Qui vive ? Le communisme !
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« une question intimidante, une question que
personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son
dernier souffle : Qui vive ?… »
J. Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu
marquera la délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un
organisme commun à tous dans l’avenir. » R. Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […]
En un sens, je suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier.
[…] Nous parlons au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui
représente non pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute
entière. » B. Brecht
(1932)
« Il a existé des communes et des communistes
de tout temps ; il en existera toujours. » J. Steinbeck (1936)
« Je suis
communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un
communisme intelligent. » J. Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et
s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute
des variantes utiles, précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)
« Je
suis d’un village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au
champ et à la carrière, aiment bien le communisme. » M. Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une
utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » A.
Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui,
on ne peut pas ne pas être communiste. » B.
Sobel (2011)
« Je reprends à partir du mot
“communiste”. » J.-M.
Gleize (2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique
diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction : François Nicolas [ƒNi]
Numéro 13 : 4
décembre 2011
(fichier
format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/13.pdf)
Sommaire :
Liban................................................................................................................................................ 3
Syrie................................................................................................................................................. 7
Égypte.............................................................................................................................................. 8
Photos & graffitis........................................................................................................................... 8
Maroc............................................................................................................................................. 11
Photo........................................................................................................................................... 11
Un Juste….................................................................................................................................... 11
Une situation ordinaire dans le bled profond................................................................................ 12
Tunisie............................................................................................................................................ 14
Cela s’appelle « la
démocratie » !................................................................................................. 14
Quand les Américains veulent continuer d’acheter
la politique qui leur convient…...................... 14
Iran................................................................................................................................................. 16
« Yougoslavie ».............................................................................................................................. 18
Afrique........................................................................................................................................... 21
Côte d’Ivoire................................................................................................................................ 21
Congo (République démocratique) – ex.
« Kinshasa »................................................................. 24
Crise économique du capitalisme occidental.................................................................................. 26
L’analyse décapante du LEAP...................................................................................................... 26
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le
Coran donne à penser…...................................... 32
Langue......................................................................................................................................... 32
Divers............................................................................................................................................. 33
Badiou : Entretiens....................................................................................................................... 33
Bruxelles : Nouvelles figures de la
résistance ?............................................................................. 34
Question intéressante
: pourquoi le Liban semble faire exception au "Printemps arabe"?
Si le traitement de
cette question n'est pas ici très convaincant (il pivote autour de l'absence
d'un soutien à la révolte syrienne contre le régime actuel mais il débouche sur
une très sévère critique du confessionnalisme), il a le mérite d'attirer notre
attention sur cette spécificité…
Il est frappant qu'on
se retrouve en effet aujourd’hui avec deux interrogations majeures sur les deux
extrémités de l'arc-de-cercle arabe : le Maroc et le Liban, encadrant (avec séparations
géographiques afférentes) la Tunisie et l'Égypte.
À ce titre, je vais
essayer de suivre désormais de plus près ce qui se passe au Liban, comme je le
fais déjà pour le Maroc (il se trouve de plus que la présence massive de la
langue française facilite l'une et l'autre de ces tâches).
Pour info, Samir
Kassir est un journaliste assassiné en 2005, a priori par des pro-Syriens…
http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=31&nid=3631
Considérations sur le
malheur libanais
Constat de l'échec de
l'intifada de l'Indépendance, constat du déclin culturel et intellectuel
de Beyrouth, constat de la marginalisation des forces vives du pays, constat
de la misère morale dans laquelle nous entraîne le confessionnalisme et de
la trivialité de la classe politique... Élias Khoury nous met en garde
contre le malheur qui frappe le Liban aujourd'hui. En mémoire de Samir
Kassir.
Par Élias KHOURY
Beyrouth a joué un rôle important dans l’éveil de la
culture arabe à elle-même. Les poètes arabes, de Mahmoud Darwich à Adonis, à
Nizar Kabbani, ont consacré à la ville une part importante de leurs
publications, adoptant Beyrouth comme patrie littéraire. La légende de Beyrouth
s’est forgée à travers une longue histoire entre souffrance, écriture et
détermination à préserver la liberté d’expression comme clé de voûte des
libertés publiques. Elle s’est forgée dans l’action des intellectuels, des
artistes, des éditeurs libanais et arabes qui ont fait de la ville un
laboratoire des libertés et d’une culture pionnière.
Mais cette légende s’est aujourd’hui effondrée. Le
printemps arabe dont a rêvé Samir Kassir se traduit à Beyrouth par un long hiver.
Depuis le déclenchement des révolutions démocratiques dans le monde arabe en
2011, on assiste à une distorsion de l’image de la ville. Tout se passe comme
si le miroir du monde arabe, lustré par les révolutions, se détournait de
Beyrouth et la sortait du cadre.
Pourquoi la ville s’est-elle contrainte à cette
honteuse misère ? A-t-elle
pris cette décision claire dans un moment d’inconscience ou bien s’est-elle
résignée, choisissant l’attente, ce repos létal qui détruit son âme ?
Le Salon annuel du livre francophone qui s’est tenu le
mois dernier au BIEL avait pour titre « Paroles
de liberté ». Je me suis alors demandé où se
trouvait la libre parole à Beyrouth. Suffisait-il de parler des révolutions
arabes pour donner à nos mots un goût de liberté ? Le
langage s’était-il substitué à la réalité ? Ou
bien tentait-on désespérément, à force d’en parler, de donner un semblant de
crédit à une notion démonétisée ?
N’est-il pas d’ailleurs étrange d’évoquer ce mot dans
une ville où les autorités, à travers leurs diverses politiques, n’ont de cesse
de l’étouffer ? En
revanche, les propos racistes sur la main-d’œuvre asiatique, accompagnés de
traitements inhumains à l’encontre des employées de maison sri-lankaises,
éthiopiennes ou philippines, ne dérangent personne. Pas plus que la tentative
d’« épuration ethnique » de la municipalité de Bourj Hammoud à l’encontre des travailleurs kurdes
résidant dans le secteur. Encore moins que la xénophobie exprimée à l’encontre
des Palestiniens sous prétexte de combattre l’implantation, et en vertu de
laquelle il est interdit à des personnes réfugiées au Liban depuis plus de
60 ans de posséder un toit ou d’avoir un emploi. Cela sans parler de la
haine envers les Syriens, certaines forces politiques hostiles au régime
baassiste à Beyrouth s’étant arrogé le droit d’étendre leur discours raciste
aux simples individus. Et que les Syriens se révoltent contre le régime
autoritaire de leur pays, ces mêmes forces ne songent qu’à exprimer leur
crainte pour les chrétiens !
Quelque chose d’irrationnel régit les pratiques
quotidiennes au Liban. Ainsi, quand des groupes de jeunes Libanais manifestent
ou font des sit-in en solidarité avec le peuple syrien, ils sont agressés par
les chabbiha de l’ambassade de Syrie à Beyrouth ou par les milices libanaises à
structure fasciste. Les opposants syriens sont pourchassés au Liban. Certains
sont arrêtés et remis au régime autoritaire de Damas, tandis que d’autres sont
sommés par des organisations partisanes libanaises de remplir des fiches
permettant de les placer sous contrôle des appareils sécuritaires !
À 120 km de Beyrouth se déroule le massacre le plus
barbare de l’histoire de Syrie. Voilà plus de huit mois que le peuple syrien se
révolte contre un régime qui a dépassé les limites en matière d’oppression et
de sauvagerie. Après avoir subi quarante ans durant un règne dictatorial qui se
croyait éternel, ce peuple a décidé d’agir pour recouvrer sa dignité. D’une
extrémité à l’autre, le pays a été sillonné de manifestations pacifiques qui se
sont trouvées confrontées au feu des armes automatiques et des chars d’assaut.
Les sbires du régime n’ont pas hésité à écraser des nuques sur les places publiques,
achever les blessés dans les hôpitaux, enlever des citoyens, transformer les
écoles en prisons.
Les hommes du régime ont brisé les doigts du
caricaturiste Ali Farzat. Ils ont tué Ghayath Matar et profané sa dépouille
mortelle. Il ont torturé des enfants et mis en scène leurs cadavres. Tout cela
pour le maintien au pouvoir d’une mafia familiale économique et
militaire.
Mais l’effronterie du régime a surtout atteint son
paroxysme à travers sa falsification systématique de la vérité et son art
d’oblitérer le langage jusqu’à le vider de son contenu. À la manière de
Goebbels, il instrumentalise les médias pour véhiculer une publicité pro domo
mensongère et bon marché.
Tout cela se déroule à un jet de pierre de Beyrouth.
Et Beyrouth garde le silence. Se gargarise de vacuité et de clowneries
médiatiques. De grandeur libaniste surtout, à travers la confection du plus
grand plat de taboulé de la planète, ou la nomination de la grotte de Jeïta
parmi les sept nouvelles merveilles du monde !
Comment interpréter le terrifiant silence beyrouthin ? Comment analyser le grand isolement où se trouvent confinés certains
jeunes Libanais, marginalisés et réduits au silence à peine tentent-ils de
faire entendre leur voix ?
Beyrouth craint-il les chabbiha du régime syrien et
les forces de sécurité nostalgiques des années de tutelle ?
Est-ce la raison pour laquelle certains habitants se comportent comme s’ils
appartenaient aux moukhabarat ? Ou le
peuple de Beyrouth n’a-t-il peur que de ses propres fantômes en se soumettant à
l’autorité des dirigeants communautaires, ces figures d’opérette ?
Le silence libanais plonge ses racines dans la
structure confessionnelle du pays. Celle-ci, à l’époque de la tutelle syrienne,
s’est transformée en instrument de déstabilisation et de manipulation des
quotas. Après l’échec de l’intifada de l’Indépendance, le système confessionnel
s’est carrément transformé en guerre civile larvée.
Ce qui n’a pas été dénoncé sur la nature du régime
confessionnel et la nature du confessionnalisme érigé en système politique
éclate aujourd’hui sous forme d’un grand scandale moral qui éclabousse le
pays.
Car le confessionnalisme est une des formes du
racisme. C’est un mal profond qui mine la politique libanaise et menace
d’anéantir le grand œuvre des pionniers libanais et arabes de la Nahda qui ont
jeté les bases d’une culture moderne, ouverte, démocratique et laïque.
Le racisme inhérent au système confessionnel n’a pas
de frontières. Quand un Libanais déteste l’autre parce qu’il n’appartient pas à
sa communauté confessionnelle, la haine devient incontrôlable et menace de
détruire les valeurs, en particulier les valeurs morales. Le langage sous le
règne du confessionnalisme n’a plus de repères et ne sert plus qu’à justifier
les dérives du vocabulaire raciste. On ne s’étonne plus dès lors de la dérision
avec laquelle certains leaders libanais traitent les révolutions démocratiques
arabes, n’y voyant qu’un complot généralisé. On ne s’étonne pas non plus que
certains s’inquiètent pour leur communauté, sa primauté et son influence au
Liban, ayant lié le sort de celle-ci au résultat de la révolution
syrienne.
Une logique loufoque qui découle de la conviction
naïve et stupide que le monde entier est attaché au service et à la survie des
communautés confessionnelles libanaises. Et qui refuse d’entrevoir la possibilité
qu’un nouveau langage apparaisse à l’issue des révolutions arabes. Un langage
qui ferait le lit d’un État citoyen et laïc qui aurait définitivement tourné le
dos aux avatars de l’Empire ottoman qui gangrènent encore la politique
libanaise.
Le système confessionnel libanais a prouvé sa qualité
de régime autoritaire. L’autoritarisme des religions, plus que tout autre, a le
pouvoir de dépouiller l’homme de sa raison, de son âme et de sa conscience et
de le transformer en une créature raciste.
Mais le triste hiver de Beyrouth ne se manifeste hélas
pas uniquement au niveau politique. Il couvre de ses ombres autant la
communication que la culture, et nous avons vraiment peur de cette
désertification qui couvre notre ville de silence.
Sur le plan médiatique, la révolution syrienne a sonné
le glas des médias libanais. Deux grands quotidiens sont déjà acquis au régime
syrien et un troisième est en état de mort clinique. Il n’est pas excessif de
souligner que la presse écrite libanaise traverse une crise aiguë, qu’elle a
abandonné son rôle pionnier dans le monde arabe, et qu’elle s’est résignée à
l’inertie des communautés religieuses et à la stupidité de la vie politique.
Quant aux chaînes de télévision libanaises, elles sont
carrément hors champ. Certaines ne se lassent pas de relayer les mensonges de
propagande officielle syrienne. D’autres semblent sclérosées ou ramollies. On
veut bien attribuer cette dégénérescence à un certain manque de moyens
financiers, mais il est évident que la véritable banqueroute frappe surtout la
culture et la créativité de l’ensemble du secteur médiatique.
L’information télévisée libanaise peut avancer le
prétexte du manque de fonds pour justifier son incompétence face aux chaînes
satellitaires du monde arabe. Ce ne serait pas entièrement faux. Mais ce serait
occulter une immense richesse immatérielle que la liberté dont il s’est
volontairement désisté en acceptant de se lover dans le giron des milices et
des communautés et de contracter ce faisant un mal incurable.
Au niveau culturel, à l’exception d’un sit-in
relativement important à la place des Martyrs, auquel avait appelé un groupe
d’intellectuels, et quelques communiqués isolés publiés ici ou là, ou quelques
éditoriaux hébergés par l’un ou l’autre journal libanais ou arabe, on a du mal
à trouver un véritable climat culturel capable de soutenir la révolution syrienne.
Les voix des chanteurs sont frappées d’enrouements subits. Les tribunes
culturelles sont fermées à double tour. Seules persistent, comme des exceptions
qui confirment la règle, deux institutions orphelines. Le théâtre Tournesol, dirigé
par Roger Assaf, qui a eu le courage de présenter deux spectacles non sans
subir les menaces des chabbiha de l’ambassade Syrie, et le Mouvement de
solidarité dirigé par un groupe de jeunes Libanais qui n’ont pas hésité à organiser
des protestations et de petites manifestations à l’issue desquelles ils ont
fini roués de coups par les voyous du régime syrien.
Plus étrange encore est le quasi-silence des jeunes
artistes libanais. Les techniques de leurs performances, naguère qualifiées
d’ultramodernes, sont aujourd’hui récupérées par la jeunesse syrienne. Les
Libanais, eux, préfèrent exercer leurs talents à travers le monde.
L’effondrement culturel et moral de Beyrouth est profondément
préoccupant. Un pan glorieux de l’histoire culturelle libanaise est menacé de
destruction. Des pionniers d’Ennahda dont l’influence s’est étendue à
l’ensemble du climat culturel libanais, de sorte qu’il a pu prendre sous son
aile les intellectuels dissidents arabes et interagir avec ces penseurs venus
trouver refuge à Beyrouth en fuyant l’oppression dans leurs propres pays. Le
Liban est aujourd’hui gagné par le « Malheur
arabe » tel que décrit par le martyr
Samir Kassir.
Il est difficile de se résigner à cette inertie
culturelle, politique et morale que je ne peux m’expliquer que par la déception
qui a suivi l’échec de l’intifada de l’Indépendance, celle-ci ayant été
récupérée par les communautés confessionnelles. Les leaders communautaires ont mis
en évidence l’impossibilité de parvenir à une indépendance ou de faire face à
l’occupation israélienne à l’ombre du système confessionnel. Ce qui signifie
que la patrie demeurera un vœu pieux tant que le confessionnalisme y crée un
climat raciste et une structure qui n’a d’autre attache que l’étroitesse de ses
intérêts.
Il est étrange que les révolutions arabes qui
engendrent de nouvelles appartenances à l’ombre d’une même nation dénoncent en
même temps le pourrissement du patriotisme libanais et sa dégradation morale.
Elles mettent en évidence la transformation du Liban en lieu de haine raciale
où se justifie l’autorité assadienne par la crainte des minorités pour leur
sort et la nécessité de leur alliance avec les tyrans !
La mentalité des moutassarrifiya règne à nouveau sur
le Liban. Elle en fait le pays le plus léthargique du monde arabe. Une telle
fin n’est pas digne des descendants d’Ahmad Farès al-Chidiac, ni de l’image que
Beyrouth s’est forgée à l’époque où la ville portait l’étendard des libertés et
de la résistance.
Le malheur, c’est que la plupart des gens n’ont pas
conscience de ce malheur libanais.
La misère ne devient réelle que lorsque les
misérables acceptent leur état, s’y adaptent et le transforment en mode de vie.
La misère n’est pas fatale, camarades.
Défier la misère et lui faire face, tel est l’ultime
signe de vie qu’attend Beyrouth avant de voir son reflet disparaître du miroir
de la mort.
*Traduit de l’arabe par Fifi Abou Dib.
Dernier ouvrage paru :Synalcol, d'Elias Khoury , Dar Al Adab, 500 p.
Je diffuse cet appel, reçu de gens qui me paraissent sincères, car il me semble témoigner, à sa manière, de ce que le conflit actuel en Syrie n’est pas clair, pas plus que ne l’était celui qui en Libye a été instrumenté comme l’on sait par le colonialisme occidental.
À tout le moins, il s’agit de maintenir l’hypothèse que ce qui s’y passe actuellement n’est pas du tout du même type que ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte.
Déclaration
de citoyens Syriens et Arabes, pour la préservation de la souveraineté Syrienne
et la construction de la Démocratie
—
Conscients des dangers qu’encourent la
Syrie et le Peuple Syrien,
—
Conscients des enjeux régionaux et
internationaux et du danger de démantèlement de la Syrie,
—
Conscients de la position syrienne qui
constitue une exception régionale, due à sa politique de résistance aux projets
d’asservissement des peuples arabes,
— Conscients de la nécessité de regroupement du Peuple Arabe Syrien autour d’une constitution garantissant les libertés individuelles et les principes actuels de laïcité du pays,
Nous, signataires :
7. Nous voulons une
réconciliation nationale basée sur le dialogue réel du parti au pouvoir avec
toutes les composantes de l’opposition.
8. Nous réclamons
la liberté pour les prisonniers d’opinion.
9. Nous réclamons,
pour tous les citoyens syriens, le droit de former librement des associations
civiles et des partis politiques.
10. Nous réclamons
la présentation à la justice de tous les auteurs de crimes liés aux derniers
événements, quelle que soit leur appartenance.
11. Nous voulons que
le dialogue aboutisse à la construction d’une Syrie démocratique, où tous les citoyens
sont égaux, indépendamment de leur sexe, de leur origine, de leur religion ou
de leur opinion politique. L'Etat syrien devra leur garantir les mêmes droits.

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Les continuateurs (mouvement des jeunes du 8 avril)


« Le tribunal de l’Armée » jeté dans « la poubelle de
l’Histoire »

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Votez (pour) la
Révolution !

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Union des artistes
révolutionnaires


Connais ton
ennemi !
[Le Général] Hamdi
Badeen
Les panneaux électoraux à Casablanca :

Décès
de Simon Levy, un militant communiste et anti-sioniste de la première heure
Rabat
- Simon Levy, secrétaire Général de la Fondation du Patrimoine Culturel
Judéo-Marocain, décédé vendredi matin dans un hôpital à Rabat à l'âge de 77
ans, des suites d'une longue maladie, est un militant communiste et
anti-sioniste de la première heure.
Militant pour l'indépendance nationale du Maroc dès
1953, ce linguiste et fin connaisseur de l'arabe a commencé son parcours de
militant communiste en 1954, d'abord dans le cadre de l'action estudiantine,
puis dans les instances dirigeantes du PPS (anciennement parti communiste) et
comme syndicaliste à la tête de l'Union marocaine du travail (UMT).
Farouchement attaché à son identité marocaine, Simon
Levy, un natif de Fès en 1934, dirige depuis 1998 le musée du judaïsme marocain
de Casablanca, un musée privé d'histoire et d'ethnographie.
Le défunt a adhéré à l'Union Nationale des étudiants
du Maroc en qualité de membre du bureau en 1955. Il a été l'un des dirigeants
de la Fédération nationale de l'Enseignement de 1958 à 1970.
Elu conseiller municipal de la ville de Casablanca de
1976 à 1983, il s'occupera du secteur social et culturel qui créa bibliothèques
de quartier, centres de formation professionnelle, etc. Simon Lévy fut
rédacteur en chef des hebdomadaires "La Nation" puis "Al
Jamahir" (1958 -1959), et participa, longtemps, à la rédaction du
quotidien "Al Bayane".
Licencié ès lettres d'espagnol et de portugais (1956)
il obtiendra aussi un DES (1958) sur "la Guerre du Rif, sous le règne
d'Alfonso XIII", et un Doctorat d'Etat (1990) pour une thèse sur :
"Parlers arabes des juifs du Maroc: particularités et emprunts. Histoire,
sociolinguistique et géographie dialectale", Simon Lévy est aussi auteur
de plusieurs travaux portant sur l'histoire du judaïsme marocain, Il sera
inhumé dimanche au cimetière juif à Casablanca.
Vendredi 2 Décembre 2011

Reportage. Voyage chez les révoltés
d’Imiter
Les habitants de la région luttent pour l’amélioration de leurs
conditions de vie. (DR)
http://www.telquel-online.com/498/actu_maroc1_498.shtml
Sous les terres de
la région se trouve l’un des plus gros gisements d’argent en Afrique. Mais en
surface, c’est la misère dans toute sa splendeur. Zoom sur un village qui dit
non.
A 200 km au nord-est
de Ouarzazate, en s’approchant de Tinghir, la route et le décor prennent un
coup de gris, les reliefs noircissent au fur et à mesure qu’on s’approche du
village d’Imiter. Les montagnes noires indiquent qu’un gisement d’argent n’est
pas loin. Dans le principal village de la commune rurale d’Imiter, on dirait
que le temps s’est arrêté : pas de kiosques à journaux, pas d’accès à Internet,
pas de lycée... Même la campagne électorale – qui bat son plein dans tout le
pays – ne semble pas avoir trouvé son chemin jusqu’ici. Aucune affiche n’est
collée sur les murs et pas un seul candidat n’ose faire du porte-à-porte pour
séduire ses électeurs. “Les élections, on s’en fout. Ce n’est pas cela qui va
changer notre quotidien”, explique Brahim, un chômeur du bourg. C’est que les
habitants d’Imiter sont en colère. Les 8000 damnés de la région sont en
soulèvement depuis cinq mois. Ils dénoncent la pauvreté et l’indigence dans
lesquelles ils vivent, mais aussi la surexploitation de leurs richesses
naturelles. Leurs maux, ils les résument en un seul mot : l’ONA, le holding
royal (devenue SNI) qui détient une mine d’argent, l’une des plus importantes
d’Afrique, à travers sa filiale la Société minière d’Imiter (SMI).
La marche de la
soif
Tout a commencé au
début des vacances d’été. Les étudiants du village, de retour de leurs
universités d’Errachidia ou de Marrakech, demandent, comme à chaque été, un
travail saisonnier dans la mine. Et comme chaque année, la SMI en embauche une
quinzaine. Les recalés ne sont alors pas contents : “Comment une société qui
brasse des centaines de millions de dirhams en extrayant du minerai de nos
terres prétend ne pas avoir les moyens de nous assurer un emploi, ne serait-ce
que saisonnier ?”, s’interroge notre chômeur. Mais la goutte qui va faire
déborder le vase viendra plus tard, quand les villageois verront le débit d’eau
de leurs robinets faiblir, jusqu’à l’interruption. “A quelques semaines du ramadan,
l’eau ne coulait du robinet que 30 minutes par jour”, raconte Brahim.
S’enclenche alors un
large mouvement de protestation sociale et de désobéissance civile. Au début,
ce sont les étudiants et les chômeurs de la ville qui mènent le mouvement. Ils
sont vite rejoints par les autres habitants et décident de mener
quotidiennement “une marche de la soif” du centre du village jusqu’à l’entrée
de la mine. Pourtant, aucun interlocuteur ne daigne se présenter à eux. Ils
décident alors de radicaliser leur mode d’action en coupant l’alimentation de
la mine en eau. “Ils nous prennent toute l’eau et personne ne nous rend
justice, nous avons décidé de faire de même”, explique l’étudiant Omar Moujani.
En plein ramadan, au mois d’août, plus de 1000 personnes s’installent alors à
côté du plus important château d’eau fournissant la mine, au sommet du mont
Alebban, à 1 400m d’altitude. Quatre mois se sont écoulés depuis et le sit-in
se poursuit. Les “gardes du château” ne sont pas encore descendus du sommet de
la montagne.
Le forage de la
colère
D’après les habitants
de la région, les ressources en eau ont commencé à se raréfier depuis la
dernière décennie, quand la SMI a foré, en 2004, un nouveau puits d’une
profondeur de 40 mètres, devenu la principale ressource hydraulique pour la
mine d’argent. Plusieurs petits agriculteurs ont vu leurs puits se tarir et
leurs plantations mourir. “Dès que nous leur avons coupé l’eau, le village a
été normalement fourni et sans interruption”, explique Omar Moujani. De son
côté, la SMI nie tout lien entre le nouveau forage et la raréfaction de l’eau.
“Il y a 3 khettarat (système d’irrigation souterrain) dans la région et nos
études confirment qu’elles sont indépendantes de notre forage”, précise Youssef
El Hajjam, directeur général de la société. Et d’ajouter : “Nous avons toutes
les autorisations depuis 2004 et, d’ailleurs, elles ont été renouvelées en
2009". Pour lui, tout dépend de la pluviométrie : “Il n’a pas tellement
plu sur ce plateau ces dernières années, c’est donc normal que la région en
souffre”.
La lutte continue
Des négociations ont
été menées entre la société minière et les villageois, mais se sont vite
retrouvées dans une impasse. “La SMI a proposé d’apporter quelques financements
pour régler certains problèmes sociaux mais jamais une solution globale”,
explique Brahim. “Cette société exploite les richesses qui sont sous nos
terres, c’est son devoir de participer au développement de la région. C’est
inadmissible qu’avec la croissance de son chiffre d’affaires, elle continue
d’ignorer nos revendications, pourtant pas si impossibles à satisfaire
totalement”, souligne-t-il.
Car au-delà des
revendications d’emploi et d’accès à l’eau, les habitants de la région
réclament plus d’infrastructures de service public. “Le lycée le plus proche
est à 30 km d’ici, l’infirmerie du coin ferme à 15h et n’est pas ouverte du vendredi
au dimanche et ne possède même pas de paracétamol”, dénonce Brahim. Après avoir
bloqué le siège de la commune rurale, “qui ne sert à rien” selon eux, les
élèves et étudiants de la ville menacent de faire année blanche. “A
l’unanimité, nous avons décidé qu’aucun jeune ne se rendra à l’école ou à
l’université cette année”, explique l’étudiant Moujani.
Le ton ne cesse donc
de monter. Et les villageois révoltés d’Imiter sont déterminés à poursuivre
leur combat jusqu’au bout. Une détermination que ne semble ébranler ni les
rudes conditions climatiques de la région ni les intimidations des forces de
l’ordre, qui procèdent de temps à autre à des arrestations. “Nos revendications
restent les mêmes et notre lutte restera pacifique”, promet Brahim. Jusqu’à
quand ?
Toute ressemblance avec un marché (à pin’s) n’est pas fortuite ! Il s’agit des 109 partis candidats aux récentes élections…

La Tunisie bénéficiera
des aides US en contre partie des assurances de normalisation avec Israël.
Moncef Marzouki, le président du
Congres Pour la République (CPR), supposé être le futur président de la République
Tunisienne a refusé de rencontrer une délégation du comité juif américain venue
en éclaireur en Tunisie afin de sonder les réelles intentions de la nouvelle
équipe dirigeante sur la rupture des relations diplomatiques avec Israël,
susceptible d’être incluse dans la future Constitution tunisienne.
La délégation du Comité juif
américain qui était conduite par Jason F.Isaacson, directeur du gouvernement et
des Affaires internationales, Maia Blume, assistante du directeur, Donald
A.Yale et Allan J.Reich du cabinet d’Avocats Seyfarth Shaw LLP a néanmoins
rencontré le secrétaire général du parti Ennahdha, Hamadi Jebali.
L’objet de la visite se serait
rapporté aux assurances que voudrait avoir les dirigeants juifs américains pour
ce qui est d’éviter d’inclure dans la future Constitution tunisienne une clause
interdisant l’établissement de relations diplomatiques avec l’Etat d’ Israël.
La commission de réforme
politique tunisienne a annoncé, début juillet 2011, l'adoption à la majorité
d'un « pacte républicain » visant à servir de socle à la future
constitution, qui stipule notamment le refus de toute forme de normalisation
avec l'Etat Hébreu.
Ce pacte, qui doit servir de
socle pour la nouvelle constitution tunisienne, refuse catégoriquement
« toute forme de normalisation avec l'Etat sioniste » et soutient la
question palestinienne. Cette mention a été l'objet d'un désaccord entre les
membres de la commission, certains ayant jugé qu'elle n'est pas nécessaire dans
une déclaration de principes, alors que d'autres, dont le mouvement islamiste
Ennahda, qui s'est retiré fin juin 2011 de la commission, avait insisté sur son
inclusion.
Le parti Ennahdha, qui était à
l’origine de l’idée de l’élaboration de cette clause sur le refus de toutes relations
diplomatiques avec Jérusalem, est aujourd’hui en négociation avec les
États-Unis. Washington qui a favorisé l'accession au pouvoir des islamistes en
Tunisie (ou en l’Egypte) cherchent à normaliser les relations des États arabes
avec Israël.
A ce propos, la secrétaire d’État
américaine, Hillary Clinton, va les prochains mois pour convaincre les nouveaux
dirigeants arabes de l’urgence d’une normalisation avec Israël ! Mais cela a
forcément un prix. En échange, les pays du printemps arabe démocratique vont
bénéficier du plan d’aide américaine.
Le président Obama, dans son
discours sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en mai dernier, a annoncé un
grand plan économique de « soutien à la démocratie ». Les premiers pays où il
sera réalisé sont l’Egypte et la Tunisie. A la demande de Washington, la Banque
mondiale et le Fonds monétaire international ont présenté au sommet G-8 du
26-27 mai 2011 en France, un plan pour « stabiliser et moderniser les économies
égyptienne et tunisienne ».
En même temps, les États-Unis
sont en train de créer des fonds d’entreprise à investir en Egypte et Tunisie,
sur le modèle de ceux qui ont soutenu la transition en Europe orientale, C’est
une initiative bipartisane promue par le sénateur démocrate John Kerry et par
le républicain John McCain.
Les régimes de Moubarak et Ben
Ali étant écroulés, Washington tente de cette façon de créer une nouvelle base
de coopération qui garantisse la continuité avec les forces démocratiques
naissantes en Egypte et en Tunisie. Ces deux pays seront le laboratoire où l’on
mettra au point le plan, qui prévoit l’allocation de 2 milliards de dollars
d’aides américaines pour lancer une initiative globale de partenariat de
commerce et d’investissements au Moyen-Orient et en Afrique.
Ftouh Souhail
Pourquoi
les Iraniens détestent la Grande-Bretagne
http://www.europalestine.com/spip.php?article6686
vendredi,
2 décembre 2011
"La
récente occupation de l’ambassade britannique à Téhéran n’est que la dernière
expression du ressentiment iranien vis à vis de l’ex-puissance coloniale qui
n’a jamais réellement accepté son éviction...", écrit le journaliste
britannique Robert Fisk dans The Independent. (Article traduit et publié par le
site info-palestine.net)
Les Iraniens
ont une foule de raisons de détester la Grande-Bretagne, fait-il remarquer, en
soulignant que "les Iraniens connaissent bien mieux l’histoire des
relations anglo-persanes que les Britanniques".
Par Robert
Fisk
"La
récente occupation de l’ambassade britannique à Téhéran n’est que la dernière
expression du ressentiment iranien vis à vis de l’ex-puissance coloniale qui
n’a jamais réellement accepté son éviction...
Lorsque le
ministère nouvellement installé de l’orientation islamique a demandé à Harvey
Morris, l’homme de l’agence Reuters dans l’Iran post-révolutionnaire, de lui
fournir une histoire de son agence d’informations, celui-ci demanda à son
bureau de Londres de lui envoyer une biographie du baron von Reuter - et il a
été consterné de découvrir que le fondateur de la plus grande agence de presse
au monde avait construit des chemins de fer en Iran à son immense profit.
« Comment puis-je montrer cela au ministère ? » s’est-il écrié.
« En réalité le baron était pire que ce putain de Shah ! » Ce
dont, bien sûr, le ministère [de l’orientation islamique] a forcément
conscience.
La
Grande-Bretagne a monté une invasion conjointe de l’Iran avec les forces
soviétiques lorsque le prédécesseur du Shah s’était par trop rapproché des
nazis durant la Seconde Guerre mondiale, et elle a ensuite aidé les Américains
à renverser le gouvernement démocratiquement élu de Mohammed Mossadegh en 1953,
après que le nouveau gouvernement ait nationalisé les possessions pétrolières
de la Grande-Bretagne dans le pays.
Cela n’a
rien d’un mythe, et il s’agit d’une véritable conspiration sur le terrain. La
CIA avait appelé cela l’Ajax Operation et les Britanniques ont sagement mis
leurs ambitions en retrait en l’appelant Boot Operation. L’agent du MI6 à Téhéran
était le colonel Monty Woodhouse, préalablement notre homme des opérations
spéciales dans la Grèce occupée par les Allemands. Je connaissais bien
« Monty » - nous avons coopéré ensemble quand j’ai enquêté sur la
sinistre carrière militaire de l’ex-secrétaire général des Nations unies Kurt
Waldheim - et c’était un homme impitoyable. Woodhouse a amené des armes en Iran
pour une encore inexistante « résistance » et il supporta avec
empressement le projet de la CIA de financer des mises en scènes de
manifestations de « bazaris » à Téhéran (dans lesquelles, bien sûr,
des centaines, voire des milliers de gens sont morts) pour renverser Mossadegh.
Et ils ont
réussi. Mossadegh a été arrêté - par un agent ensuite mis à mort durant la
révolution de 1979 - et le Shah encore jeune fit son retour triomphal pour
imposer son règne, aidé en cela par sa police secrète - la SAVAK - dont les
séances de torture infligées aux femmes opposées au régime ont été dûment
filmées et - selon le grand journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heykal -
distribuées par les agents de la CIA à leurs alliés en l’Amérique du Sud et
dans le monde entier comme un manuel « de formation ». Comment les Iraniens
se permettent-ils de se rappeler tout ça ?
Les Iraniens
ont découvert dans la masse de documents secrets américains trouvés dans
l’ambassade américaine - après son occupation durant la révolution iranienne -
non seulement les tentatives de Washington de renverser le nouveau pouvoir de
l’ayatollah Khomeiny, mais aussi la poursuite du partenariat des services de
renseignement américains et britanniques.
L’ambassadeur
britannique, est resté presque jusqu’à la fin convaincu que le Shah, bien que
profondément affaibli, allait survivre. Et les gouvernements britanniques
successifs ont continué à enrager sur la nature prétendument terroriste du
gouvernement iranien. Tony Blair - même lors de l’enquête officielle sur la
guerre en Irak - s’est encore mis à délirer sur une soit-disant nécessité de
tenir tête à l’agression iranienne.
Quoi qu’il
en soit, les Iraniens ont saccagé [notre ambassade] et se sont ensuite enfuis,
nous dit-on, avec un tas de documents de l’ambassade britannique. Je suis
impatient de lire leur contenu. Nous pouvons être certains qu’il sera bientôt
révélé."
Source :
The Independent
(Traduction :
Info-Palestine.net)
Une défense très originale et très intéressante
d'un projet politique visant - si j'ai bien compris - à réactiver
(ressusciter!) la constitution d'une Yougoslavie débordant la figure convenue
de l'État-nation (cf. unifiant les slovènes, serbes, bosniaques, monténégrins ,
macédoniens et croates).
L'idée est intéressante, mais je ne sais trop
qu'en penser: nostalgie? perspective? ancrage dans des situations effectives?
Noter, dans la seconde partie, une attaque
sévère de la position politique de Zizek sur ces questions yougoslaves…
DOUZE THESES SUR LE
PROJET YOUGOSLAVIE
Avons-nous aujourd'hui des
raisons pour soulever la question de l'importance du projet Yougoslavie? Il
semble en effet que le sort de l’entité nommée la « République socialiste
fédérative de Yougoslavie » a été définitivement scellé par le syntagme
forgé un peu avant son démantèlement par la philosophie politique
”ex-Yougoslave”: ”La Yougoslavie en tant qu’Etat non parachevé“. C’est de cette
perspective que découlent toutes les évaluations courantes sur la ”faiblesse“,
la “fragilité“, la “non-fonctionnalité“, le “caractère non-réaliste“ de la
Yougoslavie. ‘ Il manquait quelque chose de vital au projet yougoslave en
sorte qu’il a été inévitablement voué à l’échec ‘. Il faut rejeter cette
conclusion car son point de départ est faux et déformé. Avant tout, elle n’est
qu’un simple reflet de la vulgate du capitalisme moderne – de “l’auto évidence”
de l’Etat-nation libéral, avec tous ses appareils de souveraineté. Cependant,
elle est aussi tout à fait incapable d’enregistrer et de penser la politique
sur laquelle le projet yougoslave a été fondé. Cette politique échappe à
l’horizon de la thèse sur le “non-parachèvement de l’Etat“ et se trouve même en
contradiction explicite avec cette thèse. Il est paradoxal en fait que la
pertinence de cette contradiction puisse se lire le mieux justement dans la
réalité même des guerres autour de la succession yougoslave, guerres qui
avaient eu pour objectif la destruction du projet yougoslave en tant que tel.
Car, rappelons-le, ce que la réalité de ces guerres exprime le plus n’est pas
le processus du démantèlement de l’Etat, mais justement la logique violente de
sa constitution à partir du principe même de ”normalité“ de l’Etat-nation souverain,
c’est-à-dire de la tentative du ”parachèvement de l’Etat”.1
Face a cette vision
restauratrice, il faut formuler ici quelques thèses sur les modalités de
l’existence de la Yougoslavie :
— La Yougoslavie qui se
crée au cours de la Deuxième guerre mondiale est un acquis révolutionnaire.
Elle découle de la revendication qui formule la subjectivité révolutionnaire,
revendication ”impossible“ en vue de l’abolition de l’état existant.
— La collectivité sur
laquelle se fonde le projet yougoslave émerge de la figure du Deux, figure de
l’antagonisme politique. Il s’instaure dans le cadre de la formation du
mouvement antifasciste qui unit les gens dans leur résistance contre
l’occupation fasciste et aussi contre la capitulation et la collaboration de
l’appareil d’Etat du Royaume de Yougoslavie avec les forces nazies locales. Le
nom de cette collectivité est “La Lutte de libération des peuples yougoslaves“.
— Le projet
yougoslave est une rupture radicale avec toute politique qui serait déduite de
quelque substance prédestinée à l’avance. La construction représentée par
la déclaration de 1943 de l’AVNOJ (Conseil anti-fasciste de libération de
peuples yougoslaves) ne se fonde pas sur la tradition de l’idée yougoslave,
sur l’idée de parenté ethnique ou sur le concept de “l’unité nationale” qui
avait servi de base à la construction de l’ordre politique dans les Balkans
après la deuxième guerre mondiale. Elle ne repose pas sur l’idée de
l’identité “peuple-nation“ qui précède son unification politique, mais elle
découle de la politique elle-même, de l’acte politique de la résistance au
fascisme et de la revendication radicale de l’égalité.
— La lutte amorcée
ensemble par les partisans slovènes, serbes, bosniaques, monténégrins ,
macédoniens et croates, c’est-à-dire par tous les gens qui s’opposent aux
puissances fascistes, est aussi une lutte contre l’impérialisme et contre
toutes les formes d’exploitation et de domination, de sorte que dans ce sens
elle repose sur la figure de la lutte de classes. Dès le début du mouvement,
plusieurs centaines de volontaires de la guerre civile en Espagne, ouvriers et
intellectuels, mettent au premier plan les thèses léninistes: “Transformer la
guerre impérialiste en guerre civile des prolétaires contre la bourgeoisie.“
— La politique des
partisans yougoslaves reprend le motif central des révolutions bourgeoises, le
motif de “libération nationale“. Cependant, elle importe ce thème d’une manière
paradoxale, en y inscrivant une contradiction explicite. Le projet yougoslave
ne représente guère un acte “patriotique“ de défense d’un ordre, qu’il
soit établi ou futur, ou d’une structure symbolique et institutionnelle. Le
projet yougoslave se fonde sur la pratique d’une nouvelle collectivité,
collectivité qui s’oppose fondamentalement à l’appareil d’Etat en place,
l’appareil monarchique. C’est ainsi que la Lutte de libération des peuples
yougoslaves soulève la question de la libération nationale au pluriel.
Ça signifie que la libération d’un peuple, d’une “nation“
« yougoslave » implique nécessairement la libération et l’égalité de
tous, ce qui s’applique aussi bien à ceux déjà “représentés“ dans l’appareil
d’Etat monarchique qu’à ceux que ne le sont pas. En fait, la contradiction peut
être remarquée le plus clairement à partir de l’opposition de la formulation
léniniste de “droit des peuples à l’autodétermination“ à la construction même
de l’ordre monarchiste. Ce “droit“ ne signifie pas, dans cette situation, la
légitimation d’une forme juridico-politique, un principe selon lequel toute
“communauté nationale“ se reflète nécessairement dans la propre structure
d’Etat, mais il représente le dénominateur commun minimal à travers lequel
se constitue la collectivité qui réunit les “peuples“ dans la lutte
antifasciste et anti impérialiste, dans la lutte pour la radicalisation de la
maxime égalitaire.
— Dans ce sens il faut
souligner aussi que la Lutte de Libération des peuples avait articulé en même
temps deux concepts différents : la lutte pour la libération nationale de
toutes les nations au sein du régime monarcho-fasciste qui favorisait trois
nations et leur accordait la subjectivité dans la représentation étatique, à
savoir les Slovènes, les Croates et les Serbes, alors qu’il excluait toutes les
autres nations et commettait même des massacres massifs sur certaines de ces
nations (50.000 Albanais tués au cours de la campagne militaire de l’Armée
yougoslave royale en 1919-1920), c’est-à-dire le concept de la lutte des
peuples qui n’a pas ici la signification de nation mais d’articulation politique
de la multiplicité innombrable exclue par la terreur de la dictature
monarchiste de 1929-1939 et de la terreur du régime d’occupation des puissances
de l’Axe et des régimes collaborationnistes de 1941-1945. La Lutte de Libération
du peuple est une invention de la multiplicité innombrable : des paysans,
des ouvriers, des intellectuels, des femmes, des communistes...
— Le caractère radical
du projet yougoslave doit être cherché aussi dans sa forme politique. La forme
d’organisation politique sur laquelle il se base est en fait un exemple du
processus de présentation. C’est là que devient évidente l’essence de la
rupture avec la logique de “la nation-Etat “ bourgeoise. La collectivité
induite par la Lutte de libération des peuples yougoslaves ne se formule pas en
tant que “souverain“ qui se refléterait dans une machinerie d’Etat spécifique.
La collectivité ne reprend la souveraineté ni du monarque, ni de “l’autonomie”
de l’appareil politique hérité de l’ordre précédent. Bien au contraire, la
collectivité yougoslave découle principalement des formes massives de
démocratie directe crées au cours de La Lutte de libération des peuples
yougoslaves, des ”brigades des prolétaires“, “des comités de libération
nationale” et des “conseils antifascistes provinciaux“. Ces formes
d’organisations politique, qui puisent leur inspiration dans les situations de
révolution, dans les conseils des ouvriers de la Commune de Paris et dans les
soviets de la Révolution d’Octobre, se placent non seulement en dehors de
l’appareil d’Etat, mais elles sont orientées explicitement contre lui, et vers
son “abolition“.
— L’existence de la
subjectivité révolutionnaire qui fonde le projet yougoslave, peut être lue, en
fin de compte, de la nature même de l’entité nommée Yougoslavie. Nous devons
penser la Yougoslavie comme une réalité nécessairement contradictoire. Qui plus
est, elle représentait une unité qui est indissolublement contradictoire, et
qui implique de ce fait la tendance à son propre révolutionnement, la pulsion
vers la division créative et vers l’invention. Ce n’est qu’à partir de cette
perspective, connue dans la tradition du marxisme-léninisme à travers le
concept de “dépérissement de l’Etat,“ que nous pouvons comprendre le
développement des contradictions et les contradictions du développement du
projet yougoslave, c’est-à-dire toute une série de figures irréductibles que
s’unissent dans la construction d’Etat yougoslave. La Yougoslavie
représentait dans ce sens ce que Lénine appelle “un Etat qui est en même temps
déjà un non-Etat“.
— Dans cette
perspective, que signifie être yougoslave? Ce n’est-pas une simple
catégorie d’appartenance. La collectivité yougoslave implique avant tout les
gens qui s’opposaient à la politique qui s’attache avec acharnement aux attributs
– ceux de l’Etat, de la nation, de la religion, de la race, de la propriété, du
sexe. Il marque donc une catégorie de la pratique immanente de séparation. Les
Yougoslaves sont ceux dont l’énoncé “nous“ exprime la passion de
l’égalitarisme, la subjectivité de l’émancipation. La collectivité yougoslave
est une collectivité qui n’est pas identique à elle-même, une collectivité qui
est capable de pratiquer sa propre transformation.
— Le paradigme du projet
yougoslave est, donc, expérimental. Nous devons penser la collectivité
« Lutte de libération des peuples » en son aspect extrême comme une
forme politique qui est capable d’évoluer sans cesse, forme qui a la capacité
de se transformer elle-même conformément à sa propre tendance. La pratique de
la politique qui se mesure par rapport à l’innovation doit être une leçon de la
politique des partisans.
— Aujourd’hui, après les
guerres autour de la succession yougoslave, la situation post-yougoslave
est caractérisé par le même chaos « ethnique » qu’avant la Deuxième
guerre mondiale. La différence est subtile : le nouveau monarque, le
nouveau tyran -c’est le démocrate.2
— Il faut être clair
pourquoi il est nécessaire d’invoquer la continuité avec le projet Yougoslavie.
Penser et pratiquer la politique de l’impossible, la politique du dépassement
de l’état existant, dans une situation où, comme c’est le cas des partisans
yougoslaves l’adversaire est incomparablement plus nombreux et plus puissant
représente justement la continuité directe avec le projet émancipateur
Yougoslavie. Le geste des partisans yougoslaves doit nous servir aujourd’hui
d’inspiration pour que dans notre situation, situation qui est autant une
situation post-Yougoslave, “post-socialiste“ qu’une situation de la nouvelle
structuration des rapports du capital et des formations
juridico-politico-militaristes, nous pensions et nous pratiquions sa
impossibilité, la possibilité de l’émancipation pour tous.
collectif Belgrade- Ljubljana-- Zagreb-- Bruxelles--
Londres
22 .03. 2002
1. La thèse sur la
“Yougoslavie comme un Etat non parachevé” a été élaborée dans le livre du même
nom par Zoran Djindjic, figure politique en effet tragique d’une des
constructions post-Yougoslaves tragiques, Union de Serbie et du Monténégro. Il
est intéressant de noter à quel point cet élève d’Habermas avait laissé ses
traces même chez les philosophes de l’actuelle ”gauche” qui traitent, dans leur
analyses, le problème de la Yougoslavie. C’est ainsi, par exemple, qu’en dépit
de la radicalité politique auto-proclamée et de nombreuses références aux
concepts qui appartenaient autrefois au ”canon“ du Marxisme-Léninisme, Slavoj
Zizek ne dépasse pas le point de vue politique et idéologique défini en fait
par Djindjic, en observant le projet yougoslave à travers les concepts de la
pensée politique libérale. Zizek est complètement fidèle à la thèse sur le ”non
parachèvement de l’Etat” lorsque dans ses analyses des conflits qui entourent
le démantèlement de la Yougoslavie, il établit que l’ordre Titiste représente
en fait ”un système fédéral des (nations) -Etats souverains“ qui se
fondait sur un ”équilibre fragile”. Par ses arguments, Zizek ne quitte jamais
la logique de la nation-Etat ”moderne“ ou “bourgeois“, c’est-à-dire le concept
de la ”souveraineté“ qui est son fondement, et qui s’est avéré tellement
explosif dans les guerres post-Yougoslaves. Il s’agit en fait, dans ces notes
révisionnistes, de tentative d’imposer une forme politique qui est complètement
étrangère au projet Yougoslave, forme que ce projet dépasse effectivement.
2.
En fait, c’est dans l’idée de “normalité“ de l’Etat libéralo-démocratique,
c’est-à-dire dans la “légitimité” de son principe de souveraineté que nous
devons chercher les causes des conflits et des guerres post-Yougoslaves. Et
aussi, c’est la démocratie parlementaire qui impose aujourd’hui une série de
“possibilités“ particularistes, une série de limitations de la pensée et de la
pratique de la politique, qui nous parle du caractère irréaliste et de
l’impossibilité des projets émancipatoires et révolutionnaires.
Edicija Jugoslavija-
bolje izdati knjigu nego drugove!
http://www.edicijajugoslavija.net/
Un retour pur et simple au colonialisme…
Au passage, quand Georges Busch sera-t-il déféré, menottes aux poignets, devant la Cour pénale internationale de La Haye ?
Que s'est-il vraiment passé durant la "bataille
d'Abidjan" ? Pourquoi l'Elysée était prêt à tout pour chasser Laurent
Gbagbo du pouvoir ? Avec quels alliés africains Nicolas Sarkozy a-t-il mis en
place sa stratégie ? Qui sont réellement Dominique et Alassane Ouattara et de
quels soutiens politiques et financiers bénéficient-ils ? Pourquoi Laurent
Gabgbo est-il si détesté par les Européens ? Pourquoi le ministère de la
Défense français semble-t-il freîner l'enquête sur l'assassinat de 9 soldats
français en 2002 à Bouaké ? Que s'est-il passé dans l'affaire Guy-André Kieffer
? A l'aide de documents et de témoignages issus des services secrets et
militaires français, de l'Union Européenne, de l'ONU, ce livre est la première
enquête explosive sur les événements de Côte d'Ivoire.

Biographie de l'auteur
Charles ONANA est journaliste d'enquête, auteur
d'ouvrages de référence sur les conflits en Afrique et les questions
géopolitiques. Il a également fait un travail pionnier sur le rôle des
Africains durant la Seconde guerre mondiale et est l'auteur de plusieurs
biographies inédites sur des personnalités artistiques et intellectuelles du
monde noir.
Le livre est intitulé «Côte
d’Ivoire : le coup d’Etat». Il est écrit par le journaliste d’investigation
Charles Onana et préfacé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki.
Et il apparaît d’ores et déjà
comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y
sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers
inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de
ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d’ivoire : le coup d’Etat»
sera-t-il autorisé à la vente en Côte d’Ivoire ? Il faudrait pour cela que des
libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander… Le Nouveau
Courrier publie ici des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s’agit du
témoignage du président Laurent Gbagbo, qu’il a pu faire parvenir à
Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux
internationaux très haut placés. Ses accusations contre l’armée française,
qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou
les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d’une
conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa
chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu’il a à
dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En
effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu’une
éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait lourde de
conséquences pour la Côte d’Ivoire. A court, moyen et long terme.
Gbagbo raconte comment une
bombe a atterri dans sa bibliothèque
«Ce sont les soldats
français qui ont tout fait. Ils ont bombardé du 31 mars au 11 avril 2011.
Il y a eu des bombardements sporadiques avec largage des bombes. Le
ministre français de la Défense, Alain Juppé, avait manifesté le désir de
parler avec moi. Mon conseiller Désiré Tagro était venu me dire que cette
demande venait de monsieur Charles Millon, l’ancien ministre de la Défense du
gouvernement Juppé en 1995. En fait, monsieur Millon avait été à l’université
de Lyon avec moi. Tagro m’avait fait part de cette demande le 10 avril 2011 à
mon réveil matinal. J’étais sur le point d’aller prendre ma douche lorsque
Tagro m’a informé du souhait de monsieur Juppé. Quand j’ai fini de prendre ma
douche, j’ai retrouvé Tagro qui m’attendait le téléphone à l’oreille. Il était
encore en communication avec monsieur Millon. Soudain, une bombe explose sur le
toit de ma chambre. Millon demande alors à Tagro ce qui se passe. Tagro lui
répond qu’on est en train de vouloir tuer le président. Ceux qui ont largué
cette bombe ont tout détruit dans la pièce. J’avais une collection de livres
d’auteurs romains et grecs traduits en français que je conservais jalousement
depuis quarante ans, tous ont brûlé. Ma bibliothèque constituée depuis l’époque
où j’étais étudiant est partie en fumée en quelques minutes seulement.»
Gbagbo explique pourquoi il
a demandé à l’armée ivoirienne de ne plus se battre
«Le 10 avril 2011, notre
informateur au ministère de la Défense à Paris nous a dit que ce jour-là,
c’était 6+3. C’est-à-dire 6 hélicoptères plus 3 autres. Il faut savoir
qu’auparavant, c’était uniquement trois hélicoptères qui nous bombardaient. Les
snipers étaient également postés sur le toit de l’ambassadeur de France en Côte
d’Ivoire. Qui est mitoyen à ma résidence. Leur rôle essentiel était de
tirer sur les jeunes Ivoiriens qui manifestaient ou s’aventuraient à sortir à
proximité de ma résidence. Ainsi, lorsqu’on m’apprend que les chars français
sont à Cocody, le commandant des Forces spéciales, l’officier de frégate
Boniface Konan, me fait parvenir un message disant qu’il ne peut
plus combattre, car les soldats sont dispersés. Le message souligne que
les chars et les hélicoptères français ne cessent de tirer sur les soldats
ivoiriens. Le 10 avril, j’ai dit à Konan qu’il devait cesser les combats pour
ne pas faire tuer les soldats. Je ne pouvais accepter de voir mourir
inutilement les dignes fils de mon pays face à des gens qui voulaient
uniquement ma tête. J’ai demandé qu’on me laisse attendre sereinement le
dénouement à la Résidence. Les soldats voulaient me mettre à l’abri. Mais je
leur ai dit que je n’étais pas militaire mais chef de l’Etat. Ce qui
m’importait le plus, c’était leur sécurité et non pas la mienne devant le feu
français. A ce moment, Konan me dit la gorge serrée : «Monsieur le président,
les Français ont tout détruit».
Gbagbo : «Ce sont les soldats
français qui filmaient ma capture
«En fait, les Français ont
encerclé la résidence et au lieu d’achever leur mission, c’est-à-dire de venir
me prendre eux-mêmes, ils ont plutôt envoyé les rebelles me prendre. Je tiens
tout de même à préciser qu’ils ont envoyé les rebelles m’arrêter devant les
caméras. Toutes les images que vous avez reçues sont les images des soldats
français. Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture. Ils
tournaient avec des caméras à la résidence et à l’hôtel du Golf. Plus tard, ils
ont fait venir des journalistes français pour d’autres images de moi. Il n’y
avait pas de journalistes africains tournant les images au moment de mon
arrestation.»
La tentative de
«corruption» de l’administration Obama
«Un sous-secrétaire d’Etat
américain m’a téléphoné et m’a parlé pendant au moins une heure. Il me disait
que si je partais du pouvoir, je ne serais pas poursuivi, je pourrais m’exiler
avec soixante-quatre personnes de mon entourage et que tous seraient pris en
charge. Quant à moi, je serais logé, nourri et blanchi, j’aurais un travail et
des revenus équivalant à 2 millions de dollars, etc. Cette conversation ou
plutôt ce monologue était surréaliste.
Il y avait un tel décalage
entre ce que disait ce monsieur et la réalité que je vivais avec le peuple
ivoirien que son discours était indigeste. J’ai finalement raccroché, fatigué
de l’entendre pérorer sur les propositions qui m’attendaient si j’acceptais de
quitter le pouvoir. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’étrange dans
ce discours. Quel était le sujet ? A mon avis, c’était le résultat des
élections présidentielles. Ils ont tous prétendu que j’avais perdu les
élections présidentielles mais le Conseil constitutionnel de mon pays a dit le
contraire. J’ai demandé de recompter les voix, ils ont refusé. J’ai même
proposé une commission d’enquête indépendante internationale pour
examiner les faits. On a refusé. Pourtant, les données sont simples. S’il
est prouvé que j’ai perdu les élections, je m’incline sans autre forme de discussion.
Si j’ai gagné, je suis disposé à faire des concessions politiques pour créer un
climat d’apaisement et de paix dans tout le pays. Mais pourquoi s’obstine-t-on
à me faire des propositions absurdes ? Pourquoi cherche-t-on à me corrompre et
à me menacer si on est convaincu que j’ai perdu les élections ?
Peu après ce coup de téléphone
étrange, mes conseillers me disent qu’Hillary Clinton cherche à me joindre au
téléphone. Je refuse de prendre la communication car je suis convaincu que je
vais encore passer un moment à entendre à nouveau les mêmes propositions. Elle
m’a finalement adressé un message pour me proposer je ne sais quoi. Je n’ai
même pas ouvert l’enveloppe. Après Hillary Clinton, le président Obama m’a directement
appelé à son tour. Une fois de plus, j’ai refusé de prendre la communication.
Je ne voulais plus écouter ni entendre les discours ennuyeux et les propositions ubuesques
qu’ils infligeaient à mes oreilles.»
Pour l'universitaire
Michel Galy, l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara met en danger
l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire.
http://www.slateafrique.com/72221/mise-mort-de-luniversite-ivoirienne
Les malheurs de
l’université ivoirienne, en passe d’être détruite aujourd'hui, remontent
pourtant plus loin: comme pour l’ensemble du pays, la zone rebelle a servi,
depuis le coup d’Etat
manqué de 2002, de banc d’essai; l'université de Bouaké, dans le
fief de la rébellion ouattariste, a en effet été complètement pillée et rendue
à ce point inutilisable qu’étudiants et professeurs se sont retrouvés à
…Abidjan, squattant au début amphis et cours du campus de Cocody la nuit ou le
dimanche -puis se retrouvant dans de nouveaux locaux construits malgré la
guerre civile.
Une dégradation
progressive de l'université
Que faire d’autre
quand livres, bancs, équipements –jusqu’aux huisseries et métaux de
construction ont été volés, pillés ou incendiés? Cette libérianisation de
l’université ivoirienne a été appliquée à grande échelle pendant et après le coup d’Etat
franco-onusien d’avril 2011.
Tout se passe comme si
l'Université ivoirienne, ses professeurs et ses étudiants étaient devenus
l'ennemi collectif du nouveau régime; dans une déclaration faite à Lomé, Alassane
Ouattara ne vient-il pas d'annoncer la fermeture pour deux ans
des établissements publics ivoiriens d'enseignement supérieur! La Côte d'Ivoire, entre maîtres de
guerres et technocrates, sera-t-elle le seul pays au monde à avoir détruit sa
propre Université?
Le contraste est
patent avec le régime précédent qu'on a pu nommer (en référence malicieuse à la
III°république française), la «République des professeurs». De l'historien Laurent Gbagbo à l'économiste Aké
N'gbo Gilbert- tous deux en déportation sans inculpation ni jugement à Korhogo
et à Bouna, du philosophe Voho Sahi à l'historien Pierre Kipré- en exil quant à
eux à Accra, capitale du Ghana, tous ont exercé, revanche sur l'affairisme
houphouétiste et «l'idéologie du planteur», des responsabilités politiques; on
aura reconnu, dans l'ordre cité, le président et le premier ministre ivoirien,
le ministre de la Culture et l'ambassadeur de Côte d'ivoire en France.
Et certes,
contrairement aux calomnies, cette république des professeurs et des
chercheurs, bien qu'en butte à une rébellion armée aidée par la droite française
dans sa prise du pouvoir a bien été, par certains côtés, celle de
l'intelligence.
J’en voudrai pour
preuve ce formidable effort de réflexion national (et même panafricain) qu’a
été en 2010 la commémoration des 50 ans des Indépendance, pauvre indépendance
bafouée et humiliée lors du putsch sanglant de 2011! Ce qu'on pourrait nommer,
en termes heideggériens, l'auto-affirmation de l'université ivoirienne, s'est
notamment traduit par cinq colloques successifs, établissant l'état des lieux,
prospectant les futurs possibles, cherchant les voies d'une «seconde
indépendance».
Et si c'était cette
intelligence collective, critique et rebelle, mais en même temps porteuse des
luttes des Indépendances comme des révolutions africaines encore à venir, qu'on
a voulu, qu'on veut toujours anéantir?
La France, allié de
poids de Ouattara
Car du point de vue
géopolitique, un tournant était en cours,vers une pluralité d'acteurs,
notamment la Chine- ce qui n'était nullement exclusif avec une collaboration
franco ivoirienne soucieuse des intérêts communs et du respect de l’autre; y
a-t-il d’ailleurs des dirigeants plus francophones et francophiles par certains
côtés que ces professeurs ayant pour la plupart fait leurs études dans les
universités françaises, continuant à produire articles et ouvrages avec leurs
collègues français- ceux-là même qui les ont abandonnés, reniés et parfois insultés
quand ont commencé les temps mauvais de la délégitimation politique et des
campagnes médiatiques préalables?
Il y a bien eu, hélas
trahison des clercs et forfaiture médiatique! Il faudra bien, un jour, faire
l'inventaire des délateurs de la presse et des intellectuels organiques des
Services ou du sarkosysme, intoxicant l'opinion publique internationale, jusqu'au
monde intellectuel français qui connaissait pourtant les acteurs ivoiriens et,
pour certains, le pays...
Un pays laissé à
l'abandon
Le silence des
intellectuels, lorsque tombaient les bombes franco onusiennes sur la présidence
et la résidence, mais aussi campus et cités, CHU et camps militaires habités
par des familles entières, tuant des centaines de civils (dont nombre
d’étudiants engagés) semble, depuis avril, assourdissant.
A quoi bon disserter
sur les «guerres humanitaires» au Kosovo, en Irak et en Libye- demain en Syrie
ou en Iran, rappeler les immenses massacres du «Cameroun»sans voir que le même
modèle d'intervention a été mis en œuvre en Cote d'ivoire- et que quelque part
la mise à mort de l'université parachève les massacres?
L'écrivain espagnol Miguel de Unamuno, depuis son
université de Salamanque affirmait déjà qu’en entendant les franquistes louer
la mort et la fin de l'intelligence («Abajo la inteligencia!», A mort l'intelligence!,osait clamer le général Millan Astray) c'était bien,
au-delà du fascisme, le glas de toute civilisation qui se manifestait! Ses
paroles de 1936 ne sont-elles pas, encore, prophétiques -pour d’autres temps et
d’autres lieux:
«Vous vaincrez mais
vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance
de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader.
Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et
le droit dans votre combat».
Que dire des
institutions internationales en charge de la Culture, de l'Education ou de la langue?
Si des «organisations des droits de l’homme» se sont définitivement
discréditées par leur engagement partisan en Côte d’ivoire (cf. le dernier
rapport d'Human Rights Watch...),
si est patent l’honneur perdu de la Cour Pénale Internationale (CPI) dont Jean Ping, président de la commission de l'Union
Africaine, a publiquement dénoncé l'instrumentalisation et le
rôle de «néocolonialisme judiciaire» (le procureur Ocampo a récemment serré la
main, à Abidjan, de criminels de guerre notoires), on attend encore un
plaidoyer fort et des actions effectives de l'Unesco,Unicef ou Francophonie, en
faveur de l'université d'Abidjan.
Mais ne s'agit-il pas
en fait d'une punition collective contre un milieu intellectuel sudiste
largement favorable au président Laurent Gbagbo?
Un clivage Nord/Sud
de l'enseignement universitaire
Démontrant que le
régime Ouattara est plus fragile que sa propagande l'affirme, cette tentative
de mise à mort de l'université rencontre pourtant des résistances inattendues;
syndicats d’étudiants et de professeurs, partis politiques et journalistes qui
commencent à tisser des liens par delà les frontières.
Le régime, par le
biais d'une ministre dont l'incompétence, voire le semi analphabétisme provoque
des gorges chaudes à chaque intervention, a cru faire une concession majeure
ces jours ci; après l'annonce depuis Lomé de la fermeture universitaire et des
deux «années blanches», on a cru bon d’en excepter l’université de Bouaké et de
Korhogo: en somme les ex-rebelles à Abidjan, et les étudiants sudistes en
ré-éducation au Nord ?
Il est plus probable
que si elle était maintenue, cette surprenante décision se traduirait par une
partition de fait du système éducatif, régionalisation et ethnicisation
provoquant une «université dioula» (une langue très parlée dans la région) au
Nord et … l’absence de tout enseignement supérieur au Sud!! Double peine pour
une capitale qui a voté à 54% pour le candidat Gbagbo, toutes ethnies
confondues…
Politique éducative au
fond suicidaire pour le régime: exclus par les droits d’inscription d’une
université désormais privatisée, que feraient les centaines de milliers
d’étudiants désespérés et paupérisés, sans autre issue que la lutte politique
et le combat de rue?
Le régime Ouattara qui
ferme sa seule université alors qu’il se targuait d’en construire «une par
an» s’est lancé dans un projet
aussi symbolique que caricatural: enfermer d’un mur d’enceinte le campus de
Cocody- plutôt que de le réhabiliter; à grand frais ce «mur de Berlin» (déjà
«mur de la honte» pour la débordante inventivité langagière d’Abidjan) pourra
peut être ceinturer l’immense espace universitaire, peut être le cacher aux
nouveaux maîtres; on doute qu'il enferme qui que ce soit, notamment les
étudiants et la turbulente jeunesse abidjanaise. Quant à enfermer intelligence
universitaire et esprit critique, mur ou pas mur, la tâche semble tout
simplement impossible…
Michel Galy
Éditorial du
Monde d’une incroyable impudence
coloniale : « La Chine, les
Etats-Unis, l'Europe ont besoin des trésors que recèle le sous-sol du pays ;
elles ne peuvent se désintéresser de ce qui s'y passe en surface. »
Situation où l’on vérifie de plus que les élections sèment ici la guerre, non la paix, et que c’est bien cela qui intéresse d’ailleurs les puissances coloniales, expertes à tirer parti de la parlementarisation des conflits.
La République démocratique du
Congo (RDC, le "Congo-Kinshasa"), deuxième plus vaste pays d'Afrique,
l'un des plus peuplés et des plus misérables, est, une fois de plus, au bord de
la guerre civile.
Cette situation ne devrait
laisser personne indifférent : ni l'ONU, ni les grandes puissances qui
prétendent s'intéresser à l'Afrique, et encore moins les multinationales de
tous bords qui exploitent les immenses ressources minières de la RDC.
C'est un pays déjà saigné par des
années de conflits civils et régionaux (1998-2002), qui ont provoqué des
centaines de milliers de morts. Immense - quatre fois la France -, il est à
peine contrôlé par le pouvoir central et il est parcouru de bandes armées qui
pillent, violent et tuent. La perspective d'un regain de guerre civile y est
encore plus cauchemardesque qu'ailleurs.
Mais nombre d'observateurs sur
place ne l'excluent pas au lendemain d'élections présidentielle et législatives
qui se sont tenues dans le chaos. Elles ont eu lieu lundi 28 novembre. Le
résultat de la première - un scrutin à un tour - devrait être connu le 6
décembre ; celui des secondes, en janvier. Les opérations de vote ont été
marquées par la confusion, la fraude et la violence. Sur les dix candidats qui
s'opposaient au président sortant, Joseph Kabila, quatre parmi les plus
importants ont déjà demandé l'annulation du scrutin. Dans un pays où tout homme
politique qui se respecte dispose d'une petite armée privée, ce n'est pas là
affaire de simple contestation politico-juridique.
Tous les regards se tournent
vers le mystérieux Joseph Kabila (40 ans). Le président congolais est un
taiseux, aux apparitions rares, un jeune homme au destin pour le moins
inattendu. Son camp est soupçonné de manipuler la commission de contrôle des
élections. Joseph Kabila été propulsé au pouvoir - on n'ose dire à la tête de
l'Etat, tant celui-ci est en miettes - à 30 ans, en 2001. C'était après
l'assassinat de son père, Laurent-Désiré, qui avait fait tomber, en 1997, le
vieux dictateur Mobutu Sese Seko. Joseph a "légitimé" sa présence à
la présidence lors d'un précédent scrutin en 2006, déjà contesté et déjà marqué
par la violence. Il entend rester en place et accomplir un nouveau mandat. Son
bilan est pourtant des plus maigres. Le pays est ravagé par la corruption et
sous-administré. Le sous-sol regorge de richesses géologiques : or,
diamants, cobalt, cuivre, uranium, coltan, pétrole. Mais l'écrasante
majorité des quelque 68 millions de Congolais vit dans la misère : l'espérance
de vie est de moins de 55 ans, le revenu de 1,25 dollar par jour.
La faiblesse et la corruption
de l'administration centrale expliquent la malédiction de la RDC : elle est incapable
d'organiser l'exploitation de ses ressources. Pays voisins et
multinationales minières s'y comportent souvent en prédateurs.
La Chine, les Etats-Unis,
l'Europe ont besoin des trésors que recèle le sous-sol du pays ; elles ne
peuvent se désintéresser de ce qui s'y passe en surface.
Apparemment, le LEAP a correctement appréhendé ce qui allait se passer. Pas de raison donc de ne pas prendre au sérieux leur dernier diagnostic. Comme d’habitude, il est décapant !
En résumé, en 2012 la crise devrait commencer de frapper plus directement les États-Unis – là encore, ce qui s’y est passé (qui n’est nullement négligeable et a déclenché les mouvements que l’on sait) n’est aucunement à hauteur de ce qui devrait s’y passer dans les années qui viennent – et le $ commencer son plongeon.
Et par ailleurs, il ne faut pas oublier le volet militaire de tout cela, donc l’incapacité des États-Unis de tenir durablement leurs dépenses militaires (le rapport prévoit une désolidarisation de « l’Occident » : États-Unis-GB/Europe continentale…]
Par comparaison avec ce qui va arriver de ce côté, les péripéties de la Grèce ne sembleront qu’un timide prélude…
La description de la situation de la Grande-Bretagne est on ne plus alarmante, profilant même la possibilité d’un éclatement du pays ! [On va rigoler pendant les JO de Londres !]
Par contraste, la situation de l’Europe continentale apparaît sur long terme comme la moins mauvaise…
http://www.leap2020.eu/Francais_r26.html
Crise systémique globale
: 30.000 milliards USD d'actifs fantômes vont disparaître d'ici début 2013
Nous arrivons vers la fin du second semestre 2011 et
15.000 milliards d'actifs-fantômes se sont bien envolés en fumée depuis Juillet
dernier comme anticipé par LEAP/E2020 (GEAB N°56 ). Et, selon notre
équipe, ce processus va se poursuivre au même rythme tout au long de l'année en
venir. Nous estimons en effet que, avec la mise en place de la décote de 50%
sur les dettes publiques grecques, la crise systémique globale entre dans une
nouvelle phase : celle de la décote généralisée des dettes publiques
occidentales et de son corollaire, la fragmentation du marché financier
mondial. Notre équipe considère que 2012 va voir une décote moyenne de 30% de
l'ensemble des dettes publiques occidentales (1) auquel s'ajoutera un montant
équivalent de disparition d'actifs des bilans des établissements financiers
mondiaux. Concrètement, LEAP/E2020 anticipe donc la disparition de 30.000
milliards d'actifs-fantômes d'ici le début 2013 (2) et l'accélération
courant 2012 du processus de partition du marché financier mondial (3) en trois
grandes zones monétaires de plus en plus déconnectées : Dollar, Euro, Yuan.
Ces deux phénomènes se nourrissent l'un l'autre. Ils vont notamment être à
l'origine de la baisse de 30% de la devise US en 2012 (4), comme nous
l'avons annoncé en Avril dernier (GEAB N°54 ), sur fond de forte
réduction de la demande de Dollars US et d'aggravation de la crise de dette
publique US. La fin 2011 va donc voir, comme prévu, le détonateur des dettes
publiques européennes déclencher l'explosion de la bombe US.
Dans ce GEAB N°59 nous analysons donc en détail cette
nouvelle phase de la crise ainsi que la prochaine aggravation de la crise de
dette US. Par ailleurs, nous commençons à présenter, comme annoncé dans les
GEAB précédents, nos anticipations sur l'avenir des Etats-Unis pour la période
2012-2016 (5) en commençant par un aspect fondamental des relations
euro-américaines (et plus généralement du monde tel qu'on le connaît depuis
1945), à savoir la relation militaire stratégique USA-Europe : nous estimons
qu'en 2017 le dernier soldat US aura quitté le sol de l'Europe continentale.
Enfin, LEAP/E2020 présente ses recommandations ; ce mois-ci : devises, or,
retraites par capitalisation, secteur financier, matières premières.
Dans ce communiqué public nous avons choisi de
présenter les éléments qui déterminent la prochaine aggravation de la crise
de la dette US, tout en faisant le point sur les conséquences du sommet
européen de la fin Octobre et du sommet du G20 de Cannes.
Comme anticipé par LEAP/2020 depuis plusieurs mois, le
sommet du G20 de Cannes s'est révélé être un échec flagrant puisqu'il n'a
accouché d'absolument aucune mesure significative, se révélant incapable d'aborder
les questions du changement de système monétaire international, de la relance
de l'économie mondiale et de la réforme de la gouvernance globale. Si la
question grecque a pris une telle place au cours de ce sommet, c'est notamment
parce que ce dernier n'avait aucun contenu. George Papandreou a ainsi permis aux
dirigeants du G20 de « faire comme si » la Grèce avait perturbé leurs travaux
(6) alors que, en fait, elle leur a permis de cacher en partie leur
impuissance à définir le moindre agenda commun. Parallèlement, les décisions
du sommet européen de la semaine précédant le G20 illustrent désormais de
manière officielle l'émergence de l'Euroland (doté notamment de deux sommets
spécifiques chaque année (7)) et affirment de facto sa primauté décisionnelle
au sein de l'UE (8). La pression de la crise a également permis en quelques
jours de renforcer les capacités politiques de l'Euroland à progresser sur le
chemin d'une intégration accrue (9), préalable à toute évolution positive vers
le monde d'après la crise (10).
Ainsi un gouvernement d'unité nationale s'est enfin
mis en place en Grèce (11), où il faut littéralement construire un Etat moderne
doté d'un cadastre, d'une administration efficace et permettant aux Grecs
d'être des citoyens « normaux » de l'Euroland et non pas des sujets d'un
système féodal où grandes familles et église se partage la richesse et le
pouvoir. Trente ans après son intégration sans conditions dans la Communauté
européenne, la Grèce va devoir passer par une phase de transition de cinq à dix
ans comme l'ont connue les pays d'Europe centrale et orientale avant leur
accession à l'UE : douloureux, mais inévitable.
Ainsi, l'Italie est enfin parvenu à se débarrasser
d'un leader typique du monde d'avant la crise caractérisé par son « bling-bling
», son affairisme, son rapport sans scrupules à l'argent, son autosatisfaction
tout aussi récurrente qu'infondée, sa main-mise médiatique, son eurocriticisme
récurrent et son nationalisme de pacotille (12), et bien entendu sa libido
débordante. Les scènes de joie dans les rues italiennes montrent qu'il n'y a
pas que du mauvais dans la crise systémique globale ! Comme nous l'indiquions
dans le GEAB précédent, nous considérons même que 2012 sera pour l'Euroland
l'année de transition permettant d'entamer la construction du monde d'après …
et non pas seulement de subir la déconfiture du monde d'avant la crise.
Ainsi le Royaume-Uni est tout simplement
définitivement « mis à la porte » des réunions de l'Euroland (13). Et les autres
pays membres de l'UE hors zone Euro se sont à nouveau regroupés derrière
l'Euroland en refusant de soutenir la proposition britannique d'un droit de
véto des 27 sur les décisions de l'Euroland. La dérive du Royaume-Uni
connaît donc un coup d'accélérateur illustré par les tentatives accrues des
Eurosceptiques britanniques (qui sont généralement les fantassins de la City
(14)) pour tenter de couper au plus vite le maximum de liens avec l'Europe
continentale (15). Loin d'être une preuve du succès de leur politique, c'est
au contraire un aveu d'échec complet (16) : après vingt ans de tentatives
ininterrompues, ils n'ont pas réussi à briser le processus d'intégration
européenne qui reprend de plus belle sous la pression de la crise. Ils tentent
donc de « larguer les amarres » par crainte (fondée d'ailleurs (17)) de voir le
Royaume-Uni obligé de se fondre dans l'Euroland d'ici la fin de cette décennie
(18).
Sur le fond, c'est une fuite en avant désespérée qui,
comme le souligne Will Hutton dans un article remarquable de lucidité paru dans
le Guardian du 30/10/2011, ne
peut conduire le Royaume-Uni qu'à l'éclatement avec une Ecosse qui veut
revendiquer non seulement son indépendance (19) mais également son ancrage européen,
et à une situation socio-économique de marché financier off-shore sans
protection sociale (20) ni base industrielle (21) : en résumé, un
Royaume-Désuni à la dérive (22) !
Et l'allié américain étant dans un état aussi
désespéré, la dérive peut s'éterniser pour le plus grand malheur du peuple britannique
qui se montre de plus en plus agressif avec la City. Même les anciens
combattants commencent à rejoindre le mouvement Occupy the City (23) :
visiblement, sur ce point, il y a une étonnante convergence de points de vue
entre l'Euroland et le peuple britannique !
Pour se consoler, les financiers britanniques pourront
se dire qu'ils détiennent la plus grande proportion d'actifs publics japonais
hors Japon … mais au moment où le FMI met en garde de plus en plus fermement le
Japon sur le risque systémique de sa dette publique qui dépasse les 200% du PIB
(24), est-ce bien une consolation ?
Puisque nous parlons d'endettement public, il est
temps de revenir aux Etats-Unis. Les toutes prochaines semaines vont en effet
rappeler au monde que c'est bien ce pays, et non pas la Grèce, qui est
l'épicentre de la crise systémique globale. Dans une semaine, le 23
Novembre, la « supercommission » du Congrès en charge de réduire le déficit
fédéral US devra avouer son échec à trouver les 1.500 Milliards USD d'économies
sur dix ans. Chaque parti affûte déjà ses arguments pour faire porter la faute
de l'échec sur l'autre camp (25). Quand à Barack Obama, en-dehors de ses
minauderies télévisées avec Nicolas Sarkozy, il contemple passivement la
situation tout en constatant que le Congrès a mis en pièce son grand projet de
plan pour l'emploi présenté en fanfare il y a à peine deux mois (26). Et ce
n'est pas l'annonce complètement irréaliste d'une nouvelle union douanière du
Pacifique (sans la Chine) (27) à la veille d'un sommet de l'APEC où Chinois et
Américains s'affrontent de plus en plus durement, qui va renforcer sa stature
de chef d'Etat et encore moins ses chances de réélection.
Cet échec prévisible de la « supercommission », qui ne
fait que refléter la paralysie totale du système politique fédéral américain,
va avoir des conséquences immédiates et très lourdes : une nouvelle série de
dégradation de la note de crédit des Etats-Unis. L'agence chinoise Dagon a
ouvert le feu en confirmant qu'elle allait à nouveau baisser cette note en cas
d'échec de la « supercommission » (28). S&P va probablement faire baisser
encore d'un cran la note US et Moody's et Fitch n'auront plus d'autres choix
que de se mettre au diapason puisqu'elles avaient donné un répit jusqu'à la fin
de l'année sous condition de résultats en matière de réduction du déficit
public. Au passage, pour essayer de diluer l'information négative pour les
Etats-Unis, il est fort probable qu'il y aura une tentative de relancer la
crise de l'endettement public dans la zone Euro (29) en abaissant la note de la
France pour affaiblir le Fonds Européen de Stabilisation Financière (30).
Tout cela prépare une fin d'année très mouvementée
sur les marchés financiers et monétaires et va entraîner des chocs violents dans
les systèmes bancaires occidentaux et, au-delà, pour tous ceux qui sont
détenteurs de Bons du Trésor US. Mais au-delà de l'échec de la «
supercommission » à réduire le déficit fédéral, c'est toute la pyramide de
l'endettement US qui va être à nouveau auscultée, dans un contexte de récession
mondiale et bien entendue américaine : chute des recettes fiscales, poursuite
de l'augmentation du nombre de chômeurs et en particulier des chômeurs qui ne
reçoivent plus d'indemnités (31), poursuite de la chute des prix de l'immobilier,
…
Gardons à l'esprit que la situation de
l'endettement privé US est nettement pire que celle de la Grèce ! Et que dans
ce contexte, nous sommes à un doigt de la panique générale à propos de la
capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette autrement qu'avec des Dollars
dévalués. Cette fin 2011 va donc conduire nombre de détenteurs de la dette
américaine à se poser sérieusement la question de cette capacité et du moment
où elle sera soudainement mise en doute par les opérateurs (32).
Que peuvent proposer les Etats-Unis après un échec de
la supercommission ? Pas grand-chose en fait, surtout en année électorale.
D'une part car elle a été créée parce que le reste ne fonctionnait pas ;
d'autre part car la question n'est pas tant le montant que l'aptitude à
entreprendre une réduction significative dans la durée. Et l'échec de la «
supercommission » sera justement perçu comme l'incapacité des Etats-Unis à
affronter le problème du déficit.
Pour ce qui est du montant, un rapide calcul envoyé
par un des lecteurs américains du GEAB permet de constater à quel point les
« efforts » de réduction budgétaire envisagés actuellement sont ridicules par
rapport aux besoins:
Si l'on considère le budget fédéral des Etats-Unis
comme celui d'un ménage, les choses s'éclairent. Il suffit d'enlever 8 zéros
pour avoir un budget qui signifie quelque chose pour chaque citoyen :
Revenu familial annuel (impôts sur le revenu) : +
21 700
Dépenses familiales (budget fédéral) : + 38 200
Nouvelles dettes sur la carte de crédit (dette
nouvelle) : + 16 500
Bilan des dettes passées sur la carte de crédit
(dette fédérale) : + 142 710
Réductions budgétaires déjà réalisées : - 385
Objectif de réduction budgétaire de la
super-commission (pour une année) : - 1 500
Comme on peut facilement le constater, la «
supercommission » (tout comme le Congrès dans son ensemble en Août dernier) ne
parvient même pas à s'entendre pour réduire de 10% …. l'augmentation annuelle
de la dette fédérale. Car il s'agit bien de cela : contrairement à l'Europe
qui, en quelques mois, invente de nouveaux mécanismes et réduit très fortement
ses dépenses et son endettement futur (33), les Etats-Unis continuent à
s'enfoncer à pleine vitesse dans un endettement croissant. D'ailleurs, pour
le semestre à venir, Washington prévoit d'émettre 846 Milliards USD de Bons du
Trésor, soit 35% de plus que l'année dernière à la même époque (34).
On a vu avec la faillite du fonds d'investissement MF Global
comment les maîtres de Wall Street pouvaient s'effondrer d'un seul coup du fait
de leurs erreurs de stratégie sur l'évolution des dettes publiques européennes.
Jon
Corzine n'est pas Bernard Madoff. En terme de sens
moral, il doit certes en être proche mais, pour le reste, rien de comparable.
Madoff était un franc-tireur de Wall Street alors que Corzine c'est la grande
aristocratie : ancien PDG de Goldman Sachs, ancien gouverneur du New Jersey,
principal donateur de la campagne Obama pour 2012, pressenti pour remplacer Tim
Geithner au poste du Secrétaire d'Etat au Trésor en Août dernier (35), … et de
facto l'un des « créateurs » d'Obama en 2004 (36). On touche ici au cœur de la
relation incestueuse Wall Street/Washington que dénonce désormais une majorité
d'Américains (37).
Ainsi en Août encore il apparaissait comme un «
intouchable » au sommet de Wall Street ; et pourtant il s'est trompé entièrement
sur l'évolution des événements. Il a cru que le monde d'avant continuait et
que, comme « toujours », les créanciers privés seraient remboursés « rubis sur
l'ongle ». Résultat : des pertes énormes et une faillite qui fait perdre
beaucoup d'argent à ses clients et met 1.600 employés à la rue (38).
Nous avons annoncé dans le GEAB précédent que nous
entrions dans la phase de décimation des banques occidentales. Cette phase
a donc bien débuté et les clients de l'ensemble des opérateurs financiers
(banques, assurances, fonds d'investissements, fonds de pension (39)) doivent
dorénavant se poser des questions sur la solidité de ces institutions. Et comme
le montre le cas Corzine, ils ne doivent surtout pas supposer que parce que ces
institutions ou leurs dirigeants sont connus et dotés d'une solide réputation,
elles sont a priori plus solides que les autres (40). Ce n'est pas la bonne
connaissance des règles du jeu financier d'hier (qui a fait leur réputation)
qui compte désormais, c'est l'aptitude à comprendre que les règles du jeu ont
changé qui est devenue déterminante.
---------
Notes:
(1) Qui
se montent à plus de 45.000 milliards USD en 2010 pour les seuls Etats-Unis,
Japon, Royaume-Uni et Euroland.
(2) Plus
la crise s'aggrave, plus la quantité d'actifs-fantômes augmente. Ce processus
continuera jusqu'à ce qu'on retrouve un ratio actifs financiers/actifs réels
compatibles avec un fonctionnement socio-économique soutenable, probablement
autour des ratios des années 1950/1970.
(3) Enclenché
avec la crise de la dette grecque qui se traduit notamment par un dégagement
rapide du système financier de l'Euroland hors du Dollar. Le fait que ce
processus ait été initié à l'origine par Wall Street et la City pour « casser »
la zone Euro ne fait qu'illustrer à nouveau d'une part l'ironie de l'Histoire ;
et d'autre part le fait que lorsqu'une époque se termine, toutes les actions
des acteurs du monde qui disparaît se retournent in fine contre eux.
(4) Même
le Financial Times reconnaît désormais que le Dollar US est devenu plus fragile
que l'Euro. Source : FT,
04/11/2011
(5) Nos
anticipations sur l'UE et l'Euroland feront parties d'une prochaine livraison
du GEAB.
(6) La
seule chose qui a été perturbée sérieusement par la Grèce c'est le plan de
communication du président français Nicolas Sarkozy qui comptait faire des
sommets européens et du G20 un double tremplin pour tenter de regagner de la
crédibilité auprès des Français. Or, en la matière, ce fut un double échec :
loin d'avoir réglé la crise grecque comme il l'avait annoncé à la télévision,
elle lui a explosé à nouveau à la figure à la veille du G20 ; quant au G20, un
résultat nul donne la note de son organisateur : zéro ! LEAP/E2020 profite de
cette occasion pour confirmer son anticipation du 15 Novembre 2010 (GEAB N°49 )
et maintient que le candidat de l'UMP (Sarkozy ou un autre) ne sera pas au
second tour de l'élection présidentielle française de 2012 qui se jouera donc
entre le candidat du PS, François Hollande, et la candidate du Front National,
Marine Le Pen.
(7) Et
on ne peut que constater que ce sont des décideurs du niveau européen (Mario Monti,
ancien Commissaire européen, en Italie et Lucas Papademos,
ancien vice-président de la BCE, en Grèce) qui, en Grèce comme en Italie,
prennent les rênes du pouvoir consacrant là aussi l'intégration accélérée de la
zone Euro y compris au niveau politique. Cette situation va d'ailleurs
renforcer l'urgence de réformes institutionnelles démocratiques pour la gouvernance
de l'Euroland car les peuples n'accepteront pas plus d'une année encore une
telle évolution dont ils ne sont que les spectateurs. Il faut noter que la
plupart des citoyens allemands, français, italiens, espagnols, … n'ont pas
trouvé du tout aberrante la proposition de référendum grec sur les mesures
anti-crises, contrairement à leurs dirigeants. Sans s'en rendre compte George
Papandreou a probablement fortement stimulé l'exigence d'un futur référendum
trans-Euroland sur la gouvernance de la zone Euro d'ici 2014/2015. Voir à ce
sujet l'article de Franck Biancheri publié le 06/10/2011 sur le Forum Anticipolis.
(8) Le
Royaume-Uni en fait directement les frais (nous y revenons dans ce GEAB) qui
voit sa marginalisation confirmée et renforcée : il a perdu toute capacité
d'influence sur l'Euroland. D'ailleurs, signe des temps, Nicolas Sarkozy s'est
permis de violemment rabrouer David Cameron en lui disant que les dirigeants de
la zone Euro en avaient assez de l'entendre donner ses conseils pour la bonne
gestion de l'Euro alors qu'il est fondamentalement contre la devise européenne.
Nicolas Sarkozy n'étant fort qu'avec les faibles, l'indice de « force » de
Cameron est donc tombé bien bas ! Source : AlJazeera,
24/10/2011
(9) Source
: Business Week,
14/11/2011
(10) Cela ne
signifie en rien que LEAP/E2020 considère que la situation est bonne dans
l'Euroland car l'ensemble de l'UE est en fait déjà entré en récession (comme
les USA d'ailleurs), car le défi du désendettement public reste ouvert même si
les outils se multiplient pour traiter le problème (y compris de nouvelles
décotes de dettes publiques) et car la colère populaire (comme ailleurs dans le
reste du monde) est en train de s'amplifier en tout cas dans les pays où aucune
alternative politique crédible ne paraît possible. Sources : Le Monde,
17/10/2011 ; Libération,
18/10/2011 ; La Tribune,
07/11/2011 ; ANSA,
08/11/2011 ; Spiegel,
11/11/2011 ; Les Affaires,
10/11/2011
(11) Une première
historique. Source : Spiegel,
07/11/2011
(12) Les deux
tendances vont généralement ensemble chez les leaders politiques : leur
euroscepticisme est la plupart du temps un habillage idéologique d'une réalité
bien terre-à-terre : leur volonté de continuer à utiliser leur pouvoir comme
bon leur semble dans leur pays. De Vaclav Klaus en République Tchèque aux
Eurosceptiques conservateurs au Royaume-Uni en passant par l'eurocriticisme
récurrent berlusconien et les élites eurosceptiques suédoises, un grand point
commun : laissez-nous faire ce qu'on veut dans notre pays et ne venez pas
perturber nos citoyens avec des idées venues d'ailleurs. Pour faire passer la
chose devant leur opinion publique, il suffit de changer le « nous » majestueux
par un « nous » collectif, et on fait croire au peuple que c'est son propre
pouvoir que l'intégration européenne remet en cause ! Et ça fonctionne bien en
général : regardons actuellement le nombre de citoyens qui à juste titre
s'indignent de l'absence de débat démocratique sur les mécanismes financiers
mis en place au niveau de l'Euroland pour gérer la crise et qui crient haro sur
l'Europe derrière les leaders eurosceptiques de leur pays … alors qu'ils n'ont
aucune idée de comment fonctionnent ces mêmes mécanismes dans leur propre pays.
Prenons l'exemple de la France où ceux qui dénoncent la main-mise des banques
privées sur le processus d'endettement des Etats depuis le Traité de
Maastricht, ignorent que c'était déjà le cas en France depuis 1973 !
(13) Source : Spiegel,
31/10/2011
(14) Une « City »
que David Cameron décrit comme assiégée par l'Euroland. Au passage, cette
déclaration du premier ministre britannique confirme qu'il y a donc bien une
guerre entre la City et l'Euro contrairement à ce que disent les médias
anglo-saxons. Source : Telegraph,
28/10/2011
(15) Source : Telegraph,
28/10/2011
(16) Source : Guardian,
23/10/2011
(17) Selon
LEAP/E2020, l'échec programmé du « British Sonderweg »
entraînera d'ici 2020 l'Angleterre à suivre les chemins de l'Ecosse et du Pays
de Galles qui eux refuseront de suivre ce « chemin qui ne mène nulle part » …
même pas en Amérique ! D'ailleurs, même dans un média eurosceptique comme le
Telegraph, où la qualité des analyses parvient à contrebalancer assez souvent
l'idéologie, on est bien obligé de constater qu'en cas d'échec de l'Euroland,
le Royaume-Uni sera emporté dans une crise encore plus grave que celle qu'il
connaît aujourd'hui. Source : Telegraph,
09/11/2011
(18) Cette
hystérie britannique devant l'intégration de l'Euroland (appelée outre-Manche «
la crise de l'Euro ») s'illustre par des fantasmes délirants publiés dans la
presse grand-public, mêlant nostalgie de la victoire de 1945 avec un sentiment
de vulnérabilité sans précédent de la Grande-Bretagne. L'axe franco-allemand
devenant une machine de guerre anti-britannique. Dans le genre, l'article
publié le 31/10/2011 dans le Daily Mail est
un « must » ! Et même le Telegraph ne
peut résister qui titre le 22/10/2011 sur le « nouvel empire européen ».
(19) L'ancien
chef de l'armée britannique en est même désormais à ouvrir le débat sur le
potentiel des futures forces armées écossaises dans la perspective du
référendum sur l'indépendance prévu d'ici 2 à 3 ans. Source : GoogleNews,
18/10/2011
(20) Et avec un
chômage massif et une jeunesse abandonnée à elle-même sans éducation, travail
ni perspective d'avenir. Sources : Guardian,
14/11/2011 ; Telegraph,
14/11/2011
(21) Source : Telegraph,
01/11/2011
(22) Qui continue
d'ailleurs à décliner rapidement au hit-parade des économies les plus
importantes de la planète. Le Brésil est en passe de dépasser le Royaume-Uni
cette année. Et la crise financière s'aggravant, le déclin de la City va
réduire très fortement la taille de l'économie britannique qui dépend tellement
de ce centre financier mondial. Source : Telegraph,
31/10/2011
(23) Source : Guardian,
12/11/2011
(24) Pour
mémoire, l'endettement public de l'Italie est seulement égal à 120% de son PIB.
Source : Ahram,
12/11/2011
(25) Source : New York Times,
08/11/2011
(26) Source : Newsdaily,
03/11/2011
(27) Outre
l'absence de la Chine d'un tel projet, l'annonce se fonde sur une déclaration
d'intention sans aucune base détaillée, renvoyant les aspects concrets à plus
tard. Mais c'est « promis, juré » : dans un an, il y aura cette union
douanière. Les scénarios des films hollywoodiens sont souvent peu réalistes,
mais là on touche au conte de fée !
(28) Source : Guardian,
12/11/2011
(29) Même les
voix les plus modérées, comme Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité
française des Marchés Financiers, reconnaissent désormais qu'il y a bien la
guerre entre le Dollar et l'Euro. Source : JDD,
12/11/2011
(30) Cela aura
pour conséquence, par ordre d'importance croissante, de réduire encore plus les
perspectives électorales pour Nicolas Sakozy, d'accélérer l'intégration
financière et fiscale de l'Euroland et de faire avancer l'idée d'un grand
emprunt public eurolandais pour se dégager, une fois pour toutes, des marchés
financiers anglo-saxons. Cette dernière option sera, selon notre équipe, mise
en place d'ici le premier semestre 2013. Nous en détaillerons la nature dans un
prochain numéro de GEAB.
(31) Leur sortie
du système de chômage aide à faire croire à une embellie sur ce front. Nous ne
reviendrons pas sur la « fiabilité » des statistiques US du chômage puisque
nous l'avons déjà amplement fait dans plusieurs GEAB. Deux faits s'imposent :
l'année dernière à la même époque 75% des chômeurs étaient indemnisés contre
seulement 48% aujourd'hui ; et plus de 26 millions d'Américains entrent
désormais dans la catégorie des personnes sous-employées (un record
historique). Sources : CNBC, 05/11/2011
; Business Insider,
20/10/2011
(32) Ces
phénomènes sont toujours soudains car essentiellement psychologiques.
(33) Sauf en
France où Nicolas Sarkozy, avec son premier ministre François Fillon, continue
à dégrader les finances publiques, en multipliant les « mesurettes » sans
efficacité de long terme dans l'espoir de servir sa réélection. Il y a du
Berlusconi chez cet homme-là ! La Commission européenne a d'ailleurs tiré la
sonnette d'alarme à ce sujet.
(34) C'est trois
fois la totalité des dettes publiques de la Grèce avant décote ! Source : ZeroHedge,
01/11/2011
(35) Source : New American,
05/08/2011
(36) Un autre
point commun entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy, ces deux représentants du
monde d'avant la crise : leur intimité avec le secteur financier. Sources : Le Monde,
22/10/2011 ; Minyanville,
04/11/2011
(37) Et cette
faillite montre que tout continue à se passer à Wall Street comme avant 2008,
malgré les soi-disant mesures de contrôle du secteur financier adoptés par les
autorités US. Cette affaire va avoir un impact politique profond sur le contexte
électoral 2012 aux Etats-Unis. Sources : CNBC,
01/11/2011, USAToday,
18/10/2011
(38) Source : FINS,
11/11/2011
(39) Par exemple,
ABP, le
plus important fonds de pension des Pays-Bas, va devoir réduire ses versements
aux retraités du fait des pertes de ces derniers mois. C'est une conséquence
très concrète de la disparition des « actifs-fantômes ».
(40)
On constate d'ailleurs une inquiétude croissante chez
les investisseurs des sociétés financières de New York et Londres. Source : Huffington Post,
12/11/2011
(Rubrique
anti-islamophobie)
Un hadith (ou logion) de Muhammad :
La langue
arabe n’est, pour chacun de vous, ni un père ni une mère : celui qui parle arabe est Arabe.
![]()

Cela peut
arriver à n’importe qui. N’importe qui peut être saisi par un événement
politique, n’importe qui peut être saisi par l’amour. Quand nous sommes engagés
dans une procédure de vérité, nous sommes saisis par elle et nous observons la maxime
de fidélité à cette procédure. Il n’y a pas d’autre impératif éthique que «
Persévérez ! Persévérez dans votre fidélité ! »
Je soutiens la formule de la fidélité comme
« discipline à l’indiscipline de l’événement ». Je crois avoir montré que la fidélité est une
errance, un trajet sans concept, ou encore — Mallarmé — « le hasard vaincu mot
par mot ».
Finalement,
il s’agit de répondre à une question intimidante : que vaut notre temps ? Car il ne vaut, philosophiquement,
que par les quelques vérités qu’il prodigue. Nietzsche a raison : ce qui vaut
d’une époque est ce qui supporte l’idée d’un retour éternel. La philosophie
anticipe ce retour, en saisissant à leur naissance les vérités, en les tournant
vers leur intemporel destin.
Ce livre est
le premier volume d’une série qui rassemblera l’intégralité des entretiens
donnés par Alain Badiou, des années quatre-vingt à aujourd’hui.
Traduit de l'anglais par Isabelle Vodoz - 272 pages, 22 euros

SAMEDI 10 décembre 2011.
Grand Varia
Joseph Brodsky, figure de
la résistance poétique, a été condamné aux travaux forcés
pour «parasitisme social » en URSS, puis contraint à l’exil en 1972.
Dans le cadre de l’accueil de Les Concerts
Brodsky de Dirk Roofthooft et Kris
Defoort (les 7, 8 et 9 décembre), le Théâtre Varia, en
partenariat avec LOD, propose un débat sur Les nouvelles figures de la résistance qui
tentera de considérer la complexité des formes historiques de la résistance et
d'envisager ses formes actuelles.
A 17h, la
projection du documentaire de Loredana Bianconi - Do
you remember revolution - aura lieu en présence de la
réalisatrice et de Susanna Ronconi, ex militante des Brigades
rouges, sortie de prison et qui peut pour la première fois quitter l’Italie.
Cette projection sera suivie à 20h30 d’un
débat en leur présence. Y participeront également François
Nicolas (compositeur de musique « contemporaine », philosophe
et fondateur du site « Egalité 68 »), Paul Hermant
(chroniqueur et membre du G-1000), John Vandaele
(journaliste au magazine MO et auteur), des « dégagistes »,
des amis du Comité invisible, et des indignés de
toutes sortes. Ivana Momcilovic en sera la modératrice.
Si on conçoit qu’il n'y a pas de pouvoir sans
domination, on ne peut pas davantage concevoir qu’il y ait de résistance sans
domination, et de domination sans résistance : les trois termes- résistance,
pouvoir et domination - sont corrélés l’un à l’autre et ouvrent
invariablement sur les catégories et les figures suivantes :
La résistance par la dénonciation et
le déni de la situation existante dont la figure centrale est la figure
du dissident. Entre l’avenir dont il rêve et
l’héritage avec lequel il veut rompre, est-il capable d’apporter une force
nouvelle ou de réaliser un présent nouveau ?
La résistance par la non-gouvernance et
l'indiscipline dont la figure centrale est le déserteur.
Celui-là est-il capable de définir sa propre ligne contre celle qui lui est
imposée ?
La résistance par la rébellion
face à une domination dont la figure centrale est le Héros de la
Résistance. Que devient à terme le processus de
cette forme de résistance, dès lors que les contextes changent ?
Peut-on concevoir aujourd'hui de nouvelles figures de
la résistance, dans leurs définitions et dans leurs organisations, en dehors de
ces trois figures ? Qu’y a-t-il de réellement nouveau dans la figure résistante
des années 70 et où en sommes-nous quelque quarante ans plus tard ?
PROGRAMME DU SAMEDI 10
DECEMBRE
A 17h Projection de Do
You Remember Revolution, un documentaire de Loredana
Bianconi.
Docteur en Art, Communication et Spectacle à la
Faculté des Lettres et de Philosophie de Bologne, Loredana Bianconi
réalise des émissions pour la RAI3, des documentaires dont La Mina
(1989) ou Do You Remember Revolution (1997), et
des courts métrages, comme La vie autrement (2005).
Adriana, Barbara, Nadia et Susanna ont 20 ans quand
elles décident d'entrer dans la lutte armée, de quitter leur vie sociale et
leur famille pour faire de la révolution le centre et le but de leur existence.
Elles réapparaissent après de longues années de prison, elles essayent de
raconter chacune leur expérience. Elles parlent des raisons politiques qui les
ont d'abord soutenues, des conflits, des doutes, des déchirures qui ont marqué
leur vie.
Rencontre à l’issue de la projection avec l’une
des femmes du reportage, Susanna Ronconi (Turin)
et Loredana Bianconi, la réalisatrice.
19h30-20h30 : pause repas
À 20h30 : débat
mené par Ivana Momčilović.
Ivana Momčilović se définit
comme une « ouvrière en art ». Par formation, elle est dramaturge. En 1991, au
commencement de la guerre en RFS-Yougoslavie (son pays natal), elle arrête
d’écrire de la fiction pour y revenir ensuite. Elle poursuit actuellement des
recherches sur les relations entre politique et fiction, intitulées Structure
matérialiste de la nouvelle fiction émancipatoire.
Amplifiées par les réseaux sociaux, on voit
aujourd’hui apparaître des nouvelles formes de contestation partout dans le monde,
du « printemps arabe » au « Occupy Wall street », en passant par les « indignés
» et les « dégagistes » d'Europe. Le débat tentera de considérer la complexité
des formes historiques de la résistance et d'envisager ses formes actuelles, en
évitant l'écueil de la « garantie de résultat » des partisans de la
non-résistance et du « laissez faire, laissez aller ».
Peut-on
concevoir aujourd'hui de nouvelles figures de la résistance, dans leurs
définitions et leurs organisations, en dehors de ces trois figures du héros, du
déserteur et du dissident ?Il s'agit de rompre avec les discours qui voient
dans chaque nouvelle forme de résistance le danger qu'on passe simplement d'une
forme de répression à une autre, et qui offrent ainsi un alibi cynique à
la prolongation de la situation existante comme étant « la moins mauvaise
possible». Une nouvelle politique d'émancipation impliquerait que la résistance
prenne des formes nouvelles : de nouvelles tentatives pour transformer le
gouvernement des gens en gouvernement des choses ? Entre «le sujet réactionnaire»
et les figures emblématiques de la résistance historique des panthéons, y
a-t-il une place pour penser la rébellion de tous, pour les « révoltes logiques
», dans un renversement dialectique de la négation en une nouvelle affirmation
? Et quel serait le rôle de ces nouvelles figures de la résistance, du point de
vue du potentiel libérateur et rebelle de tous, au-delà de la dichotomie du
commandement et de la soumission ?
(présentation
des hypothèses sur les Nouvelles figures de résistance?,
par Ivana Momcilovic)
INTERVENANTS ET PARTICIPANTS :
—
Loredana Bianconi / Susanna Ronconi
—
Paul Hermant,
chroniqueur, membre du G-1000, mouvement basé sur la conviction que les
citoyens ont quelque chose à dire sur le fonctionnement de la société, même
entre deux élections.
—
François Nicolas
(compositeur sérialiste, philosophe, chercheur, fondateur du site et de la
revue Égalité '68 dédié à la réflexion sur les
nouvelles postures d'émancipation, cofondateur de l’ensemble de musique
contemporaine et de la revue Entretemps,
compositeur en recherche à l'Ircam. Il travaille actuellement à un vaste projet
compositionnel sur Mai 68 : Égalité ’68, il anime
différents séminaires (musique & : mathématiques
/ psychanalyse / philosophie / histoire…), enseigne la musique contemporaine à
l’École normale supérieure (Paris). Il vient de terminer un vaste ouvrage Le
monde-Musique (et son écoute à l’œuvre).
—
John Vandaele :
journaliste au magazine MO et auteur d’ouvrages (éd. Houtekiet) sur la
lutte pour le travail décent (2009, avec Dirk Barrez), sur le néolibéralisme et
la mondialisation (2007) et les institutions économiques internationales
(2005).
—
Des « dégagistes » : auteurs
d'une nouvelle réflexion sur la démocratie (« Tous unis contre la démocratie
! », 2010) et du « Manifeste du dégagisme » (Collectif
MANIFESTEMENT, Maelström édition, 2011), ils se disent les contemplateurs du
vide politique qui devient matière première d’une politique d’émancipation.
—
Des amis du Comité invisible, à
qui l'on doit notamment « L'Insurrection qui vient » (La
Fabrique éd., 2007), sombre et implacable constat post-situ aux conclusions
alarmantes.
—
Des indignés issus du
livre de Stéphane Hessel (Indignez-vous !, éd.
Indigène, 2010 ) qu'on ne doit plus présenter.
—
D'autres indignés, auteurs du
journal et du blog « Le dignitaire ».
—
Les rédacteurs d’un numéro
spécial du 10 décembre du Répondeur (journal
politique et polémique), entièrement consacré à l'interruption de la pièce «
L'Insurrection qui vient » lors de sa présentation au Théâtre national en 2010.
*