Qui vive ? Le communisme !
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« une question intimidante, une question que
personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son
dernier souffle : Qui vive ?… » J. Gracq
***
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu
marquera la délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un
organisme commun à tous dans l’avenir. »
R. Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […]
En un sens, je suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier.
[…] Nous parlons au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui
représente non pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute
entière. » B. Brecht (1932)
« Il a existé des communes et des communistes
de tout temps ; il en existera toujours. » J. Steinbeck (1936)
« Je
suis communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour
un communisme intelligent. » J.
Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et
s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute
des variantes utiles, précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)
« Je
suis d’un village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes,
au champ et à la carrière, aiment bien le communisme. » M. Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj.,
se dit de toute chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la
Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une
utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou
(2011)
« Le
Communisme, évidemment, il n’y a jamais eu d’autre solution digne des Humains
et voulue par eux. » F. Laruelle
(2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui,
on ne peut pas ne pas être communiste. » B. Sobel (2011)
« Je reprends à partir du mot
“communiste”. » J.-M. Gleize
(2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité
politique
diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, écrire à « egalite68 [at] numericable.fr »
Rédaction : François Nicolas [ƒNi]
Numéro 24 : 19 février 2012
(fichier format
pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/24.pdf)
Sommaire :
Maroc............................................................................................................................................... 3
Précisions sur les émeutes de Taza…............................................................................................ 3
Nouvelles émeutes, cette fois à Beni Mellal................................................................................... 5
Précisions sur le Mouvement du 20 février................................................................................... 5
Préparation
des manifestations du jour….................................................................................... 6
Qatar................................................................................................................................................ 7
Bahreïn............................................................................................................................................. 8
Retour de la question du socialisme ?.............................................................................................. 9
Le Venezuela................................................................................................................................. 9
Pour une approche communiste des questions
d’environnement ?................................................ 10
Le Pérou...................................................................................................................................... 10
France............................................................................................................................................ 11
Ce que « PS » veut dire…........................................................................................................... 11
Texte de Christophe Migault...................................................................................................... 11
Première réaction [ƒNi].............................................................................................................. 15
Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le
nom ? (9)......................................................... 16
Enquête sur
le surréalisme en ex-Yougoslavie (3)...................................................................... 16
Un poème : L’oiseau
public............................................................................................................ 16
Un portrait : Koča Popović............................................................................................................ 17
États-Unis....................................................................................................................................... 20
2,4 millions de prisonniers au pays de la
liberté (du commerce…)............................................. 20
Rubrique anti-islamophobie........................................................................................................... 22
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le
Coran donne à penser : Rilke........................... 22
Chrétiens ultras........................................................................................................................... 22
Alain Badiou................................................................................................................................... 24
Une intéressante lecture de La République
de Platon................................................................. 24
Divers............................................................................................................................................. 27
Le cœur : notre rythme cardiaque vaudrait
signature !............................................................ 27
Magazine marocain Tel Quel
http://www.telquel-online.com/509/actu_maroc1_509.shtml
Par Hicham Oulmouddane, envoyé spécial à Taza
Contestation.
Quand Taza se rebelle
Depuis le début de
l’année, Tazaouis et forces de l’ordre s’affrontent au quotidien, faisant à ce
jour plus de 200 blessés. Retour sur une révolte d’une violence sans précédent.
Il est 16 h dans le quartier Al Koucha situé sur les hauteurs de la ville de Taza. On est loin de l’image courante des quartiers délabrés qui ceinturent les villes du Maroc. Les ruelles sont propres et les maisons bien entretenues malgré les conditions de vie modestes des habitants. En ce vendredi 3 février, la température, qui ne dépasse pas les deux degrés, ne semble pas dissuader la foule rassemblée sur le terrain de football du quartier. A un jet de pierre se trouve le siège de la province de Taza où sont retranchées pour l’occasion les unités du BLIR (Brigade légère d’intervention rapide). La tension est encore palpable après les violences qui ont duré plus de 10 heures deux jours auparavant. Pas moins de 5000 personnes entament une marche vers les quartiers bas de Taza. Des individus par centaines se joignent à la manifestation pour scander des slogans contre l’intervention musclée des forces de l’ordre du mercredi et contre le gouverneur. Aucun dérapage ni slogans extrémistes ne sont à déplorer. De retour au quartier Al Koucha, une partie des manifestants se disperse, mais quelques centaines de jeunes décident, au grand dam des militants de l’AMDH et autres activistes du Mouvement du 20 février, de porter la contestation devant les portes du siège de la province. “Faites attention, ne jetez pas de pierres, ils vont vous charger”, prévient Mohamed Chbairi, président de la section locale de l’AMDH. Arrivés à destination, les manifestants d’un côté et les forces du BLIR de l’autre se regardent en chiens de faïence. Finalement, la raison prendra le dessus sur la colère des manifestants qui se dispersent dans le calme. La marche du jour s’est déroulée sans heurts, ce qui n’a pas toujours été le cas tout au long de ce mois.
Les racines du mal
Tout commence le mercredi 4 janvier. Ce jour-là, 70 membres de l’Association nationale des diplômés chômeurs décident d’organiser un sit-in devant le siège de la province et demander une audience avec le gouverneur. Mais ne réussissant pas à arracher des promesses d’embauche du gouverneur, certains parmi eux décident d’investir les locaux de la préfecture, avant d’être délogés rapidement par les forces de l’ordre. “Certains témoins affirment qu’un femme enceinte aurait été blessée lors de cette opération, ce qui a provoqué la colère des habitants du quartier Al Koucha, qui n’ont pas hésité à se joindre aux manifestants”, se rappelle Mohamed Boudiki, militant du Mouvement du 20 février. Une bataille rangée entre les forces de l’ordre et les manifestants va faire plusieurs blessés et occasionner de nombreux dégâts matériels. La spirale de la violence est enclenchée et, rapidement, cet événement va réveiller les frustrations quotidiennes des Tazaouis.
Avec une population estimée à 300 000 habitants, la ville a longtemps servi de réservoir de recrutement pour les forces armées royales ou de candidats à l’émigration vers l’Europe. Mais avec la crise, les transferts de fonds se sont raréfiés et l’armée recrute peu ou plus du tout dans la région. “La ville subit une vague d’exode rural depuis 15 ans. Malheureusement, l’urbanisation galopante qui en résulte ne s’est pas accompagnée des infrastructures nécessaires”, souligne ce militant de l’Association locale des diplômés chômeurs. “La région de Taza paie les frais de sa négligence par les différents gouvernements qui se sont succédé”, se défend de son côté le maire de Taza, Hamid Kouskous. Pour ne rien arranger, les factures d’électricité vont déclencher la colère des habitants. Et pour cause, la régie locale d’eau et d’électricité ne dispose que de six personnes pour relever les compteurs de la région. Pendant des mois, elles vont faire des estimations de la consommation de la population. Quand les habitants ont reçu leurs factures, ils se sont trouvés dans l’incapacité de les payer. La ville est au bord de l’explosion et l’arrestation de cinq personnes par les autorités, suite à la marche du 4 janvier, n’est pas pour arranger les choses.
Pour quelques watts de plus
Pour apaiser la colère des habitants, la régie de distribution de la ville propose à la population un échelonnement des paiements des factures, mais les habitants refusent. Ils exigent tout bonnement l’annulation pure et simple des factures couvrant les mois de novembre et décembre 2011. Excédés, ils retournent vers le gouverneur de la ville, Abdelghani Sabbar, mais ce dernier est impuissant face à leurs revendications. La tension monte, les manifestations s’accentuent et visent de plus en plus les symboles de l’autorité.
Pour parer à tout dérapage, les autorités locales densifient le dispositif sécuritaire de la ville en faisant appel à des renforts venant de Fès, qu’ils installent dans les écoles, inoccupées pendant les vacances scolaires. Il y a comme de l’électricité dans l’air, et pour les Tazaouis tous les prétextes sont bons pour manifester. Ainsi, suite à la défaite du Maroc contre l’équipe du Gabon, le 27 janvier, va pousser quelques jeunes à caillasser les lieux où sont installées les forces de l’ordre. “Taza est une petite ville et les gens ne comprennent pas la présence de ce dispositif impressionnant des forces de l’ordre. Le message des autorités a été mal perçu par la population”, souligne ce commerçant de l’ancienne médina. Le mardi 31 janvier, des milliers de manifestants organisent un sit-in devant le Tribunal de première instance de la ville pour demander la libération des cinq personnes raflées par la police. La colère de la population touche maintenant plusieurs quartiers de la ville. Le clash entre les forces de l’ordre et la population semble de plus en plus inévitable. Il aura lieu le mercredi 1er février.
Guérilla nocturne
Les premiers heurts commencent vers 15 h ce 1er février au quartier Al Koucha à proximité du siège de la province. Plusieurs divisions du BLIR et du CMI chargent pas moins de 600 personnes qui leur répondent par des jets de pierre et de projectiles. “C’est la première fois de notre vie que nous voyons des bombes lacrymogènes”, confie cet habitant du quartier, qui nous montre les cartouches en question. L’affrontement, d’une rare violence, va faire près de 70 blessés parmi les forces de l’ordre et une centaine d’autres parmi les manifestants.
La situation s’aggrave à la tombée de la nuit. Les manifestants profitent du terrain caillouteux et situé en hauteur pour repousser les assauts des forces de l’ordre. Mais le pire est encore à venir. Excédés par les actions des manifestants, les forces de l’ordre quadrillent le secteur et lancent un assaut dans le quartier Al Koucha vers 22 h. “Plusieurs jeunes se sont réfugiés sur la colline qui surplombe le quartier pour éviter d’être arrêtés”, indique cette habitante, dont le fils a été raflé le lendemain de la manifestation. Vers minuit, des dizaines de membres des forces de l’ordre passent le quartier au peigne fin, laissant derrière eux d’énormes dégâts matériels. Ce n’est que vers 1h du matin que le calme est revenu dans la ville.
Stupeur et désolation
Quand on serpente les ruelles du quartier Al Koucha le lendemain des événements, le constat est affligeant : destruction quasi systématique des compteurs d’électricité, bris de glace de voitures, des fenêtres et des portes de plusieurs maisons défoncées… “J’ai fourni une assistance médicale à certains jeunes qui ont été blessés lors des affrontements. Pendant la nuit, quelques policiers sont venus chez moi. Ils m’ont maltraité et cassé la télévision et les ordinateurs de mes filles”, souligne cette infirmière encore sous le choc. “Nous sommes des gens conservateurs. Le fait de voir des agents d’autorité casser les portes des maisons où vivent des mères de famille et des jeunes filles a profondément choqué la population”, regrette ce militant de l’AMDH.
Le samedi 4 février, le ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, Charki Draiss, est dépêché sur place pour s’enquérir de la situation. Pour éviter tout regroupement de la population, les contrôles d’identité sont plus fréquents, ce qui est perçu par la population comme un couvre-feu déguisé. De leur côté, les sept députés de la région font le déplacement pour rencontrer les Tazaouis. “Nous avons aidé certains blessés des suites des événements du mercredi à aller à l’hôpital pour se soigner sans craindre de se faire arrêter. Nous pensons que les manifestations sont légitimes, mais les éléments qui sont impliqués dans des violences et du vandalisme seront poursuivis dans le cadre de la loi”, explique Jamal Masôudi, député PJD de la ville. Le lundi 6 février, le bureau politique du PSU et un groupe de militants du 20 février ont organisé une caravane pour évaluer la situation sur le terrain. Cependant, le procès des 13 personnes arrêtées lors de ces événements risque de ruiner les appels au calme et parasiter la communication entre la population et les autorités locales.
Réaction. Premier crash-test pour Benkirane
Les événements de Taza constituent un premier test de la capacité de gestion de crise du gouvernement de Abdelilah Benkirane. Dès le déclenchement des hostilités, les activistes ont investi le Web pour poster les photos et les vidéos qui témoignent du déroulement des faits et qui seront relayés par la presse. Le gouver- nement de Benkirane va attendre jusqu’au dimanche 5 février pour émettre un communiqué où il souffle le chaud et le froid. Tout en reconnaissant la légitimité des revendications sociales des manifestants, le communiqué a fustigé le rôle de certains médias et plus particulièrement la presse électronique qui aurait “inventé des événements et amplifié ces incidents en véhiculant de fausses informations, induisant ainsi en erreur l'opinion publique”, précise le communiqué. La cacophonie du gouvernement est à son comble lorsque les députés du PJD, dépêchés sur place, témoignent de l’assaut des forces de l’ordre contre le quartier Al Koucha et les dégâts engendrés.

Tazimania :
Troubles et émeutes à Beni Mellal
Par Ali Fkir,bulletin d'Annahj addimocrati - la Voie
Démocratique, 13/2/2012
De violents affrontements ont éclaté ce soir à la ville de Beni
Mellal à la suite d’une intervention violente des forces de l’ordre pour
disperser un sit-in pacifique du mouvement du 20 février de la ville.
Les
affrontements ont commencé après que des supporters du club du Raja de Beni
Mellal aient rejoint la manifestation du mouvement qui se déroulait à Sahat El
Amal et qu'ils aient commencé a répéter spontanément les slogans du mouvement.
Des
jets de pierres des deux côtés, une voiture a été renversée une autre aurait
été brûlée près de la préfecture de la ville. Une des routes menant à Sahat el
Amal a été bloquée par des blocs de pierres.
La tension a monté et a gagné à
l’heure de l’écriture de ces infos le quartier EL Hansali ainsi que El
Amiria.
Beaucoup de blessés ont été enregistrés. Cependant un bilan final
reste difficile à estimer pour le moment.
Nous vous tiendrons informés dès
que nous aurons plus de détails.
Au Maroc, le Mouvement
du 20 février
« ne lâche rien »
Publié le mercredi 15 février
2012 dans le journal quotidien Nord Éclair à Lille
PROPOS RECUEILLIS PAR
BÉRANGÈRE BARRET
Un an
après, le Mouvement du 20 février descend encore dans la rue et veut
interpeller l'Europe : une « caravane pour la liberté au Maroc »
s'arrêtera dimanche à Bruxelles. Retour sur cette année avec Abellatif Imad,
membre du Mouvement à Lille.
Où
en est le Mouvement du 20 février ?
>>
Un an de lutte, ce n'est pas rien ! Le régime marocain avait parié sur
l'effritement du Mouvement et ce n'est pas le cas. Il réunit des citoyens qui
exigent la dignité, la liberté d'expression, la justice sociale.
D'ailleurs,
nous avons été agréablement surpris de constater que l'Onu avait déclaré le 20
février journée de la justice sociale. Heureux hasard !
Comment
le Mouvement du 20 février se manifeste-t-il concrètement aujourd'hui ?
>>
Plus d'une centaine de villes descendent régulièrement dans la rue. Il y a eu
12 manifestations nationales (une par mois) depuis le début du Mouvement et au
moins une manifestation par semaine dans les régions. Ce n'est pas une affaire
d'intellectuels, mais du peuple marocain qui sort pour dire qu'il ne lâchera
rien.
En
un an, qu'avez-vous obtenu ?
>>
Le droit de manifester, d'abord. Avant, on allait en prison pour ça.
On
avait exigé une nouvelle Constitution, mais celle soumise à référendum ne nous
a pas convenu, elle donnait encore plus de pouvoirs au roi... Et la honte,
c'est le résultat du référendum : plus de 99 % pour, c'est un taux de dictature
! On avait aussi demandé la dissolution de l'Assemblée, mais nous avons ensuite
boycotté les élections législatives, non démocratiques. Mais, force est de
constater que le Mouvement a imposé un agenda au roi !
Que
recherche le Mouvement aujourd'hui ? La chute du roi, comme d'autres pays ont
demandé à leurs dirigeants de « dégager » ?
>> Au Maroc, on
demande la chute du « makhzen », la chute du régime. La chute du
système. Le roi en fait partie, mais c'est le peuple qui décidera. Notre
mouvement n'a pas de leader, c'est une coordination populaire, c'est le
peuple qui décide. On sent que notre Mouvement est mûr, il ne va pas à
l'affrontement mais au combat politique, il entraîne de réels débats de
société, sur la laïcité entre autres. Il n'y a plus de sujets tabous ! La
peur commence à changer de camp. Et on voudrait dire aux gouvernements européens
: « Attention, vous avez intérêt à soutenir les mouvements sociaux
porteurs de projets pour les peuples. Attention, les peuples sont sortis et ils
n'ont pas dit leur dernier mot, au Maroc comme en Tunisie ou en Égypte. »
Il y a un avant et un après 2011.
Compte rendu dans le prochain Qui-vive.
En attendant quelques photos de la préparation à Casablanca : j’aimerais
être là-bas !



Pendant ce temps, le Qatar
(qui soutient l'Occident, bombarde la Libye et appelle à la guerre civile ne
Syrie) répand le wahhabisme, équivalent du salafisme. Bien sûr, aucun
« occidental » n’y trouve cette fois matière à croisade, allié
oblige !
80% des habitants du Qatar
sont des parias, corvéables à merci…
Un reportage du Monde…
Le Monde, 12-13 février
Le richissime Qatar taraudé par
une crise d'identité
La modernisation à marche forcée
voulue par l'émir heurte le conservatisme de la société
Doha Envoyé spécial
Rolls-Royce à droite, Ferrari à gauche. Les deux
concessionnaires automobiles disposés de part et d'autre du pont qui mène à The
Pearl laissent peu de doute sur le standing de ce nouveau quartier de Doha.
Bâtie sur une île artificielle au nord de la capitale du Qatar, mélange de
villas avec plages privées, de palaces de cinquante étages et de marinas pour
pachas, la "Riviera arabe", comme l'appellent ses promoteurs, est la
dernière folie immobilière du richissime émirat.
Mais, depuis que la vente d'alcool y a été bannie à la
fin du mois de décembre 2011, bon nombre de ses résidents n'ont plus le moral.
Les gérants des restaurants haut de gamme qui voisinent avec les boutiques des
plus grands couturiers et joailliers occidentaux se plaignent d'une chute
d'environ 50 % de leur chiffre d'affaires.
"Quand on a appris la nouvelle, on a cru que
le ciel nous tombait sur la tête", raconte une serveuse du
Mango Tree, un restaurant thaïlandais, où les bouteilles alignées au-dessus du
comptoir ont été remplacées par une rangée de carafes d'eau claire. Les
étrangers qui affluaient les soirs de week-end sur les terrasses de cette
enclave dorée se sont repliés sur les hôtels de West Bay, le quartier d'affaires
de Doha, où l'alcool coule toujours à flot. " Il n'y a plus
personne, on s'ennuie à mourir dans cet endroit ", soupire
la tenancière d'un kiosque à café.
L'ordre de prohibition a été communiqué par United
Development Company (UDC), la holding reine de l'économie qatarie, dont The
Pearl est le vaisseau amiral. Mais, à l'origine de cette punition, il y a de
toute évidence un membre de la famille Al-Thani. Pourquoi ce subit accès de
rigorisme islamique ? Une source évoque une soirée trop arrosée, dont la vue
aurait offusqué des promeneurs qataris.
Une autre parle de la nécessité de soigner l'image de
l'émirat à l'occasion des jeux panarabes organisés en décembre à Doha. Une
troisième suggère une opération de communication de la famille régnante à un an
des premières élections législatives du pays.
Faute d'explication officielle, les investisseurs
étrangers se rabattent sur la thèse du raidissement temporaire. Ils veulent
croire qu'une fois restreinte à l'intérieur des restaurants la consommation
d'alcool sera réautorisée sur les 400 hectares de l'île.
Viande de porc
Mais l'épisode laissera des marques. Car il est
symptomatique des tensions qui travaillent le Qatar à mesure que sa société,
imprégnée de conservatisme religieux, se confronte à l'hyper-modernisme dont Doha
se veut le champion. " Les habitants gardent un solide fond
traditionnel, fait remarquer un expatrié français. Ils
ne sont pas aussi libéraux que leurs dirigeants. "
L'affaire du Pearl illustre aussi les tiraillements
à l'oeuvre dans un pays dont la population (1,7 million d'habitants) est
composée à plus de 80 % d'expatriés - ces Indiens, Philippins, Népalais ou
Pakistanais qui sont les petites mains du miracle qatari. C'est pour eux
que la société QDC, une filiale de Qatar Airways, avait décidé, à l'approche de
Noël, d'introduire du porc dans ses supermarchés. Une première qui a choqué de
nombreux internautes, déjà échaudés par la présence d'alcool sur les vols de la
compagnie nationale.
" Je n'ai jamais pensé qu'un jour je me
retrouverais à devoir demander au serveur du restaurant quel genre de viande
ils mettent dans leur hamburger ", s'indignait un Qatari sur Twitter
fin novembre. " Il ne s'agit pas de porc,
renchérissait un autre. Il s'agit du fait que l'on se sent
de plus en plus en minorité dans notre propre pays. "
Cette émotion, exprimée essentiellement sur les
réseaux sociaux, est encore loin d'ébranler le pouvoir du cheikh Hamad ben
Khalifa Al-Thani, l'émir du Qatar. Quelques mois après avoir obtenu
l'organisation du Mondial de football en 2022 et promis qu'à cette occasion des
zones seraient dévolues à la consommation d'alcool, celui-ci inaugurait,
comme si de rien n'était, une nouvelle mosquée à Doha, en l'honneur d'Abdoul
Wahab, le fondateur saoudien du wahhabisme, une interprétation fondamentaliste
de l'islam, théoriquement en vigueur au Qatar. "
C'est le grand écart permanent, mais pour l'instant, l'émir garde la situation
sous contrôle ", confie un diplomate étranger.
Les Joueurs de cartes, le
tableau de Cézanne récemment acquis par Doha est le dernier exemple en date de
cette schizophrénie. Posée sur la table, derrière les deux joueurs, on devine
une bouteille d'alcool...
Benjamin Barthe
Un autre pays, allié de l’Occident, et sous tutelle saoudienne,
dictature que personne en France ne remet en question…
A Bahreïn, un fossé confessionnel insurmontable
?
Les manifestations de lundi et mardi, non loin de la place de la Perle, à Manama, l'ont
rappelé avec force. Depuis qu'a éclaté à Bahreïn le soulèvement contre la
dynastie régnante (sunnite) des Al-Khalifa, il y a un an, rien n'a changé dans
le modeste royaume bordant le golfe Persique (Wall Street Journal). Entre les communautés sunnite et chiite -
à laquelle appartiennent environ deux tiers des 1,2 million d'habitants du pays
-, l'heure est toujours à la défiance, rapporte la BBC. Faute de réformes profondes, le processus de réconciliation est dans
l'ornière, mis à mal par une "polarisation" excessive dans chaque camp, explique Voice of America. Au point que certains observateurs évoquent le spectre d'un "conflit
gelé". Visas refusés aux
médias étrangers, traque des figures de l'opposition : le régime s'efforce
d'étouffer toute velléité de dissidence, soulignent The Atlantic et Al-Jazira. Dans un entretien au Spiegel Online, le souverain Hamad Ben Issa Al-Khalifa, au pouvoir depuis 1999, se défend
avec véhémence de vouloir fermer la porte au dialogue. Et justifie l'inertie
ambiante par le caractère dissolu de l'opposition, dont certains éléments sont,
selon lui, pilotés à distance par l'Iran. Des chiites étrangers dans leur
propre pays, des sunnites qui se sentent menacés : la situation actuelle
n'incite guère à l'optimisme, pointe Gulf News. Pour autant, estime le quotidien émirati, de concert avec The National, tout espoir n'est pas perdu. A condition que
les deux parties se résolvent à travailler ensemble. Mais en sont-elles
capables ?
Un intéressant retour de la
question du socialisme, conçue comme question d'État, clairement distincte de
la question du communisme…
Au Venezuela, la moitié des
recettes pétrolières sert à réduire la pauvreté, en court-circuitant la
corruption. C’est précisément ce que l’Occident reproche à Chavez !
Le Monde 14 février
Au Venezuela, Hugo Chavez
multiplie les programmes sociaux pour les pauvres
L'opposition accuse le chef de l'Etat
d'acheter des voix pour assurer sa réélection le 7 octobre
Caracas Envoyée spéciale
Radieux, José Velez, 74 ans, ironise : "
Je suis un nouveau riche. " Vendeur ambulant, il n'a jamais
cotisé à la sécurité sociale vénézuélienne. Il s'apprête à toucher 1 548
bolivars mensuels (270 euros), au titre du minimum vieillesse que vient
d'instituer le gouvernement. " Grâce au président Hugo
Chavez, je vais mieux manger ", se félicite-t-il. Quand José entend
dire que les jeunes mères et les adolescentes enceintes en situation d'extrême
pauvreté vont toucher une pension de 430 bolivars, il se fait plus critique : "
Les ados vont toutes se mettre à faire des gamins pour toucher du fric. "
Amour majeur et Enfants du Venezuela sont les
derniers-nés des programmes sociaux de la " révolution bolivarienne
". Destinés aux catégories de la population les plus
vulnérables - le troisième âge et les femmes -, ils devraient faire reculer
l'extrême pauvreté de 10,7 % à 3 % en un an. Un budget de 10 milliards de
bolivars leur a été alloué.
Candidat à la réélection le 7 octobre, le président
Chavez se défend de tout populisme électoral. " L'opposition
dit que nous distribuons de l'argent. Ce n'est pas vrai, ce que nous faisons
c'est la révolution, c'est construire le socialisme ",
déclarait-il le 9 février.
Maria Corina Machado, députée de l'opposition, accuse
M. Chavez d'" acheter les consciences et les voix ".
Mariana Fernandez, assistante sociale et chaviste convaincue, rétorque : "
En treize ans, le Venezuela a connu seize scrutins, entre élections et
référendums. Si le gouvernement avait dû s'abstenir de travailler en période
électorale, on n'aurait pas fait grand-chose. "
Les programmes sociaux couvrent large, de la médecine
de quartier à la construction de logements, des programmes éducatifs aux
marchés subventionnés, de la réforme agraire à l'organisation du " pouvoir
populaire ", en passant par les enfants des rues, les Indiens, les
handicapés.
Selon la Commission économique pour l'Amérique
latine, il y avait 49,4 % de pauvres quand M. Chavez est arrivé au pouvoir en
1999. Ils sont 27,8 % aujourd'hui. Selon le Programme des Nations unies pour le
développement, le Venezuela est aujourd'hui le pays le moins inégalitaire
d'Amérique latine.
L'opposition fait valoir que la pauvreté a reculé sur
tout le continent. " Ailleurs, c'est la croissance qui a permis
de créer des emplois et d'améliorer les revenus de la population ; au
Venezuela, la réduction de la pauvreté est due aux transferts de revenus ", note
l'économiste Mauricio Perez. L'opposition se garde d'évoquer un démantèlement
des programmes sociaux. " Nous allons garder ceux qui
marchent ", note Henrique Capriles, candidat unique de
l'opposition au scrutin présidentiel du 7 octobre.
Les premiers programmes, dits " missions
", datent de 2003. Elu sur la promesse du changement, Hugo Chavez, qui
vient de repousser une tentative de coup d'Etat, se rend compte que
l'administration publique ne suit pas. La corruption, l'inefficacité et les
résistances politiques sont autant d'obstacles à ses réformes.
" C'est pour court-circuiter l'administration et permettre à l'Etat
d'atteindre rapidement les secteurs les plus défavorisés que les missions ont
été instituées, explique la politologue Ana Maria Sanjuan. Conçues comme
des programmes provisoires d'intervention rapide, les missions sont restées en
place, au détriment de la modernisation de l'administration publique. "
Fonds spéciaux
Le budget de l'Etat prévoit pour 2012 une augmentation
de 27 % des dépenses sociales. Il a été établi sur la base d'un baril de
pétrole à 50 dollars (environ 38 euros), alors qu'il dépasse les 100 dollars aujourd'hui.
Pour chaque baril vendu, 50 dollars s'en vont alimenter les fonds spéciaux,
hors de tout contrôle administratif ou judiciaire. Ces fonds contribuent
largement au financement des missions.
Leur opacité complique l'analyse de la gestion
publique. Nombre de chavistes admettent que seule une meilleure évaluation du
coût et de l'impact sectoriel des missions permettra d'en améliorer
l'efficacité. Un problème dont José Velez n'a que faire. Il ira voter Hugo
Chavez le 7 octobre.
Marie Delcas
De plus en plus clairement,
la question « écologique » devient une question éminemment
communiste. Où en effet se joue de manière plus patente le partage entre souci
du commun pour l'humanité et intérês privés ? Qui met au poste de
commandement une idée de ce que l'humanité non seulement a en commun
("liberté") mais surtout est en commun ("égalité")
si ce n'est l'orientation communiste?
Il faudrait quelqu'un - un
jeune ? - pour travailler à cela: comment l'idée communiste doit/peut
labourer les questions d’environnement ?
Ci-suit un exemple au Pérou…
Le Monde 12-13 février
Au Pérou, des milliers de paysans marchent "
pour l'eau ", menacée par un immense projet minier
Les populations s'opposent au gouvernement, favorable
à l'exploitation d'un gisement d'or
Lima Correspondance
Sans
or, on vit. Sans eau, on meurt ", ont scandé, vendredi 10
février, les manifestants réunis dans le centre de Lima, la capitale
péruvienne. Etudiants, paysans, producteurs et ouvriers... plusieurs milliers
de personnes se sont jointes à la " Grande Marche pour l'eau " lancée
dix jours plus tôt à Cajamarca, dans le nord du pays, par quelques centaines
d'agriculteurs. " Nous sommes partis des lagunes de Celendin, à 4 000 m
d'altitude, et sommes venus jusqu'à la capitale pour les défendre ", explique Deodocio Vargas, un
des dirigeants du village de San Marcos, visiblement éreinté au terme d'un
périple de 870 kilomètres.
Comme
un grand nombre d'habitants de Cajamarca, ce père de famille se bat depuis
début novembre 2011 pour que soit annulé le projet Conga, une immense mine d'or
et de cuivre qui prévoit d'assécher trois grandes lagunes de Celendin et de les
remplacer par de larges réservoirs. Un projet inacceptable aux yeux des habitants
de la zone qui craignent pour l'écosystème de la région. " L'Etat doit
déclarer le projet Conga non viable car il est situé à la source des eaux qui
alimentent trois bassins de la région et va détruire nos lagunes ", argue Nelida Ayay, une jeune
agricultrice de Porcon (Cajamarca), plus déterminée que jamais à "
poursuivre la lutte " alors que le conflit s'enlise. De son côté, le gouvernement souligne que l'activité
minière représente 59 % des exportations du pays.
Vendredi,
les manifestants de Cajamarca ont reçu le soutien de nombreuses communautés des
Andes, de la côte pacifique et d'Amazonie. " Nous sommes tous là pour
une cause commune : l'eau ", explique Rosendo, un agriculteur de Santiago de
Chuco (Andes) venu " défendre les sources hydriques que la mine pollue
". A
peine âgé de 19 ans, Lider Rosas a, lui, voyagé pendant trente-six heures pour
manifester à Lima. " Nous ne voulons pas de mine dans notre région.
Nous avons besoin d'eau ", affirme le paysan d'Otuzco.
"Une
sorte d'Etat autiste"
"
Une multitude de gens nous ont rejoints car ils approuvent les objectifs de la
marche : faire de l'eau un droit de l'homme reconnu par la Constitution et
interdire dans tout le Pérou l'activité minière à la source des eaux ", estime Milton Sanchez, le
président de la plate-forme interinstitutionnelle de Celendin, à l'origine du
mouvement social contre le projet Conga.
Alors
que plus de la moitié des conflits sociaux au Pérou sont aujourd'hui d'origine
environnementale, Conga, qui est considéré comme l'investissement minier le
plus important de l'histoire du pays - 4,8 milliards de dollars (3,2 milliards
d'euros) sur dix-neuf ans -, est devenu en quelques mois une lutte emblématique.
"
C'est la première fois dans l'histoire nationale qu'un conflit environnemental
fait chuter l'ensemble d'un gouvernement comme cela a été le cas en décembre
", souligne
José De Echave, ancien vice-ministre de l'environnement qui fit partie à
l'époque des démissionnaires afin de marquer son opposition à la politique de
l'exécutif favorable à l'entreprise minière.
Pour
M. De Echave, Conga a mis au jour les failles de l'Etat péruvien : " Un
Etat absent, centralisé, une sorte d'Etat autiste qui n'écoute pas ses régions.
" Or,
ajoute-t-il, " un peuple indigène sans terre ou eau, c'est un peuple
qui n'a plus de raison d'être ".
Chrystelle Barbier
François Hollande, au Guardian
"Aujourd'hui il n'y a pas de
communistes en France... La gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels
elle a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la
privatisation. Il n'y a pas de crainte à avoir"
[ƒNi] Je diffuse bien volontiers cette réflexion sur les élections
et l’État dont elles relèvent.
Je rappelle l’existence, dans l’ancienne série des Qui-vive, d’une
précédente discussion sur d’anciens textes de C. Migault (voir www.egalite68.fr/Qui-vive/22-03-11.pdf - www.egalite68.fr/Qui-vive/17-06-11.pdf - www.egalite68.fr/Qui-vive/20-06-11.pdf - www.egalite68.fr/Qui-vive/22-06-11.pdf).
J’ajoute, à la suite de ce texte, quelques commentaires personnels.
CESSEZ D’ÊTRE
AVEUGLES PAR L’ETAT ET SA MACHINE DE GUERRE CONTRE LES GENS
NOS VIES, NOS PENSEES, NOS SENSIBILITES, NOS PAROLES, NOS EXPERIENCES ET NOS DIFFERENCES SONT INCONCILIABLES AVEC LA CONCEPTION POLITIQUE DE L’ETAT ET DE LA PROCEDURE DU VOTE.
1) Où en sommes-nous aujourd’hui ?
A) Depuis plus de trente ans, nous endurons des politiques d’une violence sans fin et dont la trajectoire ne semble pas dévier encore à ce jour. Déjà, nous le pressentons tous, nous le savons tous, l’élection présidentielle de 2012 est perdue d’avance. Elle ne résoudra rien et elle aggravera encore un peu plus la situation compromise des gens. Peu importe le vainqueur et les vaincus de cette élection présidentielle. L’impasse politique dans laquelle les gens se sont englués au fil du temps est un élément objectif et essentiel de la conjoncture. Pourtant, très peu de gens prennent la mesure de l’ampleur du désastre politique de l’Etat. Ils continuent à le soutenir élection après élection. Et ni les partis, ni les syndicats ne se dissocient de l’Etat, ils sont solidaires au fonctionnement de l’Etat et de sa pensée ; ils adhèrent à toutes les décisions et ils représentent les « fonctionnaires » loyaux et indispensables sur lesquels l’Etat peut compter en toutes circonstances : le moment du vote enregistre cette adhésion pleine et entière à l’Etat. Un électeur n’est pas un innocent, il ne peut pas s’exonérer de son acte comme s’il s’agissait d’une broutille. Tout électeur connaît la portée et les conséquences de son vote.
B) Il n’y a plus d’opposition
dans l’Etat.
Il n’y a plus un espace oppositionnel. Mais les gens pensent et agissent comme si le cadre ancien de l’Etat existait encore et était opérationnel et valide à ce jour ; c'est-à-dire faisant toujours confiance à un Etat où celui-ci serait la garantie d’un lieu où la contradiction, la tension oppositionnelle, la conflictualité parlementaire trouverait sa résorption, sa résolution et déploierait une certaine efficacité. L’Etat-séparé a détruit cette figure dialectique interne au fonctionnement de l’Etat, il ne compose plus avec aucune forme oppositionnelle. Nous sommes passés d’un cadre étatique où il était encore possible d’être compté et d’exister au regard de celui-ci à un Etat-séparé excluant et refusant le compte de tous les gens qui vivent et travaillent en France.
Cette nouveauté déterminante de la conjoncture reste en partie inaperçue, pour le moment. Beaucoup trop de gens se figent dans la figure précédente, alors qu’elle n’est plus opératoire ni décisive. Il est tout à fait possible d’illustrer par des exemples concrets cette nouvelle donne étatique où malgré des manifestations nombreuses contre la loi LRU et les retraites, les manifestants persévéraient avec les syndicats à croire à l’effectivité du dispositif antérieur de l’Etat, cette posture fut vaine, sans lendemain. Même le nombre impressionnant de manifestants n’est plus à même de constituer un rapport de force en sa faveur. Malgré la présence de centaines de milliers de gens dans la rue, rien n’a été cédé par le gouvernement. Et quand il cède, c’est sur des détails qui n’exposent pas la réforme dans son ensemble.
Le vote en 2005 contre le traité constitutionnel européen sans lendemain s’inscrivait déjà dans l’espace sans partage de l’Etat séparé. A cet égard, l’appel du parti socialiste, en Mai 2002, au vote pour la droite incarnée par Jacques Chirac initie cette bascule irréversible de l’Etat.
C) Le mot « politique » est devenu lui-même un obstacle à la pensée de gens : c’est l’une des singularités majeures de la conjoncture. Il ne rend plus libre de décider, d’agir, de penser. C’est un mot complètement défait et qui n’offre plus aucune prise positive pour la pensée des gens. Ce que le mot politique a été et représentait pour tant de gens n’est plus assuré à ce jour. Son sens est saturé de toute part. Tous les jours, nous affrontons les conséquences réelles de cette saturation au sens où il est associé uniquement à la corruption tant des comportements que des idées. L’Etat, c’est le commerce de la corruption de ce que signifie « politique ». « Politique » est devenu impraticable.
D) Le moment est donc venu de contester et d’interroger la pratique du vote, c’est à dire qu’il est temps de porter une critique radicale à l’Etat, à ce qu’il pense, décide et fait contre les gens. Il est temps que chacun en son nom se décide à sortir de l’emprise de l’Etat, des partis, des syndicats et des processus électoraux. En effet, il est tout à fait possible d’exister, de penser, d’agir, de se réunir ensemble en-dehors des schèmes de l’Etat et de son organisation. La suite de mon propos s’organisera autour de ces deux pôles de réflexion.
2) Qu’est-ce que le vote pour
l’Etat ?
A) Il ne faut surtout pas mésestimer la propagande de l’Etat à l’endroit du vote et de ce que représente pour lui une élection : affirmer sa puissance et son autorité sur la politique comme incontournable. L’Etat n’admet de « politique » que ce qui lui est homogène et il rejette toute autre forme de politique qui n’est pas organisée de l’intérieur de son espace. Le champ de la politique est uniquement délimité par l’Etat. Le vote est ce qui permet à l’Etat de se maintenir en tant qu’Etat. Le vote définit pour l’Etat la possibilité d’exister en tant que tel.
B) L’accès donnant droit à
exercer le pouvoir passe par les élections.
Le vote départage les prétendants au pouvoir pour une période déterminée. Pour accéder au pouvoir il faut accepter la sanction des urnes. En ce sens, il est procédurier et il renforce sa légitimité par le fait qu’il se réalise dans les formes du droit. Le droit constitutionnel engendre des rapports de domination, d’assujettissement entre les gouvernants et les gouvernés : à chacun sa place. Elire et éliminer sont les deux préoccupations majeures d’une politique organisée par le pouvoir d’Etat. Par le vote l’Etat attribue une place à l’électeur, un jeu de rôle mais les possibilités d’exister et de peser de l’intérieur de l’Etat sont réduites, minimes et insignifiantes. En définitive, de quoi décide un électeur sur l’ensemble des sujets importants, il n’est en effet que rarement consulté.
C) Une élection ne met jamais en
péril l’Etat.
Une élection ne fausse jamais en profondeur le jeu de l’Etat. Le résultat d’une élection est toujours homogène à l’Etat. Le résultat d’une élection n’est jamais de l’ordre d’un événement. Une élection est sans destin, elle n’échappe jamais aux mains de l’Etat. Une élection est une affaire d’Etat pour l’Etat. L’Etat est toujours le maître de la situation dans un processus électoral. Autour du vote l’Etat organise une bureaucratie dont le maillage serré recense l’ensemble du territoire et de ses habitants. Le vote ne produit qu’une seule chose : le changement du gouvernement. Rien de plus.
D) Le vote apparaît même comme une technique disciplinaire du pouvoir, une forme d’injonction à laquelle les gens se soumettent. Dans certains pays le vote est obligatoire.
E) Voter n’est plus une idée
juste, ni une pensée.
Voter n’oriente plus. Voter ne représente plus rien. Voter n’est plus décisif. Voter devient de plus en plus douteux pour l’électeur ordinaire. Et le résultat d’un vote, le fait majoritaire qu’il exprime est au plus loin avec la vérité, de la vérité de la situation des gens. Le régime de la représentation que maintient le vote renforce la forme oligarchique et se situe à l’opposé de la démocratie. [1] A ce jour, le vote est une pratique décadente : il est de l’ordre de la soumission à l’Etat. Le vote est en lui-même une guerre contre les possibilités de créer de nouvelles valeurs, de nouveaux principes, un nouveau paradigme pour la pensée.
3) Qu’est-ce qui caractérise l’Etat-séparé ?
A) Nous appelons cet Etat Etat-séparé en tant qu’il a décrété de ne plus prendre en compte tous les gens qui vivent et travaillent en France. La France n’est plus le pays qui représente le compte de tous ceux qui y vivent. Cet Etat-séparé a détruit le principe du pour tous, de l’intérêt général. L’Etat-séparé organise la division des gens entre eux. Il s’apparente quelque part à un Etat d’exception au regard de ces lois coercitives, discriminantes, soupçonneuses, stigmatisantes. L’Etat-séparé, c’est une déclaration d’hostilité sans égard à l’endroit des gens et de ce qu’ils sont. D’une façon générale, les gens ne comptent plus pour ce qu’ils sont et ce qu’ils pensent. Il est indifférent à ce que sont les gens pour eux-mêmes et à leur sort. A cette mise en abîme de la vie des gens, il détruit également tout l’espace public : école, justice, santé, travail, logement, service public en général…L’un ne va pas sans l’autre. Le centre de gravité de toute l’action de l’Etat-séparé est d’affaiblir au plus haut point la vie des gens et de détruire peu à peu l’espace du droit. Cet Etat-séparé organise une guerre aux gens. Il déploie toute sa puissance et sa violence dans le fait de rendre inexistantes des populations entières. La loi fabrique de l’illégalité pour prouver l’illégalité. Des lois de police et non du droit pour tous. L’Etat-séparé, c’est la guerre aux gens.
B) Peut-on parler d’une guerre
aux gens ?
Il y a en France un chômage de masse qui sévit depuis plus de trente ans et qui révèle à ce jour l’ampleur de la désindustrialisation du pays. Il détruit la possibilité pour les gens de vivre dignement de leurs métiers au regard de leurs compétences et de leurs expériences. Les ressources du travail diminuent sans cesse. Le travail est précaire et ne permet plus de subvenir à l’essentiel pour vivre. Le droit du travail est malmené. Le monde du travail est d’une façon générale sous tension : qui n’a pas peur de perdre son emploi ? Malgré leur travail, des gens dorment dans la rue ; les loyers sont excessifs et sans rapport avec les revenus des salariés. Il y a en France plus de 133.000 sans domicile fixe et bien d’autres statistiques effrayantes sur le logement qui attestent que l’Etat-séparé s’est désengagé du logement pour l’abandonner aux lois du marché, aux spéculateurs. A ce jour, les foyers d’ouvriers étrangers subissent une transformation radicale en résidence sociale qui réduit à néant tout l’aspect de la vie collective propre aux mœurs des africains : suppression d’un lieu de prière, suppression des cuisines collectives, impossibilité d’héberger un membre de sa famille, suppression du petit commerce et augmentation très significative des loyers. La résidence sociale, c’est la fin des foyers. Et le gouvernement n’hésite pas à opposer, à produire des fractures entre chômeurs et travailleurs ; entre les travailleurs eux-mêmes ; entre travailleurs français et étrangers ; entre étrangers : ceux qui ont les papiers et ceux à qui l’Etat refuse de donner une carte de séjour malgré leur travail. Cet esprit de l’Etat, c’est celui de la guerre.
C) Il y une grande cohérence de l’Etat-séparé entre le vote de la loi CESEDA en 2006, la création du ministère de l’immigration en 2007 et le débat sur l’identité nationale engagé en 2009. Ainsi il n’est pas étonnant que des lois d’exception apparaissent pour discriminer les gens entre eux et où « français » intervient pour distinguer les gens entre eux—même entre français—et les considérer comme étant en extériorité au pays, n’étant pas du pays. Certaines de ces lois définissent le degré d’appartenance au pays en octroyant ou pas une carte de séjour dont la durée varie de quelques semaines à une année, et au-delà du délai expiré il faut encore et encore demander le renouvellement des papiers. Par ces dispositifs législatifs, il y a une volonté affirmée de l’Etat-séparé de nuire aux gens. C’est toujours cet esprit de guerre aux gens.
D) La langue de l’Etat-séparé.
Il est facile de repérer dans les différents discours de Sarkozy une charge de violence inouïe contre les jeunes, les chômeurs, les étrangers, les fonctionnaires, les Roms, les délinquants… Quelques exemples : son discours d’investiture de la campagne présidentielle, du 14 janvier 2007 ; son discours de Latran, du 20 décembre 2007 ; son discours de Dakar, du 26 juillet 2007 ; son discours de Grenoble du 30 juillet 2010. Et il y a bien d’autres discours avec comme point d’orgue le débat sur l’identité nationale de la fin 2009. Mais cette charge de violence est partagée par l’ensemble des ministres, des sénateurs, des députés et de l’ensemble des relais du pouvoir. Cette violence est à fleur de peau de cet Etat-séparé représenté par Sarkozy. Toute cette langue détestable de l’Etat-séparé circule dans toute la société et ses relais médiatiques avec une grande aisance. Il s’agit d’une langue d’intimidation, de menace, de mépris, d’arrogance envers la vie des gens et ce qu’ils pensent. La guerre traverse tout le corps de l’Etat-séparé jusqu’à sa langue, langue corrompue.
E) Comment définir la langue de
cet Etat-séparé ?
C’est la langue du désœuvrement. La culture n’est plus l’indice d’une œuvre en acte pour tout le monde, d’une possibilité d’émerger par-delà les contingences de la vie. Elle est rabattue sur l’insignifiance, l’inutile, le vulgaire. L’école, l’université sont mêlées au cœur de ce désœuvrement dont l’abîme ne cesse de croître. Si l’Etat-séparé est saturé de dettes, de lois de police, il est aussi saturé par le désœuvrement qu’il alimente avec soins. Mais cette charge contre la culture, la pensée, la science, la langue, le temps de méditer, l’intelligence, la passion d’être au monde, les livres et l’hospitalité conditionne un état d’esprit de déliaison aigüe entre les gens.
F) La guerre est
ce qui nous donne le plus à penser sur ce qu’il en est de l’Etat-séparé.
4) Quel est l’un des soucis majeurs de
l’Etat-séparé ?
La tendance forte du pouvoir au sein de l’Etat-séparé est de discréditer toutes les expériences et les préoccupations égalitaires des gens. Il s’organise au plus loin des affirmations égalitaires des gens. Jamais, il n’hésitera dans l’usage de la force s’il le juge nécessaire afin de préserver ses propres intérêts contre tout projet d’une politique émancipatrice. Chaque jour, par sa propagande omniprésente il dément la possibilité aux gens de s’organiser en-dehors des partis et du cadre institutionnel. L’Etat-séparé ne cesse de construire des entraves afin que les gens ne se rencontrent pas. Il est la source même des divisions dangereuses entre les gens. Il sème la confusion et il entretient avec habileté les fractions entre les gens et si nécessaire il attise les haines. Il redoute la liaison entre les gens. N’oubliez pas la charge véhémente de Sarkozy accompagné et soutenu d’intellectuels de gauche contre Mai 68 ?
5) Nous sommes au plus loin de la conception politique
du pouvoir :
diviser pour régner, diviser pour maintenir de l’hostilité entre les gens. La question du pouvoir développe un aspect stratégique, il s’agit de tout mettre en œuvre et souvent à n’importe quel prix pour le conquérir ou s’y maintenir le plus longtemps possible. En ce sens, le pouvoir s’offre au plus retord et au plus habile à convaincre l’opinion. Peu importe la vérité, les principes, et la situation réelle de la vie des gens. Il s’agit d’y être et de l’exercer. Et nous savons ce qu’exige le pouvoir d’un individu : la servilité.
6) Nous[2] ne votons pas. Nous ne soutenons aucun
des candidats à une élection.
Nous ne donnons jamais des consignes de vote. Nous ne nous présentons jamais aux élections. Nous ne sommes pas une force oppositionnelle. Nous refusons toute subvention de l’Etat. Tout ce que nous entreprenons est complètement désintéressé. Et chacun d’entre nous ne représente personne, chacun parle, pense et décide en son nom. Malgré notre distance radicale à l’Etat, nous demeurons attentifs à ce que fait l’Etat.
7) Sortir de l’Etat-séparé est l’exigence de notre
temps.
Je peux le dire autrement : se défaire de l’emprise de l’Etat-séparé et de la pratique du vote est primordial. Le vote est perçu comme un devoir, il est de l’ordre de la morale civique la plus élémentaire. Il est temps de renverser cette morale, cette injonction du devoir. Maintenant, il s’agit de faire un pas de plus ou un pas de côté : faisons en sorte de créer une éthique. De la morale à l’éthique, il n’y a pas un passage mais une rupture. Là où la morale ordonne un commandement, un devoir, une soumission, l’éthique propose de répondre de ce dont nous sommes capables—chacun en son nom—de créer, de produire. La morale avec toute sa hargne phagocytait les gens autour de cette question résignée : « que dois-je faire ? », l’éthique dans toute sa splendeur solaire questionne ainsi : « de quoi suis-je capable au regard de cette situation ? » Cette question invite d’être digne de ce qui nous arrive. Sortir de l’Etat est difficile, il s’agit d’une rupture subjective importante qui n’épargne personne. C’est possible et cela devient urgent.
8) Il est possible de se saisir d’une situation et de la transformer.
Dans une réunion nous ne parlons pas à partir d’un syndicat, d’un parti politique ou d’une association mais à partir de nous-mêmes et en notre nom. Nous ne représentons personne. Notre parole est en travail, en partage entre tous et centré sur des principes pour tous. Notre pensée n’est pas dépendante de celle de l’Etat-séparé. Il n’y a pas un chef qui décide pour tous. Les questions de l’orientation sont des questions pour tous.
La guerre est toujours présente à l’Etat. La guerre c’est le crime, la violence sans retenue, c’est la prolifération des inégalités, c’est la rupture avec les droits essentiels à la vie des gens. L’Etat-séparé est voué à la guerre, à la domination sans merci, sans partage et c’est pour cela qu’une politique du point des gens organisé par l’Etat est impossible. La guerre est sans principes.
Pour notre présent le plus vif, il me semble important de déplacer les enjeux de la conjoncture vers le terrain de la guerre de l’Etat-séparé au moment même où une offensive contre l’Iran n’est pas à exclure et où notre pays n’en finit jamais de faire la guerre aux gens.
Désirons-nous vivre dans une France en perpétuelle guerre contre les gens ou dans une France où les mots paix, amitié, respect, droits pour tous, ne sont pas vains ? Le moment de ce questionnement est venu. Les réponses aussi.
Christophe MIGAULT, le 7 février 2012.
Ce texte me semble-t-il procure des analyses plutôt que des
directives.
Il est vrai que la conjoncture électorale n’appelle guère aux
directives : même une directive d’abstention ne ferait qu’orienter la
politique émancipatrice vers une figure d’opposition, et l’on sait le caractère
stérile de toute logique oppositionnelle (comme celle de toute logique
programmatique et partidaire).
Ma difficulté par rapport à ce texte est la suivante : à lire
ces analyses, j’éprouve une étrange familiarité (exact inverse de la familière
étrangeté exhaussée par Freud) puisque je me découvre familier de son
orientation générale (nous partageons une même histoire politique) sans
vraiment partager dans le détail ses analyses.
Cette coloration « étrange » se focalise dans le point
qui a déjà fait l’objet d’un précédent échange entre nous : l’abandon du
mot « politique » pour nommer ce dont il s’agit en matière
d’émancipation collective.
Le prix à payer de cet abandon, assumé par ce texte (« “Politique”
est devenu impraticable. » nous dit-il), est évidemment que la
chose même, séparée de son mot, tend à s’évaporer. On n’a plus à faire qu’à
« des gens » (tous les gens ?; il n’y aurait donc pas un partage
irréductible « des gens », a minima entre riches et pauvres ?)
face à « l’État » (qu’est-ce que nouveau Leviathan, grosse machine
dont on comprend mal les bases matérielles si elle ne dispose pas de ses
propres « gens »), qui prépare « la guerre »
(laquelle ?, il n’est pas vrai que toute guerre soit le crime !).
Et si on supprime le mot « politique », on se retrouve
dans l’incapacité radicale de renouer le fil – précisément de la politique –
avec les questions sur lesquelles la politique maoiste a buté. Tout de même on
se trouve bloqué dans une pensée de l’État, enfermée dans la polarité État/gens
(question à reprendre…).
La conséquence
symptomale de cet abandon est l’étrange promotion du mot « éthique »
qui se trouve avancé dans ce texte comme nomination de substitution. C’est en
effet le mot « éthique », opposé à celui de « morale », qui
serait le ressort à la fois pour chacun « des gens » et pour la
constitution d’un étrange « nous » : « faisons en sorte de
créer une éthique ». Il me semble qu’on a ce faisant remplacé le mot
« politique » par un philosophème bouche-trou.
À suivre…
Je poursuis cette enquête, accompagné par nos amis belges…

"L'oiseau public", première poème
surréaliste yougoslave, de Milan Dedinac
Son poème Javna Ptica
(L’oiseau public), écrit entre 1922 et 1926, accompagné de photomontages, est
considéré comme le premier pas vers l’expression surréaliste en Yougoslavie.
Marko Ristic, installé
à l'époque à Paris déclara : « L’oiseau public est en dehors de la littérature » et
« il ne peut être soumis à la critique littéraire », en soulignant
qu’« il apporte avec lui les ténébreuses cohortes de rêves » et qu’il
faut y voir « le développement dialectique de la pensée irrationnelle,
grâce auquel il est possible de menacer la société bourgeoise hypocrite et
pragmatique ». Javna Ptica, en plus, n’étant pas illustré de vignettes, offrait pour la première fois
des photomontages hallucinants, en l’occurrence trois compositions visuelles de
Dedinac, créées sur le même principe que ses images poétiques.
Dédaignant tout ce qui
en poésie est la part de l'artisme, le langage sobre et pur de Milan Dédinac
n'a recherché aucune parure, si ce n'est l'imcomparable mélodie qu'il recèle. L'Oiseau
public est un de ces rares
textes surréalistes qui remonte aux sources même de la langue serbo-croate et
prolongent ses plus belles traditions. Dedinac a continué à écrire
un journal poétique pendant la guerre, dans un camp de prisonniers où il
fit également une excellente traduction de Phèdre en en alexandrins réguliers.
par Edicija Jugoslavija et le collectif Eimigrative art
L'OISEAU PUBLIC
Ne pas bouger! Ne plus
sortir! - Attendre.
Personne pour frapper
à ta porte, maison maudite.
Pas un seul caillou
sur le sentier au crépuscule, pas une seule feuille touchée par le vent -
elle s'écroulerait dans l'abîme.
Ainsi je m'éveille.
(...)
L'oiseau, L'OISEAU!
Jamais il ne voulut s'envoler de la branche vers moi
Il ne veut pas
et moi?
(...)
De la vallée déchirée,
de la plaie, où frémissant, je laissai derrière moi les forêts séchées, les
eaux bues; au milieu des sources maléfique; entre les mains des camarades
troublés par le soleil, éteints et humides, camarades horribles; parmi les
arbres déchaînés; parmi les rochers creusés; avec la mer des poumons orageux
--- eau, eau! quand je te maudissais dans tes profondeurs; parmi les herbes
folles de ce rêve, herbes âpres amassées par la dune vagabonde --- quand,
mouillées je les respirais, couché parmi les vents lassants, --- je n'attendais
jamais que les grandes paumes du sang qui s'étendent partout...
Partout! Elles
montent. Elles s'élèvent aux greniers...
(...)
JE PRENDS MON VOL! ---
Cet oiseau gris que je ne vis pas, énorme, agrandi, je l'entendis chanter. Il
descendait sur la rivière. Je le vis --- il s'accrochait à une branche. ---
L'aurore se balance.
Et le rire!
Quel rire!
Sans herbes, sans cœur
tendre, sans soupirs, sans toit --- longtemps encore mes mains étaient chaudes
... JE MARCHAIS SUR UN
CHAMPS DE TRÈFLE.
(...)
Extraits de traductions de Zoran Mićić, Anthologie de la poésie
yougoslave contemporaine, ed.
Seghers, 1959, Paris
Koča Popović fut membre d’un groupe de 13 surréalistes
yougoslaves qui ont signé le texte « Les positions du surréalisme »,
plaidant pour la nécessité de la lutte concrète, ce qui leur a valu (pour la
plupart) d’être arrêtés et emprisonnés :
« Conscients de la condition de l’homme dans le monde, (…)
conscients de toutes les relations entremêlées qui en naissent, persuadés qu’il
n’existe qu’un point de vue, extrême et dialectique (…), nous sommes déterminés
à épuiser chaque question jusqu’au bout et à mener chaque action jusqu’à son
ultime conséquence , nous savons que la révolte est l’expression et
la conscience, la cause et la conséquence de ce conflit dans lequel nous
participons fatalement, nous savons donc que nous n’avons pas le choix et que
rien ne nous justifiera si de tout cela nous ne tirons pas toutes les
conséquences concrètes et ultimes ».
Belgrade, 23 décembre
1930
Aleksandar Vučo, Oskar
Davićo, Milan Dedinac, Mladen Dimitrijević, Vane Živadinović-Bor,
Živanović- Noe, Đorđe Jovanović, Đorđe Kostić, Dušan Matić, Branko
Milovanović, Koča Popović, Petar Popović, Marko Ristić
Cette déclaration fut précédé par une autre:
« Après avoir constaté l’existence, sur le plan du
principe même, et nonobstant toutes les divergences de nature personnelle,
d’une certaine convergence d’esprit entre eux et leur position en marge qui les
éloigne de tout ce qui s’impose autour d’eux comme vie spirituelle, les
signataires ont considéré qu’ils se devaient, dans les circonstances données,
de souligner de façon précise ce qu’ils avaient en commun et d’entreprendre une
action collective au nom de laquelle chacun d’entre eux accepte de sacrifier le
côté psychologique de son ‘moi’. Ils sont résolus à veiller à ce que, dans les
moments dialectiquement imprévisibles de cette activité, le mouvement de leur
définition morale et idéologique constante reste inflexible. Cette première
publication commune constitue uniquement un moment visible dans
l’enregistrement de cette définition indispensable. »
Aleksandar Vuco, Oskar
Davico, Milan Dedinac, Mladen Dimitrijevic, Vane Zivadinovic-Bor,
Zivanovic-Noe, Djordje Jovanovic, Djordje Kostic, Dusan Matic, Branko
Milovanovic, Koca Popovic, Petar Popovic, Marko Ristic, Nemoguce-L’impossible,
Belgrade 1930
Ce manifeste a été publié dans le journal Politika, à Belgrade, le 14 avril 1930, et en même temps que
la présentation de l’almanach il est paru en français dans la nouvelle revue Le
Surréalisme au service de la révolution, n°
1, Paris 1930, pp. 11- 12 .
Koča Popović, surréaliste yougoslave, auteur en 1931 avec
Marko Ristic de "Nacrt za jednu fenomenologiju
iracionalnog" (L'esquisse pour une phénoménologie d'irrationnel) est
devenu commandant de la Première brigade prolétarienne. Formée le 21.12 1941,
sous le commandement de Comité Central de Parti Communiste Yougoslave dans le
petit village Rudo, en Bosnie, elle compte au jour de sa formation 6 bataillons
et 1200 combattants et durant les 4 années suivants regroupera 22.000 personnes
de toute la Yougoslavie dans des combats différents, qui parcoureront à peu
près 20.000 kilomètres. Elle perdra 7.500 combattants mais emportera les
importantes pertes sur l'ennemi plus puissant et surtout techniquement
supérieur). Koča Popović écrivit son journal de guerre où certains
passages furent écrits au milieu des batailles en ...français (vielles
habitudes de sa scolarisation en Suisse, puis de ses études à Paris, où il
habitait rue des Écoles).
En voici quelques extraits…
décembre 1942
Après la série d'éducations sentimentales et vécues
peut-être comme telles, face aux faits entre tous les plus réels: la mort, le
sang, la lutte et conviction armée.
Deux images que la mort a faites longuement fugitives : Moma
"ce héros au sourire si doux" se noie et surtout Draganče effilé à
force de maigreur et pourtant criblé de balles, déchiqueté- assassiné"
12. 1. 1943.
Une fois de plus, comme en Espagne, la guerre, ses
conditions de vie = mesure de la valeur des œuvres littéraires, par l'acuité
des jugements. Je me souviens d'Edgar Poe, culbuté, de la pauvre littérature
des châteaux hantés.
25. 2. 1945
Le temps, comme certains jours d'Espagne, niant la guerre.
Les nuits sont limpides, cristallines, les étoiles - dirait-on - prêtes a
éclater, les jours pleins de soleil impassible et tragique. Le vent se lève
soudain, puis retombe: il n'y aura toujours pas de nuages! Le froid du soir
s'engouffre, s'impose au moment même où le soleil sombre derrière les crêtes.
Les beautés couvent, germent, se devinent, mais restent inaccessibles - la
guerre est plus forte, la mort est trop normale!
Le paysan, peut-être, qui regarde la terre par son labeur
voit encore ce qu'il voyait "autrefois" - mais que voyait-il ? Nous
autres, nos yeux de guerriers nous aveuglent - mais nous de ce côté, nous
sentons au moins le regard d'homme à venir, nous ne faisons que
subir cette "mauvaise qualité" imposée... nous combattons pour
le droit - entre autres - de voir les beautés. Et pourtant, vérité bien
vieille: il aura fallu vivre des jours bien "obscurs"! (...)
Il arrive qu'une femme passe, se penche ou s'assied et que
ses gestes féminins nous inquiètent. Des débris et des esquisses de rêves s'y
accrochent - pâles réminiscences d'une ardeur révolue, adolescence sans
fougues. Peut-être quelquefois des moribonds hésitent ou prononcent ensemble
les noms de l'amante et de la révolution. (...)
23. 3. 1943
Les jours sont splendides, soleil et brume. Depuis hier les
canons ne se font plus entendre. Ce matin nous avons appris la nouvelle de la
prise de Nevesinje et Ulog. Une fois de plus leur offensive leur aura coûté
cher. Aucune motorisation ne peut se mesurer à l'intensité surhumaine et aux
fruits de nos efforts. Chaque minute d'insomnie, chaque souffle, chaque goûte
de sang, chaque battement de coeur, chaque dernier souffle même et le poids des
corps morts d'épuisement, se fait sentir, se retrouve dans le résultat, la
conclusion dans le bilan final. Nous serions bien faibles si nous ne vainquions
qu’à coup de fusils!
Le reste, c'est de l'histoire. Il ne s'agit pas d'être
olympien. Les faits ont et doivent avoir leurs chroniqueurs.
20. 6. 43
Non, camarade Terzić! Il n'est pas question de
"philosophie"! Sans philosophie, c'est à dire appréciation et une vue
générale et théorique, il n'y a pas d'action coordonnée et efficace. C'est la
théorie de la guerre. Sans elle il n'y a pas d'opérations succès - il n'y a pas
d'opérations du tout. Vous avez aussi votre philosophie: elle se réduit à la
nomenclature militaire.
Extraits de "Beleške uz ratovanje" (Les notes à la
guerre), Koča Popović, BIGZ, 1988, (Belgrade, Yougoslavie)
http://en.wikipedia.org/wiki/Koča_Popović
Koca Popovic est diplômé en philosophie de la Sorbonne et
membre du groupe des surréalistes yougoslaves. Il est Membre du parti
communiste yougoslave, à l’époque illégal, à partir de 1933, et s’engage dans
les Brigades internationales avec lesquelles il part se battre en Espagne.
Sa première arrestation date de la même année, en raison de
l’écriture d’un tract antiroyaliste. (Tract écrit avec Sima Markovic,
mathématicien, physicien, essayiste sur la théorie de la relativité d’Einstein
à partir de 1929, et membre du Parti communiste yougoslave)
Ayant été lieutenant d’artillerie dans l’armée royale
Yougoslave de réserve, il sera commandant d’artillerie sur le front d’Aragon
Il est ensuite devenu commandant de la Première brigade
prolétarienne dans la lutte contre l’Allemagne nazie en 1941.
En 1953, il est ministre des affaires étrangères de
Yougoslavie jusqu’à sa démission en 1965.
Il est chef de la délégation yougoslave aux Nations Unies et
l’un des initiateurs de la politique yougoslave de non alignement.
En 1972, il renonce publiquement à ses fonctions
officielles.
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Belgrade 1908 – 1992
— 1908 Naissance
dans une riche famille de commerœants. Il fait ses études en Suisse pendant la
guerre.
— 1929–1932 Etudie
le droit, puis termine des études de philosophie à Paris. Fait connaissance des
artistes réunis autour de Breton et favorise les contacts entre les
surréalistes belgradois et franœais.
— 1929 Il
signe la protestation ” Un homme de Goût ” avec Vane Bor, Robert Desnos et
d’autres artistes réunis autour de la Revue Du Cinéma (numéro 3). Ecrit des
critiques de films dans la revue Paris Soir. Collaborateur de la revue
belgradoise 50 en Europe.
— 1930 Membre
du groupe des surréalistes belgradois et signataire du manifeste.
— 1931 Avec
M. Ristic, Popovic publie le livre Nacrt za jednu fenomenologiju iracionalnog
(Projet pour une phénoménologie de l’irrationel).
— 1931–1932 Collaborateur
de la revue Nadrealizam danas i ovde (Surréalisme aujourd’hui et ici).
— 1932 Il
se perfectionne à l’Institut pour les recherches sociales de Francfort.
— 1933 Emprisonné
à Sremska Mitrovica en raison de ses idées et activités révolutionnaires
— 1937 Membre
des brigades internationales, Popovic combat en Espagne.
— 1939 Est
incarcéré quelques temps en France avec les combattants espagnols.
— 1939 Avec
Z. Richtman, il traduit le livre d’Einstein O specijalnoj i opstoj teoriji
relativiteta (De la théorie spéciale et générale de relativité). 1941 Est nommé
commandant de la Première brigade prolétaire des partizans.
— 1944–1953 En
tant que héros national, il est nommé chef d’Etat–major de l’armée nationale
yougoslave.
— 1953–1966 Il
est secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Yougoslavie.
— 1966 Nommé
Vice–président de Yougoslavie.
— 1967 Membre
de la Présidence du Comité centrale de la Ligue des communistes.
— 1972 Popovic
se retire de la vie publique à la suite de conflits au sein de l'Alliance des
communiste yougoslaves.
Article prélevé sur le
site consacré à Bob Avakian, dirigeant dinosaure du Parti Communiste Révolutionnaire
des Etats-Unis…
Je n’en donne que le
début.
La thèse est que tout ceci
relève d’un plan d’incarcération de masse des « minorités » afro et
latino-américaines – j’omets volontairement la suite qui thématise un génocide…
There Are 2.4 Million People in
Prison in the U.S.—Why? What Do We DO About It? And How Does the Notion of a "Prison-Industrial
Complex" Get This Wrong?
The last 30
years have seen a massive and unprecedented imprisonment of millions of people
in this country. To give some idea of this, there are more than eight times as
many people in prison today as there were in 1970! This comes out to 2.4 million people (and that doesn't even include the
363,000 immigrants passing through "detention centers"—many of which
are worse than prisons—awaiting deportation). In addition, millions more are
being indirectly controlled through probation and parole. No other country on
the planet even comes close to imprisoning as many people, or as high a
percentage of its population.
Almost more
than the sheer volume, the most fundamental aspect of this massive imprisonment
has been its targeting of Black and Latino people in particular. To give some
sense of this, the proportion of Black prisoners relative to whites has more
than doubled in the past 40 years; and today Blacks are incarcerated at a rate seven times higher than whites. A 2007 study pointed out
that "a young Black male without a high school degree has a 59 percent
chance of being imprisoned before his thirty-fifth birthday."1 Today in the U.S., more Black men are in
prison, or otherwise caught up in the penal system through probation, etc. than
were enslaved in 1860!
Meanwhile,
the conditions in prisons have become even worse and more severe—with roughly
50,000 people locked down in ongoing solitary confinement in conditions that
international law has condemned as torture!
This program
has genocidal
elements right now and
a definite
genocidal direction to it. We have seen in history what happens when
whole groups of people, whether through explicitly directed racial laws or just
what seem to be "the workings of the system" are removed from
society, stigmatized as enemies of "decent PEOPLE," and then
warehoused in prisons or prison-like conditions; genocide doesn't have to
happen overnight, it can develop in stages. People must not be tricked, misled
or intimidated into putting up with this. On the contrary: we need—we urgently need—a massive uncompromising movement that
refuses to put up with this and calls into question the very legitimacy of a
system that would commit such a crime.
The False
Explanation of "Prison-Industrial Complex"
And in fact,
there is a growing movement around this. Within this movement, there is debate
and struggle over the cause of the problem and solution to this horrific
outrage. What is behind the ruination of literally millions of lives, and the
shadow that is cast over tens of millions more?
One popular
explanation is that this has been driven by a "prison-industrial
complex." Angela Davis, the most notable advocate of this explanation, or
line, has written that this massive imprisonment arose as a convenient
"response of first resort to far too many of the social problems that
burden people who are ensconced in poverty."2 Once this happens, she writes, mass
imprisonment of people in the oppressed communities "literally become[s]
big business."
All this
work, which used to be the primary province of government, is now also
performed by private corporations, whose links to government in the field of
what is euphemistically called "corrections" resonate dangerously
with the military industrial complex. The dividends that accrue from investment
in the punishment industry, like those that accrue from investment in weapons
production, only amount to social destruction. Taking into account the
structural similarities and profitability of business-government linkages in
the realms of military production and public punishment, the expanding penal
system can now be characterized as a "prison industrial complex."3
Other people
who hold this view note that these prisons are almost always built in rural
areas—yet most of the people locked up in them are from urban areas. These
prisoners are counted as residents of those rural areas, even though they
aren't allowed to vote there or anywhere else. This shifts influence and
resources from those urban areas to the rural sites of those prisons. And
finally, some of the people who put forward this explanation, including Davis,
link this to what she calls "structural racism in the economy," and
the demonization of Black and other peoples of color in the institutions and
culture more generally, as well as the whole history of white supremacy. They
further say that this so-called prison-industrial complex is directly related
to the cuts in welfare, the gutting of education and health care, and other
essential needs—and that a movement against this could enable moneys to be
spent on those needs instead.
Some of this
reveals part of the truth about mass incarceration; once this
program was embarked upon, a number of corporations did get their snouts into
the trough, and there is now a whole structure of interests that has something
of a life of its own and tries to influence things. But much of this is wrong.
This program was NOT some kind of misguided or even cynical response to crime
nor still less to "the social problems that burden people who are
ensconced in poverty." This did not cause the gutting of education, health
and housing—nor would the reversal of this whole program (which we must definitely fight for) "free up" money for those
needs. (The reason this is so has to do with how the U.S. imperialists view
their "options" in a period of extremely intense cut-throat
competition with their international rivals. Everything that is not absolutely
essential to maintaining and expanding their share of worldwide plunder must be
cut; and even the military, which they do see as essential to their share of
global plunder, and the prisons themselves, which they view as essential to
enforcing order and stability "at home" is coming in for some
"surgically done" cuts. This, even as the prisons continue to bulge,
overcrowded in ways that recall the slave ships of the "rosy dawn" of
capitalism, and the military retains its overwhelming advantage against other
powers and oppressed nations in carrying out slaughter and destruction.)
This
"prison-industrial complex" paradigm as a whole is badly misleading.
It does not portray the problem correctly and because of that it blunts the
edge of the needed struggle and it leads down dead ends.
[…]
Point
Number One: Massive Incarceration Comes Out of—and Takes Further—the Systemic Oppression of Black and Other Minority
Peoples
In many works
published by our Party,4 we show how white supremacy—the oppression of
Black people, as well as the genocide against the native American Indian
people, the theft of land from Mexico, and many other horrors—has been at the
core of America since Day One. This oppression has gone through changes as that
system has developed and as people have risen up in struggle against white supremacy.
But at every step of the way—even after the Civil War of the 1860s, even after
the Black Liberation struggle of the 1960s—instead of doing away with this
oppression, the capitalists who actually rule society developed new forms of
it.
The movement
of the 1960s in particular developed into one with a revolutionary thrust and
rocked the system back on its heels. But revolution was not made, and the
rulers of this system —the capitalist-imperialists—regrouped and
counter-attacked. As a key part of this counterattack, these oppressors developed
the program of unprecedented levels of mass incarceration.
1. Douglas
Massey, Categorically
Unequal: The American Stratification System, Russell Sage Foundation, New York, 2007. [back]
2. Angela
Davis, "Masked Racism: Reflections on the Prison-Industrial Complex,"
colorlines.com, September 10, 1998. [back]
3. Here Davis
explicitly draws on the formulation of a "military-industrial
complex" that was made by none other than a former U.S. president and
general, Dwight Eisenhower. This is actually telling: Eisenhower pointed to
certain effects of the massive expansion of the U.S. empire after World War 2
and the explosion in spending on the military that went with it NOT to warn
against the empire per se nor still less to call for its dismantlement (!), but
to warn against certain "unintended effects" of this empire—that some
defense industries and the military itself might put their own narrowly
perceived interests above that of the empire (our word, not Eisenhower's) overall.
As we'll see, the formulation of a "prison-industrial complex" also
looks at certain effects—but, as does Eisenhower's
"military-industrial" complex, it leads people away from a true
understanding of how the system has required this expansion of state
power and makes people think that this can be solved within the terms and
framework of this system. [back]
4. Communism
and Jeffersonian Democracy, Bob Avakian, RCP Publications, 2008; "The Oppression of Black People, the Crimes of This
System and the Revolution We Need," Revolution #144, October 5, 2008. [back]
« Je lis le “Coran” et en maints
passages, je l’entends parler d’une voix dans laquelle j’entre moi-même de
toutes mes forces comme le vent dans les orgues. […] Mohammed, tel un fleuve au
travers d’une montagne des origines, se fraye une voie jusqu’à l’unique Dieu
avec lequel il est loisible de s’entretenir de façon si grandiose chaque matin
sans recourir au téléphone “Christ” dans lequel on crie sans cesse : Allo !
Qui est-ce qui parle ? tandis que nul ne répond. »
Lettre de Tolède, 17 décembre 1912 [3]
Comment ne pas relever
qu’il y a autant d'ultras parmi les chrétiens que parmi les musulmans. Et qui
sont, au bout du compte, les plus dangereux, les plus criminels ?!
L'athéisme criminalisé!
L'obscurantisme scientifique érigé en système…
En ces temps de primaires
républicaines aux Etats-Unis, la pêche à l'électorat ultra-conservateur est ouverte.
Et cela passe notamment par une guérilla teintée de motifs religieux contre la
science et ceux qui la font. Même si les médias n'en parlent guère, le
mouvement le plus important est le grand retour du créationnisme d'Etat. En ce
début d'année 2012, pas moins de six projets de loi sont en cours d'examen dans
quatre Etats (Indiana, Missouri, New Hampshire et Oklahoma), visant à proposer
aux élèves des écoles publiques une vision alternative à l'évolution darwinienne.
Pour se justifier, certains des promoteurs de ces textes n'y vont pas avec le
dos de la cuiller. Ainsi, dans le New Hampshire, le Républicain Jerry Bergevin a-t-il justifié son initiative en
déclarant : "Je
veux que soit présenté le portrait complet de l'évolution et des gens qui ont
eu ces idées. C'est une vision du monde et elle est sans dieu. L'athéisme a
été essayé dans divers pays, et ces sociétés ont été vraiment criminelles chez
elles et à l'étranger. L'Union soviétique, Cuba, les nazis, la Chine aujourd'hui
: ils ne respectent pas les droits de l'homme." "Nous devrions
nous inquiéter de pareilles idées criminelles et de la manière dont nous les
enseignons... Vous vous souvenez de Columbine, a-t-il
ajouté en référence à la tuerie du lycée de Columbine (Colorado, 1999) au cours
de laquelle deux jeunes hommes avaient tué treize personnes avant de se
suicider ? Ces gens-là croyaient à
l'évolution."
Tous les adversaires de
l'évolution ne déploient pas, loin
de là, des arguments aussi primaires, d'autant que, depuis une décision de la Cour suprême de 1987, il
est anticonstitutionnel d'enseigner le créationnisme, considéré comme une vue
religieuse. Pour contourner cet obstacle, Josh Brecheen, élu républicain
de l'Oklahoma qui veut combattre "la
religion de l'évolution",
précise bien, dans le projet de loi qu'il a présenté dans son Etat, qu'il ne
demande pas que le créationnisme (ou son avatar, l'"intelligent
design") débarque dans les programmes scolaires. Son approche est plus
subtile. Expliquant qu'il faut encourager "la
réflexion critique, l'analyse logique et la discussion objective dans
l'éducation", son texte vise
innocemment, à "promouvoir un
environnement de réflexion critique dans les écoles, incluant une critique
scientifique de la théorie de l'évolution"...
On pourrait croire qu'il ne s'agit
là que d'une nouvelle vague créationniste,
comme il y en a eu de nombreuses depuis le fameux "procès du singe", en
1925, au cours duquel un enseignant, John Scopes, fut condamné pour avoir
enseigné à ses élèves les grandes idées de l'évolution. En réalité, l'offensive
actuelle dépasse la simple guéguerre contre Darwin. En effet, dans le projet de
loi de Josh Brecheen, on peut lire que la "réflexion
critique" dans les écoles vise "des
théories scientifiques incluant, mais sans s'y limiter, l'évolution, l'origine
de la vie, le réchauffement climatique et le clonage humain."
Ce n'est sans doute pas une grande
surprise pour les climatologues que de voir la
"traduction scolaire" de leur recherches prise pour cible par les
"ultras" républicains. Il y a une certaine logique à ce que le
négationnisme scientifique, qui fleurit de plus en plus ouvertement dans les
rangs de la droite chrétienne, s'en prenne à d'autres domaines que l'évolution.
Le phénomène gagne en ampleur comme on l'a vu avec la sortie anti-vaccination de
l'ex-candidate à l'investiture républicaine Michele Bachmann il y a quelques
mois, ou bien à travers les attaques incessantes contre les climatologues
depuis le pseudo-Climategate de 2009. La dernière attaque en date est le fait
d'un candidat toujours en lice, Rick Santorum, qui a déclaré début février que
le réchauffement climatique était "un
canular". Invité à un colloque sur
l'énergie, Santorum, qui est un farouche partisan des énergies fossiles, a
ainsi expliqué sa position : “En
tant que créatures de Dieu, nous avons été mis sur cette Terre pour exercer
notre domination sur elle, pour l'utiliser et la gérer avec sagesse, mais à
notre bénéfice, pas à celui de la Terre."
L'ancien sénateur de Pennsylvanie a
continué en affirmant que les travaux sur le changement climatique étaient "une
parodie absolue de recherche scientifique, qui a été poussée par ceux qui, dans
mon opinion, l'ont vue comme une occasion de créer une panique et pour le
gouvernement la possibilité d'intervenir dans votre vie voire de la contrôler. (...) Pour
ma part, je n'ai jamais cru à ce canular. Pour ma part, je comprends de la
science qu'il y a cent facteurs qui influencent le climat. Suggérer qu'un
facteur mineur dans lequel la part de l'homme n'est elle-même qu'un facteur
mineur (les émissions humaines de gaz à
effet de serre, NDLR) soit
l'ingrédient déterminant qui provoque tout le mécanisme de réchauffement et de
refroidissement climatiques est juste manifestement absurde."
Le passage du créationnisme à un
négationnisme plus large de la science agrégeant, entre autres, les
climatosceptiques (et leur lobbies) traduit deux choses : tout d'abord une
méfiance croissante envers le monde de la recherche, dont les avancées
entraînent un bouleversement de la vision du monde traditionnelle de la droite
chrétienne américaine ; puis, à travers ces projets de loi sur l'éducation, un
travail de sape de l'enseignement public, soit pour l'obliger à intégrer une
vision religieuse du monde en général et des questions scientifiques en
particulier, soit pour le "détricoter" en faveur du privé. C'est ce
qu'explique la journaliste américaine Katherine Stewart (auteur d'un livre
consacré à la bataille menée par la droite fondamentaliste pour noyauter
l'école publique) dans un point de vue
publié le 12 février par The
Guardian. Elle y écrit notamment :
"Les nouveaux négationnistes de la science semblent dire que si vous ne
pouvez pas faire taire la science, vous devriez faire taire les écoles."
Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur
Twitter)
http://www.les-lettres-francaises.fr/2012/02/la-republique-communiste-de-badiou/
La République communiste de Badiou
On dit parfois, ça et là, que Badiou est un auteur
inclassable. Il a, en effet, plusieurs cordes à son arc : le roman, le théâtre,
la philosophie, la mathématique, l’essai critique ou politique…
Pourquoi faudrait-il d’ailleurs le « classer » ? « Comment classer Platon,
rétroactivement, philosophe d’avoir fondé la philosophie, très grand poète de
la prose grecque, passé aux transparences de la mathématique, ou s’exerçant à
Syracuse aux prémisses du despotisme éclairé, fût-ce au risque d’y être vendu
comme esclave ? » fait-il remarquer dans un entretien en 1992. Il pose une
question que je fais mienne : « Que sont nos vies, si l’ordre académique des
choses en trace l’ornière? »
Son dernier ouvrage, en effet, ne manquera pas de
désarçonner, entre autres philistins, ceux qui s’avancent d’un bon pas dans la
carrière, armés de pied en cap de leur « spécialité ». Nous savons que notre
époque n’aime rien tant que les experts… Qu’est-ce donc que la République
de Platon signée Alain Badiou ? Une
traduction de plus après les célèbres et classiques éditions d’Émile Chambry
(1949), de Léon Robin (1950), ou de Robert Baccou (1966) ? Certainement pas,
puisque Alain Badiou y prend des libertés avec le texte de Platon qui ne
manqueront pas d’irriter nos « érudits », lesquels, pourront lui intenter « un
procès en apostasie ». Dans sa préface, d’ailleurs, il abat son jeu et guide
son éventuel procureur : il avoue, par exemple, avoir parfois capitulé devant
la difficulté de traduire certains passages, en particulier dans le chapitre
VIII : « Tout un passage est purement et simplement remplacé par une
improvisation de Socrate qui est de mon cru. » Mais ce n’est pas tout. Le
découpage traditionnel du texte grec en dix livres lui paraît « aberrant ». Il
le redécoupe donc en seize chapitres auxquels il adjoint un prologue et un
épilogue. Dix-huit séquences donc. Enfin, il insère la République dans
le contexte philosophique qui est le nôtre – et le sien – en traduisant Idée du
Bien par Idée du Vrai ou Vérité. L’âme devient « Sujet ». Je le cite : « On
parlera dans mon texte de l’incorporation d’un Sujet à une Vérité plutôt que de
“l’ascension de l’âme vers le Bien”. » « Concupiscence, coeur et raison » (la
tripartition de l’âme) deviennent Désir, Affect et Pensée. « Je me suis aussi
permis de traduire “Dieu” par “grand Autre” et même parfois par “Autre” tout
court. » Voilà donc quelques pièces dans un procès à charge qui ne peuvent que
réjouir l’accusation. Laquelle ne manquera pas, en outre, de s’étonner que parmi
les interlocuteurs de Socrate (ils sont au nombre de six) l’un des deux frères
de Platon (Glaucon et Adimante dans le texte canonique) change de sexe :
Adimante devint Amantha. Cela n’a rien évidemment d’anecdotique. Et je me
contenterai pour le moment de reprendre simplement la réponse de Badiou, en
1981, à une question de Gérard Miller à propos de son « romanopéra », l’Écharpe
rouge, (mis en scène par Antoine Vitez) : « Je me suis aperçu – mais d’une
façon purement rétroactive – que dans tous les romans que j’avais écrits
antérieurement, il y avait toujours un frère et une soeur… » Je m’arrête à ce
moment de la préface de Badiou dans laquelle il explique « comment j’ai écrit
cet incertain livre ». Clin d’oeil au grand Raymond Roussel et à son Comment
j’ai écrit certains de mes livres. Car, après tout, un traducteur anglais,
R. Waterfield (1993) ne propose-t-il pas une division de la République non en
livres mais en quatorze chapitres. Et, en 1941, F. M. Cornford donnait un texte
sans dialogue. Je n’entrerai pas dans le débat interminable
traduction/trahison, débat probablement stérile (me contentant ici de souligner
que toute traduction est sans doute une interprétation). Ainsi du titre la République,
en grec Politeía, qu’il est bien difficile de rendre en langue française
: projet de donner une constitution politique pour fonder les institutions,
projet pour désigner la recherche sur le meilleur régime politique… Mais le
dialogue traite également et en même temps de la justice de l’âme sur laquelle
se fonde la justice de la cité. Platon s’attacherait à établir des principes et
des règles pour que la cité soit juste sans, disent certains commentateurs,
traiter d’un régime particulier, en restant à la constitution générale de la
cité. La tradition a consacré le terme République – N’allons pas plus avant.
La République est un dialogue écrit à une date qu’on
ne peut donner avec certitude : 411, 410 av J.-C. ? L’oeuvre s’ouvre par une
scène qui se déroule au Pirée. Socrate en compagnie de Glaucon est venu de la
ville haute d’Athènes pour célébrer le culte d’une déesse, Bendis. Ils croisent
un groupe d’amis et, tous, en attendant la fête nocturne, s’attablent chez
Polémarque. « La scène de la République est donc une scène nocturne, habitée
des présages de la mort et des récompenses de l’au-delà », écrit Georges
Leroux. Au fur et à mesure que le dialogue va progresser, les personnages vont
en quelque sorte peu à peu s’effacer, et sur la scène principale demeureront,
autour de Socrate, les frères de Platon, Glaucon et Adimante (Glauque et
Amantha, chez Badiou). Dans le texte grec, ils répondent
aux « fausses questions de Socrate » par oui, certainement, c’est tout à fait
juste, non, pas vraiment. Le seul à incarner le rôle du contradicteur est, dès
le prologue, Thrasymaque, un sophiste. C’est sa position que Socrate veut
réfuter. Platon, dans un autre dialogue, le nomme «
négociant en matière de savoir ». Il est le représentant des intellectuels
ayant soutenu la politique de conquête d’Athènes. Pour lui, la justice n’est
jamais que l’intérêt du plus fort. « L’injustice est sagesse et savoir ; une
domination rationnelle et efficace exige l’injustice, et même l’injustice
absolue. Alors que pour Socrate la justice est sagesse et vertu […] l’injustice
n’étant qu’ignorance… »
J’ai, avant d’entreprendre cet article, après avoir lu
la République de Badiou, repris une traduction que j’avais sous la main, celle
de Leroux. Puis je suis revenu à celle de Badiou, renonçant à une étude comparative.
Lisant Badiou, il est évident que Platon est notre contemporain. Et le choc est
violent, dès les premières pages, tant la langue des acteurs sur la scène
philosophique du dialogue est celle de notre quotidien en ces premières années
du XXIe siècle. « Le jour où toute cette immense affaire commença, Socrate
revenait du quartier du Port, flanqué du plus jeune frère de Platon, un nommé
Glauque. Ils avaient fait la bise à la déesse des gens du Nord, ces marins
avinés… Ç’avait de la gueule, du reste, le défilé des natifs du port. Et les
chars des gens du Nord, surchargés de dames très découvertes, n’étaient pas mal
non plus. » Ces premières lignes de la République de Badiou
donnent le ton de l’ouvrage. Je ne cacherai pas que certaines expressions ou
tournures de phrases m’ont parfois irrité : point n’est besoin de recourir à un
tel vocabulaire « jeune branché » : par exemple, « le mec Thésée », « l’intello
ramène sa fraise », « les bagnoles ». Ce sont là quelques scories que charrie
une langue étincelante dont le mouvement emporte le lecteur et rend au texte de
Platon toute sa force et sa beauté. Ce dont il nous parle nous concerne tous,
aujourd’hui et maintenant. Et Badiou, avec audace, j’allais dire un certain
culot, l’a dépoussiéré, débarrassé de la gangue académique qui masquait son
éclat de diamant. Il faudrait mettre au programme des classes terminales la
République de Badiou. Mais, évidemment, chers lecteurs, je rêve, je rêve…
Pourtant « au vu de ce que l’éducation actuellement dominante produit de
réactionnaire, de purement conservateur ou même de totalement nul, que faire
d’autre que rééduquer ? » Il est clair que la traduction de Badiou s’éloigne
souvent du texte platonicien proprement dit. Mais il est tout aussi clair à mes
yeux « que cet éloignement relève d’une fidélité philosophique supérieure ».
Certains considéreront que Socrate citant Freud, Lacan, Staline, Mao, Alfred de
Vigny, ou bien définissant le communiste comme « celui dont l’énergie
politique est au service de la passion du Vrai », n’a pas de sens, condamnant
la République de Platon au musée. Si, en revanche, l’on considère que nous
devons continuer à dialoguer avec Platon, alors il faut nous présenter à
lui tels que nous sommes aujourd’hui : « ce que Platon dit de très judicieux à
partir de la théorie des nombres irrationnels se révélera tout aussi judicieux
si l’on parle de topologie algébrique », écrit Badiou. Tout
comme il me paraît juste de ne pas « en rester aux guerres, révolutions et
tyrannies du monde grec, si sont encore plus convaincantes la guerre de 14-18,
la Commune de Paris ou Staline ? » La parole rendue par Badiou aux
jeunes gens donne au dialogue toute sa vivacité. Loin d’être toujours de
simples faire-valoir des discours socratiques, ils se rebellent parfois,
maniant à leur tour l’ironie, par exemple lorsque Socrate développe sa thèse
bien connue contre les poètes qu’il veut chasser de la cité : « Ni sur le poème
ni sur le théâtre vous ne m’avez convaincue, lui dit Amantha. Votre cible – un
art qu’on suppose ramené à la reproduction des objets extérieurs et des
émotions primitives – est très étroite, alors que vous faites comme si elle
représentait pratiquement tout le domaine. Ni Pindare ni Mallarmé […] ni Emily
Dickinson […] ni Federico Garcia Lorca ne rentrent dans votre schéma. Socrate
se tait, tendu… » Ils nous représentent souvent, nous lecteurs, découragés
devant la difficulté d’une démonstration ou l’obscurité d’un concept, obligeant
le maître à s’expliquer… On retiendra aussi le nouvel exposé du fameux mythe de
la caverne : « Imaginez une gigantesque salle de cinéma. […] les spectateurs
ont, depuis qu’ils existent, emprisonnés sur leur siège, les yeux fixés sur
l’écran, la tête tenue par des écouteurs rigides qui leur couvrent les
oreilles. » La conclusion de la fable selon Badiou veut que le spectateur, une
fois son œil détourné « des visions captives que lui proposent les produits du
marché mondial […] voitures partout nickelées, ordinateurs pour multiconversations
débiles, bref tout ce qui tourne cet œil vers la bassesse et l’insignifiance
[…], alors on s’apercevrait que chez les mêmes individus le même œil peut voir
ces vérités avec la même netteté qui le tourne aujourd’hui vers le néant des
choses mauvaises… » Tel est le fondement égalitaire de notre communisme,
ponctue Glauque… Un autre mythe termine la République, celui d’Er, de
Pamphylie. Ce soldat, « un brave gars mort dans les tranchées d’une guerre stupide
», ressuscite douze jours plus tard et raconte son séjour dans un lieu
surnaturel. Le modèle cosmologique à partir duquel Platon expose sa doctrine de
la nécessité à laquelle le temps de la destinée humaine est lié est complexe et
ne peut évidemment être exposé ici. Mais il permet à Platon de développer sa
métaphysique de l’immortalité de l’âme unie à un corps particulier. Er, de
retour sur terre, raconte comment les âmes font le choix d’une existence. Elles
en sont responsables en fonction de leur état moral. Plus elles auront été dans
le vice au cours d’une existence antérieure plus elles auront tendance à
choisir une vie vertueuse… Le récit d’Er, témoin des morts, décrivant les choix
dictés par les vies précédentes ne manque pas d’humour, réécrit par Badiou. Ainsi
Mallarmé choisit la vie d’un cygne et Pavarotti « à mon avis bêtement, la vie
d’un rossignol ». J’ai admiré particulièrement comment il intègre au récit d’Er
les données de l’astrophysique contemporaine : « Au tout début, on voit
uniquement […] le point imperceptible d’énergie pure dont l’explosion crée
l’espace-temps-matière. L’idée du devenir investit le ciel, et sa trace est
justement cette ligne – matière lumineuse ou vide actif, c’est tout un – qui
est pour nous le lointain signal du spectacle. Ensuite, les nappes floues du
feu atomique se dilatent, s’écartent. » Je vais interrompre ici ma lecture, en
regrettant de n’avoir pas parlé par exemple des pages sous-titrées « Critique
des quatre politiques pré communistes», et en particulier de celles consacrées
à la démocratie et à la tyrannie. Pour moi aussi, comme pour les personnages de
la République à la fin de leur entretien, « il y eut un long silence dans la
nuit douce maintenant tombée sur leur fatigue et leur émotion. […] Quelque
chose avait eu lieu pour les siècles des siècles ».
Le livre de Badiou, qui
a su intégrer avec une superbe maîtrise son commentaire dans le texte de Platon,
est en effet un ouvrage sinon inclassable du moins unique en son genre. C’est
aussi l’oeuvre d’un écrivain. Il fait de nous les pionniers de l’Idée
communiste. Nous sommes les membres d’une aristocratie universelle. Nous, quoi
qu’en disent certains, hommes ordinaires puisque de cette pensée « n’importe
qui peut et doit être le porteur ». Élitaire pour tous, disait Vitez,
aristocratisme populaire, écrit Badiou. Le
combat est le même.
Jean Ristat
La République de Platon,
d’Alain Badiou. Éditions Fayard, 600 pages, 25 euros.
Entretiens,
I, Éditions Nous, 268 pages, 22 euros.
N°90 – Février 2012
Palpitant !
Les battements du cœur
pourraient un jour servir de mots de passe biométriques pour les objets de
haute technologie. Selon le journal Information Sciences, des chercheurs sont parvenus, à partir du rythme cardiaque, à générer un
chiffrage propre à chaque individu et indépendant de l'effort physique, de la
prise d'excitants, etc. Un prototype tactile a vu le jour sur cette base.
Abstract
The development of efficient data encryption to
ensure high security of information transmission has long been a popular
research subject. Because electrocardiogram (ECG) signals vary from person to
person, and can be used as a new tool for biometric recognition. This study
introduces an individual feature of ECG with chaotic Henon and logistic maps
for personalized cryptography. This study also develops an encryption algorithm
based on the chaos theory to generate initial keys for chaotic logistic and
Henon maps. The proposed personalized encryption system uses a convenient handheld
device to collect ECG signals from the user. High quality randomness in ECG
signals results in a widely expanded key space, making it an ideal key generator
for personalized data encryption. The experiments reported in this study
demonstrate the use of this approach in encrypting texts and images, and applied
of the proposed approach to secure communications.
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0020025512000357