Qui vive ?  Le communisme !

 

 

« une question intimidante, une question que personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive ?… » J. Gracq

***

« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme commun à tous dans l’avenir. » R. Wagner (1849-1871)

« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)

« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » B. Brecht (1932)

« Il a existé des communes et des communistes de tout temps ; il en existera toujours. » J. Steinbeck (1936)

« Je suis communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme intelligent. » J. Agee (1939)

« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles, précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)

« Je suis d’un village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et à la carrière, aiment bien le communisme. » M. Darwich (1964)

« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)

« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou (2011)

« Le Communisme, évidemment, il n’y a jamais eu d’autre solution digne des Humains et voulue par eux. » F. Laruelle (2011)

« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être communiste. » B. Sobel (2011)

« Je reprends à partir du mot “communiste”. » J.-M. Gleize (2011)

 

Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique

diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, écrire à « egalite68 [at] numericable.fr »

Rédaction : François Nicolas [ƒNi]

 

 

Numéro 23 : 12 février 2012

 

 

(fichier format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/23.pdf

 

 

 

 

Sommaire :

Syrie................................................................................................................................................. 3

Prise de position d’Adonis contre l’opposition syrienne et les projets néo-coloniaux.................. 3

Égypte.............................................................................................................................................. 4

Dernier billet de Sylvie Noly…..................................................................................................... 4

Photos........................................................................................................................................... 5

Maroc............................................................................................................................................... 6

Une impressionnante longue marche dans un décor de western…............................................... 6

Un premier anniversaire…........................................................................................................... 7

Tunisie.............................................................................................................................................. 8

Aujourd’hui, la première figure du peuple n’est-elle pas arabe ?................................................ 8

France.............................................................................................................................................. 9

« Vive le communisme ! » ??........................................................................................................ 9

Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le nom ? (8)......................................................... 10

Enquête sur le surréalisme en ex-Yougoslavie (2)...................................................................... 10

Ce surréalisme dont « L’impossible » est le nom…............................................................................ 10

Suites de l’enquête........................................................................................................................ 11

Communisme et « République de Platon »..................................................................................... 12

Quand les Grecs d’aujourd’hui relisent La République….......................................................... 12

Badiou sur « La République »…................................................................................................. 13

Divers............................................................................................................................................. 14

Une fable sur le parlementarisme « On ne peut enfermer une idée ! ».................................. 14

 

Syrie

Prise de position d’Adonis contre l’opposition syrienne et les projets néo-coloniaux

Cette nouvelle prise de position d’Adonis dénonce l’instrumentation néo-coloniale d’une « opposition » militarisée et désastreuse pour l’avenir du pays.

La propagande quotidienne en France de tous les médias en faveur d’une intervention humanitaro-militaire qui ne serait en effet que la reprise néo-coloniale, sous couvert de l’ONU, de l’ancien mandat colonial confié à la France par la Société des Nations, est hallucinante. Elle n’a d’égal que la propagande des États dotés de l’arme nucléaire, Israël en tête, pour expliquer que l’arme nucléaire doit leur être réservée et qu’il faut donc bombarder (nucléairement ?) l’Iran.

Il est patent qu’une ligne de démarcation aujourd’hui particulièrement nette est l’opposition résolue à l’un et à l’autre de ces projets, comme il le fut (ou aurait dû l’être !) à l’intervention de l’Otan en Libye (2011) et en Irak (2003).

Remarquons cependant qu’Adonis ne peut s’empêcher d’associer ces condamnations à un point de vue islamophobe pour le coup de très mauvais aloi. Ce point est à mon sens distinct du précédent. Il touche à son vieux ralliement idéologique à la démocratie occidentale, ralliement dont on peut suivre, à bien des titres, l’évolution néfaste dans sa propre poésie (ce qui relèverait d’une tout autre analyse).

Combattre l’islamophobie implique, à l’opposé des confusions qu’Adonis répand, de clairement distinguer les Frères musulmans (intérieurement diversifiés d’ailleurs) des Salafistes (qui sont les vrais fanatiques, soutenus par les monarchies arabes du Golfe alliées de l’Occident !). En première approche, les équations pertinentes ne sont nullement celle de BHL (et d’Adonis !) avec le fascisme mais bien plutôt :

Salafistes arabes Û néo-conservateurs chrétiens anglo-saxons

Frères musulmans Û démocrates chrétiens anglo-saxons (CDU allemande…)

 

Le poète syrien Adonis critique vivement l’opposition syrienne.

samedi 11 février 2012

Le poète syrien exilé Adonis (Ali Ahmad Saïd Esber) a porté un regard très critique sur l’opposition syrienne au président Bachar al-Assad, dénonçant l’appel aux pays occidentaux pour soutenir la révolte, dans un entretien accordé au magazine autrichien Profil à paraître lundi.

"Comment peut-on poser les fondements d’un Etat avec l’aide des mêmes personnes, qui ont colonisé ce pays ?" se demande Adonis, considéré comme le plus grand poète vivant du monde arabe. Il fait ainsi allusion au mandat exercé par la France en Syrie de 1920 à 1941 en application de l’accord secret anglo-français Sykes-Picot (1916) et du Traité de Sèvres (1920), après l’effondrement de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, la présence militaire française en Syrie ne prenant fin qu’en 1946.

"Je ne soutiens pas l’opposition" au président Al-Assad, indique le poète. Pour lui, une intervention militaire occidentale aurait les mêmes conséquences que la guerre déclenchée en Irak en 2003 : "Le pays serait alors détruit".

En août dernier, le poète avait appelé le président Assad à "quitter la présidence". "Le moins qu’il puisse faire est de démissionner de son poste", avait-il dit au journal koweïtien al-Raï.Dans "Profil", Adonis tire également un bilan très négatif du "Printemps arabe". S’il reconnaît avoir été impressionné par le début du mouvement, il critique son évolution, avec l’arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie et en Egypte, après les élections organisées à l’automne 2011. "Il n’y a pas d’islamisme modéré", clame-t-il, comparant les Frères musulmans, grands vainqueurs des élections législatives en Égypte, à de "purs fascistes".

Selon lui, une véritable révolution dans le monde arabe ne peut avoir des chances de réussite que sur "des bases laïques".

Égypte

Dernier billet de Sylvie Noly…

Extraits

http://snony.wordpress.com/2012/02/11/on-peut-toujours-mettre-un-couvercle-sur-une-cocotte-minute

 

On peut toujours mettre un couvercle sur une cocotte minute

… un certain temps. C’est une affaire de pression.

11 février 2012

 

On a soufflé le chaud, au cas où il resterait d’indécrottables naïfs dans ce pays, en mettant sur les chars et les blindés de magnifiques autocollants “le peuple et l’armée, une seule main”, mais on a quand même mis des blindés dans tous les coins de toutes les villes, au cas où la naïveté ne serait pas assez grande.

al-jay-chu wa/ch-chaεb(u) ’ay-din wâ-Hi-dat(un)

L’armée et le peuple, une seule main !

[à dire vrai, le slogan semble dire : « des mains uniques ! » Lapsus ou mécompréhension de ma part ?]

On a aussi soufflé le froid, éructé contre les appels à la grève sur le mode de la destruction de l’économie (alors que les dirigeants du pays y arrivent si bien tout seuls). On a condamné la désobéissance civile sur le mode du complot international (air connu).

Le pape Chenouda s’y est mis, et les autorités d’al-Azhar aussi, dénonçant l’illégitimité de la chose puisque c’est écrit dans le Coran et maktoub dans la Bible : la désobéissance civile est contraire à la foi, et à la loi, à la fois.

Les prêches musclés de vendredi mettant en garde contre les manifestations et les rouspétances intempestives n’ont quand même pas suffi. Les interventions des Frères, des papes et des imams en boucle sur toutes les chaînes d’information (y compris indépendantes) non plus. Vendredi plusieurs milliers de personnes, en quatre marches convergentes ont défilé vers le Ministère de la défense, qu’il n’ont pu atteindre vu qu’un mur de barbelé les en a empêché.

Ce samedi 11, les étudiants d’Ain Shams, du Caire, d’Alexandrie, de Mansoura et d’Assiout se sont mis en grève pour ce qu’ils ont appelé “le premier des jours de grève” et ont dans certaines villes manifesté. La presse, les télévisions ont été dans l’ensemble d’une remarquable discrétion sur les rassemblements.

Les autres médias ont préféré sortir les cotillons et les rétrospectives d’une révolution qui décidément, serait d’autant plus belle qu’elle s’arrêterait ici, là, maintenant.

PS : On raconte que l’enquête sur le massacre de Port Saïd avance.


Photos

Fresque murale en mémoire des martyrs…

Maroc

Une impressionnante longue marche dans un décor de western…

Celle des Berbères d’Imider dont la mine d’argent attire les vautours…

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=-MZ9xvYOE9s#!

Les révoltés d’Imider continuent leur lutte

Par Libération.ma, 30/1/2012

Rares sont ceux et celles qui connaissent vraiment la commune d’Imider. Normal. Rien dans cette zone située à 36 km de Tinghir, au sud-est du pays, n’attire l’attention. A moins que ce ne soit la pauvreté extrême de sa population. Mais aussi et surtout sa proximité de la très riche mine d’argent d’Imider. Les habitants de ces sept douars constituant la commune d’Imider (Anou N’Izem, Ait Brahim, Ait Mhand, Ait Ighir, Izoumgan, Taboulkhirt et Ikiss) ne peuvent plus supporter le paradoxe.

Un premier anniversaire…

Conseil National d’Appui au Mouvement du 20 Février

APPEL A LA COMMEMORATION DU 1ER ANNIVERSAIRE DU MOUVEMENT DU 20 FÉVRIER

 

Le Comité de Suivi du CNAM 20 appelle ses organisations nationale membres, les coordinations du mouvement du 20 février et les conseils locaux d’appui au mouvement, ainsi que tous les forces démocratiques et vives du pays à :

      se mobiliser pour organiser le dimanche 19 février 2012 la 12ème Journée Militante Nationale partout au Maroc en organisant  manifestations et marches puissantes et pacifiques exprimant la volonté du mouvement de continuer le combat contre le despotisme, l’oppression, l’injustice et la prévarication, et pour la dignité, la liberté, l’égalité, la démocratie, la justice sociale et le respect des droits humains pour l’ensemble des citoyennes et citoyens.

      Organiser des activités artistiques, militantes, et de rayonnement le lundi 20 février 2012, jour anniversaire du décollage du M20F et qui coïncide avec la commémoration de la journée mondiale de la justice sociale décidée par l’ONU.

 

Tunisie

Aujourd’hui, la première figure du peuple n’est-elle pas arabe ?

Ne voit-on pas combien la grandeur de cette figure diagonalise tout « féminisme » ?

France

« Vive le communisme ! » ??

Une parisienne me signale avoir vu, du côté de Belleville, une publicité ornée d’une bulle (de style bande dessinée) : « Vive le communisme ! »

L’idée communiste et les idées du communisme (voir plus loin le reportage sur la Grèce) semblent ainsi de retour !

Apparemment, le collage trouverait son origine dans un site, énigmatique :

http://www.vivelecommunisme.com

 

Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le nom ? (8)

Enquête sur le surréalisme en ex-Yougoslavie (2)

Dans le Qui-vive précédent, j’avais intitulé cette rubrique : « Enquête sur le surréalisme serbe », reprenant ainsi le nom du site (http://serbiansurrealism.com) duquel provenait la documentation publiée.

Notre amie Ivana Momcilovic me signale que l’orientation subjective de ces surréalistes était en réalité yougoslave plutôt que serbe, comme en attestent leurs interventions tant en Macédoine, en Slovénie, en Bosnie et en Croatie (Turpitude, le poème précédemment diffusé, fut d’ailleurs imprimé à Zagreb donc en Croatie).

Dont acte, mais ce point bien sûr mérite par lui-même un approfondissement : comme on le voit dans le document ci-dessous, d’autres insistent bien plutôt sur la dimension serbe. L’approfondissement de cette ligne de partage constituera un des enjeux de la suite de cette petite enquête.

Ce surréalisme dont « L’impossible » est le nom…

En attendant, voici une présentation faite sur ce site de deux revues surréalistes serbes/yougoslaves, malheureusement non traduites.

En cliquant sur chaque image on accède à un site où l’on peut télécharger chacune de ces revues.

Notons que tout ceci se déploie sous le signifiant : « L’impossible »

L’exposition Nemoguce – l’art du surréalisme

par  Milanka Todic, professeur à la Faculté des arts décoratifs de Belgrade

L’épine dorsale de l’exposition est constituée par la collection de photographies de Nikola Vuco, aujourd’hui conservée au Musée.

L’exposition suit également l’activité artistique des autres protagonistes du surréalisme belgradois tels que A. Vuco, D. Matic, M. Ristic, Dj. Jovanovic, V. Zivadinovic –Bor, R. Zivanovic–Noe, K. Popovic et d’autres. Le public de Belgrade aura ainsi l’occasion de voir pour la première fois, grâce à cette exposition, leurs photographies, dessins, collages et objets, et de lire dans l’étude qui l’accompagne les nouvelles données sur l’activité créatrice des surréalistes belgradois et sur leur héritage avangardiste.

A travers cette exposition et la rédaction de son étude, Milanka Todic a ainsi écrit la « première histoire complète de cet important phénomène » dans l’art serbe du XXème siècle.

En plus du catalogue l’exposition est accompagnée par une réimpression des publications surréalistes – l’almanach « Nemoguce – L’impossible » de 1930 et la revue « Nadrealizam danas i ovde » de 1931–32.

On notera que cette exposition consacrée au surréalisme serbe vient peu de temps après plusieurs grandes expositions surréalistes organisées par le monde (Londres, New York, Paris), tout comme le surréalisme serbe était lui–même rapidement apparu quelque temps après la création de ce mouvement en France, avec lequel il s’est avéré très proche par son esprit. Toutefois « tant par sa composante littéraire que par sa composante visuelle le surréalisme belgradois possède suffisamment de qualités originelles et autonomes pour apparaître comme un phénomène d’importance européenne et un des principaux phénomènes européens survenu dans le cadre de la culture serbe au XXème siècle ».

Lorsqu’il est question du surréalisme, il existe, il faut croire, un « lien mystèrieux » qui, à ce qui semble, rapproche constamment les voix de la créations et des idées suivies en Serbie et en Europe.

Ivanka Zoric, directeur du Musée

Suites de l’enquête

Étant donné la richesse du site, en particulier les différents articles (publiés qui plus est en français : http://serbiansurrealism.com/artfr.htm), je compte diffuser dans les prochains Qui-vive une lecture commentée de ces différents textes.

En attendant, ce proverbe et cette photo :

« S’il n’y avait le vent, les araignées masqueraient le ciel de leurs toiles. »

Proverbe populaire, Nemogucé, Belgrade 1930.

 

Communisme et « République de Platon »

Quand les Grecs d’aujourd’hui relisent La République…

Reportage du Monde (extraits) qui montrent au moins trois choses :

- la réinvention en cours d’un communisme économique élémentaire : distance subjective instaurée vis-à-vis de l’État et de l’argent, mise en commun, échanges non monétaires, égalité du travail manuel et du travail intellectuel…

- le lien entre cette réactivation des idées communistes et une relecture de La République de Platon !

- l’incapacité du journaliste à nommer cela autrement que par les mots convenus de l’idéologie dominante : « décroissance » (!) et « démocratie » (!!)

Le Monde 10 février

 

Grèce

Vivre en décroissance

La crise a provoqué en Grèce un télescopage inattendu entre la décroissance comme philosophie politique, consentie et même voulue, et ses nouveaux adeptes, bien obligés de gérer la pénurie. Du troc aux “banques de temps”, des Athéniens réinventent la démocratie

 

(extraits)

 

Dans un pays où plus personne n'a confiance dans l'Etat, chacun est amené à utiliser les ressources qui demeurent à sa disposition”, explique Maria Peteinaki, architecte et membre du parti écologiste grec.

A Exarchia, quartier anar et bohème d'Athènes, Skoros (“la mite”) est devenu un lieu incontournable. C'est un magasin où l'on ne paye pas. On y échange des objets, des livres ou des vêtements. On y vient aussi pour donner, ou seulement pour prendre. Une bonbonne remplie de pièces est posée sur le comptoir, devant une affiche : “Skoros appartient à tout le monde, aidez-nous à le maintenir ouvert.” Ces oboles sont destinées à payer une partie du loyer et de l'électricité. Sans obligation de don.

L'aventure a commencé dans le coin d'une boutique de commerce équitable. “Nous avons créé Skoros, car nous n'avons pas besoin d'avoir dix pulls ou dix vestes. Nous pouvons en donner à des gens qui en ont besoin. Nous voulons faire comprendre qu'il n'y a pas besoin de posséder beaucoup pour être heureux”, explique Elena, qui fait partie de la quinzaine de bénévoles qui animent Skoros.

Devant le succès, “la mite” a volé de ses propres ailes pour emménager dans ce magasin à la fin de l'année 2009. “Quand nous nous sommes installés, la crise n'était pas encore là. Les gens avaient vraiment trop de choses, se souvient une autre bénévole, Elisabeth Panagakou. Depuis, nous avons dû créer des règles. Nous ne voulons pas qu'ils se comportent comme des consommateurs. Bien sûr, nous ne pouvons pas dire à un migrant pauvre qu'il doit consommer moins. Mais nous ne faisons pas de philanthropie. Nous voulons créer un sentiment de solidarité.” Une affiche indique que l'on ne peut pas prendre plus de trois produits. “Il y a des gens qui viennent ici pour prendre, prendre. Ce n'est pas possible, ce n'est pas notre philosophie”, tranche Elena.

Dimitri Koliomichalis est venu avec sa femme. Ils sont tous les deux au chômage et vivent grâce aux retraites de leurs parents, qui diminuent à chaque nouveau plan d'austérité. Ils fréquentent Skoros pour trouver de quoi habiller leur jeune enfant et apportent en échange des vêtements devenus trop petits. “Ce genre de magasin nous aide à réfléchir, explique ce trentenaire. La Grèce était un pays très pauvre. Puis est arrivée l'ère de l'argent facile. Les Grecs sont devenus égoïstes et ont oublié qu'ils étaient pauvres. La crise va peut-être nous aider à changer notre façon de penser. Nous n'avons pas besoin de beaucoup d'argent.”

On peut même créer des banques sans argent. Les “ banques de temps “ font florès en Grèce. Vassili Revelas avait participé à cette expérience à San Francisco et voulait la reproduire en Grèce. Place Syntagma, lors du mouvement des “indignés” en juin 2011, il voit un panneau indiquant “Trapeza Chronou” (banque du temps). “J'ai découvert qu'une trentaine de personnes avaient la même idée en tête.” Ils lancent leur site Internet à la fin de l'année 2011. En quelques semaines, 600 inscriptions affluent.

Le principe est simple. Les personnes intéressées indiquent en ligne les services qu'elles peuvent rendre et ceux dont elles ont besoin. Quand quelqu'un utilise une heure de service, elle est débitée de son compte-temps, tandis que celui qui a rendu un service ou transmis un savoir bénéficie d'une heure de crédit. Le système doit garder l'équilibre. Il est impossible d'avoir plus de trente heures de débit. La banque du temps veut éviter le surendettement que connaît le pays.

“J'ai réparé un ordinateur, ça m'a pris trois heures. Je pourrai disposer de trois heures d'un service quand j'en aurai besoin, et pas forcément par celui qui m'avait demandé de l'aide”, résume Vassili Revelas. Nikos a proposé son aide pour un déménagement. En échange il a reçu une assistance pour tenir sa comptabilité. Le principe, c'est que toutes les heures sont égales. L'heure d'un médecin ne vaut pas plus que celle d'une femme au foyer, précise Vassili Revelas. Cela permet de créer de la solidarité. Quand quelqu'un que vous ne connaissez pas vous propose le service dont vous avez besoin, ça vous rend heureux.”

Des réunions ont lieu tous les dimanches à Nosostros, un des hauts lieux alternatifs d'Exarcheia, pour discuter du fonctionnement de la banque. Une vingtaine de personnes forment un cercle. On lève le doigt pour demander la parole et l'on parle à tour de rôle. Dimanche 5 février, l'ordre du jour commence par l'examen d'une demande de rencontre émise par la BBC. Lors d'une séance précédente, la demande du Monde avait été acceptée - la démarche a été identique à Skoros et à Nea Guinea. Un grand débat est lancé : faut-il échanger des produits contre des services ? Si oui, comment définit-on la valeur de ce produit ? “Il faut se limiter à ce qu'on fait soi-même pour évaluer le temps qu'on y a consacré”, suggère Vassili Revelas. Un dimanche n'épuise pas le sujet. La démocratie prend du temps.

Georges vient pour la première fois. Il a eu connaissance du projet par Internet. Le système basé sur l'argent n'est pas bon. Même ceux qui le conçoivent ne le comprennent plus. Il faut trouver d'autres voies. J'y pensais en lisant La République. Ce lecteur de Platon est militaire, dans la marine. “Sur un bateau, vous avez le temps de réfléchir”, dit-il en souriant. Il a fait escale à Exarchia, le port des anarchistes, pour refaire La République.

Badiou sur « La République »…

Je signale qu’Alain Badiou a fait un cours d’une année (1989-1990) sur ce livre et qu’une transcription détaillée de ce cours (notes d’Aimé Thiault et transcription de François Duvert) est disponible  à l’adresse suivante :

http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/89-90.htm

Il s’agit là d’une lecture détaillée et commentée, nullement de « l’hyper-traduction » qui vient d’être publiée sous le nom « La République de Platon ». Autant dire que ce document est complémentaire du récent livre et ne le double pas.

Divers

Une fable sur le parlementarisme « On ne peut enfermer une idée ! »

Amusant dessin animé, illustrant un discours canadien de 1944…

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Fu2k_IbQ1zw

Discours de Tommy Douglas en 1944 au Canada.
Tommy DOUGLAS - Thomas Clement (Tommy) Douglas, (né le 20 octobre 1904 à Falkirk (Écosse) et décédé le 24 février 1986 au Canada), est un ancien premier ministre de la Saskatchewan (1944-1961). Il a dirigé le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord, et il était le premier chef fédéral du Nouveau Parti démocratique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tommy_Douglas

http://en.wikipedia.org/wiki/Tommy_Douglas

Mouseland

 

It's the story of a place called Mouseland.

Mouseland was a place where all the little mice lived and played, were born and died. And they lived much the same as you and I do.

They even had a Parliament. And every four years they had an election. Used to walk to the polls and cast their ballots. Some of them even got a ride to the polls. And got a ride for the next four years afterwards too. Just like you and me. And every time on election day all the little mice used to go to the ballot box and they used to elect a government. A government made up of big, fat, black cats.

Now if you think it strange that mice should elect a government made up of cats, you just look at the history of Canada for last 90 years and maybe you'll see that they weren't any stupider than we are.

Now I'm not saying anything against the cats. They were nice fellows. They conducted their government with dignity. They passed good laws--that is, laws that were good for cats. But the laws that were good for cats weren't very good for mice. One of the laws said that mouseholes had to be big enough so a cat could get his paw in. Another law said that mice could only travel at certain speeds--so that a cat could get his breakfast without too much effort.

All the laws were good laws. For cats. But, oh, they were hard on the mice. And life was getting harder and harder.

And when the mice couldn't put up with it any more, they decided something had to be done about it. So they went en masse to the polls. They voted the black cats out. They put in the white cats.

Now the white cats had put up a terrific campaign. They said: "All that Mouseland needs is more vision." They said: "The trouble with Mouseland is those round mouseholes we got. If you put us in we'll establish square mouseholes." And they did. And the square mouseholes were twice as big as the round mouseholes, and now the cat could get both his paws in. And life was tougher than ever.


And when they couldn't take that anymore, they voted the white cats out and put the black ones in again. Then they went back to the white cats. Then to the black cats.

They even tried half black cats and half white cats. And they called that coalition. They even got one government made up of cats with spots on them: they were cats that tried to make a noise like a mouse but ate like a cat.

You see, my friends, the trouble wasn't with the colour of the cat. The trouble was that they were cats. And because they were cats, they naturally looked after cats instead of mice.


Presently there came along one little mouse who had an idea. My friends, watch out for the little fellow with an idea. And he said to the other mice, "Look fellows, why do we keep on electing a government made up of cats? Why don't we elect a government made up of mice?" "Oh," they said, "he's a Bolshevik. Lock him up!" So they put him in jail.


But I want to remind you: that you can lock up a mouse or a man but you can't lock up an idea.