Qui vive ? Le communisme !
![]()
« une question intimidante, une question que personne encore au
monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle :
Qui vive ?… » J. Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la
délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme
commun à tous dans l’avenir. »
R. Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je
suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons
au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non
pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » B. Brecht (1932)
« Il a existé des communes et des communistes de tout
temps ; il en existera toujours. »
J. Steinbeck (1936)
« Je suis communiste
par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme
intelligent. » J. Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété
africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles,
précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)
« Je suis d’un
village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et
à la carrière, aiment bien le communisme. »
M. Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le
vrai nom du réel comme impossible. » A. Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas
ne pas être communiste. » B. Sobel (2011)
« Je reprends à partir du mot “communiste”. » J.-M. Gleize (2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique
diffusé
le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction :
François Nicolas [ƒNi]
Numéro 12 : 27 novembre 2011
(fichier format
pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/12.pdf)
Sommaire :
Égypte.............................................................................................................................................. 2
Mots d’ordre.................................................................................................................................. 2
Situation actuelle…........................................................................................................................ 3
Maroc............................................................................................................................................. 10
Les manifestations de dimanche dernier....................................................................................... 10
Élections...................................................................................................................................... 10
Boycott :
"Moi, je ne voterai pas!"................................................................................................ 11
Un point
intéressant d’histoire….................................................................................................. 14
France............................................................................................................................................ 16
SDF : « Piqué », comme « a voté ! »............................................................................................ 16
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à
penser…...................................... 19
Vérité........................................................................................................................................... 19
Jihad............................................................................................................................................ 19
Divers............................................................................................................................................. 20
Parution....................................................................................................................................... 20
La “racine” imprécatoire
de BHL….............................................................................................. 20
« Esquisse du communisme (les singularités de sa
dialectique égalité/liberté) » (suite)................... 21
Avant d’attaquer l’actualité proprement dite, une petite récréation « musicale » en langue arabe…
Apparition d’une nouvelle
variante du schème générique : « Le peuple veut faire tomber… »
Rappel : le schème doit se traduire par « Le
peuple veut faire tomber/chuter X ou Y » plutôt que par « Le peuple
veut que X ou Y tombent » ou « Le peuple veut la chute de X ou
Y ».
La différence se lit dans la forme IV du verbe arabe,
laquelle spécifie une dimension dite « factitive » de l’action
signifiée par la forme I de base : soit,ici, tomber/chuter (I) → faire tomber/chuter (IV).
« Le peuple veut faire tomber le Maréchal [Tataoui] ! »
ach-chaεb
yu-rîd is-qâ/Til-mu-chîr
qui, scandé, donne
ceci :

voir l’enregistrement http://www.egalite68.fr/Qui-vive/Marechal.mp3


Le panneau brandi par le jeune, à gauche de la
photo, dit pour sa part :
« Rends le pouvoir, agent d’Israël, en
sorte que nous t’exécutions place Tahrir ! »

Et voici un slogan plus ancien, relevant du dialecte - j’en donne une transcription en arabe littéraire.
![]()

enregistrement http://www.egalite68.fr/Qui-vive/Releve.mp3
[ƒNi] Remarquer en
particulier :
"Nous sommes un
véritable Etat populaire qui se réapproprie le contrôle de la rue"
Une "alliance des
comités des jeunes de la révolution" et des "comités de la
révolution"…
Égypte. Notre envoyé spécial au Caire témoigne
Une
nuit avec les révoltés de la Place Tahrir
le
24.11.11 | 01h00
Par
réflexe naturel, les comités populaires révolutionnaires se mettent en
place rapidement. Chacun sait ce qu’il doit faire. Comme au «bon vieux temps»
de la révolution, en janvier dernier.
Le Caire.
De notre envoyé spécial
Fort
de leur expérience acquise durant les dures épreuves qui ont précédé la chute
de Moubarak, «chabab et-thaoura» (les jeunes de la révolution) s’organisent
spontanément.
Contrôle de tous les accès menant à la place Tahrir
par des volontaires, installations d’un hôpital de campagne avec des médecins
et infirmiers volontaires. Les sirènes des ambulances rivalisent avec les cris
des manifestants : «Echaâb yourid iskat el mouchir» (le peuple veut la
chute du maréchal).
Le
maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, 76 ans, président du Conseil suprême
des forces armées qui dirige le pays depuis le 11 janvier dernier, est
dans le viseur des manifestants. Son départ est expressément exigé. Il est même
assimilé à l’ancien président déchu : «Tantaoui = Moubarak» peut-on lire
sur plusieurs banderoles et autres graffitis, sur la place Tahrir. Retournement
de l’histoire. La légitimité du maréchal Tantaoui, acquise lors de la descente
de ses troupes dans les rues pour protéger les manifestants des nervis de
l’ancien régime, est fortement entamée. Il est désormais dans la même situation
que Moubarak.
«C’est
une oligarchie militaire bureaucratique qui veut tuer la révolution et
s’emparer du pouvoir. Les Tunisiens ont déjà mis en place des institutions
démocratiquement élues, alors que nous, nous vadrouillons dans une interminable
phase de transition et sans issue», commente Abdelhamid, membre du comité de
campagne pour la candidature de Mohamed El Baradei à la présidentielle. «Nous
ne sommes pas sortis, finalement, de l’ancien régime. Les forces de police
tuent comme au temps de Habib El Adli (ancien ministre de l’Intérieur, en
prison). L’armée n’a pas compris que l’Egypte est entrée dans une nouvelle
phase historique et que les Egyptiens veulent rompre définitivement avec le système
qui a asservi le peuple pendant plus d’un demi-siècle. El mouchir (le maréchal)
agit avec les réflexes anciens», ajoute Abdelhamid. Ce dernier, qui rejoint ses
camarades pour mettre en place le dispositif logistique pour le campement,
alors que des fourgons arrivent, remplis de couvertures, de médicaments et
surtout des dizaines de caisses de vinaigre pour se prémunir des effets des gaz
lacrymogènes.
Les
manifestants se groupent selon leur appartenance politique, mais unis par un
même slogan : «Non au pouvoir des militaires, le pouvoir aux civils.» Ils
sont environ 50 000 manifestants, une nuit blanche révolutionnaire au
sanctuaire de la révolution. Hommes, femmes, filles, garçons, communistes,
libéraux, nassériens, islamistes, coptes et musulmans. On remarque également la
présence de quelques imams de la célèbre mosquée El Azhar. Des «barrières»
humaines se forment pour empêcher la police de pénétrer sur la place et disperser
le gigantesque rassemblement. Subitement, l’emblématique place Tahrir renoue
avec la ferveur révolutionnaire.
«Nous sommes résolus à défendre notre
révolution jusqu’au bout, quitte à laisser nos vies ici, place Tahrir», nous
lance Houda, 35 ans, vêtue de sa blouse blanche, gants et masque à gaz sur
le visage. Elle est infirmière volontaire, venue secourir les blessés. «Les
bombes lacrymogènes provoquent beaucoup d’évanouissements. Certains supportent
difficilement le gaz. Une jeune femme a failli mourir étouffée. Ici, à chacun
sa tâche. Nous sommes un véritable Etat populaire qui se réapproprie le
contrôle de la rue. Nous n’accepterons pas que les forces de répression du
ministère de l’Intérieur ni les forces militaires nous délogent d’ici», nous
déclare fièrement cette infirmière qui passe la nuit sur la place Tahrir, à
porter secours aux manifestants.
La
panique s’empare de la place, lorsque des rumeurs circulent sur l’utilisation
de gaz toxique prohibé. «Des dizaines de personnes s’évanouissent. Ce n’est pas
normal, la police militaire fait usage de gaz non conventionnel. Il sort des bouches
du métro», alerte un jeune du Mouvement du 6 avril. Fort heureusement pour
les manifestants, il ne s’agit que d’une rumeur. Les forces de l’ordre,
stationnées sur le boulevard Mohamed Mahmoud menant vers le ministère de
l’Intérieur, lancent des bombes lacrymogènes, faisant plusieurs blessés,
notamment les femmes présentes en force. La tension monte d’un cran quand un
jeune annonce, avec un mégaphone, le décès d’un manifestant touché par balle,
la veille, qui a succombé à ses blessures. Des jeunes filles fondent en larmes.
«Honte à vous Tantaoui», lance Zaineb, mère d’une victime de la révolution du
25 janvier, venue passer la nuit à Tahrir. «Nous n’allons pas nous
laisser voler la révolution pour laquelle des centaines d’Egyptiennes et
d’Egyptiens ont donné leur vie», poursuit-elle.
Une
situation révolutionnaire gérée par une armée réformiste
A
ce moment-là, vers 21h, le maréchal Tantaoui s’apprête à faire un discours pour
désamorcer la situation. Le peuple, sur la place Tahrir, met la barre très
haut : départ de l’armée du pouvoir, mise en place d’un conseil
présidentiel civil, d’un gouvernement de salut national, accélération du
jugement du clan Moubarak et élaboration d’un calendrier politique permettant
la dotation du pays d’institutions démocratiquement élues.
Des revendications
soutenues par les forces politiques cairotes, à l’exception de la confrérie des
Frères musulmans et, sans raïs politique, le Parti pour la justice et la
liberté, qui
ne cache pas ses réticences vis-à-vis de cette seconde révolution. Les «Frères»
craignent l’impossibilité de la tenue des élections législatives prévues pour
lundi 28 novembre dans ce climat de tension, estimant que c’est leur
chance de remporter largement la victoire.
Quand
le maréchal, en tenue militaire, vieillissant, apparaît sur les écrans de
télévision, les masses, sur la place Tahrir crient à tue-tête : «Irhal, Irhal,
Irhal ya mouchir ya mouchine.» Il annonce avoir accepté la démission du
gouvernement de Issam Charef, la tenue des élections dans les délais prévus et
fixe la tenue des élections présidentielles avant le 30 juin 2012. Il dit
ne pas vouloir rester indéfiniment au pouvoir, mais il conditionne son départ
par un référendum populaire. A peine son discours terminé, la place Tahrir se
soulève comme un seul homme et reprend en chœur : «Irhal, Irhal, Irhal.»
Je rappelle :
![]()
L’intervention
du chef de l’armée n’a pas du tout convaincu. «Ça nous rappelle le premier discours
de Moubarak», crie un groupe de manifestants. «Il était pendant plus de
18 ans ministre de la Défense de Moubarak !», s’exclame une jeune
étudiante.
La
rupture est définitivement consommée entre le peuple de Tahrir et le Conseil
suprême des forces armées, à sa tête le maréchal Tantaoui. Fin de lune de miel
fracassante. Normal. Impossible de tenir plus que cela.
«Un peuple révolutionnaire
dirigé par une armée réformiste», résume Mahmoud du Parti nassérien El Karama.
L’alliance des comités des jeunes de la révolution décide de camper sur
la place Tahrir jusqu’à la chute de Tantaoui. Une nouvelle épreuve. «Nous
devons rester vigilants pour faire aboutir notre révolution», lance Nancy à ses
camarades. «Nous avons de l’expérience, rappelez-vous les durs moments de
janvier, nous devons tenir encore et surtout nous ne devons pas oublier nos
martyrs. Si nous cédons, ils se retourneront dans leurs tombes», leur
lance-t-elle encore pour les galvaniser.
Le
Caire s’enfonce dans la nuit, tandis que place Tahrir, les comités de la
révolution s’affairent à affronter une autre journée de lutte. Les troupes
des manifestants se reposent, certains s’endorment alors que d’autres montent
la garde. On annonce le déploiement des troupes militaires pour mercredi.
Effectivement, hier vers 16h, trois blindés de l’armée prenaient position aux
abords de la place Tahrir.
De violents affrontements éclatent de nouveau. Le
risque d’un embrasement est à craindre. L’armée, qui voudrait déloger les
manifestants de ce sanctuaire de la contestation, risque de se heurter à la
détermination du peuple et replonger le pays dans l’ambiance guerrière du
28 janvier passé. Une journée que les Egyptiens ne sont pas près
d’oublier.
Les
affrontements du début de la semaine réveillent ce douloureux épisode.
L’assassinat de plus de 30 personnes, tombées sous les balles assassines
de la police militaire lors des affrontements de samedi passé, a plongé tout le
pays dans l’émoi et a provoqué une grande colère. Mais pas seulement. Ces
douloureux évènements rappellent aux Egyptiens une période qu’ils croyaient
révolue. Ils se sont rendu compte que le régime incarné par le président déchu
Hosni Moubarak n’est pas totalement déboulonné. La marche de la révolution vers
une Egypte débarrassée du régime despotique se trouve à la croisée des chemins.
Le grand soir risque d’être douloureux, au pays du fleuve éternel.
L’imam d’Al Azhar appelle la police à ne pas tirer sur les manifestants
Le
grand imam d’Al Azhar, plus haute institution de l’islam sunnite, qui siège au
Caire, a appelé hier la police à ne pas tirer sur les manifestants et l’armée,
au pouvoir, à éviter les affrontements «au sein d’un même peuple». L’imam Ahmed
Al Tayeb a appelé «les chefs de la police égyptienne à donner des ordres immédiatement
pour que les armes ne soient plus dirigées contre leurs frères (les
manifestants, ndlr)», et «les forces armées à faire en sorte de prévenir
tout affrontement entre les enfants d’un même peuple», dans un enregistrement
sonore diffusé par la télévision d’Etat. « En même temps, Al Azhar appelle
nos fils à la place Tahrir et sur toutes les places d’Egypte à préserver le
caractère pacifique de leur révolution, quels que soient leurs sacrifices et
les difficultés et à ne pas s’attaquer aux biens publics et privés », a
poursuivi l’imam. Dans un communiqué au ton inhabituellement ferme, Al Azhar
«rappelle que tout dialogue entaché de sang est maudit et aura des retombées
amères sur tout le monde».
Hacen
Ouali



Panneaux électoraux à
Héliopolis
Intéressant point de vue de
Mahmoud Hussein (pseudonyme de deux égyptiens d'origine marxiste et formant
équipe depuis la fin des années 50 - l'un d'eux est le frère de Benny Levy,
depuis longtemps converti à l'Islam).
J'ai découvert l'Égypte, dans
les années 60, par leur livre publié chez Maspéro: "Luttes de classe en
Égypte"
Cette tribune libre situe le
retournement de conjoncture à la manifestation interconfessionnelle du 9
octobre et met l'accent sur "les jeunes révolutionnaires, organisés en de
multiples groupes, associations et comités, implantés partout dans le
pays". Selon ce point de vue, une seconde étape de "la révolution
égyptienne" est ouverte depuis le 18 novembre.
Pourquoi
la place Tahrir brave les fossoyeurs de la révolution
Ce mardi soir, place Tahrir, cœur battant de la révolution,
les centaines de milliers d’Egyptiens qui manifestaient, dans un nuage de gaz
hautement toxique, ont distraitement écouté le discours désincarné du maréchal
Tantaoui. Leur réponse : «Dégage !»
Ils opposent depuis sept jours leur magnifique courage
à une répression aveugle. Ils nous disent qu’ils ne considèrent plus le
Conseil supérieur des forces armées (CSFA) comme le protecteur de leur
révolution, mais comme son fossoyeur. Qu’ils ne font plus confiance aux partis
politiques traditionnels pour les représenter face à ce Conseil. Qu’ils
reprennent en mains le sort de la révolution. Le tournant de cette nouvelle
situation : le 9 octobre 2011.
Ce jour-là, une manifestation, autorisée par les
autorités, est organisée pour protester contre les attentats répétés visant les
lieux de culte coptes. Marche pacifique, mêlant hommes, femmes et parfois
enfants. L’élément chrétien domine, mais les musulmans sont nombreux à
participer en solidarité. Soudain, plusieurs voitures blindées de l’armée, qui
tournaient jusque-là autour des manifestants, foncent brusquement sur eux.
Elles fauchent ceux qui se trouvent devant elles, puis, opérant un demi-tour,
repassent sur les corps broyés, en écrasant d’autres manifestants. Cependant
que des soldats tirent à bout portant sur ceux qui tentent d’arrêter le
massacre… 27 jeunes, chrétiens et musulmans, meurent en quelques minutes.
La scène a été filmée en direct, dans ses moindres détails, par des dizaines de
téléphones portables. Dans le pays, le prestige de l’armée est en chute libre.
Jusqu’à ce jour, elle s’enorgueillissait de n’avoir
pas tiré sur le peuple au cours des journées révolutionnaires ; elle puisait,
dans ce titre de gloire, sa prétention à parler au nom de la nation et sa
légitimité à conduire la phase de transition vers un régime démocratique. Le
9 octobre, elle a perdu sa virginité. Après la boucherie, aucun membre de
l’institution militaire n’a été inquiété. Une «commission de vérification des
faits» a été nommée, dont les conclusions conduiront peut-être à une plainte
contre X. Mais plus personne n’évoque, en haut lieu, les morts et les
blessés. On s’attend à voir peu à peu retomber l’émotion populaire. L’attention
générale doit se reporter sur un autre événement : les toutes proches élections
législatives…
C’est contre ce calcul que les réseaux de jeunes
militants révolutionnaires s’insurgent. Du nord au sud du pays. Ils veulent non
seulement rétablir la vérité des faits sur le drame du 9 octobre, mais en
tirer les conclusions politiques qui s’imposent : le Conseil militaire n’est
pas en train de conduire une transition vers la démocratie, mais une
restauration de l’ancien régime sous un vernis de démocratie. Après des mois de
manœuvres dilatoires, en effet, les intentions du CSFA sont clairement
affichées. S’étant emparé par effraction de tous les pouvoirs de l’Etat, il
signale qu’il ne compte pas les remettre à un pouvoir civil. Il entend garder à
l’institution militaire la prééminence politique qu’elle a acquise à la faveur
du coup d’Etat nassérien de 1952. Il est prêt à y mettre les formes, mais à
condition de sanctuariser son périmètre de pouvoir régalien qu’il cherche à
faire graver, en tant que privilège historique, dans le marbre constitutionnel.
Il ne s’agit pas seulement, pour le Conseil, de préserver la seule forme de
gouvernance qu’il comprenne - celle du commandement hiérarchique, impliquant
l’indiscutabilité des ordres venant d’en haut et l’obéissance absolue exigée
d’en bas. Il s’agit aussi, et par là même, de sauvegarder l’intouchabilité des formidables
privilèges économiques que le régime de Moubarak a accordés à l’armée : des
pans entiers des secteurs d’Etat, bancaire, industriel et agricole, gérés selon
une discipline militaire, et dont les membres du Conseil retirent des fortunes
soustraites à tout contrôle civil et non imposables.
C’est pour tenter de préserver ses privilèges que le
Conseil, qui a toujours prétendu qu’il finirait par remettre le pouvoir à des
autorités civiles démocratiquement élues, n’a cessé de renvoyer ce dénouement à
un improbable avenir. Il a fait des prochaines élections un parcours
d’obstacles, miné par la complexité de listes électorales où tout le monde se
perd et jalonné d’échéances successives dont le terme reste brumeux.
Finalement, il a voulu imposer une Charte constitutionnelle, appelée à corseter
d’avance la prochaine Assemblée constituante, dans laquelle les forces armées
n’auraient pas de compte à rendre à la représentation populaire.
Le fait est que les partis politiques
traditionnels, aussi bien religieux que laïques, de droite comme de gauche, ont
joué le jeu. Ils ont accepté le marchandage, sur les charcutages électoraux
comme sur la Charte constitutionnelle. Avec l’espoir de fréquenter enfin les
allées du pouvoir, ils ont placé le processus électoral au-dessus de ce qui se
passait dans le pays profond. Dans cette perspective, ils ont notamment tourné
la page du massacre du 9 octobre, comme s’il ne s’agissait que d’une
bavure sans conséquences…
Ce sont les jeunes révolutionnaires, organisés en
de multiples groupes, associations et comités, implantés partout dans le pays,
qui ont sonné le tocsin de la patrie en danger. Eux ne sont pas partie prenante
des marchandages. Le Conseil militaire a d’ailleurs compris, depuis longtemps,
qu’il ne pouvait avoir de dialogue avec eux. Ils ne parlent pas le même langage
que lui. Eux sont là pour faire fructifier les initiatives de la base, lui n’a
pour souci que de les briser. Il dispose à cette fin des instruments de l’état
d’urgence, qui reste illégalement en vigueur. Et en particulier de la
scandaleuse pratique consistant à traduire des civils devant des tribunaux
militaires.
Près de 15 000 hommes et femmes, mais surtout des
jeunes, sont déjà passés devant ces instances d’exception, soustraites à tout
contrôle légal extérieur, et en principe réservées aux seuls militaires. Les jeunes
militants sont arrêtés n’importe où, dans la rue, en manifestation, chez eux,
avec ou sans motif, «jugés» dans l’arbitraire le plus total. Souvent après
avoir été humiliés, frappés, torturés. Pour quelques-uns qui s’en sortent, des
milliers écopent de peines de cinq, dix, quinze, parfois vingt-cinq ans de
prison. Contre lesquelles ils ne peuvent pas interjeter appel… Ces tribunaux
d’exception ont une fonction officielle : sévir en urgence contre les
perturbateurs de l’ordre. Et une fonction officieuse : casser l’élan des jeunes
activistes, tuer l’esprit de rébellion qui les anime.
Cette pratique suscite un malaise largement partagé.
Mais elle a été supportée, comme un mal périphérique, par l’ensemble des partis
traditionnels. Elle n’a commencé à être dénoncée, avec véhémence, comme une
intolérable atteinte aux principes fondamentaux de la démocratie que depuis
quelques mois, avec la mise en place du réseau militant intitulé «Non à la
comparution de civils devant des tribunaux militaires». Ce réseau est animé,
entre autres, par un jeune révolutionnaire de la première heure, Alaa
Abdelfattah, qui vient d’être à son tour traduit devant l’un de ces tribunaux. Il
a refusé de répondre aux questions posées par cette instance qu’il ne reconnaît
pas. Son attitude a commencé à faire des émules parmi les étudiants, les
journalistes, les avocats…
C’est au cours des dernières semaines que les partis
ont commencé à sentir autour d’eux monter l’exaspération populaire. En même
temps que les exigences constitutionnelles du Conseil militaire apparaissaient,
finalement, comme exorbitantes.
Vendredi 18 novembre, les principaux
partis traditionnels, en particulier religieux, organisaient une grande
manifestation, où ils espéraient à la fois contenir l’exaspération populaire et
en faire un instrument de pression sur le Conseil militaire pour l’amener à
réduire ses ambitions… Mais ils étaient déjà débordés. Les premiers à occuper
la place Tahrir, et bientôt les places de dizaines d’autres villes, ont été les
parents des centaines de martyrs ainsi que les milliers de blessés graves des
journées révolutionnaires de janvier-février. Ils sont le souvenir vivant des
espoirs allumés par la révolution, des terribles sacrifices consentis pour la
poursuivre et de la colère lentement accumulée face à ceux qui la trahissent.
La répression sauvage qui s’est abattue sur eux, faisant sans doute plus de
cinquante morts et des milliers de blessés, a mis le point final à cette
première étape de la révolution, celle où le pays a pu faire confiance à
l’armée pour mener le processus démocratique à bon port. Désormais, Conseil
militaire rime avec contre-révolution.
Et la tenue d’élections, organisées sous sa houlette,
alors que les morts continuent de tomber place Tahrir, apparaît aux
manifestants comme une mauvaise plaisanterie. S’il fallait résumer, d’un mot,
le sanglant échec du Conseil, ce mot serait Egypte.
L’Egypte n’est plus ce qu’elle était, mais le Conseil
ne le sait pas. La révolution de janvier-février a bouleversé en profondeur le
paysage politique. Elle a libéré les esprits, à un point que les militaires
sont incapables de saisir. Plus de 10 millions d’Egyptiens, se retrouvant
ensemble sur les places publiques, ont définitivement vaincu la peur. Ils
ont découvert la puissance collective de leurs volontés individuelles réunies.
Ils ont acquis l’inébranlable certitude d’être les seuls dépositaires de la
souveraineté nationale. Ils le disent désormais tout haut : les gouvernants ne
tiennent pas leur mandat d’un décret céleste, ils le tiennent de nous, ils ne
sont rien d’autre que nos mandataires, et ils nous doivent des comptes.
Lorsqu’ils échouent, il faut qu’ils partent.
Dernier ouvrage paru : «Penser
le Coran», Gallimard, 2011.
MAHMOUD HUSSEIN est le pseudonyme commun de Bahgat ElNadi et Adel Rifaat Politologues et écrivains français d’origine égyptienne
Actualité chargée dans le pays peut-être le plus intéressant pour l’avenir à long terme du « Printemps arabe »…
Manifestations toujours très impressionnantes, populaires, disciplinées, diversifiées et enthousiasmantes !
Le 20 novembre 2011, des centaines de milliers
de marocains et marocaines, et malgré les pluies torrentielles, sont descendus
dans les rues pour crier haut et fort:
BOYCOTTONS les "élections"
makhzeniennes du 25 novembre 2011!
Exemple de vidéos des marches du 20 novembre
2011 à 5 jours de la mascarade.
la résistante, à quelques
dizaines de km de l'Europe dont les dirigeants chérissent la tyrannie marocaine
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3JxeEItSMxA
La capitale économique du Maroc
http://www.youtube.com/watch?v=-X4YlT90S8k
capitale
administrative
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=W_2XugidpiI
la capitale minière du
Maroc
http://www.youtube.com/watch?v=Kak9rfb1iLo
(Rif): nord du Maroc
http://www.youtube.com/watch?v=tcNM_okMdgI&feature=player_embedded
http://www.youtube.com/watch?v=fCQxusjR2wY
versant ouest (vers le
Maroc oriental) du grand Atlas
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=1Pu_BdizsPc
le Rif oriental (nord
est du Maroc)
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=mPQY48t_D6E
http://www.youtube.com/watch?v=neg03wDUS6c&feature=player_embedded
coeur du Moyen Atlas
(à quelques km du centre minier), à 30 km de Khénifra lamilitante.
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=SALx2797KsM
vidéo marche 20
Novembre
Le Monde 26 novembre
A Safi,
au Maroc, la campagne législative n'a pas suscité l'enthousiasme
Les habitants de la cité ouvrière,
qui s'enfonce dans la misère, se détournent des partis politiques
Safi (Maroc) Envoyée spéciale
Plus que quelques heures avant le vote. Alors, jeudi
24 novembre au soir, à la veille des élections législatives anticipées organisées
vendredi dans tout le Maroc, les tracts sont jetés par poignées depuis les
voitures en maraude. Dans un geste rageur, un jeune s'empare d'un paquet et le
renvoie par la fenêtre à son expéditeur, un membre du Parti de la justice et du
développement (PJD, islamiste). La mésaventure aurait pu arriver à n'importe
quel autre parti tant, ici, dans ce quartier populaire de Safi, située sur le
littoral atlantique à quelque 300 kilomètres de la capitale, Rabat, la
population paraît bouder la campagne.
" Les candidats n'osent pas sortir, ils ont
peur des gens ", relève Ahmed Tefor, un professeur de français du
lycée, engagé dans la gauche radicale, partisan du Mouvement du 20 février qui
prône le boycottage des élections. Depuis des mois, Safi vit au rythme d'une
actualité dramatique : deux jeunes, membres du Mouvement du 20 février,
considérés comme des " martyrs ", sont morts lors de manifestations ;
neuf autres, issus des mêmes quartiers, ont été reconnus coupables de
l'attentat de Marrakech qui a coûté la vie à dix-sept touristes fin avril, dont
huit Français, et l'un deux, Adil Al Atmani, 25 ans, a été condamné à mort en
octobre.
La cité ouvrière de 600 000 habitants, à forte
tradition syndicale, s'enfonce dans la misère. Des 80 conserveries de sardine d'autrefois,
il n'en reste plus qu'une poignée. Deux usines de textile ont fermé leurs
portes. Ne subsiste que la puissante industrie de transformation des
phosphates, avec des effectifs réduits. Eclipsée par la station balnéaire
d'Essaouira au sud, et par Marrakech à l'est, Safi n'attire pas. Aucune affiche
ne figure sur les emplacements muraux prévus pour les vingt-cinq partis qui se
présentent au vote.
Quartier Zaouïa, au sud de la ville, des enfants
pataugent dans d'immenses mares de boue causées par les pluies récentes.
Alentour, les habitations sauvages ont surgi, au détriment d'immeubles HLM
récents qui n'ont pas trouvé preneurs car trop chers. Les familles se déplacent
sur des carrioles tirées par des chevaux. Le chômage est endémique. En août, un
poste de police a été incendié.
" La campagne est un peu plus difficile que
d'habitude ", concède Mohammed Abouabdillah, permanent de
l'Istiqlal, le plus vieux parti marocain dirigé par l'actuel premier ministre,
Abbas El-Fassi, dominant à Safi. " Nous avions obtenu deux sièges en
2007 - sur six - , nous espérons les garder, poursuit le
militant. On fait tout pour c ela. " " Réellement, je ne pense pas
que la participation dépassera 25 % ", soupire Youssef Mghimimi,
enseignant d'arabe à la prison locale et responsable régional du PJD, qui
espère obtenir un siège. " La précarité est partout,
ajoute-t-il. La richesse existe pourtant, puisque l 'Office chérifien des
phosphates verse 270 millions de dirhams - 24 millions d'euros - de taxe
professionnelle à la commune, mais il y a un problème de redistribution. "
Quartier Kaouki, sur le pas de sa porte, en longue
djellabah, Abderrahmane Amari, 79 ans, n'ira pas voter. C'est le père de Kamel,
mort le 2 juin à l'âge de 30 ans dans des circonstances troublantes, quatre jours
après une manifestation du Mouvement du 20 février au cours de laquelle ce
militant de Justice et bienfaisance, un groupe islamiste toléré mais non
reconnu, avait été interpellé. Selon les médecins légistes et la police, il serait
mort d'une déficience cardiaque. Selon son père, des suites de ses blessures.
" Quand je lui ai demandé ce qui s'était
passé, il m'a répondu : les policiers m'ont frappé, raconte le
vieux fellah (agriculteur). Il avait des traces de coups
partout, il vomissait du sang, je suis resté quatre jours avec lui, j'ai vu son
état. " Le deuxième " martyr ", un chômeur de 38
ans, est tombé du toit de l'ANPE locale au cours d'une manifestation.
Un peu plus loin, le magasin de chaussures d'occasion
d'Adil Al-Atmani, l'accusé principal de l'attentat de Marrakech, reste fermé.
Sa soeur, employée dans un cabinet d'avocats et qui préfère taire son nom,
pleure en plaidant son innocence. " C'est un musulman pratiquant mais
pas un extrémiste, il ne porte même pas la barbe, il venait de se marier et sa
femme a accouché la semaine dernière, sanglote-t-elle. Notre père travaille
en France et le rêve d'Adil était de partir en Europe. Il a passé un mois en
prison au Portugal parce qu'il était parti comme "harraga" - clandestin
- . " Les élections ? " C'est très loin de moi ",
murmure-t-elle.
Très loin, aussi, des jeunes en colère qui se
rassemblent en fin de journée au carrefour de Zaouïa à l'appel du Mouvement du
20 février. Parmi eux, Moustapha Sandia, trotskiste, responsable de la section
locale d'Attac, harangue l'assistance au mégaphone. Son engagement lui a coûté
son emploi au marché de gros.
Isabelle Mandraud
Rappel : En 2007, seul le
tiers des inscrits s'était déplacé pour voter.
[Point de vue exprimé sur
le web] Pour comparer ce qui est comparable, en 2007, il y avait 15,5 millions
de Marocains sur les listes électorales. 37% de participation cela signifiait
5,7 millions de votants. Aujourd'hui, il y a 13,6 millions de marocains sur les
listes électorales et à l'heure actuelle, on nous annonce 45% de taux de
participation soit 6,1 millions de votants. Soit à peine 400,000 votants en
plus ou une evolution de 6%.
Par ailleurs, n'oublions qu'il y a approximativement
21 millions de marocains adultes. 6,1/21 cela donne 29% de participation…
Noter dans les billets qui
suivent :
—
Une nouvelle
variante du Cogito : "Je boycotte, donc je suis" (moins malheureuse
que le "je vote, donc je suis" que formulaient à Paris au printemps
dernier les scouts musulmans de France…). Pour ma part je préfère le "Moi,
je ne voterai pas!"
—
Intéressantes
initiatives, mentionnées dans le dernier billet, où des jeunes interdisent
l'entrée des divers candidats à certains villages miniers. Un boycott donc très
offensif.
—
Ne faudrait-il
pas prendre exemple sur le Maroc pour appeler dès maintenant en France à un
semblable boycott des prochaines élections présidentielle et législative,
peut-être en revendiquant en effet un "Moi, je ne voterai pas!"
plutôt qu'un appel trop indistinct à l'abstention ?
Maroc : cinq mille manifestants à Casablanca pour le boycott des
élections
dimanche 20
novembre 2011
Cinq à six
mille personnes ont manifesté dimanche dans le centre de Casablanca, capitale
économique du Maroc (sud de Rabat), pour le boycott des élections législatives
du 25 novembre, à l’appel du "Mouvement du 20 février", a constaté
l’AFP.
A Rabat, ils étaient environ 2.000 manifestants selon
l’AFP.
A Casablanca, "la manifestation dans le centre
ville, sous une pluie battante, a regroupé entre 5 et 6.000 personnes
dont des islamistes", selon un journaliste de l’AFP.
"Boycottez
les élections", "s’ils votent, ils les enrichissent" (les
députés, NDLR) proclamaient des banderoles tandis que des manifestants criaient
des slogans contre la participation au vote : "Je boycotte, donc
je suis", "Le peuple rejette les élections" ou encore
"les élections, une comédie, boycottez-la".
"En
l’absence d’une constitution démocratique, ces élections sont une perte
d’argent", confiait pour sa part à l’AFP Karim, un étudiant d’une
vingtaine d’années.
Le Mouvement du 20 février, né dans le sillage du
printemps arabe et composé de radicaux islamistes et de gauche ainsi que
d’étudiants et d’indépendants, avait également appelé au boycott du référendum
constitutionnel du 1er juillet dernier.
Proposée par le roi Mohamed VI,
la révision de la constitution prévoit des réformes notamment politiques, mais
elles sont jugées insuffisantes par les partisans du Mouvement du 20 février.
Dans la
foulée du référendum, le roi avait annoncé des législatives anticipées dans
l’espoir de mettre en place des institutions plus modernes, avec un parlement
et un gouvernement dotés de plus de pouvoirs.
(Dimanche,
20 novembre 2011 - Avec les agences de presse)
mercredi 23
novembre 2011
"Moi je
ne voterai pas. Les élections passées ne nous ont rien apporté", affirme
Aziz, un commerçant à Tiddas. Comme nombre d’habitants de ce village berbère
démuni du Moyen Atlas, il compte s’abstenir aux élections législatives marocaines
de vendredi.
La plupart des habitants de ce village de montagne de
3.500 habitants (quelque 100 km à l’est de Rabat), interrogés par l’AFP, se
disent indifférents et parlent d’abstention aux législatives qui ne changeront
pas, pensent-ils, leur quotidien difficile.
Sous une
pluie battante, le souk hebdomadaire du lundi, est un moment très convoité par
les candidats qui viennent faire la chasse aux voix. Mais comme d’autres, Aziz
se montre désabusé.
"Les élections de vendredi, c’est mon dernier
souci, dit-il. Les élections précédentes ne nous ont rien apporté. Regardez
autour de vous, on patauge dans la boue, il n’y a pas routes, pas
d’infrastructures. Moi je ne voterai pas".
Quelques
mois après une réforme constitutionnelle initiée par le roi Mohamed,
massivement approuvée par référendum le 1er juillet, les législatives
auxquelles 13 millions de Marocains sont appelés à participer, vont permettre
aux forces politiques - une trentaine de partis sont en lice - de mesurer enfin
réellement leur poids respectif.
Mais, juge Omar, un marchand de
quatre saisons, "il y a beaucoup de partis, on ne sait pas si on peut leur
faire confiance" et certains sont inconnus.
Des petits
groupes d’une dizaine de militants, se forment à l’entrée du marché et passent
d’une tente à l’autre pour distribuer des tracts appelant à voter pour leurs
candidats.
"Notre candidat est quelqu’un de sérieux. Il est
d’ici, de notre tribu. Il est des nôtres. S’il vous plait, votez pour
lui", lancent des militants en sillonnant les allées du souk. Mais les
marchands et clients de Tiddas semblent méfiants.
"Tout
ça ce sont des mensonges. Tout ce qui est écrit ici, sur ces papiers, ils ne
vont jamais l’appliquer", affirme Nezha, une femme d’une trentaine
d’années. "Ils mangent l’argent de l’Etat. Ils prennent l’argent et
ensuite ils ne font rien".
Plus de 7.000 candidats
participent aux législatives pour renouveler la première chambre du parlement marocain.
D’autres
habitants de ce village aux routes parlent d’abstention : "En fait,
tu as peur d’aller voter et de te faire arnaquer. On s’est déjà fait arnaquer
une fois, deux fois, alors pourquoi voter encore ?", s’emporte
Mohammed, âgé d’une vingtaine d’années.
"Moi je ne vais pas
aller voter, et je le dis la tête haute. Celui pour qui tu votes, il gagne,
puis il s’en va et il t’oublie. Ici on n’a rien", s’indigne pour sa part
Aïcha, une mère de famille.
"Même les ampoules des
lampadaires dans la rue ne marchent pas, et personne ne les réparent", poursuit-elle.
Assis en
tailleur sous une tente au milieu du souk, un vieux commerçant reçoit les
tracts sans y jeter un oeil, tout en servant les clients qui se pressent autour
de lui.
"Je ne sais pas ce que je vais faire de tous ces
papiers. Pour arriver au souk, les gens ont dû nager dans la boue. La route a
été mal faite dès le début. Je ne fais plus confiance à ces candidats",
dit Mohammed, la soixantaine.
Le taux d’analphabétisme au
Maroc atteint 54% en milieu rural. Et selon les derniers chiffres du ministère
de l’Intérieur, au moins 200 candidats députés ne savent ni lire ni écrire, et
862 d’entre eux ont le niveau du primaire.
Le taux de participation est
l’un des enjeux de ce scrutin, soulignent les observateurs, qui envisagent une
percée islamiste à l’instar d’Ennahda en Tunisie.
(Mercredi,
23 novembre 2011 - Avec les agences de presse)
24 novembre 2011
A quelques jours des élections électorales, le Makhzen espère peut-être encore une concrétisation de l’adhésion des marocains à ses réformettes politiques. La campagne électorale bat son plein dans quelques villages miniers du bassin de Khouribga. Non pas que les partis politiques présentent une offre politique différente, ou que les élites y sont particulièrement crédibles….rien de tout cela ! Il s’agit tout simplement du ras le bol de jeunes chômeurs victimes d’un Etat démissionnaire qui a délaissé la majeure partie de ses prérogatives dans cette région. Lors de la précédente campagne référendaire, et dans un contexte politique perturbé, le Makhzen tendu, perdu, a usé de tous les moyens pour assurer une forte participation à la parodie de consultation populaire ! Profitant des conditions de vie extrêmement difficiles des jeunes chômeurs, les autorités publiques -inquiètes à l’idée d’un grand taux d’abstention lors du référendum constitutionnel- n’ont pas hésité à promettre des « emplois pour tous » à ces jeunes chômeurs. Ces derniers devaient en contrepartie s’investir et se mobiliser en faveur de la nouvelle constitution. Aspirant à rompre avec leur vie de misère, les jeunes se sont résignés à faire campagne pour un sujet qui au fond ne les intéressait pas voir très peu. Des semaines après l’annonce des résultats du référendum présentés comme une illustration de l’adhésion populaire spontanée au projet de constitution royale, le Makhzen retente le coup et pousse cette fois les partis à faire campagne dans les villages miniers espérant que son scenario refonctionne à nouveau. Mais…. cette fois ! Les jeunes en ont décidé autrement ! Dans un élan pas très catholique, ils ont refusé de tendre l’autre joue…ils ont pris conscience que leurs villages ne devait plus être le centre d’intérêt des politicards une fois toute les campagnes référendaires. Le Mardi 22 Novembre à Boulanouar, le candidat PI, élu depuis des années dans ce petit village minier, baron local et accessoirement conseiller de M Abbas FASSI s’est vu refusé l’accès avec son équipe de campagne à la bourgade ! Des dizaines puis des centaines de jeunes se sont rassemblés à l’entrée du village pour interdire à l’ensemble des partis politiques de faire campagne chez eux. Ils refusent désormais que l’Etat et une partie servile de la classe politique les considèrent comme des êtres électoraux à la merci et au service du Makhzen. Ce Mercredi 23 Novembre, à une dizaine de kilomètres de Khouribga, précisément à Boujniba, un des plus vieux villages miniers de la région, les jeunes ont fait de même, en mettant des obstacles à l’entrée de la ville pour interdire au président du conseil municipal de Khouribga et candidat UC d’accéder au village avec ses équipes de campagne. A défaut d’une mobilisation générale et d’un débat politique à la hauteur des enjeux auxquels les marocains vont être confrontés, les jeunes du Maroc profond remettent le boycott au centre du débat public. Par leur mobilisation, ils ont réussi à faire du boycott une option éminemment politique représentative des frustrations populaires des habitants de ces régions où l’Etat réduit sa présence au strict nécessaire régalien. Le boycott est pro-actif, il est l’expression du rejet de la médiocrité ambiante et d’une autorité publique qui les assigne à un vulgaire rôle de comparse électoral.
Un billet intéressant (en tous
les cas qui m'a intéressé - je fais alors l'hypothèse qu'il est susceptible
d'intéresser d'autres…)
Le Maroc
est-il le Tibet de la France?

Dans beaucoup de pays, la fête d’indépendance est
considérée comme la fête nationale officielle, sauf au Maroc où cette fête,
commémorée le 18 novembre, est quelque peu marginalisée au profil de la fête du
trône. Celle-ci est célébrée le 30 juillet et elle est même considérée
par les autorités comme la plus importante des fêtes civiles au Maroc. Mais la
vraie raison de cette particularité marocaine pourrait bien se trouver
ailleurs.
La France, ancienne puissance coloniale, ne reconnaît
pas la date du 18 novembre comme date d’indépendance du Maroc, mais plutôt
le 6 novembre 1955. Cette date correspond à la reconnaissance, par le
gouvernement français de l’époque, du principe de l’indépendance du Maroc. On
parle bien ici de principe et, en aucun cas, d’indépendance effective, ce qui
est en soi une nuance de taille, du moins pour les historiens. Alors pourquoi
le choix du 18 novembre 1955 ?
Tout simplement parce que cette date coïncide avec la
célébration de la fête du trône par Mohammed V, sur l’esplanade de la tour
Hassan à Rabat et ce, quelque jours après son retour de l’exil, le 10
novembre. Ce qui, à proprement parler, ne signifie pas pour autant
l’indépendance du Maroc. L’histoire est formelle, le protectorat français au
Maroc aura duré officiellement quarante quatre ans, soit entre 1912 et 1956; ce
qui est, par ailleurs, corroboré par le mandat du dernier résident général
français, André-Louis Dubois (novembre 1955 – mars 1956). Mais laissons parler
l’historien Bernard Lugan:
«Après vingt-sept mois d’exil, le 10
novembre, Mohammed V rentrait au Maroc dans la liesse générale et, un mois plus
tard Si Bekkaï constituait un gouvernement formé de représentants de
l’Istiqlal, du PDI et d’indépendants qui fera accéder le Maroc à
l’indépendance. Le vendredi 2 mars 1956, aux termes de négociations menées en
France, un document était signé par lequel la France reconnaissait
officiellement au Maroc son indépendance et son unité. Le protectorat prenait
donc fin» Bernard Lugan [ in Histoire du Maroc ; éd. Perrin/Critérion,
2000 ; p. 285]
Dans la foulée, l’indépendance sera
officiellement proclamée cinq jours plus tard, soit le 7 mars 1956,
par Mohammed V au peuple marocain. Or cette date symbolique a, semble-t-il, été
marginalisée, comme celle du 18 novembre 1955. Et pourquoi ? Mon hypothèse
personnelle consiste à prendre en compte le contexte politique de l’époque, un
contexte marqué par l’hégémonie du parti de l’Istiqlal (Parti de
l’indépendance). Selon cette optique, célébrer une telle date, c’est en quelque
sorte glorifier un parti politique au détriment de la royauté alaouite.
Par ailleurs, considérer le 7 mars comme fête
d’indépendance et comme mythe fondateur du Maroc moderne, c’est en quelque
sorte faire ombrage à la fête du trône sous l’ère Hassan II : fête célébrée
le 3 mars, c’est-à-dire quatre jours avant la date de la proclamation
officielle de l’indépendance du Maroc.
Comme si, au temps du roi défunt, fête d’indépendance
et fête du trône étaient incompatibles et qu’il fallait sacrifier l’une pour
mieux glorifier l’autre et, de fait, tous ceux qui ont connu l’ère Hassan II se
rappellent bien de ces interminables fêtes du trône qui duraient pratiquement
tout le mois de mars de chaque année !!!
Cinquante cinq ans après l’indépendance officielle du
Maroc, la France continue d’entretenir la même relation incestueuse avec son
ancienne colonie marocaine et, au regard du soutien, sans faille, qu’elle
apporte au régime makhzenien, on peut se demander si l’ancienne puissance
tutélaire a vraiment quitté le Maroc en 1956.
En tout cas, depuis
1912, elle n’y a jamais renoncée. Certes, le Maroc n’est pas le Tibet de la
France, comme cela semble être le cas pour les DOM-TOM et pour leurs
populations indigènes, mais c’est presque comme si le Maroc l’était.
Une enquête sur les psychotiques confiés à la rue : Vive la psychiatrie française !
Ils sont
SDF, psychotiques et « piqués » : qui ça arrange ?
Rue89
Publié le
25/11/2011
Le regard
embrumé, une sexagénaire erre autour de la Halte Femmes, dans le
XIIe arrondissement de Paris. « Elle est sous traitement retard »,
commente Solange, animatrice dans cet accueil de jour depuis quatre ans.
« Elle
a eu son injection hier. »
« La
plupart des gens qui vivent dehors savent ce qu'est l'injection retard »,
affirme Jeff, 31 ans, à la rue depuis sa majorité.
Le
traitement à effet retard, dit « injection retard », est prescrit par
les psychiatres contre les psychoses – notamment la schizophrénie, les troubles
bipolaires et les états limites. Seuls sont concernés les bénéficiaires de la
couverture maladie universelle (CMU).
Cette
injection antipsychotique évite d'avoir à prendre des médicaments tous les
jours. La piqûre libère lentement le principe actif dans l'organisme du malade,
appelé à revenir toutes les deux à quatre semaines pour renouveler sa piqûre.
Jeff :
« Pendant,
les deux-trois premiers jours, c'est sûr qu'on est “out”. »
Jeff, 31
ans, SDF, sur l'injection retard
Un
sans-abri francilien sur trois souffre de troubles psychiatriques
L'enquête Samenta
de 2009 a confirmé la mauvaise santé mentale des SDF d'Ile-de-France et la
surreprésentation des troubles psychiatriques sévères dans la rue. Un tiers des
sans-abri franciliens souffrent de troubles psychotiques (13% de la population
sondée, avec 8,4% de schizophrénie), de troubles de l'humeur et troubles
dépressifs sévères (6,5%) et enfin, de troubles anxieux (12,2%).
Dans les
centres médico-psychologiques (CMP) et accueils de jour spécialisés, on
encourage souvent l'injection retard pour les sans-abri délirants.
Assimilée
à un soin vétérinaire
« J'ai
des exemples de gens qui vont à leur piqûre retard, qui baissent la chemise et
ils s'en vont le plus vite possible », constate Bruno, à l'Unafam, organisme
d'aide aux familles et amis de malades psychiques.
Parfois
assimilée à un soin vétérinaire, l'injection retard a mauvaise réputation.
Les malades
qui sont passés par là ont souvent honte d'en parler. Les témoignages sont
décousus, varient d'une semaine sur l'autre.
Pour Sylvie
et Christiane, infirmières psychiatriques au service santé mentale et exclusion
sociale (Smes) de
Sainte-Anne (Paris XIVe), l'injection retard « est un outil ».
« C'est
comme un marteau : tu peux t'en servir pour accrocher un tableau ou mettre
un coup sur la tête. »
Entendons-nous,
il ne s'agit pas de remettre en cause ici les bénéfices de l'injection retard.
Pour Sylvie, « quand tu as un psychotique qui a des crises d'angoisse
massives, heureusement qu'il a un traitement ». Mais l'injection n'est pas
sans danger pour celui qui vit à la rue, pour l'entourage et les soignants.
« Le
médecin est tranquille »
On ne guérit
pas de la schizophrénie, « on soigne les effets et pas la cause »,
déplore Bruno, de l'Unafam. La plupart du temps, les grands schizophrènes qui
vivent à la rue ne demandent rien, voire refusent les traitements :
« Ce sont
des personnes qui sont souvent dans le déni de cette pathologie. »
L'injection
retard a l'avantage de régler certains problèmes pratiques liés aux conditions
de vie à la rue : elle évite d'aller à la pharmacie, d'avoir à gérer des
ordonnances et tout un tas de paperasse. Elle évite aussi les vols de
médicaments.
La piqûre
étouffe les symptômes délirants, calme les malades agités, agressifs et
prévient des éventuels passages à l'acte. Sylvie constate que l'injection est
« le traitement royal du suivi en ambulatoire ».
« Ça
rassure tout le monde à commencer par le soignant : si c'est sur quinze
jours, le médecin est tranquille. Je ne sais pas si ça rassure le
patient. »
Sylvie et
Christiane, infirmières psy à Saint-Anne, Paris
Il y a
quelques temps, le fils de Bruno a fugué à la rue.
« Son
séjour à la rue, il ne m'en a jamais parlé tant la souffrance a dû être
immense. Il a dû être ramassé par Médecins du monde à Marseille. Il était en
lambeaux. Il s'était fait écraser les pieds dans un parking par une voiture. »
« Une
personne qu'on pique… »
Bruno a
accompagné plusieurs fois son fils pour son injection.
« Le
jour de la piqûre, on retombe de façon peut-être plus difficile que quand on
prend son traitement au quotidien. C'est quand même douloureux au niveau de
l'image. Une personne qu'on pique… »
Parfois
traumatisante pour le patient, la piqûre accentue une mauvaise image chez des
personnes dont l'estime d'elles-mêmes est souvent dégradée. L'injection prive
également la personne du contrôle de son état et de la régulation des médicaments.
Troubles
de l'érection, prise de poids...
D'après
l'enquête Samenta, 26,8% des malades en rupture de traitement mentionnent une
inefficacité du traitement, 20% évoquent une forte contrainte, 18% des effets
secondaires.
« En
général, les mecs arrêtent vite parce qu'ils ne bandent plus. Ça, c'est un
grand problème pour les messieurs qui sont à la rue », lâche Christiane.
Sylvie précise :
« Il
n'y a pas les mêmes effets secondaires en fonction des médicaments. La prise de
poids est énorme avec les antipsychotiques : 50% des patients prennent de
10 à 30 kg. »
« A
la rue, être “out”, ça peut être dangereux »
Les jours
suivant l'injection, le malade est « tassé » pendant deux ou trois
jours. « Et à la rue, être “out”, ça peut être dangereux », commente
Jeff. L'injection rend vulnérable et les malades peuvent être la cible de violence
ou de vol.
« Il
faut vraiment que le type ait des amis qui s'occupent de lui. Si au moins
l'hôpital donnait deux ou trois nuits d'hôtel pour ces jours-là, ce serait
bien. C'est pas ce qui se fait. »
Bruno résume
le dilemme auquel il doit faire face :
« Est-ce
qu'il faut choisir d'être un peu ramolli pendant deux ou trois jours ?
Tassé, recroquevillé. Ou est-ce qu'il faut choisir des angoisses sans fond ?
Des angoisses gigantesques, qu'on ne peut pas imaginer d'ailleurs. Parfois,
j'ai eu dix, quinze appels par jours de mon propre fils tellement il était
angoissé parce qu'il était pas sous traitement. Ou parce qu'il avait
oublié. »
Bruno, de
l'Unafam, sur le danger de la psychose à al rue
Le père a
tranché :
« Moi,
je pense que le soin est indispensable. C'est d'ailleurs le drame des SDF
actuels. »
« Piqué »,
comme « à voté ! »
Mais
l'injection ne fait pas tout. Elle calme les délires mais la validité du traitement
dépend d'un suivi psy régulier et de l'adhésion du malade. Sylvie :
« C'est
une toute petite part de liberté qu'il leur reste encore et la possibilité de
s'affirmer en tant que sujet et pas seulement en tant que malade à traiter ou à
hospitaliser. Le soin ne peut pas être synonyme de contrainte, sinon ça ne s'appelle
pas du soin. »
Les
conditions de vie à la rue et l'évolution de la psychiatrie permettent de moins
en moins de garantir le suivi nécessaire à donner du sens aux médicaments.
Un infirmier
témoigne des
injections retard qu'il effectue à la chaîne :
« Il me
semble que l'on ne soigne que des personnes qui cheminent autour de leur
maladie. Ces rencontres obligées par l'injection retard ont souvent quelque
chose d'un rituel “désaffectivé”. “ A voté ! ” On pourrait aussi bien
écrire “ piqué ”. D'ailleurs c'est ce que l'on fait : “ Clopixen
I.M. : Fait. ” »
La peur
du personnel soignant
Depuis la
fin des années 90, la réforme du diplôme d'infirmier psychiatrique amène sur le
terrain des soignants moins bien
formés.
« Maintenant,
les étudiants arrivent en psy et ils ont peur. A l'observatoire de la violence
sur Saint-Anne, la majorité des infirmiers se sentent en insécurité sur leur
lieu de travail », constate Sylvie.
La peur, le
développement du soin sous contrainte et la promotion du principe de précaution
renforcent une vision sécuritaire de la maladie mentale à la rue.
« C'est
l'équation “folie = danger”. Or, pour rencontrer des gens, il ne faut pas avoir
peur. Ni des symptômes, ni de la folie. »
« Certains
délires aident à survivre à la rue »
Pour Sylvie
et Christiane, il existe une forme de délire protecteur qui aide à survivre la
rue. L'intérêt du malade n'est pas toujours d'annihiler le délire.
« Quitte
à les laisser à la rue – puisque dans les faits, c'est ce qui se passe –, on
peut se dire que quand le délire n'est pas mortifère ou traversé d'angoisse
terrorisantes, certains délires sûrement aident à survivre ».
« Une
fois qu'ils ont fait la piqûre, c'est “ bye bye” »
« Plus
on psychiatrise la précarité et moins on remet en cause la société », concluait Sylvie, il
y a quelques mois.
Faute de
suivi digne de ce nom, l'injection retard n'est plus qu'un moyen comme un autre
de garantir la paix sociale en étouffant la souffrance psy à la rue.
« L'injection,
je veux bien, mais dans l'intérêt de qui ? » demande Jeff.
« Une
fois qu'ils ont fait la piqûre, c'est “ bye bye, rendez-vous dans un mois ”
[…]. Ce sera pas dans une semaine pour savoir si vous allez mieux. Ce sera le
mois prochain. C'est comme si on était inexistant. Ils nous calment… ou plutôt,
ils nous cament. »
Jeff :
« Comme ça, on est tranquille »
(Rubrique
anti-islamophobie)
Verset 42 de la sourate II : « Ne mélangez pas la vérité au futile ! »
![]()
« Une des dignités de l’Islam est de maintenir, dans le monde, cette conviction qu’entre les hommes, tout n’est pas susceptible d’être négocié, vendu ou acheté, mais qu’il y a des choses qui méritent qu’on tire l’épée pour elles. » Louis Massignon
C’est bien parce quelque chose de l’Islam ne semble pas soluble
dans le Capitalisme que l’Occident lui fait aujourd’hui une telle guerre. À
lire la biographie de Massignon, on perçoit d’ailleurs mieux comment tout au
long du xx° siècle, cet Occident a
lutté sur deux fronts : contre le communisme et contre l’Islam, n’ayant d’ailleurs
qu’une peur : que communisme et Islam puissent coexister…
Une couverture qui me ravit… (à sortir en librairie début janvier)

Les trois lettres B-H-L forment une racine de la langue
arabe comme d’ailleurs de l’hébreu (terroriser en hébreu, maudire en arabe) qui conduit à cette idée de « malédiction d'exécration » et de « serment
purificatoire » dont parle Louis Massignon dans son livre Parole donnée (p. 148).
Dans le classement Gloton, cette racine (la 161°) signifie lancer des imprécations, jeter l'anathème
ب ه ل
Soit BHL l'imprécateur, cqfd.
Je reprends le fil de mon « esquisse du communisme » dont voici le plan :
A. Esquisse d’une articulation communiste entre égalité et liberté
A.1. Hypothèse de départ
A.1.a Deux acceptions du commun
A.2. Esquisse mathématique
A.3. Retour à notre espace de
travail
A.3.a L’humanité comme catégorie
A.3.b L’égalité comme produit
A.3.c La liberté comme somme
inductive
A.4. Esquisse d’une articulation entre égalité
commune et liberté en commun
A.4.a Une rétroaction
A.4.b « De chacun à
chacun… »
B. Esquisse d’une étape du processus communiste
B.1. L’exemple de mai 1968
B.1.a Précision nécessaire
B.1.b Questions de chronologie
B.1.c Plusieurs processus parallèles
B.2. La manifestation comme « somme »
B.2.a Deux orientations
B.2.b L’exemple de mai 68
B.3. La réunion comme
« quotient »
B.3.a Rappel de méthode
B.3.b Notion mathématique de quotient
B.3.c Retour à la réunion comme
« quotient » de la manifestation
B.3.d La « bonne » réunion
politique comme « noyau »
B.4. La directive comme « singularité »
La partie qui suit conclut donc la partie B.3
*
Nous cherchons ce que peut être qu’une « bonne » réunion politique du point même du processus communiste global, une réunion qui intervienne après une manifestation-somme et qui soit susceptible d’orienter le processus dans la nouvelle séquence politique ouverte par cette manifestation.
Pour ma part, j’ai peu connu de « bonnes » réunions politiques durant ce mois et les (nombreuses) réunions politiques auxquelles j’ai pu participer en mai 68 ne m’ont guère laissé de souvenir impérissable. Ce n’est pas faute pourtant de participation de ma part aux diverses facettes du mouvement.
En deux mots, habitant le Quartier Latin, je me suis trouvé librement accompagner les différentes insurrections qui s’y sont déroulées, les soirées, les nuits comme les manifestations spontanées. Par ailleurs, organisé autour de l’UJC-ml, j’ai participé activement aux initiatives rapidement prises par cette organisation en direction des usines : dès le lundi 6 mai, je me suis ainsi retrouvé avec quelques camarades aux portes de l’usine SKF d’Ivry, confrontés à la hargne et au mépris de l’appareil syndical qui voulait nous interdire tout contact avec les ouvriers métallurgistes. J’ai bien sûr participé aux différentes manifestations « unitaires » dont il a été question plus haut.
Lié à tout ceci, j’ai participé à d’innombrables réunions de toutes sortes : soit en allant jeter un coup d’œil aux AG se tenant dans les facultés et théâtres alentours, soit en suivant (dubitatif et de très loin) les réunions mises en place à l’École Polytechnique pour réformer l’enseignement et « l’ouvrir sur l’extérieur », soit – plus sérieusement – en participant cette fois intensément aux réunions afférentes à mes activités militantes de l’heure, en particulier aux réunions d’organisation puis de bilan des tentatives menées en direction des usines.
Mon constat rétroactif est le suivant (je le livre tel quel car, par-delà la distance chronologique qui me sépare de ces temps, je le crois porteur de quelque vérité) : autant j’ai gardé un vif souvenir politique des différentes composantes du mouvement, de ses nombreuses initiatives, du climat idéologio-politique prévalant dans les rues de la Capitale, du visage des ouvriers et de l’allure des ouvrières rencontrés à la porte d’usines que je découvrais, etc., autant je ne me souviens guère de réunion politiquement marquante. Il est vrai que je n’étais qu’un militant quelconque, qui ne participait pas aux réunions de direction. Mais, précisément, l’impression laissée au militant « de base » est celle qui compte du point que je veux soulever ici : si j’ai appris la richesse des discussions collectives lors des réunions politiques, si j’ai compris le potentiel propre de « libération » d’une réunion, si différent de celui qui s’affirme dans la rue, c’est après 68, nullement pendant. Et je ne crois pas que ce défaut me singularise : il suffit de lire les nombreux récits des événements que tel ou tel a pu produire pour mesurer à quel point toutes les réunions de cette époque étaient effervescentes plutôt que focalisantes.
Je le dirai tout net ainsi : le temps propre des événements de mai-juin 68 n’a pas réellement mis en œuvre la question d’une discipline collective de pensée, donc d’une liberté politique inventée. Cela n’aurait bien sûr aucun sens de le reprocher à cette séquence : le temps était alors à la brèche, à l’invention pétillante, à la mise en question généralisée, et la question que je pose devait nécessairement venir après : et c’est bien, en effet, à partir de l’automne 1968 que toutes ces questions politiques se sont déchaînées.
Une conclusion, empirique, en découle : en cette vision, mai 68 a été un moment d’égalité idéologico-politique bien plus qu’un moment d’autoconstitution de nouvelles libertés collectives (ce qui a plutôt été la tâche de l’automne 68 et des années qui ont suivi). A contrario, inscrire mai 68 sous le signe de la liberté ne peut se faire que selon une acception proprement libertaire de la liberté : une absence de contraintes pour l’individu…
Une réunion, c’est un ensemble de gens qui discutent et décident. C’est ce faisant un ensemble de gens qui réfléchissent sur qui ils sont dans la situation, en particulier qui ils sont par rapport à la manifestation dont la réunion que nous examinons procède (puisque telle est l’hypothèse de notre expérience de pensée).
Suivant le fil de notre investigation théorique – la réunion quotiente la manifestation -, nous butons toujours sur une figure représentative insatisfaisante de notre réunion car cette logique contient la possible invention politique dans l’espace étroit d’une représentation. On a en effet exploré pour cette réunion deux possibilités de constitution :
— Celle de la délégation (d’esprit parlementaire) d’un représentant par catégories estimées pertinentes (c’est là le rôle de nos « classes d’équivalence ») : elle conduit à une parlementarisation de la réunion qui se transforme en réunion de coordination entre parti(s) préexistant(e)s.
— Celle du reste selon le principe – que j’ai appelé naturaliste – que la réunion rassemble « ceux qui restent » une fois la manifestation dispersée, ce qui oriente la réunion sur une logique de simple prolongation au lieu de la constituer en autonomie relative comme réunion de ceux qui sont revenus autour d’enjeux précis, intransitifs à ceux, stricts, de la manifestation (une chose, en effet, est la rue ; autre chose est la réunion, fut-elle publique).
Réunissons ces deux figures sous le nom commun de quotient constitué pour indiquer que les règles du quotient engendrant la réunion à partir de la manifestation préexistent ici à son effectuation et sont générales plutôt que singulières : règles formelles de représentation par délégation ou règles informelles de disponibilité (qui font que les plus vacants – qui sont bien sûr les moins « libres » - sont ceux qui restent). Et demandons-nous s’il pourrait exister un autre figure de quotient - qu’on pourrait dire quotient constituant – qui donnerait un tout autre sens (plus approprié à notre dynamique communiste que la loi représentative) à notre énoncé : la réunion quotiente la manifestation.
L’idée directrice est la suivante : il s’agit de trouver une manière de quotienter qui non seulement ne préexiste pas à la manifestation mais, plus encore, ne préexiste pas à la réunion politique qui la suit, autant dire une logique de quotient qui soit produite par la réunion elle-même et qui autorise alors que la réunion se déclare quotienter la manifestation selon une logique de quotient que la réunion seule dégage et invente.
La « solution » est ici mathématiquement toute simple quoique politiquement tout à fait délicate. Autant dire que la logique du quotient constituant a deux faces : une face formelle – que la mathématique résout simplement mais qui pour nous n’est guère instructive – et une face de fond, qui engage les enjeux politiques même de la réunion et qui, elle, est décisive pour nous et pour la suite de notre esquisse.
La manière adéquate de quotienter la manifestation par la réunion qui assure que cette réunion est bien quotient de la manifestation et est donc « en droit » de se réunir après elle pour en discuter revient tout simplement à quotienter la manifestation à partir des membres effectivement présents dans la réunion ! Autant dire : c’est un quotient trivial qu’on peut formaliser ainsi.
Soit la fonction a (pour « appel ») qui, adressée aux membres d’une manifestation M, sélectionne de fait les membres d’une réunion R (soit tout simplement ceux qui viennent effectivement à la réunion) :
![]()
On peut alors établir la triviale relation d’équivalence suivante : pour x et y appartenant à M, x équivaut à y si dans la réunion, x et y occupent la même place, soit :
pour x et y ϵ M, x≡y si dans R a(x)=a(y)
Une classe d’équivalence sur la manifestation va alors relever seulement de deux types possibles :
— soit elle est constituée d’un individu qui, présent à la manifestation M, a répondu à l’appel a en se déplaçant à la réunion R ;
— soit elle est constituée de tous les individus qui ne se sont pas déplacés !
Ainsi si la réunion réunit 17 personnes, la relation d’équivalence va distinguer 18 classes d’équivalence dans M : 17 singletons et une très grosse partie (celle de tous les absents, ceux qui, comme l’on sait, on souvent tort…).
Le quotient est trivial, mais c’est un quotient ! Chaque présent compte pour un et les absents comptent tous ensemble pour un… zéro (ce qui, bien sûr, n’est pas dire qu’ils ne comptent pas !).
Le caractère formellement trivial renvoie à cette caractéristique essentielle de « la bonne réunion » c’est-à-dire la réunion constituante (soit encore la réunion s’émancipant du formalisme représentatif et s’autonomisant en une nouvelle figure qu’on va appeler celle d’un noyau) : elle ne s’encombre pas des questions de représentativité. Ce n’est pas qu’elle les ignore entièrement. C’est plutôt qu’elle les traite à partir d’elle-même, de ce qu’elle est comme réunion concrète, qu’elle déclare : « partons du fait que nous sommes 17, issus d’une manifestation ayant rassemblé 200.000 personnes (ou 20.000 ou 2 millions ou 200…) et tenons que ceci nous apprend quelque chose sur la manifestation après laquelle nous nous situons et c’est de ce quelque chose que nous allons partir pour décider ensemble, tels que nous sommes effectivement rassemblés. »
On le comprend aisément : pour que la réunion soit un quotient constituant et non plus constitué – mieux : pour que la réunion se décide quotient constituant et non plus se mesure à quelque figure préalable de quotient constitué (« les quotas sont-ils remplis pour qu’on ouvre la réunion ? ») -, il faut qu’il se passe quelque chose de l’intérieur même de la réunion, il faut que la réunion s’émancipe de ses déterminations exogènes et décide de se constitue en instance (relativement) autonome, apte à décider pour son propre compte.
Ceci suppose donc que la réunion se constitue, par décision immanente (non par conséquence transitive d’une composition conforme aux règles de la représentation : décompte de quotas, etc.), en instance politique autonome apte à se rapporter à sa manière à la manifestation dont par ailleurs elle découle.
Je vais appeler cela, dans la suite de ce travail, l’autoconstitution de la réunion en noyau.
La mathématique nous en suggère, s’il en était besoin (la politique de l’UCF a eu une longue pratique de ce terme), la notion (en l’occurrence sous la modalité du co-noyau plutôt que du noyau proprement dit). Mais je crois ici préférable de ne pas y recourir en détail, à la différence de ce que nous avons pu faire concernant les notions de produit, somme et quotient. Disons qu’en ce point précis, le rapport aux mathématiques, loin d’éclairer (comme c’est ici sa fonction), opacifierait notre petite formalisation et nous conduirait à monter « une usine à gaz » plutôt qu’un phare ! [1]
L’avènement de la réunion en instance autonome va autoriser alors, comme une sorte cette fois de contrepartie, qu’elle décide son principe propre de quotient, sa manière propre de constituer des « classes d’équivalence » à l’intérieur de la manifestation, autant dire de la comprendre en la découpant, en y discernant diverses positions, différents types de se rapporter à la conjoncture de l’heure (on reconnaît là les principes de cette analyse concrète de la manifestation que toute réunion sérieuse doit produire et par laquelle elle se constitue en instance politique autonome).
On saisit le repli singulier : la réunion se constitue en quotient constituant au fil d’une autonomie revendiquée de pensée, d’analyse, de décision, de déclaration. Autant dire que c’est la liberté propre de la réunion qui entre ici directement en jeu : une réunion asservie aux principes de la représentation (représentation codifiée d’une réunion de coordination – « qui est représenté ? » - ou d’une AG – « combien de présents ? » - ou représentation plus informelle pour une réunion se représentant comme réunion de « ceux qui restent » – « sommes-nous assez nombreux pour décider ? ») se veut par contre transitive à une constitution bien établie de la manifestation et par là interdit sa propre émancipation.
Autonomie renvoie à l’existence d’une loi (nomos) propre à soi (auto) et non plus venant de l’extérieur et de l’autre (hétéro) : l’autonomie (de la « bonne » réunion) s’oppose ainsi à l’hétéronomie (de la réunion représentative se réfléchissant comme quotient constitué conformément à des lois qui lui préexistent).
Émancipation renvoie à l’action de quitter la main qui vous guide (manu cipare) pour décider par soi-même de son propre destin.
La « bonne » réunion politique est celle qui s’émancipe des représentations et des transitivités pour assumer son autonomie de pensée et de décision. La « bonne » réunion est celle qui incarne la figure, localement inventée, d’une liberté collective et vient l’injecter au cœur du processus communiste qui incarne, à grande échelle et globalement, le principe d’égalité générique.
Où l’on pressent ce qui va ensuite nous occuper : la « bonne » réunion politique croise une logique locale de liberté et une logique globale d’égalité en une figure singulière qui vient épingler la singularité de cette réunion, nullement « équivalente » à celle de tout autre réunion. Ce qui nous livrera la question ultérieure : si la singularité d’une réunion doit se comprendre comme le croisement d’une liberté locale et de l’égalité globale, comment cette singularité va-t-elle pouvoir travailler dans son ensemble la situation dont elle procède (par-delà son autoconstitution en réunion autonome) ? Soit la question des directives politiques issues de la réunion et de la manière dont elles vont pouvoir labourer la situation même que la manifestation a délivré.
La réunion que nous appelons noyau – la « bonne » réunion politique – est donc celle qui décide de son propre rapport à la manifestation et traite par là sa manière propre de quotienter cette manifestation.
À quelles conditions ceci est-il possible ?
Y aurait-il là des conditions formelles à prendre en compte ? Toute réunion, quelle que soit sa composition, peut-elle y prétendre ? Est-ce là affaire de « bonne » composition interne de la réunion, par exemple de diversité ou de taille minimales ?
Empiriquement, on pressent que se glissent ici des critères plus négatifs qu’affirmatifs, des critères que je dirai de diagonalisation :
— Il faut certes une certaine diversité dans la réunion (plutôt qu’une uniformité) mais cette diversification doit être elle-même différente des modes établis de diversité : il faut que la diversité procède d’un mode de diversification produit par la réunion elle-même (soit une diversité qui en apprend sur les nouvelles manières dont les gens se diversifient politiquement au regard des tâches de l’heure). Soit : il n’y a pas seulement une diversité propre à la réunion mais il y a, plus encore et en amont, une manière propre à la réunion de discerner ce qui réellement diversifie politiquement les gens en une conjoncture donnée.
— Tout de même quant au nombre, si une réunion politique digne de ce nom ne saurait économiser de décompter ses membres – elle ne décidera pas exactement la même chose selon qu’elle rassemble 5, 50 ou 500 personnes -, la « bonne » réunion (la réunion « constituante », la réunion « quotient constituant ») ne se fixera aucune quantité préétablie, n’imposera aucun quota ou quorum comme préalable à sa possibilité de s’émanciper : si la réunion n’arrive pas à s’autonomiser, ce ne sera pas en raison strict de son nombre. Certes la matière même de son autonomie dépendra de ce nombre – les directives produites ne seront pas les mêmes si ces directives sont celles que 5, 50 ou 500 militants font leurs – mais le principe de l’autonomie politique, de l’émancipation n’en dépendra pas.
Dans tous les cas – et c’est ce point que la mathématique du conoyau [2] nous suggère – la réunion inverse son rapport à la manifestation qui en un certain sens l’a engendrée.
Formellement il y a d’abord un appel « a » qui prend la forme d’un engendrement de la réunion R par la manifestation M :
a : M→R
![]()
mais ce n’est plus cet appel qui ici est considéré comme constituant de lui-même le quotient : l’engendrement n’est pas ipso facto une constitution.
Remarquons : l’appel à se réunir après une manifestation relève ici d’une spontanéité du mouvement. Nul besoin en effet d’une organisation préalable pour y recourir. L’appel ici convoqué est un simple : « retrouvons-nous tel jour à telle heure en tel endroit pour réfléchir comment nous allons continuer ! ».
En ce sens, il diffère de la décision d’un cortège d’organisations – celles qui se considèrent comme organisatrices de la manifestation qui vient de se produire – d’appeler à une réunion « unitaire ».
Il diffère tout de même – on l’a longuement vu – de l’appel à constituer un comité de coordination (lequel débouchera sur une série d’AGs visant à désigner les délégués adéquats).
Il diffère également – on l’a également vu – de l’appel à une simple AG post-manifestation…
C’est la réunion R qui, réfléchissant sur M, travaillant sur M, enquêtant sur M sur la base même de sa propre existence comme réunion issue de M, va s’intéresser non pas tant au bon quotient (il est formellement fourni par la composition constatée de la réunion) qu’à la manière dont les gens effectivement présents vont pouvoir décider quelque chose au regard de la manifestation qui a eu lieu.
On l’a dit : la bonne réunion est un avènement plutôt qu’un quotient proprement dit ; elle se constitue plutôt qu’elle n’est engendrée.
Certes, elle peut toujours être formellement décrite comme quotient – en ce sens, l’énoncé « la réunion quotiente la manifestation » ne sera pas formellement invalidé dans notre formalisation, qui va donc garder l’inscription
![]()
où « q » (pour « quotient ») sera préféré à « a » (pour « appel ») mais l’enjeu proprement politique n’est pas là puisque cette flèche n’a de contenu que rétroactif (c’est R qui dit comment est « q ») et surtout puisque la capacité de R à assumer ce statut rétroactif de « q » dépend entièrement de sa capacité, bien plus essentielle, à se constituer en instance autonome de décision, autant dire à s’émanciper en une figure libre apte à agir politiquement.
Ce qui va importer pour le processus communiste n’est donc pas tant le rapport de quotient M→R, rapport somme toute facile à assurer (soit de manière représentative, soit de manière naturaliste, soit de manière triviale), que ce qui autorise que la bonne réunion s’autoconstitue en noyau autour d’idées politiques nouvelles que la réunion va librement décider d’adresser à tous sous forme de directives.
Ce qui matérialise l’autoconstitution de la réunion en noyau, c’est ainsi un faisceau de directives effectuant la liberté de pensée et d’action dont la bonne réunion fait preuve.
Rendu en ce point, il nous faut donc passer au troisième temps de notre petite formalisation : après la manifestation (somme) et la réunion (quotient), celui de la directive produite par « la bonne réunion ».
*
[1] On pourra s’étonner que l’on s’autorise ici de décrocher du discours mathématique jusque-là mobilisé. Trois raisons nous y incitent :
1. La notion de noyau/conoyau n’est pas aussi étroitement reliée à notre couple de départ (produit/somme) que celle de quotient. Elle en est moins une prolongation « naturelle » et, étant plus latérale, elle s’impose donc moins dans notre exploration.
2. Cette notion fait appel à d’autres développements mathématiques – notions d’objet nul et de flèches 0 dans une catégorie… - qui nous éloigneraient de notre propos, sans bénéfice notable.
3. Nous nous réservons en effet le droit de piocher dans la mathématique ce dont nous estimons avoir besoin. La seule règle que nous nous imposons en la matière n’est pas une règle d’exhaustivité (dans le champ concerné) mais une règle de sérieux dans la convocation des notions mathématiques en question (ce qui passe, bien sûr, par l’impératif d’être raisonnablement instruit du domaine mobilisé).
[2] comme figure particulière du quotient