Qui vive ?  Le communisme !

 

 

« une question intimidante, une question que personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive ?… » J. Gracq

***

« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme commun à tous dans l’avenir. » R. Wagner (1849-1871)

« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)

« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » B. Brecht (1932)

« Il a existé des communes et des communistes de tout temps ; il en existera toujours. » J. Steinbeck (1936)

« Je suis communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme intelligent. »  J. Agee (1939)

« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles, précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)

« Je suis d’un village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et à la carrière, aiment bien le communisme. » M. Darwich (1964)

« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)

« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou (2011)

« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être communiste. » B. Sobel (2011)

« Je reprends à partir du mot “communiste”. » J.-M. Gleize (2011)

 

Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique

diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, écrire à « egalite68 [at] numericable.fr »

Rédaction : François Nicolas [ƒNi]

 

Numéro 20 : 22 janvier 2012

 

(fichier format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/20.pdf

 

 

Sommaire :

Maroc............................................................................................................................................... 3

Manifestations…........................................................................................................................... 3

Une interview  sur l’état interne du mouvement du 20 février.................................................... 3

Syrie................................................................................................................................................. 5

Un article anglais (The Guardian)…............................................................................................. 5

Égypte.............................................................................................................................................. 7

Le mouvement « Kazeboon » - « Menteurs ! »............................................................................. 7

Extrait de l’article de S. Nony......................................................................................................... 7

Documentation............................................................................................................................... 9

Vidéos......................................................................................................................................... 9

Photos......................................................................................................................................... 9

Affiches….................................................................................................................................. 10

« Les monologues de Tahrir »..................................................................................................... 11

Photos des « révoltés du Caire » (Miguel Ange Sanchez)........................................................... 13

Iran................................................................................................................................................. 19

Un article d’Alain Gresh............................................................................................................. 19

Dans la presse libanaise…........................................................................................................... 20

Gaza............................................................................................................................................... 21

Un « métro » à Gaza…............................................................................................................... 21

Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le nom? (5).......................................................... 23

Un documentaire mis à disposition des lecteurs du Qui-vive…................................................... 23

France............................................................................................................................................ 25

Toulouse : « Ceux qui veulent le pays pour tous »..................................................................... 25

L’abjection du PS et de la « gauche » parlementaire…............................................................. 27

Divers............................................................................................................................................. 28

En mars, Circonstances 7 d’Alain Badiou................................................................................... 28

 

Maroc

Manifestations…

Série de manifestations prévues aujourd'hui. Compte rendu dans le prochain Qui-vive

 

Vidéo particulièrement intéressante (car sous-titrée en français) d’un rassemblement (suivi d’une marche) du Mouvement du 20 février, dimanche 15 janvier à Casablanca :

Les manifestants s'en prennent au Qatar, à Al-Jazira et reprennent ensemble :

      "Si les fils du peuple parlent, ils disparaissent tout de suite".

      "Vous avez volé notre pays et l'avez vendu aux étrangers"

      "Notre pays est devenu une entreprise."

      "Qui sommes-nous? Des fis du peuple militants !"

http://www.youtube.com/watch?v=KCBcIXJXShU

 

Une interview  sur l’état interne du mouvement du 20 février

Un interview d'Abdellatif Zeroual sur la situation au Maroc (1° janvier 2012)

Abdellatif Zeroual est membre du Secrétariat national de la Voie Démocratique.  Voix Démocratique est le nom de la principale organisation marocaine d’origine marxiste-léniniste :

http://www.annahjaddimocrati.org/index.php/en/

L’intérêt de cet entretien est de thématiser les difficultés internes du mouvement.

La contrepartie est que l’orientation générale semble infra-politique: amplification et convergence des luttes !

Extraits

Q: Où en est aujourd'hui le mouvement du 20 février et quelles sont les perspectives de lutte surtout après la décision du mouvement d’opposition islamiste Justice et Bienfaisance de se retirer du mouvement?

R:Pendant dix mois, le mouvement du 20 février a occupé la rue organisant, partout dans le pays, des manifs au rythme des journées locales et nationales de mobilisation. Il a refusé la constitution octroyée et a boycotté les dernières élections. Il a résisté à la répression. Des martyrs sont tombés dans cette lutte et des dizaines de détenus politiques croupissent dans les geôles du régime. L’opposition a repris l’initiative et la peur a changé de camp. Le régime est obligé de répondre aux revendications du mouvement par des mesures au niveau politique et social. Parallèlement au mouvement, des luttes sociales importantes (chômeurs, salariés, paysans, lycéens…) se développent. Malgré tout cela, le 20 février ne s’est pas transformé en un large mouvement de masse. Les centaines de milliers de personnes qui sortaient dans les manifs ne suffisaient pas pour changer radicalement le rapport de force en faveur du peuple marocain. La classe ouvrière n’a pas rejoint le mouvement. Les bureaucraties syndicales se sont alliées pour faire face à une telle éventualité en signant un accord social avec le gouvernement. Le rôle des étudiants a été faible quant à leur poids important et les traditions historiques du mouvement estudiantin marocain. Le saut qualitatif au niveau des moyens de lutte et de la base sociale du mouvement du 20 février (nécessaire à sa victoire dans cette lutte) n’a pas été réalisé. Sans doute, la rapide réaction du régime y a joué un rôle considérable. Cela ne doit pas cacher la responsabilité des acteurs du mouvement dont la gauche radicale d’ailleurs désigné avec les islamistes du mouvement Justice et Bienfaisance comme étant le principal moteur du mouvement. Entretemps, les contradictions au sein du 20 février se sont aiguisées. Non contents de voir l’hégémonie des slogans et des mots d’ordre de la gauche, les islamistes, surfant sur la vague de leur montée au pouvoir dans la région, ont cherché à prendre la direction. Confrontés à la résistance des jeunes et de la gauche, ils ont décidé de se retirer. Derrière la surenchère politique et idéologique qui justifie leur retrait, se cache un calcul en termes de coût/bénéfice: Le coût de leur engagement était devenu supérieur au bénéfice qu’ils pouvaient en retirer. Ce type de tactique n’est pas spécifique aux islamistes marocains. Nous le retrouvons aussi chez leur mouvement d’origine: les frères musulmans égyptiens. Malgré tout cela, le mouvement continue dans sa lutte. La dernière journée nationale de mobilisation (25 Décembre) a été un succès. Les conditions objectives (crise mondiale du capitalisme, désillusion imminente par rapport à la réalité du nouveau gouvernement, réduction de la marge de manœuvre du régime…) sont du côté du mouvement Cela ne doit pas nous cacher les lourds défis auxquels il est confronté. Un débat serein et transparent entre ses composantes sur les perspectives de lutte doit commencer. Le gauche radicale marocaine doit prendre ses responsabilitésen répondant aux questions suivantes: comment faire entrer les femmes, les salariés et les étudiants dans la lutte? Comment faire pour radicaliser les moyens de lutte(occupations, grève générale…)? Les luttes sociales, qui se sont développées en parallèle du mouvement, continuent. L’avenir du 20 février est dans l’articulation et l’unification des ces luttes sur la base d’une plateforme actualisée de revendications politiques, économiques et sociales.

Syrie

Un article anglais (The Guardian)…

 qui dénonce la propagande médiatique pour attaquer la Syrie…

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/jan/17/syrians-support-assad-western-propaganda

 

Les Syriens sont une majorité à soutenir le président Assad, mais ce n’est pas des média occidentaux que vous pourriez l’apprendre.

La popularité d’Assad, les observateurs de la Ligue Arabe, l’implication militaire des Etats Unis: tout cela est distordu par la propagande de guerre occidentale.

Par Jonathan Steele, The Guardian (UK) 17 janvier 2012

 

Supposez qu’une enquête d’opinion digne de confiance constate que la plupart des Syriens sont en faveur du maintien au pouvoir de Bachar al-Assad, ne serait-ce pas une information majeure ? Tout particulièrement du fait que cette conclusion irait à l’encontre du discours dominant sur la crise syrienne, et que les media considèrent ce qui est inattendu comme plus intéressant à rapporter que ce qui est évident ?

Pas toujours, hélas. Quand la couverture d’un drame en cours cesse d’être juste et se transforme en arme de propagande, les faits gênants doivent être occultés. Il en a été ainsi pour les résultats d’un récent sondage YouGov Siraj sur la Syrie commandé par The Doha Debates, financé par la Qatar Foundation. La famille royale du Qatar a adopté une des lignes les plus dures contre Assad – l’émir vient juste d’appeler à une intervention de troupes arabes – ça a donc été une bonne chose que Doha Debates ait publié le sondage sur son site web. Ce qui est dommage, c’est qu’il a été ignoré par presque tous les organes de presse de chaque pays occidental dont le gouvernement a appelé Assad à s’en aller.

La conclusion principale était que, alors que la plupart des Arabes ailleurs qu’en Syrie, pensent que le président devrait démissionner, les attitudes à l’intérieur du pays sont différentes. Quelque 55 % des Syriens veulent qu’Assad reste, par crainte d’une guerre civile – un spectre qui n’a pas le même caractère théorique que pour les Syriens qui résident à l’étranger. La moins bonne nouvelle pour le régime d’Assad est que le sondage a aussi observé que la moitié des Syriens qui acceptent son maintien au pouvoir considèrent qu’il doit organiser des élections libres dans un futur proche. Assad prétend qu’il est sur le point de le faire, une promesse qu’il a répétée dans ses derniers discours. Mais il est d’une importance vitale qu’il promulgue la loi électorale le plus vite possible, autorise les partis politiques et s’engage à permettre à des observateurs indépendants de contrôler le scrutin.

Le biais dans la couverture médiatique continue avec la distorsion de la mission d’observation de la Ligue Arabe en Syrie. Quand la Ligue avait soutenu une zone d’exclusion aérienne en Libye au printemps dernier, elle avait eu droit aux éloges de l’Occident pour son action. Sa décision de faire médiation en Syrie a été moins bien accueillie par les gouvernements occidentaux et par les organisations d’opposition syriennes les plus en vue qui sont de plus en plus en faveur d’une solution militaire plutôt que politique. La démarche de la Ligue a donc été rapidement mise en doute par les dirigeants Occidentaux, et la majorité des média occidentaux s’est faite l’écho de cette position. La crédibilité du président Soudanais de la mission a été attaquée. Des critiques du fonctionnement de la mission formulées par un de ses 165 membres ont fait les gros titres. Des demandes ont été faites pour que la mission se retire en faveur d’une intervention de l’ONU.

Les détracteurs semblaient craindre de voir la mission d’observateurs Arabes rapporter que la violence armée n’est plus l’apanage des forces du régime, et que l’image de manifestants pacifiques brutalement réprimés par l’armée et la police est fausse. Homs et quelques autres villes syriennes sont en train de devenir comme Beyrouth dans les années 1980 ou Sarajevo dans les années 1990, avec des affrontements entre milices qui font rage le long de lignes de faille ethniques et sectaires.

Il en va de même pour l’intervention militaire étrangère qui a déjà commence. Elle ne suit pas le modèle libyen car la Russie et la Chine sont furieuses d’avoir été bernées par l’Occident au Conseil de Sécurité l’an dernier. Elles n’accepteront pas une résolution de l’ONU qui permettrait un quelconque recours à la force. Le modèle pour la Syrie est d’un type plus ancien, qui remonte à l’époque de la guerre froide, avant que les « interventions humanitaires » et la « responsabilité de protéger » soit développée et souvent utilisée à mauvais escient. Souvenez-vous du soutien de Ronald Reagan aux Contras qu’il armait et entraînait pour essayer de renverser le gouvernement sandiniste du Nicaragua à partir de bases au Honduras ? Remplacez le Honduras par la Turquie, la base arrière où la soi-disant Armée Syrienne Libre s’est installée.

Là aussi, le silence des media occidentaux est remarquable. Aucun journaliste n’a rendu compte d’un article important de Philip Giradi, un ancien officier de la CIA qui écrit maintenant pour American Conservative – un magazine qui critique le complexe militaro-industriel d’un point de vue néoconservateur dans la lignée de Ron Paul, qui s’est classé deuxième dans la primaire républicaine du New Hampshire la semaine dernière. Giraldi affirme que la Turquie, un pays membre de l’OTAN, est devenue l’agent exécutant de Washington et que des avions militaires de l’OTAN dont les marques d’identification ont été retirées se sont posés à Iskenderun près de la frontière syrienne pour débarquer des volontaires Libyens et des armes saisies dans l’arsenal de feu Mouammar Kadhafi. « Des formateurs appartenant aux forces spéciales françaises et britanniques sont sur place, » écrit-il, « prêtant assistance aux rebelles tandis que la CIA et les Special Ops US fournissent du matériel de télécommunications et des informations pour aider la cause rebelle, rendant les combattants capables d’éviter les concentrations de troupes syriennes… »

Alors que le risque d’une guerre totale augmente, les ministres des affaires étrangères de la Ligue Arabe s’apprêtent à se rencontrer au Caire ce weekend pour discuter de l’avenir de leur mission en Syrie. Il y aura à coup sûr des informations des media occidentaux pour souligner les propos de ces ministres qui ont le sentiment que la mission a « perdu sa crédibilité, » « a été dupée par le régime » ou « a échoué à faire cesser la violence. » Les arguments contraires seront minimisés ou occultés.

Malgré les provocations venues de tous côtés, la Ligue devrait s’en tenir à ses constatations. Sa mission en Syrie a vu des manifestations pacifiques aussi bien pour que contre le régime. Elle a vu, et dans certains cas souffert, de la violence exercée par des forces d’opposition. Mais elle n’a pas encore eu assez de temps ni de personnel suffisamment nombreux pour parler avec un large échantillon d’acteurs en Syrie et donc pour pouvoir faire un ensemble de recommandations claires. Par-dessus tout, elle n’a même pas commencé à accomplir cette partie de son mandat qui lui demande de contribuer au lancement d’un dialogue entre le régime et ses détracteurs. La mission doit rester en Syrie et non être brusquement révoquée.

Égypte

Le mouvement « Kazeboon » - « Menteurs ! »

Toujours sur l’intéressant blog de Sylvie Nony, des précisions concernant le travail d’agitation et propagande des jeunes révolutionnaires.

Certains ont choisi de nommer leur mouvement du signifiant « Menteurs » (en parlant donc de l’Armée), qu’ils transcrivent « Kazeboon » (ce serait, plus littéralement, kâzibûn) :

J’ajoute, à la suite de l’article publiée sur le blog en question (article qui porte plutôt sur une intervention des « Jeunes de la Révolution »), une documentation rassemblée sur le net sur le mouvement « Kazeboon » proprement dit.

Tout ceci fait apparaître assez clairement qu’il s’agit là dans les deux cas, de mouvements de dénonciation (de l’Armée et de ses violences), de mouvements donc oppositionnels plutôt qu’affirmatifs (qui déclareraient leurs propres principes de pensée). Mais il faut bien sûr laisser du temps au mouvement en cours…

Extrait de l’article de S. Nony

Kazeboon : c’est le nom de la campagne initiée par plusieurs mouvements de jeunes issus de la révolution que j’évoquais dans mon précédent post. Ils ont bien sûr une page Facebook où l’on trouve de nombreuses informations.

Mais partant du principe que tout le monde n’est pas pendu à Facebook ou Tweeter, ils ont décidé de se déplacer dans tous les quartiers et tous les gouvernorats d’Égypte pour informer des crimes de l’armée, de la répression qui continue, pour dénoncer la corruption qui persiste et pour appeler à rejoindre leurs mouvements, notamment le 25 janvier prochain. Leur mot d’ordre est le départ de l’armée du pouvoir au plus tard en juin prochain.

D’autres mouvements mènent la campagne en leur propre nom et c’est celui des chabad al-thawra (Jeunes de la révolution) qui avait investi hier soir la place Talaat Harb, pourtant ouverte à la circulation qui à cette heure-là (19h) allait bon train.

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Revenant de chez Felfela où j’étais allée m’acheter un bol de soupe aux lentilles (délicieuse, je recommande), je suis donc en mesure de décrire le dispositif avec davantage de détails. Révolutionnaires de tous les pays, prenez des notes :

      un vidéo-projecteur et sa tablette (ici trois cartons empilés)

      un écran (en occurrence un drap, tendu et scotché sur le piédestal de la statue)

      un ordinateur portable

      un mégaphone suffisamment haut placé et là, personne n’y avait pensé avant eux, mais la main de T. Harb, premier banquier d’Égypte (paix à son âme), était particulièrement bien placée pour faire office.

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Moyens militants :

      un jeune au micro, lisant des textes, interpellant les gens, relayant les remarques et les questions. Il proposait aussi régulièrement aux gens de partir avec un DVD contenant l’ensemble des films et des documents qui, pour quelques guinées, assurait la répercussion de l’initiative dans les familles et les quartiers ;

      une jeune au clavier du portable qui fait défiler les films (essentiellement ceux des exactions de l’armée de ces derniers mois), les diaporamas, les textes ;

      un troisième s’est avéré particulièrement utile pour maintenir le vidéoproj en équilibre (instable) sur les trois caisses ;

      quelques autres, je suppose,  pour surveiller une éventuelle arrivée des forces de l’ordre.

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Ah, j’oublie l’essentiel car la question me taraudait depuis le début (déformation professionnelle sans doute) : où prennent-ils le jus ?

Il faut donc ajouter à la liste de courses un long câble (20 m). J’ai méticuleusement suivi celui utilisé hier pour alimenter tout ce petit matériel, curieuse que j’étais de voir où il allait.

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Après avoir prié les gens groupés autour de la statue d’écarter leurs pieds, puis suivi les circonvolutions du dit câble autour du terre-plein central, j’ai fini par apercevoir un départ prometteur qui semblait se diriger vers la pâtisserie Groppy, qui est aussi le rez-de-chaussée du local du hezb el-ghad, le parti d’Ayman Nour.

Que nenni, le branchement était nettement plus prosaïque que cela et je vous laisse deviner la suite en images.

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Ne dîtes plus qu’on ne peut rien contre le monopole des médias par le pouvoir !

Documentation

Vidéos

Meeting de "Kazeboon" à la Faculté d'informatique du Caire : http://vimeo.com/35070140

Projection  à Assouan : http://www.youtube.com/watch?v=EEOi7eAmb1M

Photos

Intervention le 17 janvier à Alexandrie :

http://www.flickr.com/photos/74590355@N06/sets/72157628915741315

Intervention à Béni Souef : http://www.flickr.com/photos/hgebaly/sets/72157628923641143

Affiches…

*

Le Maréchal brandit l’affiche : « Le peuple veut la chute du Maréchal ! »

**************

« Les monologues de Tahrir »

Un projet « artistique » à suivre ?

L’argumentaire qui suit est un peu bébête mais il est peut-être caractéristique d'orientations qui ont cours. En tous les cas, il croise de manière inattendue mon propre projet de mettre en résonances Bastille-Sorbonne 1968 et Tahrir 2011…

http://www.tahrirmonologues.com/

http://www.facebook.com/TahrirMonologues

Le pouvoir cicatrisant de l’art dans l’Egypte postrévolutionnaire

LE CAIRE, par Sally Zohney | CGNews - Le 21 janvier 2012

 

La révolution a imposé des changements drastiques, à tous les niveaux, dans la vie des Egyptiens. Alors qu’une attention certaine était portée sur les changements politiques spectaculaires, il faudrait s’intéresser d’un peu plus près à la tempête culturelle et artistique qui s’est abattue sur l’Egypte depuis le début de 2011. Loin d’être confinée dans des galeries d’art ou sur des écrans de cinéma, cette nouvelle vague d’expression artistique déborde dans toutes les sphères de la vie et provoque l’effritement des anciennes frontières.

Depuis l’éviction de Moubarak en février 2011, toute personne se promenant dans les rues du Caire ne peut que remarquer les « graffitis au pochoir » appelant à la protestation et encourageant les gens à rejoindre le mouvement. La prolifération de ce genre de graffitis socialement engagés devient de plus en plus importante dans le contexte des contrôles croissants sur la participation politique, y compris les arrestations en masse des jeunes activistes ainsi que les actions brutales menées par la police et les forces militaires contre les protestataires et les révolutionnaires. Lorsque l’on marche dans le centre du Caire et que l’on voit ces graffitis retraçant le portrait d’un jeune homme ou d’une jeune femme, il est probable qu’il ou qu’elle ait été tué au cours de la révolution, ou bien arrêté.

Mais l’art n’est pas seulement utilisé afin d’informer le public, il est aussi exploité afin de combler les inégalités. L’art s’est toujours révélé un excellent outil afin de rassembler les gens, et ceci est particulièrement vrai dans l’Egypte post Moubarak. La révolution a rompu beaucoup de frontières et de stéréotypes : dans les rues, les hommes et les femmes sont égaux, les riches et les pauvres partagent de la nourriture et dorment sous les mêmes tentes. Tous réclament égalité et justice.

Graduellement la musique, les chants, l’humour, le théâtre, la poésie et la littérature esquissent le reflet de ces nouvelles réalités. Les jeunes révolutionnaires commencent à plus s’identifier avec la langue arabe ainsi qu’avec la culture et l’identité égyptienne. La classe ouvrière a commencé à se sentir plus importante et appréciée ; des groupes préalablement marginalisés ont vu leurs problèmes ouvertement discutés au travers de chansons de rue, de vidéos et d’évènements communautaires.

Les « monologues de Tahrir » représentent un parfait exemple de l’art révolutionnaire, démarche à laquelle je suis de plus personnellement liée. Cette action indépendante exploite une série de monologues chronologiques et vise à recréer les émotions et les expériences ressenties ou vécues par différentes personnes au cours des 18 jours grisants qui ont abouti au renversement du régime Moubarak. Conçus par un groupe d’artistes amateurs égyptiens, les monologues servent de rappel cathartique encourageant de la scène locale durant le soulèvement. Les monologues reflètent non seulement la vie et les émotions des révolutionnaires, mais ils vous emmènent aussi à travers les sentiments de personnages très divers : une jeune femme révolutionnaire qui défie sa famille afin d’aller manifester dans les rues, une mère qui amène chaque soir de la nourriture sur la place, un artiste, un vieux vendeur de rue, un officier de police, un jeune membre de la bourgeoisie et des individus qui pensaient n’avoir aucune raison de vivre.

Aussi différents de nous qu’ils puissent sembler, nous, l’audience, apprenons à nous identifier à chacune de leur histoire et de leurs motivations. En mettant en lumière des histoires individuelles provenant de personnes si différentes, les monologues traitent également d’autres problèmes sociaux et culturels : les limitations de participation à la vie publique rencontrées par les femmes, la liberté d’expression, les tensions sectaires entre musulmans et chrétiens. Ils bravent ainsi les règles sociales précédentes qui imposaient le silence sur ce genre de problèmes et qui limitaient la liberté individuelle.

Une autre opération source d’inspiration, menée par un groupe de jeunes et talentueux artistes, est le projet Mars, qui est actuellement en tournée à travers l’Egypte et qui rend visite aux communautés du sud dans lesquelles les jeunes reçoivent rarement de l’attention, ainsi qu’auprès de groupes de bédouins, afin d’organiser des évènements de « micro-ouvert » qui permettent à chacun de s’exprimer. Amenant de l’énergie, de la chaleur, et de la créativité dans les rues, ce projet encourage les gens à embrasser leur identité nationale indépendamment des affiliations qui pourraient semer la discorde. Cette vague artistique est nouvelle en Egypte, défiant les notions préconçues sur certaines communautés ou secteurs de la société qui ont pendant longtemps été incorrectement présentés malgré leur très riche héritage.

Dans cet espace créatif nouvellement libéré de l’Egypte postrévolutionnaire, les artistes de toutes sortes continuent de bourgeonner. Au-delà de la simple expression de soi ou de l’art pour l’art, la signification de cette renaissance artistique est également sociale et politique. Elle promeut l’éducation à large échelle et défie des problèmes qui étaient considérés comme tabous, tels que la liberté des femmes, les limites de la participation politique et l’oppression de minorités. Dans la nouvelle Egypte, l’art est un instrument de changement social.

 

Sally Zohney est militante des droits des femmes, conteuse, photographe amateur et membre de SAWA Egypt et des Monologues de Tahrir.

Photos des « révoltés du Caire » (Miguel Ange Sanchez)

Je ne résiste pas au plaisir de mettre en circulation, en grand format, ces photos, publiées dans le magazine du Monde. Chacun, qui a des yeux pour voir, comprendra pourquoi.

Iran

Un article d’Alain Gresh

Pour évaluer le caractère imminent ou non d’une possible attaque contre l’Iran…

Quand Israël attaquera-t-il l’Iran ? Il y a deux ans…

mardi 17 janvier 2012, par Alain Gresh

Interrogé il y a quelques jours pour savoir quand Israël attaquerait l’Iran, Patrick Clawson, chercheur au Washington Institute for Near East Policy (Winep), un think-tank lié au lobby pro-israélien, répondait : « Il y a deux ans » (cité par Scott Shane, « Adversaries of Iran Said to Be Stepping Up Covert Actions », The New York Times, 11 janvier).

Cette déclaration venait après le meurtre à Téhéran d’un jeune physicien nucléaire, qui faisait lui-même suite à plusieurs autres meurtres « mystérieux », dont on s’étonne qu’ils aient été si peu dénoncés par les défenseurs des droits humains — une pétition circule toutefois pour les condamner, « Petition against the Murder of Iranian Scientists »). L’Iran a aussi été victime ces derniers mois de cyber-attaques par le virus Stuxnext (lire Philippe Rivière, « Cyber-attaque contre Téhéran », Le Monde diplomatique, mars 2011).

Cette escalade est incontestablement le fait d’Israël, qui ne cherche même pas à démentir. En revanche, il est plus difficile de saisir quelle est la stratégie du président Obama. Au moment même où l’administration américaine affirme, haut et fort, sa solidarité totale avec Israël et sa détermination à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, les manœuvres militaires entre Israël et les Etats-Unis sont reportées et les explications avancées pour ce report sont loin d’être claires ; Hillary Clinton condamne fermement le meurtre du chercheur à Téhéran ; les services de renseignement « occidentaux » (en fait américains) faisaient filtrer des informations sur la responsabilité du Mossad dans les meurtres des scientifiques iraniens (Karl Vick and Aaron J. Klein, « Who Assassinated an Iranian Nuclear Scientist ? Israel Isn’t Telling », Time Magazine, 13 janvier) ; parallèlement, ils divulguaient des informations sur des agents israéliens qui tentent de se faire passer pour des membres de la CIA afin de recruter des combattants sunnites opposés au régime iranien (Mark Perry, « False flags », Foreign Policy, 13 janvier). Enfin, les Etats-Unis ont lancé une sévère mise en garde à Téhéran contre tout blocage du détroit d’Ormuz et mobilisent leurs alliés pour arrêter les achats de pétrole iranien.

Comment expliquer ces contradictions ? Gary Sick, un ancien conseiller du président Jimmy Carter, avance deux explications possibles : l’incompétence d’un côté ; de l’autre, un rideau de fumée pour préparer un nouveau dialogue avec Téhéran (« Stealth Engagement ? », Gary’s choices, 16 janvier 2011). Et il penche pour la seconde.

Il relève ainsi les déclarations de Leon Panetta, le secrétaire américain à la défense et ancien directeur de la CIA. Le 2 décembre 2011, celui-ci dressait un tableau catastrophique des conséquences d’une guerre contre l’Iran ; quelques jours plus tard, le 19 décembre sur CBS, il affirmait que l’Iran aurait peut-être une bombe atomique d’ici un an ; enfin le 8 janvier, à la question de savoir si l’Iran voulait la bombe atomique, il répondait… non.

Gary Sick met en avant trois facteurs explicatifs à cette apparente incohérence. D’abord, on est en pleine année électorale aux Etats-Unis, avec un Congrès favorable à une escalade des sanctions, notamment contre le pétrole iranien — avec le risque qu’elle soit analysée à Téhéran comme « un acte de guerre ». D’autre part, pour le président Obama, et compte tenu des conséquences d’un conflit dans le Golfe, il est important de retourner à la table des négociations. Enfin, il y a l’extrémisme du gouvernement Netanyahou et son influence aux Etats-Unis, notamment dans la perspective de l’élection présidentielle, même si, comme le rappelle Sick, il existe des réserves face à une aventure militaire — Ron Paul, l’un des candidats à l’investiture républicaine, s’est ouvertement prononcé contre.

Dans ces conditions, la stratégie du président Obama serait d’ouvrir une voie de communication avec Téhéran, tout en accompagnant les gestes d’ouverture de déclarations dures à l’encontre du régime iranien. Et il multiplie les pressions sur Israël pour que ce pays ne s’engage pas dans une aventure militaire. Selon Sick, la visite du président du Parlement iranien Ali Larijani à Ankara en janvier et ses déclarations sur une reprise des négociations avec les pays occidentaux, s’inscriraient dans le cadre des tentatives de dialogue lancées par la Maison Blanche.

Ces initiatives n’ont pas l’heur de plaire à Nicolas Sarkozy et aux Européens, qui poussent les Etats-Unis à adopter des positions plus fermes, au lieu de jouer le rôle de facilitateur et de favoriser le dialogue. Et qui ne veulent surtout pas entendre parler d’un Proche-Orient débarrassé des armes nucléaires, ce qui impliquerait qu’Israël renonce à la bombe. C’est pourtant la meilleure solution, comme l’expliquent Shibley Telhami et Steven Kull dans un article du New York Times, le 15 janvier, « Preventing a nuclear Iran, peacefully ».

Dans la presse libanaise…

Les USA préserveront leur flotte de porte-avions, malgré les coupes

 

Les coupes budgétaires qui touchent le Pentagone ne doivent pas affecter les porte-avions de la marine américaine, raison pour laquelle "le président (Obama) et nous tous au ministère avons décidé qu'il est important de préserver notre flotte de porte-avions, ce qui signifie que nous allons garder nos 11 porte-avions", c'est ce qu'a déclaré le secrétaire à la guerre Leon Panetta à l'occasion d'un déplacement samedi à bord de l'USS Enterprise.
 
Panetta a justifié le maintien des 11 navires, emportant chacun près de 80 avions et hélicoptères, afin de préserver la force de projection américain "dans le Pacifique et au Moyen Orient".

Il a en revanche laissé entendre que la marine et ses 285 navires seraient affectés par les coupes claires. Le Pentagone doit trouver 487 milliards d'économies au cours des 10 prochaines années. Le chef du Pentagone doit présenter le premier budget d'austérité dans les jours à venir.

L'USS Enterprise sera retiré du service à la fin de l'année. La marine n'aura alors que 10 porte-avions pendant près de trois ans, le temps que la construction de l'USS Gerald Ford soit achevée.

L'Enterprise croise actuellement au large de la Géorgie (sud-est) avant son dernier déploiement, le 22e de son histoire. Il doit partir en mars vers le Moyen Orient et "passera le détroit d'Ormuz" à un moment ou à un autre, a encore dit Panetta.

Gaza

Un « métro » à Gaza…

Un projet farfelu d’un plasticien gazaoui (Mohamed Abusal) mais qui fait sens…

http://abusalmohamed.com/artworks/art-id/36

« Un métro à Gaza » est une installation multi-supports qui apporte une solution visuelle éphémère tentant de transformer la situation chaotique des transports dans la Bande de Gaza, en imaginant un moyen de transport sophistiqué, métro ou tramway, d'une manière visuelle donc, à travers une œuvre artistique basée sur la photographie, le son, la vidéo et les réactions des spectateurs. Le concept du projet part du constat que les gazaouis ont au moins une petite expérience à creuser des tunnels… mais qu’il leur faut aussi du rêve, et pourquoi pas avec une proposition artistique.

Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le nom? (5)

Un documentaire mis à disposition des lecteurs du Qui-vive…

«Ratnice, voljno !» / « Combattants, rompez ! » (1966, noir et blanc)

Où l'on vérifie qu'un bon partisan et un bon soldat en temps de guerre ne fait pas pour autant un bon dirigeant en temps de paix. Soit le drame de cette génération de communistes, formés dans la guerre de partisans et prenant ensuite en charge un nouvel État puis devenant dirigeants d'entreprise…

Noter que dans ce documentaire, le dirigeant est convoqué devant ce qui ressemble plus à une AG des ouvriers que devant une simple cellule du Parti…

Autre point frappant : la discussion porte sur l'honnêteté ou non, guère sur la ligne politique suivie, aucunement sur l'orientation du développement de l'entreprise.

Où l'autogestion apparaît, une fois de plus, comme un culte de l'entreprise (concurrente des autres entreprises beaucoup plus que collaboratrice), nullement comme une orientation communiste.

Le communiste y est simplement l'honnête homme…

Chose non moins curieuse : le dirigeant, exclu du Parti après 20 ans de présence, vote lui-même pour son exclusion!

 

Ce qui frappe formellement dans ce film, c’est l’attention portée aux visages des gens et la qualité des images qui en découle : l’intelligence communiste, c’est aussi la capacité de déceler la beauté générique chez chacun.

D’où le diaporama composé par mes soins et affiché plus haut…

 

Le film (260 M°) est téléchargeable à l’adresse suivante :

http://www.entretemps.asso.fr/Pro/Combattant.mp4

 

La semaine prochaine, second documentaire : « Première déclinaison : l’Homme »

France

Toulouse : « Ceux qui veulent le pays pour tous »

Le dernier papier des amis toulousains, « contre la dictature des experts »…


L’abjection du PS et de la « gauche » parlementaire…

Islam, une police de la pensée socialiste

mercredi 18 janvier 2012, par Alain Gresh

On le savait depuis longtemps, le Parti socialiste a rompu avec le marxisme sur le terrain économique et ne réclame plus, au mieux, qu’une gestion un peu moins brutale du capitalisme. En pleine crise économique, la plus grave que l’on ait connue depuis 1929, les recettes du candidat François Hollande sont bien timorées et, sur le fond, proches de celles de la droite (n’est-il pas partisan de la « règle d’or » qui interdirait tout déficit budgétaire ?).

En revanche, il y a un domaine dans lequel le PS se glorifie de son ancrage à gauche : celui de la laïcité. Et, le Sénat étant passé à gauche, il a décidé de s’en servir pour prouver ses convictions et pour s’attaquer une fois de plus au cléricalisme et à la calotte. Pas celle de l’Eglise catholique évidemment – jamais le PS n’a mis en cause, quand il était au gouvernement, le statut particulier de l’Alsace-Moselle et la place qu’y occupent les religions ; le PS ne parle plus non plus de s’attaquer à l’enseignement religieux financé par l’Etat –, mais celle de cette nouvelle Eglise, si puissante dans notre société, dont les membres ont infiltré tous les rouages de l’Etat, du Parlement, du Sénat (on ne compte plus le nombre de ses élus dans cette assemblée), des médias, etc. : celle de ces musulmans qui s’attaquent aux fondements mêmes de notre société.

Délaissant donc la crise, le chômage, le mal-logement et autres détails de la vie publique, la nouvelle majorité de gauche au Sénat, dans une de ses premières manifestations d’indépendance, a décidé d’examiner une « Proposition de loi visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées en charge de la petite enfance et à assurer le respect du principe de laïcité ». Après avoir, en décembre, décrété la neutralité des crèches et des centres de loisirs et de vacances, elle s’attaquait, le 17 janvier, à celle des assistants maternels.

L’article adopté est ainsi rédigé : « Art. L. 423-23 A. — À défaut de stipulation contraire inscrite dans le contrat qui le lie au particulier employeur, l’assistant maternel est soumis à une obligation de neutralité en matière religieuse dans le cours de son activité d’accueil d’enfants. »

Il est ironique de noter que Mme Françoise Laborde, à l’initiative de ce texte, expliquait le 17 janvier qu’elle aurait « pu préciser qu’il s’agissait, dans cet article, de neutralité religieuse et politique ; cela m’aurait peut-être épargné les mauvais procès en islamophobie ». Mais pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Pourquoi la mention de la neutralité politique n’est-elle pas précisée ? Faut-il rappeler que la commission Stasi avait proposé l’interdiction du port par les élèves de signes religieux ET politiques ? Si l’Assemblée nationale a réduit l’interdiction aux signes religieux, c’est bien par... islamophobie, quoi qu’en dise Mme Laborde.

Intervenant dans le débat, Mme Esther Benbassa, sénatrice Verts, demandait ce qu’était la neutralité au domicile d’un assistant maternel : « Une représentation de La Mecque ? Une reproduction d’une annonciation de Fra Angelico ou d’un “Judith et Holopherne” ? Une manière de préparer le repas ? » On pourrait ajouter : faudra-t-il qu’un policier reste en permanence au domicile de l’assistant maternel pour vérifier qu’il ne prie pas cinq fois par jour ? qu’il ne cuisine pas hallal ? qu’il ne lit pas le Coran ?

Et si le texte s’était étendu à la neutralité politique, comme prétend le souhaiter Mme Laborde, aurait-il fallu un policier pour vérifier les lectures subversives ? ou l’absence de portraits de Guevara ou de de Gaulle (il est peu probable que quelqu’un affiche un portrait de Hollande) ?

Le groupe socialiste s’indigne sans aucun doute quand la police religieuse iranienne vérifie que les femmes sont correctement voilées à Téhéran, mais exige que l’on aille vérifier, au domicile personnel, les convictions de chacun.

Il n’y a pas que dans le domaine économique que le PS a oublié ses racines marxistes. En 1874, Friedrich Engels épinglait ceux qui avaient « la prétention de transformer les gens en athées par ordre du mufti ». Et, l’année suivante, Karl Marx écrivait : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels sans que la police y fourre son nez. »

Divers

En mars, Circonstances 7 d’Alain Badiou

nouvelles éditions lignes

Essai en librairie le 16 mars

 

ALAIN BADIOU

Sarkozy : pire que prévu

Les autres : prévoir le pire

Circonstances, 7 : Sur la religion du vote

Dans ce septième volume de la série « Circonstances », intitulé Sarkozy : pire que prévu, les autres : prévoir le pire, Alain Badiou tire les enseignements politiques de la présidence catastrophique de Nicolas Sarkozy. Les prochaines élections présidentielles lui offrent l’occasion d’affirmer son opposition de principe au prétendu choix démocratique que constituerait le « vote ». Ce dernier ressortit selon lui à un pur et simple « choix forcé qui annule toute pensée autonome et tout désir vrai ».

 

*

 

Le vote se présente comme un choix démocratique. Mais la condition de ce choix, le choix premier, le choix du choix, c’est de voter, c’est d’avoir foi dans le vote.

Ce choix primordial, tenu en réalité pour une évidence (dont le nom usurpé est « démocratie »), est tout simplement l’acte d’allégeance au système politique existant. Il résume la religion dont nous devons êtres les fidèles croyants. Cette religion proclame qu’il n’y a rien de mieux à faire en politique que de participer au consensus « démocratique », dont le vote est la cérémonie. Nous crions en chœur « vive la démocratie ! », même si rien d’acceptable, encore moins de créateur, n’en résulte pour notre existence réelle – singulièrement l’existence des travailleurs ordinaires, pour ne rien dire ce ceux qui viennent de contrées démunies et lointaines –, exactement comme dans d’autres siècles même le plus miséreux des serfs devait crier avec ferveur « vive le Roi ! », « vive notre bon Roi ! ».

Que faire et que dire si l’on tient que cette foi est aberrante, comme on le voit tous les jours ? Comment résister aux délations et inquisitions qui, si vous vous soustrayez au consensus, vous désigne à la vindicte générale sous les noms que toute religion invente pour ses apostats (« Totalitaire ! », « Fasciste ! », « Stalino-maoïste ! », « Antisémite ! ». J’en passe, et des meilleures.)

Nous pouvons au moins trois choses :

      Profiter sans vergogne d’une conjoncture électorale particulièrement peu exaltante pour montrer que nous avons affaire à un choix forcé qui annule toute pensée autonome et tout désir vrai, et cela pour absolument rien. Il faut pour ce faire en passer par une critique décisive du concept de « gauche », qui sert depuis deux siècles à déguiser en « choix de société » une variante de la cérémonie politique en l’honneur du Capital.

      Organiser la résistance à l’increvable argument : « en effet, le parlementarisme, ce n’est pas fameux, mais tout le reste est pire ». Argument qui revient à prétendre qu’il y a un pire qui est moins pire que le pire.

      Montrer que se soustraire à cette convocation par l’État qu’est le vote est une condition subjective de la liberté. La liberté de créer obstinément les lieux nouveaux d’une politique d’émancipation.