Qui vive ? Le communisme !
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« une question intimidante, une question que
personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son
dernier souffle : Qui vive ?… »
J. Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu
marquera la délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un
organisme commun à tous dans l’avenir. » R. Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […]
En un sens, je suis communiste. » G. M. Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier.
[…] Nous parlons au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui
représente non pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute
entière. » B. Brecht
(1932)
« Il a existé des communes et des communistes
de tout temps ; il en existera toujours. » J. Steinbeck (1936)
« Je suis
communiste par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un
communisme intelligent. » J. Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et
s’épanouir la variété africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute
des variantes utiles, précieuses, originales de la doctrine. » A. Césaire (1956)
« Je
suis d’un village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes,
au champ et à la carrière, aiment bien le communisme. » M. Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une
utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. » A.
Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui,
on ne peut pas ne pas être communiste. » B.
Sobel (2011)
« Je reprends à partir du mot
“communiste”. » J.-M.
Gleize (2011)
Bulletin hebdomadaire sur
l’actualité politique
diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction : François Nicolas [ƒNi]
Numéro 11 : 20 novembre 2011
(fichier
format pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/11.pdf)
Sommaire :
Aux lecteurs du Qui-vive................................................................................................................... 3
États-Unis / Chine............................................................................................................................. 4
Face à la Chine, les Etats-Unis lorgnent l'Asie................................................................................. 4
Australie......................................................................................................................................... 4
Libye................................................................................................................................................. 7
Les aveux du Déroulède de Sarkozy.............................................................................................. 7
Syrie................................................................................................................................................. 8
Pour notre nouveau Déroulède…................................................................................................... 8
Maroc............................................................................................................................................. 10
Appel au boycott.......................................................................................................................... 10
États-Unis/Israël/Palestine.............................................................................................................. 12
« Occupez Wall Street, pas la
Palestine ! ».................................................................................... 12
Toulouse......................................................................................................................................... 13
Agenda........................................................................................................................................... 15
Bruxelles : une exposition............................................................................................................ 15
Divers............................................................................................................................................. 16
Une photo…................................................................................................................................ 16
En rire, en pleurer ?..................................................................................................................... 16
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran
donne à penser…...................................... 20
Le tajwîd
(récitation coranique).................................................................................................... 20
Actualités d’Alain Badiou.............................................................................................................. 21
Parution....................................................................................................................................... 21
Compte-rendus............................................................................................................................. 21
Parutions........................................................................................................................................ 25
Disque Infinis…............................................................................................................................ 25
Livre Musique & arts plastiques................................................................................................... 25
*******
Il me faut ajuster la formule du Qui-vive à la nouvelle situation.
Il n’y a en effet plus grand sens à argumenter
que la très grave crise du capitalisme occidental ne fait à peine que
commencer puisque plus personne n’en doute.
Il n’y a plus également sens à argumenter un
« réveil de l’Histoire » puisque ce réveil est avéré.
La figure subjective d’alerte n’est
donc plus ajustée aux nouveaux temps qui s’ouvrent depuis cet automne.
C’était d’ailleurs déjà à ce titre que, depuis
septembre, j’avais choisi de retitré ce bulletin hebdomadaire Qui
vive ? Le communisme !
Il me faut aujourd’hui donner un tour de vis
supplémentaire à cette orientation – la difficulté que j’ai eue la semaine dernière
à réaliser le très lourd travail de rédaction du numéro 11 (en particulier le
très pesant travail consistant à suivre une centaine de sites du web) est à ce
titre symptomatique : si je n’y arrive plus que difficilement, c’est parce
que la nécessité s’est déplacée.
Il me faut donc mieux ajuster le contenu de
ces Qui-vive à la nouvelle figure subjective
qu’appelle la nouvelle situation, sensiblement différente de celle qui a motivé
le démarrage de ces bulletins, puis leur reprise réorientée à partir du
« printemps arabe ».
La figure subjective qui me semble ajustée à
ces nouveaux temps (qui devraient être d’abord marqués par les troubles, les
guerres, les vies ordinaires ravagées par un capitalisme désastreusement cupide
et une « démocratie » avide de destruction [1]
– je dis « d’abord » car on sait bien que dans l’alternative
léniniste « La révolution conjurera la guerre ou la guerre entraînera la
révolution », c’est toujours le second volet qui, au mieux !, a
prévalu…) est celle du travail au long cours, de l’ample projet, de la vision à
long terme.
Pour ma part, la chose prend la forme prioritaire
d’un ample projet compositionnel qui a Égalité ’68
pour nom et 2018 pour horizon temporel, ample projet qui inclut de nombreuses
ramifications non musicales (langue arabe, théorisation politique…).
Il me faut donc conformer ce bulletin à cet impératif : voir loin, non pour négliger les péripéties de l’actualité mais pour savoir les prendre au sérieux c’est-à-dire les resituer dans une longue marche, affaire avant tout de défensive stratégique plutôt que d’offensive tactique…
Il s’agit donc de privilégier dans ce bulletin
l’analyse décalée plutôt que la restitution immédiate de ce qui a pu se passer
dans le monde, la discussion politique plutôt que la simple répercussion des
informations susceptibles d’encourager la constitution d’une nouvelle idée du
communisme.
D’où, pour ce bulletin, une certaine réduction
de la voilure (moins de rubriques), une réorientation du cap (plus de
réflexions et plus diversifiées – cette mention vaut appel à ceux qui
aimeraient contribuer à ce bulletin sous forme de notes de lecture, de
critiques de film, ou que sais-je encore) et, peut-être (ce sera fonction des
temps) moins régulière.
François
Nicolas
Après plus d'une décennie de conflit en Afghanistan, les Etats-Unis sont aujourd'hui déterminés à consolider leurs alliances avec divers pays de la zone Asie-Pacifique, souligne le LA Times. Cette volonté de réaffirmer leurs intérêts dans la région est pour l'heure plus "rhétorique que concrète", juge le NY Times. Elle reflète néanmoins l'objectif central de l'administration américaine : prouver que la première puissance mondiale n'est pas uniquement tournée vers l'Atlantique, mais aussi vers le Pacifique (BBC). Le président Barack Obama compte notamment sur l'Australie, où il est en visite officielle, pour accroître le contingent militaire américain. Une manière de contrebalancer le pouvoir croissant de la Chine (The National, CS Monitor) et de s'assurer, comme le suggère la BBC, qu'elle ne soit pas tentée d'adopter une posture plus hostile. Aux yeux de Washington, cette question est d'autant plus cruciale que les tensions territoriales sont vives entre la Chine et ses voisins, en particulier en mer de Chine méridionale (BBC). Inflexible, Pékin se refuse à aborder cet épineux dossier lors du sommet de l'Asie de l'Est, qui s'ouvre demain sur l'île indonésienne de Bali (WSJ). Dans ce contexte, ce tropisme asiatique des Etats-Unis sera-t-il utile ? Oui, répond le Washington Post. A condition qu'il se traduise par une ouverture commerciale accrue et des liens resserrés avec le Japon, mais aussi avec de nouvelles démocraties, à l'instar de l'Indonésie.
D’Australie, cet
exact antipode, nous viennent d’inattendus signes d’amicale attention.
Mais apparemment,
nous ne sommes pas les seuls à nous intéresser à ce vaste pays-continent, mis
en mouvement – semble-t-il – par ce vide central qu’il ne saurait forclore…
Pour contrer la Chine, les Etats-Unis
renforcent leur présence en Australie
Il s'agit d'un geste fort de la part de l'administration Obama. Un
véritable défi géostratégique lancé à la Chine, qui n'a guère plu à Pékin. Pour
contrer les ambitions grandissantes de la Chine dans le Pacifique, les
Etats-Unis, qui possèdent déjà des bases au Japon et en Corée du Sud, ont
annoncé, mercredi 16 novembre, un renforcement de leur présence militaire en
Australie.
Washington va déployer 250 marines dans le nord du pays à partir de la
mi-2012, un effectif qui sera au fil des ans porté à 2 500. Canberra affirme
que ce dispositif militaire américain dans la base de Darwin n'annonce pas la
création d'une nouvelle base, mais l'arrivée à terme de plus de 2 000 marines
et les rotations de bâtiments de l'US Navy dans ce port en créeront une de
facto.
Quelle est la portée de ce déploiement de troupes dans le Pacifique à la
lumière des relations sino-américaines ? Eléments de réponse en quelques points
clés.
. Obama à la reconquête
de l'Asie
Au moment où les forces américaines finissent de se retirer d'Irak et
entament leur départ d'Afghanistan, les Etats-Unis veulent réorienter leur
politique de sécurité vers l'Asie, a déclaré
la semaine dernière la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. Le
renforcement de la coopération militaire avec l'Australie, annoncé mercredi,
vient concrétiser la doctrine Obama pour l'Asie-Pacifique et renforcer la
présence américaine dans l'océan Indien.
"Depuis son arrivée au pouvoir, Barack Obama s'est lancé dans un vaste
chantier de redéfinition de la politique américaine en Asie-Pacifique. Cette
nouvelle politique, qui contraste avec les années Bush marquées par un
engagement assez faible, ambitionne de restaurer la présence américaine dans
cette région, qui est de plus en plus sujette à interrogations", explique
Barthélémy Courmont, professeur de science politique à Hallym
University (Corée du Sud), chercheur associé à l'IRIS, et rédacteur en chef de
la revue Monde chinois, nouvelle Asie.
. Une nouvelle
"base" dans le Pacifique
L'armée américaine est déjà très présente dans le Pacifique. Les deux tiers
des marines américains sont aujourd'hui positionnés dans la région, notamment au
Japon (40 000 hommes) et en Corée du Sud (28 000), ainsi qu'à Guam, un territoire
américain à 2 000 kilomètres au nord de la Papouasie Nouvelle-Guinée.
Ce nouveau point d'appui en Australie a donc de fortes chances d'être
considéré par la Chine comme une preuve que Washington cherche à l'encercler.
Un porte-parole de la diplomatie chinoise n'a d'ailleurs pas tardé à qualifier
ce rapprochement d'"assez inopportun". "C'est tout à fait
opportun", lui a rétorqué, depuis Canberra, Ben Rhodes, conseiller américain
adjoint pour la sécurité nationale.
Le renforcement de la coopération entre Washington et son allié historique
– la visite d'Obama en Australie marque les soixante ans de l'alliance entre
les deux pays, qui ont combattu côte-à-côte dans toute les grandes guerres –
constitue également une solution de repli stratégique pour les Américains, dans
une période où leur présence militaire au Japon, de plus en plus décriée par la
population, est amenée à s'alléger.
. Une réponse à la
modernisation de l'armée chinoise
Pour le 60e anniversaire de la création de la "marine de
l'Armée populaire de libération", en 2009, Pékin avait annoncé un plan
ambitieux de modernisation de sa flotte et l'expansion de ses capacités de
frappe (des missiles de longue portée plus précis) et de projection en haute
mer de Chine. Le 10 août, la Chine a lancé son premier porte-avions en mer.
L'Armée populaire de libération – dont le budget a atteint 119 milliards de dollars
en 2010, au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis (698 milliards) – ne
cesse de se moderniser. Ses moyens ont encore été augmentés de 12,7 % cette
année.
Le redéploiement des marines américains en Australie apparaît ainsi comme
une réponse à cette montée en puissance de l'empire du Milieu, explique
au Sunday Morning Herald Alan Dupont, de l'Université de Sydney. "Il
s'agit tout particulièrement de répondre à la vulnérabilité croissante des
forces américaines au Japon et à Guam face aux missiles de nouvelle génération
chinois, explique-t-il. Ces nouveaux missiles sont susceptibles de les menacer
comme ils ne l'ont jamais été jusqu'ici. Les Américains se repositionnent donc
pour être moins vulnérables. L'éloignement géographique de l'Australie est
désormais un avantage stratégique."
. Rassurer les pays de
la région
Le président américain a également souligné que le développement de la
coopération militaire et son voyage dans la région envoyaient un signal clair
aux pays alliés de la zone Asie-Pacifique. "Nous sommes deux pays du
Pacifique, a-t-il dit à son arrivée en Australie, et avec cette visite dans la
région, je signifie clairement que les Etats-Unis renforcent leur engagement
dans l'ensemble de l'Asie-Pacifique. Le second message que j'essaye de faire
passer est que nous sommes là pour y rester."
L'administration Obama entend donc faire pour encore quelques décennies du
Pacifique une "mer intérieure américaine". Une présence que nombre de
pays d'Asie voient d'un bon œil. A côté des alliés les plus proches des
Etats-Unis – Australie, Corée du Sud, Japon, Thaïlande et Philippines –
d'autres Etats réclament un renforcement de la présence américaine, comme le
Vietnam ou Singapour.
"Les pays riverains de la Chine méridionale veulent à tout prix éviter
de se retrouver seuls face à une puissance chinoise qui représente, non plus
une source d'enrichissement économique, mais un motif d'inquiétude stratégique
très réel", expliquait en
août Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche
stratégique.
. La mer de Chine
méridionale
La tension est particulièrement forte en mer de Chine méridionale, une zone
souvent qualifiée de "second golfe Persique" en raison de sa
dimension géostratégique : artère maritime vitale pour le commerce international,
elle recèlerait en outre de formidables ressources pétrolières et gazières.
Pékin, qui y voit une sorte de "bouclier naturel" face aux
Etats-Unis, en revendique l'entière propriété. Cette posture, qui fait grincer
des dents ses voisins, a déjà provoqué de violents affrontements qui ont
conduit la région au bord du conflit. Ce fut le cas en 1988, lorsqu'un accrochage
naval dans l'archipel des Spratly provoqua la mort de soixante-dix marins
vietnamiens.
. Un bras de fer
économique
Cette réponse musclée au grand rival chinois n'a pas que des implications
géopolitiques, souligne
le New York Times : elle a également des motivations économiques. "Alors
que les républicains appellent à sanctionner la Chine en raison de sa politique
monétaire et de ses pratiques commerciales, Obama veut paraître ferme face à
Pékin. Il a progressé [lors du sommet de la Coopération économique pour
l'Asie-Pacifique à Hawaï] dans la création d'une zone de libre-échange régionale
dans le cadre du partenariat transpacifique (TPP), qui, pour l'heure,
n'inclurait pas la Chine", explique le quotidien.
Pékin doit "repenser" son attitude en matière de commerce si elle
veut se joindre au TPP, un projet qui doit devenir la plus vaste zone de
libre-échange du monde avec treize pays désormais impliqués dans la négociation
ou désireux d'y participer, a déclaré Obama mercredi lors d'une conférence de
presse en Australie. "Il est important pour eux qu'ils jouent selon les
règles", a-t-il martelé.
. Le "dilemme
chinois" de l'Australie
Le renforcement de la coopération militaire entre Washington et Canberra
illustre le nouveau "dilemme chinois" de l'Australie. "Pour la
première fois de notre histoire, nous nous trouvons dans la situation où notre
plus grand partenaire commercial, la Chine, est en concurrence frontale avec
notre allié historique, les Etats-Unis", relève Hugh White, ancien haut
fonctionnaire au ministère de la défense et professeur d'études stratégiques à
l'université nationale de Canberra.
L'extraordinaire richesse du sous-sol australien, qui abrite toutes les
matières premières indispensables au boom économique chinois (zinc, uranium,
cuivre, etc.), a littéralement transformé l'Australie. Ce miracle économique
place Canberra face à une question
cruciale : comment concilier sa diplomatie pro-occidentale avec un
ancrage économique de plus en plus oriental ?
"L'ancien premier ministre conservateur, John Howard, était un hostile
défenseur de l'affirmation de l'Australie comme pays occidental. Mais depuis le
retour au pouvoir des travaillistes, en parallèle de la crise économique
internationale, la volonté de resserer les liens avec les pays asiatiques s'est
confirmée, et l'idée d'une intégration régionale est même souvent
évoquée", souligne Barthélémy Courmont. Pays de culture occidentale,
l'Australie demeure une puissance asiatique. Un pont entre deux mondes de plus
en plus courtisé dans la région.
Soren Seelow
À verser au dossier d’un BHL engagé sur
la voie d’un pur et simple criminel de guerre (qui a dit que le criminel aime forcément
son crime ?)
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/11/07/libye-les-cinq-revelations-du-livre-de-bhl.html
LIBYE. Les cinq révélations du livre de
BHL
Le livre de Bernard-Henri Lévy consacré à la guerre en Libye (« La
guerre sans l’aimer », Grasset) sortira mercredi en librairie. Voici, en
avant-première, les cinq informations inédites contenues dans l’ouvrage.
1. En juin dernier, la
France a reconnu avoir livré des armes aux rebelles libyens mais, selon les
annonces officielles, il ne s'agissait que d’une aide ponctuelle
distribuée fin mai aux combattants du Djebel Nafoussa. D'après BHL, bien
d’autres livraisons ont eu lieu à d’autres endroits et beaucoup plus tôt. Le 16
avril, Nicolas Sarkozy reçoit en secret le chef militaire de la rébellion
libyenne, le général Younes, celui-là même qui sera assassiné quelques semaines
plus tard. Younes lui demande des armes. Mais « nous vous aidons déjà, lui
répond le président français. Nous avons livré, nous vous livrons, beaucoup de
choses… (…) Nous livrons à travers le Qatar, bien sûr. Mais cela ne trompe
personne. Tout le monde sait que les armes livrées par le Qatar sont des armes
livrées par la France. Est-ce que quelqu’un, parmi vous, imagine une seule
seconde que, quand on dit « des armes livrées par le Qatar », c’est le
Qatar qui envoie les armes ? »
2. La France a toujours nié
avoir envoyé des soldats au sol, y compris des instructeurs. Or, ce même 16
avril, Nicolas Sarkozy demande à son conseiller diplomatique : « Nous
en avons combien, au juste, des instructeurs français au sol ? »
Après la réponse « inaudible » du diplomate, le président
enchaîne à l’adresse du général Younes : « Peu importe le nombre
exact. Des Français parlant arabe, on vous en a mis un certain nombre. On va,
dans les jours ou les semaines qui viennent, en mettre encore. »
3. La France n’a jamais
reconnu avoir envoyé des forces spéciales sur le terrain. Or, recevant le
président du CNT, Mustafa Abdeljalil, Nicolas Sarkozy aurait accepté, selon
BHL, l’envoi « de commandos d’élite ». Combien ? Le philosophe
écrit qu’il a suggéré au Libyen de « demander trois cents forces spéciales,
à partager avec la Grande-Bretagne, pour guider les frappes, entraîner les
commandos d’élites libyens et, le moment venu, prendre Koufra. » BHL écrit
que le président de la République a donné « satisfaction partielle »
de cette requête.
4. Presque jusqu’à la fin
de la guerre, les alliés ont épargné une cible stratégique : « la
piste d’aviation privée du Colonel » située dans sa ville-bunker de Bab
al-Azizia. L’ambassadeur de Grande-Bretagne en France explique à BHL pourquoi
cette piste et l’avion personnel de Kadhafi ont été volontairement épargnés.
« Le message [à Kadhafi] est double. D’abord : vous avez une porte de
sortie (….). Ensuite : si vous vous réveillez un beau matin en apprenant
qu’une bombe anglaise ou française a endommagé votre piste privée, alors oui
cela voudra dire que vous êtes fait. »
5. A en croire BHL, les soldats français ont joué un rôle considérable dans la chute de Tripoli. Non seulement, l’aviation française, sous contrôle de l’Otan, a bombardé une vingtaine de cibles identifiées en commun avec le CNT, mais les forces spéciales françaises ont participé à l’opération sur le terrain. Le 17 août, Nicolas Sarkozy téléphone à BHL. « Il m’annonce que des armes sont arrivées, la nuit dernière, par la mer, de Misrata à Tripoli et que le Jour Zéro approche. » Quatre jours plus tard, c’est le soulèvement de la capitale libyenne. BHL écrit : « Eléments des Forces spéciales françaises, émiraties et, dans une moindre mesure, anglaises à la manœuvre. » C'est à dire à la direction des opérations. Comment ? Il n’en dit pas plus.

http://www.egalite68.fr/Qui-vive/Partant-pour-la-Syrie.mp3
Partant pour la Syrie,
Le jeune et beau Dunois Nanard
Venait prier Marie
De bénir ses exploits panards :
Faites, Reine immortelle,
Lui dit-il en partant,
Que j'aime la plus belle
Et sois le plus vaillant.
Il trace sur la pierre
Le serment de l'honneur,
Et va suivre à la guerre
Le Comte son seigneur ;
Au noble vœu fidèle,
Il dit en combattant :
Amour à la plus belle,
Honneur au plus vaillant.
On lui doit la Victoire.
Vraiment, dit le seigneur ;
Puisque tu fais ma gloire
Je ferai ton bonheur.
De ma fille Isabelle Arielle,
Sois l'Epoux à l'instant,
Car elle est la plus belle,
Et toi le plus vaillant.
A l'Autel de Marie,
Ils contractent tous deux
Cette union Chérie
Qui seule rend heureux.
Chacun dans la chapelle
Disait en les voyant :
Amour à la plus belle,
Honneur au plus vaillant.
*
Partant pour la Syrie est un
chant français composé par Hortense de Beauharnais et écrit par Alexandre de
Laborde vers 1807.
Durant le Second Empire, Partant pour la Syrie fut
l'hymne national non-officiel, alors que La Marseillaise était
interdite vers la fin de l'Empire. Avec la chute de Napoléon III, la popularité
du chant déclina. Il fut joué pour le départ du château Wilhelmshöhe de
l'empereur déchu en exil vers l'Angleterre en 1871. Il reste aujourd'hui une
composante du répertoire des musiques militaires françaises.
*
Mais en vérité, pas vraiment de quoi rigoler…
La Voie Démocratique appelle à boycotter les élections législatives du 25 novembre.

http://www.annahjaddimocrati.org/index.php/fr/
La Voie Démocratique
boycotte les élections législatives du 25 novembre et appelle à la poursuite de
la lutte pour la chute de la tyrannie et la corruption.
Le pouvoir
makhzanien appelle aux élections législatives le 25 novembre 2011, une
tentative pour embellir son image à l’extérieur et pour avorter la lutte du
mouvement 20 février et les différentes protestations populaires dont l’objectif
est la chute du régime despotique, tyrannique et corrompu au Maroc, et la lutte
pour la liberté, la démocratie et la dignité.
Ces tentatives
désespérées du régime arrivent dans un contexte international exceptionnel dans
lequel ses tentatives deviennent caduques.
Ce contexte se
caractérise par :
—
Une crise
structurelle profonde du capitalisme qui ne permet pas aux capitalistes de
chercher les causes profondes, mais se contente des réformes superficielles
urgentes. Sur le plan national, devant les conséquences directes et indirectes
de cette crise, le régime marocain tente de sauver les multinationales
occidentales au bord de la faillite par des accords suspects qui approfondis la
dépendance de notre pays par des dettes et des projets qui ne rependent pas aux
besoin fondamentaux des marocains, mais pour satisfaire les impérialistes et
ainsi obtenir leur soutien pour opprimer les luttes et la colère du
peuple marocain.
—
Les
processus révolutionnaires continus dans les pays arabe d’une façon qui ne
laisse aucun espoir aux régimes despotiques pour échapper à la colère populaire
qui seront balayé sans exception des pays concernés.
—
La
situation politique, économique et sociale connaissent un détérioration sans précèdent,
la preuve de cette détérioration le boycott populaire des scrutins
makhzaniens précédents, la diversité, l’élargissement et la radicalisation des
protestation des différentes catégories sociales, dans un Maroc où la
corruption, le chômage, la pauvreté et les licenciements sont généralisés et le
déclin des services publics et la hausse du coût de la vie.
—
Le
mouvement 20 février continu sa lutte populaire, malgré les tentatives désespérées
du makhzen et ses soutiens réactionnaires pour le détourner ses objectifs, et
avorter son élan révolutionnaire par la répression sauvage ou par des
concessions formelles, comme une constitution imposée, l’offre d’emploi à
quelques chômeurs diplômés ou quelques accords sociaux. Ce qui montre que le
mouvement n’est pas un feu de paille, mais bien un mouvement profond déterminé à
lutter jusqu’au la réalisation des ses objectifs quelques soient les sacrifices
et malgré différentes les manœuvres des ses ennemis.
—
La
constitution imposée au peuple marocain, concentre tous les pouvoirs aux mains
du roi, qui échappe au contrôle et aux responsabilités, ce qui rend toutes les
autres institutions formelles et qui rend l’illusion de réforme à l’intérieur
de celle-ci impossible.
—
Les
acquis du mouvement 20 février dépassent tout ce que les parlements précédents
ont réalisé dans les domaines politiques économiques et sociaux même si le
mouvement n’a pas encore atteint ses objectifs fondamentaux, malgré les
fonds dépensés pour son avortement et malgré les moyens, méthodes et forces
employés contre le mouvement. Ce qui montre que le seul moyen valable au Maroc
et la lutte populaire au lieu de s’illusionner par la réforme aux sien des
institutions corrompues et sans pouvoir réel.
—
Les
jeunes marocains et particulièrement ceux du mouvement 20 février montrent un
grand potentiel de lutte, de renouvellement et de créativité militante, malgré
les discours de désespoir et de frustrations du makhzen et ses suiveurs.
—
Le rôle
assigné au parlement est l'intégration et la domestication des élites
politique particulièrement lors des séances d’ouverture parlementaire que les médias
diffuse ce qui montre une façade démocratique sans fond au Maroc.
Toutes ces
données imposent à tout le monde de se positionner dans cette lutte entre le
peuple marocain et le régime makhzanien. La neutralité et l’attente ne sont
plus possibles, la participation aux élections du 25 novembre 2011 est caution
du régime despotique et corrompu.
La Voie Démocratique
qui est toujours au coté du peuple marocain, appelle ce dernier à boycotter ces
élections makhzanienne qui aboutiront un parlement démissionnaire, comme
les précédents et un gouvernement sans pouvoir réel dépendant totalement à
la volonté du roi.
Par ce que ce
parlement et ce gouvernement qui émergeront de ces élections, dans le
cadre de cette nouvelle constitution non démocratique, ne sont qu’une ruse pour
avoir une fausse légitimité « démocratique » au régime
makhzanien. C’est aussi un moyen d’appliquer une politique qui sert les intérêts
économiques, sociaux et culturels des ennemis du peuple particulièrement les
grands propriétaires terriens, les agents des multinationales des impérialistes
ceux du makhzen.
Nous
connaissons, aujourd’hui au Maroc un moment historique, ce n’est pas le moment
des élections des institutions sans pouvoir, mais celui de la lutte populaire
pour la démocratie, la liberté et la dignité.
La Voie démocratique
ne se contente pas de boycotter les élections, mais appelle à intensifier la
lutte dans l’unité pour la défense de son droit à l’autoreprésentation et l’exercice
de sa souveraineté selon sa libre et totale volonté pour cela, la Voie démocratique
se donne les priorités suivantes :
—
La
poursuite de la lutte contre la tyrannie et la corruption et pour la démocratie
la liberté et la dignité
—
La
poursuite de l’engagement dans le mouvement 20 février et son renforcement pour
qu’il devient un front unitaire des luttes des classes populaires et la vraie
alternative aux élections et aux manœuvres du régime du makhzen
—
La lutte
dans l’unité et l’organisation pour réaliser les grandes tâches que nécessitent
les objectifs et faire obstacle aux manœuvres des ennemis de la démocratie.
—
La lutte
pour la libération des prisonniers politique et la liberté de la presse.
Secrétariat
national
http://www.europalestine.com/spip.php?article6624
Le consulat israélien occupé à
Boston (USA)
lundi, 7 novembre 2011
Des militants ont pris d’assaut consulat israélien à
Boston aux cris de : « Occupez Wall Street, pas la
Palestine ! », montrant "une convergence entre la contestation
populaire aux Etats-Unis et la protestation contre la politique israélienne",
écrivait le quotidien israélien « Yedioth Ahronoth » ce samedi. Cette
occupation avait notamment pour but de dénoncer l’opération de piraterie menée
par la marine israélienne contre les deux bateaux de la campagne « Vagues
de liberté », le Canadien et l’Irlandais.
CAPJPO-EuroPalestine
Parution du n°21 du Journal "Ici,
Ensemble"
Au sommaire :
Edito
: Quelques propositions
Comment
travaillons-nous ?
La
seule opposition à la guerre, c'est la capacité des gens...
Il
faut défendre les enfants !
L'égalité
de traitement entre les gens est un principe essentiel.
http://www.ouvriersgensdici.net
http://ouvriersgensdici.free.fr/IMG/pdf/Ici_ensemble_N21.pdf
Intéressant numéro, en particulier en ce qu’il
tente de clarifier les orientations du travail mené avec constance par ces amis
de Toulouse.
Je reste cependant perplexe sur deux points au
principe de ce numéro.
Le refus explicite du principe « il n’y a
de politique qu’organisée » se fait au nom d’un argumentaire un peu
fallacieux (faisant comme si toute organisation politique ne pouvait que
relever d’une logique étatique, bref comme si toute organisation politique devait
nécessairement relever du type parti).
D’où l’embarras d’un « nous nous
sommes organisés » (p.9) qui s’avère sans
organisation revendiquée.
Mais que veut alors dire s’organiser sans organisation ? Comment le « nous » ici brandi pourrait-il s’édifier à partir des seules « pensée(s) individuelle(s) » (p.2) revendiquées ? En quoi la simple somme {Jean-Louis+Brigitte+Zoubida+Pierre+« Ceux qui veulent le pays pour tous »} serait-elle susceptible de faire un « nous » qui ne soit pas de simple disjonction ? Tout « nous » n’est-il pas produit (par des orientations) bien plus que l’effet d’une somme ?
Cette difficulté s’avère dans le point suivant.
L’énergie de départ de toutes les
mobilisations décrites sont manifestement défensives : il s’y agit de
s’opposer – bien légitimement, cela va ici de soi - à la guerre de Libye, à la
loi CESEDA, aux déclarations du ministre de l’Intérieur sur les enfants… Mais
de quelles manières les énoncés (différenciés et conjoncturellement constitués
qui s’édifient dans ces combats contre x ou y)
vont-ils pouvoir édifier un faisceau affirmatif minimum, « construire les
choses dans la durée, sur des bases solides » (p. 6) et non pas simplement
constituer un mille-feuilles que le premier revers va disperser (tout de même
qu’un journal n’est pas la simple superposition de différents tracts, ne
serait-ce que parce qu’il y faut une agrafe qui vient articuler l’ensemble dans
un ordre donné, sans compter que l’idée d’un journal préexiste à celle des
tracts qui pourront y être sommés) ?
Ce qui ne fait que réitérer ma première
question : un collectif organisé de gens qui ne veut pas se penser comme
organisation politique, c’est en vérité un mouvement ou un collectif non
politique attaché à une situation donnée (l’hic et
nunc d’une Toulouse d’aujourd’hui, héritière au
demeurant d’une longue histoire d’organisations politiques émancipatrices) qui
ne saurait l’excéder et en particulier faire pays.
Une chose est de dire : pour le moment,
nous nous en tenons là, nous nous organisons sans nous fixer pour but la
constitution d’une organisation politique d’un type nouveau. Autre chose est de
dire : notre pratique actuelle d’inorganisation (relative : il y a
bien ici un journal…) relève d’un nouveau principe (politique ?) :
pas d’organisation (ou du moins : pas d’organisation politique) !
Au total, le point subjectif décisif de tout ceci est-il bien celui de l’organisation ou ne serait-il pas plutôt celui de la politique ? Somme toute, il a toujours existé des regroupements de gens entreprenant de penser et d’agir dans des domaines variés. On appelle cela le plus souvent une association (qui n’a nul besoin pour exister de s’institutionnaliser selon la loi de 1901).
En quoi ce projet débouche-t-il finalement sur plus que cela (ce qui bien sûr n’est déjà pas rien en soi) : une association toulousaine pour défendre un vivre ensemble des gens de tous bords ?
Pour ma part, je m’en tiens toujours au
principe « il n’y a de politique qu’organisée » qui a pour
(douloureux corollaire) : sans organisation politique, pas vraiment de
politique existante, tout au plus l’existence d’une question sur la politique
(ce qui est quand même tout autre chose : qui ne sait la différence qu’il
peut y avoir, dans un tout autre domaine, entre l’existence d’un amour et
l’existence d’une question sur cet amour – et ce même si tout amour inclus,
bien sûr, un questionnement sur lui-même… ?).
Nous sommes un certain nombre à avoir soutenu,
à juste titre, que la politique est séquentielle et qu’il n’existe donc pas
toujours de politique émancipatrice. On peut le déplorer, mais c’est comme cela :
telle est la dure loi matérialiste de la politique non étatique.
Notre moment est tel : il n’y a pas de
politique émancipatrice existante en France.
La tâche est donc aujourd’hui de poser la
question d’une telle politique.
J’entends parfaitement que poser une telle
question ne s’articule pas à la question de l’organisation comme s’y articule
une politique réellement existante : poser cette question ne nécessite pas
une organisation comme la nécessite de faire réellement une politique.
D’où que le temps soit aux initiatives individuelles
(tel ce modeste Qui-vive), sans réelle organisation.
Mais ceci ne rature pas la question d’une organisation
qui devra revenir sur scène au moment où la figure d’une nouvelle politique
reviendra elle-même sur scène.
*
Le collectif Eimigrative Art, les éditions Edicija Jugoslavija (http://www.edicijajugoslavija.net/) et, pour la mise en espace de l'exposition, le collectif Škart (http://www.skart.rs/) en collaboration avec le département de science politique de l’ULB (http://www.ulb.ac.be/)
vous invitent au YU WORKING CLASS, hébergé par l'Université libre de Bruxelles dans la salle Allende,
avenue Héger 22, du 16.11 au 17.12 2011.
Vernissage, le 15.11- 18h
VENEZ NOMBREUX!
Pour le programme complet - cinéma, débats, nocturnes - voir http://www.yougoslavie.be/


Le cognitivisme
frappe une nouvelle fois…
L’article est (trop)
long, l’argumentaire laborieux. On pourra se contenter d’en parcourir les
premières lignes…
Cerveau et maintien de l’ordre,
comment améliorer l’information scientifique du grand public ?
Plusieurs articles parus dans la presse britannique ou sur le Web ont
relayé les résultats d'une étude scientifique qui aurait expliqué les
émeutes londoniennes d’août par des carences en une certaine substance
chimique présente dans le cerveau humain. Des conclusions
totalement infondées.
Consternés, les scientifiques à l'origine de cette recherche nous ont fait
parvenir la tribune ci-dessous, publiée à l'origine dans le Guardian.
Par Petroc Sumner, Frédéric Boy et Christopher Chambers, chercheurs
en neurosciences cognitives, School of Psychology, Cardiff University.
Avez-vous entendu dire que les émeutes dévastatrices à travers l'Angleterre1
étaient dues à une carence d’une substance chimique dans le cerveau
? Ou bien que nous allions bientôt être en mesure de réduire le
nombre d’émeutes en utilisant un spray nasal contenant des extraits de
cette substance ? De telles informations ont été diffusées, au cours des
dernières semaines, dans des quotidiens grand public, donc,
potentiellement lues par des millions de personnes.
Pourtant, ces allégations sont totalement infondées. Nous sommes l'équipe
de scientifiques à l’origine des recherches sur lesquelles, justement, ces
articles sont fondés. Si nous réagissons aujourd’hui, c’est parce que nous
pensons que la prolifération de telles informations erronées ou
mensongères est dangereuse. Non seulement elles désinforment le public, mais
elles affaiblissent également le respect de celui-ci pour la science et
ainsi son soutien pour l'utilisation des moyens, publics et privés,
nécessaires à son financement.
Les recherches. Revenons maintenant aux faits et à leur chronologie.
Notre équipe a fait une découverte potentiellement importante pour la
compréhension des maladies mentales. Dans une certaine partie du cortex
préfrontal (partie du cerveau situé à l’avant de la boite crânienne), la
concentration d'un neurotransmetteur (une substance chimique permettant
aux neurones de communiquer entre-eux) appelé GABA (ou acide gamma
aminobutyrique) est proportionnelle à la façon dont nous déclarons pouvoir
contrôler nos propres impulsions dans la vie, évaluée, par exemple, par
une des échelles utilisée par les psychiatres du monde entier.
Plus précisément, nous avons constaté que les jeunes adultes qui
possédaient une basse concentration en GABA faisaient état d’une plus
grande impulsivité. Ce résultat est particulièrement intéressant car il
fait écho à de récents travaux en biologie moléculaire sur la génétique de
l'alcoolisme et de certaines toxicomanie ; troubles dans lesquels le
contrôle pulsionnel se trouve amoindri. Après examen par plusieurs experts
internationaux anonymes (une procédure de règle dans la publication
scientifique), l’article a été publié dans Biological Psychiatry,
un journal de psychiatrie réputé pour son sérieux et l’impact de ses articles.
Par la suite, compte tenu de l’originalité et de la portée des résultats,
nous avons décidé de diffuser vers les agences de presse et les principaux
journaux nationaux britanniques un communiqué de
presse présentant notre découverte et de le publier sur le
site de notre université.
Émeutes et "spray nasal". Après que ce sont répandues
de violentes émeutes dans les principales métropoles d’Angleterre (6-10
août 2011), nous avons eu la mauvaise surprise de voir apparaître de
nombreux articles de presse basés sur notre recherche. C’est alors que nous
avons découvert qu’une dépêche d’agence de presse (Press Association,
agence multimédia, leader au Royaume-Uni) avait annoncé que "la
carence en une substance dans le cerveau incitait aux émeutes", et
avait malicieusement placé "incite aux émeutes" entre guillemets,
impliquant faussement que ces mots puissent être les nôtres. A partir
de cette dépêche, la presse tabloïd a fait preuve d’un magnifique
élan de créativité.
Par exemple, The Sun, tiré à 2,8 millions d’exemplaires quotidiens,
annonçait qu'un "spray nasal pourrait freiner les ivrognes et les
bagarres", et même qu'un "remède pourrait être développé au
cours des dix prochaines années". Suite à notre plainte auprès
de l’éditeur en cause, ce journal a immédiatement retiré son article de
son site Internet. Quant au Daily Mail, concurrent du Sun, il affirmait que
"les émeutiers avaient des niveaux inférieurs dans le cerveau d'une
substance chimique qui garde les comportements impulsifs sous contrôle".
Il réitérait ces affirmations fausses dans la légende d’une illustration
où l’on voyait une scène de pillage avec des émeutiers masqués : "Les
émeutiers, pillant une boutique à Hackney2, ont-ils des niveaux
réduits d'une substance chimique dans le cerveau ? Les scientifiques
pensent que oui."
Dans la même journée, comme une traînée de poudre, ces affirmations
totalement fausses se sont répandues dans de nombreux articles et blogs,
tout d’abord au Royaume-Uni, puis partout dans le monde. Le jeudi 11 août
2011, soit 3 jours après notre communiqué de presse, une simple requête
sur Google avec les mots "Riot" (émeute en anglais), "GABA"
et "Dr Frédéric Boy" produisait 25 réponses, dont des articles
publiés en Inde, en Russie, en Malaisie, en Pologne, en Hongrie et en
Finlande3.
En tant que scientifiques, nous sommes bien évidement consternés par une
telle distorsion
des résultats de notre recherche. Mais au-delà de
l’évidente frustration, des questions sur la façon dont la science est
rapportée au public se posent. Premièrement, pourquoi ce genre
de
recherche est-il si attrayant et pourquoi est-il si difficilement compris ?
Deuxièmement,
quels préjudices subit la science quand elle est ainsi déformée
dans la presse ? Et
troisièmement, que pouvons-nous faire, nous,
scientifiques, pour mieux collaborer avec les
journalistes et empêcher de
telles transformations ?
Pourquoi notre recherche est-elle si attrayante et pourquoi est-elle si
difficilement comprise ? L'idée que le comportement puisse être
directement causé par la sous-production (ou la sur-production) d’une substance
chimique dans le cerveau est séduisante, comme l'est l'implication que
certains comportements pathologiques puissent être directement traités ou
"guéris" par un médicament. Encore plus stimulante est la
suggestion, reprise dans plusieurs blogs, que les scientifiques estiment
les émeutiers en quelque sorte moins responsables de leurs propres actions
- "Bien sûr ils n'y sont pour rien, ils ont trop peu de GABA dans le
cerveau !". Soyons absolument clairs : notre recherche n'a rien à
voir avec les émeutes, et ne peut certainement pas être utilisée pour justifier
ou excuser un quelconque comportement.
Notre travail montre que les gens avec moins de GABA dans une certaine
région du cerveau tendent à être plus impulsifs. Mais cela ne signifie pas
qu’une carence en GABA causerait l'impulsivité, et ainsi génèrerait
l'agressivité qui peut en découler. Il est plus
probable que les
différences de GABA ne sont qu'un aspect, et peut-être même le résultat,
d'un réseau
complexe qui rendrait chacun de nous unique.
Et même si les niveaux de GABA pouvaient rendre l'agressivité plus ou
moins probable, est-ce que l'approfondissement de notre compréhension des
bases biologiques de la personnalité devrait nous amener à changer la
notion même de responsabilité individuelle ? Argumenter ainsi équivaut
à suggérer que les personnes ayant une "personnalité agressive"
sont intrinsèquement moins responsables de leurs propres actes. Pourtant,
dans l'esprit du public (et même dans le monde scientifique), les
résultats biologiques sont généralement considérées comme plus causals et
concrets que les découvertes psychologiques.
Dans la plupart des articles en neuroscience, il est presque toujours
supposé que les facteurs physiques ou chimiques provoquent des sentiments
et des comportements associés, plutôt que l'inverse. Pourtant, nous savons
aussi que des états cognitifs différents peuvent aussi causer des
changements dans les équilibres chimiques du cerveau (comme cela nous
arrive à tous quand nous avons peur ou quand nous sommes excités) et que
des comportements tels que l’apprentissage d'un geste ou la mémorisation
d’un évènement entraînent des changements à long terme dans l’architecture
du cerveau.
De telles informations erronées et présentées comme validées par la science
peuvent-elles causer beaucoup de dégâts ? Lorsque potentiellement des
millions de lecteurs ont lu un tel article, le croient-ils, ou
bien doutent-ils de son contenu ? Bien que la plupart des gens puissent
prétendre ne pas faire confiance aux journalistes et les
critiquent assidûment, il est intéressant de constater le peu de
remise en question de la parole du journaliste. Ainsi, paradoxalement,
quand le contenu de l'article est contesté, la défiance du lecteur va
plutôt à l’encontre des scientifiques, avec des commentaires tels que
"pourquoi gaspille-ton de l'argent public pour de telles sottises
?"4, "Bien typique des scientifiques d'excuser les
gens pour leur actions ! (sic)" ou encore "les
scientifiques prétendent toujours que des guérisons sont proches".
Dans notre cas, nous avons vu un seul commentaire (sur plusieurs centaines)
qui
questionnait le fait que l’article de presse pouvait ne pas être un reflet
fidèle de la recherche en question.
Ensuite, deux cas de figure se posent. Soit le lecteur accepte l'histoire
telle quelle, ce qui propage une mauvaise compréhension de la science et
conduit à des vues potentiellement très dangereuses. Dans le cas présent, que
certains ne devraient pas être tenus responsables de leurs actions, ou
pire, que ces mêmes individus seraient biologiquement considérés comme
inférieurs. Soit le lecteur rejette l'histoire et par la même perpétue la perte
de confiance dans la science. Il est déjà facile de voir les
conséquences d’une telle méfiance à l’égard des scientifiques dans la
question du changement climatique, où la majorité des scientifiques n'est
tout simplement pas crue par une partie non négligeable de la population.
Que pouvons-nous faire pour briser ce cercle vicieux de désinformation et
de méfiance, et la défiance qui en découle ? La première étape est
d'accepter qu'une grande quantité d’informations scientifiques est dérivée
de communiqués de presse "zombie", basés eux-même sur une rapide
réécriture d’autres communiqués de presse, qui n’obtiennent pas, dans la
majorité des cas, leurs informations à la source.
Qui plus est, certains journalistes et éditeurs peu scrupuleux
jouent manifestement vite et fort avec la vérité, avec peu d'égard pour la
réputation des scientifiques contribuant ainsi à la désinformation du
public. Hélas, une fois entrés dans ce cercle vicieux de la
désinformation, les scientifiques perdent tout contrôle de la situation, et, de
par la nature
même des réseaux de communication, essayer de le regagner est
quasi impossible.
Pour illustrer cela, sur la vingtaine de journalistes et bloggeurs
contactés par nous, seul Emma Little, journaliste au Sun, cité plus
haut, a répondu promptement à notre plainte.
Certains scientifiques pourraient prétendre qu’il est du caractère même de
la presse tabloïd de faire fi des normes d'objectivité requises dans les
articles scientifiques. Ainsi, face à de telles pratiques, nombres de
nos confrères ont décidé d’éviter d'émettre des communiqués de presse et
ont rompu toutes relations avec la presse (voir cette question abordée
récemment dans un article
de David DiSalvo paru dans le magazine Forbes).
Nous pensons qu’une telle attitude d’évitement de la presse est totalement
inacceptable.
Scientifiques et journalistes ont la responsabilité collective
d'assurer que les nouvelles
découvertes soient rapportées avec justesse au
grand public. Une solution qui nous paraît
être viable : que les communiqués de
presse que diffusent les scientifiques soient
distribués en encourageant les
journalistes à vérifier avec les scientifiques la véracité des
faits avant
publication (voir notre récent article
qui fait état de cette idée).
Dans leur grande majorité, les scientifiques seraient disponibles pour
une vérification rapide des faits dans les articles basés sur leurs
recherches. Il ne s’agirait absolument pas de réécrire l’article mais
seulement de vérifier les faits, le journaliste en demeurerait bien sur le seul
et unique auteur. On peut même tout à fait imaginer que les articles
de presse qui ont bénéficié d'une telle vérification "à la
source" puissent être estampillés comme tel, donnant ainsi au lecteur
un gage de confiance. Il ne s’agit absolument pas de remettre en cause la
totale indépendance du journalisme, mais plutôt de fournir un outil de
travail permettant de mieux informer le public.
Nous pensons que mettre l'accent sur une information scientifique de
qualité dans la presse généraliste est de première importance,
particulièrement à une époque où le journalisme traditionnel est menacé
par la diffusion non régulée de l’information sur Internet, et où
le financement public des recherches fait l’objet d’un contrôle accru.
Nous pensons qu’une information scientifique de qualité ne devrait pas
seulement être l’apanage des mensuels spécialisés. Il en va de la
motivation des jeunes générations qui seront les scientifiques de demain
et donc de l’avenir technique et scientifique.
Notes des auteurs :
1 De par leur ampleur et leur impact sur le public, ces émeutes d’août 2011
peuvent
être comparées à celles d’octobre-novembre 2005 dans les banlieues
parisiennes.
2 Banlieue défavorisée de Londres.
3 La même requête réalisée le 1er septembre 2011 produisait plus de 70
documents,
majoritairement des extraits de l’article du Daily Mail, ou des
réécritures partielles de la
dépêche de la Press Association.
4 La recherche en question a été financée par le Wellcome Trust, organisme
non
gouvernemental de financement de la recherche biomédicale.
Les auteurs tiennent à remercier Gabriela Jiga-Boy, Aline Bompas, Remi van
Reeth, Richard Palluel-Germain et Bruno Decoret pour leur assistance lors
de la traduction de la version originale de l’article.
Article original dans Biological Psychiatry, disponible sur demande
aux auteurs (boyf@cf.ac.uk).
(Rubrique
anti-islamophobie)
Vous trouverez la suite de mes réflexions sur les
rapports du Coran aux arts - ici à la musique - dans un récent exposé sur le tajwîd (récitation coranique) fait dans le cadre du séminaire Babel (http://cirphles.ens.fr/mamuphi/seminaire-babel):
J’y traite des points suivants :
Qu’est-ce
que le tajwîd ?
Ce n’est pas le azan…
Exemple: al-fâtiHah – sourate I: L’ouverture
Verset plus détaillé
(II.134/141 - Médine)
Remarque
de langue
Questions
d’écriture dans le Qur’ân
Phonétique
et phonologie du tajwîd
Structuration de
l’apprentissage du tajwîd
Les points d’articulation
(maX-raj) dans la phonétique de la langue coranique
Les attributs des
lettres (Si-fah) dans la phonétique de la langue
coranique
Phonologie :
points remarquables
Différences
entre ce tajwîd et le grégorien
(aussi restrictivement entendu)
Ce tajwîd ne se
développe pas comme musique.
Il existe des
récitations musulmanes qui s’émancipent musicalement.
Le grégorien
Grégorien/tajwîd
Musicaliser le
tajwîd ?
Qu’est-ce
qui est intéressant en cette affaire pour la musique contemporaine ?
Un secret de la
langue arabe que la musique entreprendrait d’avouer…
*

Textes réunis par Isabelle Vodoz et Fabien Tarby
Editions Germina
http://www.editionsgermina.com
Ce livre
présente les contributions aux « journées Alain Badiou » qui se sont déroulées
à Paris les 22, 23 et 24 octobre 2010. L'événement a permis la rencontre des
paroles et des types de discours les plus divers autour d'Alain Badiou et de
son oeuvre. Celle-ci fut analysée et discutée du point de vue de ses dimensions
philosophique, logique, mathématique, politique, romanesque, théâtrale, poétique,
linguistique, biographique... Le philosophe y prononça sa belle conférence : La
relation énigmatique entre philosophie et politique.
Textes
d'Alain Badiou, Judith Balso, Jean-Yves Béziau, Bruno Bosteels, Élie During,
Peter Hallward, Patrice Maniglier, Quentin Meillassoux, Natacha Michel,
François Nicolas, Dimitra Panopoulos, David Rabouin, Alessandro Russo, Fabien
Tarby, Emmanuel Terray, Isabelle Vodoz, Cécile Winter.
Un fidèle
compte-rendu (ce n’est pas commun) du dernier livre d’A.B.
Alain
Badiou : le temps des émeutes et le réveil de l’histoire
par
Jean Ristat
Deux ouvrages consacrés à Alain
Badiou : le premier, de Mehdi Belhaj Kacem, Après Badiou, et
le second, de François Laruelle, Anti-Badiou, sous-titré
Sur l’introduction du maoïsme dans la philosophie ont récemment
paru. Ce dernier essai n’a pas eu à ma connaissance le même, et relatif,
retentissement médiatique que celui de Mehdi Belhaj Kacem :
il ne pouvait en effet se prévaloir de l’adoubement de ce dernier par Bernard-Henri
Lévy, « De la terreur dans la philosophie, et comment s’en
libérer. La première déconstruction d’un système dont on se dit, lecture faite,
qu’il ne tenait peut-être que par l’intimidation qu’il diffusait. » François
Laruelle, lui, est présenté par l’éditeur en toute sobriété,
comme le créateur du projet dit « non-philosophie » ou « philosophie non
standard ». Je ne saurais l’expliquer à mes lecteurs pour le moment et l’on
voudra bien, je l’espère, me pardonner cette limite intellectuelle. En
revanche, je comprends mieux où il veut en venir lorsqu’il définit le «
badiolisme » comme « une pensée conservatrice et autoritaire » de « nature
régressive et violente ». Laruelle parle même « d’une philosophie de la terreur
et de l’épuration »: « Entre empire platonicien et camp de redressement pour
les cadres intellectuels », etc. Badiou veut, selon lui, « rééduquer » la
philosophie par la mathématique. La « non-philosophie » de Laruelle ne peut
admettre cette « manière de dépotentialiser la philosophie et d’en faire un
autre usage ». Je vois bien que notre philosophe non standard cherche dans
Badiou, « empereur céleste de la pensée », les principes de sa doctrine,
c’est-à-dire « ce qui la rend menaçante » : « une pratique politique de la
philosophie (Lénine) conjuguée au vide mathématique ». Au fond, il est clair
que Mehdi Belhaj Kacem et Laruelle nagent dans les mêmes eaux, avec des styles
différents : Mehdi Belhaj Kacem est parfois pathétique, toujours brouillon et
souvent vulgaire : « L’humeur de Badiou pèse comme du plomb (…) c’est celui du
grand-bourgeois qui n’arrive pas à s’encanailler et trinque au Picon-bière avec
les voisins de table en crissant du dentier », par exemple. François Laruelle
se fait plus distingué. Il aime l’ombre et même les recoins les plus obscurs de
la pensée. Aussi le texte de ce professeur émérite d’université me conduit-il
sur des cimes que je n’aurais jamais songé à atteindre : « Badiou met au point
un ascenseur “méta-ontologique”, c’est la fameuse “torsion” qui permet une
élévation en douceur mais qui est un saut. »
Après cet exposé de mes
insuffisances théoriques (qu’on pourra interpréter comme une autocritique de
type maoïste ou stalinien, au choix), je calme ma colère ou mon fou rire, étant
entendu que la propagande dont relèvent ces deux livres nous repasse, depuis
quelques décennies, les mêmes plats: toute pensée émancipatrice, c’est-à-dire
qui veut en finir avec le « conservatisme barbare du capitalisme », est
qualifiée de terroriste, totalitaire, régressive, etc. Mais Bernard-Henri Lévy
est imprudent lorsqu’il affirme que le platonisme d’Alain Badiou «
pris à la lettre » ne peut que « rendre sourd et aveugle au surgissement de
l’événement, le vrai, celui qui emportait (…) la dictature en Tunisie puis dans
une large partie du monde arabe ». Il devrait lire le Réveil de l’histoire. Il
est vrai que le porte-voix des puissances occidentales est trop occupé à servir
en Libye comme hier en Yougoslavie. La voix de son maître ou « Bavard de
Haute-Lignée » (Badiou) n’est ce pas un beau nom pour un perroquet ?
Le dernier livre paru de Badiou
est écrit dans la tourmente de l’histoire contemporaine, au plus brûlant des
révolutions arabes (Tunisie, Égypte) et de l’intervention occidentale en Libye,
sans oublier les révoltes en Espagne et en Grande-Bretagne, et la crise
financière généralisée. Une sourde inquiétude est au cœur de chacun d’entre
nous. Que se passe-t-il ? nous demandons-nous avec angoisse. Quelle apocalypse
se prépare- t-il ? Ne nous a-t-on pas répété que nous vivions dans le meilleur
des mondes possibles, qu’il n’y avait pas de salut en dehors des marchés, du
capitalisme mondialisé, de la démocratie occidentale, des droits de l’homme,
que sais-je encore ? Tous ces noms, dit Badiou, sont interchangeables. Bref,
depuis la chute du mur de Berlin, l’Histoire est finie. Et nous ressentons un
malaise grandissant, jusqu’à l’insupportable, devant la tragi-comédie que nos «
maîtres » jouent dans les médias, semaine après semaine. Il faut s’aveugler
pour ne pas voir qu’ils ne sont, comme dirait Marx, que « les
fondés de pouvoir du capital ».
Nous savons que l’état de chose
existant ne peut plus, ne doit plus durer. Nous subissons la « modernisation »,
c’est-à-dire « la tentative historique d’une régression sans précédent » vouant
à la destruction les conquêtes du mouvement ouvrier, entre 1860 et 1980, pour
restaurer « le libéralisme à tous crins du milieu du XIXe siècle » et « le
pouvoir illimité d’une oligarchie financière et impériale, et un
parlementarisme de façade ». C’est dans le contexte d’un capitalisme
contemporain « revanchard » que Badiou va analyser les soulèvements populaires
de ces derniers mois : « une levée populaire mondiale contre cette régression
». Nous ne sommes pas dans le temps de la fin de l’Histoire mais, dit-il, dans
le temps des émeutes, celui où se cherche encore en tâtonnant l’idée du
communisme « revisitée et nourrie de ce que la vivace diversité des émeutes, si
précaires soient-elles, nous enseigne ».
Le lecteur du Réveil de
l’histoire tirera profit de la première section du livre,
intitulée « Le capitalisme aujourd’hui »: Badiou y répond aux accusations
d’idéalisme. Son idée du « communisme serait une idée suspendue à l’air »
« sans ancrage dans le ciel », ou bien à celles d’Antonio Negri
pour qui il serait « communiste sans être marxiste ». Les précisions et mises
au point qu’elles suscitent ici sont fort intéressantes : elles montrent que le
soi-disant capitalisme nouveau, capitalisme postmoderne, « a tous les traits du
capitalisme classique »: « Le monde actuel est exactement celui que, par une
géniale anticipation, (…) Marx annonçait en tant que déploiement intégral des
virtualités irrationnelles et, à vrai dire, monstrueuses du capitalisme. » Ou
bien encore : « Le capitalisme contemporain (…) se jugeant débarrassé de ses
en- nemis communistes va son bonhomme de chemin selon la ligne dont Marx (…)
aperçut l’allure générale. » Allons-nous donc nous enfoncer encore davantage
dans la barbarie dans laquelle nous vivons ? Le seul réveil possible de
l’Histoire « est celui de l’initiative populaire où s’enracinera la puissance
d’une idée ». Une idée ? L’idée communiste. Les émeutes, c’est-à-dire des
masses de gens qui se soulèvent parce que « les choses telles qu’elles sont doivent
être tenues pour inacceptables », se sont multipliées ces dernières années : en
France, en 2005, ou à Londres tout récemment en 2011 : on n’a pas oublié le
Kärcher de Sarkozy, pas plus que les voyous ou les « criminels » de Cameron à
la recherche de 30 000 suspects. Mais elles sont la manifestation de violence
anarchique et « finalement sans vérité durable ». Il faut donc distinguer trois
types d’émeutes selon Badiou : 1) l’émeute immédiate, 2) l’émeute latente et 3)
l’émeute historique. Voyons-en rapidement les principaux caractères.
L’émeute immédiate « est un
rassemblement tumultueux de la jeunesse en réaction, presque toujours, à un
forfait, réel ou supposé, de l’État despotique ». Ensuite, elle est localisée
dans un territoire et elle peut s’étendre, par imitation, à d’autres lieux.
Elle en reste à la révolte, à la destruction, à « une rage sans finalité
». Du pillage rentable à la simple et pure joie de casser ce qui existe,
explique Badiou, « le sujet des émeutes immédiates n’est ni politique ni même
prépolitique ». Qu’est-ce donc qu’une émeute historique ? Celle qui « indique
la possibilité d’une nouvelle donne de l’his- toire des politiques ». Les
soulèvements dans les pays arabes, en particulier en Tunisie et en Égypte,
répondent positivement à cette définition. Mais qu’entendre par émeute latente
? Badiou décrit ainsi, à partir de l’exemple de la mobilisation populaire
contre la loi Sarkozy sur les retraites, une situation
telle que « le moindre incident spectaculaire » ou « dérapage violent » la
fasse sortir pendant un temps « localement et fortement du consensus
capitalo-parlementaire ».
L’émeute immédiate devient
historique lorsqu’elle cesse d’être simplement nihiliste pour se transformer en
émeute prépolitique. La réflexion de Badiou est à l’école, dit-il, de la
frappante nouveauté des émeutes dans les pays arabes. Il en tire trois leçons.
1) Le lieu central durable de l’émeute que fut par exemple la place Tahrir au
Caire montre le passage « du temps limité et en quelque sorte censuré de
l’émeute immédiate au temps long de l’émeute historique ». 2) Dans ce lieu, peu
à peu, toutes les composantes du peuple se retrouvent et s’unissent
et parlent. 3) « Un mot d’ordre unique (…) enveloppe toutes les voix
disparates : “Moubarak, dégage !” » Badiou souligne à
juste titre que les émeutes tunisiennes et égyptiennes ont été assez rapidement
victorieuses, et il ajoute : « À combien d’années en arrière faut-il remonter
pour assister au renver- sement d’un pouvoir centralisé et bien armé par
d’immenses foules aux mains nues ? » Le destin des révoltes dans les pays arabes
est naturellement indécis. Il ne s’agit pas pour Badiou de faire des prévisions
scientifiques, mais il inscrit ces émeutes comme des actions caractéristiques
de « la période intervallaire » dans laquelle nous sommes entrés. L’idée
révolutionnaire de la période historique précédente est obsolète, celle qui
doit lui succéder, une figure ouverte, partagée et universellement praticable
de l’émancipation, fait défaut. Pour comprendre ce qu’il veut dire par période
intervallaire, Badiou explique que la démocratie libérale que nous connaissons
(1980-2011, et plus ?) représente ce que la « monarchie libérale » « était à la
période interval- laire durant laquelle le capitalisme moderne a pris son essor
après l’écrasement des derniers sursauts de la révolution républicaine
(1815-1850) ». Pour l’instant, les mots d’ordre « Qu’ils s’en aillent », « Ben
Ali dehors », « Moubarak dégage » restent négatifs. Seule l’idée affirmative de
l’émancipation peut donner à l’émeute, même historique, un réel avenir
politique, une politique organisée. « Les émeutes historiques indiquent
l’urgence d’une proposition idéologique reformulée » pour que « le jour
politique qui suit le réveil de l’histoire soit lui aussi nouveau. Pour que
demain diffère réellement d’aujourd’hui ». Et la question, au moment en
particulier où j’écris cet article, Ben Ali ou Moubarak partis, reste pour les
peuples tunisiens et égyptiens « d’organiser la fidélité à l’émeute ».
Quelle interprétation les gouvernements occidentaux donnent-ils des émeutes
dans les pays arabes ? Ils y voient un désir d’Occident, « un désir d’être
enfin intégrés au “monde civilisé” » en le confondant avec un désir légitime de
libération des régimes despotiques. Terminons avec cette proposition de Badiou
: « Un mouvement populaire répondant à cette définition a toutes chances de se
terminer par des réformes constitutionnelles très modestes et des élections
bien contrôlées par la “communauté internationale” dont sortiront vainqueurs, à
la surprise générale des sympathisants de l’émeute, soit des sicaires bien
connus des intérêts occidentaux, soit une mouture de ces “islamistes modérés”
dont nos gouvernants apprennent peu à peu qu’il n’y a pas grand-chose à
redouter. »
Mais quoi qu’il en soit, je
pense, comme Badiou, que l’Histoire se réveille et que « les émeutes
historiques nous enseignent le profil des temps qui s’ouvrent. Notre tour va
(re)venir ».
par Selim
Lander
Selim Lander est critique, membre de
l'AICT (Association internationale des critiques de théâtre).
http://mondesfrancophones.com/espaces/frances/theatre-octobre-aixois/
Aix-en-Provence, octobre 2011
Les Citrouilles d’Alain Badiou étaient au
programme du théâtre Antoine Vitez en ce mois d’octobre. Tout philosophe et
gauchiste qu’il est, A. Badiou se révèle un auteur de théâtre ni pesant ni
sectaire. La pièce est d’autant plus intéressante qu’elle est de bout en bout
une réflexion sur le théâtre, sur ses acteurs, sur le message qu’il véhicule et
sur le public, si homogène socialement, qu’il parvient à drainer. Tout cela
traité en farce, avec ce que cela implique de vulgarité voulue. La
première partie, la plus réussie, se déroule sur l’avant-scène entre trois
personnages, la ministre de la culture, un certain Ahmed, immigré à la vaste
culture théâtrale, et sa doublure, laquelle, à défaut de remplacer cet Ahmed,
jamais malade, est devenue sa monture. Il est question de se rendre aux enfers
afin de rencontrer Claudel et Brecht, histoire de faire mieux connaître à la
ministre le secteur dont elle est chargée.

Les Citrouilles
Cette première partie, sans temps mort, n’est pas que
drôle. Badiou y décrit par exemple le théâtre comme cinq arbres alignés :
les « poèmes » (les textes), le public, les « artistes » du
théâtre (comédiens ou autres), les financiers et enfin – last but not least serions-nous tentés
d’ajouter – les critiques (qui font tomber leurs « feuilles » sur les
spectacles). Quelqu’un, nous explique Badiou, qui serait placé dans le même
alignement que les cinq arbres ne voit normalement que le premier. Ce n’est que
si celui-ci n’est pas assez bien garni qu’il apercevra les suivants. Or, comme
on l’a vu, ce premier arbre est celui des textes (ou des auteurs) : Badiou
affirme ainsi que le succès d’une pièce repose avant tout sur le texte, une
opinion que nous avons eu également, quoique plus modestement, l’occasion de
défendre, ici ou ailleurs.
Prolongeant la métaphore, on réfléchit que les
finances ne sont, pour Badiou, que la dernière roue du carrosse (air
connu : « l’intendance suivra !»), tandis que les critiques
seraient tout au plus pour lui une roue de secours, capable cependant de sauver
un spectacle a priori promis à l’échec (pauvres de nous !)
Comme pour Génération(s), ces Citrouilles tiennent mal la
longueur (or la représentation dure plus de deux heures). La tension baisse, en
effet, dès que le trio du début arrive aux enfers et rencontre un certain
nombre d’individus qui ont fait l’histoire du théâtre, chacun à sa place,
humble ou glorieuse. L’histoire se disperse, les comédiens aussi (ils sont neuf
désormais, deux garçons et sept filles) ; le rythme du jeu ralentit en
même temps que l’intérêt du spectateur. Comme pour Génération(s) encore, les
interprètes sont des amateurs, des étudiants et cela se sent. Mais,
contrairement à Génération(s), le texte d’A. Badiou pourrait faire un bon
spectacle, à condition que la mise en scène soit plus exigeante, les comédiens
plus aguerris, et au prix de quelques coupures.
J’ai le plaisir de vous annoncer la prochaine publication
(pour les fêtes de fin d’année) d’un CD de ma musique pour piano jouée par
Florence Millet (accompagnée, dans mon Trio, par Jeanne-Marie Conquer, violon
et Alain Damiens, clarinette). Au programme, quatre opus : Toccata, Trio Transfiguration, Sonate, Des infinis subtils
Le disque Infinis…
est publié par la maison Triton (référence TRI331176) : www.disques-triton.com/fr)
En voici la pochette, illustrée (comme le
livret) par les peintures de Daniel Seret sur ma musique (pour ceux qu’un tel
projet pictural pourrait surprendre, voir l’annonce qui suit) :

Vous trouverez dans ce volume qui vient de
paraître (L’Harmattan) le texte de mon intervention (2008) :
Quand
la peinture écoute la musique… à sa manière (Les peintures d’œuvres musicales
par Daniel Seret)

Musique
et arts plastiques. La traduction d'un art par l'autre
Principes théoriques et démarches créatrices
sous la dir. de Michèle Barbe (coll. L'univers esthétique)
[1] Incidemment, je suis frappé de ce qu’une tâche aujourd’hui
prioritaire, pour toute personne qui n’est pas une canaille, est devenue celle
de sauver des vies, sauver des vies parmi les millions de vies qui se
trouvent effroyablement broyées par ces temps de brutale cupidité et d’insolent
nihilisme : sauver des enfants du désastre scolaire, sauver des jeunes du
nihilisme démocratique, sauver des vieux de la tristesse qui peut les submerger
à penser que leur vie pourrait avoir été vaine, sauver des adultes de
l’enfermement dans une simple survie…
Et il est encore plus affreux qu’on se »
trouve aujourd’hui condamné à devoir sauver des vies une par une, sans avoir les moyens de le faire par larges brassées…