Qui vive ? Le communisme !
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« une question intimidante, une question que personne encore au
monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle :
Qui vive ?… » J. Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la
délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme
commun à tous dans l’avenir. »
R. Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je
suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons
au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non
pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » B. Brecht (1932)
« Il a existé des communes et des communistes de tout
temps ; il en existera toujours. »
J. Steinbeck (1936)
« Je suis communiste
par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme
intelligent. » J. Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété
africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles,
précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)
« Je suis d’un
village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et
à la carrière, aiment bien le communisme. »
M. Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le
vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas
ne pas être communiste. » B. Sobel (2011)
« Je reprends à partir du mot “communiste”. » J.-M. Gleize (2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique
diffusé
le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction :
François Nicolas [ƒNi]
Numéro 17 : 1° janvier 2012
(fichier format
pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/17.pdf
Courage ! :
l’année 2012 s’annonce spécialement rude !
Sommaire :
Égypte.............................................................................................................................................. 3
Photos........................................................................................................................................... 3
Les murs que l’armée édifie en pleine
ville !................................................................................. 4
Maroc............................................................................................................................................... 7
Manifestations du 25 décembre.................................................................................................... 7
Moyen-Orient................................................................................................................................... 9
Une carte....................................................................................................................................... 9
Un point de vue............................................................................................................................. 9
Chine.............................................................................................................................................. 12
Ouvriers...................................................................................................................................... 12
Ouvriers (2)................................................................................................................................ 13
Insurgés....................................................................................................................................... 16
Rendre justice à ce dont « Yougoslavie » a été le
nom? (suite)..................................................... 18
Quelques films intéressants…...................................................................................................... 18
France............................................................................................................................................ 22
L’armée française en Afghanistan….......................................................................................... 22
« Lois mémorielles »…................................................................................................................ 22
La crise du capitalisme « occidental »............................................................................................ 23
La « démocratie » ou l’obscurantisme politique de ce
temps......................................................... 24
« Obscurantisme » ?................................................................................................................... 24
« Éducation civique » !............................................................................................................... 24
Remarque conplémentaire.......................................................................................................... 26
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à
penser…...................................... 27
Foi et religion….......................................................................................................................... 27
Foi et croyance…........................................................................................................................ 27
Divers............................................................................................................................................. 29
Une lecture du récent livre d’Alain Badiou................................................................................ 29
Annonce mamuphi...................................................................................................................... 30
Merci à S. Nony pour son
blog !
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Menteurs ! (journal L’aube)

Affiche de gauche :
« La morale de l’armée : falsifier la vérité, entrer dans la mosquée en
chaussures [la
mosquée Makram où l’armée a pénétré pour détruire l’hôpital de campagne en
début de semaine], incendier l’Institut (de Géographie), traduire les civils
devant les tribunaux militaires, dénuder et tabasser les femmes, écraser les
manifestants avec des blindés »
L’affiche du centre détaille les méfaits
accomplis par l’armée - « massacre du 9 mars, massacre du 6 avril,
massacre devant l’ambassade d’Israël, massacre du premier jour de Ramadan,
massacre de la place Abbasseya, massacre de Maspéro, massacre de la rue Mohamed
Mahmud, massacre de la rue Qasr el-Einy, massacre à l’aube du 20 décembre » – et conclut, en anglais, sur la
continuation de ces méfaits…

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Je demande la guérison des blessés et de ne
pas oublier le sang des martyrs.

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« Et les injustes sauront bientôt en
quel lieu ils seront renversés. » (Coran, XXVI, 227)
Un intéressant billet du blog de S. Sony.
Je ne connaissais pas cette politique des murs dressés en pleine
ville. À ma connaissance, c’est la première fois que cette pratique (cf.
Irlande ou Israël) est employée dans un conflit intérieur. On a avait bien eu à
Paris un Quartier latin bloqué par des grilles métalliques démontables lors des
émeutes de l’automne 2005 mais ici, il s’agit de vrais murs !
Où l’on apprend également que le « test de virginité »
consiste… à violer la jeune femme !
Et bientôt le 25 janvier, premier anniversaire…
Le Caire et ses murs
28 décembre 2011
http://snony.wordpress.com/2011/12/28/bastilles/#comment-1186
Il ne s’agit pas d’un reportage sur
les remparts fatimides mais de quelques images prises lors d’un petit tour de
centre ville datant du 23 décembre. Il faut dire que le paysage urbain a subi
de sérieuses modifications.
La rue Mohamed Mahmud où se sont déroulés
les violents combats entre le 19 et le 22 novembre, est fermée par un
monumental mur.

L’objectif déclaré de cette
construction était de protéger le Ministère de l’Intérieur, qui est pourtant à
plusieurs rues de là. En lettres rouges, sur les énormes blocs que viennent
observer des jeunes en promenade dans cette artère qui ne mène plus nulle part
: “La liberté viendra, c’est sûr”.
Ce sont 31 morts et près de 300
blessés qui ont été recensés par le Ministère de la
Santé pour ces quatre jours. Sans compter tous ceux qui ont évité de
séjourner dans les hôpitaux de peur de s’y faire arrêter. Les graffitis de la
rue rappellent la nature des blessures : un nombre effrayant de jeunes ont
perdu un œil, et beaucoup d’autres ont été empoisonnés par les gaz employés par
les forces de l’ordre.

[…] La rue perpendiculaire (Youssef
el-Jundy), qui longe le mur arrière de l’Université Américaine, a aussi été
fermée à l’aide de gros moellons. Les habitants du quartier contournent comme
ils peuvent. Les enfants regardent à travers les trous le no-man’s land qui se
trouve derrière, surveillé par quelques soldats.

La rue Qasr el-Einy, théâtre des affrontements
au cours desquels l’armée a déployé une violence inouïe contre les manifestants/tes,
a été la première bouclée de cette façon par l’armée, inaugurant une modalité
de gestion des conflits qui donne lieu à de nombreuses blagues au Caire sur le mode
: “si l’armée se reconvertit dans la construction, le peuple égyptien va enfin
pouvoir respirer”. Une photo
panoramique sur le net, permet un 360° à l’arrière de ce mur
tel qu’il était le 18 décembre.

Outre l’avenue elle-même, (photo
ci-contre) c’est l’entrée de l’Assemblée Nationale qui a été ainsi obstruée, ce
qui, en pleine période électorale, constitue tout de même un symbole fort
(photo ci-dessous).

Quatre murs, aussi imposants
soient-ils, suffiront-ils à contenir la colère qui monte ? Le résultat le plus
évident des derniers affrontements est bel et bien la fin de l’état de grâce
entre le peuple égyptien et son armée. La victoire en justice de Samira
Ibrahim contre la pratique du viol par l’armée (pudiquement nommé “test de
virginité”), la libération du blogueur Alaa Abd-el-Fattah ne font que
renforcer la légitimité de cette colère.
Les manifestations qui se préparent
depuis un mois déjà, pour le 25 janvier 2012 promettent une forte mobilisation.
Un an après, la détermination des jeunes semble intacte ; ce qui a sérieusement
faibli, c’est leur naïveté. La question des stratégies à long terme pour venir
effectivement à bout de l’ancien régime que l’armée incarne désormais, est donc
à l’ordre du jour ; c’est une sérieuse avancée.
Ces manifestations organisées dans tout le pays par le Mouvement du 20
février sont trop nombreuses pour que j'en fasse un compte rendu.
Le mouvement semble toujours aussi dynamique mais sans doute un peu moins
nombreux qu'avant…
Carte des manifestations du 25 décembre (avec
vidéo accessible pour chacune) :
Les
Marocains manifestent pour la démocratie, sans les islamistes
Manifestation le 25
décembre à Casablanca, organisée par le Mouvement du 20 février afin de demander
des réformes politiques et sociales de grande ampleur.REUTERS/STRINGER

Plusieurs milliers de
personnes ont manifesté dimanche 25 décembre à Casablanca et Rabat, à l'appel
des jeunes du Mouvement du 20 février, qui revendique des réformes politiques profondes.
Pour la première fois, la manifestation s'est déroulée en l'absence des
représentants du mouvement islamiste Justice et bienfaisance.
Ce dernier s'est
récemment retiré de la contestation menée depuis le début de l'année par les
jeunes pour la démocratie. Entre 4 000 et 5 000 personnes sont descendues dans
la rue dans le quartier populaire Hay Mohammadi à Casablanca pour appeler à la poursuite de la
lutte pour les réformes démocratiques. A Rabat, le nombre de manifestants était
de 300 à 500 personnes. La police a, pour sa part, indiqué à l'AFP que 3 500
personnes avaient manifesté dans tout le royaume.
PLUS DE JUSTICE SOCIALE
"Nous manifestons
pour dire que la lutte va continuer malgré le retrait des
organisations politiques, qu'elles soient islamistes ou autres, a déclaré à
l'AFP Hamza Mahfoud, de la section de Casablanca du mouvement. Nos
revendications sont légitimes et elles n'ont pas varié : une monarchie
parlementaire et une plus grande justice sociale." "L'actuel
gouvernement ne changera rien", "Non au cumul de la fortune et du
pouvoir" ont scandé les manifestants à Rabat et Casablanca.
Justice et
bienfaisance, l'un des plus
importants mouvements islamistes, toléré par les autorités marocaines, a mis un
terme à son appartenance au Mouvement du 20 février "en raison des attaques" dont il a dit être l'objet de la part de
certains jeunes contestataires. Ces manifestations se poursuivent malgré
l'appel au dialogue lancé par le nouveau chef du gouvernement marocain,
l'islamiste modéré Abdelilah Benkirane, dont le parti Justice et
développement a remporté les
législatives à la fin de novembre.
La carte ci-dessous
rappelle l’importance géostratégique (charnière Europe-Asie) d’un Moyen-Orient
dont les Américains se trouvent progressivement chassés :
Irak-Iran-Afghanistan-Pakistan ! D’où l’importance actuelle de la Syrie –
ceci explique cela – et les inquiétudes de l’Arabie saoudite !

Point de vue d'un ex-agent de la CIA. Je ne connais pas sa compétence
exacte mais son point de vue m’a semblé intéressant.
Libre Belgique (24-12-2011)
Robert
Baer : "On va vers une guerre de cent ans"
Christophe
Lamfalussy
Mis en ligne
le 24/12/2011
L’ex-agent de
la CIA craint une guerre civile régionale dans le monde arabe. Après l’Irak,
vient la Syrie. Robert Baer y déconseille une intervention militaire.
Le
"Printemps arabe" pourrait accoucher au Moyen Orient d’une sorte de
califat, où les Frères musulmans joueraient dans un premier temps un rôle
central, suivis par des salafistes, "plus cohérents et plus engagés".
C’est l’une des prédictions que fait l’Américain Robert Baer dans cette
interview accordée à "La Libre Belgique", par téléphone, depuis New
York.
Robert
Baer, vous avez été agent de la CIA pendant vingt et un ans, principalement au
Moyen-Orient. Que pensez-vous de ce qui se passe en Syrie ?
J’ai vécu à
Damas pendant les années quatre-vingts et y suis revenu par la suite. Je
comprends la famille al Assad et les alaouites jusqu’à un certain point. Ils
vivent retranchés dans une forteresse et ne peuvent pas se rendre. Il y aura
inévitablement une sorte de guerre civile. Il n’y a pas de porte de sortie,
plus moyen de revenir en arrière avec ce niveau de violence. Si les
alaouites devaient battre en retraite avec leurs armes et leur argent, il y
aurait d’énormes déplacements de population de Homs et de Damas. Ce serait
vraiment une situation révolutionnaire s’ils étaient forcés de partir.
C’est un conflit sectaire.
Sectaire ?
Sunnites,
chrétiens et alaouites... ces divisions alimentent le conflit. Le vrai problème
est que les sunnites des grandes villes voient les alaouites comme des intrus.
Un peu comme les sunnites de Bagdad ont vu les chiites comme des intrus. La
plupart des Syriens sunnites voient les alaouites comme des apostats qui ne
respectent pas le vrai islam, et ils ne peuvent le tolérer. Ensuite, il y a
cette corruption rampante en Syrie qui est devenue pire avec Bachar. Quand je
vivais en Syrie, c’était un Etat totalitaire ; vous ne pouviez pas comme étranger
donner un pot-de-vin. La dernière fois que j’y suis allé, les gens du ministère
de l’Information sollicitaient les pots-de-vin. Ce fut un choc pour moi.
A Damas, les
gens se plaignent d’être les otages d’un conflit beaucoup plus large, qui
implique l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar. Ont-ils raison ?
Non. Ces
divisions remontent à bien plus loin. Il est évident que la télévision Al
Jazeera, du Qatar, a mis de l’huile sur le feu, mais les ingrédients étaient
déjà là. Quant à la Turquie, elle ne comprend pas ce qui se passe en Syrie.
S’il y a une influence étrangère, elle vient de Tripoli (NdlR : la grande ville
du Nord Liban, le fief sunnite de Saad Hariri). La Turquie pourrait bénéficier
économiquement de la chute du régime Al Assad et de l’influence décroissante de
l’Iran, mais ne peut pas alimenter à elle seule l’insurrection. Et pas plus le
Qatar. Le pays n’a même pas un service de renseignement. Le sheikh Karadawi se
trouve au Qatar et alimente la révolte arabe. Mais les divisions syriennes
existent depuis longtemps.
Pour
l’Iran, la Syrie est un chaînon vital ?
Oui, c’est
vital parce qu’ils croient que la révolution iranienne est le moteur du monde
arabe et qu’ils ne peuvent pas perdre. Mais l’Iran ne peut pas influencer
réellement la Syrie. Ils peuvent donner de l’équipement via l’Irak et de l’aide
économique. Mais ce n’est pas décisif. Le Hezbollah (NdlR, pro-iranien)
soutient le régime d’Assad mais ne veut pas être impliqué dans une guerre
civile au Liban. La situation est imprévisible.
Etes-vous
favorable à une intervention militaire occidentale en Syrie ?
Non, car chaque
fois que l’Ouest s’implique dans une guerre, il multiplie les dommages.
L’invasion de l’Irak en 2003 est une des catastrophes majeures du XXIe siècle.
Ils ont détrôné un tyran. Et ils ont rouvert les divisions ethniques. Une
intervention militaire en Syrie affecterait toute la région, y compris la
Jordanie et le Liban. Il y aura une division plus profonde entre la Turquie et
l’Iran. La situation deviendra hors contrôle, et l’on verra une guerre
régionale. Vous ne pouvez pas voir dans cette région des guerres civiles
locales se multiplier sans déboucher sur une guerre régionale.
On s’inquiète
en Europe de voir que le printemps arabe a débouché sur l’arrivée au pouvoir
des islamistes. Faut-il s’en inquiéter ?
C’était
totalement prévisible ! On a parlé de révolution "Twitter" ou
"Facebook", mais il y a une totale incompréhension de cette partie du
monde de la part des Etats-Unis.
Nous sommes
en train de voir l’émergence d’une sorte de califat. La force dominante dans
ces pays sont les Frères musulmans. Ils sont organisés. Ils promettent de
combattre la corruption, une promesse qui n’a pas encore été testée.
Les
Frères musulmans sont comme Alexandre Kerensky, lors de la révolution russe.
Ils disent tout ce qu’il faut dire. L’étape suivante risque de voir émerger les
salafistes, les plus cohérents et les plus engagés (NdlR, Kerensky fut l’un des
avocats de la lutte contre le régime tsariste, mais fut balayé ensuite par les
bolcheviques).
Pour en
revenir à la Syrie, est-ce que les Russes peuvent trouver un dénouement
diplomatique ?
Non. Tout ce
qu’ils peuvent faire, c’est postposer une décision des Nations unies. Mais il
n’y a rien que puisse faire l’Onu. C’est comme en Libye. On a pu précipiter la
chute de Kadhafi, mais je ne vois pas d’autre solution en Libye que les Frères
musulmans. Et même avec eux au pouvoir, il y aura des divisions entre Tripoli
et Benghazi. Vous pouvez détruire un pouvoir centralisé, mais au bout du
compte, vous vous retrouverez avec les mêmes divisions ethniques qui existaient
auparavant. Ce sera la même chose en Syrie.
L’Egypte
reste-t-elle un pays central dans le monde arabe ?
Oui, ce qui
s’y passe est important. L’Egypte pourrait être un modèle. Les militaires vont
tenter de se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible, mais finalement,
ils devront céder. Par ailleurs, je ne vois pas comment la monarchie jordanienne
pourra se maintenir si nous avons une vraie révolution dans une Egypte dirigée
par les Frères musulmans, en Syrie et avec un Irak divisé.
Sommes-nous
en train d’assister à une révolution ?
Oui. Il
suffit que l’un de ces pays réussisse. Mais, pour le moment, c’est plus vers
une guerre civile régionale que l’on tend, comme la guerre de cent ans. Les
frontières de la région ont été fixées arbitrairement. Et au milieu de tout
cela, vous avez cette chose étrange qu’est Israël. On l’ignore pour le
moment. Mais si j’étais israélien, je serais terrifié.
http://www.liberation.fr/economie/01012379721-les-ouvriers-s-organisent-de-mieux-en-mieux
«Les
ouvriers s’organisent de mieux en mieux»
InterviewGeoffrey
Crothall, porte-parole de l’ONG China Labour Bulletin, analyse
le mouvement social en cours.
Par PHILIPPE
GRANGEREAU De notre
correspondant à Pékin
Plus de 10
000 ouvriers se sont mis en grève depuis la fin novembre dans le
Guangdong, où sont basées la majorité des usines travaillant pour l’export. «Les
mouvements sociaux vont augmenter car un nombre croissant d’ouvriers en usines,
et dans d’autres secteurs comme les transports, n’arrivent plus à joindre les
deux bouts», estime
Geoffrey Crothall, porte-parole de China Labour Bulletin, une ONG basée à
Hongkong, qui défend les droits des travailleurs chinois.
Quel est
l’impact du ralentissement de l’économie chinoise ?
Pendant la
crise de 2008, vingt millions d’ouvriers migrants sont rentrés chez eux faute
de travail, mais il serait surprenant, cette fois-ci, que les choses aillent
aussi mal. Certaines entreprises ferment, mais d’autres continuent d’embaucher.
La différence est que, naguère, les ouvriers se laissaient faire. Là, ce n’est
plus le cas. Leur pouvoir de négociation s’est accru en raison d’une pénurie de
main-d’œuvre qui sévit dans un nombre croissant de secteurs. De plus, ils
n’hésitent plus à réclamer leurs droits et s’organisent de mieux en mieux.
D’où
proviennent ces pénuries de main-d’œuvre ?
La
principale raison est démographique. Il y a de moins en moins de jeunes sur le
marché du travail, or les entreprises n’embauchent que les moins de
30 ans.
Combien y
a-t-il de grèves en Chine ?
On recense
environ 30 000 grèves et arrêts de travail par an, mais on en attend
davantage, car les entreprises en difficulté suppriment les heures supplémentaires,
sans lesquelles les ouvriers ne gagnent pas assez pour vivre. D’autres protestent
contre le transfert de leur usine dans des régions meilleur marché, car les
patrons en profitent pour leur faire signer des contrats moins avantageux.
Combien
gagnent les ouvriers ?
Au cœur de
la zone industrielle chinoise, dans le Guangdong, un ouvrier gagne entre 1 200
et 1 400 yuans mensuels (140 à 165 euros) et 2 000 yuans
(235 euros) avec les heures supplémentaires - soit dix heures par
jour et six jours par semaine.
Comment
les ouvriers s’organisent-ils puisque les syndicats libres sont interdits ?
Avec les
microblogs et les téléphones mobiles, souvent en très peu de temps. Quelques
volontaires suffisent à lancer un mouvement de milliers d’employés, car tous
font face aux mêmes problèmes.
Comment
se terminent les grèves ?
Généralement
par un accord a minima entre la direction et les délégués des grévistes. Bien
qu’ils ne soient pas officiellement reconnus, ces derniers s’asseyent souvent à
la table des négociations. Mais ces délégués sont parfois harcelés ou
contraints à la démission. Il arrive aussi que le gouvernement local agisse en
médiateur. Cet été, nombre d’ouvriers ont remporté de grandes victoires, avec
des augmentations de salaire de 50 %, mais ce genre de concessions n’est plus
envisageable en raison du ralentissement économique.
Existe-t-il
des fédérations syndicales clandestines ?
Tant que la
mobilisation ouvrière se fait usine par usine, les autorités ne s’en inquiètent
pas trop. Mais si des fédérations clandestines se constituaient, elles seraient
immédiatement réprimées.
Pourtant,
désormais, les autorités répriment rarement les grèves…
Elles
emprisonnent quand des violences éclatent. Sinon, c’est rare, car il y a trop
de grèves, et les prisons seraient pleines. En revanche, elles imposent un
black-out médiatique.
Pékin
vient d’annoncer un renforcement de sa «gestion sociale». A quoi peut-on
s’attendre ?
Le
gouvernement chinois va sans doute accroître la surveillance afin de mieux
prévenir les grèves et les conflits sociaux. La police a jusqu’alors échoué de
ce point de vue, et il n’y a pas de raison de penser qu’elle réussira cette
fois. Les autorités n’ont pas encore compris que pour réduire les conflits du
travail, il est nécessaire d’établir un système de communication entre les
employés et la direction des entreprises, et cela n’est possible qu’au travers
de syndicats représentatifs qui défendent réellement les intérêts des ouvriers.
Tant qu’un tel mécanisme n’existe pas, il y aura de plus en plus de conflits du
travail.
http://www.ccr4.org/La-crise-mondiale-provoque-une
La crise
mondiale provoque une seconde vague de grèves ouvrières
Yann Le Bras
En 2010 la
Chine avait connu une première vague de grèves menées par le nouveau
prolétariat de ce pays. Celles-ci avaient débouché sur des augmentations de
salaires, notamment dans les usines japonaises du secteur automobile et chez
Foxconn, le premier groupe manufacturier d’origine taïwanaise, après une série
de suicides de travailleurs. Fin 2011, nous assistons à une deuxième vague de
grèves qui a son centre dans la province de Guangdong, considérée comme
« le plus grand atelier du monde ».
A la différence de celle de 2010, la nouvelle
vague est directement aiguillonnée par la détérioration de la situation
économique au niveau mondial et les perspectives d’un ralentissement économique
pour 2012. Cette situation touche fortement l’économie chinoise, notamment les
entreprises tournées vers l’exportation, ce qui inquiète les autorités de Pékin
qui se demandent comment gérer le mécontentement ouvrier de plus en plus
important.
En effet, dans le cadre de l’approfondissement
de la crise de surproduction mondiale et une demande qui se rétrécit dans le
contexte de crise aiguë de la zone euro et de la fin du modèle nord-américain
basé sur la consommation et l’endettement, le modèle de croissance chinois est
en train de faire face à des limites incontournables.
Une dégradation de la situation économique
intérieure
Eclipsée par les évènements dramatiques que
l’on vit en Europe et par l’annonce des banques centrales des principaux pays
impérialistes d’injecter une quantité illimitée de fonds avec pour but de faire
face au manque de liquidités au niveau mondial, notamment en dollars, pour
éviter dans l’immédiat un « Lehman plus » en Europe, une décision
importante du géant asiatique est passée inaperçue. Le 30/11, la Banque
Centrale Chinoise a abaissé les conditions de réserve de 50 points de base, les
établissant à 21% pour les grands établissements, dans la continuité du
mouvement de la semaine antérieure quand elle avait fait de même pour certains
établissements locaux.
Que signifie cela ? Que les autorités ont
laissé de côté le contrôle de l’inflation pour s’occuper de la croissance. En
effet, les chiffres du dernier trimestre estiment une croissance interannuelle
inférieure à la « barrière psychologique » de 9%. Pire encore, des
établissements comme l’UBS prédisent une chute de 8,5%... et de 7,7% pour le
premier semestre 2012 ! Si cette chute entre chaque trimestre se confirme,
la croissance en 2012 pourrait se situer en un chiffre inférieur à 7%, ce qui
pour certains c’est un signal d’alarme.
Comme preuve de qu’il ne s’agit pas d’une
perspective impensable, on peut citer ce qui montre l’indicateur officiel
chinois, Federation of Logistics and Purchasing, où, outre une contraction de
la manufacture, on avance des chiffres négatifs concernant les exportations et
les commandes. Ce sont des indicateurs purement d’orientation mais qui montrent
que le grand ralentissement est en train d’être répercuté actuellement.
Ce qui est nouveau c’est qu’à la différence du
premier grand pic de la crise internationale en 2009 où les autorités avaient
lancé un grand plan de stimulation à travers des investissements en
infrastructure et dans la construction, cette recette actuellement est
fortement remise en question et difficilement efficace. En premier lieu, dans
le cadre d’une consommation privée risible de 35% du PIB, cette politique a
aggravé le surinvestissement qui atteigne le chiffre inouï pour un pays de
cette taille de presque 50% du PIB. En deuxième lieu, l’expansion facile du
crédit a donné lieu à l’existence de nombreux logements et villes vides, ce qui
fait pression à la baisse sur les prix des logements. Dans le cadre de cette
« bulle », bien que l’on essaye de limiter ses effets avec des
politiques de contention, il est difficile de changer la tendance à la baisse
des prix immobiliers. Finalement, le surgissement des problèmes de la dette en
Chine c’est une réalité. Si l’on additionne les dettes du gouvernement central
et celle des locaux et celle des certaines institutions comme le Ministère des
Chemins de Fer, les chiffres indiquent un ratio de dette proche de 70% du PIB.
En outre, bien que les foyers possèdent une grande capacité d’épargne, on
estime la dette corporative à autour de 100% du PIB. Dans ce cadre, il est pour
le moins risqué de continuer le cycle d’endettement face aux problèmes qui
arrivent. Par exemple, il semblerait que les gouvernements locaux, responsables
dans une large mesure des plans de relance appliqués et avec une relation de
dépenses par rapport au gouvernement central de 4 à 1, ne bénéficient pas des
flux d’argent suffisants pour faire face aux compromis d’entre ¼ et 1/3 des
instruments financiers créés pour réaliser leurs projets. Prenons en
considération que 40% de cette dette arrive à échéance entre 2011 et 2012 et
que les revenus de ces entités locales sont menacés puisque la part la plus
importante de ceux-ci provient de la requalification et l’achat/vente de
terrains. Cela veut dire que s’il s’avère que nous nous trouvons dans un moment
d’inflexion du marché immobilier, la situation pourrait très vite s’aggraver.
On trouve une situation aussi compliquée dans
le « private lending », notamment dans le secteur des PME. Dans
l’ensemble, certains chiffres situent le niveau de morosité à un 12%, dépassant
les 6 billions de yuans. Ce chiffre, même en étant un calcul minimal, est
supérieur à tout le capital du système financier…
Résistance ouvrière face aux pressions du
patronat sur les salaires, les conditions de travail ou les licenciements
Beaucoup de travailleurs dans le Sud de la
Chine font face à des réductions de salaires et des conditions de travail plus
dures dans la mesure où les entreprises luttent pour survivre face à la crise
économique internationale de plus en plus profonde. Il y a également de plus en
plus de conflits à cause des licenciements dans certaines entreprises qui ont
commencé à ajuster les coûts.
Des émeutes, comme ici dans la province de
Guizhou, en juin dernier, sont de plus en plus fréquentes en Chine
Repassons rapidement l’information qui apparaît
en ce moment dans la presse occidentale : « A Shenzhen, 1000 ouvriers
d’une usine d’électroniques ont débrayé le 23 novembre protestant contre la
décision des dirigeants de l’usine d’obliger les travailleurs de nuit à faire
des heures supplémentaires. Selon le China Labor Watch, les ouvriers dénonçaient
également une hausse importante des accidents de travail et les licenciements
massifs des travailleurs les plus âgés » [1] ».
L’usine en question est Jingmo Electronics Corporation, une usine de Shenzhen
qui embauche 3000 travailleurs. Cette entreprise de capitaux taïwanais produit
des claviers et d’autres composantes informatiques pour des multinationales
comme Appel, IBM, LG, Tulip, Legend et Fouder Great Wall. Le lendemain, c’est
au tour de 400 ouvriers de l’usine de sous-vêtements Shenzhen Top For Underwear
de se mettre en grève. « Fin octobre, ils étaient 1178 chez le fabricant
japonais de montres Citizen à tenir tête à leur patron pour obtenir la
rémunération de 40 minutes de présence quotidienne supplémentaire imposée mais
non payée depuis plusieurs années. La manifestation la plus importante a eu
lieu à Dongguan, important centre industriel du sud de la Chine : 7000
employés de l’usine de chaussures Yucheng Footwear Factory, un sous-traitant de
Nike et d’Adidas, sont descendus dans la rue pour protester contre l’annonce de
licenciements, une baisse de leurs salaires, ainsi que la suppression des
heures supplémentaires, laissant aux employés un maigre salaire de base. Une
douzaine de travailleurs ont été blessés par la police » [2].
Un autre article raconte cette dernière
action : « La grève de ces salariés faisait suite au licenciement le
mois dernier de dix-huit de leurs cadres, interprété par les ouvriers comme un
signe de prochaine délocalisation, a ajouté CNW. L’un des cadres licenciés a
déclaré au journal China Business News que son départ faisait partie d’un
projet de déménagement de la production dans la province de Jiangxi afin de
réduire les coûts qui sont plus élevés dans le vaste pôle manufacturier de
Dongguan.
« A l’origine également de la
contestation : la rémunération des salariés déjà faible qui risque encore
d’être réduite. La suppression de primes de rendement et des heures
supplémentaires sont aussi à l’origine de la colère des ouvriers de l’usine de
Yucheng. "Notre salaire de base mensuel n’est que de 1.100 yuans (130
euros)" et "nous avons vraiment besoin de faire des heures supplémentaires",
a déclaré une ouvrière au Yangcheng Evening. Les interventions des autorités
locales pour un maintien des heures supplémentaires sont restées sans réponse
de la part de la direction de l’usine qui est la propriété d’un groupe d’investissement
de Taïwan, selon la presse chinoise » [3].
Mais le mouvement ne semble pas s’arrêter et
s’étend à Shanghai : « La vague de grèves continue en Chine. Selon
l’organisation China Labor Watch , basée aux Etats-Unis, plus de mille ouvriers
d’une usine de Shanghai ont cessé le travail depuis deux jours pour protester
contre des licenciements. L’ONG signale aussi que des affrontements avec la
police ont fait plusieurs blessés et que des grévistes ont été arrêtés. Entamé
le 30 novembre après l’annonce du licenciement de quelque mille ouvriers, le
mouvement se poursuit vendredi 2 décembre. Le site est un sous-traitant d’Apple
et de Hewlett-Packard. Cette usine implantée dans la grande métropole de l’est
de la Chine appartient à la compagnie électronique singapourienne Hi-P
International. Elle prévoit de transférer la production dans une autre ville,
Suzhou, à une centaine de kilomètres de Shanghai » [4].
En même temps, la vague de manifestations et de
grèves des travailleurs chinois touche aussi, entre autres, les filières de la
chaîne de supermarchés anglaise Tesco. A Junhua, province orientale de Zhejiang,
des centaines d’employés sont descendus dans la rue pour protester contre les
licenciements qu’avait décidé la direction de l’entreprise. Les employés ont
bloqué les entrées des centres commerciaux, scandant des consignes contre
l’entreprise et en exhibant des pancartes où ils exigeaient le respect de leurs
droits. Des conflits comme ceux-ci peuvent se multiplier face à la situation de
beaucoup d’entreprises manufacturières. Par exemple, celles de chaussures
soumises à une augmentation des coûts, le manque de main d’œuvre, la chute des
marges de profit, aggravée maintenant par le collapse des ventes à l’étranger.
Beaucoup d’entreprises cherchent à se
réorienter vers le marché intérieur face à la chute brutale de la demande
globale. Mais la « transformation » n’est pas aussi simple, comme le
démontre le cas suivant : « David Liu, président de Luca Angelo
Leather Product dans la ville industrielle de Dongguan dans le Sud de la Chine,
affirme que les exportations de son entreprise ont chuté de 40% ces deux
derniers mois et, bien que la demande du marché intérieur ait augmenté, ses
coûts ont rapidement progressé. ‘Les fournisseurs demandent des payements sans
délai, ce qui s’ajoute à nos coûts’, déclare M. Liu. ‘Les banques
contrôlent strictement les prêts [pour les petites et moyennes entreprises] et
beaucoup de mes amis sont en train d’envisager des coupes dans la
production » [5]. Cet
exemple montre clairement le grand défi à long terme auquel font face des
milliers d’entreprises fabriquant des produits de basse technologie de la côte
manufacturière du Sud de la Chine, mais aussi de tout le pays. La chute des
ventes est accompagnée d’une augmentation des prix des matières premières et
d’un accès restreint au crédit, ce qui peut conduire beaucoup d’entreprises,
comme les textiles, à la faillite. Ainsi, « les statistiques de la
fédération des industries de Hongkong prévoient qu’un tiers des 50 000 usines
chinoises appartenant à des industriels de l’ancienne colonie britannique
pourrait fermer et licencier en masse d’ici janvier » [6] ».
C’est cette situation qui produit la colère de
plus en plus grande des travailleurs. Comme explique Geoffrey Crothall, le
porte-parole de l’ONG China Labour Bulletin : « ‘L’économie chute et
ce sont les travailleurs qui font les frais de ces pertes’ s’insurge Geoffrey
Crothall. ‘Ils ne peuvent pas le supporter !’. ‘De très nombreuses
entreprises veulent en conséquence délocaliser vers l’intérieur du pays où la
main d’œuvre coûte beaucoup moins chère’, analyse Li Qiang, le fondateur de
l’ONG China Labor Watch, basée aux Etats-Unis. ‘Il y a beaucoup d’anxiété parmi
les travailleurs : ils ont peur que leurs usines ferment et qu’ils soient
virés sans compensation. Ils sont anxieux de savoir où leurs usines vont être
relocalisées. Tout ça ajoute au sentiment de malaise", renchérit Geoffrey
Chrothall’ » [7].
Les difficultés des autorités face au
soulèvement social
A la différence de 2010, il est peu probable
que le gouvernement et les patrons cèdent facilement aux revendications sur les
salaires dans le cadre d’un horizon obscur sur les marchés internationaux.
Comme dit Geoffrey Crothall : « une différence entre les grèves
récentes et celles de l’été dernier c’est que, de mon point de vue, en ce
moment les travailleurs ne sont pas en train d’obtenir de grandes
victoires [8] »,
comme une augmentation des salaires de 50%. Cela peut empêcher un effet de
contagion comme lors de la première vague de grèves, mais en même temps durcir
les luttes et ses méthodes. C’est précisément cela que semblent craindre les
autorités : « Un haut responsable communiste chinois a appelé les
provinces du pays à être mieux préparées à ‘l’impact négatif’ du ralentissement
de la croissance économique, laissant transparaître l’inquiétude du gouvernement
face à la montée des conflits sociaux … Zhou Yongkang, membre du comité
permanent du bureau politique qui réunit les neuf plus puissants dirigeants
chinois, a expliqué, vendredi dernier, lors d’un discours devant des
responsables de provinces du nord de la Chine que les autorités devaient
améliorer leur ‘gestion sociale’. ‘Face à l’impact négatif de l’économie de
marché, nous n’avons pas mis sur pied un système complet de gestion sociale’, a
commenté M. Zhou, dont les propos ont été rapportés au cours du week-end
par l’agence officielle Chine nouvelle. ‘Il est urgent que nous bâtissions un
système de gestion sociale aux caractéristiques chinoises qui soit adapté à
notre économie socialiste de marché’, a déclaré le haut responsable, sans
fournir de précisions, à l’heure où les salariés défendent de plus en plus
leurs droits [9] ».
Parallèlement, il a exigé aux fonctionnaires de limiter les dépenses en projets
« vaniteux » qui provoquent la colère publique.
L’inquiétude des autorités chinoises est
évidente. En effet, pour la première fois elles se trouvent face à une
situation économique qui peut empirer et à une lente mais ferme maturation du
nouveau mouvement ouvrier chinois. A cela il faut rajouter, au niveau
géopolitique et militaire, une série de mouvements des USA pour renforcer leur
présence dans la région Asie-Pacifique, comme l’augmentation de sa présence
militaire en Australie en y envoyant d’ici 2016 2500 marines ; ou encore
la récente ouverture diplomatique envers la Birmanie où Hillary Clinton a
voyagé. Ces mouvements sont vus par les experts de Pékin comme une politique de
« containment » ou « encirclement » de la Chine.
La maturation du mouvement ouvrier c’est un
fait mis en exergue par les observateurs. Dans un rapport publié en novembre,
le China Labour Bulletin constate que « le mouvement ouvrier s’est
développé rapidement « par un sentiment croissant que les travailleurs
étaient exclus du partage des bénéfices que faisaient leurs entreprises mais
également du développement de la société toute entière. Une nouvelle génération
de travailleurs migrants a émergé comme l’une des principales forces dans le
mouvement ouvrier en Chine. Ceux qui sont nés dans les années 1980 et 90 sont
généralement mieux éduqués et plus « armés » que leurs parents pour
revendiquer leurs ambitions. Ils ressentent également plus de pression et
l’intense frustration d’essayer de s’établir en ville tout en étant classés et
méprisés car résidants milieu rural. Employé principalement dans les
entreprises modernes, ils constituent aujourd’hui le cœur de la nouvelle classe
ouvrière chinoise » [10] ».
Sa rapide et sans précédents acquisition d’expérience
est aussi une très bonne nouvelle. En effet, « alors que la conjoncture
amène les patrons à faire des économies sur le dos du personnel, les ouvriers
se tournent vers des organisations comme Petit oiseau, fondée en 1999 à Pékin
pour venir en aide aux travailleurs migrants, voire même vers des agences liées
au gouvernement, pour des conseils juridiques. ‘De plus en plus d’ouvriers
reconnaissent l’importance de défendre leurs droits. Ils ont appris à s’unir’,
explique Wei Wei, le fondateur de Petit oiseau. La concentration des usines
dans la province méridionale du Guangdong a facilité la diffusion de
l’information sur les grèves, d’après lui. Les ouvriers ont de leur côté
atteint un niveau d’organisation sans précédent, en Chine, souligne Geoffrey
Crothall, porte-parole du China Labour Bulletin, basé à Hong Kong. Des salariés
de cinq usines de mise en bouteille de Pepsi réparties dans différentes régions
se sont ainsi mobilisés le même jour pour protester contre la vente des usines
chinoises de la multinationale américaine. Et lors de grèves l’an dernier dans
des sociétés japonaises, les ouvriers ont su utiliser le ressentiment
antinippon en Chine pour rendre leur mouvement plus acceptable par les
autorités. ‘ Ils savent que c’est outil pour mettre les gens de leur côté. Les
ouvriers chinois ont un sens politique aiguisé’, selon M. Crothall ».
En définitive, les différents actes de la crise
historique du capitalisme est en train de réveiller un géant endormi : le
prolétariat chinois ! Avec les processus révolutionnaires en Egypte et en
Tunisie, la résistance des travailleurs de Grèce comme avant-garde de la lutte
contre les plans d’austérité en Europe, le prolétariat chinois devient l’un des
acteurs destinés à jouer un rôle fondamental lors des combats de classe
qu’engendrera la résolution de la crise économique mondiale.
05/12/11
[1] R.
Soubrouillard, « Chine : le début d’une explosion
sociale ? », Marianne, 30/11/11. « Selon ce que les salariés ont
déclaré à China
Labor Watch, la
grève était une réponse à la décision des dirigeants de l’usine de les faire
travailler de nuit en heures supplémentaires. Il aurait fallu travailler de 18
heures à minuit, voire 2 heures du matin, en plus des heures de travail normal
(7h-11h et 13h-17h). Les travailleurs effectuent dès à présent communément cent
à cent vingt heures supplémentaire par mois. De plus, les patrons refusaient de
laisser les salariés réaliser cette tranche supplémentaire le samedi soir, ce
qui leur aurait permis de bénéficier du doublement de leur salaire horaire
selon le droit du travail chinois. Mis à part cette question des heures
supplémentaires, les travailleurs ont exprimé d’autres revendications au sujet
de l’usine, notamment le grand nombre des accidents de travail (près de 20 en
peu de temps), les licenciements massifs qui ont touché les salariés les plus
âgés, et la faiblesse des salaires. Cela alors que les managers intimident et
agressent verbalement les travailleurs, leur causant une souffrance
psychologique importante » (China Labor Watch, 23/11/11).
[2] J.
Perray, « Vague de grèves dans le sud de la Chine, en écho à la crise
européenne », Rue 89, 29/11/11.
[3]
« Des milliers d’ouvriers chinois en grève... contre les
délocalisations », La Tribune, 21/11/11.
[4]
« Une grève dégénère en affrontements à Shanghai », Francetv,
02/12/11.
[5] J.
Anderlini et R. Jacob, « Global decline drags down Chinese
factories », Financial Times 01/12/11
[6] J.
Perray, « L’atelier du monde au bord de l’implosion », Aujourd’hui la
Chine, 29/11/11.
[7] Idem
[8]
« Chinese factories hit by strikes amid manufacturing slowdown », Los
Angeles Times, 28/11/11.
[9]
« La Chine s’inquiète des conflits sociaux », Le Point, 05/12/11.
[10] R. Soubrouillard, art. cit.
Le
Monde 24-12-2011
Les
autorités chinoises se sont résolues à discuter avec les insurgés de Wukan
La
tension était montée depuis septembre entre le gouvernement du Guangdong et les
manifestants
Shanghaï
(Chine) Correspondance
Les habitants de Wukan, une petite ville de 13
000 habitants située dans la province de Guangdong (sud de la Chine), ont
remporté une victoire et imposé aux autorités chinoises de se pencher sur leur mode
de résolution des conflits. Révoltés par l'installation sur leurs terres
ancestrales de projets commerciaux dont les dividendes bénéficient
essentiellement aux officiels locaux, ils ont obtenu, après dix jours de siège,
une rarissime négociation directe avec un haut responsable politique
provincial.
Après l'échec de toutes leurs " pétitions
", la tension était montée dans la ville depuis septembre. Quatre meneurs
du mouvement ont été arrêtés, dont un est mort en détention. Xue Jinbo aurait
été victime d'une attaque cardiaque, selon la police. Une explication jugée peu
crédible, par les enfants de la victime, qui ont vu un corps tuméfié, et n'ont
pas été autorisés à récupérer la dépouille.
Dès lors, des violences ont éclaté et le "
siège de Wukan " a débuté. La police bloqua toutes les voies d'accès
tandis qu'à l'intérieur du village, s'organisait la résistance. Les habitants,
solidaires, distribuaient les sacs de riz, quelques marchands se faufilant
jusqu'au centre de la ville par des sentiers dérobés. Chaque jour, les
manifestants se réunissaient munis de larges banderoles réclamant justice :
" Rendez-nous nos terres ", " Non à la collusion entre officiels
et hommes d'affaires ", " Que le gouvernement central nous aide
". Une bannière osait même : " Nous voulons le vote démocratique
".
Mercredi 21 décembre, cette petite insurrection
a promis d'aller se faire entendre à Lufeng, ville la plus proche. Hommes en
première ligne, ils forceraient si nécessaire les barrages de la police armée.
L'ultime confrontation n'a pas eu lieu : le chef de la province a envoyé son
second, Zhu Mingguo, discuter avec des représentants de Wukan.
La stratégie est inédite de la part des
autorités chinoises, qui font généralement preuve d'une parfaite intransigeance
lorsqu'il s'agit de politique. A l'issue du rendez-vous, un représentant de la
communauté insurgée, Lin Zuluan, s'est félicité de l'ouverture d'une "
voie de communication avec les officiels " et a prié les habitants de
Wukan de ranger leurs banderoles.
" Le village s'est calmé, a assuré un
habitant par téléphone, précisant toutefois que le problème de fond est loin
d'être résolu. Nous demandons qu'ils enquêtent et trouvent des solutions. Nous
sommes relativement contents du dénouement même si nous attendons toujours des explications.
"
" Cette fois-ci, le gouvernement -
provincial - a compris qu'il fallait envoyer un négociateur, car il a appris
d'expériences précédentes ", analyse Wang Erping, pécialiste de la
psychologie des mouvements populaires à l'Académie chinoise des sciences
sociales.
Ce n'est pourtant pas le dernier conflit, selon
lui, car le gouvernement continue de maintenir la pression tandis que le
peuple, mieux informé, a désormais un certain sens de la justice et est résolu
défendre ses droits. A l'heure où les dignitaires du Parti communiste chinois
(PCC) jouent des coudes dans les palais de Zhongnanhai - le quartier du
gouvernement à Pékin - pour assurer leurs places lors de la montée de la
cinquième génération de dirigeants à la tête du pays, prévue à l'automne 2012,
les événements de Wukan auraient pu contrarier les plans du plus haut
responsable de la province. Wang Yang, secrétaire du Parti communiste du
Guangdong, qui espère hériter de l'un des neuf sièges du Comité permanent du
bureau politique du PCC, le coeur du pouvoir chinois.
Or, M. Wang réussit au contraire à faire valoir
l'efficacité de sa méthode de gestion de l'instabilité sociale, relativement
progressiste - à l'échelle chinoise -, dans une province ultra-industrielle,
qui se trouve donc en première ligne des conflits sociaux et environnementaux.
C'est également Wang Yang qui a envisagé de lancer de très embryonnaires
négociations collectives dans les usines du Guangdong, en proie à de fréquentes
grèves. Le Quotidien du Peuple, organe officiel du Comité central, constatait
jeudi que reconnaître le caractère raisonnable des revendications de Wukan
avait permis de désamorcer la crise.
" Cet incident embarrassant résolu, Wang
Yang a encore davantage de chances de monter au Comité permanent, relève Willy
Lam, politologue de la fondation Jamestown. Il espère mettre en lumière ses
succès mais les partisans de la ligne dure n'apprécient pas cette approche.
"
Ainsi de Zhou Yongkang, membre du Comité
permanent, qui a la haute main sur les questions de sécurité. Il a appelé la
police à faire preuve de civilité dans la gestion des " incidents de masse
" mais également à " réprimer crimes et violences contre l'unité
nationale " et à " étouffer dans l'oeuf " les mécontentements.
Willy Lam prend donc bien soin de préciser que
Pékin ne renonce nullement à la répression ; il s'agit davantage d'un débat
interne sur son dosage. D'ailleurs, au moment même où Wukan s'apaise, les
habitants de la ville de Haimen, à 120 km à l'est de Wukan, qui manifestent
contre l'installation d'une deuxième centrale thermique polluante dans leur
commune, étaient éconduits à coups de bâtons et sous les gaz lacrymogènes.
Harold Thibault
Je continue ma petite
enquête sur l’ex-Yougoslavie à partir du matériau rassemblé par nos amis de
Bruxelles. Aujourd’hui quelques films…
Voici différents films projetés à Bruxelles qu’il pourrait être intéressant de projeter à Paris ou ailleurs. Si cela intéressait quelqu’un, je dispose des DVDs adéquats…
Ci-suit quelques commentaires personnels.

« Azra »,
film de Mirza Idrizovic (Sarajevo, 1988, couleur), présenté comme « un
récit sur l’émancipation des femmes à travers la question du voile. »
À dire vrai,
on ne comprend guère dans ce film de fiction en quoi les différentes religions
(musulmane, orthodoxe et catholique) constituent un réel obstacle au travail
politique.
On ne voit
pas non plus en quoi le voile musulman - ou chrétien d'ailleurs – ferait
spécifiquement problème.
Le
personnage féminin principal - Azra - est une cadre communiste
"émancipée" ce qui ne l’empêche pas de se trouver aux prises à une
sévère contradiction avec son mari, lui-même communiste et attiré par les
semi-mondaines. Bref, à voir le film, la tension active est avec le capitalisme,
nullement avec le vieux féodalisme.
Et la
contradiction hommes-femmes ne relève guère dans ce film de la question du
voile, question qui se trouve ultimement plaquée comme pseudo-issue aux
problèmes de l’heure.
D’ailleurs,
dans ce film, la question spécifiquement musulmane, pour ce que j'ai pu en
saisir (sous-titres anglais élliptiques), est mal traitée : elle est
surtout présentée comme relevant de coutumes paysannes ancestrales, et on ne
voit guère alors le problème que ces coutumes peuvent sérieusement poser.
Ceci dit, le
film reste touchant et nostalgique, ne serait-ce que pour quelques images
aujourd’hui frappantes telle celle-ci, qui pourrait servir d’emblème puisque les
femmes musulmanes y sont bien des camarades à l’égal des autres.

« Licem u lice » (Face à face), film de Branko
Bauer (Zagreb, 1963, noir et blanc), ainsi présenté : « les problèmes
de l’autogestion dans une assemblée ouvrière. Le film montre comment se libère
la parole de ceux qui ne s’expriment jamais. »
Le point ici
très frappant est qu'il s'agit en fait d'une réunion du Parti, nullement d’une
réunion des ouvriers de l'usine. Cela illustre les limites politiques de
l'autogestion : la cause collective défendue s’avère celle… de l'entreprise
entendue comme entité économique, concurrente des autres ! Le Directeur,
qui sera finalement limogé, se voit contrôlé par le Parti, nullement par
l’assemblée générale des ouvriers. Ainsi le comité local du Parti joue ici le
rôle d'une sorte de Conseil d'Administration de l'entreprise, décidant qui va
diriger économiquement.
La question
d’une participation de tous aux orientations collectives se trouve ici
absentée.
Ceci dit, le
film reste intéressant et original : il n’est pas habituel que tout un film de
fiction soit consacré à une réunion d’une cellule communiste, ce qui nous
restitue ainsi quelque chose de significatif quant au fonctionnement de la Yougoslavie
dans les années 60.
Voici quelques photos, extraites de ce film, pour donner envie de découvrir ce film, dont la principale qualité artistique tient à l’attention portée aux visages des gens du peuple.

Le nouveau secrétaire du Parti


« L’autogestion n’est que sur le papier. » « Il perd sa foi dans le Parti et la justice. »


« Les communistes se taisent. » « Qui de vous, communistes, a peur de parler? »
La réponse qui suit immédiatement la dernière question est significative : « Ils n'ont pas eu peur de risquer leur vie! » Le Directeur, ici mis en cause pour sa manière d’exercer son pouvoir, plaide ainsi que si les membres de la cellule ne parlent pas, ce n’est pas parce qu’ils ont peur – puisqu’ils ont fait la preuve de leur courage pendant la guerre – mais parce qu’ils approuvent ses mesures.
Où l’on vérifie en fait que le courage à la guerre est une chose, le courage dans les questions ordinaires de la vie et face à la bureaucratie est une autre chose ! On peut risquer sa peau dans la guerre et ne pas risquer sa parole dans une réunion d’usine.

« Tu es communiste. Vote comme tu crois ! »
Dans ce film comme dans les autres, « communiste » est avant tout le nom d’une rectitude morale plutôt que celui d’une orientation politique.

« Où est la vérité ? »
La question qui, malgré tout, occupe la réunion et la distingue d’une vulgaire réunion de Conseil d’administration…
La question lancinante : qu’est-ce qui distingue l’autogestion du capitalisme ?


L’armée française va tuer des milliers d’Afghans, dans un pays qui ne lui a rien fait. Et quand elle-même perd deux tueurs d’un coup, cela représente pour Le Monde un « lourd tribut » !
Le
Monde
Lourd
tribut pour la France en Afghanistan en 2011
Deux légionnaires français du 2e régiment
étranger de génie de Saint-Christol (Vaucluse) ont été tués hier dans la
province de Kapisa, au nord-est de Kaboul, en Afghanistan. […]
Soixante-dix-huit soldats français sont morts en Afghanistan depuis le début du déploiement de la force internationale sous l'égide de l'ONU, fin 2001. Vingt-six d'entre eux ont perdu la vie pour la seule année 2011, dont sept lors de la semaine noire du 14 juillet.
Pour une fois, je me
retrouve d’accord avec Pierre Nora…
Le Monde
Le mot génocide a
une aura magique, mais il faut rappeler que tous les historiens sérieux sont
réticents à l'utiliser, lui préférant, selon les cas,
"anéantissement", "extermination", "crimes de
masse". L'expression, élaborée pendant la guerre, a été dotée d'une
définition juridique en 1948, fondée sur une intention exterminatrice. Elle a
pris une connotation extensive aux frontières floues, et son utilisation n'a
plus qu'un contenu émotif, politique ou idéologique.
[…]
La loi n'incrimine plus seulement
la "négation"
du génocide, mais introduit un
nouveau délit : sa "minimisation", charmante notion que les juristes apprécieront.
Le plus tragique
est de voir l'invocation à la défense des droits de l'homme et au message universel
de la France servir, chez les auteurs, de cache-misère à la soviétisation de
l'histoire.
Un tournant important…
«Pékin
cherche à détrôner le dollar»
recueilli
par Dominique Albertini
La Chine et
le Japon ont annoncé lundi avoir signé
un accord pour utiliser leurs monnaies respectives au lieu du dollar dans leurs
échanges commerciaux. «Un événement fondamental» dans la stratégie de puissance chinoise, estime l'économiste
Antoine Brunet, président d'AB Marchés et coauteur avec Jean-Paul
Guichard de La visée hégémonique de la Chine (éd. L'Harmattan).
Quel est
le contenu de l'accord signé entre la Chine et le Japon ?
Les échanges
commerciaux entre les deux pays ont connu un grand essor au cours des dernières
années, le Japon exportant beaucoup de biens d'équipement, la Chine beaucoup de
biens de consommation. Jusqu'alors, ces échanges étaient essentiellement réglés
en dollars. L'accord signé par les deux pays vise à encourager leurs
entreprises respectives à utiliser le yen ou le yuan comme monnaies de
facturation et de règlement.
Pourquoi
cet accord est-il fondamental, selon vous ?
C'est
fondamental, parce que significatif de la stratégie d'hégémonie mondiale de la
Chine. Selon les historiens chinois officiels, Gorbatchev a perdu la course aux
armements contre les Etats-Unis parce qu'il ne s'était pas attaqué au statut de
monnaie de réserve mondiale du dollar. Celui-ci permettait à Washington de
financer facilement son effort de guerre en émettant des dollars qui trouvaient
preneurs dans le monde entier. La Chine, tirant les leçons de l'échec de
l'URSS, a entrepris de détrôner le dollar pour le remplacer par le yuan.
La Chine
va-t-elle revoir sa position sur la non-convertibilité du yuan ?
Non, car les
entreprises japonaises détentrices de yuan ne pourront toujours pas les vendre
sur un marché des changes qui n'existe pas. Elles devront les convertir auprès
de la Banque centrale du Japon. Celle-ci aura donc du yuan dans ses réserves :
là-dessus, la Chine marque donc un nouveau point dans sa stratégie visant à
faire du yuan la monnaie de réserve mondiale, sans pour autant renoncer à la
non-convertibilité.
Des
accords du même genre ont-ils été conclus avec d'autres pays ?
Un accord
similaire a été conclu il y a deux ou trois mois avec la Russie. Il y a
également eu des accords avec des Banques centrales asiatiques et
sud-américaines, permettant de leur prêter des yuans en cas de manque de
financement.
Ces
accords peuvent-ils faire monter le cours du yuan, que les occidentaux
dénoncent comme largement sous-évalué ?
Non, Pékin
conserve le contrôle de la valeur du cours de sa monnaie. Quant au cours du
dollar, il ne devrait pas baisser significativement malgré son détrônement. La
question centrale aux yeux de la Chine, ce n'est pas le cours du dollar, c'est
son statut statut. Il ne peut y avoir qu'une seule monnaie de réserve mondiale.
Les exportations de cuivre, de pétrole, de blé, tout est fixé en dollar, qui
est donc la monnaie de facturation et de règlement. Que le yuan devienne la
nouvelle monnaie internationale, et les Etats-Unis devront alors emprunter des
yuans à la Chine pour régler leur facture pétrolière... Alors qu'aujourd'hui
encore, il suffit à la Banque centrale américaine d'imprimer des dollars pour
cela.
Ne
croyez-vous pas à un système à trois monnaies dominantes, euro, dollar et yuan
?
Je ne crois
pas au «monde multipolaire». Je pense que le Japon a concédé cet accord à la
Chine parce qu'il ne se sent plus assuré de la protection américaine en cas
d'agression militaire chinoise. Je suis déçu de cette décision, et inquiet.
[ƒNi] J’appelle « obscurantisme » ce qui organise l’obscurité mentale. Bien sûr, aucun obscurantisme ne s’est jamais présenté comme organisant une telle obscurité, pas plus qu’aucun menteur n’a jamais dit : « je mens ! ».
L’obscurantisme est pour
l’esprit une forclusion de la lumière, non son simple refoulement : c’est
un oubli de l’oubli, un obscur obscurcissement.
La « démocratie » est
l’obscurantisme contemporain du communisme : l’organisation obscure de son
obscurcissement, et non son clair obscurcissement.
Si quelque chose devait encore en attester, il ne serait que de lire la propagande assénée par l’école républicaine française aux enfants de ce pays pour s’en rendre compte.

Comment nommer le mouvement de
répulsion qui vous empare à ouvrir ces livres d’éducation civique du XXI°
siècle ? Aucun des vocables convenus - « indigné »,
« révolté », « rebelle », résistant » - n’y convient.
Le seul terme, venu d’anciens temps, qui semblerait pouvoir indexer ma
répulsion massive et intégrale serait celui de « dissident » (du
latin dis-sidere : être assis
séparément, siéger à distance) qui pointe un « je ne m’assoies pas à cette
table du citoyen, je ne mange pas de ce pain citoyen-là ».
Quelques touches, prélevées dans
le livre des collégiens de troisième…
![]()


On juxtapose ainsi, sans un mot d’explication, 1991 à 1979, effaçant d’un coup la guerre menée pendant les années 80 par l’Irak, avec l’appui actif de la France, contre la dite révolution iranienne.
Comment alors comprendre la puissance militaire acquise entre les deux photos par Saddam Hussein et le fait qu’il se soit senti autorisé à attaquer ensuite un autre pays, plus facile à conquérir que l’Iran ?
Pourquoi l’ONU a refusé (à juste titre) la guerre irakienne contre le Koweit et n’a pas refusé (à tort) la guerre irakienne contre l’Iran ?
Comment les enfants peuvent-ils comprendre quoi que ce soit à l’enchaînement de ces deux photos, si ce n’est comprendre ce que la propagande « citoyenne » suggère ici : qu’il s’agit des deux côtés de musulmans, donc de non-démocrates ?
Où est l’obsurantisme ? Dans ce qui est représenté ou dans la représentation ?
L’expulsion des démonstrations
de l’enseignement mathématique du collège est une manière d’interdire aux
jeunes un apprentissage de la raison, très précisément une manière de leur
interdire toute discipline des conséquences rationnelles, une manière d’imposer
l’obscurantisme des opinions irresponsables (voir la logique généralisée des
QCM : Combien font 2+2 : 3, 4 ou 5 ? Entourez la bonne
réponse !).
C’est précisément pour cette
raison que, comme Badiou nous le rappelle, Socrate-Platon a mis l’enseignement
de la géométrie au principe d’une éducation « communiste ». Et c’est
très précisément parce que l’enseignement des mathématiques (donc de la logique
démonstrative qui constitue leur socle fondateur) est au principe d’une
éducation communiste que l’éducation démocratico-capitaliste interdit aujourd’hui
aux collégiens l’apprentissage de ce que démontrer veut dire, de ce
qu’enchaîner la raison aux conséquences des décisions prises veut dire…
La démocratie comme
obscurantisme faisant propagande pour le régime des opinions (voir la pub
actuelle de la Ville de Paris : « Libre comme l’air » !),
contre la discipline de la raison. cqfd.
Le protestant (calviniste) Karl Barth a développé, au début du xx° siècle, une problématique opposant radicalement foi et religion. La première fixe une orientation de pensée du fidèle en direction de la transcendance ; la seconde est l’étatisation cléricale d’un régime de croyances et de réglementations. Pour Barth, la religion tuait la foi, et c’est d’ailleurs à ce titre qu’il s’est opposé courageusement à Hitler dès 1933 au moment même où le gros de l’Église protestante allemande s’y ralliait, corps et âme.
Pour sa part, l’Islam ne semble pas pratiquer directement cette distinction en tant que quelle mais il distingue par contre la foi de la croyance.
La langue arabe convoque pour cela deux termes distincts (ces deux termes cependant ne sont pas coraniques : le Coran ne les emploie pas). La foi se dit ’imân :
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quand la croyance se dit εaqîda (pluriel εaqâ’id) :
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La foi désigne l’orientation de pensée et d’existence, le système des croyances constitue un Credo plus ou moins légaliste.
Mais, et c’est cela qui nous intéresse dans cette rubrique, cette distinction, qui n’est pas explicite dans le Coran, se trouve cependant implicitement, au principe même de la construction discursive du Coran lui-même.
En effet un nouveau courant d’étude du Coran (venu des études bibliques) qui tend à dégager les principes d’organisation interne du livre (non seulement de chaque verset mais de chaque sourate prise séparément et, finalement, du livre complet) pour en montrer la profonde structure, au plus loin de son apparent décousu, principes que ce courant appelle « rhétorique sémitique » et qui conduisent à distinguer dans le flux du discours un centre et deux ailes latérales, aboutit au significatif résultat suivant : le centre d’un ensemble discursif donné est consacré à un énoncé qui s’avère cardinal, « central », un énoncé qui va relever d’une foi intemporelle et universelle quand les ailes discursives vont plutôt porter sur des considérations plus latérales, des croyances plus circonstancielles dont la formulation va se trouver plus étroitement dépendante du contexte.
L’étude canonique en la matière est celle de Michel Cuipers : « Le Festin. Une lecture de la sourate al-Mâ’ida » (Lethielleux, 2007). Comme son titre le relève, elle porte sur la sourate V « La table dressée ».

Or le centre, dégagé par cette étude, porte ici (verset 69) très exactement sur l’universalité de la foi musulmane en tant qu’elle sait donner droit au salut pour les juifs et les chrétiens qui sont de vrais fidèles alors que le reste de la sourate (ses « ailes ») mettent plus volontiers en avant la distinction et l’opposition (en matière de pratiques, de rites et de croyances) entre musulmans d’un côté et juifs+chrétiens de l’autre :
« Ceux qui croient : les Juifs, les Çabéens et les Chrétiens, - quiconque croit en Dieu et au dernier Jour et fait le bien – n’éprouveront plus aucune crainte et ils ne seront pas affligés. » (V, 69) [1]
Ainsi on est en état de soutenir que la structure profonde de la sourate énonce que la foi musulmane est en un certain sens partagée lors même que les croyances des uns et des autres diffèrent.
Cette articulation ne nous dit-elle pas quelque chose d’intéressant sur la distinction à opérer entre une orientation de pensée, globale et de longue durée, et des formulations, plus ou moins circonstancielles, propres à tels moments immanents d’une recherche ? L’intelligence et la sagesse ne sont-elles pas aussi de savoir distinguer et l’une des autres ?
Une lecture du livre d'AB par un partisan marocain du Mouvement du 20 février… C’est suffisamment rare pour que je la diffuse.
http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=126798&L=fr
Le réveil de l'histoire d'Alain Badiou
par Abdelmajid BAROUDI
L’émeute historique ne se contente pas d’une mobilité géographique; elle touche toutes les composantes de la société au-delà de leurs appartenances et religieuses.
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Mon ami Jean Pierre Laurent sait que je suis passionné par la lecture. Lors de sa dernière visite au Maroc, il m’a gentiment offert un cadeau. C’est un livre commis par Alain BADIOU, Le réveil de l’histoire (1). Je voudrais avec plaisir, à mon tour le partager en me focalisant sur les chapitres susceptibles de susciter la curiosité de celles et ceux qui s’intéressent de loin ou de prés par le cours de l’histoire que la rive sud méditerranéenne est en train de réécrire.
Avant d’entamer ce livre, son titre a attiré mon attention à tel point que j’étais obligé d’en faire une pré-distanciation que je formule comme suit : si l’histoire s’est tout à-coup réveillée, s’agit-il d’une fin d’hibernation d’une certaine dialectique ? Est-ce que le réveil de l’histoire annonce-t-il le retour d’un déterminisme duquel on a gardé que la portée philosophique ? Si ce réveil fait référence aux dynamiques sud méditerranéennes, fait-il partie d’un processus historique ? Ce réveil de l’histoire, n’est-il pas contradictoire à l’imprévisible dans lequel les intellectuels surtout occidentaux contextualisent l’inattendu sud méditerranéen ?
Je voudrais d’entrée de jeu souligner que ma modeste fiche de lecture a pour objectif de clarifier la notion d’émeute dans ce livre sans me concentrer sur les autres chapitres d’ordre politique, pour ne pas dire idéologique.
La raison qui m’a conduit à ce choix, c’est que la notion d’émeute est non seulement d’actualité, mais la démarche, je dirais sociologique, avec laquelle BADIOU l’a décortiquée, mérite à mes yeux un suivi. En revanche, les autres chapitres relatifs aux critiques que l’auteur adresse au capitalisme dans les pays occidentaux telles que : le capitalisme aujourd’hui, événement et organisations, font partie d’un discours que j’ai l’habitude de consommer dont la vulgate est souvent véhiculée par des altermondialistes sud méditerranéens. La rue est devenue plus audible qu’un pèlerinage financé par les contribuables européens et canadiens. Ceci dit, le fait que j’esquive ces chapitres n’enlève rien à l’intérêt que d’autres lecteurs pourraient y trouver.
En réponse aux questions que j’ai posées sur l’articulation entre réveil et histoire, Badiou explique que le réveil de l’histoire se manifeste par : «le surgissement d’une capacité à la fois destructrice et créative dont la visée est de sortir réellement de l’ordre établi » dont les contours sont dessinés par les spéculateurs et parasites du monde de la finance et du marché comme ceux qui ont imposé leur fameux triple A à l’encontre des droits sociaux économiques des millions de gens. D’où la pertinence de la théorie marxiste à freiner cette dominance capitaliste et que hélas l’effondrement des « Etats socialistes » a empêché ce déterminisme historique d'aboutir au modèle tant espéré par le communisme. Le cas de l’URSS et de la Chine témoignent, selon BADIOU, de la frustration de la prophétie marxiste pour reprendre l'expression de Karl Popper (2).
S’agissant de l’émeute immédiate, Badiou a mis en exergue les récentes émeutes qui ont éclaté dans les quartiers pauvres de Londres. Face à ce soulèvement dont la majorité est le fait de jeunes, les forces de l’ordre britanniques ont réagi avec une brutalité spectaculaire. En France, le soulèvement des « banlieues » met en cause la responsabilité du gouvernement. Au lieu d’instaurer une politique visant à arracher les habitants des « banlieues » à la marginalisation, l’Etat français a pris ces émeutes comme prétexte pour renforcer davantage l’arsenal juridique et policier. Ces deux émeutes montrent que l’émeute immédiate « est l’embrasement d’une partie de la population, presque toujours dans la foulée d’un épisode violent de la coercition de l’Etat ». Ceci dit, l’émeute immédiate est souvent, selon Badiou, la forme première d’une émeute historique. Mais qui sont les leaders de ce genre d’émeute ?
Force est de constater que cette émeute est essentiellement animée par les jeunes. La maitrise des nouvelles technologies d’information est de communication leur a facilité la mobilisation d’un grand nombre de personnes pour participer à des manifestations. L’usage du réseau social Facebook lors des émeutes dans le monde arabe en est l’illustration.
L’émeute immédiate se définit aussi par son caractère territorial. Elle « est localisée dans le territoire de ceux qui y participent ». La spécificité du caractère social de cette émeute locale, c’est qu’elle s’en prend aux symboles représentant l’Etat localement. Toutefois, la territorialité de l’émeute immédiate ne signifie pas son immobilité mais elle prend de l’ampleur et se propage par imitation. Enfin si l’émeute immédiate est dominée par la négation et la destruction, c’est qu’elle revêt un sens subjectif, lequel ne permet pas de discriminer entre « ce qui relève d’une intention partiellement universalisable ou ce qui reste enclos dans une rage sans finalité autre que la satisfaction d’avoir pu prendre forme et trouver ses mauvais objets à détruire ou à consommer ». Dans tous les cas, l’’émeute immédiate ouvre la voie à une émeute historique.
Pour ce qui est de l’émeute historique, voici ce que nous propose Badiou comme définition : « l’émeute devient historique quand sa localisation cesse d’être restreinte, mais fonde dans l’espace occupé la promesse d’une temporalité neuve et à longue portée, quand sa composition cesse d’être uniforme , mais dessine peu à peu une représentation en mosaïque unifiée de tout le peuple , quand enfin aux grognements négatifs de la révolte pure succède l’affirmation d’une demande commune, dont la satisfaction donne un premier sens au mot « victoire ».
L’auteur illustre la mobilité territoriale et la contagion sociale en se référant au cas tunisien dont l’émeute était au début immédiate de par sa localité (origine du soulèvement) et qui s’est ensuite propagée sur tout le territoire tunisien. De la quantité à la qualité et de l’uniformité à la diversité, l’émeute historique ne se contente pas d’une mobilité géographique mais elle touche toutes les composantes de la société au-delà de leurs appartenances et religieuses. Elle est l’affirmation d’une demande commune, formulée, à l’image du soulèvement du peuple égyptien contre Moubarak, par le verbe; dégager conjugué à la forme impérative : Dégage.
Pour autant, l’émeute selon Badiou qui s’inspire du déterminisme historique que devrait conduire tout « mouvement de masse » inachevé à une révolution, n’est en fait qu’une phase intervallaire vers une universalisation de son projet idéal. Faute d’une carence de connaissance des dessous politiques des dynamiques de la rive sud méditerranéenne et guidé par une conception révolutionnaire dont la finalité est la prise du pouvoir, Badiou met en avant le fait qu’ « une émeute historique ne propose pas par elle-même aucune alternative au pouvoir qu’elle entend jeter bas.»
Par ailleurs, la pertinence de l’analyse de BADIOU réside dans sa distinction entre les émeutes sauf qu’il essaye d’habiller un caractère prévisible à des émeutes dont la protée n’était jamais révolutionnaire au sens historique.
Notes
(1) Circonstances, 6. Le Réveil de l'Histoire, Éditions Lignes, 2011.
(2) Voir, tome2 du livre : la société ouverte et ses ennemis. Un chapitre consacré à la critique de la prophétie de Marx.
26 décembre 2011
Séminaire mathématiques-musique-philosophie (Ens-Ulm, 10h30 - entrée libre)
De l’hexagone logique en matière d’œuvre
musicale composite
(mamuphi, Ens - 7 janvier 2012)
http://www.entretemps.asso.fr/maths
François Nicolas
De quelle manière l’hexagone logique des contraires dégagé par Robert Blanché [2] et développé par Jean-Yves Beziau [3] peut-il orienter une formalisation de la logique propre au discours musical, y compris au discours si spécifique de l’œuvre musicale composite (ou mixte) ?
On examinera ces points mamuphiques à l’ombre de l’orientation philosophique suivante [4] : les véritables décisions sont d’ordre ontologique (et non pas logique), et les délibérations logiques qui les suivent (nullement qui les précèdent) s’attachent alors à en évaluer les conséquences phénoménologiques dans une situation ontique donnée.
I
On montrera d’abord de quelles manières cet hexagone
1. met en scène trois figures distinctes de la négation logique :
— la négation classique des contradictoires [rouge] ;
— la négation intuitionniste des contraires [bleue] ;
— la négation paraconsistante des sub-contraires [verte] ;
2. restitue ce faisant les trois types philosophiques de synthèse distingués par Deleuze :
— la synthèse connective (celle d’un « donc »),
— la synthèse conjonctive (celle d’un « et »),
— la synthèse disjonctive (celle d’un « ou » exclusif) ;
3. articule, par son système d’implication, deux types d’objets :
— des produits (dotés d’un contradictoire et de deux contraires) ;
— des sommes (dotées d’un contradictoire et de deux subcontraires).
Hexagone logique
(sa syntaxe & une sémantique possible)


II
On entreprendra d’approprier cette structure logique à la discursivité proprement musicale en posant qu’en musique, la négation est essentiellement une altération (Veränderung).
On spécifiera ainsi le travail du négatif en musique selon trois principes, venant contraposer logique musicale et logique aristotélicienne :
— Le principe de différenciation s’opposant au classique principe d’identité : aucun terme n’est, posé deux fois, identique à lui-même si bien qu’en musique, répéter, c’est altérer.
— Le principe de négation contrainte s’opposant au classique principe de non-contradiction : tout objet musical posé doit se composer avec son contraire, c’est-à-dire se composer en devenir (avec sa propre altération).
— Le principe du tiers obligé s’opposant au classique principe du tiers exclu : tout terme musical posé (A) doit se composer avec un autre terme (B), autre que la négation en devenir du premier (A’).
Ces trois principes, qui configurent la composition musicale comme interaction minimale entre trois objets - un objet premier A, son altération A’ et un autre objet B – conduiront à la construction de deux hexagones musicaux : l’un rapportant des relations spécifiquement musicales (identité/répétition – altérité constituante/altération constituée), l’autre rapportant des types d’objets spécifiquement musicaux (thèmes/cothèmes - objets génériques/motifs constituants…).

III
Qu’en est-il alors de cette logique musicale dans ces œuvres composites qui entrelacent deux logiques discursives hétérogènes : celle de la musique et celle d’un flux non musical accueilli dans l’œuvre en question ? Qu’en est-il en particulier quand ce flux non musical est le flux sonore et signifiant d’un discours tenu en langue arabe ?
Pour ce faire, peut-on identifier, dans la grande langue arabe littéraire, quelques manières spécifiques de donner forme discursive au travail du négatif ?
On examinera, pour ce faire, trois modalités caractéristiques de cette discursivité « arabe » qu’on tentera de formaliser selon les principes logiques organisant notre hexagone :
— la parataxe, si cardinale en langue arabe, qui constitue un mode spécifique d’implication par apposition de blocs ;
— le Diddun – soit ce type de mot venant indexer simultanément une chose et son contraire – qui somme des contraires selon l’unité disjointe d’une alternative ;
— l’hapax comme exception produite par une double négation (selon le modèle « Nul dieu sauf Dieu ! ») où la négation d’une négation contraire génère un contradictoire singulier.
On aboutira ce faisant à l’hexagone suivant :

IV
Sur ces bases, on tentera de mettre nos hexagones « musicaux » et « arabe » en raisonances en sorte de clarifier l’intention/intension compositionnelle suivante : comment une œuvre musicale composite pourrait-elle entreprendre d’avouer musicalement quelque(s) secret(s) de la langue arabe, sachant bien sûr que « ce n’est pas parce qu’on l’avoue qu’un secret cesse d’être un secret » (Jacques Lacan) ?
On devinera qu’il s’agira ici de conclure - tout à fait provisoirement ! - sur ce qu’un tel type d’œuvre musicale mixte pourrait avoir de spécifiquement concret.
[1] Au passage, la meilleure traduction – et de loin – du Coran est celle de Denise Masson (La Pléiade).
[2] Structures intellectuelles. Essai sur l’organisation systématique des concepts (Vrin, 1966)
[3] mamuphi, 5 novembre 2011 : http://www.entretemps.asso.fr/maths/Beziau.pdf
[4] On y reconnaîtra aisément le Sartre de L’être et le néant et le Badiou de L’être et l’événement.