Qui vive ? Le communisme !
![]()
Numéro 14 : 11 décembre
2011
(fichier
format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/14.pdf)
*
Ce numéro du bulletin hebdomadaire est spécial :
il ne sera composé que de mon intervention lors d’une soirée organisée hier à
Bruxelles autour du thème des nouvelles figures de la résistance.
Je rendrai compte dans le prochain Qui-vive (n°15 : 18 décembre) d’une bien intéressante exposition bruxelloise
sur l’ex-Yougoslavie également organisée à l’initiative d’Ivana Momčilović et Jakić
Ljubomir.
*
« Résister » aujourd’hui ?
(Nouvelles
figures de la résistance ? - Bruxelles, 10
décembre 2011)
François Nicolas
1. À quoi résister aujourd’hui ?....................................................................................................... 2
2. « Alliances » ?.............................................................................................................................. 4
3. « Reprendre » ?, où ?,
quoi ?....................................................................................................... 4
4. Rapports individus/collectifs ?..................................................................................................... 5
Annexes............................................................................................................................................ 6
Ivana Momčilović nous adresse ces quatre
questions [1] :
Voici mes réponses.
Résister, c’est se
tenir [du latin sistere] contre ou face à [du latin
re [2]]
une adversité.
Ainsi,
·
l’idée de résister a pour contradictoire
l’idée d’accepter (il y a une alternative [3] :
résister ou accepter) ;
·
l’idée de résister a pour
contraires [4] deux
idées : celle de collaborer et celle de laisser
faire (résister, ce n’est ni la passivité d’un laisser
faire, ni l’activité de collaborer) ;
·
l’idée de résister produit simultanément
deux conséquences : celle de refuser (plutôt
que d’accepter) et celle d’agir (et non pas de
laisser faire).
L’idée de résister, pensée comme refus actif,
peut ainsi se formaliser selon l’hexagone logique [5]
suivant :

On y inscrit en rouge les contradictions, en
bleu les contrariétés, en vert les sub-contrariétés [6],
en noir les conséquences.
Si résister, c’est donc bien refuser
activement, la première question que nous pose cette rencontre se traduira :
que refuser activement aujourd’hui ?
D’où une première difficulté : est-il
pertinent d’inscrire notre possible activité politique sous le signe massif
d’un refus ?
Soit : le travail politique
d’émancipation requis par notre aujourd’hui est-il essentiellement inscriptible
sous le signifiant de résistance ?
En ce point, ma réponse va être
clairement : non ! Le travail politique à accomplir dans la période
ne saurait être pensé comme travail de résistance politique.
Ceci, cependant, n’exclut pas tout travail
actuel de résistance.
D’où les trois thèses suivantes :
·
il y a bien aujourd’hui une nécessaire
résistance sociale ;
·
il y a bien aujourd’hui une nécessaire
résistance idéologique ;
·
pour autant, nos tâches politiques de
l’heure ne sont pas à proprement parler thématisables comme ceux d’une résistance
politique.
La crise du capitalisme occidental [7]
détruit des vies en grand nombre.
Une tâche de résistance proprement sociale qui nous revient est celle que je formulerai ainsi : il faut sauver
des vies, le maximum possible de vies. Si l’époque ne permet guère de les
sauver par larges brassées, il nous faut alors les sauver par petits groupes ou
même une par une.
Qu’est-ce que j’appelle ici « sauver des
vies », respectivement d’enfants, d’adultes et de vieux ?
·
Sauver des vies d’enfants (voir en particulier l’action dans le cadre de l’école) en leur
insufflant l’idée que leur vie n’est pas condamnée à la survie et qu’on peut
(même et d’autant plus si la situation est désastreuse) vouloir quelque
« chose » qui compte infiniment : on peut vouloir la poésie,
la musique, la mathématique, la physique, la politique, l’amour, la
philosophie…
·
Sauver des vies d’adultes en les encourageant – en « nous » encourageant
réciproquement – à continuer le travail pour les causes qui sont les
nôtres (continuer la musique, la mathématique, la politique, etc.)
·
Sauver enfin des vies de vieux en examinant avec eux pourquoi leur vie n’aura pas été en vain
(parfois contre toutes les apparences), qu’ils auront bien matérialisé, inscrit
et transmis quelque chose (fut-ce l’intensité d’une question susceptible
d’embraser et orienter toute une vie d’homme).
S’il y a bien une invasion à laquelle il faut
résister, c’est l’invasion des têtes par la propagande omniprésente pour une
citoyenneté participative, par l’idéologie de la démocratie occidentale comme
nec plus ultra du progrès.
Or, tout de même qu’à Athènes, la démocratie
grecque a eu pour condition matérielle de possibilité l’esclavagisme (les
citoyens étaient délimités parmi les non-esclaves), tout de même en France la
démocratie républicaine a pour condition de possibilité inentamée au XXI°
siècle le colonialisme. La III° République s’est construite, contre la
Commune de Paris, en constituant au cœur de ses ressources (non seulement
économiques mais idéologico-politiques) le développement du colonialisme. Le
colonialisme, ainsi, n’est nullement un appendice extérieur de notre
République, de notre démocratie parlementaire, mais bien sa condition
essentielle de possibilité [8].
D’où que la crise qui vient toucher cette
forme parlementarisée du capitalisme occidental suscite un retour pur et simple
aux formes les plus ouvertes et brutales d’un colonialisme français qui n’a
fait que persister depuis de Gaulle sous couvert d’un néo-colonialisme :
voyons ainsi la participation de la France au blocus militaire de Gaza et aux
opérations en Afghanistan, les interventions militaires directes en Côte
d’Ivoire et en Libye, celles qui se préparent contre la Syrie et l’Iran. Et
tout ceci n’est pas fait en cachette mais orchestré en interne comme retour à
la grande France, à la France des droits de l’homme (la même qui justifiait
qu’on aille, sous la III° République, imposer au Maghreb, en Afrique noire, en
Asie, en Syrie et au Liban entre les deux guerres, les mérites incomparables de
notre grande civilisation pour des peuples arriérés). Et BHL de servir
aujourd’hui de trompette postillonnante pour cet éloge humanitaire des nouveaux
crimes de guerre…
S’il y a quelque chose à quoi résister
aujourd’hui, qui fait le quotidien de ce qui nous est sans cesse asséné et sur
lequel on ne nous demande activement rien sauf d’en être passivement fier, c’est
bien cela.
Si donc cette assemblée veut se déployer sous
le signe d’une certaine résistance ici et maintenant, je lui propose que chacun
déclare : « pour ce qui me concerne, je ne mange pas de ce
pain ; cet État n’est pas mon État ; je ne saurais me penser comme
citoyen [9] ; moi,
je ne vote sûrement pas ».
Il est clair qu’un tel acte de résistance –
une déclaration est bien un acte – ne saurait politiquement suffire.
Une époque où la question politique s’est
clairement déployée en France sous le signe de la résistance a été celle de
1940 à 1944 : le pays était envahi par les Nazis et il s’agissait de les
en chasser.
Notre époque n’a rigoureusement rien à voir
avec une telle situation : ni le capitalisme ni le colonialisme n’ont
envahi ce pays. Notre question politique se présente donc tout autrement que
sous la figure d’une résistance.
À ce titre, les gens de la Gauche
Prolétarienne (G.P.) qui ont prétendu agir politiquement au début des années
1970 sous le signe d’une « Nouvelle Résistance » ont organisé une
fuite en avant désastreuse, un véritable abrutissement [10]
politique qui enfermait nécessairement le mouvement de masse dans l’alternative
d’une lutte armée stupide et criminelle et d’un ralliement corps et biens à la
démocratie jusque-là combattue (telle était la fonction précise des
« nouveaux philosophes » issus de ces rangs).
Il n’y a donc que des périls, légers ou
beaucoup plus graves, à vouloir inscrire les tâches politiques qui vont être
les nôtres sous le signe d’une résistance renouvelée.
Il ne s’agit pas de résister politiquement car
il s’agit politiquement de réinventer ce qu’organiser l’émancipation politique
peut vouloir dire s’il ne s’agit plus de s’organiser en « parti », de
réinventer quel rapport instaurer à l’État s’il ne s’agit plus de viser sa
captation, de réinventer ce que « radicalité » veut dire s’il ne
s’agit plus de l’inscrire sous le signe d’une révolution, de réinventer ce que
changer le monde veut dire s’il ne s’agit plus de le bouleverser globalement
d’un coup…
L’essentiel, en cette dure étape (étape
d’autant plus dure qu’il n’y a pas de véritable politique qui s’y avance, pour
le moment du moins), est de travailler aux conditions de possibilité pour qu’il
puisse y en avoir (quand ? on ne saurait répondre à cette question).
Cela veut dire : développer notre
intelligence politique, contre la simple envie d’en découdre, contre la
multiplication de l’activisme, contre la tentation d’en finir d’un coup avec
une situation de plus en plus dure à supporter.
Cela veut dire : travailler à l’émergence
de nouvelles idées sur ce qu’émancipation politique veut aujourd’hui dire.
Il nous faut pour cela penser à échelle du
monde, de notre unique monde, penser donc chaque situation comme prise dans un
tel monde unique. Il nous faut penser à long terme (la décennie qui s’engage va
être beaucoup plus dure en Europe que tout ce qu’on connaît pour l’instant, en
matière de vies détruites, d’apartheid, de brutalités, de guerres ouvertes
entre différents camps, de guerres extérieures).
Il nous faut au total reconstruire une idée
du communisme, seule susceptible d’orienter à long terme ce monde unique
vers un projet renouvelé d’émancipation.
Il nous faut construire les idées politiques des
temps, et ce travail de construction (qui nous revient exclusivement : on
ne saurait compter sur ceux qui se revendiquent citoyens pour le faire à notre place !) n’est pas un travail de résistance :
il ne s’agit plus d’y défendre quelque chose (un territoire attaqué, menacé)
mais de profiler ce qu’un lieu politique durablement reconstruit pourrait être.
Pour ma modeste part, je travaille par exemple
à reconstruire une idée communiste possible d’un nouveau croisement entre
égalité et liberté.
Dans cette logique, y a-t-il place pour une
question d’alliances ?
Je ne le pense pas car il n’y a d’alliances qu’entre des forces constituées et
il n’y a aujourd’hui guère de forces constituées du côté d’une émancipation
politique ordonnée à une idée renouvelée du communisme.
Le temps me semble donc à autre chose qu’à des
alliances à proprement parler. Elle est plutôt à des résonances, échos,
échanges, confrontations entre ceux qui se reconnaissent et s’attèlent aux
tâches précédemment décrites.
Et ceci ne peut être matérialisé que cas par
cas, selon des formes à chaque fois différente et ajustée à l’enjeu
spécifique : d’un côté un groupe de travail sur l’étude du bilan de
l’ex-Yougoslavie, d’un autre côté une soirée de rencontre comme celle de ce
soir pour confronter les points de vue sur l’idée de résistance ; par ci
un groupe d’intervention unifié sur le thème d’une banderole dans telle
manifestation, par là un groupe d’enseignants et de parents pour telle tâche
sur telle école ou groupe d’écoles, etc.
La loi est implacable : il faut reprendre
où les choses ont été interrompues ; il faut ressaisir les choses à
l’endroit où elles ont été laissées.
De ce point de vue, l’idée ce soir de pointer
les années 70 (via le film sur les Brigades Rouges) est une bonne idée.
Ma proposition est en effet de reprendre les
choses politiques telles qu’elles en étaient arrivées au milieu des années 1970
s’il est vrai que c’est à ce moment que le grand tournent réactif s’est engagé
avec l’échec de la Révolution culturelle chinoise suivi de celui de la
Révolution des œillets au Portugal, dans le moment même où la crise du
capitalisme occidental commençait de s’enclencher (sous l’effet d’un massif
transfert de plus-values suite aux deux « chocs pétroliers » de 1973
et 1979), le tout sur fond de décomposition progressive des mouvements
européens de masse [11].
Qu’il suffise de rappeler la révolution
iranienne de 1979 et l’émergence du mouvement de Solidarnosc en même temps que
le Vietnam, à peine libéré, entreprenait de coloniser le Cambodge (sous
l’étiquette déjà humanitaire des droits de l’homme) suivie du tournant
néolibéral du capitalisme occidental pour prendre mesure que le désastre de
notre séquence actuelle a démarré en cette charnière fin 70-début 80 ;
c’est donc juste avant qu’il nous faut reprendre les choses politiques.
Les tâches sont vastes. Il y a beaucoup à
réévaluer politiquement, à réétudier pour les comprendre à la lumière
d’aujourd’hui.
Il n’y a pas d’autre méthode que de s’y mettre,
par plusieurs bouts à la fois, chacun assumant ce qu’il peut en ce travail au
long cours qu’on ne saurait contourner sans nouveaux désastres pour la pensée
(comme celui qu’a représenté l’aventure militaire des Brigades Rouges, cette
stupide « guerre privée » contre l’État [12]
qu’expliquait bien le film).
Je ne peux répondre à cette question…
qu’individuellement, c’est-à-dire personnellement.
Je suis « militant »
(quoiqu’actuellement inorganisé [13])
et compositeur. J’ai le sentiment ainsi de marcher sur deux jambes.
Il ne s’agit aucunement que la musique serve
la politique ou que la politique alimente ma musique. Il ne s’agit pas plus
d’esthétiser les questions politiques que de politiser les questions musicales.
Cela ne transite nullement de l’une à l’autre.
Il n’y a pas de conséquence musicale d’une
politique, ni de conséquence politique d’une musique.
La seule chose, pour moi nouvelle, que je peux
indiquer, c’est que pendant longtemps les rapports musique-politique ont pour moi
pris la forme d’un « ou » disjonctif : c’était l’une ou l’autre (je pratiquais successivement l’une ou l’autre, sans qu’il y
ait aucun rapport identifiable entre l’une ou l’autre activité) alors
qu’aujourd’hui, je peux envisager un « et » conjonctif : « musique
et politique » sont ainsi au programme du
vaste projet compositionnel que je me suis fixé sur le long terme et que je
nomme Égalité ’68.
En même temps, le fait qu’il puisse y avoir la
musique et la politique dans mon activité est
peut-être favorisé par le fait… qu’il n’y a plus aujourd’hui vraiment de
politique, seulement des volontés de rassembler les conditions pour qu’il
puisse y en avoir à nouveau…
*
Qui vive ? Le communisme !
![]()
![]()
1. La résistance
(biologie) est le phénomène par lequel des organismes
parviennent à résister à des conditions ou des sollicitations
inhabituelles (résistance à
l'effort), ou à supporter un agent qui leur est normalement
défavorable. Terme de mécanique, c'est un nom donné à toute force qui agit
en sens contraire d'une autre, dite puissance, dont elle détruit ou diminue les
effets. Terme de physique: Résistance des solides, force par laquelle
ils résistent au choc, à l'impression d'un corps en mouvement. Obstacle,
difficulté, qualité par laquelle un corps résiste à l'action d'un autre corps
ou qu'il supporte un agent qui lui est normalement défavorable.. Supporter,
faire obstacle, respirer, résister. A quoi résister
aujourd'hui?
2. A qui et quoi s'allier?
3. Entre résistance et résignation, entre résistance et transformation, entre
déception face à l'échec et la déception qu'on a gagné en vain, que la
"victoire prépare la répétition, la restauration", entre les
mots usés qui ne couvrent plus les concepts émancipatoires nouveaux, comment
travailler sur la dualité? Comment et par ou prendre la voie de
non-alignement permanent entre les choix existants, comment travailler sur un
chemin semi-existant (reprendre du passé ce qui reste atemporel, pour aller
au-delà, pour travailler sur les pistes de nouvelles temporalité de la vie
commune des gens)?
4. Entre la solitude d'une décision singulière et la nécessité de l'action
collective, comment faire place finalement à l'imaginaire, en tant que l'étape
de la subjectivisation, du singulier, au milieu des luttes émancipatoires
nécessairement massives, anonymes et impersonnelles? Comment ouvrir finalement
la possibilité pour quelque chose comme résistance créative de tous?
Nouvelles
figures d la résistance ?
Au sens strict, « résistance » est corrélé à «
domination » et « puissance ». Ainsi, chaque type de domination suscite ses
propres figures de la résistance : s'il n'y a pas de pouvoir sans domination,
on ne pourrait pas davantage concevoir de résistance sans domination, ni de
domination sans résistance.
Si nous partons de cette corrélation, nous
tombons invariablement sur les catégories et les figures suivantes :
—
La résistance
qui n'est pas capable d'affirmer de force nouvelle, qui est tout entière fondée
sur la situation existante et qui s'épuise dans sa négation. La figure centrale
de cette résistance par la négation est la figure du dissident, c'est à
dire d'une gouvernance parallèle: celui qui, coincé entre un manifeste programmatique
de l'avenir et cet héritage avec lequel il veut rompre, ne parvient pas à
réaliser un présent nouveau : il demeure dans l'éternel présent de la « surveillance
» et de la « critique », dans la dénonciation de l'existant, et c'est là son
plus pressant devoir.
—
la résistance
qui fait primer la non-gouvernance et l'indiscipline, dont la figure centrale
est le déserteur. Ce type de résistance par le retrait et la passivité
ne pourra jamais vaincre l'armée de coercition et le cynisme brutal de l'oppression.
Même quand il abandonne le front pour des raisons légitimes, le déserteur est
incapable de définir sa propre ligne de front contre celle qui lui est imposée.
—
la résistance
qui donne naissance à un nouveau pouvoir, donc à une domination nouvelle. La
figure centrale de ce processus est le Héros de la Résistance. Celui
qui, au nom de la transgression de la loi répressive, légitime la rébellion et
institue un nouveau régime et une nouvelle loi qui finit par devenir elle-même
répressive à l'égard des sujets qu'elle exclut en les plaçant hors la loi,
c'est-à-dire qui prétend inclure tout le monde sous son empire et son ordre.
Peut-on concevoir aujourd'hui de nouvelles
figures de la résistance, dans leurs définitions et leurs organisations, en
dehors de ces trois figures du héros, du déserteur et du dissident ?
Il s'agit de rompre avec le discours des
tribuns du discours anti-totalitaire « non-violent », qui voient dans chaque
nouvelle forme de résistance le danger qu'on passe simplement d'une forme de
répression à une autre, et qui offrent ainsi un alibi cynique à la prolongation
de la situation existante comme étant « la moins mauvaise possible».
Une nouvelle politique d'émancipation
impliquerait également que la résistance prenne des formes nouvelles : de
nouvelles tentatives pour transformer le gouvernement des gens en gouvernement
des choses ?
Entre «le sujet réactionnaire» et les figures
emblématiques de la résistance historique des panthéons, y a-t-il une place
pour penser la rébellion de tous, pour les « révoltes logiques », dans un
renversement dialectique de la négation en une nouvelle affirmation ? Et quel
serait le rôle de ces nouvelles figures de la résistance, du point de vue du
potentiel libérateur et rebelle de tous, au-delà de la dichotomie du commandement
et de la soumission ?
*
Les 7, 8 et 9 décembre auront lieu les
Concerts Brodsky, dans la grande salle du théâtre Varia. Brodsky, figure de la
résistance poétique a été condamné aux travaux forcés pour « parasitisme social
» en URSS, puis contraint à l’exil en 1972. La guerre froide est à son apogée.
En même temps, un peu partout en Europe, on voit apparaître un activisme
politique recourant souvent à la lutte armée. Une nouvelle génération marque
son refus du contrat social hérité des parents. Deux décennies durant, en
Italie, les Brigades rouges, une organisation de lutte armée et un mouvement
politique, tentent de créer une nouvelle subjectivité de résistance : celle
d’une guérilla urbaine implantée au sein même d’une société de consommation.
Le 10 décembre, dans la grande salle du
théâtre Varia :
Nouvelles figures de la résistance ?, projection et débat
· À 17h :
Do you remember revolution - Un documentaire de Loredana
Bianconi
Docteur en Art, Communication et Spectacle à la Faculté des Lettres et
de Philosophie de Bologne. Elle réalise des émissions pour la RAI 3, des documentaires
dont "La Mina"
(1989) ou "Do You remember revolution" (1997), des courts métrages, La vie
autrement (2005).
Adriana,
Barbara, Nadia et Susanna ont 20 ans quand elles décident d'entrer dans la
lutte armée, de quitter leur vie sociale et leur famille pour faire de la
révolution le centre et le but de leur existence. Elles réapparaissent après de
longues années de prison, elles essayent de raconter chacune leur expérience.
Elles parlent des raisons politiques qui les ont d'abord soutenues, des
conflits, des doutes, des déchirures qui ont marqué leur vie.
En présence de
Susanna Ronconi (Turin) et de Loredana Bianconi, la réalisatrice.
· À 20h30 :
Après une pause repas, rencontre
avec ces trois femmes et place au débat en leur présence, mené par Ivana
Momčilović.
Qu'il y a-t-il de réellement nouveau dans la figure résistante de
ces années 70 ? Où en sommes-nous quelque quarante ans plus tard ? Amplifiées
par les réseaux sociaux, on voit aujourd’hui apparaître des nouvelles formes de
contestation partout dans le monde, du « printemps arabe » au « Occupy
Wall street », en passant par
les « indignés » et les « dégagistes » d'Europe. Le débat tentera de considérer
la complexité des formes historiques de la résistance et d'envisager ses formes
actuelles, en évitant l'écueil de la « garantie de résultat » des partisans de
la non-résistance et du « laissez faire, laissez aller ».
*
[1] Voir leur détail en annexe
[2] ré-sister ≠ con-sister, in-sister, per-sister, sub-sister…
[3] C’est l’un ou l’autre (ils ne peuvent être ni véridiques ni faux en même temps).
[4] Le contraire se distingue du contradictoire en ce que, si deux contraires ne peuvent (comme les contradictoires) être véridiques en même temps (on ne peut à la fois résister et collaborer à la même chose), ils peuvent par contre (et c’est ce qui les différencie des contradictoires) être tous deux faux : on peut à la fois ne pas résister et ne pas collaborer. C’est aussi ce qui fait qu’un terme n’a qu’un contradictoire mais deux contraires.
[5] Voir Structures intellectuelles de Robert
Blanché (Vrin, 1966) et les développements plus récents du logicien Jean-Yves Beziau
[6] soit les couples de termes qui ne sauraient être en même temps faux (mais qui ne peuvent être véridiques simultanément) : on ne saurait en même temps ne pas refuser et ne pas accepter (même si on ne peut simultanément refuser et accepter).
[7] Gardons présent à l’esprit ce point : la crise est essentiellement celle du capitalisme occidental, en déclin, nullement celui du capitalisme asiatique (en plein essort, ce qui bien sûr n’est pas dire qu’il est pour autant harmonieux !).
[8] On pourrait presque dire, au risque du philosophème, que le colonialisme est le transcendantal de notre démocratie parlementaire et républicaine.
[9] Un manuel d’éducation civique distribué à mes enfants énonce clairement : « est citoyen d’un État qui lui fait allégeance ».
[10] J’appelle « abrutissement » le refus volontaire de l’intelligence…
[11] mais pas pour autant de toutes les organisations politiques : ainsi, si la G.P. a jeté l’éponge bien vite, ce que son activisme sans idée laissait prévoir dès sa constitution, l’UCF-ml à laquelle j’appartenais a continué courageusement et inventivement son travail politique, traversant ces années 80 qui entérinèrent le nouveau cours du capitalisme occidental sous la triple houlette de Reegan, Tatcher et Mitterrand.
[12] mélange de vendetta et de rivalité truands/flics…
[13] faute d’organisation existante…