Qui vive ? Le communisme !
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« une question intimidante, une question que personne encore au monde
n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive
?… » J. Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la
délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme
commun à tous dans l’avenir. »
R. Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je
suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons
au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non
pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » B. Brecht (1932)
« Il a existé des communes et des communistes de tout
temps ; il en existera toujours. »
J. Steinbeck (1936)
« Je suis communiste
par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme
intelligent. » J. Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété
africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles,
précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)
« Je suis d’un
village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et
à la carrière, aiment bien le communisme. »
M. Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le
vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne
pas être communiste. » B. Sobel (2011)
« Je reprends à partir du mot “communiste”. » J.-M. Gleize (2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique
diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, écrire à « egalite68 [at] numericable.fr »
Rédaction :
François Nicolas [ƒNi]
Numéro 18 : 8 janvier 2012
(fichier format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/18.pdf
Sommaire :
Iran................................................................................................................................................... 3
Maroc............................................................................................................................................... 4
Affrontements…........................................................................................................................... 4
Algérie.............................................................................................................................................. 6
Un rappel, 20 ans après le coup d’État contre
le FIS, vainqueur des élections............................ 6
Tunisie.............................................................................................................................................. 9
Nouveaux affrontements…........................................................................................................... 9
Un nouveau suicide par le feu…................................................................................................. 10
Syrie............................................................................................................................................... 11
L’invention d’un théâtre de marionnettes….............................................................................. 11
Liban.............................................................................................................................................. 13
Déclaration d’un point…............................................................................................................ 13
Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le
nom? (3).......................................................... 14
Le film Azra
mis à disposition des lecteurs du Qui-vive…............................................................ 14
6-5-4-3-2-1.................................................................................................................................. 14
Une intéressante étude................................................................................................................ 15
La crise du capitalisme « occidental »............................................................................................ 20
Une drôle de question, abordée par le petit
bout de la lorgnette…............................................ 20
Quel art, contemporain de notre monde ?..................................................................................... 21
La guerre d'agression de "l'Occident" (EU+France+Israël+x) contre
l'Iran semble imminente.
Il va de soi qu'il convient de la condamner avec la dernière énergie.
S’il s'agissait vraiment de limiter l'armement nucléaire, alors que les
puissances agressives, toutes détentrices de l'arme nucléaire (à commencer par
Israël, qui n'a même pas signé le Traité de non-prolifération qu'a par contre signé
l'Iran et qui se trouve donc en situation ouverte de banditisme nucléaire)
commencent par supprimer le leur pour mieux s'autoriser de détruire celui des
autres! Mais, bien sûr, cette supposée "question nucléaire" n'est
qu'un prétexte.
La question qui va alors nous être maintenant posée très vite: que faire quand cette agression va être déclenchée? Quelles déclarations, quelles manifestations?
Pour localiser la ville de Taza (marquée d’un A sur fond rose) :

http://www.aloufok.net/spip.php?article6329
Plus de 30 blessés dans des affrontements entre les forces de l’ordre et
les jeunes de Taza
La ville de Taza a connu une journée très mouvementée ce mercredi 4
janvier. De violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre à des
jeunes de la ville, faisant au moins une trentaine de blessés des deux côtés. La
situation a dégénéré lorsque des diplômés chômeurs en sit-in, ont été rejoints
par des habitants d’un quartier populaire et par des étudiants en grève. Le
calme est de retour ce jeudi matin, mais la tension reste palpable dans la
ville.
Scènes de révoltes ce mercredi 4 janvier dans la ville de Taza. Au moins 30
personnes ont été blessées, dont 5 cas graves, lors des violents affrontements
ayant opposé les forces de l’ordre à des jeunes de la ville. A en croire Mohamed
Chiabry, président de la section locale de l’Association marocaine de défense
des droits de l’Homme qui donne ce bilan, « il y a beaucoup plus de
blessés, car de nombreuses personnes blessées ont eu peur d’aller se faire
soigner à l’hôpital ». La plupart des hospitalisés, a-t-il déclaré à Yabiladi.com,
sont des agents des forces de sécurité qui faisaient face aux manifestants.
« Une estafette en panne a été incendiée, et son chauffeur
malmené par les jeunes », raconte le président de local l’AMDH qui parle
aussi du cas « d’un jeune heurté par un véhicule de la police qui a foncé
sur la foule pour tenter de disperser les manifestants » et de « deux
jeunes isolés qui ont été matraqués » à volonté par les policiers. Des
scènes d’émeutes qui se sont déroulées durant une bonne partie de la journée
d’hier à Taza et déclenchées par des sit-in de diplômés chômeurs.
Vers 11h, des membres d’une association de diplômés chômeurs manifestaient
dans le quartier administratif de Taza alors qu’un autre groupe se faisait
entendre devant le siège de la province de la ville. Ces derniers, à l’instar de leurs camarades dans
plusieurs villes du royaume, ont voulu occuper le bâtiment
public, entrainant l’intervention des forces de l’ordre. « C’est
lorsqu’une femme enceinte parmi les manifestants a été violentée par la police
que les hostilités se sont vraiment déclarées », narre Mohamed Chiabry.
Les échauffourées gagnent alors le quartier populaire de Koucha (nouvellement
dénommé Taqqadoum) dont les habitants se plaignent depuis plusieurs jours de
la cherté des factures d’eau et d’électricité. Dans ce quartier où
« les gens estiment n’avoir rien à perdre en raison de leurs conditions de
vie [chômage des jeunes et précarité], une femme a même dit à son enfant
d’aller porter un coup de main aux jeunes qui affrontaient la police »,
rapporte Chiabry. Les étudiants de la faculté, en grève, ont également grossi
les rangs des protestataires dans la soirée, en plus d’avoir bloqué la
circulation sur l’axe Fès-Oujda.
« Il faut trouver des solutions aux problèmes des jeunes et aux
habitants des quartiers populaires », conseille le représentant de l’AMDH,
qui parle de « violations des droits de l’Homme » et de
« violences des deux côtés [police et manifestants] » à Taza.
« Les citoyens ont le droit de manifester, mais la violence n’est pas
admise », rappelle-t-il. Ce jeudi, les diplômés chômeurs avaient promis
d’organiser une nouvelle manifestation, face aux renforts de policiers dépêchés
sur la ville. La tension reste vive à Taza, même si dans la matinée, la
situation était encore calme.
Ce qui me frappe, plus encore que la voiture de police fonçant sur les
manifestants, ce sont ces manifestants faisant reculer la police (voir à partir
de 3')
http://www.youtube.com/watch?v=PgWWQTR38y4
Maroc :
une voiture de police fonce sur les manifestants (vidéo)
Un article intéressant (El Watan) : il rappelle l'histoire (le coup
d'État militaire il y a 20 ans pour empêcher le FIS d'arriver au gouvernement)
et analyse les forces aujourd'hui en présence.
Bien sûr, l'identité "droits de l'homme" du bonhomme n'est guère
engageante mais il me semble qu'on peut y apprendre ; entre autres ceci :
- la guerre civile depuis 20 ans = 200.000 à 500.000 morts !
- la situation n'a pas changé depuis 20 ans et plutôt empiré.
- l'Algérie va se retrouver prochainement - élections obligent ! - dans une
nouvelle situation où de nouveaux possibles pourraient apparaître…
Ali Yahia
Abdenour. Président d’honneur de la Ligue algérienne pour la défense des droits
de l’homme (LADDH)
La grande
question est de savoir comment l’armée va réagir au lendemain des élections
législatives
le 06.01.12
| 01h00
11 janvier
1992-11 janvier 2012, l’Algérie semble revenue au point de départ. A quelques
mois des élections législatives, «le Président et le DRS avancent leurs pions».
Ali Yahia Abdenour détaille les luttes de pouvoir pour la sauvegarde de leurs
intérêts.
-
Vingt ans après le départ du président Chadli Bendjedid, on continue à
épiloguer sur les circonstances de son départ… Démission ou coup d’Etat ?
Il faut
impérativement revenir à octobre 1988 pour avoir des éléments de réponse sur ce
qui s’est passé en 1992. Tout d’abord, les 7 et 10 octobre 1988, Ali Benhadj a
organisé une marche avec ses sympathisants à Alger. Ces deux dates marquent
l’arrivée de l’islamisme politique dans le champ politique algérien. Puis, il y
a eu la dissolution de l’Assemblée populaire nationale le 4 janvier 1992, qui
s’est faite en totale contradiction avec la Constitution. Cette dernière
stipule que le président de la République ne peut dissoudre l’Assemblée
populaire qu’après avis de son président (Abdelaziz Belkhadem à l’époque) et du
président du Conseil constitutionnel (Rachid Benhabylès), ça n’a pas été fait.
Ajoutez à cela la réunion du Haut-Conseil de sécurité (HCS), le 12 janvier
1992, en session permanente et qui va installer le Haut-Conseil d’Etat (HCE).
Du point de vue du droit, quand le Haut-Conseil de sécurité, qui n’est qu’un
organisme de consultation sur les sujets de sécurité, s’érige en organisme de
décision, il modifie la Constitution qui, je le rappelle, ne peut être modifiée
que par le vote des trois quarts des députés ou par un référendum universel.
Toutes ces remarques m’amènent à affirmer que le départ du Président a été
programmé. Pour moi, au regard de la loi, il s’agit bien d’un coup d’Etat.
- Avec la victoire des partis islamistes aux
élections dans les pays arabes voisins, pensez-vous que ceux qui ont appelé en
Algérie à l’arrêt du processus électoral se sont trompés ?
Ça n’a pas
été une erreur, mais plutôt une faute politique. Je suis un militant des droits
de l’homme et pour moi, il faut toujours revenir au droit et aux lois. Par
exemple, on a beaucoup accusé le FIS, à l’époque, d’être misogyne et d’avoir
l’intention de faire voter des lois qui s’en prendraient aux femmes. C’est
méconnaître la Constitution de son pays, qui accorde de larges prérogatives au
président de la République. Il peut, par exemple, soumettre une loi en deuxième
lecture à l’Assemblée ou alors la soumettre au Conseil constitutionnel pour
avis et en cas de rejet, la loi est définitivement enterrée. Le FIS était
conscient des difficultés qu’il allait rencontrer pour faire passer ses lois à
l’Assemblée, c’est pour cela que lors des négociations qu’il a eues avec le
Premier ministre de l’époque, Sid Ahmed Ghozali, il avait demandé à ce que les
élections législatives et l’élection présidentielle aient lieu en même temps,
car il était conscient que seule l’accession à la magistrature suprême
permettrait de changer le système politique. Etant donné que c’est l’armée qui
fait et défait les présidents. C’est pour cela que j’ai toujours affirmé qu’il
aurait fallu laisser le FIS gouverner, d’autant que leur personnel politique
n’avait pas les capacités intellectuelles pour assumer la charge de députés.
J’ai toujours affirmé qu’il ne fallait pas interrompre le processus électoral.
Il fallait laisser le FIS gouverner et n’entreprendre le coup d’Etat qu’au cas
où ils auraient tenté de mettre en place une république islamique.
- A-t-on eu 200 000 morts pour rien ?
A mon avis,
il y en a eu bien plus. Le jour où la vérité éclatera, on sera plus proche des
500 000 morts dans les deux camps.
- Dans quelques mois auront lieu des élections
législatives. La victoire des islamistes est annoncée. Comment expliquez-vous
que vingt ans plus tard, on en soit revenu au même point de départ ?
Parce que
rien n’a changé depuis l’arrêt du processus électoral. La situation sociale a
empiré. La population voit bien qui sont ceux qui se sont enrichis et ont
profité de l’arrêt du processus électoral. La rente du pétrole a été accaparée
par des clans du pouvoir. C’est pour cela que je pense que si les élections se
déroulent dans la transparence, ce que je doute, les islamistes rafleront la
mise et le pouvoir en est conscient. Mais en réalité, les jeux sont déjà faits
et on se dirige vers une Assemblée à majorité nationaliste et d’une grande
minorité d’islamistes.
- Pourquoi, aujourd’hui, la victoire des
islamistes semble moins sujette à débat au sein du pouvoir ?
Je pense
qu’il ne faut pas analyser le président Bouteflika uniquement sous le prisme de
l’homme politique, il faut aussi prendre en compte son côté religieux. Le
Président a tenté d’opposer les zaouïas à l’islamisme politique. Actuellement,
il dit aux Américains qu’il est capable de remettre les islamistes dans le jeu
politique. Ce qui s’est fait en Tunisie et au Maroc. Reste le problème du FIS
qui continue, vingt ans après, de mettre en péril tous les stratagèmes mis en
place par le pouvoir. Il ne faut pas oublier que Abassi Madani et Ali Benhadj
ont été rétablis dans leur droit par la commission des droits de l’homme de
l’ONU qui a rappelé au pouvoir algérien que le tribunal qui les a jugés ne les
avait pas privés de leurs droits. Quand M. Medelci, ministre des Affaires
étrangères, affirme qu’il n’a pas de leçon à recevoir, il oublie que l’Algérie
est membre de l’ONU. Cette situation de refus prise à l’encontre des dirigeants
du FIS, de pouvoir refaire de la politique, peut avoir des conséquences
dangereuses. Ali Benhadj est décidé à réunir ses sympathisants en dehors
d’Alger, comme cela a été fait en Libye avec la rébellion qui s’était organisée
à partir de Benghazi. Il va voir si son appel va avoir un écho auprès de la
population. Cela va sûrement poser un problème au pouvoir. Il y a le cas du
MSP, qui se retire de l’Alliance présidentielle, mais garde ses ministres au
sein du gouvernement. Ce parti se compare au parti islamique tunisien Ennahda,
qui n’a jamais participé au gouvernement du temps de Ben Ali et dont le leader,
Rached Ghannouchi, a été emprisonné pendant 16 années et contraint par la suite
à l’exil. Je pense que le pouvoir a décidé de fractionner l’électorat islamiste
entre plusieurs partis politiques qu’il a décidé d’agréer. Mohamed Saïd, qui
représente l’islam traditionnel, et les candidats de l’islam politique vont se
partager un quota de sièges. Mais la vraie lutte, elle, se situe entre le
Président et le DRS. Pour le moment, chacun avance ses pions par partis
politiques interposés. Par exemple, Abdelaziz Bouteflika veut fédérer tous les
courants islamiques autour de lui. Les services lui mettent Abdallah Djaballah
pour contrer sa stratégie. La grande question est de savoir comment l’armée va
réagir au lendemain des élections législatives, sachant qu’elle s’oppose à l’islamisme
politique.
- Une
intervention de l’armée au lendemain des élections législatives de 2012 vous
paraît-elle plausible ?
Non, je ne
le crois pas, car l’institution militaire est obligée de tenir compte du
contexte international. C’est pourquoi elle a décidé d’être présente dans la
préparation des élections en favorisant l’agrément de ses partis affiliés. Je
pense qu’en fin de compte, les services vont faire alliance avec le Président
pour sauvegarder l’Algérie, mais surtout leurs intérêts.
-
Pourquoi vingt ans plus tard, seuls les islamistes continuent d’incarner
l’alternance au pouvoir ?
Il faut
revenir au système politique dictatorial qui est en place en Algérie.
Aujourd’hui, les mosquées sont devenues le seul lieu où il existe une forme de
liberté d’expression. Il y en a 26 000 en Algérie. A l’ouverture de la
campagne électorale, les 26 000 imams vont appeler à voter pour les formations
islamistes.
- Comme en 1991, deux camps ne risquent-ils pas
de s’affronter : les islamistes d’un côté et les abstentionnistes de
l’autre ?
Le problème
va se poser, car les partis qui vont appeler à l’abstention devront se demander
si la stratégie prônée est la bonne. A un moment, il faut accepter d’être
présent aux élections pour empêcher que la catastrophe ne se produise.
Bio
express :
Né le 18
janvier 1921 en Kabylie, il devient avocat après des études en droit. En 1945,
il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), puis le Mouvement pour le
triomphe des libertés démocratiques (MTLD) qu’il quitte pour rejoindre le FLN
en 1955. Après l’indépendance, il est nommé dans le gouvernement de Houari Boumediene
comme ministre des Travaux publics et des Transports, puis comme ministre de
l’Agriculture et de la Réforme agraire. Président d’honneur de la Ligue
algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), dont il est l’un des
membres fondateurs, il s’est opposé à l’interruption du processus électoral de
1991.
Salim
Mesbah
Cela semble bouger à nouveau…


Violents affrontements à
Jendouba et tentative d’incendie du siège de la délégation
Publié par Nidhal le 03
janvier 2012 à 11:47
Le siège de délégation de
Jendouba aurait été incendié, hier soir, sans l'intervention des forces de
sûreté. C'est environ deux cents travailleurs qui ont décidé d’y mettre le feu
après l'avoir pillé, pour protester contre la non tenue des promesses du
premier délégué et des autres responsables. Ces derniers avaient fait entendre
la possible réintégration des manifestants comme employés de la délégation.
De plus, certains habitants de
la région ont tenté de fermer la voie qui mène à "Souk Essebt",
paralysant ainsi le transport de la marchandise.
Plus tard dans la soirée, ces
protestants ont brûlé des pneus sur la route et ont provoqué les forces de
l'ordre, avec des jets de pierre. Celles-ci ont fait emploi de bombes
lacrymogènes.
Pour rappel, selon l'Institut
National des Statistiques, le taux de chômage à Jendouba est l'un des plus
élevés du pays avec 17,7 %, derrière Gafsa (28.3 %), Tataouine (23.6 %) et
Kasserine (20.7 %). De plus, Jendouba fait partie des régions les plus
défavorisées en matière d'investissement privé par habitant avec seulement
2.635 dinars (contre 9.508 dinars par habitant pour Zaghouan). Ce qui provoque
la grogne des habitants de Jendouba, d'autant qu'ils estiment que leur région
donne énormément au pays en terme notamment de lait frais et de culture
céréalière.
Tunisie : bureaux détruits
au siège du gouvernorat de Jendouba
Lundi, 02 Janvier 2012 16:11
By M.Kh
Près de 200 travailleurs
temporaires ont tenté d'incendier le siège de la délégation de Jendouba, sans
succès suite à l'intervention des forces de sûreté.
Selon Shems FM, ce groupe
s’est rendu, lundi 2 janvier, au siège de la délégation, pensant être réintégrés
immédiatement, comme promis par le premier délégué et d'autres responsables.
Cependant, l'annonce n'a pas été suivie d’effet.
Suite à l’échec de cette
opération, le même groupe s'est dirigé vers le siège du gouvernorat et a forcé
la porte de l'administration. Il a détruit l'ensemble des meubles se trouvant
dans les bureaux du gouverneur et du premier délégué.
Toujours selon la même
source, aucun fonctionnaire du gouvernorat n'a été agressé, et les sit-inneurs
se trouvent toujours sur place.
Tunisie :
un quadragénaire s'immole par le feu
Un chômeur
s'est immolé par le feu jeudi devant le gouvernorat de Gafsa, une région
défavorisée du centre-ouest de la Tunisie. Le père de famille venait
d'apprendre qu'il ne pourrait pas rencontrer les ministres présents en ville.
Âgé de
48 ans, l'homme s'est immolé en plein après-midi sur une place publique.
Il souffre de brûlures au troisième degré et se trouve dans un état jugé
« très critique », selon des sources médicales. D'abord transporté à
l'hôpital de Gafsa, il a dû être transféré à bord d'un hélicoptère militaire au
centre des grands brûlés Ben Arous, près de Tunis.
Avant de
s'immoler, ce père de trois enfants participait à un sit-in organisé depuis
plusieurs jours par un groupe de chômeurs devant le siège du gouvernorat.
« Il a demandé à rencontrer la délégation de ministres en visite à Gafsa
et n'a pas eu de réponse », affirme le syndicaliste et militant politique
Attia Athmouni. « Il s'est arrosé d'essence et s'est enflammé, sans rien
dire », a déclaré un autre témoin de la scène.
Les
ministres des Affaires sociales, Khalil Zaouia, de l'Industrie, Mohamed Lamine
Chakhari, et de l'Emploi, Abdelwahab Maatar, étaient en visite jeudi à Gafsa.
Ils sont venus se rendre compte de la situation dans le bassin minier de Gafsa,
l'une des régions les plus défavorisées de la Tunisie qui fut l'an dernier le
berceau de la révolution et qui est depuis secouée par des violences et ravagée
par le chômage.
« La
situation est très inquiétante et risque de dégénérer », témoigne Amar
Amroussia, un autre syndicaliste local qui fait état d'affrontements entre des
groupes d'habitants de la ville et les forces de l'ordre.
Ce fait
divers survient un an après les débuts de la révolution tunisienne, commencée
le 17 décembre 2010 par l'immolation de Mohamed
Bouazizi, un marchand ambulant à Sidi Bouzid, une autre ville
défavorisée du centre de la Tunisie. Le jeune homme était mort de ses
blessures.
Le
chômeur tunisien qui s'est immolé par le feu est "dans un état
critique"
Publié le
05/01/2012 | 20:15 , mis à jour le 06/01/2012 | 11:08
L'homme qui
s'est immolé par le feu jeudi 5 janvier dans la ville de Gafsa, située au
centre de la Tunisie, est "dans un état critique", vendredi. Ammar Gharsalla, un quadragénaire père de
trois enfants, souffre de "brûlures étendues au troisième degré", a indiqué Fakher Eluati, surveillant général de
l'hôpital pour grands brûlés de Ben Arous, en banlieue sud de Tunis.
Cette
immolation par le feu survient un an après la révolution tunisienne, commencée
en décembre 2010 par l'immolation d'un jeune marchand ambulant à Sidi Bouzid,
une autre ville défavorisée du centre de la Tunisie.
Une
région ravagée par le chômage
"La
situation est très inquiétante et risque de dégénérer", témoigne un syndicaliste, qui a fait état d'affrontements
entre des groupes d'habitants de la ville et les forces de l'ordre. Ces
événements se sont produits à l'occasion de la visite de trois ministre dans la
ville de Gafsa. L'homme qui s'est immolé, âgé de 48 ans, "a
demandé à rencontrer la délégation de ministres en visite à Gafsa et n'a pas eu
de réponse", selon une
source locale.
Les
ministres des Affaires sociales Khalil Zaouia, de l'Industrie Mohamed Lamine
Chakhari et de l'Emploi Abdelwahab Maatar étaient en visite jeudi à Gafsa pour
se rendre compte de la situation dans cette région minière tunisienne ravagée
par le chômage.
Voir, par exemple :
— en arabe
http://www.youtube.com/watch?v=SEYttFK7-i8
— en anglais :
http://www.youtube.com/watch?v=Gn2MF-XLZ5A
Voir le groupe Facebook associé :
https://www.facebook.com/MasasitMati
Et voici un extrait de l’article présentant cette nouvelle forme d’agitation, évidemment anti-Bachar al Assad (je ne discute pas la rhétorique utilisée de « la Révolution » : c’est l’invention formelle qui ici m’intéresse).
«Quand
les marionnettes se révoltent contre le dictateur»
par Mohamed
Ali Atassi
http://www.babelmed.net/Pais/M%C3%A9diterran%C3%A9e/syrie_%EF%BF%BDquand.php?c=7185&m=34&l=fr
(extraits)
Le groupe du
théâtre des marionnettes « Masasit Mati » [s’appelle ainsi] par référence à la
boisson mati consommée dans l’Orient arabe. Ce groupe a créé une page sur
youtube [le lien
donné ne marche pas !] et
facebook [voir
lien ci-dessus] et a
publié une série de sketches filmés sous le nom de « journal du petit dictateur
» dont le héros principal est une marionnette en bois qui s’appelle « Bichou »
représentant le personnage du président syrien actuel Bachar Al Assad et lui
ressemblant énormément, en plus d’une autre marionnette « Chebbih »
représentant le policier, et deux autres poupées «La fille du Chem» et «le fils
de la liberté». Chaque marionnette est mise dans la main comme un gant et manipulée
avec trois doigts. Les acteurs se cachent dans un théâtre en bois ne dépassant
par un mètre en longueur et un mètre en largeur et font bouger les marionnettes
conçues secrètement en Syrie par un artiste, ami du groupe.

Le groupe a
commencé à publier une série à partir du mois de novembre à raison d’un épisode
de cinq minutes par semaine. Il a produit jusqu’à présent 15 épisodes, traduits
entièrement en anglais et abordant assez courageusement la personnalité du
Président syrien d’une manière caricaturale et dans des situations liées à la
révolution syrienne. Le Président est représenté par exemple, souffrant
d’insomnie à cause des cauchemars qu’il fait de son pouvoir qui tombe, ou le déclenchement,
dans un autre épisode, d’une révolution au sein même de la famille
présidentielle avec ses propres enfants qui se révoltent contre les tueries
d’enfants syriens.

Les membres
de ce groupe sont de jeunes acteurs qui ont échangé les rôles des personnages
entre eux et qui ont participé ensemble à l’écriture du scénario des quinze
épisodes. Ils ont tous quitté la Syrie et préfèrent garder l’anonymat pour ne
pas mettre leur famille en péril. L’un d’eux qui vient donc de quitter le pays
souligne: «Le théâtre des marionnettes que nous présentons est semblable aux
manifestations auxquelles on a participé. Dans les deux cas on a enfreint les interdits
et on a dépassé les lignes rouges que le pouvoir politique a tracées dans nos
têtes. Quand je joue le rôle de Bichou et que j’ose critiquer la sainteté
qu’ils essayent de donner au président, j’ai la même sensation que celle que provoque
en moi le fait de crier dans la rue de Damas: “Le peuple veut la chute du
pouvoir”. Dans les deux cas, il y a un moment de liberté et un moment
d’affrontement avec la peur qui se trouve à l’intérieur de moi-même, et comme
la peur ne m’a pas quitté aux moment des émeutes, elle était en moi aussi lors
de l’écriture et de la présentation des sketches. Dans les deux cas nous avons
joué et nous avons eu un vrai plaisir à le faire. Parfois on arrêtait de jouer
et on plaisantait en imaginant qu’on nous avait pendu par les mains avec nos
marionnettes». Et
d’ajouter pour expliquer les raisons de son départ de la Syrie avant la
diffusion de leur travail sur internet: «En fin de compte, je suis un homme
ordinaire et je ne veux pas jouer au héros.»
Ce qui est
incroyable, ce sont les sentiments complexes qui lient ces artistes à leurs
marionnettes. La nature de ce travail artistique et la construction des
personnalités leur imposent de jouer, par exemple, avec la marionnette Bichou
sans la rejeter, surtout qu’elle les a beaucoup inspirés et qu’elle leur a
permis d’écrire tous les épisodes. Mais à plusieurs reprises, durant les
répétitions, il est arrivé aux acteurs de s’arrêter soudain pour enlever leur
marionnette à cause d’une incapacité momentanée de s’adapter au personnage. «Parfois,
je sentais que j’étais dans l’impossibilité de faire bouger la marionnette et
que je voulais m’en débarrasser», révèle l’un des acteurs. «Alors on se disait souvent que Bichou ne faisait
que représenter le président de la république et qu’il était innocent des actes
de celui-ci.»
Le dernier
épisode de cette série intitulée « Le dernier chapitre de l’enfer » emprunté au
poète français Artur Rimbaud et écrit au début du projet, a permis de dépasser
cette problématique et de donner l’énergie nécessaire à l’écriture des autres
épisodes, puisqu’il a créé dès le début la distance nécessaire entre la
marionnette et l’acteur et a permis l’inter-réaction entre eux.
En effet,
dans cet épisode, une discussion a lieu entre Bichou et l’acteur qui remonte à
la surface, et quand Bichou ordonne à l’acteur de retourner à sa place,
celui-ci lui désobéit et, ôtant la marionnette de sa main, se libère enfin de
ce personnage.
Le groupe «Masasit Mati» a tenu à filmer tous les épisodes et les diffuser progressivement sur youtube et facebook, pour pouvoir atteindre le maximum de personnes possibles en Syrie. Les membres du groupe veulent créer après la réussite de la Révolution un théâtre de marionnettes ambulant qui présentera ce travail dans tous les villages et villes de la Syrie, en commençant par les villes dans lesquelles a été déclenchée la Révolution.


Je
veux le renversement du régime sectaire [confessionnel ?]
Le
point-limite est déclaré.
Suite à quelque intérêt manifesté pour les films de l’ex-Yougoslavie dont il a été question dans les Qui-vive antérieurs, et avec l’accord des Yougoslaves qui ont eu l’amabilité de mettre ces films à ma disposition, je vais les rendre accessibles à chacun – sous stricte condition d’un usage non commercial – en les rendant progressivement téléchargeables.
Pour ce faire, après conversion des films en un format maniable (.m4v ou .avi), je vais en installer un par semaine sur un site ad hoc. Chacun pourra le télécharger durant cette période, le visionner, le commenter et en faire éventuellement tout usage militant.
Je commence cette semaine
avec le film Azra dont il a été question plus en détail
dans le précédent Qui-vive. La semaine prochaine, ce sera le
film Face à face.
Attention : le fichier est gros (il fait 800 M°). Vous le trouverez à l’adresse suivante :
http://www.entretemps.asso.fr/Pro/Azra.avi
Je continue par ailleurs ci-dessous ma petite enquête sur l’ex-Yougoslavie.
Voici une petite introduction à Azra, pour les lecteurs du Qui-vive et les futurs spectateurs des films en question, par l’équipe bruxelloise à l’initiative de l’exposition « Penser la Yougoslavie vint ans après » :
Les films yougoslaves d’émancipation, films aujourd'hui
oubliés par beaucoup, témoignent d'une critique immanente au système
autogestionnaire et contredisent la thèse que les films de la dénommée
"vague noir" n’ont fait que développer une approche critique des contradictions
du système.
Nous avons inclus dans notre choix des films
dont les réalisateurs n'appartiennent pas aux écoles connues produisant des
films à grand spectacle (dédiés à la lutte antifasciste et à la guerre des
partisans) ou à cette "vague noire" (produisant des films de dissidents
yougoslaves emprunts d’une approche cynique vis-à-vis de la réalité socialiste).
Il s’agit là de films qui ont pu trouver leur public grâce à la pertinence de
leur thèmes, tel par exemple ce film arrivé tout à fait en retard, Azra, de
Mirza Idrizovic, 1988 qui traite de la libération en 1945 d'un village
bosniaque et de la question de l'émancipation féminine.
L'équipe du projet " Penser la Yougoslavie 20 ans après"
« La Yougoslavie a six
Républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et
un seul parti ! » Tito

La
Yougoslavie : 1945-1990 (dont 1945-1980 avec Tito)
—
6 républiques : (du Nord au Sud) Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine,
Serbie, Monténégro, Macédoine
—
5 nations : Slovènes, Croates, Serbes, Monténégrins, Macédoniens
—
4 langues : Slovène et Croate (caractères latins), Serbe et Macédonien
(en caractères cyrilliques)
—
3 religions : catholique, orthodoxe, musulmane
—
2 alphabet : latin, cyrillique
—
1 parti : La Ligue des communistes de Yougoslavie
Voici quelques extraits d'une intéressante étude universitaire sur
le sujet, par un certain Asmir Kadic
http://www.dzana.net/1316-cinq-piliers-yougonostalgie.html#ancrenote_88
fichier pdf : http://www.dzana.net/media/pdf/cinq-piliers-yougonostalgie-Asmir-Kadic.pdf
La nostalgie à l’égard de la
Yougoslavie est devenue un phénomène social très présent dans la vie
quotidienne. Malgré les conflits qui ont été présentés comme ethniques ou
civils et malgré les élites politiques en place, le passé yougoslave n’a pas
dit son dernier mot. C’est en Bosnie et Herzégovine, le pays le plus touché par
les guerres d’ex-Yougoslavie, que la nostalgie à l’égard de la Yougoslavie est
la plus forte. Une bonne partie des habitants se souviennent avec nostalgie de
la période communiste.
Cette nostalgie peut prendre
des formes diverses et variées mais il s’agit avant tout d’un sentiment, fugace
et donc difficile à percevoir pour qui n’est pas autochtone ou alors pour
l’autochtone biaisé par le nationalisme ou l’idiotie. Certes ce sentiment est
véhiculé par des produits dérivés tels que des T-shirts, des verres décorés,
des drapeaux, des livres, des dvd documentaires ou cinématographiques, des CDs
musicaux, des associations de partisans, des colloques ou alors des commémorations.
L’illustration de cette nostalgie n’est pas le mythe de l’autogestion,
l’ouvrier yougoslave triomphant ou l’étoile rouge mais un homme. Un homme que
la propagande a érigé en mythe de son vivant, lui qui s’est juché sur les
épaules des autres grâce à sa vision, Josip Broz connu sous le nom de Tito. Il
est le créateur de la Yougoslavie communiste, un pays surtout transcendée par
la nostalgie à son égard, on peut même parfois lire l’expression « Titostalgie
» qui personnifie la nostalgie yougoslave en faisant de Tito l’élément
catalyseur de celle-ci.
Il y a donc plusieurs
nostalgies. On en distinguera trois. Tout d’abord, il y a la nostalgie positive
qui consiste à dire que c’était mieux avant, cette nostalgie niant ou
minimisant les mauvais aspects car n’étant pas directement concernés. Ensuite,
il y a la nostalgie négative, la contre nostalgie ; celle qui construit le
passé comme un pandémonium dont il faut sortir à tout prix, cette nostalgie là
en revanche a tendance à grossir les crimes, les injustices, les erreurs et les
responsabilités des uns et des autres.
Bien que ma famille fût loin
de l’Alliance Communiste Yougoslave, elle avait le plus profond respect pour la
Yougoslavie et pour Tito. Pas de nationalistes enragés ni de communistes
excités, en somme, de simples citoyens. Des citoyens à qui Tito a donné le rang
de Nation au sein de la Yougoslavie, des citoyens Musulmans et Yougoslaves. Une
chose intéressante que me rapporta ma mère, prolétaire de son état, est qu’elle
n’avait jamais entendu parler de Croates, de Serbes ou de Musulmans. Elle
n’avait entendu parler que de Bosniaques et de Yougoslaves.
Tito est arrêté et jugé le 4
Août 1928. Il est condamné à 5 ans de travaux forcés et va être envoyé à la
prison de Lepoglava, où sont internés de nombreux communistes. Il restera 2046
jours en prison. Ce séjour va lui permettre de rencontrer un personnage décisif
pour lui, Moša Pijade, pseudonyme d'un Serbe d’origine juive, de son vrai nom
Ĉiĉa Janko. Cet homme est peintre, éditeur et intellectuel communiste condamné
à 20 ans de prison en 1925. C’est cet homme qui va donner à Josip Broz / Tito
sa culture marxiste.

Pijade/Tito en prison
La Yougoslavie a financé et
créé de nombreux films inspirés des évènements de la seconde guerre mondiale,
en particulier les sept offensives de l’occupant et des collaborateurs. Fait
unique d’ailleurs, Tito est le seul dirigeant communiste qui sera incarné par
un acteur de son vivant dans un film, certes yougoslave, mais à dimension
hollywoodienne. Tito sera incarné par un acteur de Hollywood, Richard Burton,
dont il dira d’ailleurs qu’il était très réaliste pour le rôle. Cela se fera
pour le film Sutjeska (« la cinquième offensive » en français - Irène Papas y
joue une partisane ; la musique est de Mikis Theodorakis). Il retrace la
cinquième offensive qui a eu lieu dans la vallée de la Drina, près de la
rivière Sutjeska, dont le nom a été donné au parc naturel. Le long-métrage est
d’ailleurs tourné sur les lieux mêmes de la fuite des partisans.


Les films sur les partisans
ont été très populaires et très popularisés durant les années 60, 70 et 80. Les
caractéristiques principales de ces films sont simples, l’action se déroule
durant le second conflit mondial, en Yougoslavie et les partisans sont les
principaux protagonistes de l’action et les antagonistes sont les axis, les
collaborateurs ainsi que les éventuels traîtres et autres infiltrés dans les
rangs des partisans.
Il existe de nombreux
désaccords sur une définition exacte du sous genre. Même s’il appartient au
film de guerre et qu’il en a de nombreuses caractéristiques comme le caractère
populaire, divertissant, avec de nombreuses scènes épiques et sacrificielles,
de nombreux figurants, une musique pompeuse, une production couteuse et de
nombreux plans larges ; ce sous genre est très lié au western spaghetti
qui se développe de l’autre côté de l’adriatique. Malgré l’abondance des scènes
de masses et des combats épiques, il existe même une similitude dans l’aspect
des costumes, le calot avec l’étoile rouge remplaçant le chapeau de cow-boy. Le
pistolet mitrailleur ou le fusil Mauser volé remplaçant le six-coups et la
Winchester. D’autre part, les scènes de guerre offrent souvent un duel entre
deux ennemis particuliers, un partisan contre un allemand, un collaborateur
oustachi ou tchetnik voir un traître, ces duels reprennent tous les codes du
western spaghetti, à savoir, zoom sur les visages suants et fatigués. Le
premier combattant à dégainer est souvent le dernier à rester debout. Aussi, il
est intéressant de noter qu’il y a souvent un italien dans ce genre de film,
mais il se trouve systématiquement du côté des partisans, qu’il s’agisse d’un
partigiano ou d’un déserteur.
Veljko Bulajić est celui qui
introduit tout ces codes au sein du paysage cinématographique yougoslave en
plein essor par son film Kozara datant
de 1962, ce film, traitant de la bataille de Kozara en 1943, étant le prototype
du film de partisans.
Le film partisan est vraiment
typique du cinéma yougoslave. L’un des exemples allant dans ce sens est que
l’un d’eux, Neretva réalisé par Veljko Bulajić, sera même en lice pour
l’obtention d’un Oscar. Pour revenir à la Bosnie, l’un des films de partisans
qui a marqué le pays, et notamment Sarajevo, s’intitule Walter défend
Sarajevo. Réalisé en 1972 par Hajrudin
Krvavać, surnommé alors le Sergio Leone des Balkans, ce film conte les
aventures d’un partisan de Sarajevo, pourchassé par l’occupant allemand. Ce
partisan qui a réellement existé est surnommé Walter, en réalité il s’appelait
Vladimir Perić. Une rue de Sarajevo est d’ailleurs appelée en son honneur,
Walter Perić. Le film reste très populaire à Sarajevo et les lieux cultes du
tournage sont des endroits de promenades très prisés par les habitants de la
ville. Curieusement, le film a connu un succès inattendu en République
Populaire de Chine où il compte une large communauté d’aficionados et même des
produits dérivés comme des bières. La nostalgie de ce film, outre des ventes de
dvd et des rediffusions télévisées, est visible dans le champ artistique et
notamment musical. Il s’agit là d’une mise en abîme nostalgique puisque de
nombreux musiciens se servent de ce film, de la musique du film comme base pour
des chansons.

Walter défend Sarajevo
Malgré une qualité variable,
ces films fortement endoctrinés par la propagande du régime ont toujours eu une
forte audience, forcée ou non, dans les cinémas de Yougoslavie. De plus même
s’ils se caractérisent par un côté western très prononcé, ces films se
présentent toujours comme tirés de faits réels et par conséquent réalistes.
Aujourd’hui, matraquage hollywoodien oblige, les films sont très aseptisés, la
violence y est esthétisée au maximum et le sexe est omniprésent mais la société
qui permet cela se veut de protéger les gens considérés comme faibles vis-à-vis
d’images violentes ; alors aux projections de ces films yougoslaves, à cette
époque, assistaient aussi bien des enfants que des soldats. Le but du régime,
puisque cela n’est pas anodin, était de souder la population car les piliers du
parti étaient la jeunesse et l’armée. La volonté des communistes par ces films
était d’injecter le standard du parti dans l’inconscient de la population. Même
si la Russie Soviétique et la Yougoslavie se sont effondrés, laissant libre
champ à Hollywood, ces tentatives ont été partie intégrante de la politique
communiste de créer par le cinéma un inconscient Yougoslave libre de tout
les standards hollywoodiens mais en même temps inféodé à la puissance du
cinéma américain.
La création d’un film est très
contrôlée, mais ce qui frappe le plus c’est que le choix des acteurs est aussi
cadré pour refléter la multiplicité des nations yougoslaves. Les
partisans filmés les plus connus sont Velimir Bata Ţivojinović et Boris
Dvornik, respectivement Serbe et Croate. Ces deux acteurs furent associés à de
nombreuses reprises dans les films de partisans pour confirmer le motto du
régime : « Unité et Fraternité ». Alors qu’ils avaient tissés des liens d’amitié
très forts, la guerre qui amena la dissolution de la Yougoslavie entraîna
aussi la transformation d’amis en ennemis. Bata Zivojinovic a commencé à
soutenir Milosevic 95 tandis que Dvornik s’est
rapproché de Tudjman. On constate aussi que le destin d’acteurs, représentant
les combattants antifascistes, les a conduit a soutenir des régimes et des
visions de la Yougoslavie qui allaient à l’encontre de tout les rôles qu’ils
ont tenus.
La nostalgie de ces films,
quelle que soit leur qualité, est évidente et logique puisqu’il ne reste plus
rien, ou presque, de la période communiste. Malgré l’instrumentalisation et la
propagande faite autour et par ces films, ils restent témoins de plusieurs
choses qui se trouvaient dans la Yougoslavie, l’indépendance culturelle et
notamment cinématographique. Ce qui est un facteur important, même si le
communisme a perdu la guerre face à Hollywood car la diffusion de ces films
n’est pas négligée par rapport aux films américains. De plus, ces films
évoquent indéniablement la devise du régime communiste, Unité et Fraternité,
ce qui rappelle là encore une époque révolue, idéalisée certes, où les gens,
peu importe leur appartenance, plaçaient la Yougoslavie au dessus des intérêts
nationaux et chauvins. D’autre part, ces films sont un témoignage, certes
biaisé, mais très riche, sur la seconde guerre mondiale et l’intense mise en
scène de celle-ci à posteriori ainsi que sur la place que tient le conflit dans
l’inconscient Yougoslave.
Force est de constater que l’autogestion
dans les entreprises est un bricolage idéologique et non pas l’essence du
communisme yougoslave. Officiellement, l’autogestion a été conçue pour lutter
contre la bureaucratie et le rôle omniprésent de l’État, ce mode de production
s’oppose donc au mode soviétique où l’État contrôle tout.
Il convient en premier lieu de
définir l’autogestion. Il s’agit pour une structure donnée ou un groupe
d’individus de prendre les décisions concernant cette même structure ou ce même
groupe d’une manière collective, collégiale ou assemblée. L’autogestion
yougoslave a des sources multiples. L’échec cuisant du plan quinquennal, lancé
dès la fin du conflit, dû à la rupture avec Staline et au blocus économique
imposé par l’URSS avait contraint les dirigeants yougoslaves à réduire leur
système de planification et le redimensionner non pas à la taille des
républiques mais des communes, l’autogestion entre là ici dans la sphère
politique. La commune revêt une importance capitale pour les communistes
yougoslaves, une importance qui s’affirme aux dépends des républiques
constitutives comme le montre la synthèse du VIIème congrès du Parti
Communiste Yougoslave, renommé Ligue des communistes, « la commune n’est pas
seulement une école de la démocratie, c’est la démocratie elle-même ; c’est la
cellule de base de l’autogouvernement des citoyens sur leur propres affaires ».
Les bricolages successifs causés
par la pression soviétique amenèrent les dirigeants yougoslaves à déconstruire
l’ancien système de relation dans l’industrie copié sur le modèle de l’URSS et
à constituer un système alternatif. En théorie, ce système autogestionnaire
répondrait à la bureaucratie et à l’étatisme omniprésent. Il s’agit d’une
tentative de réforme visant à transformer l’administration publique et de transformer
la propriété étatique en propriété sociale. On démantèle l’ancien système
calqué sur le mode de fonctionnement soviétique. On met en place des conseils
ouvriers. Ces conseils sont des organes électifs composés de 15 à 120
membres, en fonction de la taille de l’entreprise. Les conseils sont renouvelés
chaque année par tous les ouvriers. Ces conseils se voient attribuer plusieurs
compétences. Tout d’abord, ils élisent les organes exécutifs de l’entreprise,
ils approuvent les plans de développement économique, le règlement interne à
l’entreprise, l’organisation du travail, la répartition des profits. L’organe
exécutif de l’entreprise, appelé comité de gestion, élabore les statuts, les
programmes et les plans de travail qu’il soumet au conseil ouvrier afin qu’ils
soient approuvés, ou non. Un directeur est désigné par le comité de gestion et
se voit confier diverses responsabilités comme la direction de l’entreprise, il
a le droit de faire des propositions dans le but d’engager ou de licencier des
ouvriers selon des critères établis par les conseils ouvriers.
Théoriquement, il s’agit d’une première dans un pays communiste. Néanmoins
l’appareil étatique encore très imprégné de bureaucratie veille. Faits uniques
dans un régime de type socialiste, les salaires contiennent une part
variable, qui n’est pas issu de la corruption ou de sources de revenus
parallèles mais liée à la productivité individuelle et collective.
Néanmoins, le Parti Communiste garde une importance substantielle, l’ouvrier,
le cadre, le directeur, tous sont liés au parti ; et malgré tout le politique
est très prégnant, c’est l’État qui effectue les commandes aux industries
autogérées.
Le système autogestionnaire
connaît un fort taux de croissance de 1955 à 1965, un taux si fort qu’il est
supérieur à celui du Japon. Le chômage disparaît, les revenus s’équilibrent.
Mais après 1965, le taux de croissance économique est réduit, le chômage
apparaît et des écarts entre les revenus apparaissent. Ce qui est
frappant c’est que le système n’a pas changé. Et cela entraînera des réformes
économiques qui vont diluer l’autogestion. Celle-ci ne peut être rangée dans la
catégorie capitaliste où la liberté d’entreprendre est grande, ni dans la
catégorie communiste de type soviétique où l’entreprenariat est régi par
l’État. L’historiographie en général range l’autogestion yougoslave dans la
catégorie mixte, incluant du centralisme et de la planification fondée sur la
propriété étatique des moyens de productions mais aussi une économie
capitaliste privée. Certains auteurs, comme Branko Horvat, définissent le type
économique yougoslave comme très proche du socialisme associatif. Joseph Krulic
évoque lui une mythification de l’autogestion par les déçus de l’URSS et du
socialisme réel mais qui voulaient garder une identité de gauche. Au même
moment où l’autogestion devenait un alibi pour certains en Europe de l’ouest,
elle paraissait de plus en plus problématique en Yougoslavie.
Alors que la croissance s’essouffle et que le chômage guette, la Yougoslavie va trouver des palliatifs comme les emprunts internationaux et la dévaluation périodique du dinar ou encore le tourisme et l’exportation de main d’œuvre. Les réformes qui commencent à partir de 1965 limitent le protectionnisme et l’interventionnisme étatique pour permettre aux entreprises yougoslaves d’être compétitives sur le marché international. Cela va conduire à d’innombrables réformes économiques. Dès le début des années 60, l’autogestion apparaît comme une fuite en avant. La structure politique yougoslave qui a engendrée le socialisme autogestionnaire est la même structure qui a voué la Yougoslavie à l’échec. Le pouvoir autogestionnaire des communes contrôlé d’une main de fer par l’État central, va être atténué au profit de celui, plus fédéraliste, des républiques.

Je suis actuellement engagé dans la conception du livret d’Égalité ’68, une fois clarifiée son orientation idéologico-politique générale (voir l’esquisse d’articulation communiste entre égalité et liberté précédemment diffusée).
À ce titre, l’article suivant, glané sur le web au cours du travail de rédaction hebdomadaire de ces Qui-vive, m’a intéressé. Il alimente ma réflexion plus générale sur le sensible artistique susceptible d’être, en ce monde, contemporain de l’intelligible mathématico-politico-philosophique exposé par ailleurs…
Je restitue cet article avec un commentaire personnel liminaire.
*
Réflexions stimulantes sur le
statut de l'image (et de l'imagination comme fabrique d'images…), sur le
rapport aux figures du désastre dans un temps désastreux, sur la réactivation
d'un point de vue (Atlas-atlas !) consistant à "remonter un monde" se
disloquant dans le chaos, sur le statut artistique exact du montage… Tout ceci
est aussi au cœur de mon travail actuel sur le livret d'Égalité ’68.
J'ai souligné les thèmes qui
m'ont intéressé, non ceux avec lesquels je m'accorde…
En l'état, mon principal
point de désaccord avec GDH consiste dans l'accent mis sur l'artiste et son
travail, contre l'œuvre en tant que singularité émergeant dans un monde
autonome, singularité nullement réductible ni à sa génétique, ni à sa
réception. Où le désaccord se décline simultanément en deux volets : d'un côté
la position d'historien des arts adoptée par GDH, qui aboutit à une prévalence
maintenue de la notion d'Histoire; d'un autre côté l'importance ici accordée à
la figure de l'imagination (celle-là même que Boulez inscrivait - en force, pour
boucher un trou de la pensée - à la fin de son "Penser la musique"),
donc à l'individu constituant plutôt qu'au "dividu" constitué par un
ensemble plus ou moins donné de situations.
Vaste question, sur laquelle La République de Platon d’Alain Badiou apporte ses propres lumières…
Atlas : comment remonter le monde
Georges Didi-Huberman
http://histoireetsociete.wordpress.com/author/histoireetsociete/
n°373 Artpress
Bien avant l’informatique,
Aby Warburg avait-il inventé les fenêtres multiples ouvertes simultanément et
les liens hypertextes ? N’est-ce pas ce à quoi ressemble son fabuleux atlas
appelé Mnémosyne ? Celui-ci est depuis longtemps, pour Georges Didi-Huberman, à
la fois un sujet d’études et un modèle, si bien que l’exposition qu’il présente
sous le titre Atlas, comment remonter le monde ?,
accompagnée d’un essai, Atlas ou le gai savoir inquiet, peut
être considérée comme une clef de voûte de son propre travail.
L’historien de l’art y est au plus
près de son objet puisqu’il part de la première image de Mnémosyne, celle d’un
foie de mouton servant dans l’Antiquité à la divination, et qu’il montre
comment le viscéral se lie au sidéral au travers du mythe d’Atlas qui ploie
sous le poids du monde, et aussi bien du monde imaginaire des prédictions
et des fantasmes. À l’aide d’une écriture limpide, il nous entraîne ensuite, à
l’instar de son modèle, dans un voyage, une ” connaissance nomade “, au cours
duquel nous rencontrons Nietzsche, Borges, Foucault, Deleuze et Guattari,
Goethe, Wittgenstein…, tandis que l’exposition déploie des oeuvres de Goya à
Bruce Nauman, d’Alighiero et Boetti à Mike Kelley, de Victor Burgin à Harun
Farocki…” Mnémosyne [était] une réponse aux clôtures politiques des
nationalismes culturels exaspérés par la Grande Guerre. ” L’atlas ne garde-t-il
pas toute sa pertinence à notre époque où le chaos continue de menacer le monde
en de multiples endroits, tandis que dans d’autres on célèbre, pour le pire et
le meilleur, la globalisation ? On visitera l’exposition au musée de la Reina
Sofia à Madrid du 24 novembre 2010 au 28 mars 2011, puis au ZKM de Karlsruhe,
de mai à juillet 2011, et au Sammlung Falckenberg, Hamburg, à l’automne 2011.
L’essai, 3e tome de la trilogie l’oeil de l’histoire, paraîtra en 2011 aux
Éditions de Minuit, le 2e tome, Remontages du temps subi, venant, lui, de
sortir.
Tu insistes bien : il ne faut pas
confondre un atlas avec une encyclopédie ou une archive. Donc, qu’est-ce qu’un
atlas ? Et, pour que nous en ayons une idée concrète : on voit en quoi l’Atlas
de Gerhard Richter ou les œuvres de Hans Peter Feldmann peuvent être rapprochés
de Mnémosyne, mais est-ce que des pages de Hanne Darboven ne ressemblent pas
plutôt à des index, et les livres d’On Kawara à des archives ou de paradoxaux
journaux personnels ?
L’atlas est une forme visuelle
de la connaissance, un mode visuel pour recueillir le morcellement du monde.
À ce titre, bien sûr, il n’est pas sans rapports avec l’archive ou le souci
encyclopédique. Mais il y a une différence, à mes yeux capitale : l’atlas
procède par coupes, par choix tranchants, par montages et remontages
successifs. J’ai été frappé, en travaillant sur l’atlas Mnémosyne, de constater
que toutes les nouvelles problématiques formulées par Aby Warburg s’y
dégageaient sur la base d’un millier d’images environ, ce qui est fort peu, si
l’on y pense, en comparaison de ce qu’un historien de l’art est capable de
manipuler dans sa vie de chercheur. L’atlas de Warburg fut un choix drastique
dans l’immense photothèque que Fritz Saxl s’occupait de mettre en place à
Hambourg. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’atlas n’est opératoire
ni comme systématicité (encyclopédique) ni comme exhaustivité (archivistique).
L’archive est très à la mode, depuis
quelques années, dans le monde de l’art contemporain. Mais je constate que les
expositions – avec leurs catalogues – consacrées à ce thème aboutissent le plus
souvent à une sorte d’impossibilité de regarder : on se retrouve devant un
volume impressionnant de papiers, de fiches, dont les relations internes nous
échappent, parce qu’elles disparaissent dans le volume de l’archive. Alors on
renonce à y entrer et on passe son chemin, ce qui est une manière de savoir
qu’il y a du savoir, mais sans chercher à savoir… C’est donc un
simulacre de savoir, typiquement postmoderne dans la plupart des cas. Devant
une planche d’atlas, au contraire, les relations sont présentées devant nous,
visibles, et il ne tient qu’à nous d’en interroger la pertinence. Si j’ai
inclus, dans l’exposition Atlas, des œuvres de Hanne Darboven et d’On Kawara,
c’est parce que l’archive y va de pair avec un montage visuel d’images et de
textes : on lit une date énigmatique déclinable à l’infini, sans doute, mais on
peut aussi regarder la coupure de journal et les photographies qui
correspondent à cette date et manifestent clairement le choix critique d’On
Kawara.
Réactiver un art du désastre
Warburg a entrepris Mnémosyne au
sortir d’une grave crise délirante dans laquelle il avait sombré après la Première
Guerre mondiale. D’autres « atlas », tel celui de Brecht, témoignent de
la Seconde Guerre mondiale, d’autres œuvres ou d’autres documents dans
l’exposition de l’Holocauste. On comprend, au sous-titre de l’exposition, qu’il
fallait, après le désastre, « remonter le monde ». Considères-tu, devant
les œuvres des artistes contemporains, que nous sommes toujours dans cet
après-guerres ? Ou de quels désastres contemporains témoignent-ils ? Je
sais que l’exposition présente des œuvres de Duchamp et de Heartfield, mais au
sein de Dada et dans son héritage, ne trouve-t-on pas des artistes qui, au
contraire d’entreprendre un « remontage », ont voulu aller jusqu’au bout, si on
peut dire, de la catastrophe symbolique ?
J’ai
insisté, en effet, sur cette double genèse de l’atlas Mnémosyne : la folie, la
guerre. Les deux sont étroitement liés, puisque Warburg a sombré dans la
folie en novembre 1918 après avoir passé toutes les années de guerre dans
une activité fébrile de documentation visuelle sur les combats, les effets
culturels et matériels du conflit mondial. C’est pourquoi l’hypothèse de départ
de l’exposition Atlas -sa première salle – est une mise en relation de Warburg
avec Goya : tous deux se sont interrogés sur les pouvoirs de l’imagination,
ses « monstres » (Caprices, Disparates) comme sur les effets de la violence
historique et politique (Désastres). Fiction et documentaire : inséparables dès
lors. Ernst Bloch l’aura parfaitement énoncé dans les années 1930 : l’héritage
de notre temps, c’est la « dislocation du monde » (c’est aussi, exactement, ce
que disaient Brecht et Benjamin, par exemple) à quoi répondent, dans le domaine
des arts comme dans celui de la pensée, une véritable esthétique et une
véritable épistémologie du montage. Le montage envisagé comme une activité
critique, à tous les sens de ce mot. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Je pense
que, si le main stream consiste dans le gigantesque marché de l’indifférence
– l’indifférence payante – qui caractérise nombre d’œuvres postmodernes,
d’autres artistes ont compris, en réfléchissant sur les génocides et les guerres
actuelles, qu’il fallait réactiver un art du désastre par-delà le Goya
des invasions françaises ou le Picasso des bombardements allemands. C’est le
cas d’artistes tels que Jean-Luc Godard, Harun Farocki, Walid Raad, Alfredo
Jaar ou Pascal Convert.
Tirer la leçon des Désastres, c’est
aussi comprendre qu’il n’y a pas lieu d’opposer la liberté d’imaginer à la
liberté de dresser un constat critique devant l’histoire. Ainsi, je ne suis pas
d’accord avec ton opposition Heartfield/Dada : non seulement parce que
Heartfield appartient pleinement au courant dadaïste allemand, mais encore
parce que le « désordre » des collages dadaïstes possède lui-même, me
semble-t-il, une vertu critique. Il présente certes le monde comme « démonté »,
mais son chaos formel n’a rien d’arbitraire, il suffit de regarder de près un
montage de Hannah Höch ou le Dadaistischer Handatlas de 1919-1920. Quand tu visionnes
l’Homme à la caméra de Dziga Vertov – et il se passe la même chose avec
les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard -, tu te dis
d’abord que c’est un pur désordre visuel : cela, évidemment, ne ressemble pas à
un mot d’ordre politique ; on ne te dit pas quoi penser exactement, où te
diriger exactement. Mais, dans cet apparent désordre, « les images prennent
position » malgré tout (comme j’ai essayé de le montrer sur le cas de Bertolt
Brecht) : la désorientation se transforme, à un moment, en une perception plus
fine du montage, une perception des affinités. C’est-à-dire à une pensée
nouvelle de l’histoire. Un autre exemple à prendre, ce serait l’apparente
gratuité surréaliste dont on découvre bien vite (je pense bien sûr au Bataille
de Documents) qu’elle est une authentique activité critique devant
les hiérarchies du monde contemporain.
L’image comme processus
Est-ce que je me trompe si je dis
que depuis Images malgré tout et jusqu’à ce nouveau
livre-exposition, ce que tu cherches à comprendre, c’est comment
travaille l’imagination ? (D’ailleurs, en lisant ce que tu dis sur la
faculté d’interprétation, notamment à partir de détails, j’ai pensé que Mnémosyne
devançait de peu les théories de Dalí et de Lacan sur la paranoïa.)
Oui, c’est cela exactement. Je
crois que tout mon travail est guidé par une intuition fondamentale sur
l’image comme acte et comme processus, et non comme simple objet. C’est pourquoi
j’ai tant insisté, dans les années passées, sur la question du regard,
d’où mon usage de descriptions phénoménologiques « ouvertes », contre la seule
lecture structuraliste et contre le déchiffrement d’une supposée « substance »
de l’image, que pratiquent beaucoup d’historiens de l’art. Devant les images,
nous devons convoquer des verbes pour dire ce qu’elles font, ce qu’elles nous
font, et pas seulement des adjectifs et des noms pour croire dire ce qu’elles
sont. C’est l’erreur de Roland Barthes que d’avoir cru, en dépit de son passage
par la phénoménologie, nous initier à une « ontologie de l’image ». De même que
Paul Klee envisageait quant à lui la forme, la Gestalt, comme Gestaltung ou «
formation », il faut envisager l’image comme imagination, c’est-à-dire comme
processus de formation des images. Là encore, c’est Goya qui m’a servi de
guide (je le compare dans mon livre à Kant et à Goethe) : sa célèbre gravure
sur le Songe de la raison n’est autre qu’une prise de position sur les usages –
les usages « civiques », dit-il, donc politiques – de l’imagination.
Je dirai à ce propos que Goya
et Baudelaire ont précédé toute la pensée contemporaine lorsqu’ils ont fait de l’imagination
une puissance du sujet qui n’a rien à voir avec la « fantaisie » individuelle.
J’en reviens souvent à cette phrase de Baudelaire, dans ses Notes nouvelles
sur Edgar Poe (1857), qui énonce clairement en quoi l’imagination
est une puissance de la pensée commune au poète et au savant : «
L’Imagination n’est pas la fantaisie ; elle n’est pas non plus la sensibilité,
bien qu’il soit difficile de concevoir un homme imaginatif qui ne serait pas
sensible. L’Imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en
dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses,
les correspondances et les analogies. Les honneurs et les fonctions qu’il
confère à cette faculté lui donnent une valeur telle […] qu’un savant sans
imagination n’apparaît plus que comme un faux savant, ou tout au moins comme un
savant incomplet. »
Quant à la version surréaliste
que tu évoques, Dalí et Lacan, elle ne m’intéresse que si elle articule, comme
je viens de le suggérer, la liberté d’imaginer à celle de dresser un constat
critique sur le monde lui-même. C’est ce que font Bataille, Sebald ou Guyotat
en littérature, par exemple. C’est, en tout cas, ce qui m’avait amené, dans Images malgré
tout, à critiquer la notion d’« inimaginable » et à rendre
toute sa puissance critique à notre faculté d’imaginer, comme
Hannah Arendt, d’ailleurs, a pu l’énoncer sur le plan même d’une théorie
politique.
Œuvres en acte
La façon dont tu décris la
méthode qui préside à la constitution d’un atlas -démontage des anciennes
catégories, franchissement des frontières du temps et de l’espace pour un libre
et parfois joueur remontage, qui reste susceptible de nouvelles transformations
– ressemble beaucoup à une démarche créatrice. Warburg a-t-il fait une
œuvre d’art ? Tu nous montres aussi des travaux de recherche produits par des
artistes pour accompagner leur œuvre. Est-ce que tu entends d’ici les critiques
qui peuvent t’être adressées sur le statut des objets présentés dans
l’exposition ? Œuvres ou documents… ?
Oui, j’entends bien la possible
critique sur le statut des objets… L’une des difficultés, dans l’élaboration de
cette exposition pour un grand musée d’art comme Reina Sofía, tenait justement
à ce statut des objets. Par exemple, il était hors de question, dans un tel
musée, d’exposer des fac-similés. Et quand il s’agissait de photographies, on
cherchait d’abord, évidemment, les tirages vintage. Mais j’entends aussi
répondre à cette critique à partir du point de vue qui est celui-là même du
thème de l’exposition, à savoir l’atlas d’images. Par définition ou
presque, un atlas d’images utilise les vertus de la reproductibilité : ce n’est
pas la fresque de Raphaël qui est collée sur la planche 79 de Mnémosyne, mais
une photographie, bien sûr. D’ailleurs, il n’y a pas d’« original » de Mnémosyne, l’archive
de l’Institut Warburg possède des négatifs mais aucun « tirage d’époque ». Il
est frappant de constater que tout le monde considère « l’œuvre d’art à l’ère
de sa reproductibilité technique » comme une chose entendue, archi-connue, et
que, dans le même temps, il soit presque scandaleux de montrer une reproduction
dans un musée d’art contemporain.
La Boîte verte de Duchamp y
sera donc montrée comme un objet « original » et non pour ce qu’elle est en
réalité, à savoir un recueil de reproductions photographiques. Bref, l’objet –
l’objet sacralisé, cultuel, doué à ce titre de valeur marchande dans un monde
qui fait justement de la valeur marchande un véritable culte – a la vie dure
dans la gestion même d’un art qui, pourtant, n’a cessé de le critiquer comme
tel.
La tentative inhérente à l’exposition
Atlas va donc, en grande partie, à l’encontre d’une logique muséale fondée sur
les collections de chefs-d’œuvre (c’est pour cela, j’imagine, que le Centre
Pompidou, où l’on aime tant les beaux tableaux de Soulages, n’a pas voulu de
cette exposition). Heureusement, Manuel Borja-Villel, le directeur du
Centro de arte Reina Sofía, a bien retenu la leçon théorique de Rosalind Krauss
sur l’« originalité » comme mythe moderniste ; mais, comme responsable
d’un grand musée où l’on vient admirer Guernica, il ne pouvait pas aller trop
loin dans cette critique de l’original ou de l’objet cultuel… On peut dire à ce
titre que l’exposition Atlas est une tentative, forcément limitée, voire
malheureuse, pour critiquer l’image-objet au nom de l’image-acte ou de
l’image-travail. Je n’ai pas conçu cette exposition pour réunir de beaux
tableaux, mais pour donner à comprendre comment travaillent certains
artistes – en-deçà d’éventuels chefs-d’œuvre – et comment ce travail peut
être considéré sous l’angle d’une authentique méthode et, même, d’une
connaissance transversale, non standard, de notre monde. On n’y admire pas
les belles aquarelles de Paul Klee, mais son modeste herbier et les idées
graphiques ou théoriques qui en ont surgi ; on n’y voit pas les modernes carrés
de Josef Albers, mais son album photographique réalisé autour de l’architecture
précolombienne ; on n’y voit pas d’immenses tableaux de Rauschenberg, mais une
série de photographies réunissant des objets aussi modestes qu’hétéroclites ;
on n’y voit pas les splendeurs colorées de Gerhard Richter, mais une section
des montages réalisés pour son Atlas de longue durée ; on n’y voit pas les
cubes minimalistes de Sol LeWitt, mais ses montages photographiques sur les murs
de New York.
Exposer la table de travail
Bref, j’ai tenté, pour une fois, de mettre
au second plan les tableaux, comme résultats du travail, pour mieux exposer les
tables comme espaces opératoires, surfaces de jeu ou mises en œuvre du travail
lui-même. Le projet est, à ce titre, polémique. Il est aux antipodes, par
exemple, de la volonté récemment exprimée par Michael Fried pour comprendre la
photographie elle-même comme intéressante à condition qu’elle se comporte comme
un tableau. Voilà aussi pourquoi cette exposition est fondamentalement
interdisciplinaire : je ne crois pas du tout que le montage soit d’abord ou
uniquement une procédure esthétique. C’est une heuristique de la pensée
elle-même. Et c’est pourquoi elle apparaît aussi bien chez Aby Warburg que
chez Marcel Broodthaers, chez Claude Simon que chez Ad Reinhardt, chez Thomas
Geve (un enfant rescapé d’Auschwitz qui, pendant le moment de quarantaine où il
fut retenu en 1945, réalisa un extraordinaire atlas illustré de la vie dans
les camps) que chez Gordon Matta-Clark. Alors, oui, j’ai choisi de ne pas
séparer ce que les compagnies d’assurance distinguent si violemment selon leur
valeur marchande. J’ai choisi de considérer certains « documents » comme
autant d’œuvres en acte et certaines « œuvres » comme autant de documents de
travail. Parce que ce qui m’a intéressé était la table de travail
elle-même, son côté opératoire toujours inachevé, et non le travail fini cristallisé
dans l’objet, si beau soit-il.
Comme je connais l’endroit où tu
travailles, je t’imaginais, en te lisant, assis à ton immense table, environné
de tes bibliothèques, toutes « spécialisées ». Est-ce que tu peux nous dire
quelques mots de ta méthode de travail ?
Eh bien, je travaille, je travaille. Je suis un essayiste : j’essaye tant que je peux. Je recommence. Je lis, j’écris, je regarde, je photographie. Je cadre et je monte. Je fais avec les textes ce que je fais avec les images : des fiches, des fiches, encore des fiches, sans ordre préalable et sans choix prédéterminé. Puis je dispose toutes ces associations libres sur « l’immense table », comme tu dis (qui est en réalité un établi de couturière, c’est-à-dire un outil d’artisanat). Ensuite, je fais des paquets, des regroupements, des constellations, comme une réussite aux cartes ou comme un tarot que vous tire une voyante de fête foraine. Un futur – un désir – se configure et s’incarne lorsque je m’aperçois que les affinités s’organisent toutes seules, pensent toutes seules, se remontent d’elles-mêmes. Alors je n’ai plus qu’à prendre la plume pour interpréter cette partition-là.