Inde acquièrent une
influence sans cesse croissante, tout comme sur la totalité du continent
africain, d’ailleurs. Cela aussi vaut à l’Occident de sérieuses préoccupations.
Depuis la fin de la guerre froide,
les États-Unis essaient d’assurer leur contrôle sur cette région. En 1992-1993,
ils se lançaient dans une invasion de la Somalie baptisée Operation Restore
Hope (Opération restaurer l’espoir) mais elle se soldait
par une défaite. Les États-Unis allaient devoir attendre la guerre en Irak, en
2003, pour avoir un pied dans la Corne de l’Afrique en installant une base
militaire à Djibouti. Il s’agit toujours de la seule base militaire américaine
sur tout le continent africain.
Ces dernières années, c’est surtout
via l’Éthiopie que les États-Unis ont exercé leur influence sur la région. Ils
ont soutenu l’invasion éthiopienne de la Somalie en 2006. Celle-ci devait faire
tomber le gouvernement de l’Union des tribunaux islamiques, bien que celui-ci
ait apporté une certaine stabilité dans de grandes parties du pays où,
auparavant, les seigneurs de guerre assuraient le service. L’invasion désarticulait
complètement la Somalie : 15 000 civils ont perdu la vie et plus d’un
million de gens ont pris la fuite.
Au bout de deux ans, quand les
occupants se sont retirés, la moitié de la population somalienne était devenue
dépendante de l’aide alimentaire. Depuis lors, le pays est empêtré dans une
guerre civile avec, d’un côté, les troupes du Gouvernement fédéral de
transition (TFG) et, de l’autre, les milices d’al-Shabaab et du Hizbul Islam. Le
TFG est soutenu par l’Occident mais ne contrôle qu’une fraction du pays et,
jusqu’il y a peu, un tiers de la capitale Mogadiscio.
En Éthiopie aussi, la guerre et
l’ingérence étrangère sont d’importantes causes de la situation actuelle. Les
régions gravement touchées par la famine se situent dans la région limitrophe
de la Somalie, où résident de nombreux Somaliens. Depuis 1984, le Front de
libération nationale de l’Ogaden (ONLF), un mouvement sécessionniste armé, y
est actif. Le gouvernement éthiopien, maintenu en selle avec le soutien de
l’étranger, organise des blocus alimentaires afin de mettre à sec les régions
où l’ONLF est actif.
L’Éthiopie est l’un des plus grands
bénéficiaires de l’aide au développement, c’est un donor darling (un chouchou des donateurs) de la Banque mondiale, des États-Unis, de
l’Union européenne, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. « Les dirigeants locaux
refusent systématiquement tout soutien aux partisans de l’opposition et aux
activistes de la société civile, même si l’aide alimentaire est d’une nécessité
vitale », déclare un rapport d’Human Rights Watch. Un
secouriste occidental (anonyme) le confirme : « Tout ce que nous mettons à
disposition – engrais, prêts, soutien social – est utilisé pour briser
l’opposition. »
Le résultat d’une économie
mondiale en crise
La crise économique mondiale a de
lourdes conséquences pour la sécurité alimentaire de la population du
Tiers-Monde. Les gouvernements des pays riches ont repoussé la crise devant
eux en ouvrant de force les marchés du Sud à leurs multinationales. Dans
les années 1960, juste après la décolonisation, l’Afrique exportait encore de
la nourriture pour une valeur de 1,3 milliard de dollars par an. Aujourd’hui,
le continent doit importer un quart de sa nourriture et il est dépendant de
l’aide alimentaires et des importations. En même temps, la terre du Tiers-Monde
est réservée à la production de plantes destinées à l’exportation. Ne pensons
qu’aux légumes et aux fleurs coupées en provenance de l’Éthiopie et du Kenya et
qu’on retrouve dans nos supermarchés européens.
Les monopoles ne laissent pas d’autre
choix aux paysans du Tiers-Monde que d’amener leurs produits à bas prix sur le
marché. Le fossé entre les prix que reçoivent les producteurs et les prix qui
sont facturés aux consommateurs augmente, surtout dans ces pays où les
monopoles assurent le service. Voici quinze ans, d’après une étude de la Banque
mondiale, ce fossé croissant coûtait déjà 100 milliards de dollars aux pays en
voie de développement. Dans un même temps, les multinationales qui dominent le
secteur agricole touchent de superprofits. Pendant la crise alimentaire de
2008, elles ont d’ailleurs vu leurs bénéfices croître de façon mirobolante.
La crise économique croissante de ces
dernières années a encore aggravé la situation alimentaire. Vu que les produits
traditionnels d’investissement ne pouvaient plus étancher la soif de profit
capitaliste, le capital s’est mis en quête de nouvelles possibilités
d’investissement. La spéculation dans les marchandises, dont le pétrole et la
nourriture, a été dérégulée et a augmenté de façon exponentielle depuis le
début de ce millénaire. De ce fait, les prix alimentaires sont devenus très
volatiles et ils sont influencés par les importants fonds d’investissement qui
ont tout intérêt à faire grimper les prix. L’index des prix alimentaires sur
les marchés internationaux a connu un pic en février 2011 et il reste toujours
à des hauteurs records.
Les prix alimentaires élevés sur le
plan international constituent naturellement un problème pour les pays qui
importent de la nourriture. Pour les céréales, Djibouti et la Somalie sont
respectivement dépendants à 100 % et 60 % des importations. De même, les prix
croissants du carburant influencent les prix alimentaires locaux. En un an, le
prix du carburant a augmenté de 60 % en Éthiopie, de 38 % en Somalie et de 34 %
au Kenya.
La crise économique stimule aussi
les investissements dans les terres agricoles des pays du Tiers-Monde. La
production de biocarburant fait des terres cultivables une alternative
attrayante pour les investissements. Le gouvernement éthiopien propose aux
investisseurs étrangers des contrats de location de 50 à 99 ans couvrant 3
millions d’hectares (la superficie de la Belgique) des terres agricoles les
plus fertiles. Aujourd’hui déjà, le pays est le premier en Afrique pour les
concessions étrangères et la plupart de ces contrats ont été conclus avec des
entreprises privées étrangères en vue précisément de la production de
biocarburant.
L’accès à la terre devient difficile
pour la population locale, en grande partie des paysans et des bergers nomades.
Une étude récente montre comment ces bergers deviennent de plus en plus
vulnérables face aux périodes « normales » de sécheresse du fait que leur accès
à la terre est de plus en plus réduit. D’après eux, ce n’est pas la conséquence
de la sécheresse croissante. Les chercheurs montrent que l’avenir des bergers
nomades est en jeu.
Souveraineté alimentaire
Que pouvons-nous faire ? Dire que
l’aide d’urgence n’offre aucune solution durable, c’est enfoncer une porte
ouverte. Pourtant, les besoins immédiats doivent être soulagés. Des dons aux
ONG qui s’y consacrent pour l’instant peuvent y contribuer, et c’est
certainement le cas si ces ONG s’intéressent de près aux causes structurelles
de la famine.
Plus important encore, il convient
que nous montrions à nos propres gouvernements leurs responsabilités et que
nous exigions qu’ils se décider à y aller de leurs poches. Les sommes qu’ils
peuvent mobiliser sont bien plus importantes que les dons individuels. Ne
pensons qu’aux cadeaux qu’ils consentent aux grandes banques et entreprises.
Dans la crise actuelle, l’argent doit aller aux victimes, chez nous et ailleurs,
et non à ceux qui ont provoqué la crise.
Une solution durable ne pourra venir
que si les relations mondiales changent de façon radicale à l’avantage du Sud.
En premier lieu, une résistance plus large est nécessaire contre toute forme
d’intervention économique, militaire et politique dans le Tiers-Monde.
L’Afrique doit avoir la possibilité de prendre son développement en mains
propres.
Sur le plan de l’agriculture, cela se
traduit par la souveraineté alimentaire. Ici, le soutien à la production
alimentaire locale est primordial. Les producteurs locaux doivent recevoir les
possibilités et les moyens de développer la production alimentaire pour les
marchés locaux. La réforme agraire est une mesure primordiale. Cela signifie
aussi qu’ici, en Europe, nous devons nous opposer à la politique
libre-échangiste de nos gouvernements, à l’extension de la production des
biocarburants.
http://www.intal.be/fr/article/famine-dans-la-corne-de-l%E2%80%99afrique-une-catastrophe-naturelle
Comme le rappelle l’article, la tuberculose est
« un marqueur de pauvreté sociale »…
Une vingtaine de cas de
tuberculose dépistés à Clichy-sous-Bois
Publié le 21-09-11 par Le
Nouvel Observateur avec AFP
Ils concernent le quartier
pauvre du Chêne pointu, précise l'Agence régionale de santé.
Une vingtaine de cas de tuberculose ont
été dépistés cet été dans le quartier pauvre du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois, en
Seine-Saint-Denis, a annoncé mercredi 21 septembre l'Agence régionale de santé
(ARS).
Une trentaine d'infections
tuberculiniques latentes ont également été découvertes, lors d'un
dépistage organisé dans l'été. Un nouveau dépistage va être organisé dans le
quartier à partir du 28 septembre, a indiqué l'ARS.
L'ensemble des habitants du
quartier pourront faire ce dépistage, "gratuit" et "mené sur la
base du volontariat", écrit l'ARS dans un communiqué. "La tuberculose
se soigne aisément avec des antibiotiques adaptés", précise-t-elle.
"Une première action de
dépistage volontaire a été organisée cet été au plus près des domiciles de ces
personnes malades", parmi lesquelles des enfants,
explique l'agence, en précisant qu'elle a "permis de détecter la maladie
chez d'autres habitants du quartier".
"La tuberculose étant une
maladie contagieuse, qui reste potentiellement grave d'une part, et afin de
pouvoir retrouver et traiter toutes les personnes atteintes d'autre part, une
seconde vague de dépistage, à plus grande échelle, dans ce même quartier, a été
décidée pour la rentrée", poursuit l'ARS.
"Pour avoir des cas de
tuberculose, il faut des contacts étroits et répétés, dans des milieux
familiaux ou fermés, comme les écoles", a expliqué
le Dr Laurent Chambaud, directeur de la santé publique à l'ARS d'Ile-de-France.
"C'est aussi lié à des conditions sociales et d'habitats dégradées,
c'est un marqueur de pauvreté sociale",
a-t-il ajouté.
En 2009, il y a eu en France
5.276 cas déclarés de tuberculose. Les régions Ile-de-France (principalement la
Seine-Saint-Denis et Paris) et Guyane sont les plus touchées.
L’information, je pense, n’avait échappé à personne, mais je la rappelle, vue sa gravité…
Il risque de faire faim en
France l'an prochain
C'est un coup de massue sur
l'aide alimentaire. Les associations, alarmées, font les comptes : si le
Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) est bien amputé de 400
millions d'euros en 2012, impossible de continuer à distribuer les produits de
base aux plus pauvres. Ils sont pourtant de plus en plus nombreux
en France.
La justice européenne compte
imposer une réduction de ce programme de 75% l'année prochaine pour le faire
disparaître en 2013. Ces dernières années, les surplus agricoles, amoindris,
ont dû être compensés par l'achat de nourriture financé par la PAC (politique
agricole commune).
L'Allemagne a porté
plainte : en avril, la Cour européenne de justice de Luxembourg a
estimé que ces transactions n'étaient pas compatibles avec la politique
agricole de l'UE. Une telle démarche relevant du domaine du social, pas
de l'agriculture.
Camille Vega, en service civique au sein du
Secours populaire de l'Orne, avait alerté Rue89 le 5 septembre :
« Beaucoup des bénéficiaires nous expliquent qu'ils seraient dans
l'incapacité de pouvoir acheter des produits laitiers ou de la viande. En cas
de suppression, certains disent qu'ils devront voler pour se nourrir. Ils sont
persuadés d'assister à des émeutes de la faim. »
Au Secours populaire, plus de
la moitié des colis garnis de pâtes, riz, boîtes de conserve ou steaks hachés
surgelés proviennent du PEAD. Un programme qui fonctionne depuis 1987, dans le
cadre de la PAC. Il s'agit en fait d'écouler le surplus alimentaire. Avec un
principe : il est plus cher de stocker que de donner.
En France, la Croix-Rouge, les
Restos du Cœur, les Banques alimentaires et le Secours populaire reçoivent ces
denrées comme d'autres associations européennes. Elles remplissent chaque mois
le colis de produits de base et le carton de produits frais distribués toute
l'année aux bénéficiaires.
Camille Véga se désole :
« Si le PEAD est supprimé,
nous ne pourrions compter que sur les partenariats privés (supermarchés, centrale
d'achats…) qui représentent un apport très aléatoire : ne sont donnés que
les invendus.
La distribution alimentaire du
Secours populaire se résumerait alors qu'à des colis d'urgence
ponctuels. »
Dernière chance avant le
« tsunami alimentaire »
« Crise »,
« tsunami alimentaire » : les associations françaises ont donné
l'alerte avant la réunion de la « dernière
chance », lors du conseil des ministres de l'Agriculture ce 20 septembre.
Dans une lettre
commune, ils préviennent : « Sans une réforme rapide, le
PEAD est condamné. »
Les eurodéputés ont adopté en
juillet une résolution
pour que la Commission modifie le régime de distribution des denrées. L'enjeu
est crucial : il s'agit de sauver l'assistance alimentaire de près de 13
millions d'Européens. Pourtant, les ministres européens n'ont finalement pas
réussi à se mettre d'accord mardi : la décision est reportée
au mois d'octobre.
URL source: http://www.rue89.com/2011/09/21/il-risque-de-faire-faim-en-france-lan-prochain-222708
Libération
«La résurgence de la
tuberculose est le révélateur d'une précarité très forte»
Interview
Les foyers de cette maladie
pulmonaire, détectée en Seine-Saint-Denis notamment, sont le signe de conditions
de vie très dégradées, alerte Médecins du monde.
A partir de la semaine
prochaine, les habitants du quartier du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois, en
Seine-Saint-Denis, vont tous être dépistés de la tuberculose. L'alerte est
venue d'un premier dépistage mené cet été sur un échantillon de 500 personnes
de ce quartier très pauvre, à l'habitat dégradé. Une vingtaine d’enfants et
d’adultes sont atteints de cette maladie pulmonaire, selon les résultats. Une
trentaine d'autres sont porteuses du bacille sans avoir déclaré la maladie. Le
cas n'est pas isolé. En 2009, il y a eu en France 5276 cas déclarés de
tuberculose, selon les chiffres de l'Institut national de veille sanitaire
(INVS).
Comment expliquer la
persistance de cette maladie pour laquelle il existe un vaccin (le BCG, qui
n'est plus obligatoire depuis 2007), des traitements, et que l'on aurait pu
croire endiguée en France ? Les explications du Dr. Jean-François Corty,
directeur des missions France à Médecins du monde.
Peut-on parler d'une
résurgence de la tuberculose en France ?
Au plan national, les chiffres
sont plutôt stables depuis une dizaine d'années. En 2009, on recensait 8,2 cas
pour 100.000 personnes. Mais les disparités restent très fortes selon les
départements. Sont particulièrement touchés ceux d'Ile-de-France et la Guyane.
En Ile-de-France, l'incidence la plus forte est relevée à Paris (23,4/100.000)
et surtout en Seine-Saint-Denis (30,3/100.000). Lors de nos opérations de
dépistage dans ces deux départements l'année dernière, on a détecté 14 cas de
tuberculose sur 1100 patients. C'est beaucoup!
Comment l'expliquer ? Par
des conditions de vie précaires ?
La résurgence de la tuberculose
est, de fait, le révélateur d'une précarité très forte. On sait que la
promiscuité, les conditions de vie déplorables, les difficultés d'accès au
logement, à une eau de bonne qualité, les variations de chaleur, etc.,
favorisent le développement de la tuberculose. Pour la population des SDF,
l'incidence est de 120/100.000, soit bien supérieure à la moyenne. Plus
inquiétant encore, elle est en hausse régulière depuis début 2000. Comme
l'épidémie de rougeole l'année dernière, la tuberculose est un indicateur
social. Elle apparaît comme l'effet collatéral de la tension croissante
entre les enjeux de santé publique, la politique sécuritaire et migratoire, les
difficultés d'accès au logement, aux soins pour les plus pauvres... Le cas de
Clichy-sous-Bois est à cet égard typique.
On sait pourtant dépister et
soigner la tuberculose, non ?
Oui, on ne
meurt plus aujourd'hui de la tuberculose en France comme c'était le cas au
milieu du siècle (le taux de décès était de 1/100.000 en 2009, selon l'Invs,
ndlr). Mais le traitement et le dépistage sont de plus en plus difficiles,
du fait des expulsions répétées des lieux de vie sans solution de relogement,
qui surprécarisent les familles et compliquent incroyablement le travail des
médecins. Le traitement de la tuberculose est efficace mais lourd: quatre
antibiotiques pendant quatre à six mois, voire deux ans pour les formes les
plus graves. Surtout, il nécessite un suivi très rapproché, avec des prises de
sang... Les expulsions et déplacements répétés, en plus d'interrompre les
traitements, engendrent des risques de résistance aux médicaments. Sans
compter l'impact psychologique pour les personnes touchées, tant sont forts les
préjugés sur cette maladie.
Comment se transmet la
tuberculose et quels sont les symptômes ?
La
transmission se fait par les particules salivaires. A partir du moment où il
est traité, le malade n'est plus contagieux. Quant aux symptômes: toux, grande
fatigue, fièvre, perte de poids...
Je passe, ce samedi, place de l’Hôtel de Ville.
Rassemblement « La flamme de l’espoir citoyen » (!) dont le principal
mot d’ordre s’affiche : « Je vote, donc je suis » (!!)
N’en croyant pas mes yeux, je découvre que la
brillante initiative citoyenne est l’affaire… des scouts musulmans qui estiment
sans doute délivrer ainsi un brevet de respectabilité à la République…

http://www.facebook.com/flammeespoircitoyen
« Le
pire est devant nous et très proche ! »
http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=60039

« Ceux
qui furent aux choses n’en disent point l’usure ni la cendre. »
Saint-John-Perse
Let Us
Now Praise Famous Men (1936-1939) Louons maintenant les grands hommes




Le titre du livre est emprunté au livre de la
Bible L’Ecclésiastique (chap. 44) :
Louons
maintenant les grands hommes.
Quelques-uns
ont laissé un nom.
On n’a pas
souvenir des autres, comme s’ils n’avaient pas été.
Leur lignée
demeure.
Il cite, en exergue, les fameux mots de Marx (Manifeste
du Parti communiste) :
« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous et luttez. Vous n’avez
rien à perdre que vos chaîne, et un monde à gagner. ». L’auteur les
commente ainsi : « Ces mots sont cités ici pour égarer ceux qui
voudront être égarés par eux. Ils veulent dire, non ce que le lecteur peut
avoir fantaisie de leur faire dire, mais ce qu’ils disent. »
Ce livre est le compte rendu littéraire d’une
enquête menée pendant près de deux mois parmi les petits Blancs (paysans
pauvres) de l’Alabama dans les années les plus terribles de la Grande Crise.
Cette enquête n’est pas celle d’un militant : c’est le travail d’un
écrivain, parti sur commande d’un reportage journalistique, et revenu bouleversé
par les gens qu’il aura rencontrés. Son texte ne sera pas publié dans le
magazine qui le lui avait commandé et sortira, trois ans plus tard, sous forme
d’un gros livre, augmenté des photos prises par Walker Evans (également
missionné par le même journal).
James Agee mène cette enquête en privilégiant
l’immersion dans la vie de trois familles de métayers.
L’enjeu, pour l’auteur, est ainsi
formulé : « c’est quelque chose, de dire : dire, qu’est-ce
que sa maison, pour qui travaille-t-il ; dans quelles conditions et pour
quel résultat ; et qu’est-ce que c’est, ce travail ; qui est-il et
d’où vient-il, qu’il soit ici maintenant : qu’est-ce que sa vie a été et
ce qu’il est devenu de ce fait ; et que penser de sa femme et de leurs enfants,
de chacun, car chacun d’eux est une vie, un univers complet. […] Ceci n’est pas une œuvre d’art ou un divertissement ;
ceci est un effort humain. ».
Voici ce qu’il dit du choc qu’a constitué
cette rencontre avec des paysans pauvres dont il ne soupçonnait même pas l’existence :
« Nous nous
tenons près d’une des intersections profondes de la compassion et de l’effroi. »
« Je crois
chaque être humain virtuellement capable, suivant ses “limites”, d’accomplir
complètement cela qui chez lui existe en puissance ; que ce fait, qu’il en
est volé, est sans mesure le crime le plus épouvantable, le plus répandu et le
plus lords de conséquences globales, dont le monde humain puisse s’accuser
lui-même. »
« Toutes
personnes de disposition plus tempérée, plus soumises aux “obstacles tels
qu’ils sont” et plus prêtes au compromis – l’essence de la nocivité du
compromis, c’est de le regarder comme intrinsèquement vertueux -, plus
“réalistes”, et satisfaites de viser moins haut, sont les pires ennemis et
l’ont été toujours. »
Il s’affronte, en cette occasion, aux préjugés
de classe, singulièrement en matière de beauté (ce qui est assez
remarquable) :
« J’ai le
sentiment fort que le “sens de la beauté”, comme presque tout le reste, est
privilège de classe. Les fermiers blancs vivent sur une terre, et dans des
maisons, et sous des ciels, et à
travers les saisons, qui me semblent beaux par-delà toute autre chose
que je connaisse, et eux-mêmes, et les habits qu’ils portent, et leurs mouvements,
et leur mode de discours, sont beaux de la même intense et ultime pureté, et
généralité : mais par quelle chance ou quel accident suis-je doué de cette
“opinion” ou “perception” ou, si je peux le dire, de cette
“connaissance” ? Et d’un autre côté, ou parallèlement, pourquoi en
semblent-ils, eux, si entièrement dépourvus ? »
Sa passion propre de l’égalité se dit
ainsi : « Je crois chaque être humain virtuellement capable,
suivant ses “limites”, d’accomplir complètement cela qui chez lui existe en
puissance ; que ce fait, qu’il en est volé, est sans mesure le crime le
plus épouvantable, le plus répandu et le plus lourd de conséquences globales,
dont le monde humain puisse s’accuser lui-même. »
Il est logique que cette orientation
intrinsèquement communiste, portée et soutenue « à travers l’essaim
enchanté des vivants », se cristallise localement
en quelques énoncés explicites :
—
« Je suis communiste par
sympathie et conviction. […] Il n’y a absolument aucun doute que nous autres
humains, dans la suite de notre évolution, n’avons, au mieux, que dépassé le
stade du maillot. »
—
« Je suis, de toute certitude,
“pour” un “communisme” “intelligent”. »
http://www.editions-lignes.com/Communisme-un-nouveau-commencement.html
Communisme, un nouveau
commencement ?
Troisième conférence
internationale sur l’Idée du communisme, à la Cooper Union, New York, du 14 au
16 octobre 2011
Après les conférences de Londres
(2008) et de Berlin (2009), ayant chacune donné lieu à
la publication de leurs actes complets aux Éditions Lignes, Alain Badiou et
Slavoj Žižek organisent une nouvelle rencontre sur l’Idée du communisme à
la Cooper Union (New York) les 14, 15 et 16 octobre prochains.
Organisée avec la participation de Verso
Books et des Éditions Lignes, la
conférence de New York aura pour objet de préciser les modalités de ce qu’Alain
Badiou a proposé de nommer L’Hypothèse communiste,
cette fois dans le contexte de crise aggravée du capitalisme mondial et de
révoltes dans les pays arabes. Principale thématique du prochain livre d’Alain
Badiou à paraître le 14 octobre, ce Réveil de l’Histoire, ou nouveau
commencement possible du communisme qu’annoncent les émeutes arabes, grecques
ou anglaises, sera au cœur des échanges entre les huit participants.
Entrée : 20$. Les tickets seront en vente sur
place dès la fin de cette semaine. Attention, le nombre de places est limité.
PROGRAMME
COMMUNISME, UN NOUVEAU COMMENCEMENT ?
COMMUNISM, A NEW BEGINNING ?
COOPER UNION, New York, October 14-16 2011 Conférence
organisée à l’initiative d’Alain Badiou et de Slavoj Žižek
1 SESSION : Vendredi 14 octobre, 18h-21h – Friday
Oct 14, 6-9 PM
Alain
Badiou : SHORT INTRODUCTORY REMARKS
Frank Ruda :
REMEMBERING THE IMPOSSIBLE. FOR A META-CRITICAL ANAMNESIS OF COMMUNISM
Slavoj Žižek :
FREEDOM IN THE CLOUDS
2 SESSION : Samedi 15 octobre, 10h-13h – Saturday
Oct 15, 10AM-1PM
Bruno Bosteels : ON
THE CHRISTIAN QUESTION
Susan Buck-Morss :
COMMUNISM AND ETHICS
3 SESSION : Samedi 15 octobre, 15h-18h – Saturday
Oct 15, 3-6 PM
Adrian Johnston : FROM
SCIENTIFIC SOCIALISM TO SOCIALIST SCIENCE. NATURDIALEKTIK THEN AND NOW
Etienne Balibar :
COMMUNISM AS COMMITMENT, IMAGINATION, AND POLITICS
4
SESSION : Dimanche 16 octobre 10h-13h – Sunday Oct 16, 10AM-1PM
Emmanuel Terray : COMMUNISM : WAYS AND MEANS OF THE RECONSTRUCTION
Alain Badiou : POLITICS AND STATE, MASS MOVEMENT AND TERROR

Mark Twain,
anti-impérialiste
lundi 19 septembre 2011, par
Alain Gresh
http://blog.mondediplo.net/2011-09-19-Mark-Twain-anti-imperialiste
On connaît, de Mark Twain (1835-1910), quelques œuvres
célèbres, notamment Les Aventures de Tom Sawyer. On sait
moins qu’il fut un homme aux multiples engagements, exprimés dans des pamphlets
et des articles contre le racisme, l’hypocrisie religieuse, le patriotisme et,
surtout, contre l’impérialisme et le cynisme des nations occidentales.
C’est donc un travail salutaire qu’accomplissent les
éditions Agone en publiant un recueil de ces prises de position sous le titre La
prodigieuse procession & autres charges, avec une vigoureuse
préface de Thierry Discepolo, « La littérature
est toujours propagande – autant savoir pourquoi ».
Il n’est pas question de résumer le livre, mais il a
l’avantage de nous rappeler que, durant cette fin du XIXe siècle et au début du
XXe siècle, les Etats-Unis furent une puissance impérialiste particulièrement
agressive, comme le résume une excellente chronologie, des agressions contre le
Mexique aux interventions en Chine ou au Japon, des multiples expéditions en
Amérique du Sud à la guerre contre le peuple des Philippines – cette guerre,
menée en 1899-1902 mobilisa 70 000 soldats américains et coûta la vie à
plusieurs centaines de milliers de Philippins.
Voici quelques-uns des commentaires écrits par Twain
et qui pourraient s’appliquer à l’Irak de 2003.
« Nous étions supposés les délivrer de la
tyrannie espagnole afin qu’ils puissent mettre en place leur propre gouvernement
et nous devions rester à proximité afin de vérifier qu’il avait toutes ses
chances. Cela ne devait pas être un gouvernement conforme à nos idées mais un
gouvernement qui représentait les sentiments de la majorité des Philippins, un
gouvernement conforme aux idées philippines. Ce qui aurait été une mission
digne des Etats-Unis. Mais maintenant – eh bien, nous avons mis notre doigt
dans l’engrenage, dans un bourbier où à chaque nouveau pas il devient plus
difficile encore de nous extirper »
(6 octobre 1900).
« Je n’étais pas anti-impérialiste il y a un
an. Je pensais qu’il était magnifique de donner beaucoup de liberté aux Philippins,
mais je pense maintenant qu’il vaudrait mieux qu’ils se la donnent
eux-mêmes » (15 octobre 1900).
Les textes
de Mark Twain dénoncent aussi bien les agressions contre les Chinois aux
Etats-Unis que la pratique du lynchage, les pratiques religieuses que les
crimes commis par le roi belge Leopold II au Congo, les turpitudes tsaristes
que le patriotisme, sans jamais se départir de son humour et de sa verve. De
son indignation aussi quand, durant une conférence sur les mineurs de Sibérie,
il s’exclame : « Si un tel gouvernement ne peut être renversé autrement que par la
dynamite, alors, Dieu merci, heureusement que la dynamite existe. »
Une seconde volée d’énoncés coraniques, d’esprit
assez analogue aux proverbes et sentences populaires de bien des pays…
·
Cherchez secours dans
l’endurance ! (II.45)
·
Dieu est avec ceux qui sont endurants. (II.153 ; II.249 ; III.146)
·
Devenez des savants ! (III.79)
·
Ne sois pas du nombre des
ignorants ! (VI.35)
·
Au-dessus de tout homme détenant la
science, il y a un savant (plus docte que lui).
(XII.76)
·
L’opinion ne sert à rien contre la
vérité. (X.36)
·
Quiconque tue une personne non
coupable, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière. (V.32)
·
Ils jurent que s’il leur venait un
miracle, ils y croiraient. […] Mais qu’est-ce qui vous fait penser que si cela
arrivait, ils y croiraient ? (VI.109) Si nous t’avions fait parvenir un
livre en papier qu’ils auraient palpé de leurs mains, ils diraient
encore : « Ce n’est là manifestement que
magie ! » (VI.7)
·
Malheur aux fraudeurs qui, lorsqu’ils
font mesurer pour eux-mêmes, exigent la pleine mesure et qui, lorsqu’ils
mesurent ou pèsent pour les autres, les trompent.
(LXXXIII.1-3)
·
Ne répandez pas la corruption sur la
terre ! (VII.56 ; VII.74)
·
Dieu n’aime pas les corrupteurs. (XXVIII.77)
[ƒNi] Troisième volet
I. Hypothèse de
départ (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/2.htm)
II. Esquisse mathématique (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/3.htm)
III. Retour à notre
espace de travail
IV. Esquisse d’une articulation
entre égalité commune et liberté en commun
Comme précédemment suggéré, mon hypothèse
d’investigation va être la suivante : faisons comme si une limite
projective (produit) de la catégorie Humanité était
l’égalité et une colimite inductive (somme) en était la liberté et voyons quelles
conséquences théoriques en tirer sur l’idée de communisme au gré d’une esquisse
d’articulation entre l’une et l’autre.
Partons de l’ensemble humanité conçu comme composé d’êtres individuels (les « objets » de cette
catégorie) entretenant entre eux ces rapports de toutes natures (les
« morphismes » ou « flèches » de cette catégorie) qui
composent l’ordinaire d’une collectivité humaine.
Comment la catégorie politique d’égalité
est-elle éclairable par la notion mathématique de produit ?
La thèse est que l’égalité entre individus –
entre les « objets » de notre catégorie humanité – est liminairement déclarée au principe même du processus politique
d’émancipation : il n’y a pas de politique d’émancipation qui ne parte
d’un tel principe et ne s’attache à en suivre les conséquences.
On retrouve là la grande idée de
Rancière : l’égalité ne se démontre pas, elle se prescrit ; elle
n’est pas un point d’arrivée (comme elle peut l’être dans les discours
hypocrites de la gauche parlementaire) mais un point de départ, axiomatiquement
assumé et soutenu.
Le principe communiste d’égalité touche à
l’égalité entre les gens, entre tous les gens ; mieux entre chacun (pas
besoin ici d’un « tous » récapitulant, pas besoin d’une totalisation
– plus ou moins imaginaire – des humains : il y suffit d’un « tout un
chacun » [1]).
Ce principe d’égalité se trouve alors en
position de limite projective par rapport à tout être humain (tout « objet »
de la catégorie humanité) en ce sens qu’on peut le
projeter sur tout être humain (sur tout un chacun) : chacun (chaque un) est en état de comprendre ce que chaque autre un a pu produire
(Rancière), chacun peut participer à l’entreprise collective (Benedetto),
chacun se trouve disposé « en parallèle » équivalent à tout autre. Ce
principe d’égalité « produit » un collectif fait d’autant de strates
individuelles parallèles qu’il y a d’individus. Il n’est pas un principe
hiérarchique mais un principe qui répartit « parallèlement » sur
chacun la responsabilité de l’entreprise collective :

On dira : le principe communiste, posé en
axiome de départ, « produit » ipso facto l’égalité de tout un chacun.
Dans un tel processus communiste, cette égalité n’est pas à conquérir :
elle s’effectue du même pas que s’effectue le processus communiste. Ou
encore : avancer dans l’idée communiste, c’est mettre en œuvre cette
égalité déclarée, c’est produire une égalité
effective.
L’idée communiste, ainsi orientée par un
principe initial d’égalité, configure ainsi une humanité où se projette
l’égalité de chacun dans toutes les relations qui se trouvent relever à un
moment donné de cette idée. Tout de même que Marx parlait d’un « temps de
travail socialement nécessaire » pour produire tel marchandise dans telle
situation (où « socialement nécessaire » indiquait que le temps de
travail pris en compte était le temps de travail moyen propre à un état donné
des forces productives et des rapports de production), on parlera d’une égalité
« politiquement configuré » pour indiquer qu’il s’agit toujours de
« projeter » ce principe dans une situation donnée et relativement à
un certain état des relations entre les hommes. Comme l’on sait, le communisme
est une (très) longue marche pour l’humanité et l’égalité de chacun au regard
des mathématiques, de la musique, de la chimie et de la poésie ne saurait
progresser du même pas, non qu’il s’agisse là de réduire progressivement des
inégalités existantes mais bien plutôt que travailler à projeter l’égalité sur
toute relation humaine entre tout un chacun constitue de facto un travail de
très longue haleine et que la politique effective, propre à une situation
donnée, consiste précisément à diriger, planifier, mettre en œuvre, contrôler
une telle « projection » effective (déclarer le principe ubi et orbi
est une chose nécessaire ; le mettre effectivement en œuvre – ce que nous
appelons ici le « projeter » - en est bien sûr une tout autre).
Dans une conception communiste de l’humanité,
ce principe d’égalité se trouve bien en position limite au sens où tout autre
principe qui disposerait du même attribut (se projeter en un impératif
s’appliquant en parallèle à tout un chacun) doit, dans cette conception communiste,
transiter par notre principe.
Imaginons par exemple qu’il s’agisse, à un
moment donné et en raison de circonstances précises, d’armer tout un chacun en
vue d’une guerre de résistance ou de former sanitairement tout un chacun face à
quelque risque d’épidémie. Dans ce cas, les deux « cônes » projectifs
« armement » et « épidémie » seront, du point d’un
communisme effectif, considérés comme composables selon le principe
d’égalité : pratiquement, il conviendra de les traiter en faisant
transiter leurs impératifs propres via le principe d’égalité en sorte que ces
impératifs spécifiques se projettent bien en pratiques parallèles et
égalitaires entre chacun :

En ce sens, il n’y aura pas de directive
communiste en direction de tout un chacun (directive visant le collectif humanité comme telle) qui ne se soumette au principe d’égalité, qui ne transite
par lui, qui ne se dispose sous son impératif spécifique : pas de
directive communiste générale qui ne soit aussi contribution à la mise en œuvre
de l’égalité !
Dans l’esquisse de l’idée du communisme que je
tente ici de penser, la liberté dispose d’un tout autre statut qui n’est plus
celui d’un principe, d’un axiome, d’une source, d’un point de départ mais se
constitue comme cible, construction, objectif. C’est là son statut de
« co-limite inductive » (et non plus de « limite
projective »).
Soit un premier point : dans l’idée
communiste, la liberté est à construire (quand l’égalité est à mettre en
pratique – ce que j’ai appelé « projeter » ou « produire »
une égalité effective sur tel type de relations entre tout un chacun).
Deuxième point : la liberté construite
(« induite » dit la mathématique catégorielle) est une car elle est
essentiellement de nature collective (c’est là sa dimension de
« somme »). Il ne s’agit pas ici de construire un réseau ou un arbre
de libertés parallèles mais bien plutôt de faire converger des énergies
individuelles vers une nouvelle liberté de nature essentiellement
collective :

Cette liberté est construite comme une somme,
non pas de supposées libertés individuelles (libertés d’opinion, d’expression,
d’entreprendre et de commercer… pour ceux qui peuvent !) mais bien de
contributions individuelles. Cette liberté est une mise en série de l’apport de
chacun au collectif, de son incorporation en un point ou en un autre à ce corps
collectif inventé par le processus. La liberté ainsi générée devient donc la
liberté collective de l’humanité comme telle. Chacun (chaque un) y contribue
par telle ou telle composante, discernable ou générique. Cette liberté est donc
la construction de tous et c’est « une » liberté, non un empilement
de libertés individuelles qui lui préexisteraient.
Bien sûr, une telle liberté de l’humanité,
conçue comme conquête communiste, ne peut s’entendre que selon une acception
non libérale ou libertaire de la catégorie politique de liberté. Comme on l’a
suggéré précédemment, une telle liberté est essentiellement une liberté
d’action (et non pas de jugement, moins encore d’expression, a fortiori
d’opinion) au sens où c’est une liberté qui concerne la possibilité même que
l’humanité arrive à agir librement comme telle, c’est-à-dire à agir avec
conséquence et discipline (et non plus s’ébroue avec inconstance et
irresponsabilité). L’enjeu est donc ici de construire, par somme des énergies
et apports de chacun, une liberté collective de transformer le monde.
Cette liberté-somme se trouve bien en position
de colimite pour des raisons duales de celles qui ont disposé l’égalité-produit
en position de limite : toute autre construction par l’humanité (conçue
comme corps unifié d’un nouveau sujet collectif) se trouvera orientée selon la
liberté même de ce nouveau sujet.
Supposons par exemple qu’il s’agisse ici de
mettre en œuvre un plan de colonisation de l’espace interstellaire ou de mise
en valeur des fonds sous-marins de notre planète, autant de projets qui
concernent l’humanité tout entière comme corps unifié et qui tendanciellement
tendent non pas à mobiliser quelque catégorie spéciale de la population mais à
mettre tout un chacun à contribution. Alors la logique communiste impliquera
que cette cible soit passée au crible de la liberté collective telle que déjà
effectuée c’est-à-dire que les objectifs et moyens de l’exploitation de
l’espace ou des fonds marins devront être établis au regard de la ligne de
conduite déjà librement mise en œuvre :

Il n’y aura donc d’entreprise collective de
toute l’humanité (d’action sommant les énergies de tout un chacun) qui ne soit
un effet libre de sa nouvelle discipline collective.
Il nous reste maintenant à esquisser une idée
proprement communiste d’une articulation possible entre cette égalité-produit
(productrice d’une mobilisation parallèle et plurielle de tout un chacun) et
cette liberté-somme (construite comme liberté collective par la mobilisation
convergente de tous).
[1] C’est un peu le même principe qui autorise à poser mathématiquement
que « tout ordinal a un successeur » (au nom même de la définition de
ce qu’est un ordinal qui autorise alors facilement d’y ajouter 1) lors même
qu’il n’y pas sens rigoureux à parler de « tous » les ordinaux
puisque les ordinaux ne composent pas un ensemble (mathématiquement
consistant)…