Qui vive ? Le communisme !
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« une
question intimidante, une question que personne encore au monde n’a pu jamais
laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive ?… » Julien Gracq
«
La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la délivrance vers le
communisme. » Richard Wagner (1849)
« La
notion de Communisme, idéal politico-social d’un organisme commun à tous dans
l’avenir… » Richard Wagner (1871)
« Je
pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. » Gerard Manley Hopkins (1871)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute
chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de
Paris » (Paris, 1971)
« Le
communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel
comme impossible. » Alain Badiou (2011)
« Si
on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être
communiste. » Bernard Sobel (2011)
Bulletin hebdomadaire sur
l’actualité politique
diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction : François Nicolas [ƒNi]
Numéro 3 : 18 septembre 2011
(fichier
format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/3.pdf)
« On
entend toujours parler des communistes comme d’une bande de salauds. C’est
n’est pas vrai, dis ? - Ça dépend comment on
voit la chose. Si tu possèdes trente mille arpents
de terre et un million de dollars, tu les considères comme une bande de salauds.
Si tu es un travailleur, tu comprends que les communistes sont des types qui
veulent t’aider à vivre comme un homme, et pas comme une bête. Tu
comprends ? » John Steinbeck (1936)
Sommaire :
Maroc............................................................................................................................................... 3
Persévérance…............................................................................................................................... 3
Le point de vue d’un fondateur du Mouvement
du 20 février......................................................... 5
Petite leçon d’arabe….................................................................................................................... 7
Palestine........................................................................................................................................... 9
Un prince saoudien met en garde les Etats-Unis
sur le dossier palestinien....................................... 9
Suite du débat sur l’initiative à l’Onu........................................................................................... 10
Libye............................................................................................................................................... 13
Égypte............................................................................................................................................ 14
Autres photos de la manifestation du vendredi 9
septembre.......................................................... 14
États-Unis....................................................................................................................................... 15
Les mathématiques....................................................................................................................... 15
Kennedy...................................................................................................................................... 16
La question sociale....................................................................................................................... 16
La France d’aujourd’hui !............................................................................................................. 18
Tribunal de classe, tribunal de race, tribunal
colonial…................................................................ 18
Analyse du capitalisme................................................................................................................... 20
Impossible sortie de l’euro…........................................................................................................ 20
Un État qui ne défend plus « l’intérêt
général »…........................................................................ 21
Turquie........................................................................................................................................ 22
Mémoire du communisme............................................................................................................... 23
Communisme américain (1) - John Steinbeck............................................................................... 23
Un poème …................................................................................................................................... 25
Éloge de l’étude
(Brecht, 1931)................................................................................................... 25
Publications.................................................................................................................................... 27
Manifeste du Dégagisme.............................................................................................................. 27
Mineurs marocains....................................................................................................................... 30
Rubrique « Oligarchie »............................................................................................................... 33
Santé............................................................................................................................................ 34
Rubrique anti-islamophobie........................................................................................................... 36
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le
Coran donne à penser… (3)................................. 36
Réflexions....................................................................................................................................... 37
« Esquisse d’une articulation communiste
entre égalité et liberté » (2° partie)............................... 37
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*******
Reprise des manifestations nationales mensuelles du
« mouvement du 20 février » : après le 20 février (date de
lancement du mouvement), le 20 mars, le 24 avril, le 22 mai, le 26 juin, le 17 juillet,
voici donc le 11 septembre.
Cette simple succession indique le souci du
« mouvement du 20 février » : suivre une voie spécifiquement
marocaine, sans mimétisme des expériences tunisienne et égyptienne (ne parlons
pas, bien sûr, de la Libye…) – pas de place occupée (Kasbah, Tahrir…), une
série mensuelle de manifestations dans toutes les grandes villes, une
organisation explicite du mouvement, une articulation interne entre mouvement
de jeunes / organisations politiques…
Ce mouvement a ainsi une double composante : un
mouvement de masse de jeunes, à l’initiative de la chose ; et un mouvement
d’appui où se retrouvent presque tous les partis de la gauche radicale. Cette
structuration est également une originalité dans le printemps arabe.
Enfin – autre spécificité - ce mouvement veut la
chute du makhzen (du régime) et parle explicitement d’une démocratisation des
institutions (la grande organisation maoïste se nomme d’ailleurs « La voie
démocratique »)
Dans ces manifestations du week-end dernier, un contraste
me semble apparaître entre
les manifestations à Casablanca et Rabat : pas (ou très) peu de pancartes
et banderoles dans la première ville, beaucoup dans la seconde ; un côté
plus prolétaire de la première, plus diversifié socialement de la
seconde ; plus de discipline dans la première, plus d’exubérance dans la
seconde…
Ainsi tout le Maroc
populaire semble bien en mouvement !
Noter : pas de
vidéos cette fois sur d’éventuelles manifestations à Marrakech…
Noter, dans les
comptes-rendus rapportés ci-suit, le souci des quartiers populaires et
l’affirmation explicite de l’idée d’égalité.

Plusieurs milliers de personnes ont de nouveau manifesté pacifiquement
dimanche à Casablanca, Rabat et Tanger à l’appel du Mouvement du 20 février qui
revendique des changements politiques et une plus grande justice sociale au
Maroc, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les manifestations sont
considérés par les jeunes militants du mouvement comme celles "de la
rentrée politique et sociale", mais l’appel à manifester paraît dans
l’ensemble avoir relativement peu mobilisé.
A Casablanca, les protestataires ont choisi pour la première fois le
quartier populaire de Sidi Moumen pour manifester devant des habitants,
visiblement rendus curieux par les slogans revendiquant la "justice
sociale, la démocratie et l’amélioration des conditions de vie".
"Je connais ce Mouvement mais c’est la première fois que vois ces
manifestants (...) je suis d’accord avec leurs revendications car il y a
beaucoup de jeunes sans travail au Maroc", a affirmé à l’AFP Mâati,
salarié le bâtiment.
"Non au cumul du pouvoir et de la fortune", "Vive le
peuple", "Nous voulons vivre dans la dignité et l’égalité",
scandaient les milliers de manifestants, environ 2.000 selon la police.
Les auteurs des attentats de Casablanca le 16 mai 2003 - 45 morts dont
douze kamikazes - étaient tous issus du quartier populaire de Sidi Moumen.
Dans la capitale Rabat, la mobilisation était faible, avec un millier de
jeunes du Mouvement qui scandaient : "dignité, liberté, justice sociale"
et "le peuple veut la chute du makhzen" (le pouvoir).
A Tanger, la manifestation a commencé au quartier populaire de Beni
Makada. "Les jeunes étaient encerclés par les forces de l’ordre mais
la manifestation s’est déroulé dans le calme", a indiqué à l’AFP Mounaïm,
de la section locale du Mouvement.
Né dans le sillage des révoltes arabes au début de l’année, ce Mouvement
regroupe, en plus des islamistes du groupe Justice et bienfaisance, une importante association illégale mais tolérée, des "cyber-militants"
indépendants et des militants d’extrême-gauche.
Les autorités accusent régulièrement Justice et bienfaisance, qui mobilise dans les quartiers populaires grâce à son action
sociale, de "noyauter" et "manipuler" ce mouvement.
***
Les manifestations du
mouvement marocain du 20 février le 11 septembre 2011
Comme chaque semaine depuis le 20 février, le mouvement des jeunes de 20
février se manifeste dans presque 120 villes et village en faisant des marches
populaires et des sit-in. Le nombre des manifestants varie selon les villes et
les villages, et on peut citer un nombre de 300.000 personnes à la ville de
Tanger et 100.000 personnes à Rabat et Casablanca. Le nombre total dans toutes
les villes et villages dépasse un million de personnes. Les slogans réclament
la chute de la dictature et de la classe pourrie dominante. Voilà quelques
extraits de vidéos sur youtube :
La ville de Casablanca :
http://www.youtube.com/watch?v=u_g8_DcFjow
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=nbM1TzxwV-o
http://www.youtube.com/watch?v=GNdGKzG3Gtc&feature=share
http://www.youtube.com/watch?v=q6T2IMpd0PI&feature=share
http://www.youtube.com/watch?v=0cC_ooJ97wI
La ville de Rabat :
http://www.youtube.com/watch?v=HS80aC0ZviQ
http://www.youtube.com/watch?v=DP8LGKC2xm4&feature=share
http://www.youtube.com/watch?v=By5mCc0rWNY
La ville de Nador :
http://www.youtube.com/watch?v=wrKQ6794BG4&feature=mfu_channel&list=UL
La ville de Fès :
http://www.youtube.com/watch?v=HiwacoPyMyM
La ville de Tanger :
http://www.youtube.com/watch?v=OWdzyk3o5lM&feature=player_embedded
http://www.youtube.com/watch?v=JFntNkxR2Fw&feature=feedu
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=i256nq-sCz4
La ville de Tétouane :
http://www.youtube.com/watch?v=R86Yuc2H6_g
Le village de Fquih Bensalah :
http://www.youtube.com/watch?v=q8_wfpq8wJo&feature=share
http://www.youtube.com/watch?v=68ujJ31sfrw&feature=share
La ville de Safi :
http://www.youtube.com/watch?v=I1bGudHVCLQ
Le village de Berchide :
http://www.youtube.com/watch?v=NVXbShQRkyE
Le village de Inzgane :
http://www.youtube.com/watch?v=LUB9lbGq8WI
[ƒNi] Difficile d’évaluer son bilan, assez critique
sur la régularité de manifestations et l’absence d’un travail de masse
afférent, sur l’intégration des organisations politiques dans le mouvement, sur
l’aspect « démocrate » de leur organisation interne… Difficile
également d’apprécier la signification exacte de sa conception du rapport entre
« politique » et « social », de sa déclaration
« a-idéologie »… Et je ne sais ce que cette personne représente exactement
dans ce mouvement…
Mais c’est bien sûr intéressant à connaître :
c’est pour cela que je diffuse ici ce point de vue !
Published on Rue89
Au Maroc, le Mouvement du 20 février
maintient la pression
By Ilhem Rachidi
(De Rabat) Membre fondateur du Mouvement
20 février à l'origine de la contestation politique au Maroc, Oussama Elkhlifi
a été le premier à appeler à manifester pour des réformes politiques et
sociales au Maroc. Alors que des manifestations ont de nouveau lieu ce dimanche
à travers le pays, il dresse le bilan de six mois d'activisme, et annonce, en exclusivité,
qu'il ne participera pas aux élections législatives prévues en novembre, malgré
des propositions de partis politiques.
Rue89 : Le
Mouvement 20 Février est né il y a un peu plus de six mois. Quel bilan
dressez-vous au moment où se déroulent les nouvelles manifestations du 11
Septembre ?
Oussama
Elkhlifi : Nous avons accompli beaucoup de choses positives. La vie politique s'est
réveillée au Maroc. Une nouvelle Constitution a été adoptée. Même si nous
pensons que cette Constitution n'a pas été adoptée de façon démocratique, il
faut admettre que ce changement a eu lieu grâce au Mouvement 20 février. Il y a
aussi eu quelques progrès sur le plan social : la hausse du salaire des
fonctionnaires, pas mal de diplômés chômeurs ont obtenu du travail. Mais même
si certains progrès ont eu lieu, ils ne répondent pas réellement aux
revendications du Mouvement :
— une vrai monarchie
parlementaire avec un roi qui règne et ne gouverne pas,
— la lutte contre la
corruption,
— la libération de tous
les prisonniers politiques,
— un véritable état
civil,
— la liberté
d'expression,
— les libertés
individuelles.
Même si le régime n'a
pas répondu aux revendications du mouvement, et même si nous avons commis quelques
erreurs, le bilan est globalement positif.
Quelles erreurs
pensez-vous avoir commises ?
Nous avons mal
communiqué avec le peuple. Nous sommes sortis chaque dimanche dans la rue. Si
on sort dans la rue chaque dimanche, on n'a pas le temps de discuter avec les
gens. De plus, les gens ne peuvent pas manifester chaque dimanche. Le nombre de
manifestants, a diminué, du coup.
Nous avons aussi
permis aux partis politiques de s'intégrer dans les commissions du Mouvement. On
sait bien que les Marocains ne font pas confiance aux partis politiques. Ils
ont eu des expériences négatives par le passé. Le peuple a aimé le Mouvement
quand il se présentait avec des jeunes indépendants. Après cette intégration
des partis politiques, on a constaté un recul du nombre des manifestants.
Comment voyez-vous
l'avenir du Mouvement ?
On va continuer à
sortir dans la rue, car la rue, c'est un choix stratégique pour le Mouvement,
pour mettre la pression sur le régime afin d'obtenir une réponse à nos
revendications.
Allez-vous vous
concentrer davantage sur l'aspect social de vos revendications, comme le
préconisaient certains militants du Mouvement ?
[L'objectif
principal du mouvement] ce sont nos revendications politiques mais d'un point
de vue tactique, nous devons affiner l'aspect social et ainsi expliquer aux
gens que l'on ne peut régler nos problèmes sociaux qu'avec un réel changement
politique.
Le Mouvement est
resté ouvert à tout le monde. Du coup, n'importe quel nouvel arrivant a le même
poids que vous, membre fondateur, lors des assemblées générales. Pensez-vous
qu'il faut recentrer le Mouvement autour de ses membres fondateurs ?
Au Mouvement, nous
sommes démocrates. Si nous avions un leader qui gérait tout, ça serait de
la bureaucratie. Cette ouverture est à la fois positive et négative. Elle est
positive parce que nous montrons et nous apprenons aux Marocains ce qu'est une
démocratie réelle. Mais elle est aussi négative parce que nous savons ce que
font les partis politiques au sein du Mouvement. [Leurs militants] viennent en
bloc pour faire avancer leurs propres revendications. C'est de notre faute,
nous, les membres fondateurs. Nous avons trop fait confiance. C'était une
erreur.
Qu'allez-vous donc
changer dans le fonctionnement ?
On ne peut pas
recréer le noyau dur du Mouvement. Je suis contre. Par contre, nous allons
faire pression lors des assemblées générales pour remettre le Mouvement sur les
rails.
La présence de
nombreux militants de l'association islamiste Al Adl Wal Ihsane (justice et bienfaisance)
semble poser problème…
Même si je suis de
gauche, je n'ai pas de problème avec les islamistes. En tant que démocrate, je
ne peux pas les attaquer. Mais leur façon de travailler au Mouvement nous a
créé des problèmes avec le peuple. Ils ne sont pas clairs. Quand nous parlons
de monarchie parlementaire, eux parlent de choses qui n'ont rien à voir avec
nos revendications : le califat, par exemple. J'ai rencontré des leaders
de Al Adl Wal Ihsane avant le 20 février. Nous nous étions pourtant mis
d'accord sur le fait qu'ils soutiendraient le Mouvement et qu'ils participeraient
aux manifestations en suivant les slogans du Mouvement. De plus, ils ne sont
pas pour les libertés individuelles, pour l'égalité entre les hommes et les
femmes. Ça me dérange que les hommes et les femmes ne manifestent pas côte à
côte. Nous allons attaquer ce problème lors des prochaines assemblées
générales.
« L'absence
d'idéologie est notre point fort » Pensez-vous pouvoir durer sans
idéologie ?
Cette absence
d'idéologie est notre point fort. Nous sommes un mélange de gauchistes, de
libéraux, d'islamistes. Ceci n'est pas une faiblesse.
Certains de vos
camarades au Mouvement ont récemment publié un communiqué qui pointe du doigt
vos sorties médiatiques, qui ne sont pas du goût de tout le monde.
Ce communiqué ne me
pose pas de problème. Il dit que je ne suis pas le porte-parole du Mouvement.
Je n'ai jamais dit que j'étais le porte-parole du Mouvement. Je suis un des fondateurs
du Mouvement, je suis le premier à avoir appelé à manifester, mais je ne suis
ni le leader du Mouvement, ni son porte-parole.
Comment gérez-vous
cette pression médiatique ? Depuis le 20 février, vous faites
régulièrement la une des médias.
C'est une grosse
pression. Ça a changé ma vie. Vous vous rendez alors compte du fait que
beaucoup de gens vous reconnaissent. Je ne vis plus comme avant. Je ne me sens
plus libre. Je dois, par exemple, faire très attention lorsque les gens
prennent des photos.
Et ces tensions
avec vos camarades du Mouvement ?
Ceci est positif. Je
peux commettre des erreurs. Mes camarades ont le droit de me critiquer. Même si
parfois ils exagèrent un peu, c'est positif. Ceci est normal, en politique.
Vous ne pouvez pas travailler sans commettre des erreurs. Parfois, certaines de
mes déclarations sont sorties de leur contexte. Je suis une figure du Mouvement
alors la presse se concentre sur moi. Et puis, je n'ai pas une grande
expérience politique. Je n'ai que 24 ans et quatre ou cinq ans de vie politique
derrière moi.
Vous avez subi
beaucoup de choses ces derniers mois. Vous vous êtes fait frapper par la police
plusieurs fois, vous avez été hospitalisé. N'est-ce pas cher payé ?
Non. Lors du premier
appel à manifester, je savais que c'était risqué, que je pouvais être arrêté,
ou même tué. Ça m'est égal.
Cet été, des
rumeurs ont circulé concernant votre participation aux élections législatives
de novembre prochain. Allez-vous vous présenter aux élections ?
L'USFP m'a proposé de
me présenter comme tête de liste. D'autres partis du système aussi. J'ai
décidé, après discussion avec mes camarades du mouvement et après ce que j'ai
constaté de la préparation de ces élections -on voit que les corrompus vont
encore se présenter, qu'il n'y a pas de renouvellement politique- de ne pas me
présenter aux élections. Avant le 20 février, lors de ma première interview,
j'avais déclaré que j'allais être un militant du Mouvement 20 février. Je ne
veux rien d'autre. Je ne veux pas être un leader. Je veux uniquement défendre
les revendications du Mouvement. Quand le régime y répondra, je quitterai le
champ politique.
Il s’agit de la campagne pour faire libérer les
prisonniers issus du mouvement du 20 février (ici des militants marxistes-léninistes-maoïstes)…

![]()
L’incarcération
politique [est] une question de classe.


À la
recherche des filles et des fils de notre peuple,
à la
recherché du respect et de la dignité
Voici l’annonce, suivie de l’article en anglais…
WASHINGTON. Si les Etats-Unis imposent leur
veto à la demande des Palestiniens de devenir le 194e Etat membre des Nations
unies, l'Arabie saoudite "ne sera plus en mesure de poursuivre sa collaboration
avec les Etats-Unis comme elle l'a fait par le passé", a averti, dans une tribune au New York Times, lundi 12 septembre, l'ancien ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, le prince
Turki Al-Fayçal, l'une des rares personnalités saoudiennes habilitées à
s'exprimer sur les questions internationales.
Le prince Turki Al-Fayçal, ancien responsable des services de renseignement
saoudien et ancien ambassadeur du royaume aux Etats-Unis, a refusé
catégoriquement l’idée de concessions arabes qui « équilibreraient »
les efforts israéliens vers la paix.
« Les voisins d’Israël veulent la paix », écrit le prince,
« mais ils ne sauraient être contraints à récompenser Israël parce qu’il
rendrait une terre qui ne lui appartient pas. » Selon lui, les Saoudiens
ont fait depuis longtemps des gestes, et la balle est dans le camp des
Israéliens.
« Qu’on ne s’y trompe pas », écrit Gilles Paris dans le Monde du 14 septembre à propos
de cette tribune, « l’avis de Turki, bien que rangé des affaires
aujourd’hui, donne une bonne indication sur l’état d’esprit en vigueur à
Riyad. »
September 13, 2009
Land First, Then
Peace
By TURKI al-FAISAL
Jeddah, Saudi Arabia
http://www.nytimes.com/2009/09/13/opinion/13turki.html
THE United States and other Western powers have for some time been pushing
Saudi Arabia to make more gestures toward Israel. More recently, the crown
prince of Bahrain urged greater communication with Israel and joint steps from
Arab states to revive the peace process.
Saudi Arabia is the birthplace of Islam, the custodian of its two holy
mosques, the world’s energy superpower and the de facto leader of the Arab and
Muslim worlds — that is why our recognition is greatly prized by Israel.
However, for all those same reasons, the kingdom holds itself to higher
standards of justice and law. It must therefore refuse to engage Israel until
it ends its illegal occupation of the West Bank, the Gaza Strip and the Golan
Heights as well as Shabaa Farms in Lebanon. For Saudis to take steps toward
diplomatic normalization before this land is returned to its rightful owners
would undermine international law and turn a blind eye to immorality.
Shortly after the Six-Day War in 1967, during which Israel occupied those
territories as well as East Jerusalem and the Sinai Peninsula, the United
Nations Security Council passed a resolution
stating that, in order to form “a just and lasting peace in the Middle East,”
Israel must withdraw from these newly occupied lands. The Fourth Geneva
Convention similarly notes “the occupying power shall not deport or
transfer parts of its own civilian population into the territory it occupies.”
Now, Israeli leaders hint that they are willing to return portions of these
occupied territories to Arab control, but only if they are granted military and
economic concessions first. For the Arabs to accept such a proposal would only
encourage similar outrages in the future by rewarding military conquest.
After the Oslo accords of 1993, Arab states took steps to improve their
relationships with Israel, allowing for recognition in the form of trade and
consular agreements. Israel, however, continued to construct settlements,
making its neighbors understandably unwilling to give up more without a
demonstration that they would be granted something in return.
Today, supporters of Israel cite the outdated 1988 Hamas charter,
which called for the destruction of Israel, as evidence of Palestine’s attitude
toward a two-state solution, without considering the illegalities of Israel’s
own occupation. Israel has never presented any comprehensive formulation of a
peace plan. Saudi Arabia, to the contrary, has done so twice: the Fahd peace
plan of 1982 and the Abdullah peace initiative of 2002. Both were endorsed by
the Arab world, and both were ignored by Israel.
In order to achieve peace and a lasting two-state solution, Israel must be
willing to give as well as take. A first step should be the immediate removal
of all Israeli settlements in the West Bank. Only this would show the world
that Israel is serious about peace and not just stalling as it adds more
illegal settlers to those already occupying Palestinian land.
At the same time, the international community must pressure Israel to
relinquish its grip on all Arab territory, not as a means to gain undeserved
concessions but instead as an act of good faith and a demonstration that it is
willing to play by the Security Council’s rules and to abide by global
standards of military occupation. The Arab world, in the form of the Arab peace
initiative that was endorsed by 22 countries in 2002, has offered
Israel peace and normalization in return for Israeli withdrawal from all Arab
territories including East Jerusalem — with the refugee issue to be solved
later through mutual consent.
There have been increasing well-intentioned calls for Saudi Arabia to “do a
Sadat”: King Abdullah travels to Israel and the Israelis reciprocate by making
peace with Saudi Arabia. However, those urging such a move must remember that
President Anwar el-Sadat of Egypt went to Israel in 1977 to meet with Prime
Minister Menachem Begin only after Sadat’s envoy, Hassan el-Tohamy, Sadat’s
envoy, was assured by the Israeli foreign minister, Moshe Dayan, that Israel
would withdraw from every last inch of Egyptian territory in return for peace.
Absent a similar offer today from Israel to the leaders of Palestine, Lebanon
and Syria, there is no reason to look at 1977 as a model.
President Obama’s speech in Cairo this summer gave the Arab and Muslim
worlds heightened expectations. His insistence on a freeze on settlement
activity was a welcome development. However, all Israeli governments have
expanded settlements, even those that committed not to do so.
No country in the region wants more bloodshed. But while Israel’s neighbors
want peace, they cannot be expected to tolerate what amounts to theft, and
certainly should not be pressured into rewarding Israel for the return of land
that does not belong to it. Until Israel heeds President Obama’s call for the
removal of all settlements, the world must be under no illusion that Saudi
Arabia will offer what the Israelis most desire — regional recognition. We are
willing to embrace the hands of any partner in peace, but only after they have
released their grip on Arab lands.
Prince Turki al-Faisal, the chairman of the
King Faisal Center for Research and Islamic Studies, is a former director of
Saudi Arabia’s intelligence services and ambassador to the United States.
[ƒNi] Une intervention significative, qui reprend les
réserves et inquiétudes avancées par un autre intervenant dans un précédent Qui-vive.
Je souligne les points qui me semblent cruciaux.
http://www.ep-mir.com/spip.php?article6448
|
CAPJPO -
EuroPalestine |
http://www.ep-mir.com/spip.php?article6448 |
|
Reconnaissance d’un Etat Palestinien par L’ONU jeudi, 15 septembre 2011 |
|
Ci-dessous l’analyse intéressante de l’ICAHD (Comité Israélien Contre la Démolition
de Maisons) concernant l’initiative palestinienne à l’ONU sur la constitution
d’un Etat.
Communiqué :
"Le Comité Israélien Contre la Démolition de Maisons (ICAHD) a été, de
façon majeure et résolue, l’une des organisations israéliennes pour la paix et
les droits de l’homme qui, durant ses quatorze années d’existence, a lutté pour
les droits des Palestiniens. Les militants de l’ICAHD s’opposent à la
démolition de maisons palestiniennes, aussi bien à l’intérieur d’Israël que
dans les Territoires Occupés. Et, en liaison avec nos partenaires palestiniens
et internationaux, nous avons reconstruit 175 maisons, en guise d’actes
politiques de résistance à l’occupation. Outre nos efforts de résistance sur le
terrain, nous avons engagé une vigoureuse campagne internationale de plaidoyer
pour une paix juste. Nous sommes en ceci secondés par nos antennes à l’étranger
– ICAHD au Royaume Uni, aux USA, en Finlande – ainsi que par des centaines de
groupes de la société civile avec lesquels nous agissons à travers le monde.
Dès lors, où nous situons-nous sur la question de l’initiative de septembre
lancée par l’OLP et l’Autorité Palestinienne ? En tant que
non-Palestiniens, les militants de l’ICAHD ne plaident pas pour une solution
particulière au conflit israélo-palestinien. Par-dessus tout, nous souscrivons
aux trois principes de base incarnés dans l’Appel de la Société Civile
Palestinienne : (1) mettre fin à son occupation et à la colonisation des
terres arabes et abattre le mur de séparation ; (2) reconnaître en pleine
et entière égalité les droits fondamentaux des citoyens arabes-palestiniens
d’Israël ; (3) respecter, protéger et promouvoir les droits des réfugiés
palestiniens à retourner vers leurs maisons et propriétés, ainsi qu’il est
stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.
Parce que nous croyons qu’il appartient au peuple palestinien de déterminer
ce qu’il considère comme une paix juste, et que notre rôle en tant que
partenaires israéliens est de leur apporter notre soutien – avec cependant un
avertissement, qui est que toute solution prenne en compte l’ensemble des
personnes résidant en Palestine/Israël – nous suivrons la ligne de nos
partenaires palestiniens pour ce qui concerne les initiatives particulières ou
les modes de résolution du conflit.
En tant que non-Palestiniens, nous nous trouvons dans une situation
délicate au sujet de « Septembre ». Au cours des mois menant vers
la présentation aux Nations Unies fin septembre, et en particulier dans les
deux dernières semaines, nous avons reçu de nos partenaires de la société
civile palestinienne des messages brouillés. La plupart des Palestiniens des
Territoires Occupés et d’Israël semblent ne pas prendre part à l’initiative de
Septembre à l’ONU – bien que Marwan Barghouti ait lancé depuis sa prison un
appel passionné au soutien international et à l’implication. Un commentateur
palestinien influent a appelé Septembre un « non-événement » ;
d’autres, notamment dans la Diaspora palestinienne, s’y opposent activement.
Abbas lui-même paraît réticent à aller à l’ONU. Il a récemment déclaré à un
groupe d’intellectuels israéliens en visite que ses priorités d’après Septembre
sont de « négocier, négocier, négocier [avec Israël] ». Mais il est
piégé par les attentes démesurées que l’idée a générées dans le monde. C’est
d’un cœur à demi-résolu que le Juggernaut s’avance vers la date fatidique du 21
septembre.
Maintenant, juste deux ou trois semaines avant la présentation à l’ONU, un
rude débat a surgi au sein de la communauté palestinienne autour de plusieurs
questions-clés.
Est-ce que l’initiative de Septembre sera fondée sur la reconnaissance d’un
État palestinien dans les frontières de 1967 ? Si tel est le cas, pourquoi
Abbas veut-il négocier avec Israël ? S’agit-il d’ajustements territoriaux
mineurs, ou bien d’un retour au piège stérile de négociations des vingt
dernières années, qui ont rendu inadéquates les frontières de 1967 ?
Qui, en l’absence d’élections au Comité National Palestinien ou d’un
référendum, a autorisé Abbas à persister vers une solution à deux États ?
Même s’il présente le dossier à l’ONU en tant que chef de l’OLP et avec l’appui
du Comité Exécutif de celle-ci, est-ce que l’Autorité Palestinienne, en
devenant le gouvernement reconnu de l’État de Palestine, va remplacer l’OLP, et
du même coup priver du droit de vote la moitié du peuple palestinien ?
En particulier, est-ce que l’établissement d’un état palestinien dans
les frontières de 1967 compromettrait le droit au retour des réfugiés et les
droits nationaux des Palestiniens à l’intérieur d’Israël ?
Est-ce que la reconnaissance d’un état palestinien dans les frontières
de 1967 exclut définitivement l’émergence d’un État unique dans la Palestine
historique, qu’il soit démocratique ou bi-national, ou bien va-t-il
permettre de poursuivre les efforts politiques et l’évolution dans cette
direction ?
Jusqu’à ce que ces questions aient obtenu une réponse, il serait difficile
pour l’ICAHD de soutenir l’initiative de Septembre. Ce qui, néanmoins, soulève
deux problèmes-clés. D’abord, comment gérons-nous la rupture de
Septembre ? Abstraction faite de la politique interne palestinienne et des
problématiques réelles de la présentation d’Abbas à l’ONU,
« Septembre » va arriver. A une semaine seulement de l’échéance, la
stratégie de l’OLP et de l’Autorité Palestinienne n’est toujours pas clarifiée,
mais un vote de l’Assemblée Générale verrait sans doute la grande majorité de
la communauté internationale reconnaître un État palestinien dans les
frontières de 1967.
Quelle est notre propre stratégie ? Comment allons-nous canaliser
l’énergie, si ce n’est l’euphorie, du « jour d’après » - ou la colère
et le désespoir si, en fait, rien ne se produit ? Tandis que beaucoup
d’intellectuels palestiniens et d’organisations de gauche se montrent critiques
sur cette initiative, la « rue palestinienne » est néanmoins en
train de s’organiser pour l’affirmation non violente de ses droits nationaux, y
compris par des marches vers les colonies. Qu’est-ce qui peut être fait
pour ne pas les abandonner ? Et qu’en sera-t-il des attentes qui ont été
suscitées parmi les milliers de militants à travers le monde, eux qui au fil
des ans ont consacré tant de temps et d’efforts pour la cause
palestinienne ?
Si « Septembre » fait tout simplement long feu, vont-ils rester
dans la course ? Plus important encore, qu’en sera-t-il si le vote de
l’Assemblée Générale se révèle un véritable changeur de jeu, s’il libère une
dynamique politique que ne seraient à même de contrôler ni l’Autorité
Palestinienne, ni Israël, ni aucun autre acteur – la démission ou l’effondrement
de l’Autorité Palestinienne au cas où, en fait, rien ne change dans les
Territoires Occupés, déclenchant peut-être une réoccupation par Israël des
villes Cisjordaniennes et de Gaza ? Comment devrions-nous réagir ?
La seconde question découle de la précédente : aucune lutte pour les
droits palestiniens ne peut être poursuivie sans le leadership du peuple
palestinien – ce qui, pour l’ICAHD et beaucoup de militants à travers le monde
réfère aux organisations qui sont nos partenaires de la gauche palestinienne, à
l’intérieur de la Palestine ou à l’étranger. Les comités populaires et
d’autres militants « de terrain » jouent un rôle décisif pour
maintenir la lutte active et ciblée, mais ils n’ont pas de programme politique.
Au niveau des actions internationales, BDS (Boycott, Désinvestissement,
Sanctions) est devenue un puissant moteur pour faire campagne et susciter une
prise de conscience sur le cas palestinien ; de fait, l’ICAHD a été l’une
des premières associations israéliennes à y adhérer. Mais, au bout du compte, il
s’agit seulement d’un outil, qui ne saurait remplacer une stratégie politique à
multiples facettes.
Deux exigences pour un programme d’après-Septembre paraissent
évidentes : nos partenaires de la société civile israélienne devraient élaborer
une vision claire de ce vers quoi ils voient la lutte s’orienter, si ce n’est
un programme détaillé ; et nous tous qui œuvrons pour l’auto-détermination
palestinienne – militants palestiniens, israéliens et internationaux sans
distinction – nous devrions engager des discussions urgentes et décisives au
sujet de nos prochaines démarches. Notre militantisme et nos campagnes ont
besoin d’être accompagnés par une stratégie conduite par les Palestiniens, avec
beaucoup plus de coordination et de communication.
Nous, membres de l’ICAHD, croyons que le vote de l’ONU – ou même un
non-vote de l’ONU – va changer les règles du jeu. Il est au moins probable
qu’il débarrassera la table de tous les obstacles entravant la recherche d’une
paix réellement juste : négociations stériles, la « solution » à
deux États, et, très possiblement, l’Autorité Palestinienne elle-même, qui a
trop longtemps permis à Israël de prolonger son occupation. Il nous faut être
prêts pour ce basculement du terrain politique. Nous devons être anticipateurs,
unis et efficaces.
L’ICAHD respectera donc les désaccords internes existant entre ses
partenaires palestiniens. L’ICAHD a de longue date affirmé que la solution à
deux États, qui a de toute façon été enterrée sous les colonies israéliennes, ne
peut pas servir de solution juste et praticable au conflit israélo-palestinien.
Nous aurions soutenu l’initiative en tant qu’étape vers la pleine réalisation
des droits du peuple palestinien ; mais dès lors que nos partenaires ont
exprimé leurs préoccupations sur le fait que la reconnaissance d’un État
palestinien dans les frontières de 1967 va exclure ces droits, et vu le niveau
des oppositions, l’ICAHD va fondamentalement « rester en dehors ».
Nous y voyons une décision douloureuse, parce que notre conviction est que
l’engagement de la société civile dans le processus politique est crucial.
Nous demeurons engagés dans la lutte pour l’auto-détermination des
Palestiniens. Nous nous tenons solidaires du peuple qui souffre sur le terrain,
dans les camps de réfugiés aussi bien que dans les Territoires Occupés, et nous
espérons une coopération étroite tandis que nous développons des stratégies
politiques efficaces pour aboutir à une paix juste et à l’égalité pour tous en
Palestine-Israël."
ICAHD : itay@icahd.org
(Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)
Plus personne ne s’y trompe mais voici quelques
ponctuations du caractère néo-colonial de l’intervention franco-britannique

BHL, porte-serviettes de Sarko et du vieux
colonialime…
Et enfin voici comment le journal METRO titre
vendredi sur les objectifs économiques du voyage …

(voir le précédent Qui-vive)








[ƒNi] J’espère que tous mes lecteurs partageront ma
colère devant ce projet d’ordonner l’enseignement des mathématiques à une
boussole financière ! Comme si la mathématique n’était pas une pensée mais
une boite à outils, à compartimenter selon les métiers…
L’autre poncif est bien sûr celui des langues – comme
s’il s’agissait d’apprendre « une langue mathématique »…
Le pompon : « Imaginons que l'on remplace
la séquence "algèbre, géométrie et calcul (analyse)" par : finance,
données numériques et ingénierie de base » ! Autant déclarer qu’on ne
fera plus de mathématiques et qu’on se contentera d’appliquer des formulaires
de calcul (l’exemple privilégié est celui de décider si on va louer ou acheter
une voiture !). Mais d’où viennent alors ces formules mathématiques et
comment sont-elles non pas seulement inventées (vieux algorithmes babyloniens,
égyptiens ou chinois) mais démontrés (donc fiables) ?!
Et c’est une médaille Fields qui prône une telle
corruption d’esprit !
Favorisons des apprentissages concrets face
aux cursus abscons et abstraits
Il existe actuellement aux États-Unis une
inquiétude largement partagée concernant l'état de notre enseignement des
mathématiques. Elle prend sa source dans l'analyse des mauvais résultats des
étudiants américains dans les compétitions et les tests internationaux (PISA),
et l'on retrouve ces inquiétudes dans la loi dite " No Child Left
Behind " (" Aucun enfant laissé de côté
") de George W. Bush, qui exige que les étudiants passent des tests
standardisés en 2014 et que des sanctions soient prises à l'encontre des écoles
et des professeurs qui ne permettraient pas à leurs élèves d'atteindre ces
objectifs.
Toute cette inquiétude est fondée sur
l'hypothèse qu'il existe un unique corpus bien déterminé de connaissances
mathématiques que tout un chacun se doit de maîtriser pour se préparer aux
métiers du XXIe siècle.
Cette hypothèse est fausse. La vérité est que
des ensembles de compétences mathématiques distincts sont utiles pour des
professions distinctes, et que notre éducation mathématique devrait en tenir
compte.
Aujourd'hui, les lycées américains offrent des
formations qui proposent dans l'ordre : de l'algèbre, de la géométrie, à
nouveau de l'algèbre, les fondements de l'analyse mathématique, puis l'analyse
à proprement parler. Tout cela a été codifié dans des programmes adoptés
récemment par plus de quarante États.
Ce cursus très abstrait n'est vraiment pas le
meilleur moyen de préparer une majorité solide de nos étudiants à leur future
carrière.
Par exemple, est-ce que la majorité des
adultes ont souvent l'occasion de résoudre des équations du second degré ?
Ont-ils besoin de savoir ce qu'est "un
groupe de transformations" ou "un nombre complexe" ?
Bien sûr, les mathématiciens professionnels,
les physiciens ou les ingénieurs en ont besoin, mais la plupart des citoyens
seraient mieux formés s'ils apprenaient comment les taux des prêts
financiers sont calculés, comment l'on peut programmer les ordinateurs, ou
comment comprendre les résultats statistiques des tests médicaux.
Un cursus mathématique qui serait centré sur
des problèmes réels pourrait continuer à présenter aux étudiants les outils
abstraits des mathématiques, en particulier la manipulation de quantités
inconnues (l'algèbre).
Mais il y a un monde entre l'enseignement des
"mathématiques pures" hors de tout contexte et l'enseignement de
problèmes précis qui vont conduire les étudiants à apprécier comment une
formule mathématique modélise et clarifie des situations réelles.
La première méthode est celle avec laquelle
sont proposés les cours habituels d'algèbre en introduisant cette variable
mystérieuse x, avec laquelle de nombreux étudiants
se battent.
Au contraire, une approche contextuelle, qui
est celle des scientifiques en action, introduirait des formules en utilisant
des abréviations pour des quantités simples, par exemple la fameuse équation de
Einstein :
E = mc2, où E est l'énergie, m la
masse et c la vitesse de la lumière.
Imaginons que l'on remplace la séquence
"algèbre, géométrie et calcul (analyse)" par : finance, données
numériques et ingénierie de base.
Dans les cours de finance, les étudiants
apprendraient ce qu'est la fonction exponentielle, utiliseraient des formules
de tableurs, et étudieraient le budget des entreprises et des gouvernements.
Dans le cours de données numériques, les
étudiants réuniraient leurs propres données personnelles et apprendraient
comment, dans des domaines aussi variés que le sport et la médecine, des
échantillons plus nombreux donnent de meilleures estimations de moyennes (le
principe des sondages).
Dans le cours d'ingénierie fondamentale, ils
s'initieraient au fonctionnement des moteurs, des sondes sonores, des signaux
télévisés et des ordinateurs. La science et les mathématiques ont été
découvertes ensemble, et aujourd'hui, on les apprend mieux lorsqu'on les
apprend ensemble.
Les traditionalistes vont objecter que le
cursus standard enseigne le raisonnement abstrait qui a une grande valeur, même
si les compétences ainsi acquises ne sont pas, par la suite, directement
utilisables dans la vie quotidienne. Pour la génération précédente, les
traditionalistes prétendaient que l'étude du latin, bien que sans application
pratique, aidait les étudiants à développer de précieuses compétences
linguistiques.
Nous croyons que l'étude des mathématiques
à travers les applications, tout comme l'étude des langues vivantes,
fournit à la fois des connaissances exploitables et des compétences abstraites.
En mathématique, ce dont nous avons besoin,
c'est d'une "alphabétisation numérique" :
- la capacité de faire des connexions
quantifiées lorsque la vie l'exige ; par exemple, lorsque nous sommes
confrontés à des tests médicaux contradictoires et que nous devons décider quel
choix médical effectuer ;
- la capacité de construire des modèles
mathématiques, la capacité de s'orienter pratiquement entre des problèmes de la
vie quotidienne et des formulations mathématiques ; par exemple, lorsque
nous devons décider entre louer ou acheter une voiture.
Les parents, les équipes éducatives de chaque
État américain et les lycées sont aujourd'hui devant un vrai choix. La séquence
traditionnelle d'enseignement n'est pas l'unique voie vers la compétence en
mathématiques.
Il est vrai que les résultats de nos
étudiants, mesurés à l'aune des standards usuels, sont tombés nettement en
dessous de ceux des étudiants de nombreux autres pays, mais nous pensons que la
meilleure manière de relever le défi est d'oeuvrer pour une alphabétisation
numérique pour tous.
Enseigner des sujets qui font sens pour
tous les élèves et qu'ils pourront utiliser tout au long de leur vie.
C'est par l'intermédiaire d'applications
dans le monde réel que les mathématiques sont apparues dans le passé, qu'elles
se sont épanouies à travers les siècles, et qu'elles s'ancrent aujourd'hui à
notre culture.
Traduit
de l'anglais par Jean-Michel Kantor, mathématicien et historien des sciences
Sol
Garfunkel, Directeur du Consortium for Mathematics and
its Applications
David
Mumford, Médaille Fields, professeur émérite, Brown
University
Kennedy le mafieux,
sanglotant dans sa chambre après l'échec de son agression contre Cuba (Baie des
Cochons, 1961) !
Extrait d'un entretien de Jackie Kennedy en
1964
Libération
http://www.liberation.fr/monde/01012360018-jackie-kennedy-dame-de-fiel-et-epouse-modele
Jackie évoque JFK en larmes devant elle, après le fiasco de la baie des
Cochons, le débarquement raté à Cuba en 1961 : «Il est rentré dans sa
chambre à la Maison Blanche et il s’est mis à pleurer, rien qu’avec moi… La
tête entre les mains, il sanglotait. C’était tellement triste, parce qu’il y
avait eu ses 100 premiers jours, et tous ses rêves, et voilà cette
chose terrible qui se produit. Et il voulait tellement bien faire.»
Aux Etats-Unis, les
écarts de revenus entre riches et pauvres ne cessent de se creuser
Le Monde
Le revenu moyen par foyer est à son plus
bas niveau depuis quinze ans. La grande pauvreté explose
New York Correspondant
Le revenu annuel
d'un foyer moyen, en dollars constants, est désormais retombé en dessous du
niveau qui était le sien il y a quinze ans aux Etats-Unis. C'est ce qui
ressort du rapport intitulé " Revenus, pauvreté et couverture santé aux
Etats-Unis en 2010 ", publié mardi 13 septembre par le Census Bureau
(l'équivalent américain de l'Insee).
De précédentes études
avaient déjà montré combien l'éventail entre les gains des plus riches et ceux
des plus pauvres tendait à s'accroître, et combien le recul des revenus du
travail constituait une constante pour 90 % des salariés américains depuis une
décennie. Ce phénomène tendanciel lourd a été notoirement aggravé par la crise
des deux dernières années.
Sans tenir compte des
diverses aides sociales, un couple moyen avec deux enfants a perçu l'an dernier
4 120 dollars par mois pour son travail (3 000 euros au taux de change actuel),
soit 7,1 % de moins qu'en 1999, année record en termes de rémunération
moyenne.
Ce recul est limité
par la hausse continue de la rémunération des salariées. Une femme gagne encore
en moyenne 22,6 % de moins qu'un homme. Mais le fossé entre sexes se comble peu
à peu pour deux motifs : la rémunération des emplois féminins progresse
constamment, dans une société qui fait la part belle aux services, et la
tendance inverse pour les hommes ne se dément pas depuis trois décennies.
Quelle que soit
l'année, la rémunération moyenne d'un salarié américain, en dollars
constants, n'a plus jamais dépassé le niveau atteint en... 1978 ! Effet du
délitement progressif de l'industrie traditionnelle, le recul du revenu
salarié est d'abord celui des hommes au travail - une tendance structurelle
que la crise a alourdie.
Le rapport expose
d'autres éléments symptomatiques de la dégradation des conditions de vie des
salariés en général, et plus lourdement des moins bien rémunérés. Le fossé
séparant revenus supérieurs et faibles continue de se creuser : alors que
les 20 % des mieux payés bénéficient de 50,2 % du total des rémunérations (49,4
% en 2007), les deux cinquièmes des salariés les moins rémunérés, qui n'en
percevaient déjà que 12,5 % il y a quatre ans, n'en reçoivent plus que 11,8 %.
"Phénomène
Tanguy"
Parmi les données les
plus remarquables, on notera encore la forte poussée du "phénomène
Tanguy" : le renforcement sensible du nombre des enfants adultes vivant au
foyer parental jusqu'à un âge avancé. Désormais, parmi les 25-34 ans, un actif
sur sept vit toujours chez ses parents. Leur nombre global, passé en un an de
4,7 à 5,9 millions d'êtres, s'explique essentiellement par l'accroissement
brutal du chômage parmi les jeunes salariés, l'un des phénomènes les plus
inédits que la crise aura engendré aux Etats-Unis.
Quant à la grande
pauvreté, dont le seuil a été fixé à 22 314 dollars par an pour une famille
de quatre personnes, elle touche désormais 46,2 millions d'Américains, soit
6,6 millions de plus qu'il y a deux ans, et surtout, plus d'un enfant sur cinq.
Cette plongée dans le dénuement social atteint des proportions proprement effroyables
chez deux populations ethniquement identifiées : les Noirs, d'abord, parmi
lesquels le taux des mineurs vivant sous le seuil de pauvreté approche les 40
%, et les Hispaniques, chez qui plus d'un enfant sur trois est concerné.
Ces deux populations constituent aussi les moins rémunérées : un Noir gagne en
moyenne 35 % de moins que le salaire médian, et un Hispanique presque un quart
de moins.
Enfin, les effets de
la réforme santé votée sous l'administration Obama se font peu sentir. Si la
proportion des Américains dénués de toute assurance-maladie a reculé (c'est
encore le cas de 16,3 % d'entre eux, contre 16,7 % en 2009), leur nombre,
accroissement démographique oblige, est en légère hausse. Près de 51 millions
d'individus vivent sans couverture santé en Amérique.
Sylvain Cypel
L'horreur ordinaire
du tribunal pour les gens du peuple…
Incendie du boulevard
Auriol : procès après un faux départ
En mars, une première
audience avait fortement choqué.
Par TONINO SERAFINI, FABRICE TASSEL
Libération
Rarement une audience aussi scandaleusement bâclée n’avait laissé autant
d’images fortes. Nous sommes le mercredi 9 mars 2011. Les proches des
17 victimes - 14 enfants de moins de 10 ans et trois femmes
- de l’incendie du boulevard Vincent-Auriol, à Paris, en 2005, dont le
procès recommence aujourd’hui, s’entassent dans une salle exiguë, étouffante.
Malgré la dignité des parties civiles l’ambiance est tendue. Et pour cause
: leurs avocats ont dû batailler pour obtenir une demi-journée d’audience
supplémentaire car, à l’origine, une seule demi-journée avait été prévue!
Malgré cette minuscule prolongation, le temps est compté. L’urgence est
d’écouter les familles afin de les aider à peut-être clore leur deuil. Six
ans qu’elles attendent. Pourtant, à la stupéfaction générale, la présidente
Jacqueline Rebeyrotte se lance dans une inutile lecture de l’intégralité de l’ordonnance
de renvoi. Le micro reste muet, la voix sourde de la magistrate est inaudible.
D’autant qu’il fait chaud dans cette petite salle : des fenêtres sont ouvertes,
mais le bruit des véhicules filant sur les quais achève de couvrir le monologue
de la juge. Le malaise est palpable, les avocats se regardent, accablés, y
compris ceux de la défense.
Saturnisme. Assis dans les premiers rangs, un homme noir, assez âgé, n’ouvre pas les
yeux pendant les deux heures du rappel des faits. A l’évidence, il n’a pas
oublié une seconde de cette nuit du 26 août 2005, où tout est allé
trop vite. Trois minutes après que le pyromane - qui n’a jamais été retrouvé -
eut mis le feu dans des poussettes au rez-de-chaussée, il faisait
600 degrés. En cinq minutes la cage d’escalier était entièrement embrasée
par une torche qui dévora les six étages, brûlant huit enfants dans une même
chambre du 5e. La vitesse des flammes avait été accélérée par
des plaques de contreplaqué posées sur les murs pour rendre inaccessibles aux
enfants des peintures au plomb.
Aujourd’hui, l’association Freha (membre de la fédération
Emmaüs), qui gérait l’immeuble, et la société Paris Banlieue Construction, qui
a posé les contreplaqués, répondront seules de ces malfaçons. Car l’État
est, avec le pyromane, l’autre Arlésienne de ce procès. Il faut revenir à
juin 2003 pour comprendre : Freha obtient de la préfecture de
police de Paris, qui avait relogé boulevard Vincent-Auriol 123 habitants
après le campement du quai de la Gare, une note envisageant l’évacuation du
bâtiment en raison des risques de saturnisme. Un an plus tard, une autre
expertise conclut à l’absence de nécessité d’évacuation, d’où la pose des
plaques de contreplaqué. Ultime volte-face lorsque le préfet signe un arrêté de
péril interdisant l’occupation de l’immeuble : nous sommes le
31 août 2005, cinq jours après la mort de 17 personnes.
Retour en mars 2011. Le deuxième jour, le procès est déplacé dans une salle
plus grande. L’homme qui a fermé les yeux la veille doit cette fois se boucher
les oreilles, car pendant de longues minutes un terrible larsen empêche tout
échange. «L’illustration de la misère de la justice», grince la présidente,
alors que la magistrature vient de vivre, en février, la plus longue grève de
son histoire. Nouveau déménagement dans la 1re chambre du
tribunal, qui devait accueillir le procès Chirac - finalement ajourné - et où,
pour l’occasion, 114 ampoules des lustres ont été changées. Mais rien
n’éclaire le procès de l’incendie du boulevard Vincent-Auriol, qui n’a pas commencé
alors qu’il ne reste d’après le calendrier qu’une poignée d’heures pour le juger.
Les familles demandent le report, rejointes par des avocats de la défense. Dix
minutes suffisent aux trois magistrats pour se rendre à l’évidence : «Le
tribunal baisse les bras», lâche la présidente.
Quelques leçons semblent avoir été tirées de ce fiasco. «Les petits
plats ont été mis dans les grands», promet une source judiciaire. Six demi-journées
d’audience ont été programmées (jusqu’au 30 septembre) dans une salle assez
spacieuse, et du temps a été prévu pour que les parties civiles puissent
s’exprimer.
Série macabre. Bien juger l’affaire du boulevard Vincent-Auriol,
c’est aussi un peu solder les comptes judiciaires avec deux autres incendies
meurtriers qui ont marqué l’année 2005 dans la capitale. Une terrible
série qui commence par l’hôtel Paris-Opéra (dans le IXe
arrondissement) dans lequel sont hébergées des familles sans logement et
souvent sans papiers, prises en charge par le Samu social. Le feu se déclare
dans la nuit du 14 au 15 avril vers 2 heures, surprenant les
occupants dans leur sommeil. Pris de panique, certains sautent par les
fenêtres. Les secours compteront 25 morts, dont 11 enfants. Une
dispute entre le fils de l’hôtelier et sa petite amie, dans une salle du 1er
étage, serait à l’origine du sinistre : une bougie serait tombée pendant la
querelle sans qu’ils ne s’en rendent compte. L’instruction judiciaire de ce
dossier n’est pas encore totalement close. Mais le gros a été fait. Les
expertises ont été rendues et les proches des victimes auditionnées. «Les
familles attendent à présent la fixation de la date du procès, affirme Pauline
Véron, adjointe (PS) au maire du IXe arrondissement. Elles
espèrent qu’il se déroulera dans des conditions dignes.»
La série macabre s’achèvera par l’incendie d’un immeuble rue du Roi-Doré
(Paris IIIe), faisant sept morts, dont quatre enfants,
le 29 août. Les enquêteurs ont suivi tantôt la piste criminelle, tantôt
celle de l’accident, sans jamais parvenir à faire la lumière dans cette
affaire. Une ordonnance de non-lieu a été rendue.
2 articles
significatifs dans Le Monde Économie du mardi 13 septembre et une note ( Natixis) sur la Turquie…
Bon argumentaire technique,
me semble-t-il…
La
sortie de l'euro est une impasse
Il
peut paraître futile de passer chaque année à l'heure d'été, quand il suffirait
que chacun décide de venir une heure plus tôt au travail. Pourtant, le changement
d'heure est pratique courante, parce qu'il est infiniment plus facile de
retarder les montres que de changer ses habitudes.
C'est
sur la base de ce raisonnement qu'on entend de plus en plus souvent suggérer la
sortie de l'euro aux pays dont la compétitivité s'est dégradée. Plutôt que
d'espérer que, par le jeu de dizaines de millions de décisions indépendantes, entreprises
et salariés s'astreignent laborieusement à résorber l'inflation passée des prix
et des salaires, il suffirait, dit-on, de rétablir la compétitivité en
abaissant le taux de change de la nouvelle monnaie du pourcentage voulu. Toute
l'expérience monétaire enseigne effectivement que, pour un même résultat final,
une dévaluation interne (par baisse de l'ensemble des prix et des salaires) est
considérablement plus difficile à réussir qu'une dévaluation du taux de change.
Mais, même si l'on ignore les enjeux politiques européens d'une telle décision,
le raisonnement pèche par omission sur plusieurs points.
Le
premier obstacle est juridique. Le traité européen comporte une clause de
sortie volontaire de l'Union, mais pas de clause de sortie de l'euro. Un Etat
peut donc quitter l'Union (et renoncer au bénéfice des fonds d'aide régionaux,
importants dans les cas grec et portugais, et des transferts au titre de la
politique agricole), mais rien ne prévoit qu'il puisse sortir de l'euro et
rester dans l'Union.
Le
deuxième obstacle est technique. Il est facile de changer de monnaie dans un
pays financièrement sous-développé : il suffit de commander de beaux billets
tout neufs. Mais c'est une tout autre affaire dans une économie moderne. Il a
fallu, pour passer à l'euro, des années de préparation et d'adaptation des
systèmes informatiques, suivies d'un rodage prolongé. Le quitter sans délai
serait coûteux et perturbateur.
Le
troisième obstacle est économique. Les avocats d'une sortie prétendent
anticiper une dévaluation contrôlée de la nouvelle monnaie. C'est oublier que
les pays susceptibles de faire ce choix souffrent d'un déficit de crédibilité.
Il est illusoire de penser qu'ils pourraient décider de leur taux de change. Si
nouvelles monnaies il y a, leur prix sera ce que décideront les marchés.
Lorsque l'Argentine à rompu son lien fixe avec le dollar, en janvier 2002, le
gouvernement a annoncé un nouveau taux de change de 1,4 peso (au lieu de 1
peso) pour 1 dollar. En juillet, il était de 4 pesos pour 1 dollar. La monnaie
avait perdu les trois quarts de sa valeur.
Une
baisse des trois quarts du taux de change, pourrait-on croire, garantit une
économie hypercompétitive. Elle multiplierait cependant le prix des produits
importés par quatre, ce qui appauvrirait massivement les consommateurs et
rendrait les entreprises incapables de se procurer équipements et produits non
finis. Ce n'est pas ainsi qu'on recommence à exporter.
Le
quatrième obstacle est financier. Et c'est le plus sérieux de tous. Raisonner
sur la compétitivité, l'inflation ou le pouvoir d'achat, c'est négliger les
créances et dettes des ménages, des entreprises ou de l'Etat, qui sont
aujourd'hui libellées en euros. Certes, les engagements entre résidents
d'un même pays pourraient être relibellés dans la nouvelle monnaie. Mais il
n'en irait pas de même entre résidents et non-résidents.
Or,
selon les évaluations de Claire Waysand, du Fonds monétaire international, les
créances et dettes des pays de l'euro vis-à-vis de leurs partenaires s'élèvent
en moyenne à 200 % du produit intérieur brut. Les obligations publiques de
l'Etat grec détenues par les banques françaises et allemandes, qui inquiètent
tant, ne sont ainsi qu'une fraction d'un écheveau bien plus vaste. Les
entreprises, les banques, les assurances, verraient certains postes de leur
bilan demeurer en euros, tandis que d'autres subiraient une brutale chute de valeur.
Certains y gagneraient, d'autres feraient instantanément faillite. Ce serait
comme si fortune et ruine étaient soudainement tirées à la loterie.
Qui
plus est, une sortie - parce qu'elle n'est pas prévue - ne pourrait pas se
faire en une nuit. Les déposants auraient le temps de retirer leur argent des
banques, et les banques d'emprunter auprès de leur banque centrale pour
effectuer des placements dans les pays destinés à rester dans l'euro.
Ces
comportements de précaution ne feraient qu'ajouter au désastre. Face aux
tourments dans lesquels se débat la Grèce, la tentation d'une alternative ne
peut que monter. Mais le scénario d'une sortie en douceur est une fiction.
Si
d'aventure celle-ci se produit, elle se fera dans le chaos. Elle sera économiquement
destructrice, financièrement ruineuse et socialement dévastatrice.
Jean
Pisani-Ferry est économiste et directeur de Bruegel, centre de
recherche et de débats sur les politiques économiques en Europe.
La discussion est
lancée publiquement : l'État doit-il continuer de défendre "l'intérêt
général"?!!
La réponse est
clairement suggérée : non!
Éducation,
santé : l'État pourra-t-il rester le garant de la solidarité nationale ?
FACE
AU GOUFFRE des déficits publics, les Etats sont tentés de déléguer les services
de santé, d'éducation et plus généralement les activités des services sociaux à
l'économie sociale et solidaire en France, au " tiers secteur " (ou Charities
- organisations caritatives), aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Le 19
juillet 2010 à Liverpool, trois mois après son investiture, le premier
ministre, David Cameron, invitait ainsi les Britanniques à créer une " Big
Society " où les citoyens prendraient en charge des projets locaux de
gestion d'écoles, de transports en commun, etc. " Nous avons le plus
grand déficit budgétaire du G20 ",
justifiait-il.
Reconnaissant
certaines insuffisances de l'Etat, il proposait une nouvelle approche de la
société où la coopération entre société civile et Etat serait plus efficace.
Une Big Society Bank soutiendrait les besoins de financement... L'appel lancé
par le premier ministre ayant été peu soutenu financièrement, un an après, il
peine à se concrétiser...
Quand
bien même eût-il été un succès, ce transfert de compétences au secteur privé
n'est-il pas un renoncement de la défense de l'intérêt général, la plupart
du temps du ressort de l'Etat ?
A
regarder l'expérience américaine, on constate que la tentation d'un retrait
progressif de l'Etat est grande. Après que, dans les années 1960-1970, le
gouvernement a incité les Charities à prendre
en charge une part des domaines de l'éducation, la santé, la lutte contre la
pauvreté avec des programmes fédéraux d'aide financière, l'administration
Reagan a considéré, dans les années 1980, que la meilleure façon de développer
le tiers secteur passait par le retrait du gouvernement, rappelle Daniel
Hurstel (La Nouvelle Economie sociale, éd. Odile
Jacob, 2009), maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.
En 2010
à nouveau, l'administration Obama se tournait vers le tiers secteur, accordant
un soutien financier aux Etats fédérés qui avaient externalisé un grand nombre
de prestations de services vers les institutions sans but lucratif des secteurs
éducatif, sanitaire et social.
"
Puisque la crise actuelle rend indispensable une réflexion sur les modalités de
l'action de l'Etat, la question est aujourd'hui de savoir si l'Etat doit
être un acteur ou un gardien de l'intérêt général ",
affirme M. Hurstel. " Le rôle de l'Etat dans le domaine de la santé
n'est-il pas de piloter l'ensemble du système, de fixer les règles, les cahiers
des charges, d'en contrôler l'application et d'évaluer le service rendu, plutôt
que de faire soi-même ? ", remarque, de son côté, Rose-Marie
Van Lerberghe, ancienne directrice générale de l'Assistance publique-Hôpitaux
de Paris (Liaisons sociales magazine, septembre
2011). " Il convient de s'interroger sur le modèle français qui tend à
considérer que tout ce qui est de l'intérêt général doit être fait par des
services publics ", écrit-elle.
L'Etat
serait en quelque sorte gardien de l'intérêt général par délégation, avec pour
instruments de contrôle les appels -d'offres, cahiers des charges, cadre
législatif national et supranational. Mais comment garder le contrôle sur une
multiplicité d'acteurs aux intérêts divergents et soumis à la pression de la
concurrence ? " Le développement du "social business" dans
les secteurs comme l'éducation, la santé ou les transports est en ce sens une
voie d'avenir, estime M. Hurstel. Il ne s'agit de déléguer qu'à
des entreprises, associations ou autres Charities "à finalité
-sociale" ", et non aux entreprises à but lucratif.
Quand
bien même elles seraient à l'abri de tout risque de dérives, la question de la
couverture du territoire par l'ensemble des services d'éducation, de santé, de
transports resterait entière. En ce sens, la fermeture de services publics en
zones rurales ou périurbaines montre que le désengagement de l'Etat est déjà en
cours.
Anne Rodier
[ƒNi] Ne pas oublier que la crise du Capitalisme
touche inégalement les régions et pays. La Turquie, ainsi, connaît toujours une
croissance importante…

« Ceux
qui furent aux choses n’en disent point l’usure ni la cendre. » Saint-John-Perse
En salut amical à la
troisième conférence internationale sur « L’idée du communisme » qui
va se tenir à New York, voici le premier de trois rappels du communisme
américain à l’époque de la Grande Crise puis du maccarthisme…
(1) John
Steinbeck : In Dubious Battle / En un combat douteux
(1936)
(2) James Agee :
Let Us Now Praise Famous Men / Louons maintenant les grands hommes (1936-1939)
(3) Howard
Fast : Spartacus (1951)
On relèvera à cette
occasion la présence récurrente d’un intérêt spécifique porté par les
communistes américains (à l’époque du moins – je ne sais pour aujourd’hui… )
aux paysans pauvres. On sait l’importance de cette question depuis la Commune
de Paris. Il est clair qu’elle se joue aujourd’hui au niveau mondial (paysans
chinois, indiens, russes, d’Afrique et d’Amérique du Sud…)
Nous sommes quelques-uns à avoir connu, dans
l’après-68, cette expérience d’enquêtes militantes à la campagne. Pour ma part,
ce fut auprès des (derniers) paysans pauvres de Nadaillat (Auvergne).







Roman sur l’histoire de deux communistes
américains – Mac et Jim – allant en Californie, pendant les années 30,
organiser une grève parmi les ouvriers agricoles.
La conception du communisme est bien sûr celle
de l’époque – « la fin justifie les moyens… »
- et c’est l’éloge des communistes (plutôt que du communisme) qu’il faut me
semble-t-il ici entendre.
Le titre du livre est emprunté au poème de
Milton dont ces vers sont en épigraphe :
|
Qu’importe la bataille perdue ? |
What though the
field be lost? |
|
Tout n’est pas perdu – la volonté
indomptable, |
Al is not lost – the
unconquerable will, |
|
La revanche, la haine intemporelle, |
And study of revenge,
immortal hate, |
|
Et le courage qui jamais ne cède ni ne se
soumet. |
And courage never to
submit or yield. |
Milton
(Paradis perdu – 1659)
Extraits
—
« Des communistes ? demanda-t-il. Tous ceux qui réclament un salaire suffisant pour vivre
sont communistes, dit Mac, éclatant de rire. Dakin le
regarda fixement. Je n’ai rien contre les communistes, dit-il. »
—
« Vous n’êtes pas
communistes ? – Si, vous avez deviné. – Qu’avez-vous l’intention d’obtenir
avec votre grève ? – Nous voulons aider les ouvriers agricoles à remporter
la victoire. »
—
« Il a existé des communes et des
communistes de tout temps ; il en existera toujours. »
—
« Le type [tué par les
mercenaires] s’appelait Joy. Il était communiste. Vous avez entendu ? Communiste.
Il voulait que des hommes comme vous [ouvriers agricoles] puissent manger à
leur faim et dormir au sec. Il ne voulait rien pour lui. Il était communiste.
Vous avez compris ? Un sale communiste. Un danger public. […] C’était un
type très dangereux : il voulait que des hommes comme vous puissent manger
à leur faim… »
—
« Je suis communiste. – Qu’est-ce
que ça te rapporte ? – En argent ? Absolument rien. – Alors, pourquoi
le fais-tu ? - C’est difficile à dire. »
—
« Mac,
dit London d’un air gêné, on entend toujours parler des communistes comme
d’une bande de salauds. C’est n’est pas vrai, dis, Mac ? Mac rit doucement. Ça dépend comment on voit la chose, dit-il. Si tu possèdes trente mille arpents de terre et un million
de dollars, tu les considères comme une bande de salauds. Si tu es London, un
travailleur, tu comprends que les communistes sont des types qui veulent
t’aider à vivre comme un homme, et pas comme une bête. Tu comprends ? Toi,
tu nous connais, maintenant, et tu vois vraiment ce que nous sommes. Tu peux te
faire une opinion. »
« Ce
que tu ne sais par toi-même, tu ne le sais pas ! »
|
Éloge de l’étude |
Lob des
Lernens |
|
Apprends ce qui est simple ! Pour ceux |
Lerne das Einfachste! Für die |
|
Dont le temps est venu, |
Deren Zeit gekommen ist |
|
Il n’est jamais trop tard ! |
Ist es nie zu spät! |
|
Apprends l’ABC, cela ne suffit pas, mais |
Lerne das Abc, es genügt nicht, aber |
|
Apprends-le ! Ne te décourage pas ! |
Lerne es! Laß es dich nicht verdrießen! |
|
Commence ! Tu dois tout savoir ! |
Fang an! Du mußt alles wissen! |
|
Tu dois reprendre l’étendard. |
Du mußt die Führung übernehmen. |
|
|
|
|
Apprends, homme dans l’asile ! |
Lerne, Mann im Asyl! |
|
Apprends, homme en prison ! |
Lerne, Mann im Gefängnis! |
|
Apprends, femme dans la cuisine ! |
Lerne, Frau in der Küche! |
|
Apprends, sexagénaire ! |
Lerne, Sechzigjährige! |
|
Tu dois reprendre l’étendard. |
Du mußt die Führung übernehmen. |
|
Va à l’école, homme sans abri ! |
Suche die Schule auf, Obdachloser! |
|
Acquiers du savoir, toi qui as froid ! |
Verschaffe dir Wissen, Frierender! |
|
Affamé, saisis-toi d’un livre : c’est une arme. |
Hungriger, greif nach dem Buch: es ist
eine Waffe. |
|
Tu dois reprendre l’étendard. |
Du mußt die Führung übernehmen. |
|
|
|
|
Ne recule pas devant la question, camarade ! |
Scheue dich nicht zu fragen, Genosse! |
|
Ne t’en laisse pas raconter, |
Laß dir nichts einreden |
|
Contrôle toi-même ! |
Sieh selbe nach! |
|
Ce que tu ne sais pas par toi-même, |
Was du nicht selber weißt |
|
Tu ne le sais pas. |
Weißt du nicht. |
|
Vérifie la facture, |
Prüfe die Rechnung |
|
Car c’est toi qui dois la payer. |
Du mußt sie bezahlen. |
|
Pose le doigt sur chaque rubrique. |
Lege den Finger auf jeden Posten |
|
Demande : comment est-elle arrivée ici ? |
Frage: wie kommt er hierher? |
|
Tu dois reprendre l’étendard. |
Du mußt die Führung übernehmen. |
Voici la mélodie qu’en a tiré Eisler (extraite
de la cantate Die Mutter) :


http://www.degagisme.net/index.html

Nous vient de Belgique un ovni, initié par une manifestation
non moins surprenante qui s’était tenue à Bruxelles en janvier dernier.
Comptes-rendus des deux.







Essai idéologique (plutôt qu’à proprement parler politique). Suffirait à en attester la promotion d’une idée du vide (distingué du rien et du néant), visiblement issue de la philosophie (Badiou) mais étrangement déplacée (reconnue dans le soulèvement arabe au prix de quelques forçages – voir ci-suit) et généralisée…
Judicieuse critique de l’idéologie « indignée »
L’essai se situe à l’ombre d’une péremption de l’idée de Révolution (qui mobilise les noms d’Alain Badiou, Sylvain Lazarus et Natacha Michel).
L’ensemble du Manifeste est enveloppé par une forme d’esthétisation des questions politiques indiquées qui, par elle-même, me semble un double danger : tant pour les questions de politique que pour celles de l’art.
Ceci dit, cette sorte de situationnisme de l’époque – perceptible également dans la manifestation de janvier - indique un déplacement idéologique intéressant.
Le Manifeste se réjouit de ce que la langue
arabe serait « dépourvue d’un équivalent du mot “révolution” » défaut
qui constituerait « une jolie prémonition » d’un des leitmotifs de ce
Manifeste. Ce point n’est pas tout à fait exact.
Le point précis est plutôt que la langue arabe
ne confond pas, dans un même mot, les deux acceptions de la révolution que nos langues latines confondent :
le bouleversement politique s’y dit en effet « saw-ra-tun » (de la racine [sâ/wâw/râ] [1]
attachée à l’idée de se soulever) quand la rotation
astronomique s’y dit « da-wa-râ-nun » (de
la racine [dâl/wâw/râ] [2]
attachée à l’idée de tourner). Ainsi la révolution
politique y est un soulèvement-insurrection, sans être pour autant un
renversement-retournement…
Ce point devrait intéresser les
« dégagistes » puisque le bouleversement révolutionnaire n’y est
plus… un tour de piste.

Ce Manifeste reprend le mot – mieux :
l’impératif – « Dégage ! » à la rue arabe, spécifiquement
tunisienne, pour le commenter, le varier, faire entendre ses différences résonances
et acceptions.
Ce faisant, le Manifeste n’est pas vraiment à
l’écoute du vocable arabe – il est vrai que les masses tunisiennes ont aussi
beaucoup parlé français en la circonstance – et du verbe utilisé à cette
occasion. Or il n’est pas sûr que le terme arabe fasse entendre, comme le verbe
français « dégager », le même rapport au vide.
En deux mots – ou plutôt, en la circonstance,
en trois ! -, le verbe « dégager » renvoie en langue arabe à
trois racines différentes.
Bref, le terme arabe utilisé (irHal !) dit le départ (contraint et précipité) plutôt que le vide instauré.
Et l’équivalent de la notion « belge » de dégagisme me semblerait
plutôt devoir être traduite selon la troisième racine, qui à ma connaissance
n’a pas été utilisée par la rue arabe.
Il y a donc bien un écart – au demeurant qui
n’a rien d’illégitime – entre le terme arabe de départ et la notion mise en
avant par le Manifeste. Mieux vaut en être conscient que considérer que cela
transiterait de la rue tunisienne à la rue bruxelloise…
Un livre sur les mineurs marocains du Nord, avec
lesquels nous avons mené de grands combats à la fin des années 80 lors de la
fermeture des mines…
http://www.yabiladi.com/articles/details/6918/mineurs-marocains-enfer-les-mines-magazine.html
Les mineurs marocains : A Enfer-les-Mines
[Magazine]

Engagés par milliers
pour extraire le charbon français quand personne ne voulait plus le faire, le
vécu des mineurs marocains en France donne matière à mille histoires, souvent
tragiques. Pourtant, elles ne sont que peu racontées. Deux ouvrages, publiés à
trois mois d'intervalle, tentent de remédier à ce vide littéraire et rendent
hommage aux mineurs et à leurs familles. « Tout un homme », de Jean-Paul
Wenzel, et « Mauvaise Mine. Une aventure de Nour et Norbert », de Ricardo
Montserrat & L'Association des Mineurs Marocains du Nord (AMMN) plongent le
lecteur dans les vies et combats des mineurs marocains en Lorraine et dans le
Nord. Lecture croisée.
- Ça va, grand ? Tu
reviens demain ? Tel le cancre de Prévert, l'étrange étranger, Baddou dit oui
avec la tête mais il pense non avec le cœur. Il a la peur aussi incrustée dans
la peau que le noir de charbon quand il franchit, pas lent après pas lourd, les
kilomètres douloureux qui le séparent de la cité. Il se dit qu'il n'y
retournera pas. Ce n'est pas un métier pour un berger. Un berger est fait pour
compter les étoiles et les bêtes, pas mourir chaque jour au fond d'un trou.
Mais le soir, devant le poêle, sa peur s'en va avec la vapeur qui sort de leurs
vêtements et le lendemain, il y retourne.
Plus de 66 000 Marocains
ont été embauchés à partir des années 60 par les Charbonnages de France pour
travailler dans les mines du bassin lorrain et du Nord Pas de Calais, selon
l'Association des travailleurs maghrébins en France. Une histoire collective
marquée de peurs, de discriminations, mais aussi de solidarités et de combats
qui a récemment trouvé écho dans deux ouvrages littéraires.
Les récits de vie
de 17 anciens mineurs des Houillères du Nord ont inspiré le roman «
Mauvaise Mine. Une aventure de Nour et Norbert », de Ricardo Montserrat &
L'AMMN. L'ouvrage est conçu comme un polar mais se lit comme un roman
historique. Nour, la narratrice et fille d'un des protagonistes, retrace pour
Norbert, fils de mineur polonais, la vie de son père, Ayah, et de ses deux
amis, Baddou et Lami, tous les trois mineurs dans le Nord Pas de Calais.
« Tout un homme » de
Jean-Paul Wenzel relève de la même démarche : l'auteur a été invité à écouter
les témoignages de mineurs maghrébins du bassin lorrain et il en a fait une
fiction. Wenzel retrace le récit de vie de deux mineurs : un Algérien et Saïd,
fils de potier de la campagne d'Assoul dans le sud marocain.
Deux histoires, un
même « négrier »
Les deux fictions sont
ainsi fortement inspirées de la réalité. Leur point de départ est d'ailleurs le
même : la procédure d'embauche des futurs mineurs dans le sud marocain, le «
triage » organisé à grande échelle par un recruteur venu de France.
« On nous hurle de
nous mettre à poil » explique Saïd, narrateur et protagoniste de « Tout un
homme ». « Des docteurs sans blouse blanche nous examinent, nous tripotent
: les bras, le dos, les jambes, les yeux, les dents, les mains, les ongles... »
Nour, fille d'Ayah et narratrice de « Mauvaise mine », renchérit sur un autre
registre.
« Les
Charbonnages ne veulent pas de Berbères intelligents. Parler français est un
signe d'intelligence. Lire et écrire, de subversion. Il faut faire l'âne, le
bourricot comme ils disent. » A Saïd de préciser : « Non, nous ne sommes pas
sur un marché d'esclaves des temps anciens, nous sommes en 1973, la France
recrute des mineurs dans le Sud marocain. »
Le recruteur en charge au Maroc est un personnage historique bien connu.
Ricardo Montserrat ne mentionne que le nom que lui prêtent les mineurs : «
Moraura ». Jean-Paul Wenzel nomme cet ancien cadre des Charbonnages de France,
Monsieur Mora, le « négrier » d'une chanson populaire amazighe. Il était «
aussi connu que le roi Hassan II, dans les régions du sud du Maroc », écrit Ali
El Baz de l'Association des travailleurs maghrébins de France.
Les résistants
d'Enfer-les-Mines
Les récits relatent
beaucoup d'expériences communes. En premier lieu la peur. Celle de la première
descente à plusieurs kilomètres sous terre, mais aussi celle qui change de
visage avec les années. Peur de crever, peur de tomber malade, peur de la
poussière qui tue un mineur à petit feu, peur d'être maladroit, « de ne plus pouvoir
travailler proprement et d'être chassé comme un malpropre, comme tant
d'anciens, peur d'être condamné à remplir des sacs de sable pour protéger des
explosions, dernière étape avant le renvoi au pays. »
Il y a la peur, mais
aussi les discriminations, car si les Charbonnages viennent au Maroc pour
embaucher des « bourricots », ce n'est pas pour les accueillir à bras ouverts.
Ils doivent assurer la rentabilité en fin de cycle des mines de charbon
françaises, pour rentrer au Maroc après leur fermeture. Statuts de travail,
logements, dédommagements à la fermeture des mines : sur tous les plans, les
mineurs marocains étaient en bas de l'échelle.
« En septembre 1980,
un détail, sur la feuille de paie de certains d'entre nous, change radicalement
le destin des mineurs marocains », explique Saïd. « Une retenue de deux
cents francs correspondant au billet d'avion du retour! Personne n'en
comprend la raison, la colère monte ! » Les premières grèves de mineurs
marocains s'en suivent, d'abord en Lorraine, puis dans le Nord Pas de Calais,
où Ricardo Montserrat entraîne le lecteur dans le cœur de ce combat : ses trois
personnages, Lami, Ayah et Baddou organisent la grève, mobilisent et tiennent
tête à l'entreprise publique française - et au régime en place au Maroc. Dans
le roman, Montserrat raconte une visite de policiers à la famille d'Ayah au
Maroc. « Ils ont demandé si t'étais du Polisario. Maman a répondu que non. Tu
n'étais pas dans la police à Rio, tu étais à Enfer-les-Mines ! » Un enfer qui
verra la mort de Lami dans des circonstances suspectes, et celle d'Ayah après
une longue maladie jamais diagnostiquée par les médecins des mines. Pour Nour,
fille d'Ayah, son père et ses amis « sont des résistants ».
Nostalgie ?
Dans « Tout un homme
», Jean Paul-Wenzel garde une place importante à la vie familiale et au
quotidien de son protagoniste en dehors des mines. Par endroit, une certaine
nostalgie envahit le récit. « On est trop fatigués pour sortir se distraire,
mais pour être franc, ça nous arrive quelquefois. On va danser en boîte, on
boit quelques bières au bistrot, on part en virée à Sarrebruck où les filles
sont moins farouches. On est dans les années 70, on a vingt ans, des fringues
comme tous les jeunes, pantalons en pattes d'ef, chemises à fleurs, blousons,
rouflaquettes et bananes gominées. J'ai encore des photos ! », raconte Saïd.
Ce que le lecteur
apprend sur les réalités de vie qui inspirent « Tout un homme » et « Mauvaise
mine » dépasse la valeur littéraire des deux ouvrages. Le premier présente le
quotidien des mineurs, traite davantage les ambiguïtés dans leurs choix de vie.
Le second, plus fourni, explique et dénonce. « Mauvaise mine » est un roman
militant. L'auteur avertit que si « toute ressemblance avec des personnes
existant, avec des événements qui auraient eu lieu ne serait que pur
coïncidence [...] les batailles menées ne sont pas, elles, des fictions. »
Nour, la narratrice, ouvre le récit en dénonçant « le mépris, l'escroquerie,
l'inhumanité de tous les collaborateurs de la machine à faire de l'argent avec
le charbon, de la machine à faire peur. » Elle termine sur une note déterminée
: « L'histoire n'est pas finie ».
Note : Jean-Paul Wenzel, «
Tout un homme ». Editions Autrement (2011), 99 pages, 12 euros. Ricardo
Montserrat & L'Association des Mineurs Marocains du Nord, « Mauvaise Mine.
Une aven-ture de Nour et Norbert ». Editions Colères du Présent (2011). 151
pages, 8 euros.
"Il y a une perte
totale de confiance envers le monde politique"
Ils ont franchi la barre des
100 000 exemplaires vendus, un exploit pour un livre de sociologie que seul
Pierre Bourdieu était capable d'accomplir. Et ont indéniablement popularisé
l'expression "président des riches". Monique Pinçon-Charlot et Michel
Pinçon sortent, le 15 septembre, aux éditions La Découverte (287 pages, 9,50
euros), une version augmentée de leur livre Le Président des riches. Enquête
sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, paru chez
Zones, il y a un an. Car entre-temps, assurent-ils, le président de la
République a continué d'oeuvrer en faveur des plus favorisés.
Retraités depuis 2007, ces deux
anciens directeurs de recherche au CNRS, qui ont passé leur vie de sociologues
à scruter les modes de vie des plus riches, tiennent depuis mai 2007 un journal
quotidien des mesures prises au profit des plus fortunés, décortiquant presse,
lois et règlements, bilans d'entreprise. Déjà cinquante cahiers noircis.
Votre
livre " Le Président des riches " semble avoir déclenché un
phénomène...
De septembre
2010 à mai 2011, nous avons fait une tournée d'une centaine de villes, invités
par des associations, des librairies, des syndicats, des comités d'entreprise,
des grandes écoles... A chaque fois, on nous disait que cela faisait bien
longtemps qu'autant de gens ne s'étaient réunis. Quatre-vingts personnes dans
une librairie d'Auch, dans le Gers, 370 personnes à Douarnenez, venant de toute
la Bretagne, un soir de novembre, sous la pluie. 400 étudiants dans un amphi
prévu pour 250 personnes, à l'Institut d'études politiques (IEP) de Toulouse...
De quoi
témoigne cet engouement ?
Nous avons
rencontré un peuple français tétanisé, sidéré, au bout du rouleau. Conscient de
l'exceptionnelle gravité de la situation, et du cycle infernal de sacrifices
qu'on lui demande. Il y a un sentiment d'injustice insupportable, une perte
totale de confiance envers le monde politique.
Avez-vous
perçu une ambiance de veille de révolte sociale ?
Pas
vraiment, car l'individualisme est extrêmement présent dans les classes moyenne
et populaire... Le capitalisme a détruit tout ce qui faisait la solidarité
ouvrière. Ce sont des classes sans identité, contrairement à la bourgeoisie,
qui forme un groupe soudé. Et, en arrière-fond, il y a cette idée que
l'histoire est finie, que le capitalisme est la seule solution.
Un an
après la sortie de la première version du livre, Nicolas Sarkozy est demeuré à
vos yeux le président des riches ?
Il
l'a été dès la soirée du Fouquet's, où, pour la première fois, une victoire
électorale était fêtée par les figures du CAC 40, dont le président allait
devenir le fondé de pouvoir. Et cette politique au service des nantis ne s'est
jamais démentie. Récemment, quand le bouclier fiscal devient un tel boulet
politique pour Nicolas Sarkozy candidat-2012 qu'il est obligé de le supprimer,
sa disparition est différée en 2013. Mais elle s'accompagne d'un allégement de
l'ISF à effet immédiat : la moitié des contribuables disparaissent. L'an
dernier, il nous annonce un rabotage des niches fiscales de 11 milliards
d'euros. En fait, il y a bien 5 milliards de rabotage, mais le reste a
seulement consisté à faire passer certaines mesures de la ligne budgétaire
"niche fiscale" à celle, plus discrète, des "modalités
particulières de calcul de l'impôt (MPCI)". Comme la niche Copé, qui
coûte 18,6 milliards d'euros sur trois ans, et exonère les plus-values
résultant de la cession de filiales par les entreprises. Notre déficit est
de 95 milliards d'euros, les niches représentent 75 milliards, et les MPCI, 80
milliards...
Avec la
crise, les plus fortunés adoptent-ils des modes de consommation moins
ostentatoires ?
Les
consommations n'évoluent pas, parce qu'elles sont inscrites dans le mode de
socialisation de la classe. Pour qu'un collectif fonctionne, il faut de la
concurrence. Dans les beaux quartiers, cela se traduit par le yacht de trois
mètres de plus que le voisin... Tranquillement, dans cette société si
inégalitaire, les plus fortunés continuent à vivre, entre eux, leur mode de vie
ordinaire. Rien d'ostentatoire, puisqu'il n'y a pas de public.
Qu'avez-vous pensé de l'appel des seize patrons
français à une hausse de leurs impôts, lancé à la fin du mois d'août ?
C'est vieux comme le monde, ces moments de tension
où les possédants développent des actions caritatives pour compenser
l'exploitation. Cette contribution est exceptionnelle : un an, maximum
deux. Elle ne concerne que très peu de monde. Il s'agit d'une ponction de 2 % à
partir de 500 000 euros de revenus par an et par part, oublie-t-on de signaler.
Pour un couple, chacun doit donc avoir 500 000 euros de revenus. Cela ne
devrait rapporter que 200 millions d'euros. L'ordinaire de ces grandes familles,
c'est la fraude fiscale, le "off shore". C'est même intégré à la
gestion officielle des banques : la BNP possède 189 filiales implantées dans
des paradis fiscaux.
Propos recueillis par
Pascale Krémer
" Notre
système de santé évolue vers une remise en cause de la solidarité "
Le Monde 17 septembre
A l'approche de la présidentielle, quelque
100 personnalités lancent un manifeste pour une santé égalitaire.
Ils veulent placer la
santé au cœur de la campagne présidentielle. Déplorant une "dépolitisation" des questions de
santé, ils souhaitent qu'un débat citoyen s'organise enfin sur l'avenir du
système de soins. Cinq personnalités du secteur, le Pr André Grimaldi
(diabétologue), le Pr Olivier Lyon-Caen (neurologue), François Bourdillon
(médecin de santé publique), Didier Tabuteau (responsable de la chaire santé à
Sciences Po) et Frédéric Pierru (sociologue) publient, jeudi 15 septembre, un Manifeste
pour une santé égalitaire et solidaire (Odile Jacob, 190 p., 12
euros).
S'y sont jointes 123
personnalités de tous horizons, médecins, économistes, chefs d'entreprise, dont
les comédiens Jane Birkin et Vincent Lindon, les écrivains Denis Jeambar et
Hélène Cixous, le sociologue Edgar Morin, l'anthropologue Françoise Héritier.
Le Pr Grimaldi explique leurs craintes de la dérive du système.
Pourquoi un
tel manifeste ?
La santé a été la grande absente des dernières campagnes présidentielles,
alors que notre système évolue vers une remise en cause des choix de solidarité
et d'égalité faits en 1945. Or contrairement aux Etats-Unis, nous n'avons pas
de véritable débat sur la question. L'idée est d'interpeller les politiques,
d'autant que nous observons ces dernières années une nette aggravation des
inégalités et une accélération vers la privatisation du secteur.
Paradoxalement, nous
constatons une dépolitisation de la santé. Le " trou de la Sécu " est
agité comme un chiffon rouge qui empêche de penser. Le sujet est devenu
purement technique et tellement complexe que le public ne peut plus s'en
emparer. Or on ne pose plus les questions "Combien veut-on dépenser pour
la santé ?", " Que doit financer la solidarité et qu'est-ce qui
doit être privatisé ? ", "Où est le choix de société ?".
Vous proposez de
refonder le système mis en place en 1945. Pourquoi ?
Nous souhaitons rester
fidèles à ses deux principes, la solidarité (les plus riches payent pour les
plus pauvres et les bien-portants pour les malades), et l'égalité
d'accès à des soins de qualité identique sur l'ensemble du territoire. Car ces
principes fondateurs sont en train d'être remis en cause. Certes les plus
pauvres, grâce à la CMU, et les soins les plus lourds sont toujours pris très
largement en charge par la solidarité, mais pour les soins courants, la Sécurité
sociale ne cesse de se désengager au profit des complémentaires santé. Ce
transfert accroît les inégalités, car 4 millions de Français n'ont pas de
mutuelle.
Cette évolution du
système comporte surtout le risque qu'à l'avenir, les bien-portants appartenant
aux classes moyennes ne veuillent plus payer pour les malades. Si eux-mêmes ne
sont plus bien remboursés par la Sécu pour leurs soins courants, ils en
viendront à réclamer la fin de son monopole.
Mais il faut aussi
aller plus loin. Le problème du système né en 1945 est qu'il est centré sur le
soin et ne prend pas assez en compte la santé au sens large, et
notamment la prévention. Nous préconisons donc la mise en place de
quatre services publics à refonder ou à construire : l'assurance-maladie reposant
sur la Sécu et non sur les mutuelles, la sécurité sanitaire et la prévention
collective, le service public hospitalier reposant sur l'hôpital public et le
privé à but non lucratif, le service public de la médecine de proximité
reposant majoritairement sur les médecins libéraux.
Les dépassements
d'honoraires des médecins libéraux se sont généralisés. Comment régler cette
question ?
Il est primordial d'assurer partout la présence de médecins exerçant en
secteur 1 (sans dépassement). Nous proposons de bloquer l'installation de
médecins en secteur 2 (tarifs libres) dans les zones où il n'y a pas assez de
médecins en secteur 1 pour garantir le respect du principe républicain de
l'égalité d'accès aux soins.
Votre proposition
phare consiste à réaugmenter le remboursement des soins courants, dont la Sécurité
sociale se désengage peu à peu. Comment la financez-vous ?
Faire passer le
niveau de remboursement des soins courants de 55 % au taux originel de 80 %
coûterait entre 7 et 8 milliards d'euros. Plutôt que de raisonner en termes de
" maîtrise médicalisée " et de " responsabilisation des malades
", il faut revoir les recettes mais aussi toutes les dépenses que la
solidarité doit prendre en charge. On peut imaginer par exemple que les cures
thermales ne soient plus prises en charge.
Il faut surtout
engager une vraie évaluation médico-économique des médicaments. Des taux de
remboursement à 15 % ou à 30 % n'ont pas de sens. Entre deux produits
d'efficacité identique, c'est le moins cher qu'il faut rembourser.
La liste est longue et
la différence de prix peut être considérable, jusqu'à 400 fois pour des
médicaments semblables traitant la dégénérescence maculaire rétinienne ! Le
scandale du Mediator a rendu l'opinion prête à comprendre cette révision. En
revanche, il faut relever d'urgence le remboursement des soins dentaires et
d'optique.
Pour réduire les
dépenses, nous préconisons aussi de regarder du côté de la disparité des
pratiques médicales. D'un établissement à l'autre, les taux de césariennes,
d'endoscopie digestive, de pose de pacemakers ou de stents coronariens varient
de 1 à 3 !
Et du côté des
recettes ?
Nous estimons que l'ensemble des revenus doit participer au financement
de la Sécurité sociale - la Cour des comptes avait d'ailleurs estimé en 2010
les exonérations de cotisations à 35 milliards d'euros.
Surtout, il faut
instaurer une règle d'or. Si les dépenses de santé médicalement justifiées
augmentent, alors les recettes doivent croître en proportion. Si nous faisons
le choix de dépenses pour notre santé, nous devons payer et non laisser à nos
enfants la charge de le faire. On comprendrait mal que les candidats à la
présidentielle esquivent ce débat.
Propos recueillis
par Laetitia Clavreul
Le Coran comporte une dimension
« sapientiale » explicite, équivalente à celle qu’on peut trouver
dans certains livres de l’Ancien Testament (Proverbes, L’Ecclésiaste, L’Ecclésiastique…), dans les logion de Jésus ou dans bien
d’autres livres traditionnels. Ces
trésors de sagesse populaire, patrimoine de
l’humanité indivise, aident chacun à diriger sa vie au gré des circonstances et
difficultés. Rien là de méprisable pour quiconque connaît la difficulté au long
cours d’une vie droite.
Voici quelques exemples de cette sagesse
« coranique ».
·
Tu n’es responsable que de toi-même.
(IV.84)
·
Quiconque acquiert un péché ne l’acquiert
que contre lui-même. (IV.111)
·
Vous êtes responsables de
vous-mêmes ! (V.105)
·
Au cou de chaque homme nous avons attaché
son œuvre. […] Tu te suffis d’être ton propre comptable. (XVII.13-14)
·
Quiconque est dans le bon chemin ne l’est
que pour lui-même, et quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment.
(X.108 ; XVII.15)
·
Quiconque se guide, c’est pour lui-même
qu’il se guide. (XXVII.92)
·
Ce sont eux les véritables corrupteurs, mais
ils ne s’en rendent pas compte. […] Ce sont eux les véritables faibles
d’esprit, mais ils ne le savent pas. (II.12-13)
·
Ils cherchent à tromper mais ils ne
trompent qu’eux-mêmes et ils ne s’en rendent pas compte. (II.9)
·
Ils n’égarent qu’eux-mêmes et ils n’en
sont pas conscients. (III.69 ; III.113)
·
Ils ne complotent que contre eux-mêmes et
ils n’en sont pas conscients. (VI.123)
·
La communauté de vos ancêtres est
révolue. À elle ses acquis, à vous les vôtres. Vous n’avez pas à répondre de
leurs actions. (II.132 ; II.141)
·
Nul ne portera le fardeau d’autrui.
(XVII.15)
·
Dites (aux autres) : « Vous
ne serez pas interrogés sur les crimes que nous avons commis, et nous ne serons
pas interrogés sur ce que vous faites. »
(XXXIV.25)
[ƒNi] Second volet
I. Hypothèse de
départ (http://www.egalite68.fr/Qui-vive/2.htm)
II. Esquisse mathématique
III. Retour à notre espace de travail
IV. Esquisse d’une articulation
entre égalité commune et liberté en commun
Je dois à la générosité du mathématicien René
Guitart l’accès à cette théorie catégorielle des esquisses.
On en trouvera l’exposé dans le cours de
mathématiques Catégories et Structures qu’il a bien
voulu donner de 2009 à 2011 dans le cadre des activités mamuphi (Ens-Ircam). [7]
L’idée générale va être la suivante. La
théorie des catégories appelle « esquisse » l’articulation, pour une
même « catégorie », des deux grands types de « limites »
qu’elle distingue : respectivement les limites dites
« projectives » (ou « produits ») et les colimites dites
« inductives » (ou « sommes »). Si l’on entend par
« catégorie » quelque chose susceptible de formaliser une théorie, on
dira ici que l’esquisse d’une théorie repose sur l’articulation de deux types
de limites : ses produits et ses sommes.
Soit l’idée que ceci va nous suggérer :
esquisser la théorie d’une situation (ce qui n’est pas exactement dire :
« théoriser » cette situation), c’est articuler des produits et des
sommes pour cette situation.
Transposons métaphoriquement : esquisser
une théorie du communisme (une idée du communisme),
c’est en articuler une figure de produit et une figure de somme.
Or – et c’est là l’hypothèse d’investigation
qui va me guider - l’égalité (communiste) a figure de produit quand la liberté
(communiste) a figure de somme au regard de la situation qu’on posera être
celle de l’humanité. Soit le fil conducteur suivant : il s’agit
d’esquisser une idée du communisme en articulant l’égalité (communiste)
thématisée comme produit à la liberté (communiste) thématisée comme somme.
Voyons en détail comment.
La notion mathématique d’esquisse mobilise la
dualité du produit et de la somme (aussi appelée coproduit).
Les notions arithmétique de multiplication et d’addition n’en donnent qu’une image
déformée qu’il faut se garder de prendre pour guide [8].
En effet, l’idée importante - que les notions purement arithmétiques tendent
pour bonne part (mais pas entièrement !) à dissimuler - est que cette
dualité du produit et de la somme est dissymétrique, c’est-à-dire que produit et somme ne sont pas de même structure
(alors que la multiplication semble analogue à l’addition en ce que ces deux
opérations opèrent identiquement en associant à un même couple de nombres {P,
Q}un nouveau nombre de même obédience noté respectivement P+Q et PxQ).
Note
Addition et multiplication témoignent
cependant d’une certaine dissymétrie en ce que leur opération inverse n’a pas
le même statut : en effet, la soustraction (opération inverse de
l’addition) est définie pour tout nombre réel alors que la division (opération
inverse de la multiplication) ne l’est pas puisqu’on ne saurait diviser par le
nombre 0… Ainsi l’inverse de la multiplication (seconde opération) se trouve
n’être pas définie pour l’élément neutre 0 de l’addition (première opération)
quand cette dernière reste bien définie pour l’élément neutre 1 de la multiplication
(seconde opération) ce qui donne le nombre -1.
Cette dissymétrie, apparemment locale (au
point 0), a en vérité une portée globale qui se trouve au principe de la notion
algébrique de corps…
Sans trop nous engager dans le détail
technique des limites et colimites, commençons par suggérer l’idée qui opère au
principe de la dissymétrie mathématique entre produit et somme.
Cette dissymétrie est d’abord liée à la
dissymétrie de la source et du but.
En cette acception catégorielle, une somme est
un résultat, elle est le terme d’une opération (unique opération aux multiples
composantes), elle est le but d’un ensemble coordonné de flèches. Elle est
l’engendrement d’un nouvel « objet » à partir de la
« somme » d’un ensemble d’« objets » de même nature.
Diagrammatisons la somme (∑) [9]
ainsi :

La somme est l’engendrement d’un unique terme
résumant – « sommant » - différents termes un peu comme un collier
somme les perles qui le compose, comme une chaîne sommes ses maillons, comme
une série somme ses termes (par exemple une série dodécaphonique somme 12
hauteurs musicales)…
À l’inverse, le produit est une source ;
il est l’origine d’une opération (mieux : d’une simultanéité d’opérations
qui s’appelle des projections) qui va engendrer un ensemble coordonné d’objets.
Ainsi, le produit… produit une série de sous-objets (ceux qui s’y trouvaient
classés, tabulés, superposés) par un ensemble simultané de projections.
On diagrammatisera le produit ∏ ainsi :

L’image du produit n’est plus celle d’un
collier (dont on extrairait une à une les perles enfilées horizontalement) mais
celle d’une matrice ou d’un empilement de boites ou tiroirs dans lequel serait
verticalement rangé un à un les objets horizontaux à extraire par
« projections ».
Raffinons nos diagrammes. On se trouve face à
cette dualité dissymétrique :

On dira que le produit engendre une mise en
parallèle et la somme une mise en série.
Une ambiguïté, traditionnelle en mathématique,
tient ici au fait que le même mot « produit » ou « somme »
désigne indifféremment un objet et une opération :
—
l’objet somme
(ici noté ∑ qui inscrit la sérialisation horizontale de P, Q, R et S) et
l’opération somme (qui engendre cet objet à partir
de P, Q, R, et S) ;
—
l’objet produit (ici noté ∏ qui inscrit la tabulation verticale de A, B, C et D) et
l’opération produit (qui génère A, B, C et D à
partir de ∏).
Ainsi l’objet-somme est sommé quand
l’objet-produit produit… (où l’on mesure les périls du langage ordinaire pour
dire la pensée mathématique, laquelle énonce bien plutôt par inscription selon
des lettres et symboles spécifiques).
On peut dire tout cela en un langage
métaphorique un peu différent : un produit est un objet
« composant » qui « voit » (discerne, saisit, comprend)
simultanément un ensemble d’objets « décomposés » quand une somme est
un objet « composé » qui est simultanément « vu »
(discerné, saisi, compris) par un ensemble d’objets « composants ».
En théorie des catégories, les flèches qui
partent du produit-source sont appelées projections
et les flèches aboutissant à la somme-but sont appelées inductions. Ainsi le produit se décompose en projetant « en parallèle »
une collection d’objets alors que la somme se compose en induisant « en
série » une collection d’objets.
Une propriété importante de cette dissymétrie
est que la somme compose un objet « de même dimension » que chacun
des objets composants (ici la dimension horizontale) alors que le produit
désigne un objet d’une dimension supérieure (ici de dimension 2 puisqu’un
tableau – une matrice - est simultanément horizontal et vertical).
L’objet « produit » est hétérogène à
la collection d’objets de base qu’il constitue, alors que l’objet
« somme » est homogène à la collection d’objets qui le constituent.
C’est en ce point que l’image arithmétique de
l’addition et de la multiplication est trompeuse puisque 2x3 donne 6 tout aussi
bien que 2+3 donne 5 (le produit de deux nombres entiers est un nombre entier
tout de même que leur somme). En fait, la notion catégorielle de produit
devrait ici se concevoir et s’inscrire non horizontalement comme la
multiplication 2x3=6 mais bien plutôt verticalement ainsi :
![]()
soit le produit de 2 et 3 se décompose, par
projection, dans le couple {2,3} ; or un couple de nombres entiers n’est
pas lui-même un nombre entier (même si on peut associer à ce couple le nombre
entier 6 [10]).
Deuxième propriété des sommes et
produits : ces objets sont « limites » pour leur propriété
constituante (d’induction constituante et projection constituée) c’est-à-dire
que s’il y a d’autres objets qui ont ces même propriétés, alors sommes et
produits les réalisent au plus près, de la manière la plus efficiente qui soit.
Ceci se donne mathématiquement dans l’idée
suivante : s’il y a une autre « somme » ∑’ (une autre mise en
série de P, Q, R et S) ou un autre « produit » ∏’ (une autre mise en parallèle
de A, B, C et D), alors il y a une manière et une seule de réduire ∑ à ∑’ et ∏’
à ∏. Ceci se diagrammatise ainsi :

L’image arithmétique la plus simple en est
celle du pgcd (produit) et du ppcm (somme) [11] :
—
si 4 est le pgcd (∏) de 12 et 16, c’est
que 2 (∏’) qui divise également à la fois 12 et 16 divise lui-même 4 (∏) ;
—
si 48 est le ppcm (∑) de 12 et 16, c’est
que 96 (∑’) qui est également un multiple à la fois de 12 et de 16 est également
un multiple de 48 (∑’).

Ainsi le produit et la somme matérialisent les
opérations respectives de projection et d’induction au plus serré.
Résumons.
La somme – ou colimite inductive – est la mise
en collier (par une série d’inductions) d’une collection d’objets (et ce de la manière
la plus efficiente qui soit) alors que le produit – ou limite projective – est
une organisation en tableau ouvrant à la mise en parallèle (par projections)
d’une collection d’objets (et ce, également, de la manière la plus efficiente
qui soit).
On dira aussi : le produit relève de la
conjonction « et » (∏, c’est simultanément A et B et C et D –
leur « superposition » configure la seconde dimension, verticale, du
produit) quand la somme relève de la conjonction « ou » (entendue non
exclusivement) : ∑, c’est A ou B ou C ou D (puisqu’ils sont ici assemblés
successivement).
Ajoutons un dernier point, capital, à ces
détails techniques : la collection des objets de base, origine d’une somme
∑ et/ou cibles d’un produit ∏, sont reliables entre eux par des flèches (des
« morphismes ») qu’il convient de préciser tout autant qu’il convient
de le faire pour les objets eux-mêmes. L’idée essentielle est en effet que
somme et produit opèrent non sur une collection discrète d’objets dispersés et
séparés mais sur un réseau d’objets en sorte que la somme et le produit
dépendront tout autant si ce n’est plus du type de rapports pris en compte
entre nos objets que de la nature même de ces objets.
Par exemple, dans notre dernier diagramme, les
flèches entre les nombres 2, 4, 12, 16, 48 et 96 inscrivent des engendrements
par multiplication entière.
Supposons maintenant que nous travaillions
dans une vaste « catégorie » (réseau structuré de flèches entre
objets), une esquisse catégorielle va consister en une manière d’articuler des
sommes et des produits de cette catégorie.
Articuler veut ici
dire : établir des rapports entre les unes et les autres.
Diagrammatisons ceci le plus généralement
ainsi :

La partie suivante
(III) explorera l’hypothèse suivante : faisons comme
si une limite projective (produit) de la catégorie Humanité était l’égalité et une colimite inductive (somme) en était la liberté
et voyons quelles conséquences théoriques en tirer sur l’idée de communisme au
gré d’une esquisse d’articulation entre l’une et l’autre.
[1] Reig 860 / Gloton 212
[2] Reig 1875 / Gloton 501
[3] Reig 2034
[4] On remarquera au passage la versatilité de la langue et de l’écriture
arabes : certains (voir ci-dessus) inscrivent – à tort, me semble-t-il -
un hamza sous l’alif initial (le hamza se prononce – attaque oblige ! -
mais ne s’inscrit pas puisqu’il est dit « instable ») et la
prononciation (dialectale), souvent transcrite ainsi « erHel »,
efface la distinction des voyelles « i » et « a »… Il est
vrai que le même mot se trouve clamé quasi-simultanément par des foules
s’étendant d’un bout à l’autre du monde arabe, du Maghreb au Machreq…
[5] Reig 1598
[6] Reig 4040
[8] Tout de même, la division arithmétique ne
donne qu’une idée déformée de l’opération générale quotient.
[9] On l’appelle aussi co-produit et on la
symbolise alors ainsi ∐.
[10] Ceci touche au point suivant, qui a sidéré Cantor : ℝ2 et ℝ sont équipotents
(ils ont même cardinalité) mais ne sont pas isomorphes.
[11] On pourrait également illustrer cela, dans une structure d’ordre, par
les figures respectives de « plus grand inférieur » et de « plus
petit supérieur »…