Qui vive ?  Le communisme !

 

 

« une question intimidante, une question que personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle : Qui vive ?… » J. Gracq

 

« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme commun à tous dans l’avenir. » R. Wagner (1849-1871)

« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)

« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » B. Brecht (1932)

« Il a existé des communes et des communistes de tout temps ; il en existera toujours. » J. Steinbeck (1936)

« Je suis communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme intelligent. »  J. Agee (1939)

« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles, précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)

« Je suis d’un village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et à la carrière, aiment bien le communisme. » M. Darwich (1964)

« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)

« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou (2011)

« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être communiste. » B. Sobel (2011)

« Je reprends à partir du mot “communiste”. » J.-M. Gleize (2011)

 

 

Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique

diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)

Rédaction : François Nicolas [ƒNi]

 


 

Numéro 13 : 4 décembre 2011

 

(fichier format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/13.pdf)

 

 

Sommaire :

Liban................................................................................................................................................ 3

Syrie................................................................................................................................................. 7

Égypte.............................................................................................................................................. 8

Photos & graffitis........................................................................................................................... 8

Maroc............................................................................................................................................. 11

Photo........................................................................................................................................... 11

Un Juste….................................................................................................................................... 11

Une situation ordinaire dans le bled profond................................................................................ 12

Tunisie............................................................................................................................................ 14

Cela s’appelle « la démocratie » !................................................................................................. 14

Quand les Américains veulent continuer d’acheter la politique qui leur convient…...................... 14

Iran................................................................................................................................................. 16

« Yougoslavie ».............................................................................................................................. 18

Afrique........................................................................................................................................... 21

Côte d’Ivoire................................................................................................................................ 21

Congo (République démocratique) – ex. « Kinshasa »................................................................. 24

Crise économique du capitalisme occidental.................................................................................. 26

L’analyse décapante du LEAP...................................................................................................... 26

Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à penser…...................................... 32

Langue......................................................................................................................................... 32

Divers............................................................................................................................................. 33

Badiou : Entretiens....................................................................................................................... 33

Bruxelles : Nouvelles figures de la résistance ?............................................................................. 34

 

Liban

Question intéressante : pourquoi le Liban semble faire exception au "Printemps arabe"?

Si le traitement de cette question n'est pas ici très convaincant (il pivote autour de l'absence d'un soutien à la révolte syrienne contre le régime actuel mais il débouche sur une très sévère critique du confessionnalisme), il a le mérite d'attirer notre attention sur cette spécificité…

Il est frappant qu'on se retrouve en effet aujourd’hui avec deux interrogations majeures sur les deux extrémités de l'arc-de-cercle arabe : le Maroc et le Liban, encadrant (avec séparations géographiques afférentes) la Tunisie et l'Égypte.

À ce titre, je vais essayer de suivre désormais de plus près ce qui se passe au Liban, comme je le fais déjà pour le Maroc (il se trouve de plus que la présence massive de la langue française facilite l'une et l'autre de ces tâches).

 

Pour info, Samir Kassir est un journaliste assassiné en 2005, a priori par des pro-Syriens…

 

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=31&nid=3631

 

Considérations sur le malheur libanais

Constat de l'échec de l'intifada de l'Indépendance, constat du déclin culturel et intellectuel de Beyrouth, constat de la marginalisation des forces vives du pays, constat de la misère morale dans laquelle nous entraîne le confessionnalisme et de la trivialité de la classe politique... Élias Khoury nous met en garde contre le malheur qui frappe le Liban aujourd'hui. En mémoire de Samir Kassir.

 

Par Élias KHOURY

 

Beyrouth a joué un rôle important dans l’éveil de la culture arabe à elle-même. Les poètes arabes, de Mahmoud Darwich à Adonis, à Nizar Kabbani, ont consacré à la ville une part importante de leurs publications, adoptant Beyrouth comme patrie littéraire. La légende de Beyrouth s’est forgée à travers une longue histoire entre souffrance, écriture et détermination à préserver la liberté d’expression comme clé de voûte des libertés publiques. Elle s’est forgée dans l’action des intellectuels, des artistes, des éditeurs libanais et arabes qui ont fait de la ville un laboratoire des libertés et d’une culture pionnière.

 

Mais cette légende s’est aujourd’hui effondrée. Le printemps arabe dont a rêvé Samir Kassir se traduit à Beyrouth par un long hiver. Depuis le déclenchement des révolutions démocratiques dans le monde arabe en 2011, on assiste à une distorsion de l’image de la ville. Tout se passe comme si le miroir du monde arabe, lustré par les révolutions, se détournait de Beyrouth et la sortait du cadre.

 

Pourquoi la ville s’est-elle contrainte à cette honteuse misère? A-t-elle pris cette décision claire dans un moment d’inconscience ou bien s’est-elle résignée, choisissant l’attente, ce repos létal qui détruit son âme?

Le Salon annuel du livre francophone qui s’est tenu le mois dernier au BIEL avait pour titre «Paroles de liberté». Je me suis alors demandé où se trouvait la libre parole à Beyrouth. Suffisait-il de parler des révolutions arabes pour donner à nos mots un goût de liberté? Le langage s’était-il substitué à la réalité? Ou bien tentait-on désespérément, à force d’en parler, de donner un semblant de crédit à une notion démonétisée?

 

N’est-il pas d’ailleurs étrange d’évoquer ce mot dans une ville où les autorités, à travers leurs diverses politiques, n’ont de cesse de l’étouffer? En revanche, les propos racistes sur la main-d’œuvre asiatique, accompagnés de traitements inhumains à l’encontre des employées de maison sri-lankaises, éthiopiennes ou philippines, ne dérangent personne. Pas plus que la tentative d’«épuration ethnique» de la municipalité de Bourj Hammoud à l’encontre des travailleurs kurdes résidant dans le secteur. Encore moins que la xénophobie exprimée à l’encontre des Palestiniens sous prétexte de combattre l’implantation, et en vertu de laquelle il est interdit à des personnes réfugiées au Liban depuis plus de 60 ans de posséder un toit ou d’avoir un emploi. Cela sans parler de la haine envers les Syriens, certaines forces politiques hostiles au régime baassiste à Beyrouth s’étant arrogé le droit d’étendre leur discours raciste aux simples individus. Et que les Syriens se révoltent contre le régime autoritaire de leur pays, ces mêmes forces ne songent qu’à exprimer leur crainte pour les chrétiens!

 

Quelque chose d’irrationnel régit les pratiques quotidiennes au Liban. Ainsi, quand des groupes de jeunes Libanais manifestent ou font des sit-in en solidarité avec le peuple syrien, ils sont agressés par les chabbiha de l’ambassade de Syrie à Beyrouth ou par les milices libanaises à structure fasciste. Les opposants syriens sont pourchassés au Liban. Certains sont arrêtés et remis au régime autoritaire de Damas, tandis que d’autres sont sommés par des organisations partisanes libanaises de remplir des fiches permettant de les placer sous contrôle des appareils sécuritaires!

 

À 120 km de Beyrouth se déroule le massacre le plus barbare de l’histoire de Syrie. Voilà plus de huit mois que le peuple syrien se révolte contre un régime qui a dépassé les limites en matière d’oppression et de sauvagerie. Après avoir subi quarante ans durant un règne dictatorial qui se croyait éternel, ce peuple a décidé d’agir pour recouvrer sa dignité. D’une extrémité à l’autre, le pays a été sillonné de manifestations pacifiques qui se sont trouvées confrontées au feu des armes automatiques et des chars d’assaut. Les sbires du régime n’ont pas hésité à écraser des nuques sur les places publiques, achever les blessés dans les hôpitaux, enlever des citoyens, transformer les écoles en prisons. 

 

Les hommes du régime ont brisé les doigts du caricaturiste Ali Farzat. Ils ont tué Ghayath Matar et profané sa dépouille mortelle. Il ont torturé des enfants et mis en scène leurs cadavres. Tout cela pour le maintien au pouvoir d’une mafia familiale économique et militaire. 

 

Mais l’effronterie du régime a surtout atteint son paroxysme à travers sa falsification systématique de la vérité et son art d’oblitérer le langage jusqu’à le vider de son contenu. À la manière de Goebbels, il instrumentalise les médias pour véhiculer une publicité pro domo mensongère et bon marché. 

 

Tout cela se déroule à un jet de pierre de Beyrouth. Et Beyrouth garde le silence. Se gargarise de vacuité et de clowneries médiatiques. De grandeur libaniste surtout, à travers la confection du plus grand plat de taboulé de la planète, ou la nomination de la grotte de Jeïta parmi les sept nouvelles merveilles du monde!

 

Comment interpréter le terrifiant silence beyrouthin? Comment analyser le grand isolement où se trouvent confinés certains jeunes Libanais, marginalisés et réduits au silence à peine tentent-ils de faire entendre leur voix?

 

Beyrouth craint-il les chabbiha du régime syrien et les forces de sécurité nostalgiques des années de tutelle? Est-ce la raison pour laquelle certains habitants se comportent comme s’ils appartenaient aux moukhabarat? Ou le peuple de Beyrouth n’a-t-il peur que de ses propres fantômes en se soumettant à l’autorité des dirigeants communautaires, ces figures d’opérette?

 

Le silence libanais plonge ses racines dans la structure confessionnelle du pays. Celle-ci, à l’époque de la tutelle syrienne, s’est transformée en instrument de déstabilisation et de manipulation des quotas. Après l’échec de l’intifada de l’Indépendance, le système confessionnel s’est carrément transformé en guerre civile larvée

 

Ce qui n’a pas été dénoncé sur la nature du régime confessionnel et la nature du confessionnalisme érigé en système politique éclate aujourd’hui sous forme d’un grand scandale moral qui éclabousse le pays. 

Car le confessionnalisme est une des formes du racisme. C’est un mal profond qui mine la politique libanaise et menace d’anéantir le grand œuvre des pionniers libanais et arabes de la Nahda qui ont jeté les bases d’une culture moderne, ouverte, démocratique et laïque. 

 

Le racisme inhérent au système confessionnel n’a pas de frontières. Quand un Libanais déteste l’autre parce qu’il n’appartient pas à sa communauté confessionnelle, la haine devient incontrôlable et menace de détruire les valeurs, en particulier les valeurs morales. Le langage sous le règne du confessionnalisme n’a plus de repères et ne sert plus qu’à justifier les dérives du vocabulaire raciste. On ne s’étonne plus dès lors de la dérision avec laquelle certains leaders libanais traitent les révolutions démocratiques arabes, n’y voyant qu’un complot généralisé. On ne s’étonne pas non plus que certains s’inquiètent pour leur communauté, sa primauté et son influence au Liban, ayant lié le sort de celle-ci au résultat de la révolution syrienne. 

 

Une logique loufoque qui découle de la conviction naïve et stupide que le monde entier est attaché au service et à la survie des communautés confessionnelles libanaises. Et qui refuse d’entrevoir la possibilité qu’un nouveau langage apparaisse à l’issue des révolutions arabes. Un langage qui ferait le lit d’un État citoyen et laïc qui aurait définitivement tourné le dos aux avatars de l’Empire ottoman qui gangrènent encore la politique libanaise. 

 

Le système confessionnel libanais a prouvé sa qualité de régime autoritaire. L’autoritarisme des religions, plus que tout autre, a le pouvoir de dépouiller l’homme de sa raison, de son âme et de sa conscience et de le transformer en une créature raciste. 

 

Mais le triste hiver de Beyrouth ne se manifeste hélas pas uniquement au niveau politique. Il couvre de ses ombres autant la communication que la culture, et nous avons vraiment peur de cette désertification qui couvre notre ville de silence.

 

Sur le plan médiatique, la révolution syrienne a sonné le glas des médias libanais. Deux grands quotidiens sont déjà acquis au régime syrien et un troisième est en état de mort clinique. Il n’est pas excessif de souligner que la presse écrite libanaise traverse une crise aiguë, qu’elle a abandonné son rôle pionnier dans le monde arabe, et qu’elle s’est résignée à l’inertie des communautés religieuses et à la stupidité de la vie politique. 

 

Quant aux chaînes de télévision libanaises, elles sont carrément hors champ. Certaines ne se lassent pas de relayer les mensonges de propagande officielle syrienne. D’autres semblent sclérosées ou ramollies. On veut bien attribuer cette dégénérescence à un certain manque de moyens financiers, mais il est évident que la véritable banqueroute frappe surtout la culture et la créativité de l’ensemble du secteur médiatique. 

 

L’information télévisée libanaise peut avancer le prétexte du manque de fonds pour justifier son incompétence face aux chaînes satellitaires du monde arabe. Ce ne serait pas entièrement faux. Mais ce serait occulter une immense richesse immatérielle que la liberté dont il s’est volontairement désisté en acceptant de se lover dans le giron des milices et des communautés et de contracter ce faisant un mal incurable.

 

Au niveau culturel, à l’exception d’un sit-in relativement important à la place des Martyrs, auquel avait appelé un groupe d’intellectuels, et quelques communiqués isolés publiés ici ou là, ou quelques éditoriaux hébergés par l’un ou l’autre journal libanais ou arabe, on a du mal à trouver un véritable climat culturel capable de soutenir la révolution syrienne. Les voix des chanteurs sont frappées d’enrouements subits. Les tribunes culturelles sont fermées à double tour. Seules persistent, comme des exceptions qui confirment la règle, deux institutions orphelines. Le théâtre Tournesol, dirigé par Roger Assaf, qui a eu le courage de présenter deux spectacles non sans subir les menaces des chabbiha de l’ambassade Syrie, et le Mouvement de solidarité dirigé par un groupe de jeunes Libanais qui n’ont pas hésité à organiser des protestations et de petites manifestations à l’issue desquelles ils ont fini roués de coups par les voyous du régime syrien. 

 

Plus étrange encore est le quasi-silence des jeunes artistes libanais. Les techniques de leurs performances, naguère qualifiées d’ultramodernes, sont aujourd’hui récupérées par la jeunesse syrienne. Les Libanais, eux, préfèrent exercer leurs talents à travers le monde. 

 

L’effondrement culturel et moral de Beyrouth est profondément préoccupant. Un pan glorieux de l’histoire culturelle libanaise est menacé de destruction. Des pionniers d’Ennahda dont l’influence s’est étendue à l’ensemble du climat culturel libanais, de sorte qu’il a pu prendre sous son aile les intellectuels dissidents arabes et interagir avec ces penseurs venus trouver refuge à Beyrouth en fuyant l’oppression dans leurs propres pays. Le Liban est aujourd’hui gagné par le «Malheur arabe» tel que décrit par le martyr Samir Kassir.

 

Il est difficile de se résigner à cette inertie culturelle, politique et morale que je ne peux m’expliquer que par la déception qui a suivi l’échec de l’intifada de l’Indépendance, celle-ci ayant été récupérée par les communautés confessionnelles. Les leaders communautaires ont mis en évidence l’impossibilité de parvenir à une indépendance ou de faire face à l’occupation israélienne à l’ombre du système confessionnel. Ce qui signifie que la patrie demeurera un vœu pieux tant que le confessionnalisme y crée un climat raciste et une structure qui n’a d’autre attache que l’étroitesse de ses intérêts. 

 

Il est étrange que les révolutions arabes qui engendrent de nouvelles appartenances à l’ombre d’une même nation dénoncent en même temps le pourrissement du patriotisme libanais et sa dégradation morale. Elles mettent en évidence la transformation du Liban en lieu de haine raciale où se justifie l’autorité assadienne par la crainte des minorités pour leur sort et la nécessité de leur alliance avec les tyrans!

 

La mentalité des moutassarrifiya règne à nouveau sur le Liban. Elle en fait le pays le plus léthargique du monde arabe. Une telle fin n’est pas digne des descendants d’Ahmad Farès al-Chidiac, ni de l’image que Beyrouth s’est forgée à l’époque où la ville portait l’étendard des libertés et de la résistance.

 

Le malheur, c’est que la plupart des gens n’ont pas conscience de ce malheur libanais.

 

La misère ne devient réelle que lorsque les misérables acceptent leur état, s’y adaptent et le transforment en mode de vie. 

 

La misère n’est pas fatale, camarades.

Défier la misère et lui faire face, tel est l’ultime signe de vie qu’attend Beyrouth avant de voir son reflet disparaître du miroir de la mort.

 

*Traduit de l’arabe par Fifi Abou Dib.

Dernier ouvrage paru:Synalcol, d'Elias Khoury, Dar Al Adab, 500 p.

Syrie

Je diffuse cet appel, reçu de gens qui me paraissent sincères, car il me semble témoigner, à sa manière, de ce que le conflit actuel en Syrie n’est pas clair, pas plus que ne l’était celui qui en Libye a été instrumenté comme l’on sait par le colonialisme occidental.

À tout le moins, il s’agit de maintenir l’hypothèse que ce qui s’y passe actuellement n’est pas du tout du même type que ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte.

 

Déclaration de citoyens Syriens et Arabes, pour la préservation de la souveraineté Syrienne et la construction de la Démocratie

      Conscients des dangers qu’encourent la Syrie et le Peuple Syrien,

      Conscients des enjeux régionaux et internationaux et du danger de démantèlement de la Syrie,

      Conscients de la position syrienne qui constitue une exception régionale, due à sa politique de résistance aux projets d’asservissement des peuples arabes,

      Conscients de la nécessité de regroupement du Peuple Arabe Syrien autour d’une constitution garantissant les libertés individuelles et les principes actuels de laïcité du pays,

Nous, signataires :

  1. Nous tenons à exprimer publiquement notre désaccord avec les idées énoncées par quelques personnes qui se présentent comme les représentants du peuple de Syrie et se sont proclamés "Conseil National Syrien". Ces personnes ne peuvent parler qu'au nom de ceux qui leur donnent leur appui. Elles ne peuvent prétendre à représenter l'ensemble des syriens, ni à exprimer la convergence de leurs opinions ou leur volonté politique.
  2. Nous condamnons toutes les déclarations qui invitent à mener une intervention étrangère en Syrie, car tout acte de ce genre porterait atteinte à la souveraineté de cet Etat. Nous dénonçons toute création de "zone tampon" ou de "couloir humanitaire" comme des agressions déguisées portant atteinte à l'intégrité du territoire syrien.
  3. Nous désapprouvons les sanctions économiques prises contre la Syrie, car elles font souffrir inutilement la population sans résoudre les questions politiques fondamentales.
  4. Nous déplorons que la Ligue Arabe se fasse l’instrument de la suspension de la Syrie, membre fondateur de la Ligue et cœur battant de l'Arabité politique, soutien de la Résistance Palestinienne, Libanaise et Arabe face à Israël et ses alliés dans le monde.
  5. Nous condamnons les agissements des bandes armées infiltrées en Syrie qui s’attaquent aux civils, à l’armée et aux forces de l’ordre, comme nous réprouvons l'aide qui leur est fournie par des pays étrangers.
  6. Nous condamnons toutes les formes de violence, de quelque bord que ce soit. Nous soutenons les revendications de passage pacifique à la démocratie, dans le respect des droits politiques fondamentaux.

7.     Nous voulons une réconciliation nationale basée sur le dialogue réel du parti au pouvoir avec toutes les composantes de l’opposition.

8.     Nous réclamons la liberté pour les prisonniers d’opinion.

9.     Nous réclamons, pour tous les citoyens syriens, le droit de former librement des associations civiles et des partis politiques.

10.  Nous réclamons la présentation à la justice de tous les auteurs de crimes liés aux derniers événements, quelle que soit leur appartenance.

11.  Nous voulons que le dialogue aboutisse à la construction d’une Syrie démocratique, où tous les citoyens sont égaux, indépendamment de leur sexe, de leur origine, de leur religion ou de leur opinion politique. L'Etat syrien devra leur garantir les mêmes droits.

  1. Nous appelons le gouvernement syrien à encourager les moyens d'information à décrire librement ce qui advient en Syrie, comme nous appelons à ouvrir les media officiels à l’opposition, au dialogue et au débat, et à y garantir les libertés d'expression individuelles et collectives.

Égypte

Photos & graffitis

Les continuateurs (mouvement des jeunes du 8 avril)

« Le tribunal de l’Armée » jeté dans « la poubelle de l’Histoire »

Votez (pour) la Révolution !

Union des artistes révolutionnaires

Connais ton ennemi !

[Le Général] Hamdi Badeen

Maroc

Photo

Les panneaux électoraux à Casablanca :

Un Juste…

Décès de Simon Levy, un militant communiste et anti-sioniste de la première heure

Rabat - Simon Levy, secrétaire Général de la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain, décédé vendredi matin dans un hôpital à Rabat à l'âge de 77 ans, des suites d'une longue maladie, est un militant communiste et anti-sioniste de la première heure.

http://www.emarrakech.info

 

Militant pour l'indépendance nationale du Maroc dès 1953, ce linguiste et fin connaisseur de l'arabe a commencé son parcours de militant communiste en 1954, d'abord dans le cadre de l'action estudiantine, puis dans les instances dirigeantes du PPS (anciennement parti communiste) et comme syndicaliste à la tête de l'Union marocaine du travail (UMT).

Farouchement attaché à son identité marocaine, Simon Levy, un natif de Fès en 1934, dirige depuis 1998 le musée du judaïsme marocain de Casablanca, un musée privé d'histoire et d'ethnographie.

Le défunt a adhéré à l'Union Nationale des étudiants du Maroc en qualité de membre du bureau en 1955. Il a été l'un des dirigeants de la Fédération nationale de l'Enseignement de 1958 à 1970.

Elu conseiller municipal de la ville de Casablanca de 1976 à 1983, il s'occupera du secteur social et culturel qui créa bibliothèques de quartier, centres de formation professionnelle, etc. Simon Lévy fut rédacteur en chef des hebdomadaires "La Nation" puis "Al Jamahir" (1958 -1959), et participa, longtemps, à la rédaction du quotidien "Al Bayane".

Licencié ès lettres d'espagnol et de portugais (1956) il obtiendra aussi un DES (1958) sur "la Guerre du Rif, sous le règne d'Alfonso XIII", et un Doctorat d'Etat (1990) pour une thèse sur : "Parlers arabes des juifs du Maroc: particularités et emprunts. Histoire, sociolinguistique et géographie dialectale", Simon Lévy est aussi auteur de plusieurs travaux portant sur l'histoire du judaïsme marocain, Il sera inhumé dimanche au cimetière juif à Casablanca.

 

Vendredi 2 Décembre 2011


Une situation ordinaire dans le bled profond

Reportage. Voyage chez les révoltés d’Imiter

Les habitants de la région luttent pour l’amélioration de leurs conditions de vie. (DR)

http://www.telquel-online.com/498/actu_maroc1_498.shtml

 

Sous les terres de la région se trouve l’un des plus gros gisements d’argent en Afrique. Mais en surface, c’est la misère dans toute sa splendeur. Zoom sur un village qui dit non.

A 200 km au nord-est de Ouarzazate, en s’approchant de Tinghir, la route et le décor prennent un coup de gris, les reliefs noircissent au fur et à mesure qu’on s’approche du village d’Imiter. Les montagnes noires indiquent qu’un gisement d’argent n’est pas loin. Dans le principal village de la commune rurale d’Imiter, on dirait que le temps s’est arrêté : pas de kiosques à journaux, pas d’accès à Internet, pas de lycée... Même la campagne électorale – qui bat son plein dans tout le pays – ne semble pas avoir trouvé son chemin jusqu’ici. Aucune affiche n’est collée sur les murs et pas un seul candidat n’ose faire du porte-à-porte pour séduire ses électeurs. “Les élections, on s’en fout. Ce n’est pas cela qui va changer notre quotidien”, explique Brahim, un chômeur du bourg. C’est que les habitants d’Imiter sont en colère. Les 8000 damnés de la région sont en soulèvement depuis cinq mois. Ils dénoncent la pauvreté et l’indigence dans lesquelles ils vivent, mais aussi la surexploitation de leurs richesses naturelles. Leurs maux, ils les résument en un seul mot : l’ONA, le holding royal (devenue SNI) qui détient une mine d’argent, l’une des plus importantes d’Afrique, à travers sa filiale la Société minière d’Imiter (SMI).

 

La marche de la soif

Tout a commencé au début des vacances d’été. Les étudiants du village, de retour de leurs universités d’Errachidia ou de Marrakech, demandent, comme à chaque été, un travail saisonnier dans la mine. Et comme chaque année, la SMI en embauche une quinzaine. Les recalés ne sont alors pas contents : “Comment une société qui brasse des centaines de millions de dirhams en extrayant du minerai de nos terres prétend ne pas avoir les moyens de nous assurer un emploi, ne serait-ce que saisonnier ?”, s’interroge notre chômeur. Mais la goutte qui va faire déborder le vase viendra plus tard, quand les villageois verront le débit d’eau de leurs robinets faiblir, jusqu’à l’interruption. “A quelques semaines du ramadan, l’eau ne coulait du robinet que 30 minutes par jour”, raconte Brahim.

S’enclenche alors un large mouvement de protestation sociale et de désobéissance civile. Au début, ce sont les étudiants et les chômeurs de la ville qui mènent le mouvement. Ils sont vite rejoints par les autres habitants et décident de mener quotidiennement “une marche de la soif” du centre du village jusqu’à l’entrée de la mine. Pourtant, aucun interlocuteur ne daigne se présenter à eux. Ils décident alors de radicaliser leur mode d’action en coupant l’alimentation de la mine en eau. “Ils nous prennent toute l’eau et personne ne nous rend justice, nous avons décidé de faire de même”, explique l’étudiant Omar Moujani. En plein ramadan, au mois d’août, plus de 1000 personnes s’installent alors à côté du plus important château d’eau fournissant la mine, au sommet du mont Alebban, à 1 400m d’altitude. Quatre mois se sont écoulés depuis et le sit-in se poursuit. Les “gardes du château” ne sont pas encore descendus du sommet de la montagne.

 

Le forage de la colère

D’après les habitants de la région, les ressources en eau ont commencé à se raréfier depuis la dernière décennie, quand la SMI a foré, en 2004, un nouveau puits d’une profondeur de 40 mètres, devenu la principale ressource hydraulique pour la mine d’argent. Plusieurs petits agriculteurs ont vu leurs puits se tarir et leurs plantations mourir. “Dès que nous leur avons coupé l’eau, le village a été normalement fourni et sans interruption”, explique Omar Moujani. De son côté, la SMI nie tout lien entre le nouveau forage et la raréfaction de l’eau. “Il y a 3 khettarat (système d’irrigation souterrain) dans la région et nos études confirment qu’elles sont indépendantes de notre forage”, précise Youssef El Hajjam, directeur général de la société. Et d’ajouter : “Nous avons toutes les autorisations depuis 2004 et, d’ailleurs, elles ont été renouvelées en 2009". Pour lui, tout dépend de la pluviométrie : “Il n’a pas tellement plu sur ce plateau ces dernières années, c’est donc normal que la région en souffre”.

 

La lutte continue

Des négociations ont été menées entre la société minière et les villageois, mais se sont vite retrouvées dans une impasse. “La SMI a proposé d’apporter quelques financements pour régler certains problèmes sociaux mais jamais une solution globale”, explique Brahim. “Cette société exploite les richesses qui sont sous nos terres, c’est son devoir de participer au développement de la région. C’est inadmissible qu’avec la croissance de son chiffre d’affaires, elle continue d’ignorer nos revendications, pourtant pas si impossibles à satisfaire totalement”, souligne-t-il.

Car au-delà des revendications d’emploi et d’accès à l’eau, les habitants de la région réclament plus d’infrastructures de service public. “Le lycée le plus proche est à 30 km d’ici, l’infirmerie du coin ferme à 15h et n’est pas ouverte du vendredi au dimanche et ne possède même pas de paracétamol”, dénonce Brahim. Après avoir bloqué le siège de la commune rurale, “qui ne sert à rien” selon eux, les élèves et étudiants de la ville menacent de faire année blanche. “A l’unanimité, nous avons décidé qu’aucun jeune ne se rendra à l’école ou à l’université cette année”, explique l’étudiant Moujani.

Le ton ne cesse donc de monter. Et les villageois révoltés d’Imiter sont déterminés à poursuivre leur combat jusqu’au bout. Une détermination que ne semble ébranler ni les rudes conditions climatiques de la région ni les intimidations des forces de l’ordre, qui procèdent de temps à autre à des arrestations. “Nos revendications restent les mêmes et notre lutte restera pacifique”, promet Brahim. Jusqu’à quand ?

Tunisie

Cela s’appelle « la démocratie » !

Toute ressemblance avec un marché (à pin’s) n’est pas fortuite ! Il s’agit des 109 partis candidats aux récentes élections…

Quand les Américains veulent continuer d’acheter la politique qui leur convient…

La Tunisie bénéficiera des aides US en contre partie des assurances de normalisation avec Israël.

http://www.harissa.com/news/article/la-tunisie-b%C3%A9n%C3%A9ficiera-des-aides-us-en-contre-partie-des-assurances-de-normalisation-avec

 

Moncef Marzouki, le président du Congres Pour la République (CPR), supposé être le futur président de la République Tunisienne a refusé de rencontrer une délégation du comité juif américain venue en éclaireur en Tunisie afin de sonder les réelles intentions de la nouvelle équipe dirigeante sur la rupture des relations diplomatiques avec Israël, susceptible d’être incluse dans la future Constitution tunisienne.

La délégation du Comité juif américain qui était conduite par Jason F.Isaacson, directeur du gouvernement et des Affaires internationales, Maia Blume, assistante du directeur, Donald A.Yale et Allan J.Reich du cabinet d’Avocats Seyfarth Shaw LLP a néanmoins rencontré le secrétaire général du parti Ennahdha, Hamadi Jebali.

L’objet de la visite se serait rapporté aux assurances que voudrait avoir les dirigeants juifs américains pour ce qui est d’éviter d’inclure dans la future Constitution tunisienne une clause interdisant l’établissement de relations diplomatiques avec l’Etat d’ Israël.

La commission de réforme politique tunisienne a annoncé, début juillet 2011, l'adoption à la majorité d'un « pacte républicain » visant à servir de socle à la future constitution, qui stipule notamment le refus de toute forme de normalisation avec l'Etat Hébreu.

Ce pacte, qui doit servir de socle pour la nouvelle constitution tunisienne, refuse catégoriquement « toute forme de normalisation avec l'Etat sioniste » et soutient la question palestinienne. Cette mention a été l'objet d'un désaccord entre les membres de la commission, certains ayant jugé qu'elle n'est pas nécessaire dans une déclaration de principes, alors que d'autres, dont le mouvement islamiste Ennahda, qui s'est retiré fin juin 2011 de la commission, avait insisté sur son inclusion.

Le parti Ennahdha, qui était à l’origine de l’idée de l’élaboration de cette clause sur le refus de toutes relations diplomatiques avec Jérusalem, est aujourd’hui en négociation avec les États-Unis. Washington qui a favorisé l'accession au pouvoir des islamistes en Tunisie (ou en l’Egypte) cherchent à normaliser les relations des États arabes avec Israël.

A ce propos, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, va les prochains mois pour convaincre les nouveaux dirigeants arabes de l’urgence d’une normalisation avec Israël ! Mais cela a forcément un prix. En échange, les pays du printemps arabe démocratique vont bénéficier du plan d’aide américaine.

Le président Obama, dans son discours sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en mai dernier, a annoncé un grand plan économique de « soutien à la démocratie ». Les premiers pays où il sera réalisé sont l’Egypte et la Tunisie. A la demande de Washington, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont présenté au sommet G-8 du 26-27 mai 2011 en France, un plan pour « stabiliser et moderniser les économies égyptienne et tunisienne ».

En même temps, les États-Unis sont en train de créer des fonds d’entreprise à investir en Egypte et Tunisie, sur le modèle de ceux qui ont soutenu la transition en Europe orientale, C’est une initiative bipartisane promue par le sénateur démocrate John Kerry et par le républicain John McCain.

Les régimes de Moubarak et Ben Ali étant écroulés, Washington tente de cette façon de créer une nouvelle base de coopération qui garantisse la continuité avec les forces démocratiques naissantes en Egypte et en Tunisie. Ces deux pays seront le laboratoire où l’on mettra au point le plan, qui prévoit l’allocation de 2 milliards de dollars d’aides américaines pour lancer une initiative globale de partenariat de commerce et d’investissements au Moyen-Orient et en Afrique.

 

Ftouh Souhail 

Iran

 

Pourquoi les Iraniens détestent la Grande-Bretagne

http://www.europalestine.com/spip.php?article6686

 

vendredi, 2 décembre 2011

 

"La récente occupation de l’ambassade britannique à Téhéran n’est que la dernière expression du ressentiment iranien vis à vis de l’ex-puissance coloniale qui n’a jamais réellement accepté son éviction...", écrit le journaliste britannique Robert Fisk dans The Independent. (Article traduit et publié par le site info-palestine.net)

 

Les Iraniens ont une foule de raisons de détester la Grande-Bretagne, fait-il remarquer, en soulignant que "les Iraniens connaissent bien mieux l’histoire des relations anglo-persanes que les Britanniques".

Par Robert Fisk

"La récente occupation de l’ambassade britannique à Téhéran n’est que la dernière expression du ressentiment iranien vis à vis de l’ex-puissance coloniale qui n’a jamais réellement accepté son éviction...

Lorsque le ministère nouvellement installé de l’orientation islamique a demandé à Harvey Morris, l’homme de l’agence Reuters dans l’Iran post-révolutionnaire, de lui fournir une histoire de son agence d’informations, celui-ci demanda à son bureau de Londres de lui envoyer une biographie du baron von Reuter - et il a été consterné de découvrir que le fondateur de la plus grande agence de presse au monde avait construit des chemins de fer en Iran à son immense profit. « Comment puis-je montrer cela au ministère ? » s’est-il écrié. « En réalité le baron était pire que ce putain de Shah ! » Ce dont, bien sûr, le ministère [de l’orientation islamique] a forcément conscience.

La Grande-Bretagne a monté une invasion conjointe de l’Iran avec les forces soviétiques lorsque le prédécesseur du Shah s’était par trop rapproché des nazis durant la Seconde Guerre mondiale, et elle a ensuite aidé les Américains à renverser le gouvernement démocratiquement élu de Mohammed Mossadegh en 1953, après que le nouveau gouvernement ait nationalisé les possessions pétrolières de la Grande-Bretagne dans le pays.

Cela n’a rien d’un mythe, et il s’agit d’une véritable conspiration sur le terrain. La CIA avait appelé cela l’Ajax Operation et les Britanniques ont sagement mis leurs ambitions en retrait en l’appelant Boot Operation. L’agent du MI6 à Téhéran était le colonel Monty Woodhouse, préalablement notre homme des opérations spéciales dans la Grèce occupée par les Allemands. Je connaissais bien « Monty » - nous avons coopéré ensemble quand j’ai enquêté sur la sinistre carrière militaire de l’ex-secrétaire général des Nations unies Kurt Waldheim - et c’était un homme impitoyable. Woodhouse a amené des armes en Iran pour une encore inexistante « résistance » et il supporta avec empressement le projet de la CIA de financer des mises en scènes de manifestations de « bazaris » à Téhéran (dans lesquelles, bien sûr, des centaines, voire des milliers de gens sont morts) pour renverser Mossadegh.

Et ils ont réussi. Mossadegh a été arrêté - par un agent ensuite mis à mort durant la révolution de 1979 - et le Shah encore jeune fit son retour triomphal pour imposer son règne, aidé en cela par sa police secrète - la SAVAK - dont les séances de torture infligées aux femmes opposées au régime ont été dûment filmées et - selon le grand journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heykal - distribuées par les agents de la CIA à leurs alliés en l’Amérique du Sud et dans le monde entier comme un manuel « de formation ». Comment les Iraniens se permettent-ils de se rappeler tout ça ?

Les Iraniens ont découvert dans la masse de documents secrets américains trouvés dans l’ambassade américaine - après son occupation durant la révolution iranienne - non seulement les tentatives de Washington de renverser le nouveau pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, mais aussi la poursuite du partenariat des services de renseignement américains et britanniques.

L’ambassadeur britannique, est resté presque jusqu’à la fin convaincu que le Shah, bien que profondément affaibli, allait survivre. Et les gouvernements britanniques successifs ont continué à enrager sur la nature prétendument terroriste du gouvernement iranien. Tony Blair - même lors de l’enquête officielle sur la guerre en Irak - s’est encore mis à délirer sur une soit-disant nécessité de tenir tête à l’agression iranienne.

Quoi qu’il en soit, les Iraniens ont saccagé [notre ambassade] et se sont ensuite enfuis, nous dit-on, avec un tas de documents de l’ambassade britannique. Je suis impatient de lire leur contenu. Nous pouvons être certains qu’il sera bientôt révélé."

 

Source : The Independent

(Traduction : Info-Palestine.net)

« Yougoslavie »

Une défense très originale et très intéressante d'un projet politique visant - si j'ai bien compris - à réactiver (ressusciter!) la constitution d'une Yougoslavie débordant la figure convenue de l'État-nation (cf. unifiant les slovènes, serbes, bosniaques, monténégrins , macédoniens et croates).

L'idée est intéressante, mais je ne sais trop qu'en penser: nostalgie? perspective? ancrage dans des situations effectives?

Noter, dans la seconde partie, une attaque sévère de la position politique de Zizek sur ces questions yougoslaves…

DOUZE THESES SUR LE PROJET YOUGOSLAVIE

 

Avons-nous aujourd'hui des raisons pour soulever la question de l'importance du projet Yougoslavie? Il semble en effet que le sort de l’entité nommée la « République socialiste fédérative de Yougoslavie » a été définitivement scellé par le syntagme forgé un peu avant son démantèlement par la philosophie politique ”ex-Yougoslave”: ”La Yougoslavie en tant qu’Etat non parachevé“. C’est de cette perspective que découlent toutes les évaluations courantes sur la ”faiblesse“, la “fragilité“, la “non-fonctionnalité“, le “caractère non-réaliste“ de la Yougoslavie. ‘ Il manquait quelque chose de vital au projet yougoslave en sorte qu’il a été inévitablement voué à l’échec ‘. Il faut rejeter cette conclusion car son point de départ est faux et déformé. Avant tout, elle n’est qu’un simple reflet de la vulgate du capitalisme moderne – de “l’auto évidence” de l’Etat-nation libéral, avec tous ses appareils de souveraineté. Cependant, elle est aussi tout à fait incapable d’enregistrer et de penser la politique sur laquelle le projet yougoslave a été fondé. Cette politique échappe à l’horizon de la thèse sur le “non-parachèvement de l’Etat“ et se trouve même en contradiction explicite avec cette thèse. Il est paradoxal en fait que la pertinence de cette contradiction puisse se lire le mieux justement dans la réalité même des guerres autour de la succession yougoslave, guerres qui avaient eu pour objectif la destruction du projet yougoslave en tant que tel. Car, rappelons-le, ce que la réalité de ces guerres exprime le plus n’est pas le processus du démantèlement de l’Etat, mais justement la logique violente de sa constitution à partir du principe même de ”normalité“ de l’Etat-nation souverain, c’est-à-dire de la tentative du ”parachèvement de l’Etat”.1

 

Face a cette vision restauratrice, il faut formuler ici quelques thèses sur les modalités de l’existence de la Yougoslavie :

  La Yougoslavie qui se crée au cours de la Deuxième guerre mondiale est un acquis révolutionnaire. Elle découle de la revendication qui formule la subjectivité révolutionnaire, revendication ”impossible“ en vue de l’abolition de l’état existant.

  La collectivité sur laquelle se fonde le projet yougoslave émerge de la figure du Deux, figure de l’antagonisme politique. Il s’instaure dans le cadre de la formation du mouvement antifasciste qui unit les gens dans leur résistance contre l’occupation fasciste et aussi contre la capitulation et la collaboration de l’appareil d’Etat du Royaume de Yougoslavie avec les forces nazies locales. Le nom de cette collectivité est “La Lutte de libération des peuples yougoslaves“.

  Le projet yougoslave est une rupture radicale avec toute politique qui serait déduite de quelque substance prédestinée à l’avance. La construction représentée par la déclaration de 1943 de l’AVNOJ (Conseil anti-fasciste de libération de peuples yougoslaves) ne se fonde pas sur la tradition de l’idée yougoslave, sur l’idée de parenté ethnique ou sur le concept de “l’unité nationale” qui avait servi de base à la construction de l’ordre politique dans les Balkans après la deuxième guerre mondiale. Elle ne repose pas sur l’idée de l’identité “peuple-nation“ qui précède son unification politique, mais elle découle de la politique elle-même, de l’acte politique de la résistance au fascisme et de la revendication radicale de l’égalité.

  La lutte amorcée ensemble par les partisans slovènes, serbes, bosniaques, monténégrins , macédoniens et croates, c’est-à-dire par tous les gens qui s’opposent aux puissances fascistes, est aussi une lutte contre l’impérialisme et contre toutes les formes d’exploitation et de domination, de sorte que dans ce sens elle repose sur la figure de la lutte de classes. Dès le début du mouvement, plusieurs centaines de volontaires de la guerre civile en Espagne, ouvriers et intellectuels, mettent au premier plan les thèses léninistes: “Transformer la guerre impérialiste en guerre civile des prolétaires contre la bourgeoisie.“

  La politique des partisans yougoslaves reprend le motif central des révolutions bourgeoises, le motif de “libération nationale“. Cependant, elle importe ce thème d’une manière paradoxale, en y inscrivant une contradiction explicite. Le projet yougoslave ne représente guère un acte “patriotique“ de défense d’un ordre, qu’il soit établi ou futur, ou d’une structure symbolique et institutionnelle. Le projet yougoslave se fonde sur la pratique d’une nouvelle collectivité, collectivité qui s’oppose fondamentalement à l’appareil d’Etat en place, l’appareil monarchique. C’est ainsi que la Lutte de libération des peuples yougoslaves soulève la question de la libération nationale au pluriel. Ça signifie que la libération d’un peuple, d’une “nation“ « yougoslave » implique nécessairement la libération et l’égalité de tous, ce qui s’applique aussi bien à ceux déjà “représentés“ dans l’appareil d’Etat monarchique qu’à ceux que ne le sont pas. En fait, la contradiction peut être remarquée le plus clairement à partir de l’opposition de la formulation léniniste de “droit des peuples à l’autodétermination“ à la construction même de l’ordre monarchiste. Ce “droit“ ne signifie pas, dans cette situation, la légitimation d’une forme juridico-politique, un principe selon lequel toute “communauté nationale“ se reflète nécessairement dans la propre structure d’Etat, mais il représente le dénominateur commun minimal à travers lequel se constitue la collectivité qui réunit les “peuples“ dans la lutte antifasciste et anti impérialiste, dans la lutte pour la radicalisation de la maxime égalitaire.

  Dans ce sens il faut souligner aussi que la Lutte de Libération des peuples avait articulé en même temps deux concepts différents : la lutte pour la libération nationale de toutes les nations au sein du régime monarcho-fasciste qui favorisait trois nations et leur accordait la subjectivité dans la représentation étatique, à savoir les Slovènes, les Croates et les Serbes, alors qu’il excluait toutes les autres nations et commettait même des massacres massifs sur certaines de ces nations (50.000 Albanais tués au cours de la campagne militaire de l’Armée yougoslave royale en 1919-1920), c’est-à-dire le concept de la lutte des peuples qui n’a pas ici la signification de nation mais d’articulation politique de la multiplicité innombrable exclue par la terreur de la dictature monarchiste de 1929-1939 et de la terreur du régime d’occupation des puissances de l’Axe et des régimes collaborationnistes de 1941-1945. La Lutte de Libération du peuple est une invention de la multiplicité innombrable : des paysans, des ouvriers, des intellectuels, des femmes, des communistes...

  Le caractère radical du projet yougoslave doit être cherché aussi dans sa forme politique. La forme d’organisation politique sur laquelle il se base est en fait un exemple du processus de présentation. C’est là que devient évidente l’essence de la rupture avec la logique de “la nation-Etat “ bourgeoise. La collectivité induite par la Lutte de libération des peuples yougoslaves ne se formule pas en tant que “souverain“ qui se refléterait dans une machinerie d’Etat spécifique. La collectivité ne reprend la souveraineté ni du monarque, ni de “l’autonomie” de l’appareil politique hérité de l’ordre précédent. Bien au contraire, la collectivité yougoslave découle principalement des formes massives de démocratie directe crées au cours de La Lutte de libération des peuples yougoslaves, des ”brigades des prolétaires“, “des comités de libération nationale” et des “conseils antifascistes provinciaux“. Ces formes d’organisations politique, qui puisent leur inspiration dans les situations de révolution, dans les conseils des ouvriers de la Commune de Paris et dans les soviets de la Révolution d’Octobre, se placent non seulement en dehors de l’appareil d’Etat, mais elles sont orientées explicitement contre lui, et vers son “abolition“.

  L’existence de la subjectivité révolutionnaire qui fonde le projet yougoslave, peut être lue, en fin de compte, de la nature même de l’entité nommée Yougoslavie. Nous devons penser la Yougoslavie comme une réalité nécessairement contradictoire. Qui plus est, elle représentait une unité qui est indissolublement contradictoire, et qui implique de ce fait la tendance à son propre révolutionnement, la pulsion vers la division créative et vers l’invention. Ce n’est qu’à partir de cette perspective, connue dans la tradition du marxisme-léninisme à travers le concept de “dépérissement de l’Etat,“ que nous pouvons comprendre le développement des contradictions et les contradictions du développement du projet yougoslave, c’est-à-dire toute une série de figures irréductibles que s’unissent dans la construction d’Etat yougoslave. La Yougoslavie représentait dans ce sens ce que Lénine appelle “un Etat qui est en même temps déjà un non-Etat“.

  Dans cette perspective, que signifie être yougoslave? Ce n’est-pas une simple catégorie d’appartenance. La collectivité yougoslave implique avant tout les gens qui s’opposaient à la politique qui s’attache avec acharnement aux attributs – ceux de l’Etat, de la nation, de la religion, de la race, de la propriété, du sexe. Il marque donc une catégorie de la pratique immanente de séparation. Les Yougoslaves sont ceux dont l’énoncé “nous“ exprime la passion de l’égalitarisme, la subjectivité de l’émancipation. La collectivité yougoslave est une collectivité qui n’est pas identique à elle-même, une collectivité qui est capable de pratiquer sa propre transformation.

  Le paradigme du projet yougoslave est, donc, expérimental. Nous devons penser la collectivité « Lutte de libération des peuples » en son aspect extrême comme une forme politique qui est capable d’évoluer sans cesse, forme qui a la capacité de se transformer elle-même conformément à sa propre tendance. La pratique de la politique qui se mesure par rapport à l’innovation doit être une leçon de la politique des partisans.

  Aujourd’hui, après les guerres autour de la succession yougoslave, la situation post-yougoslave est caractérisé par le même chaos « ethnique » qu’avant la Deuxième guerre mondiale. La différence est subtile : le nouveau monarque, le nouveau tyran -c’est le démocrate.2

  Il faut être clair pourquoi il est nécessaire d’invoquer la continuité avec le projet Yougoslavie. Penser et pratiquer la politique de l’impossible, la politique du dépassement de l’état existant, dans une situation où, comme c’est le cas des partisans yougoslaves l’adversaire est incomparablement plus nombreux et plus puissant représente justement la continuité directe avec le projet émancipateur Yougoslavie. Le geste des partisans yougoslaves doit nous servir aujourd’hui d’inspiration pour que dans notre situation, situation qui est autant une situation post-Yougoslave, “post-socialiste“ qu’une situation de la nouvelle structuration des rapports du capital et des formations juridico-politico-militaristes, nous pensions et nous pratiquions sa impossibilité, la possibilité de l’émancipation pour tous.

collectif Belgrade- Ljubljana-- Zagreb-- Bruxelles-- Londres

22 .03. 2002

1.     La thèse sur la “Yougoslavie comme un Etat non parachevé” a été élaborée dans le livre du même nom par Zoran Djindjic, figure politique en effet tragique d’une des constructions post-Yougoslaves tragiques, Union de Serbie et du Monténégro. Il est intéressant de noter à quel point cet élève d’Habermas avait laissé ses traces même chez les philosophes de l’actuelle ”gauche” qui traitent, dans leur analyses, le problème de la Yougoslavie. C’est ainsi, par exemple, qu’en dépit de la radicalité politique auto-proclamée et de nombreuses références aux concepts qui appartenaient autrefois au ”canon“ du Marxisme-Léninisme, Slavoj Zizek ne dépasse pas le point de vue politique et idéologique défini en fait par Djindjic, en observant le projet yougoslave à travers les concepts de la pensée politique libérale. Zizek est complètement fidèle à la thèse sur le ”non parachèvement de l’Etat” lorsque dans ses analyses des conflits qui entourent le démantèlement de la Yougoslavie, il établit que l’ordre Titiste représente en fait ”un système fédéral des (nations) -Etats souverains“ qui se fondait sur un ”équilibre fragile”. Par ses arguments, Zizek ne quitte jamais la logique de la nation-Etat ”moderne“ ou “bourgeois“, c’est-à-dire le concept de la ”souveraineté“ qui est son fondement, et qui s’est avéré tellement explosif dans les guerres post-Yougoslaves. Il s’agit en fait, dans ces notes révisionnistes, de tentative d’imposer une forme politique qui est complètement étrangère au projet Yougoslave, forme que ce projet dépasse effectivement.

2.     En fait, c’est dans l’idée de “normalité“ de l’Etat libéralo-démocratique, c’est-à-dire dans la “légitimité” de son principe de souveraineté que nous devons chercher les causes des conflits et des guerres post-Yougoslaves. Et aussi, c’est la démocratie parlementaire qui impose aujourd’hui une série de “possibilités“ particularistes, une série de limitations de la pensée et de la pratique de la politique, qui nous parle du caractère irréaliste et de l’impossibilité des projets émancipatoires et révolutionnaires.

Edicija Jugoslavija- bolje izdati knjigu nego drugove!

http://www.edicijajugoslavija.net/

www.yougoslavie.be

Afrique

Un retour pur et simple au colonialisme…

Au passage, quand Georges Busch sera-t-il déféré, menottes aux poignets, devant la Cour pénale internationale de La Haye ?

Côte d’Ivoire

Un livre : « Côte d’Ivoire : le coup d’État »

Que s'est-il vraiment passé durant la "bataille d'Abidjan" ? Pourquoi l'Elysée était prêt à tout pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir ? Avec quels alliés africains Nicolas Sarkozy a-t-il mis en place sa stratégie ? Qui sont réellement Dominique et Alassane Ouattara et de quels soutiens politiques et financiers bénéficient-ils ? Pourquoi Laurent Gabgbo est-il si détesté par les Européens ? Pourquoi le ministère de la Défense français semble-t-il freîner l'enquête sur l'assassinat de 9 soldats français en 2002 à Bouaké ? Que s'est-il passé dans l'affaire Guy-André Kieffer ? A l'aide de documents et de témoignages issus des services secrets et militaires français, de l'Union Européenne, de l'ONU, ce livre est la première enquête explosive sur les événements de Côte d'Ivoire.

Biographie de l'auteur

Charles ONANA est journaliste d'enquête, auteur d'ouvrages de référence sur les conflits en Afrique et les questions géopolitiques. Il a également fait un travail pionnier sur le rôle des Africains durant la Seconde guerre mondiale et est l'auteur de plusieurs biographies inédites sur des personnalités artistiques et intellectuelles du monde noir.

 

Le livre est intitulé «Côte d’Ivoire : le coup d’Etat». Il est écrit par le journaliste d’investigation Charles Onana et préfacé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki.

Et il apparaît d’ores et déjà comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d’ivoire : le coup d’Etat» sera-t-il autorisé à la vente en Côte d’Ivoire ? Il faudrait pour cela que des libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander… Le Nouveau Courrier publie ici des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s’agit du témoignage du président Laurent Gbagbo, qu’il a pu faire parvenir à Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux internationaux très haut placés. Ses accusations contre l’armée française, qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d’une conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu’il a à dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu’une éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait lourde de conséquences pour la Côte d’Ivoire. A court, moyen et long terme.

 

Gbagbo raconte comment une bombe a atterri dans sa bibliothèque

«Ce sont les soldats français qui ont tout fait. Ils ont bombardé du 31 mars au 11 avril 2011. Il y a eu des  bombardements sporadiques avec largage des bombes. Le ministre français de la Défense, Alain Juppé, avait manifesté le désir de parler avec moi. Mon conseiller Désiré Tagro était venu me dire que cette demande venait de monsieur Charles Millon, l’ancien ministre de la Défense du gouvernement Juppé en 1995. En fait, monsieur Millon avait été à l’université de Lyon avec moi. Tagro m’avait fait part de cette demande le 10 avril 2011 à mon réveil matinal. J’étais sur le point d’aller prendre ma douche lorsque Tagro m’a informé du souhait de monsieur Juppé. Quand j’ai fini de prendre ma douche, j’ai retrouvé Tagro qui m’attendait le téléphone à l’oreille. Il était encore en communication avec monsieur Millon. Soudain, une bombe explose sur le toit de ma chambre. Millon demande alors à Tagro ce qui se passe. Tagro lui répond qu’on est en train de vouloir tuer le président. Ceux qui ont largué cette bombe ont tout détruit dans la pièce. J’avais une collection de livres d’auteurs romains et grecs traduits en français que je conservais jalousement depuis quarante ans, tous ont brûlé. Ma bibliothèque constituée depuis l’époque où j’étais étudiant est partie en fumée en quelques minutes seulement.»

 

Gbagbo explique pourquoi il a demandé à l’armée ivoirienne de ne plus se battre

«Le 10 avril 2011, notre informateur au ministère de la Défense à Paris nous a dit que ce jour-là, c’était 6+3. C’est-à-dire 6 hélicoptères plus 3 autres. Il faut savoir qu’auparavant, c’était uniquement trois hélicoptères qui nous bombardaient. Les snipers étaient également postés sur le toit de l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Qui est mitoyen à ma résidence. Leur rôle essentiel était de tirer sur les jeunes Ivoiriens qui manifestaient ou s’aventuraient à sortir à proximité de ma résidence. Ainsi, lorsqu’on m’apprend que les chars français sont à Cocody, le commandant des Forces spéciales, l’officier de frégate Boniface Konan, me fait parvenir un message disant qu’il ne peut plus combattre, car les soldats sont dispersés. Le message souligne que les chars et les hélicoptères français ne cessent de tirer sur les soldats ivoiriens. Le 10 avril, j’ai dit à Konan qu’il devait cesser les combats pour ne pas faire tuer les soldats. Je ne pouvais accepter de voir mourir inutilement les dignes fils de mon pays face à des gens qui voulaient uniquement ma tête. J’ai demandé qu’on me laisse attendre sereinement le dénouement à la Résidence. Les soldats voulaient me mettre à l’abri. Mais je leur ai dit que je n’étais pas militaire mais chef de l’Etat. Ce qui m’importait le plus, c’était leur sécurité et non pas la mienne devant le feu français. A ce moment, Konan me dit la gorge serrée : «Monsieur le président, les Français ont tout détruit».

 

Gbagbo : «Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture

«En fait, les Français ont encerclé la résidence et au lieu d’achever leur mission, c’est-à-dire de venir me prendre eux-mêmes, ils ont plutôt envoyé les rebelles me prendre. Je tiens tout de même à préciser qu’ils ont envoyé les rebelles m’arrêter devant les caméras. Toutes les images que vous avez reçues sont les images des soldats français. Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture. Ils tournaient avec des caméras à la résidence et à l’hôtel du Golf. Plus tard, ils ont fait venir des journalistes français pour d’autres images de moi. Il n’y avait pas de journalistes africains tournant les images au moment de mon arrestation.»

 

La tentative de «corruption» de l’administration Obama

«Un sous-secrétaire d’Etat américain m’a téléphoné et m’a parlé pendant au moins une heure. Il me disait que si je partais du pouvoir, je ne serais pas poursuivi, je pourrais m’exiler avec soixante-quatre personnes de mon entourage et que tous seraient pris en charge. Quant à moi, je serais logé, nourri et blanchi, j’aurais un travail et des revenus équivalant à 2 millions de dollars, etc. Cette conversation ou plutôt ce monologue était surréaliste.

Il y avait un tel décalage entre ce que disait ce monsieur et la réalité que je vivais avec le peuple ivoirien que son discours était indigeste. J’ai finalement raccroché, fatigué de l’entendre pérorer sur les propositions qui m’attendaient si j’acceptais de quitter le pouvoir. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’étrange dans ce discours. Quel était le sujet ? A mon avis, c’était le résultat des élections présidentielles. Ils ont tous prétendu que j’avais perdu les élections présidentielles mais le Conseil constitutionnel de mon pays a dit le contraire. J’ai demandé de recompter les voix, ils ont refusé. J’ai même proposé une commission d’enquête indépendante internationale pour examiner les faits. On a refusé. Pourtant, les données sont simples. S’il est prouvé que j’ai perdu les élections, je m’incline sans autre forme de discussion. Si j’ai gagné, je suis disposé à faire des concessions politiques pour créer un climat d’apaisement et de paix dans tout le pays. Mais pourquoi s’obstine-t-on à me faire des propositions absurdes ? Pourquoi cherche-t-on à me corrompre et à me menacer si on est convaincu que j’ai perdu les élections ?

Peu après ce coup de téléphone étrange, mes conseillers me disent qu’Hillary Clinton cherche à me joindre au téléphone. Je refuse de prendre la communication car je suis convaincu que je vais encore passer un moment à entendre à nouveau les mêmes propositions. Elle m’a finalement adressé un message pour me proposer je ne sais quoi. Je n’ai même pas ouvert l’enveloppe. Après Hillary Clinton, le président Obama m’a directement appelé à son tour. Une fois de plus, j’ai refusé de prendre la communication. Je ne voulais plus écouter ni entendre les discours ennuyeux et les propositions ubuesques qu’ils infligeaient à mes oreilles.»

 

http://cotedivoire-lavraie.over-blog.fr/article-exclusif-le-president-gbagbo-raconte-lui-meme-le-11-avril-2011-89618439.html

La mise à mort de l'université ivoirienne,

Pour l'universitaire Michel Galy, l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara met en danger l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire.

http://www.slateafrique.com/72221/mise-mort-de-luniversite-ivoirienne

Les malheurs de l’université ivoirienne, en passe d’être détruite aujourd'hui, remontent pourtant plus loin: comme pour l’ensemble du pays, la zone rebelle a servi, depuis le coup d’Etat manqué de 2002, de banc d’essai; l'université de Bouaké, dans le fief de la rébellion ouattariste, a en effet été complètement pillée et rendue à ce point inutilisable qu’étudiants et professeurs se sont retrouvés à …Abidjan, squattant au début amphis et cours du campus de Cocody la nuit ou le dimanche -puis se retrouvant dans de nouveaux locaux construits malgré la guerre civile.

 

Une dégradation progressive de l'université

Que faire d’autre quand livres, bancs, équipements –jusqu’aux huisseries et métaux de construction ont été volés, pillés ou incendiés? Cette libérianisation de l’université ivoirienne a été appliquée à grande échelle pendant et après le coup d’Etat franco-onusien d’avril 2011.

Tout se passe comme si l'Université ivoirienne, ses professeurs et ses étudiants étaient devenus l'ennemi collectif du nouveau régime; dans une déclaration faite à Lomé, Alassane Ouattara ne vient-il pas d'annoncer la fermeture pour deux ans des établissements publics ivoiriens d'enseignement supérieur! La Côte d'Ivoire, entre maîtres de guerres et technocrates, sera-t-elle le seul pays au monde à avoir détruit sa propre Université?

Le contraste est patent avec le régime précédent qu'on a pu nommer (en référence malicieuse à la III°république française), la «République des professeurs». De l'historien Laurent Gbagbo à l'économiste Aké N'gbo Gilbert- tous deux en déportation sans inculpation ni jugement à Korhogo et à Bouna, du philosophe Voho Sahi à l'historien Pierre Kipré- en exil quant à eux à Accra, capitale du Ghana, tous ont exercé, revanche sur l'affairisme houphouétiste et «l'idéologie du planteur», des responsabilités politiques; on aura reconnu, dans l'ordre cité, le président et le premier ministre ivoirien, le ministre de la Culture et l'ambassadeur de Côte d'ivoire en France.

Et certes, contrairement aux calomnies, cette république des professeurs et des chercheurs, bien qu'en butte à une rébellion armée aidée par la droite française dans sa prise du pouvoir a bien été, par certains côtés, celle de l'intelligence.

J’en voudrai pour preuve ce formidable effort de réflexion national (et même panafricain) qu’a été en 2010 la commémoration des 50 ans des Indépendance, pauvre indépendance bafouée et humiliée lors du putsch sanglant de 2011! Ce qu'on pourrait nommer, en termes heideggériens, l'auto-affirmation de l'université ivoirienne, s'est notamment traduit par cinq colloques successifs, établissant l'état des lieux, prospectant les futurs possibles, cherchant les voies d'une «seconde indépendance».

Et si c'était cette intelligence collective, critique et rebelle, mais en même temps porteuse des luttes des Indépendances comme des révolutions africaines encore à venir, qu'on a voulu, qu'on veut toujours anéantir?

 

La France, allié de poids de Ouattara

Car du point de vue géopolitique, un tournant était en cours,vers une pluralité d'acteurs, notamment la Chine- ce qui n'était nullement exclusif avec une collaboration franco ivoirienne soucieuse des intérêts communs et du respect de l’autre; y a-t-il d’ailleurs des dirigeants plus francophones et francophiles par certains côtés que ces professeurs ayant pour la plupart fait leurs études dans les universités françaises, continuant à produire articles et ouvrages avec leurs collègues français- ceux-là même qui les ont abandonnés, reniés et parfois insultés quand ont commencé les temps mauvais de la délégitimation politique et des campagnes médiatiques préalables?

Il y a bien eu, hélas trahison des clercs et forfaiture médiatique! Il faudra bien, un jour, faire l'inventaire des délateurs de la presse et des intellectuels organiques des Services ou du sarkosysme, intoxicant l'opinion publique internationale, jusqu'au monde intellectuel français qui connaissait pourtant les acteurs ivoiriens et, pour certains, le pays...

 

Un pays laissé à l'abandon

Le silence des intellectuels, lorsque tombaient les bombes franco onusiennes sur la présidence et la résidence, mais aussi campus et cités, CHU et camps militaires habités par des familles entières, tuant des centaines de civils (dont nombre d’étudiants engagés) semble, depuis avril, assourdissant.

A quoi bon disserter sur les «guerres humanitaires» au Kosovo, en Irak et en Libye- demain en Syrie ou en Iran, rappeler les immenses massacres du «Cameroun»sans voir que le même modèle d'intervention a été mis en œuvre en Cote d'ivoire- et que quelque part la mise à mort de l'université  parachève les massacres?

L'écrivain espagnol Miguel de Unamuno, depuis son université de Salamanque affirmait déjà qu’en entendant les franquistes louer la mort et la fin de l'intelligence («Abajo la inteligencia!», A mort l'intelligence!,osait clamer le général Millan Astray) c'était bien, au-delà du fascisme, le glas de toute civilisation qui se manifestait! Ses paroles de 1936 ne sont-elles pas, encore, prophétiques -pour d’autres temps et d’autres lieux:

«Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat».

Que dire des institutions internationales en charge de la Culture, de l'Education ou de la langue? Si des «organisations des droits de l’homme» se sont définitivement discréditées par leur engagement partisan en Côte d’ivoire (cf. le dernier rapport d'Human Rights Watch...), si est patent l’honneur perdu de la Cour Pénale Internationale (CPI) dont Jean Ping, président de la commission de l'Union Africaine, a publiquement dénoncé l'instrumentalisation et le rôle de «néocolonialisme judiciaire» (le procureur Ocampo a récemment serré la main, à Abidjan, de criminels de guerre notoires), on attend encore un plaidoyer fort et des actions effectives de l'Unesco,Unicef ou Francophonie, en faveur de l'université d'Abidjan.

Mais ne s'agit-il pas en fait d'une punition collective contre un milieu intellectuel sudiste largement favorable au président Laurent Gbagbo?

 

Un clivage Nord/Sud de l'enseignement universitaire

Démontrant que le régime Ouattara est plus fragile que sa propagande l'affirme, cette tentative de mise à mort de l'université rencontre pourtant des résistances inattendues; syndicats d’étudiants et de professeurs, partis politiques et journalistes qui commencent à tisser des liens par delà les frontières.

Le régime, par le biais d'une ministre dont l'incompétence, voire le semi analphabétisme provoque des gorges chaudes à chaque intervention, a cru faire une concession majeure ces jours ci; après l'annonce depuis Lomé de la fermeture universitaire et des deux «années blanches», on a cru bon d’en excepter l’université de Bouaké et de Korhogo: en somme les ex-rebelles à Abidjan, et les étudiants sudistes en ré-éducation au Nord ?

Il est plus probable que si elle était maintenue, cette surprenante décision se traduirait par une partition de fait du système éducatif, régionalisation et ethnicisation provoquant une «université dioula» (une langue très parlée dans la région) au Nord et … l’absence de tout enseignement supérieur au Sud!! Double peine pour une capitale qui a voté à 54% pour le candidat Gbagbo, toutes ethnies confondues…

Politique éducative au fond suicidaire pour le régime: exclus par les droits d’inscription d’une université désormais privatisée, que feraient les centaines de milliers d’étudiants désespérés et paupérisés, sans autre issue que la lutte politique et le combat de rue?

Le régime Ouattara qui ferme sa seule université alors qu’il se targuait d’en construire «une par an» s’est lancé dans un projet aussi symbolique que caricatural: enfermer d’un mur d’enceinte le campus de Cocody- plutôt que de le réhabiliter; à grand frais ce «mur de Berlin» (déjà «mur de la honte» pour la débordante inventivité langagière d’Abidjan) pourra peut être ceinturer l’immense espace universitaire, peut être le cacher aux nouveaux maîtres; on doute qu'il enferme qui que ce soit, notamment les étudiants et la turbulente jeunesse abidjanaise. Quant à enfermer intelligence universitaire et esprit critique, mur ou pas mur, la tâche semble tout simplement impossible…

 

Michel Galy

Congo (République démocratique) – ex. « Kinshasa »

Éditorial du Monde d’une incroyable impudence coloniale : « La Chine, les Etats-Unis, l'Europe ont besoin des trésors que recèle le sous-sol du pays ; elles ne peuvent se désintéresser de ce qui s'y passe en surface. »

Situation où l’on vérifie de plus que les élections sèment ici la guerre, non la paix, et que c’est bien cela qui intéresse d’ailleurs les puissances coloniales, expertes à tirer parti de la parlementarisation des conflits.

La République démocratique du Congo (RDC, le "Congo-Kinshasa"), deuxième plus vaste pays d'Afrique, l'un des plus peuplés et des plus misérables, est, une fois de plus, au bord de la guerre civile.

Cette situation ne devrait laisser personne indifférent : ni l'ONU, ni les grandes puissances qui prétendent s'intéresser à l'Afrique, et encore moins les multinationales de tous bords qui exploitent les immenses ressources minières de la RDC.

C'est un pays déjà saigné par des années de conflits civils et régionaux (1998-2002), qui ont provoqué des centaines de milliers de morts. Immense - quatre fois la France -, il est à peine contrôlé par le pouvoir central et il est parcouru de bandes armées qui pillent, violent et tuent. La perspective d'un regain de guerre civile y est encore plus cauchemardesque qu'ailleurs.

Mais nombre d'observateurs sur place ne l'excluent pas au lendemain d'élections présidentielle et législatives qui se sont tenues dans le chaos. Elles ont eu lieu lundi 28 novembre. Le résultat de la première - un scrutin à un tour - devrait être connu le 6 décembre ; celui des secondes, en janvier. Les opérations de vote ont été marquées par la confusion, la fraude et la violence. Sur les dix candidats qui s'opposaient au président sortant, Joseph Kabila, quatre parmi les plus importants ont déjà demandé l'annulation du scrutin. Dans un pays où tout homme politique qui se respecte dispose d'une petite armée privée, ce n'est pas là affaire de simple contestation politico-juridique.

Tous les regards se tournent vers le mystérieux Joseph Kabila (40 ans). Le président congolais est un taiseux, aux apparitions rares, un jeune homme au destin pour le moins inattendu. Son camp est soupçonné de manipuler la commission de contrôle des élections. Joseph Kabila été propulsé au pouvoir - on n'ose dire à la tête de l'Etat, tant celui-ci est en miettes - à 30 ans, en 2001. C'était après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré, qui avait fait tomber, en 1997, le vieux dictateur Mobutu Sese Seko. Joseph a "légitimé" sa présence à la présidence lors d'un précédent scrutin en 2006, déjà contesté et déjà marqué par la violence. Il entend rester en place et accomplir un nouveau mandat. Son bilan est pourtant des plus maigres. Le pays est ravagé par la corruption et sous-administré. Le sous-sol regorge de richesses géologiques : or, diamants, cobalt, cuivre, uranium, coltan, pétrole. Mais l'écrasante majorité des quelque 68 millions de Congolais vit dans la misère : l'espérance de vie est de moins de 55 ans, le revenu de 1,25 dollar par jour.

La faiblesse et la corruption de l'administration centrale expliquent la malédiction de la RDC : elle est incapable d'organiser l'exploitation de ses ressources. Pays voisins et multinationales minières s'y comportent souvent en prédateurs.

La Chine, les Etats-Unis, l'Europe ont besoin des trésors que recèle le sous-sol du pays ; elles ne peuvent se désintéresser de ce qui s'y passe en surface.

Crise économique du capitalisme occidental

L’analyse décapante du LEAP

Apparemment, le LEAP a correctement appréhendé ce qui allait se passer. Pas de raison donc de ne pas prendre au sérieux leur dernier diagnostic. Comme d’habitude, il est décapant !

En résumé, en 2012 la crise devrait commencer de frapper plus directement les États-Unis – là encore, ce qui s’y est passé (qui n’est nullement négligeable et a déclenché les mouvements que l’on sait) n’est aucunement à hauteur de ce qui devrait s’y passer dans les années qui viennent – et le $ commencer son plongeon.

Et par ailleurs, il ne faut pas oublier le volet militaire de tout cela, donc l’incapacité des États-Unis de tenir durablement leurs dépenses militaires (le rapport prévoit une désolidarisation de « l’Occident » : États-Unis-GB/Europe continentale…]

Par comparaison avec ce qui va arriver de ce côté, les péripéties de la Grèce ne sembleront qu’un timide prélude…

La description de la situation de la Grande-Bretagne est on ne plus alarmante, profilant même la possibilité d’un éclatement du pays ! [On va rigoler pendant les JO de Londres !]

Par contraste, la situation de l’Europe continentale apparaît sur long terme comme la moins mauvaise…

http://www.leap2020.eu/Francais_r26.html

 

Crise systémique globale : 30.000 milliards USD d'actifs fantômes vont disparaître d'ici début 2013

 

Nous arrivons vers la fin du second semestre 2011 et 15.000 milliards d'actifs-fantômes se sont bien envolés en fumée depuis Juillet dernier comme anticipé par LEAP/E2020 (GEAB N°56 ). Et, selon notre équipe, ce processus va se poursuivre au même rythme tout au long de l'année en venir. Nous estimons en effet que, avec la mise en place de la décote de 50% sur les dettes publiques grecques, la crise systémique globale entre dans une nouvelle phase : celle de la décote généralisée des dettes publiques occidentales et de son corollaire, la fragmentation du marché financier mondial. Notre équipe considère que 2012 va voir une décote moyenne de 30% de l'ensemble des dettes publiques occidentales (1) auquel s'ajoutera un montant équivalent de disparition d'actifs des bilans des établissements financiers mondiaux. Concrètement, LEAP/E2020 anticipe donc la disparition de 30.000 milliards d'actifs-fantômes d'ici le début 2013 (2) et l'accélération courant 2012 du processus de partition du marché financier mondial (3) en trois grandes zones monétaires de plus en plus déconnectées : Dollar, Euro, Yuan. Ces deux phénomènes se nourrissent l'un l'autre. Ils vont notamment être à l'origine de la baisse de 30% de la devise US en 2012 (4), comme nous l'avons annoncé en Avril dernier (GEAB N°54 ), sur fond de forte réduction de la demande de Dollars US et d'aggravation de la crise de dette publique US. La fin 2011 va donc voir, comme prévu, le détonateur des dettes publiques européennes déclencher l'explosion de la bombe US.

 

Dans ce GEAB N°59 nous analysons donc en détail cette nouvelle phase de la crise ainsi que la prochaine aggravation de la crise de dette US. Par ailleurs, nous commençons à présenter, comme annoncé dans les GEAB précédents, nos anticipations sur l'avenir des Etats-Unis pour la période 2012-2016 (5) en commençant par un aspect fondamental des relations euro-américaines (et plus généralement du monde tel qu'on le connaît depuis 1945), à savoir la relation militaire stratégique USA-Europe : nous estimons qu'en 2017 le dernier soldat US aura quitté le sol de l'Europe continentale. Enfin, LEAP/E2020 présente ses recommandations ; ce mois-ci : devises, or, retraites par capitalisation, secteur financier, matières premières.

 

Dans ce communiqué public nous avons choisi de présenter les éléments qui déterminent la prochaine aggravation de la crise de la dette US, tout en faisant le point sur les conséquences du sommet européen de la fin Octobre et du sommet du G20 de Cannes.

 

Comme anticipé par LEAP/2020 depuis plusieurs mois, le sommet du G20 de Cannes s'est révélé être un échec flagrant puisqu'il n'a accouché d'absolument aucune mesure significative, se révélant incapable d'aborder les questions du changement de système monétaire international, de la relance de l'économie mondiale et de la réforme de la gouvernance globale. Si la question grecque a pris une telle place au cours de ce sommet, c'est notamment parce que ce dernier n'avait aucun contenu. George Papandreou a ainsi permis aux dirigeants du G20 de « faire comme si » la Grèce avait perturbé leurs travaux (6) alors que, en fait, elle leur a permis de cacher en partie leur impuissance à définir le moindre agenda commun. Parallèlement, les décisions du sommet européen de la semaine précédant le G20 illustrent désormais de manière officielle l'émergence de l'Euroland (doté notamment de deux sommets spécifiques chaque année (7)) et affirment de facto sa primauté décisionnelle au sein de l'UE (8). La pression de la crise a également permis en quelques jours de renforcer les capacités politiques de l'Euroland à progresser sur le chemin d'une intégration accrue (9), préalable à toute évolution positive vers le monde d'après la crise (10).

 

Ainsi un gouvernement d'unité nationale s'est enfin mis en place en Grèce (11), où il faut littéralement construire un Etat moderne doté d'un cadastre, d'une administration efficace et permettant aux Grecs d'être des citoyens « normaux » de l'Euroland et non pas des sujets d'un système féodal où grandes familles et église se partage la richesse et le pouvoir. Trente ans après son intégration sans conditions dans la Communauté européenne, la Grèce va devoir passer par une phase de transition de cinq à dix ans comme l'ont connue les pays d'Europe centrale et orientale avant leur accession à l'UE : douloureux, mais inévitable.

 

Ainsi, l'Italie est enfin parvenu à se débarrasser d'un leader typique du monde d'avant la crise caractérisé par son « bling-bling », son affairisme, son rapport sans scrupules à l'argent, son autosatisfaction tout aussi récurrente qu'infondée, sa main-mise médiatique, son eurocriticisme récurrent et son nationalisme de pacotille (12), et bien entendu sa libido débordante. Les scènes de joie dans les rues italiennes montrent qu'il n'y a pas que du mauvais dans la crise systémique globale ! Comme nous l'indiquions dans le GEAB précédent, nous considérons même que 2012 sera pour l'Euroland l'année de transition permettant d'entamer la construction du monde d'après … et non pas seulement de subir la déconfiture du monde d'avant la crise.

 

Ainsi le Royaume-Uni est tout simplement définitivement « mis à la porte » des réunions de l'Euroland (13). Et les autres pays membres de l'UE hors zone Euro se sont à nouveau regroupés derrière l'Euroland en refusant de soutenir la proposition britannique d'un droit de véto des 27 sur les décisions de l'Euroland. La dérive du Royaume-Uni connaît donc un coup d'accélérateur illustré par les tentatives accrues des Eurosceptiques britanniques (qui sont généralement les fantassins de la City (14)) pour tenter de couper au plus vite le maximum de liens avec l'Europe continentale (15). Loin d'être une preuve du succès de leur politique, c'est au contraire un aveu d'échec complet (16) : après vingt ans de tentatives ininterrompues, ils n'ont pas réussi à briser le processus d'intégration européenne qui reprend de plus belle sous la pression de la crise. Ils tentent donc de « larguer les amarres » par crainte (fondée d'ailleurs (17)) de voir le Royaume-Uni obligé de se fondre dans l'Euroland d'ici la fin de cette décennie (18).

 

Sur le fond, c'est une fuite en avant désespérée qui, comme le souligne Will Hutton dans un article remarquable de lucidité paru dans le Guardian du 30/10/2011, ne peut conduire le Royaume-Uni qu'à l'éclatement avec une Ecosse qui veut revendiquer non seulement son indépendance (19) mais également son ancrage européen, et à une situation socio-économique de marché financier off-shore sans protection sociale (20) ni base industrielle (21) : en résumé, un Royaume-Désuni à la dérive (22) !

 

Et l'allié américain étant dans un état aussi désespéré, la dérive peut s'éterniser pour le plus grand malheur du peuple britannique qui se montre de plus en plus agressif avec la City. Même les anciens combattants commencent à rejoindre le mouvement Occupy the City (23) : visiblement, sur ce point, il y a une étonnante convergence de points de vue entre l'Euroland et le peuple britannique !

 

Pour se consoler, les financiers britanniques pourront se dire qu'ils détiennent la plus grande proportion d'actifs publics japonais hors Japon … mais au moment où le FMI met en garde de plus en plus fermement le Japon sur le risque systémique de sa dette publique qui dépasse les 200% du PIB (24), est-ce bien une consolation ?

 

Puisque nous parlons d'endettement public, il est temps de revenir aux Etats-Unis. Les toutes prochaines semaines vont en effet rappeler au monde que c'est bien ce pays, et non pas la Grèce, qui est l'épicentre de la crise systémique globale. Dans une semaine, le 23 Novembre, la « supercommission » du Congrès en charge de réduire le déficit fédéral US devra avouer son échec à trouver les 1.500 Milliards USD d'économies sur dix ans. Chaque parti affûte déjà ses arguments pour faire porter la faute de l'échec sur l'autre camp (25). Quand à Barack Obama, en-dehors de ses minauderies télévisées avec Nicolas Sarkozy, il contemple passivement la situation tout en constatant que le Congrès a mis en pièce son grand projet de plan pour l'emploi présenté en fanfare il y a à peine deux mois (26). Et ce n'est pas l'annonce complètement irréaliste d'une nouvelle union douanière du Pacifique (sans la Chine) (27) à la veille d'un sommet de l'APEC où Chinois et Américains s'affrontent de plus en plus durement, qui va renforcer sa stature de chef d'Etat et encore moins ses chances de réélection.

 

Cet échec prévisible de la « supercommission », qui ne fait que refléter la paralysie totale du système politique fédéral américain, va avoir des conséquences immédiates et très lourdes : une nouvelle série de dégradation de la note de crédit des Etats-Unis. L'agence chinoise Dagon a ouvert le feu en confirmant qu'elle allait à nouveau baisser cette note en cas d'échec de la « supercommission » (28). S&P va probablement faire baisser encore d'un cran la note US et Moody's et Fitch n'auront plus d'autres choix que de se mettre au diapason puisqu'elles avaient donné un répit jusqu'à la fin de l'année sous condition de résultats en matière de réduction du déficit public. Au passage, pour essayer de diluer l'information négative pour les Etats-Unis, il est fort probable qu'il y aura une tentative de relancer la crise de l'endettement public dans la zone Euro (29) en abaissant la note de la France pour affaiblir le Fonds Européen de Stabilisation Financière (30).

 

Tout cela prépare une fin d'année très mouvementée sur les marchés financiers et monétaires et va entraîner des chocs violents dans les systèmes bancaires occidentaux et, au-delà, pour tous ceux qui sont détenteurs de Bons du Trésor US. Mais au-delà de l'échec de la « supercommission » à réduire le déficit fédéral, c'est toute la pyramide de l'endettement US qui va être à nouveau auscultée, dans un contexte de récession mondiale et bien entendue américaine : chute des recettes fiscales, poursuite de l'augmentation du nombre de chômeurs et en particulier des chômeurs qui ne reçoivent plus d'indemnités (31), poursuite de la chute des prix de l'immobilier, …

 

Gardons à l'esprit que la situation de l'endettement privé US est nettement pire que celle de la Grèce ! Et que dans ce contexte, nous sommes à un doigt de la panique générale à propos de la capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette autrement qu'avec des Dollars dévalués. Cette fin 2011 va donc conduire nombre de détenteurs de la dette américaine à se poser sérieusement la question de cette capacité et du moment où elle sera soudainement mise en doute par les opérateurs (32).

 

Que peuvent proposer les Etats-Unis après un échec de la supercommission ? Pas grand-chose en fait, surtout en année électorale. D'une part car elle a été créée parce que le reste ne fonctionnait pas ; d'autre part car la question n'est pas tant le montant que l'aptitude à entreprendre une réduction significative dans la durée. Et l'échec de la « supercommission » sera justement perçu comme l'incapacité des Etats-Unis à affronter le problème du déficit.

 

Pour ce qui est du montant, un rapide calcul envoyé par un des lecteurs américains du GEAB permet de constater à quel point les « efforts » de réduction budgétaire envisagés actuellement sont ridicules par rapport aux besoins:

 

Si l'on considère le budget fédéral des Etats-Unis comme celui d'un ménage, les choses s'éclairent. Il suffit d'enlever 8 zéros pour avoir un budget qui signifie quelque chose pour chaque citoyen :

 

Revenu familial annuel (impôts sur le revenu) : + 21 700

Dépenses familiales (budget fédéral) : + 38 200

Nouvelles dettes sur la carte de crédit (dette nouvelle) : + 16 500

Bilan des dettes passées sur la carte de crédit (dette fédérale) : + 142 710

Réductions budgétaires déjà réalisées : - 385

Objectif de réduction budgétaire de la super-commission (pour une année) : - 1 500

 

Comme on peut facilement le constater, la « supercommission » (tout comme le Congrès dans son ensemble en Août dernier) ne parvient même pas à s'entendre pour réduire de 10% …. l'augmentation annuelle de la dette fédérale. Car il s'agit bien de cela : contrairement à l'Europe qui, en quelques mois, invente de nouveaux mécanismes et réduit très fortement ses dépenses et son endettement futur (33), les Etats-Unis continuent à s'enfoncer à pleine vitesse dans un endettement croissant. D'ailleurs, pour le semestre à venir, Washington prévoit d'émettre 846 Milliards USD de Bons du Trésor, soit 35% de plus que l'année dernière à la même époque (34).

 

On a vu avec la faillite du fonds d'investissement MF Global comment les maîtres de Wall Street pouvaient s'effondrer d'un seul coup du fait de leurs erreurs de stratégie sur l'évolution des dettes publiques européennes. Jon Corzine n'est pas Bernard Madoff. En terme de sens moral, il doit certes en être proche mais, pour le reste, rien de comparable. Madoff était un franc-tireur de Wall Street alors que Corzine c'est la grande aristocratie : ancien PDG de Goldman Sachs, ancien gouverneur du New Jersey, principal donateur de la campagne Obama pour 2012, pressenti pour remplacer Tim Geithner au poste du Secrétaire d'Etat au Trésor en Août dernier (35), … et de facto l'un des « créateurs » d'Obama en 2004 (36). On touche ici au cœur de la relation incestueuse Wall Street/Washington que dénonce désormais une majorité d'Américains (37).

 

Ainsi en Août encore il apparaissait comme un « intouchable » au sommet de Wall Street ; et pourtant il s'est trompé entièrement sur l'évolution des événements. Il a cru que le monde d'avant continuait et que, comme « toujours », les créanciers privés seraient remboursés « rubis sur l'ongle ». Résultat : des pertes énormes et une faillite qui fait perdre beaucoup d'argent à ses clients et met 1.600 employés à la rue (38).

 

Nous avons annoncé dans le GEAB précédent que nous entrions dans la phase de décimation des banques occidentales. Cette phase a donc bien débuté et les clients de l'ensemble des opérateurs financiers (banques, assurances, fonds d'investissements, fonds de pension (39)) doivent dorénavant se poser des questions sur la solidité de ces institutions. Et comme le montre le cas Corzine, ils ne doivent surtout pas supposer que parce que ces institutions ou leurs dirigeants sont connus et dotés d'une solide réputation, elles sont a priori plus solides que les autres (40). Ce n'est pas la bonne connaissance des règles du jeu financier d'hier (qui a fait leur réputation) qui compte désormais, c'est l'aptitude à comprendre que les règles du jeu ont changé qui est devenue déterminante.

 

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Notes:

(1)    Qui se montent à plus de 45.000 milliards USD en 2010 pour les seuls Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni et Euroland.

(2)    Plus la crise s'aggrave, plus la quantité d'actifs-fantômes augmente. Ce processus continuera jusqu'à ce qu'on retrouve un ratio actifs financiers/actifs réels compatibles avec un fonctionnement socio-économique soutenable, probablement autour des ratios des années 1950/1970.

(3)    Enclenché avec la crise de la dette grecque qui se traduit notamment par un dégagement rapide du système financier de l'Euroland hors du Dollar. Le fait que ce processus ait été initié à l'origine par Wall Street et la City pour « casser » la zone Euro ne fait qu'illustrer à nouveau d'une part l'ironie de l'Histoire ; et d'autre part le fait que lorsqu'une époque se termine, toutes les actions des acteurs du monde qui disparaît se retournent in fine contre eux.

(4)    Même le Financial Times reconnaît désormais que le Dollar US est devenu plus fragile que l'Euro. Source : FT, 04/11/2011

(5)    Nos anticipations sur l'UE et l'Euroland feront parties d'une prochaine livraison du GEAB.

(6)    La seule chose qui a été perturbée sérieusement par la Grèce c'est le plan de communication du président français Nicolas Sarkozy qui comptait faire des sommets européens et du G20 un double tremplin pour tenter de regagner de la crédibilité auprès des Français. Or, en la matière, ce fut un double échec : loin d'avoir réglé la crise grecque comme il l'avait annoncé à la télévision, elle lui a explosé à nouveau à la figure à la veille du G20 ; quant au G20, un résultat nul donne la note de son organisateur : zéro ! LEAP/E2020 profite de cette occasion pour confirmer son anticipation du 15 Novembre 2010 (GEAB N°49 ) et maintient que le candidat de l'UMP (Sarkozy ou un autre) ne sera pas au second tour de l'élection présidentielle française de 2012 qui se jouera donc entre le candidat du PS, François Hollande, et la candidate du Front National, Marine Le Pen.

(7)    Et on ne peut que constater que ce sont des décideurs du niveau européen (Mario Monti, ancien Commissaire européen, en Italie et Lucas Papademos, ancien vice-président de la BCE, en Grèce) qui, en Grèce comme en Italie, prennent les rênes du pouvoir consacrant là aussi l'intégration accélérée de la zone Euro y compris au niveau politique. Cette situation va d'ailleurs renforcer l'urgence de réformes institutionnelles démocratiques pour la gouvernance de l'Euroland car les peuples n'accepteront pas plus d'une année encore une telle évolution dont ils ne sont que les spectateurs. Il faut noter que la plupart des citoyens allemands, français, italiens, espagnols, … n'ont pas trouvé du tout aberrante la proposition de référendum grec sur les mesures anti-crises, contrairement à leurs dirigeants. Sans s'en rendre compte George Papandreou a probablement fortement stimulé l'exigence d'un futur référendum trans-Euroland sur la gouvernance de la zone Euro d'ici 2014/2015. Voir à ce sujet l'article de Franck Biancheri publié le 06/10/2011 sur le Forum Anticipolis.

(8)    Le Royaume-Uni en fait directement les frais (nous y revenons dans ce GEAB) qui voit sa marginalisation confirmée et renforcée : il a perdu toute capacité d'influence sur l'Euroland. D'ailleurs, signe des temps, Nicolas Sarkozy s'est permis de violemment rabrouer David Cameron en lui disant que les dirigeants de la zone Euro en avaient assez de l'entendre donner ses conseils pour la bonne gestion de l'Euro alors qu'il est fondamentalement contre la devise européenne. Nicolas Sarkozy n'étant fort qu'avec les faibles, l'indice de « force » de Cameron est donc tombé bien bas ! Source : AlJazeera, 24/10/2011

(9)    Source : Business Week, 14/11/2011

(10) Cela ne signifie en rien que LEAP/E2020 considère que la situation est bonne dans l'Euroland car l'ensemble de l'UE est en fait déjà entré en récession (comme les USA d'ailleurs), car le défi du désendettement public reste ouvert même si les outils se multiplient pour traiter le problème (y compris de nouvelles décotes de dettes publiques) et car la colère populaire (comme ailleurs dans le reste du monde) est en train de s'amplifier en tout cas dans les pays où aucune alternative politique crédible ne paraît possible. Sources : Le Monde, 17/10/2011 ; Libération, 18/10/2011 ; La Tribune, 07/11/2011 ; ANSA, 08/11/2011 ; Spiegel, 11/11/2011 ; Les Affaires, 10/11/2011

(11) Une première historique. Source : Spiegel, 07/11/2011

(12) Les deux tendances vont généralement ensemble chez les leaders politiques : leur euroscepticisme est la plupart du temps un habillage idéologique d'une réalité bien terre-à-terre : leur volonté de continuer à utiliser leur pouvoir comme bon leur semble dans leur pays. De Vaclav Klaus en République Tchèque aux Eurosceptiques conservateurs au Royaume-Uni en passant par l'eurocriticisme récurrent berlusconien et les élites eurosceptiques suédoises, un grand point commun : laissez-nous faire ce qu'on veut dans notre pays et ne venez pas perturber nos citoyens avec des idées venues d'ailleurs. Pour faire passer la chose devant leur opinion publique, il suffit de changer le « nous » majestueux par un « nous » collectif, et on fait croire au peuple que c'est son propre pouvoir que l'intégration européenne remet en cause ! Et ça fonctionne bien en général : regardons actuellement le nombre de citoyens qui à juste titre s'indignent de l'absence de débat démocratique sur les mécanismes financiers mis en place au niveau de l'Euroland pour gérer la crise et qui crient haro sur l'Europe derrière les leaders eurosceptiques de leur pays … alors qu'ils n'ont aucune idée de comment fonctionnent ces mêmes mécanismes dans leur propre pays. Prenons l'exemple de la France où ceux qui dénoncent la main-mise des banques privées sur le processus d'endettement des Etats depuis le Traité de Maastricht, ignorent que c'était déjà le cas en France depuis 1973 !

(13) Source : Spiegel, 31/10/2011

(14) Une « City » que David Cameron décrit comme assiégée par l'Euroland. Au passage, cette déclaration du premier ministre britannique confirme qu'il y a donc bien une guerre entre la City et l'Euro contrairement à ce que disent les médias anglo-saxons. Source : Telegraph, 28/10/2011

(15) Source : Telegraph, 28/10/2011

(16) Source : Guardian, 23/10/2011

(17) Selon LEAP/E2020, l'échec programmé du « British Sonderweg » entraînera d'ici 2020 l'Angleterre à suivre les chemins de l'Ecosse et du Pays de Galles qui eux refuseront de suivre ce « chemin qui ne mène nulle part » … même pas en Amérique ! D'ailleurs, même dans un média eurosceptique comme le Telegraph, où la qualité des analyses parvient à contrebalancer assez souvent l'idéologie, on est bien obligé de constater qu'en cas d'échec de l'Euroland, le Royaume-Uni sera emporté dans une crise encore plus grave que celle qu'il connaît aujourd'hui. Source : Telegraph, 09/11/2011

(18) Cette hystérie britannique devant l'intégration de l'Euroland (appelée outre-Manche « la crise de l'Euro ») s'illustre par des fantasmes délirants publiés dans la presse grand-public, mêlant nostalgie de la victoire de 1945 avec un sentiment de vulnérabilité sans précédent de la Grande-Bretagne. L'axe franco-allemand devenant une machine de guerre anti-britannique. Dans le genre, l'article publié le 31/10/2011 dans le Daily Mail est un « must » ! Et même le Telegraph ne peut résister qui titre le 22/10/2011 sur le « nouvel empire européen ».

(19) L'ancien chef de l'armée britannique en est même désormais à ouvrir le débat sur le potentiel des futures forces armées écossaises dans la perspective du référendum sur l'indépendance prévu d'ici 2 à 3 ans. Source : GoogleNews, 18/10/2011

(20) Et avec un chômage massif et une jeunesse abandonnée à elle-même sans éducation, travail ni perspective d'avenir. Sources : Guardian, 14/11/2011 ; Telegraph, 14/11/2011

(21) Source : Telegraph, 01/11/2011

(22) Qui continue d'ailleurs à décliner rapidement au hit-parade des économies les plus importantes de la planète. Le Brésil est en passe de dépasser le Royaume-Uni cette année. Et la crise financière s'aggravant, le déclin de la City va réduire très fortement la taille de l'économie britannique qui dépend tellement de ce centre financier mondial. Source : Telegraph, 31/10/2011

(23) Source : Guardian, 12/11/2011

(24) Pour mémoire, l'endettement public de l'Italie est seulement égal à 120% de son PIB. Source : Ahram, 12/11/2011

(25) Source : New York Times, 08/11/2011

(26) Source : Newsdaily, 03/11/2011

(27) Outre l'absence de la Chine d'un tel projet, l'annonce se fonde sur une déclaration d'intention sans aucune base détaillée, renvoyant les aspects concrets à plus tard. Mais c'est « promis, juré » : dans un an, il y aura cette union douanière. Les scénarios des films hollywoodiens sont souvent peu réalistes, mais là on touche au conte de fée !

(28) Source : Guardian, 12/11/2011

(29) Même les voix les plus modérées, comme Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité française des Marchés Financiers, reconnaissent désormais qu'il y a bien la guerre entre le Dollar et l'Euro. Source : JDD, 12/11/2011

(30) Cela aura pour conséquence, par ordre d'importance croissante, de réduire encore plus les perspectives électorales pour Nicolas Sakozy, d'accélérer l'intégration financière et fiscale de l'Euroland et de faire avancer l'idée d'un grand emprunt public eurolandais pour se dégager, une fois pour toutes, des marchés financiers anglo-saxons. Cette dernière option sera, selon notre équipe, mise en place d'ici le premier semestre 2013. Nous en détaillerons la nature dans un prochain numéro de GEAB.

(31) Leur sortie du système de chômage aide à faire croire à une embellie sur ce front. Nous ne reviendrons pas sur la « fiabilité » des statistiques US du chômage puisque nous l'avons déjà amplement fait dans plusieurs GEAB. Deux faits s'imposent : l'année dernière à la même époque 75% des chômeurs étaient indemnisés contre seulement 48% aujourd'hui ; et plus de 26 millions d'Américains entrent désormais dans la catégorie des personnes sous-employées (un record historique). Sources : CNBC, 05/11/2011 ; Business Insider, 20/10/2011

(32) Ces phénomènes sont toujours soudains car essentiellement psychologiques.

(33) Sauf en France où Nicolas Sarkozy, avec son premier ministre François Fillon, continue à dégrader les finances publiques, en multipliant les « mesurettes » sans efficacité de long terme dans l'espoir de servir sa réélection. Il y a du Berlusconi chez cet homme-là ! La Commission européenne a d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme à ce sujet.

(34) C'est trois fois la totalité des dettes publiques de la Grèce avant décote ! Source : ZeroHedge, 01/11/2011

(35) Source : New American, 05/08/2011

(36) Un autre point commun entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy, ces deux représentants du monde d'avant la crise : leur intimité avec le secteur financier. Sources : Le Monde, 22/10/2011 ; Minyanville, 04/11/2011

(37) Et cette faillite montre que tout continue à se passer à Wall Street comme avant 2008, malgré les soi-disant mesures de contrôle du secteur financier adoptés par les autorités US. Cette affaire va avoir un impact politique profond sur le contexte électoral 2012 aux Etats-Unis. Sources : CNBC, 01/11/2011, USAToday, 18/10/2011

(38) Source : FINS, 11/11/2011

(39) Par exemple, ABP, le plus important fonds de pension des Pays-Bas, va devoir réduire ses versements aux retraités du fait des pertes de ces derniers mois. C'est une conséquence très concrète de la disparition des « actifs-fantômes ».

(40)        On constate d'ailleurs une inquiétude croissante chez les investisseurs des sociétés financières de New York et Londres. Source : Huffington Post, 12/11/2011

Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à penser…

(Rubrique anti-islamophobie)

Langue

Un hadith (ou logion) de Muhammad :

La langue arabe n’est, pour chacun de vous, ni un père ni une mère : celui qui parle arabe est Arabe.

Divers

Badiou : Entretiens

Cela peut arriver à n’importe qui. N’importe qui peut être saisi par un événement politique, n’importe qui peut être saisi par l’amour. Quand nous sommes engagés dans une procédure de vérité, nous sommes saisis par elle et nous observons la maxime de fidélité à cette procédure. Il n’y a pas d’autre impératif éthique que « Persévérez! Persévérez dans votre fidélité! »

Je soutiens la formule de la fidélité comme « discipline à l’indiscipline de l’événement ». Je crois avoir montré que la fidélité est une errance, un trajet sans concept, ou encore — Mallarmé — « le hasard vaincu mot par mot ».

Finalement, il s’agit de répondre à une question intimidante : que vaut notre temps? Car il ne vaut, philosophiquement, que par les quelques vérités qu’il prodigue. Nietzsche a raison : ce qui vaut d’une époque est ce qui supporte l’idée d’un retour éternel. La philosophie anticipe ce retour, en saisissant à leur naissance les vérités, en les tournant vers leur intemporel destin.

 

Ce livre est le premier volume d’une série qui rassemblera l’intégralité des entretiens donnés par Alain Badiou, des années quatre-vingt à aujourd’hui.

 

Traduit de l'anglais par Isabelle Vodoz - 272 pages, 22 euros


Bruxelles : Nouvelles figures de la résistance ?

SAMEDI 10 décembre 2011. Grand Varia

 

Joseph Brodsky, figure de la résistance poétique, a été condamné aux travaux forcés pour «parasitisme social » en URSS, puis contraint à l’exil en 1972.

Dans le cadre de l’accueil de Les Concerts Brodsky de Dirk Roofthooft et Kris Defoort (les 7, 8 et 9 décembre), le Théâtre Varia, en partenariat avec LOD, propose un débat sur Les nouvelles figures de la résistance qui tentera de considérer la complexité des formes historiques de la résistance et d'envisager ses formes actuelles. A 17h, la projection du documentaire de Loredana Bianconi  - Do you remember revolution -  aura lieu en présence de la réalisatrice et de Susanna Ronconi, ex militante des Brigades rouges, sortie de prison et qui peut pour la première fois quitter l’Italie. Cette projection sera suivie à 20h30 d’un débat en leur présence. Y participeront également François Nicolas (compositeur de musique « contemporaine », philosophe et fondateur du site « Egalité 68 »), Paul Hermant (chroniqueur et membre du G-1000), John Vandaele (journaliste au magazine MO et auteur), des « dégagistes », des amis du Comité invisible, et des indignés de toutes sortes. Ivana Momcilovic en sera la modératrice.

 

Si on conçoit qu’il n'y a pas de pouvoir sans domination, on ne peut pas davantage concevoir qu’il y ait de résistance sans domination, et de domination sans résistance : les trois termes- résistance, pouvoir et domination -  sont corrélés l’un à l’autre et ouvrent invariablement sur les catégories et les figures suivantes :

La résistance par la dénonciation et le déni de la situation existante dont  la figure centrale est la figure du dissident. Entre l’avenir dont il rêve et l’héritage avec lequel il veut rompre, est-il capable d’apporter une force nouvelle ou de réaliser un présent nouveau ?

La résistance par la non-gouvernance et l'indiscipline dont la figure centrale est le déserteur. Celui-là est-il capable de définir sa propre ligne contre celle qui lui est imposée ?

La résistance par la rébellion face à une domination dont la figure centrale est le Héros de la Résistance.  Que devient  à terme le processus de cette forme de résistance, dès lors que les contextes changent ?

Peut-on concevoir aujourd'hui de nouvelles figures de la résistance, dans leurs définitions et dans leurs organisations, en dehors de ces trois figures ? Qu’y a-t-il de réellement nouveau dans la figure résistante des années 70 et où en sommes-nous quelque quarante ans plus tard ?

 

PROGRAMME DU SAMEDI 10 DECEMBRE

 

A 17h Projection de Do You Remember Revolution, un documentaire de Loredana Bianconi.

Docteur en Art, Communication et Spectacle à la Faculté des Lettres et de Philosophie de Bologne, Loredana Bianconi réalise des émissions pour la RAI3, des documentaires dont La Mina (1989) ou Do You Remember Revolution (1997), et des courts métrages, comme La vie autrement (2005).

Adriana, Barbara, Nadia et Susanna ont 20 ans quand elles décident d'entrer dans la lutte armée, de quitter leur vie sociale et leur famille pour faire de la révolution le centre et le but de leur existence. Elles réapparaissent après de longues années de prison, elles essayent de raconter chacune leur expérience. Elles parlent des raisons politiques qui les ont d'abord soutenues, des conflits, des doutes, des déchirures qui ont marqué leur vie.

Rencontre à l’issue de  la projection avec l’une des femmes du reportage, Susanna Ronconi (Turin) et  Loredana Bianconi, la réalisatrice.

 

19h30-20h30 : pause repas

 

À 20h30 :  débat mené par Ivana Momčilović.

 

Ivana Momčilović se définit comme une « ouvrière en art ». Par formation, elle est dramaturge. En 1991, au commencement de la guerre en RFS-Yougoslavie (son pays natal), elle arrête d’écrire de la fiction pour y revenir ensuite. Elle poursuit actuellement des recherches sur les relations entre politique et fiction, intitulées Structure matérialiste de la nouvelle fiction émancipatoire.

Amplifiées par les réseaux sociaux, on voit aujourd’hui apparaître des nouvelles formes de contestation partout dans le monde, du « printemps arabe » au « Occupy Wall street », en passant par les « indignés » et les « dégagistes » d'Europe. Le débat tentera de considérer la complexité des formes historiques de la résistance et d'envisager ses formes actuelles, en évitant l'écueil de la « garantie de résultat » des partisans de la non-résistance et du « laissez faire, laissez aller ».

Peut-on concevoir aujourd'hui de nouvelles figures de la résistance, dans leurs définitions et leurs organisations, en dehors de ces trois figures du héros, du déserteur et du dissident ?Il s'agit de rompre avec les discours qui voient dans chaque nouvelle forme de résistance le danger qu'on passe simplement d'une forme de répression à une autre, et qui offrent  ainsi un alibi cynique à la prolongation de la situation existante comme étant « la moins mauvaise possible».  Une nouvelle politique d'émancipation impliquerait que la résistance prenne des formes nouvelles : de nouvelles tentatives pour transformer le gouvernement des gens en gouvernement des choses ? Entre «le sujet réactionnaire» et les figures emblématiques de la résistance historique des panthéons, y a-t-il une place pour penser la rébellion de tous, pour les « révoltes logiques », dans un renversement dialectique de la négation en une nouvelle affirmation ? Et quel serait le rôle de ces nouvelles figures de la résistance, du point de vue du potentiel libérateur et rebelle de tous, au-delà de la dichotomie du commandement et de la soumission ? (présentation des hypothèses sur les Nouvelles figures de résistance?, par Ivana Momcilovic)

INTERVENANTS ET PARTICIPANTS :

      Loredana Bianconi / Susanna Ronconi

      Paul Hermant, chroniqueur, membre du G-1000, mouvement basé sur la conviction que les citoyens ont quelque chose à dire sur le fonctionnement de la société, même entre deux élections.

      François Nicolas  (compositeur sérialiste, philosophe, chercheur, fondateur du site et de la revue Égalité '68 dédié à la réflexion sur les nouvelles postures d'émancipation, cofondateur de l’ensemble de musique contemporaine et de la revue Entretemps, compositeur en recherche à l'Ircam. Il travaille actuellement à un vaste projet compositionnel sur Mai 68 : Égalité ’68, il anime différents séminaires (musique & : mathématiques / psychanalyse / philosophie / histoire…), enseigne la musique contemporaine à l’École normale supérieure (Paris). Il vient de terminer un vaste ouvrage Le monde-Musique (et son écoute à l’œuvre).

      John Vandaele : journaliste au magazine MO et auteur d’ouvrages (éd. Houtekiet) sur  la lutte pour le travail décent (2009, avec Dirk Barrez), sur le néolibéralisme et la mondialisation (2007) et les institutions économiques internationales (2005).

      Des « dégagistes » : auteurs d'une nouvelle réflexion sur la démocratie (« Tous unis contre la démocratie ! », 2010) et du « Manifeste du dégagisme » (Collectif MANIFESTEMENT, Maelström édition, 2011), ils se disent les contemplateurs du vide politique qui devient matière première d’une politique d’émancipation.

      Des amis du Comité invisible, à qui l'on doit notamment « L'Insurrection qui vient » (La Fabrique éd., 2007), sombre et implacable constat post-situ aux conclusions alarmantes.

      Des indignés issus du livre de Stéphane Hessel (Indignez-vous !, éd. Indigène, 2010 ) qu'on ne doit plus présenter.

      D'autres indignés, auteurs du journal et du blog « Le dignitaire ».

      Les rédacteurs d’un numéro spécial du 10 décembre du  Répondeur (journal politique et polémique), entièrement consacré à l'interruption de la pièce « L'Insurrection qui vient » lors de sa présentation au Théâtre national en 2010.

 

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