Qui vive ? Le communisme !
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« une question intimidante, une question que personne encore au
monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle :
Qui vive ?… » Julien Gracq
« La fin de l’histoire de l’égoïsme absolu marquera la
délivrance vers le communisme, [… cet ] idéal politico-social d’un organisme
commun à tous dans l’avenir. »
Richard Wagner (1849-1871)
« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je
suis communiste. » Gerard Manley Hopkins (1871)
« L’affaire du communisme est le monde entier. […] Nous parlons
au nom de l’humanité toute entière, étant d’elle la partie qui représente non
pas ses intérêts particuliers mais ceux de l’humanité toute entière. » Bertolt Brecht (1932)
« Il a existé des communes et des communistes de tout
temps ; il en existera toujours. »
John Steinbeck (1936)
« Je suis communiste
par sympathie et conviction. Je suis, de toute certitude, pour un communisme
intelligent. » James Agee (1939)
« Il m’intéresserait de voir éclore et s’épanouir la variété
africaine du communisme. Il nous proposerait sans doute des variantes utiles,
précieuses, originales de la doctrine. » Aimé Césaire (1956)
« Je suis d’un
village oublié dont les rues n’ont plus de noms et tous les hommes, au champ et
à la carrière, aiment bien le communisme. »
Mahmoud Darwich (1964)
« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut
participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)
« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le
vrai nom du réel comme impossible. » Alain Badiou (2011)
« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas
ne pas être communiste. » Bernard Sobel (2011)
Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique
diffusé
le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)
Rédaction :
François Nicolas [ƒNi]
Numéro 10 : 6 novembre 2011
(fichier format
pdf à télécharger : http://www.egalite68.fr/Qui-vive/10.pdf)
« Je reprends à
partir du mot “communiste”. »
Jean-Marie Gleize (2011)
Sommaire :
Chine................................................................................................................................................ 3
Les ouvriers…................................................................................................................................ 3
Libye................................................................................................................................................. 5
Ah, la belle époque des colonies !.................................................................................................. 5
Israël/Palestine................................................................................................................................. 6
« État “juif” » = théocratie ou apartheid ?....................................................................................... 6
La France d’aujourd’hui….............................................................................................................. 7
Foyers............................................................................................................................................ 7
Logement....................................................................................................................................... 8
Toulouse........................................................................................................................................ 8
Un monde….................................................................................................................................... 10
Mercenaires.................................................................................................................................. 10
Analyse du capitalisme................................................................................................................... 11
Pierre-Noël
Giraud....................................................................................................................... 11
Artus/Natixis................................................................................................................................ 17
Agenda........................................................................................................................................... 18
Actualités d’Alain Badiou............................................................................................................. 18
Séminaire Babel (la
musique contemporaine et les langues) : Le tajwîd........................................ 18
Mémoire du communisme............................................................................................................... 21
Le Petit livre rouge…................................................................................................................... 21
« Communiste » aujourd’hui ?..................................................................................................... 21
Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à
penser…...................................... 23
Se comporter en éternel…............................................................................................................ 23
Le croisement d’un double « comme si »…................................................................................. 23
*******
Jours de
grève en Chine... où les ouvriers ont appris à se défendre
Reportage A Shenzhen, ville chinoise où des centaines
de milliers de salariés fabriquent des produits électroniques, les grèves se
multiplient. Si elles font moins de bruit, c'est qu'elles touchent des usines
moins médiatiques
Shenzhen (Chine) Envoyé spécial
Il aura fallu que les 1 178 salariés de l'usine
chinoise produisant les montres Citizen tiennent tête dix jours à leurs patrons
pour obtenir un geste. La direction japonaise de l'établissement a cédé, jeudi
27 octobre, sur leur revendication principale : le paiement de quarante
minutes de présence quotidienne sur le lieu de travail, imposée depuis 2005
mais non rémunérée car présentée comme une pause pour utiliser les
sanitaires.
Cependant, une centaine d'ouvriers de Shenzhen n'ont
pas repris le travail car ils jugent la proposition insuffisante et sont
menacés de licenciement s'ils ne cèdent pas. " Le patron a le coeur
noir ", lance un gréviste. Les grévistes de Citizen
considèrent également que leurs employeurs ne payent pas assez pour leur couverture
santé, seulement 77 yuans par mois (8,6 euros) alors que ce devrait être 10 %
du salaire, et rien du tout pour ceux qui sont employés depuis moins de un an.
Ils peinent à comprendre la légèreté des dirigeants de l'entreprise.
Cette "mobilisation pour les droits", comme la
qualifient les ouvriers de l'usine Guanxing, n'en est qu'une parmi tant
d'autres depuis la médiatisation, au printemps 2010, d'un piquet de grève chez
Honda et la multiplication, à la même période, des suicides dans les dortoirs
de Foxconn, premier sous-traitant mondial en électronique. Les employés de
Guanxing se sont d'ailleurs inspirés pour leurs mouvements de ceux d'une autre
usine travaillant également pour les Japonais de Citizen, à Dongguan, cité
industrielle jouxtant Shenzhen. Exigeant le paiement de dix minutes de
présence supplémentaire jusqu'alors "bénévole" sur le lieu de
travail, ils ont cessé la production et obtenu gain de cause au bout de
deux semaines.
Depuis quelques années, "les ouvriers
réalisent qu'il faudra se battre pour leurs droits et, grâce à Internet,
nous savons ce qu'il se passe", explique Sheng Tiepiu, un gréviste
de Citizen au bras plâtré depuis qu'il a été poussé violemment par un supérieur
le 17 octobre, jour du début du mouvement.
Dans un rapport intitulé "L'union fait la
force" et publié mi-octobre, le China Labour Bulletin (CLB) constate que les
ouvriers chinois prennent désormais l'initiative, n'attendant plus que
l'amélioration de leur condition soit décrétée par le gouvernement. Les
ouvriers sont également mieux organisés et partagent un sentiment d'unité de la
cause, selon cette organisation de protection des droits des travailleurs
chinois, installée à Hongkong.
Les mouvements sociaux sont généralement couronnés de
succès, note le CLB, et permettent d'obtenir des hausses de revenus. Dans
les zones industrielles de Shenzhen, le salaire minimum mensuel a été réévalué
de 20 % en mars, passant à 1 320 yuans (146 euros) même si l'inflation
relativise ces avancées : les prix des produits alimentaires ont progressé de
13,4 % en douze mois.
Dans nombre d'usines, les ouvriers parviennent
désormais à gagner 2 000 yuans par mois (225 euros), mais à la condition de
travailler dix heures par jour, six jours sur sept. Devant le complexe de
Foxconn, Xie, 21 ans, qui ne donne que son nom de famille, explique que son
salaire s'approche désormais parfois de 4 000 yuans (440 euros) par mois avec
les heures supplémentaires, ce qu'il trouve correct. A ses côtés, un camarade
ne gagne que 2 000 yuans.
Ici vivent 300 000 employés, qui assemblent les
produits d'Apple, Nokia, Dell, et autres grands noms de l'électronique. Des
dizaines d'ouvriers se pressent à la porte nord du complexe chaque matin, dans
l'espoir d'être embauchés dans cette usine qui propose des salaires meilleurs
que la moyenne dans le Guangdong. Les toits des bâtiments sont pourtant couronnés
d'un filet antisuicide depuis un an, rappelant que quatorze ouvriers ont mis
fin à leur vie ici en 2010. Deux personnes ont malgré tout sauté en 2011.
Xie ne fera qu'un temps ici, et rentrera ensuite au Hubei, la province du
Centre où vit sa famille : "Bosser à l'usine n'est pas une fin en soi.
Je gagnerai peut-être moins là-bas mais j'aurai davantage de liberté", dit ce
jeune homme.
Il s'interroge sur la viabilité du système : "
Un vieux proverbe dit que la richesse ne dure pas trois générations dans une
famille. " Or, lui incarne la deuxième génération à avoir
rejoint l'usine après les réformes économiques, plus éduquée, 67,2 % ayant fini
le lycée contre 18,2 % pour la génération précédente. Ils changent d'emploi
tous les quatre ans en moyenne, alors que leurs aînés restaient une décennie
dans leur entreprise, selon le syndicat étatique. Les attentes des nouveaux
ouvriers chinois demeurent modestes - une meilleure cantine, des
divertissements, un billet de train offert pour la migration du Nouvel An
lunaire, une hausse de salaire équivalente à la hausse des prix - mais sont en
décalage avec la vie à l'usine de la sueur, où l'aliénation passe aussi par
l'infantilisation.
Le 20 mai, 4 000 ouvriers se sont ainsi mis en
grève dans les ateliers de sacs à main Simone Limited - qui travaillent notamment
pour Burberry - après que les superviseurs eurent inspecté les dortoirs des
femmes pour s'assurer que leurs amis ne leur rendent pas de visites
nocturnes...
Selon Liu Kaiming, spécialiste de la responsabilité
sociale des entreprises à Shenzhen, le manque de main-d'oeuvre dans les
industries requérant de nombreux ouvriers peu qualifiés autorise davantage de
travailleurs à démissionner ou à faire grève. Cette année, moins de grandes
usines se sont mises en grève mais bien plus de petites, qui sont donc moins médiatisées,
selon Liu Kaiming.
Les autorités sont alors tiraillées entre la nécessité
de s'accommoder avec les ouvriers pour assurer la stabilité sociale et celle de
satisfaire les investisseurs qui pourraient être tentés de déménager. Ainsi à
l'usine de montres Citizen, certains grévistes ont-ils été temporairement
détenus tandis que les responsables du syndicat sont désignés par la direction
de l'entreprise et n'incarnent aucunement l'intérêt des ouvriers. Mais le gouvernement
du district a organisé en parallèle la médiation : " Nous conseillons à
la direction de faire des compromis et si nous n'intervenions pas, il n'y
aurait probablement pas de solution, explique un officiel du district
présent devant l'usine, mais nous ne pouvons pas contraindre la direction
car techniquement elle n'est pas dans l'illégalité. "
Guo Wanda, vice-président de l'Institut de
développement de la Chine à Shenzhen, constate que les autorités du Guangdong
réfléchissent à des mécanismes permettant d'apaiser les conflits sociaux dans
ce poumon industriel où se déroulerait un tiers des grèves du pays. Le
secrétaire du comité provincial du Parti communiste, Wang Yang, qui prétend à
un poste au comité permanent du Politiburo lors de la passation de pouvoir de
l'automne 2012, tente de créer des canaux pour maintenir le contact avec la
population de migrants afin de connaître les motifs de mécontentement, et donc
de savoir comment désamorcer les crises sociales.
De son côté, le CLB constate également que les
autorités du delta de la rivière des Perles perçoivent désormais les grèves
comme des conflits à gérer par la médiation plus que la coercition. Ce qui
n'empêche pas que l'Etat continue d'employer la manière forte pour bloquer
l'agitation dès lors qu'elle se déclenche, et que d'autres provinces sont moins
éclairées.
Pour Liu Kaiming, l'organisation des ouvriers reste
synonyme d'instabilité sociale et demeure donc intolérable aux yeux du
gouvernement. Celui-ci "n'a pas encore trouvé d'équilibre entre
l'intérêt des entreprises exportatrices et celui des travailleurs
migrants", constate-t-il.
La défense des droits des travailleurs ne va pas
toujours de soi en politique, explique Guo Wanda, qui conseille à la fois les
autorités locales et centrales : "Le gouvernement à Pékin a compris
qu'il faut faire du social pour assurer la stabilité politique mais les
autorités locales ont encore tendance à être obsédées par la croissance
économique, car elle est déterminante pour les rentrées fiscales et le
statut des officiels, davantage que la condition ouvrière."
Harold Thibault
Le président du
CNT, Moustafa Abdel Jalil, a récemment vanté les bienfaits de l’occupation
italienne en Libye. Une relecture de l'Histoire qui scandalise Il Manifesto.
Manlio | 02.11.2011 | DinucciIl Manifesto
La période du colonialisme italien fut une
"ère de développement" pour la Libye, a déclaré Moustafa Abdel Jalil,
le président du Conseil national de transition (CNT), le 8 octobre dernier, à
l'occasion de la venue en Libye du ministre de la Défense italien, Ignazio La
Russa [Peuple de la liberté, ancien sénateur du Mouvement social italien, parti
néofasciste]. "Le colonialisme italien a construit des routes et des
bâtiment magnifiques, à Tripoli, Derna et Benghazi. Il a introduit le développement
agricole, des lois justes et des procès justes : cela, les Libyens le savent
bien." Une "relecture historique" très appréciée par le ministre
La Russa : "L'histoire coloniale européenne, nous la connaissons bien, y
compris avec ses zones d'ombre ; mais l'Italie a laissé un signe
d'amitié."
Récrivons nos livres d'histoire, tant qu'on y
est ! Si, en 1911, l'Italie a occupé la Libye avec un corps expéditionnaire de
100 000 hommes, elle l'a fait non pas par volonté d'expansionnisme, mais parce
qu'en tant que nation civilisée elle voulait inaugurer dans ce pays africain
une "ère de développement". Si, juste après le débarquement, l'armée
italienne a fusillé et pendu 5 000 Libyens et en a déporté des milliers
d'autres, en réprimant dans le sang la première révolte populaire, elle l'a
fait uniquement pour appliquer des "lois justes". C'était pour
imposer la légalité – et non pour écraser la résistance libyenne – que la
moitié de la population de la Cyrénaïque (soit environ 100 000 personnes) a été
déportée en 1930 dans une dizaine de camps de concentration, tandis que
l'aviation italienne bombardait le reste des villages avec des armes chimiques
et que la région était fermée par des fils barbelés sur une longueur de 270 km.
Et, quand le chef de la résistance, Omar Al-Mokhtar, a été capturé, en 1931, il
a été soumis à un "procès juste" : sa condamnation à être pendu était
donc légitime.
D'après Jalil, ces "magnifiques routes et
bâtiments" ont été construits par l'Italie fasciste pour le bien-être des
Libyens. Et, si les autorités coloniales ont confisqué les terres les plus
fertiles (environ 900 000 hectares) en reléguant la population vers des terres
arides, cela a été fait non pas pour donner ces terres aux colons italiens,
mais pour favoriser le développement agricole de la Libye. Le message politique
est clair : le gouvernement qu'il préside assurera à la Libye une nouvelle
"ère de développement". Comme celle qu'annonça Mussolini en 1937,
quand, sur un cheval blanc, au sommet d'une colline, il leva au ciel son épée en
se proclamant le "protecteur de l'islam".
Le Monde (6 novembre 2011)
De l'ambiguïté d'être " juif
"...
Est-il un dangereux terroriste qui cherche à ébranler
le socle sur lequel repose Israël, son judaïsme ? Epingler ainsi cet écrivain
israélien récompensé de moult prix littéraires, auteur de plus de vingt-cinq
ouvrages traduits dans une quinzaine de langues, qui a fait de l'identité juive
la trame de son oeuvre et qui, d'ancien combattant de la guerre de 1948, est
devenu un militant pour la paix entre Juifs et Palestiniens, quel soupçon iconoclaste
!
Pourtant, à croiser le regard ironique de cet homme de
81 ans, au cours d'une conversation dans son appartement de Tel-Aviv, on sent
bien qu'il ne déplaît pas à Yoram Kaniuk de jouer les boutefeux. Tout est de la
faute de son petit-fils, Omri, qui un jour lui a dit : "Grand-père,
pourquoi tu n'es pas comme moi ?" La femme de l'écrivain étant
chrétienne, sa fille n'est pas juive, et Omri, selon la loi rabbinique, ne
l'est point ; il est même officiellement enregistré comme "sans
religion" sur les registres d'état civil.
Alors Yoram Kaniuk, qui a "toujours aimé la
religion juive, comme une mémoire, une culture, une histoire", mais qui
ne croit pas en Dieu, s'est mis en tête de devenir lui aussi "sans
religion", par "solidarité" avec Omri.
Le ministère de l'intérieur l'a éconduit : pas question de remplacer la mention
"religion juive" par celle d'"Israélien". S'il
voulait "changer de religion", il devait exciper d'un
certificat de conversion à une autre religion.
Mais Yoram Kaniuk ne voulait pas de religion du tout.
Son obstination a été payante : le mois dernier, le tribunal de Tel-Aviv lui a
donné raison. Il est devenu "sans religion", parce que, a dit le juge
Gideon Ginat, "la religion est une liberté dérivée du droit à la
dignité humaine". Ce jugement historique a galvanisé plusieurs
centaines d'Israéliens ulcérés par un judaïsme perverti par son identification
à l'Etat.
"Pour moi, c'était une question de principe, insiste
l'auteur de 1948, je voulais vivre dans un pays où la religion est
un choix. Or elle est un dogme. Et on ne peut accepter qu'une démocratie soit
gouvernée par un dogme, sinon cela mène à l'Iran ou à l'Arabie saoudite." Il va de
soi que le parti ultra-orthodoxe Shass, qui contrôle le ministère de
l'intérieur, voit dans ce jugement une très inquiétante boîte de Pandore, et
dans Yoram Kaniuk un dangereux trublion.
D'autant que celui-ci pose la question quasi sacrilège
du "Qu'est-ce qu'être juif ?". Jamais cette interrogation
existentielle ne s'est posée avec une telle acuité dans un pays où le camp
laïque se sent assiégé par les "religieux". Pour Kaniuk, la réponse
est claire : "On doit pouvoir être juif sans être de religion
juive", autrement dit l'identité juive ne se confond pas
avec la religion juive.
Seulement, en Israël, ce ne sont pas les juges ou les
intellectuels qui influencent la "halacha", la loi juive, ce sont les
rabbins. Et, parmi eux, les ultra-orthodoxes, qui exercent, selon l'écrivain, "une
véritable dictature sur le rabbinat", faisant du judaïsme
"un racisme rabbinique". Le monopole exercé par les
craignant-Dieu ("haredim"), qui se traduit par des préceptes
rigoristes s'agissant du mariage, du divorce et des enterrements, provoque un
début de fronde.
A tel point qu'un nombre croissant de juifs
pratiquants optent pour des mariages privés, afin de s'affranchir de la tutelle
d'un rabbinat qui dispose de puissants relais politiques, notamment à la
Knesset. Le Parlement israélien devra bientôt se prononcer sur la définition
officielle d'Israël. L'"Etat juif et démocratique" disparaîtrait
au profit de l'"Etat du peuple juif". Certes, un
codicille préciserait qu'Israël "a un régime démocratique", mais les
priori tés sont nettes : juif d'abord, démocratique en sus.
Tout cela conforte la démarche du premier ministre
israélien, Benyamin Nétanyahou, qui demande aux Palestiniens de reconnaître
Israël comme "Etat juif". L'écrivain Sari Nusseibeh,
président de l'université palestinienne Al-Qods, souligne lui aussi l'ambiguïté
du terme " juif ", lequel s'applique à l'ancienne race des Israélites
et à leurs descendants, tout autant qu'à ceux qui pratiquent la religion du
judaïsme.
Reconnaître à Israël la qualité d'"Etat
juif" , souligne-t-il, implique qu'il devienne soit une
théocratie, soit un Etat de l'apartheid, et, dans les deux cas, il cesse
d'être une démocratie. C'est pour cela que Yoram Kaniuk, auteur du livre culte Le
Dernier Juif, préfère être "sans religion".
Laurent Zecchini
Foyer
immigré d'Epinay : des retraités expulsés à la pelleteuse
Étudiant
Avenue de la République, à Epinay-sur Seine. Une allée
étroite borde une décharge sauvage et débouche sur un terrain vague où sont
plantées quatre vieilles baraques qui constituent le foyer Aftam de travailleurs migrants. D'un côté, le bâtiment
dit « des Maghrébins », de l'autre celui « des Africains ».
Au centre, un troisième, séparé en deux par une cloison, fait office de mosquée
de fortune et de salle polyvalente.
Au fond, les restes de ce qui fut autrefois le
troisième dortoir du foyer, marquent la limite du terrain, adossé à la voie de
chemin de fer. Les baraquements peinent à tenir debout, tant les conditions
d'insalubrité ont fini des les user.
Tôt dans la matinée de jeudi, le bâtiment « des
Maghrébins » a été évacué par plusieurs dizaines de CRS, faisant suite à
une décision de justice. Construite dans les années 60, la bâtisse avait été
déclarée insalubre plusieurs mois auparavant. Quelque trente pensionnaires se
sont retrouvés à la rue sans même avoir eu le temps d'emporter leurs effets
personnels.
Le ballet des pelleteuses
Une heure à peine après l'expulsion, la petite allée
est encombrée de plusieurs camions dans lesquels on charge réfrigérateurs,
fours et autres micro-ondes, revendus à la sauvette selon plusieurs témoins.
Dans la foulée, les occupants du bâtiment voisin
assistent à un ballet de pelleteuses, venues détruire les plafonds pour
s'assurer que plus personne ne puisse s'y installer. Depuis le dortoir est
entouré de grilles et gardé 24 heures sur 24 par une compagnie de sécurité.
Parmi les expulsés, une majorité de travailleurs à
la retraite, en France depuis plus de trente ans. Mais aussi des plus jeunes,
des sans papiers et deux personnes gravement malades. Grâce à la solidarité des
leurs « frères » africains, une dizaine de travailleurs expulsés,
revenue sur les lieux, a pu passer la nuit de jeudi dans la salle de prière.
L'Aftam, association gestionnaire du foyer, à
l'origine de l'expulsion, a reçu vendredi plusieurs associations parmi lesquelles
le Collectif pour l'avenir des foyers (Copaf),
représenté par Michael Hoare. Ce dernier a tenu a exprimer « le choc
ressenti par les résidents » après l'expulsion et a pointé du doigt les
« méthodes inhumaines utilisées ». Il précise : « Le but de
cette rencontre a été de trouver une solution rapide de relogement à la fois
pour les résidents en situation régulière et pour les sans-papiers. »
Pourtant, l'Aftam, qui promet d'examiner les dossiers
des résidants en règle, affirme ne rien pouvoir faire pour les sans-papiers. Le
cas du foyer est devenu une « patate chaude » que se renvoient la
municipalité, la préfecture et l'association, qui avait fait la promesse aux
élus de construire un nouveau centre de 80 places si les moyens lui en étaient
donnés.
Une contre-attaque basée sur l'unité
Samedi, réunion au foyer avec les associations de
soutien, les « Africains » (pour la plupart originaires du Mali) et
quelque-uns des Maghrébins expulsés, présents sur place. L'ordre du jour est
simple : trouver une solution pour les « camarades » sans abri
en attendant la journée de mobilisation, mercredi, devant la mairie de
Saint-Denis, puis à la préfecture, pour « faire réagir les élus ».
La solidarité est de mise vu la situation. Mais les
« Africains » ont peur des conséquences, si un incident venait à se
produire dans l'espace qui sert d'hébergement provisoire à leurs voisins. Le
bâtiment épargné se trouve dans la même situation d'insalubrité que celui des
Maghrébins et risque à tout moment de subir le même sort.
Michael Hoare insiste : « Le foyer est
attaqué, il est en lutte et il faut se défendre. La réponse se trouve dans
l'union et la solidarité, pour contrer l'Aftam qui cherche à vous diviser.
Notre contre-attaque repose sur une stratégie d'unité. »
Finalement, Alpha Camara, délégué du foyer
accepte : « Il est important de se serrer les coudes pour traverser
cette situation difficile. » Une belle leçon de vie de la part de deux
communautés qui cohabitent et se respectent, en dépit des divisions imposées
par l'Aftam.
« Les mêmes matelas depuis 1967 »
Dembele, qui vit ici « depuis des années »,
improvise une visite : « Ici, c'est ma chambre. On est cinq, il n'y a
pas de chauffage et les matelas n'ont pas été changés depuis 1967 ! »
Il attire mon regard vers le plafond éventré : « Il y a de l'amiante
et de l'humidité, c'est horrible ».
Infiltrations, moisissures, murs fissurés font le
quotidien des occupants du lieu. La promiscuité est devenue banale pour ceux
qui partagent à quatre au minimum une chambre d'à peine dix mètres carrés
depuis plusieurs années.
Plusieurs lits pliants jonchent le couloir et sont
installés le soir pour dépanner ceux qui n'ont pas eu la chance de se voir
attribuer une place. Les radiateurs de la salle de bain débordent de rouille et
les plaques du plafond, gorgées d'eau menacent de s'effondrer. Pourtant ici,
les sourires sont sur tous les visages et on s'estime heureux d'avoir « un
endroit où se retrouver ».
Le comité, constitué notamment de la Copaf, de la CGT
et du MRAP a reçu le soutien du député de Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec,
qui « condamne l'intervention policière dans ce foyer taudis et demande
que tous les expulsés soient logés décemment ».
Lundi matin, l'Aftam, qui reste injoignable au sujet
de l'expulsion, doit examiner les dossiers de plusieurs ex-pensionnaires en
situation régulière. De leur côté, les associations de soutien se donnent
rendez-vous mercredi matin à 10 heures devant la mairie de Saint-Denis puis à
16 heures devant la préfecture.
http://www.fondation-abbe-pierre.fr
La Fondation Abbé Pierre s’insurge contre la
progression des procédures d’expulsions locatives en pleine crise économique.
Alors que la trêve hivernale des expulsions locatives
survient, le contexte de fragilisation économique des ménages amène à nouveau
la Fondation Abbé Pierre à se mobiliser contre l’application d’une mesure qui
jette à la rue des familles sans discernement, au mépris du Droit au logement
opposable (censé les rendre prioritaires... au relogement !) et sans
l’indispensable prévention qu’il convient de restaurer d’urgence.
27/10/2011
Cette situation alarmante s’inscrit dans le cadre
d’une saturation du secteur de l’hébergement d’urgence, laissant sans solution
les ménages expulsés sinon le recours à l’hôtel, l’hébergement chez des amis,
la rue...
Il faut garder à l’esprit que le nombre d’impayés ne
cesse de croître : 500 000 ménages seraient en impayés de loyers dont une
partie dans le parc social (évolution de 5,4 % à 6,7 % de 2008 à 2010) et
davantage encore dans le privé. Une triste réalité qu’il convient
d’observer au regard de la hausse des loyers (près de 50 % en 10 ans) qui
n’a pas été suivie par celle des revenus, entraînant de fait des arbitrages
douloureux pour les familles — et bien souvent au détriment du loyer ou des
charges, le poste le plus lourd du budget des particuliers (plus du quart des
dépenses)...
[ƒNi] Circulaire des amis
toulousains…
"Ceux qui veulent
le Pays pour tous"
Nous
vous faisons parvenir un texte fait par des habitants des quartiers du Mirail à
Toulouse à propos du non remplacement d'un maître spécialisé RASED.
Cette
initiative nous semble intéressante à plusieurs titres :
—
On parle ici des
enfants et de leur devenir et non de "l'institution école" (les
moyens, les réformes...)
—
Des gens, parents
d'élèves et habitants, disent ce qu'ils veulent eux, pour les enfants : leur
parole et leur expérience ont un sens, et non plus exclusivement celles des
"experts".

[ƒNi] Il n’y a donc que 30
États dans ce monde à récuser l’emploi de mercenaires…
L'ONU s'inquiète du recours croissant aux
mercenaires dans le monde
Un groupe d'experts des Nations unies a averti, mardi,
que le recours aux mercenaires était de plus en plus fréquent dans le monde,
tout en soulignant l'expansion du nombre d'entreprises privées de sécurité qui
mènent leurs opérations en faisant fi des règles et de
leur responsabilité.
.........
Les activités des mercenaires constituent des menaces
contre la sécurité nationale et régionale, en plus d'avoir de sérieuses
retombées sur le droit des peuples à l'autodétermination et les droits de la
personne, affirme le rapport.
Le groupe de travail presse les États d'arrêter et de
juger les présumés mercenaires qui auraient commis des crimes graves.
Une trentaine de pays ont adhéré à la
Convention internationale contre le recrutement, l'utilisation, le financement
et l'instruction de mercenaires.
Associated
Press
Parmi bien d’autres choses, la comparaison entre la Grèce et la
Turquie est éclairante.
http://www.marianne2.fr/philippepetit/Que-faire-face-a-la-crise-de-la-dette-1_a214.html
Que faire face à la crise de la dette ?
Entretien
sur la crise des dettes souveraines en Europe avec Pierre-Noël Giraud (PNG),
économiste et auteur du « Commerce des promesses ». Pour lui, au fond, rien de
nouveau depuis Louis XIV...
Philippe Petit : 2007, 2008, 2011, quoi de neuf en
réalité? Comment situer cette dernière crise?
Pierre-Noël
Giraud : Crise des « subprimes »
dès l’été 2007, faillite de Lehmann Brother et sévère crise de liquidité
bancaire en automne 2008, crise de la dette publique aux Etats-Unis et en
Europe, ne forment qu’une seule et même séquence. A partir de
l’éclatement de la crise, l’enjeu principal fut, comme toujours en finance de
marché, la résorption de ce que j’appelle le « mistigri », c’est à dire le volume des titres
financiers qui ne pourront pas tenir leurs promesses de rendement, et dont par
conséquent le prix doit être fortement réduit, sinon annulé.
La
crise elle-même a dévalué un grand nombre de titres financiers surévalués. Mais
cette destruction du mistrigri a été freinée par les États, d’une part au nom
du risque systémique (crises bancaires en chaîne interrompant le système de
crédit, voir les règlements par monnaie bancaire) et d’autre part pour soutenir
la croissance. Ils ont eu raison, mais cela s’est traduit par une forte augmentation
des dettes publiques, moins d’ailleurs en raison de dépenses faîtes pour
« sauver les banques », qu’en
raison du simple maintien des dépenses publiques pour soutenir la croissance,
alors que les recettes baissaient avec la récession. La récession a par
ailleurs beaucoup fragilisé dans certains pays les titres de dettes privées.
Comme
le Japon dans les années 90, les Etats-Unis et l’Europe ne retrouveront pas la
croissance tant qu’ils n’auront pas résolu la question « qui va
payer la résorption complète du mistigri ?». En particulier de cette partie du mistigri logée dans les dettes
publiques, mais pas seulement. En effet, l’hésitation sur ce point crée de
l’incertitude et des anticipations pessimistes, qui empêchent ou retardent la
reprise de l’investissement et de la consommation, donc de la croissance.
Mieux
vaudrait trancher dans le vif, décider qui va payer et dégonfler rapidement le
mistigri… puis se lancer aussitôt dans la prochaine bulle qui accompagnera
inévitablement le retour de la croissance économique, puisqu’on aura pas
réformé le système financier entre temps…
Mais
aux États-Unis l’équilibre politique entre Républicains et Démocrates ne le
permet pas, et tout le monde connaît les difficultés, pour les États européens,
de s’accorder sur et de mettre en œuvre ensemble des politiques vigoureuses
quelles qu’elles soient, nous allons y venir.
La
dette publique est une vieille affaire. Au lendemain des guerres de Louis XIV,
la dette de la France s'élevait déjà à 3 milliards de livres pour 70 millions
de rentrée fiscale annuelle. Quelle est la spécificité de la dette publique de
la France aujourd'hui?
Sur
le fond, rien de nouveau depuis Louis XIV.
L’État
souverain s’endette pour financer des dépenses supérieures à ses recettes
fiscales. Louis XIV, c’était pour faire la guerre. Au passage, il enrichit
énormément les compagnies financières et les personnages qui placent pour lui
et gèrent ses titres de dette.
Ensuite :
Soit
l’État souverain paie sa dette, c'est-à-dire organise le remboursement des
détenteurs de titres de dette publique par les contribuables des
générations actuelles.
Soit
il spolie les détenteurs de titres de dettes.
Le
moyen le plus efficace de les spolier, c’est l’inflation. Mais il faut pour
cela que les détenteurs de titres de dettes soient « piégés » dans la monnaie nationale.
Sinon,
l’Etat peut les spolier en déclarant « souverainement » qu’il est en défaut. C’est ce qui se passa avec
« les emprunts russes »
en 1918 et c’est ce qui se passe régulièrement dans les « restructurations » des dettes souveraines de certains pays pauvres et
émergeants.
Il y a cependant du nouveau dans cette crise de la
dette, vous ne pouvez pas le nier ?
Je ne
le nie pas ! Ce qui est nouveau, c’est que les titres de dettes sont,
désormais, échangés sur des marchés globaux où interviennent: des épargnants de
plusieurs nationalités (plus des deux tiers des titres de dette français sont
détenus par des étrangers), des intermédiaires (des fonds de pension aux hedge
funds les plus spéculatifs) et enfin, massivement, des banques. Ces marchés
étant généralement profonds et liquides, tous les détenteurs de titres
peuvent donc les vendre ou les acheter très facilement, en fonction de leurs
anticipations sur leur valeur future. Ces anticipations sont, évidemment,
profondément influencées par les mesures qu’annoncent les États et surtout par
leur crédibilité aux yeux des « investisseurs ».
Les
investisseurs agissent rationnellement. En pratique, ils veulent tous
maximiser, à risque donné, le rendement de leur argent. C’est le fonctionnement
des marchés financiers qui pose problème. Rien ne sert donc d’accuser les
joueurs, quand les règles du jeu sont en cause. Aux joueurs, il n’y a rien
à reprocher, sinon évidemment de tenter de bloquer tout changement des règles
du jeu ! Mais s’ils y parviennent, c’est que le camp des changeurs de
règles n’est pas assez fort !
Le
fonctionnement des marchés financiers réserve en effet quelques surprises. Il
est en vérité assez étonnant que leurs caractéristiques et leurs
« qualités », en particulier leur stabilité, fassent encore l’objet
de débats ! En effet, tant la réflexion théorique (les modèles économiques
d’instabilité de marché, pour beaucoup inspirés des modèles de la physique ou
des sciences de l’ingénieur), que l’observation raisonnée de la réalité (voir
l’histoire et la théorie des crises financières de Kindelberger, par exemple)
ont tranché depuis longtemps. En un mot : les marchés financiers sont
intrinsèquement instables bien que les acteurs en soient parfaitement
rationnels, car leur rationalité est nécessairement : 1) mimétique, 2)
purement anticipative. Les prix des titres de dettes sont ainsi polarisés
autour de niveaux relativement stables quand des anticipations rassurantes sur
la solvabilité de l’émetteur sont largement partagées. Mais ces anticipations
peuvent basculer très rapidement et très amplement si des doutes s’élèvent sur
cette solvabilité.
L'expression
dictature des marchés financiers n'est-elle pas obsolète? Tout se passe comme
s’il suffisait de se débarrasser de la finance pour que le monde tourne
rond ! C’est un peu facile, non ?
Il
n’est guère d’expression aussi néfaste, pour la compréhension des enjeux de ce
débat crucial de politique économique, que l’expression : « dictature
des marchés financiers » sur
les gouvernements.
Les
marchés financiers de titres de dette publique ne font que donner un prix à des
anticipations sur ce que VONT faire les États pour la rembourser (ou ne pas le
faire). Comment s’étonner que ces anticipations puissent être très
volatiles quand le doute s’est saisi des esprits des investisseurs? De
plus, ces anticipations sont rationnellement mimétiques, puisque, comme Keynes
l’avait si bien dit, on gagne sur les marchés financiers, non pas en ayant
raison tout seul, mais en ayant tort avec tout le monde.
Dans
ces conditions, il ne faut nullement s’étonner de l’extrême sensibilité de
l’évolution des prix (et donc des taux d’intérêts à payer pour le refinancement
de la dette) à des annonces de décisions publiques ou à des annonces de
prévisions, comme celles produites par les très décriées agences de notation.
Ah ces agences, encore une mauvaise cible ! C’est le mimétisme qui est
en cause, pas le bruit qui lance la rumeur. C’est la nouvelle qui est mauvaise,
pas le messager qui la porte. Les investisseurs expriment une demande
effrénée d’information: ils trouveront toujours quelqu’un pour leur en vendre.
La production et la vente d’information sur les évolutions probables de la
valeur des titres de dette résulte d’ailleurs de purs contrats privés.
L’information fournie par les agences de notation, sociétés privées mues par la
recherche du profit, n’est en aucune façon garantie. Mais aucune
information de ce type ne peut l’être, car pas plus que quiconque les agences
n’ont le pouvoir de prédire l’avenir. Et cela, tout le monde le sait. Alors,
quel mal y a-t-il à ce que des investisseurs tiennent compte de leurs
avis ? Le mimétisme. Certes, mais que proposer, puisque le
mimétisme est rationnel ? Des agences publiques pour évaluer les risques
des dettes publiques ? Restons sérieux. Le seul moyen de faire échapper
les dettes publiques à l’instabilité inévitable de la finance de globale de
marché, c’est de financer les déficits publics autrement.
S’indigner
de la dictature des marchés financiers (et du « pouvoir exorbitant et
injustifié » des agences de
notation), n’a qu’une conséquence : obscurcir le débat sur les mécanismes
et par conséquent, sur les politiques susceptibles de les transformer. Mais ce
n’est pas ici le lieu de parler de la réforme du système monétaire et
financier, puisque nous reprendrons cette question plus tard.
La
rigueur, la dette, la croissance, ces mots ne sont-ils pas piégés ? Que
peuvent faire aujourd’hui les États européens face à la crise des dettes
souveraines ? Courir au secours des banques ? Encourager le peuple
Grec à se ressaisir ?
Que
peuvent faire les États européens face à la crise des dettes souveraines? Il
faut reconnaître que le type de financement de la dette publique que tous ces
États ont délibérément voulu et patiemment mis en place durant ces trente
dernières années, ne leur laisse que peu de marges de manœuvre quand les
investisseurs commencent à avoir des doutes sur leur capacité à honorer leurs
dettes…
Rappelons
tout d’abord le point fondamental : s’agissant de la dette publique, le
niveau en valeur absolue (mesurée par le ratio Dette/PIB) n’a en vérité guère
d’importance, c’est uniquement la dynamique qui compte. En la matière,
l’indicateur décisif est la différence entre le taux de croissance du PIB et le
taux d’intérêt réel (inflation déduite) payé sur la dette publique. Si le taux
de croissance économique est supérieur au taux d’intérêt, la dette ancienne
croit moins vite que le PIB, le ratio d’endettement diminue, et le gouvernement
peut même financer par une augmentation de la dette de nouveaux déficits de son
budget primaire ( le budget hors intérêts de la dette). En revanche si la
croissance économique est inférieure au taux d’intérêt de la dette, le taux
d’endettement augmente mécaniquement si le gouvernement ne réduit pas le stock
de dette en dégageant des soldes primaires excédentaires, donc en réduisant les
dépenses budgétaires et /ou en augmentant les recettes fiscales. La
difficulté est évidement que ces politiques « de rigueur » ont normalement, au moins à court terme, un effet
de ralentissement de la croissance, creusant ainsi l’écart entre le taux de
croissance et celui de la dette…
Dès
que des doutes surgissent sur la qualité de leur dette souveraine, les États
sont donc immédiatement contraints de produire très vite une « histoire
crédible ». Il leur faut expliquer par
quel cheminement ils vont réussir à résoudre la contradiction : redresser
les finances publiques tout en maintenant une croissance raisonnable. Chacun
sait que ce chemin est un sentier de crête extrêmement malaisé, où l’on est
menacé de chuter, soit vers trop de rigueur dans la gestion des finances
publiques ce qui ralentit la croissance et par conséquent creuse à nouveau leur
déficit, soit vers trop de dépenses publiques qui ne créent pas assez de
croissance pour abaisser le ratio d’endettement.
Non
seulement ce chemin est très malaisé à définir (il s’agit encore une fois de calcul
sur l’avenir), mais de plus, comme on l’a vu, il est par lui-même
extrêmement sensible à des phénomènes d’anticipations auto réalisatrices se
déployant au sein des investisseurs.
Il ne
s’agit pas que le sentier proposé soit « objectivement » crédible, si tant est que ce mot ait le moindre
sens, ce que je ne crois pas. Il faut qu’il le soit aux yeux de la
quasi-totalité des investisseurs. Une minorité même faible d’entre eux pouvant
créer un mouvement de panique immédiatement amplifié par le mimétisme et
devenant ainsi auto réalisateur.
Telle
est la situation. Si on la regrette il n’y a rien de plus urgent, après s’être
sorti de la crise en cours, de concevoir le système de financement de la dette
publique par lequel on veut remplacer l’actuel.
Quelles
sont a priori les solutions qui pourraient être mises en œuvre par les
gouvernements européens?
Il
devait être clair, au moins à tout économiste ou homme politique, que « la
Grèce » n’est en état de rembourser
sa dette dans AUCUN scénario réaliste, c'est-à-dire, par aucun chemin de
crête qui y ait la moindre chance de rassurer les investisseurs.
Pour
s’en convaincre, s’il en était besoin, il suffit d’examiner ce que demande « la
troïka » au gouvernement grec. De
privatiser à grande vitesse des entreprises publiques qui, parce qu’elles sont
des bureaucraties inefficaces, ne valent strictement rien sur le marché
capitaliste. C’est ce qu’on a poussé les pays d’Europe de l’Est et la Russie à
faire et c’est ce qui a donné l’occasion à quelques oligarques de s’enrichir,
au point que l’on sait, en faisant main basse sur les ressources naturelles et
l’appareil productif du pays. Nulle doute qu’un scénario de ce type, où le
festin serait ouvert aux firmes globales et pourquoi pas aux fonds souverains,
ne soit impliqué par ce type d’exigences. Deuxièmement, la troïka demande à la
Grèce de réformer sa bureaucratie, de réduire drastiquement l’évasion fiscale
et la corruption, de supprimer tous les « bureaux de tabacs pour
anciens combattants » et autres postes peu
productifs, bref de transformer profondément son appareil d’État et sa société.
Et ceci, dans les mois qui viennent… Il est donc tout à fait évident que la
Grèce « ne pourra pas payer ».
Les
solutions qui peuvent a priori être mises en œuvre sont dès lors les suivantes
:
Premièrement,
malgré ce qui précède, faire néanmoins payer « jusqu’à ce qu’ils rendent
gorge cette bande d’incapables corrompus qui vivent à nos dépends depuis des
années » (voir la presse française et
allemande, sur ce point, la presse de droite et bête, plutôt)
Deuxième
solution : déclarer un défaut partiel important (au moins 50%) sur la dette
grecque.
La
difficulté est que beaucoup de banques, françaises et allemandes en
particulier, ont spéculé sur le fait qu’on n’oserait jamais déclarer la Grèce
en défaut PARCE QUE cela les coulerait, ELLES : risque systémique, la
catastrophe ! Elles ont ainsi, au début de la période d’inquiétude, acheté
beaucoup de dette grecque à bon prix. De plus, elles ont beaucoup prêté à des banques
grecques elles mêmes surchargées de dettes grecques.
Le
défaut spolie les détenteurs de titres mais fait donc aussi plonger les actions
des banques, qu’il faut alors « sauver »
pour éviter la crise systémique. Un choix se présente:
Soit
on les recapitalise tout de suite avec de l’argent public : c’est le
contribuable qui paye, mais il entre à l’actionnariat des banques de son
pays.
Soit
on les laisse tomber, pour faire payer les actionnaires des banques, puis on
les recapitalise au bord du gouffre. De nouveau un choix se présente:
soit
avec de l’argent public, ce qui revient de nouveau à faire payer le
contribuable, qui se retrouve actionnaire collectif des banques, mais cette
fois à meilleur prix puisque les actionnaires historiques ont subit une perte.
soit
par des investisseurs privés, ce qui ne fait qu’opérer des transferts entre les
actionnaires des repreneurs (normalement gagnants) et des repris (perdants),
avec un solde global néanmoins négatif.
Troisième
solution : faire payer les détenteurs des titres de dettes publiques, qui sont
généralement à taux fixe, par l’inflation qui réduit les taux réels. Cette
inflation devrait être, évidemment, généralisée dans la zone couverte par les
marchés financiers globaux, c'est-à-dire, au minimum : l’Europe, les
Etats-Unis, le Japon, et les pays émergeants dont la balance des paiements avec
ces derniers a été libéralisée. Difficile donc, à mettre en œuvre. En revanche,
l’inflation serait bien utile pour éroder aussi la valeur de tous les autres
titres à taux fixes et de cette manière, pour purger plus rapidement un « mistigri
» qui est loin de n’être logé que dans la
dette publique de quelques pays.
Quatrième
solution : racheter la dette grecque, soit en émettant des « euro-bonds », c’est à dire en la transformant en dette
européenne mutualisée, soit via la BCE, soit via le « Fonds de
Stabilité », soit directement via les
trésors publics des États membres de l’Union. Quel que soit le moyen technique,
cela revient à répartir ce que les grecs ne peuvent payer entre les autres
citoyens européens. On discute beaucoup de technique sur ce point, les experts
s’affrontent à longueur de colonnes, mais le vrai enjeu relève plus d’une
discussion de marchands de tapis: comment se répartir la dette dont on décharge
les grecs (et demain d’autres, éventuellement) entre européens ?
Tels
sont donc les divers instruments que l’on peut théoriquement envisager (seuls
ou en combinaison, bien évidemment) pour répondre à la question simple: « Qui
va payer ? ».
A
quoi il faut ajouter « et vite ! », car attendre, c’est on l’a dit se condamner
à une croissance « molle » à la japonaise des années 90, mais c’est presque
certainement aussi faire grossir la boule de neige du problème en le poussant
devant soi et prendre un grand risque que la boule vous échappe et
provoque une avalanche.
Peut
être faut-il en arriver là, pour obliger les Etats et les institutions de
l’Europe à se réformer profondément, condition pour qu’ils disciplinent les
marchés. Certains, tel Paul Jorion, jugent la tache impossible et annoncent
donc l’effondrement final du capitalisme. Je ne me prononcerai pas ici sur ce
point, ne serait ce que parce que ce que l’homme a fait, il lui est toujours
possible de le refaire ou de le défaire. Je me placerai donc dans une position
purement analytique des seules options « réformistes ».
Quelle politique alors choisir?
L’insistance
mise jusqu’ici sur la solution un : « faire payer les grecs jusqu’à ce
qu’ils rendent gorge », est en vérité assez
fascinante.
En
première analyse, il est difficile de ne pas la juger comme une sévère
punition, infligée à la Grèce comme condition pour que les contribuables allemands
ou français acceptent , à la fin de l’histoire, de payer une partie de la dette
grecque. Comme si les Grecs en étaient les seuls responsables ! Ils le sont,
certes, mais pas moins que ceux qui les ont laissé faire au sein de l’Union. Et
ceci s’étend jusqu’à ceux, y compris beaucoup des Grecs eux mêmes, qui ont fait
entrer de façon évidemment prématurée la Grèce dans l’Union Européenne, au nom
de Platon. Pour ce pays, ce fut en vérité une calamité. Son industrie n’y a pas
survécu, ne lui laissant que les entrées de devises du tourisme et des fonds
publics européens, dont il ne faut pourtant pas surestimer l’importance. Ces
recettes rentières les ont englués dans leurs défauts bureaucratiques. Ils ont
par ailleurs développé un racisme à l’égard des immigrés qui est l’un des plus
extrêmes de l’Union. Rien de très brillant dans cette histoire, dont les grecs
ordinaires sont les victimes, sauf à soutenir qu’un peuple est toujours
responsable des gouvernements qu’il se donne, ce qu’en fin de compte je pense.
Pour
juger de cette période, il n’est d’ailleurs qu’à analyser la différence de
parcours entre la Grèce et la Turquie. Ces deux pays ont commencé par
perdre beaucoup d’années, au grand bénéfice des marchands d’armes, à s’armer
l’un contre l’autre alors qu’ils faisaient partie de la même alliance globale.
L’un est rentré, sans vraiment de conditions et sans préparation réelle, dans
l’Union Européenne et s’y enlise. L’autre a cherché à réunir les conditions
sévères mises à son l’entrée, y parvient dans l’ensemble et se la voit pourtant
refuser… et devient une puissance régionale. Résultat : Erdogan, le premier
ministre turc, est l’idole des jeunes des printemps Arabes… et des hommes
d’affaires modernes de ces pays. Les premiers ne voulaient pas la révolution au
sens du XXème siècle, ils voulaient un État intègre, juste et efficace. Ce
modèle d’État à leurs yeux désormais, c’est la Turquie. Pendant ce temps, la
Grèce s’enfonce. Jusqu’où ? Cela dépendra des grecs eux-mêmes. Quand se
révolteront-ils massivement contre ce qui leur est aujourd’hui imposé ?
N’écartons
cependant pas trop vite l’hypothèse qu’aux yeux de beaucoup de grecs, de jeunes
en particulier auxquels la Grèce dans l’Union n’a offert aucun avenir, le grand
coup de pied dans la bureaucratie corrompue qu’exigent les bailleurs de fonds
ne puisse leur apporter en vérité un précieux appui tactique. Peut-être l’Union
rend-elle enfin service à la Grèce, par une ruse de l’histoire ? Quoiqu’il en
soit, c’est l’affaire des grecs.
En
attendant la troïka serre donc la vis et fait semblant de croire que cela va
régler la question. Si cela explose, elle sera bien obligée de la régler enfin
au plus vite, par une combinaison brutale des trois autres moyens cités.
Cependant,
les trois moyens de sortir de la crise des dettes souveraines européennes ne
sont pas équivalents. D’autres Etats européens sont endettés, crise économique
engendrée par la crise financière aidant, à un point où leurs créanciers sont
au bord de la crise de nerf.
Sans
entrer dans le détail des débats qui font rage dans les journaux sérieux où les
avis d’experts abondent, il me semble qu’on peut en tirer deux choses.
La
première est que l’inflation, souvent évoquée, n’est pas maitrisable
dans un cadre multilatéral. C’est une fausse bonne solution. Il faudrait
re cloisonner les systèmes financiers pour que cela fonctionne. Alors, pour la
prochaine fois, peut être. Gardons l’idée en réserve, car c’est vraiment le
moyen le plus puissant « d’euthanasie des rentiers ».
La
seconde est que la solution du défaut comporte de forts risques de contagion de
la panique des détenteurs spoliés vers d’autres dettes publiques, au premier
rang celle de l’Italie, peut être ensuite celle de la France. Cela mettrait
l’euro et donc l’Union à très rude épreuve. Le cout de son sauvetage, si du
moins on souhaite la sauver, pourrait être alors beaucoup plus élevé que celui
du rachat (ou de la garantie) de l’essentiel de la dette grecque dès
aujourd’hui, sans attendre.
C’est
donc une solution de type 4 qui s’impose si l’on veut sauver l’euro et
l’Europe: il faut faire garantir la dette grecque par tous les européens.
Le reste est affaire de mise en oeuvre technique et de discussions de marchands
de tapis sur la répartition de la perte entre et au sein des pays.
L'explosion de la zone euro est-elle envisageable?
Oui,
si certains Etats le veulent. Mais qui le voudrait ? A priori, ce ne pourrait
être que l’Allemagne, qui opérerait alors un revirement stratégique radical
vers l’Europe de l’est et le Russie, ce qui a toujours été une de ses
tentations. Mais ce serait pour elle un pari très risqué.
Et du
coté des peuples européens ? Le moment serait-il venu, comme le prônent
certains courants politiques de l’extrême droite à la gauche, de pousser à la
crise, en sortant de l’euro et revenant si nécessaire à un protectionnisme à
l’égard des autres pays européens, dans le cadre d’une politique dite de « démondialisation »? Est ce là le moyen de refuser l’Europe telle
qu’elle est et de bâtir enfin une Europe à la fois « démocratique » et « des nations »? A mon avis, non. Malgré des analyses et des avis
d’experts - contradictoires certes, mais nombreux - qui permettent de se faire
une idée assez précise des choix possibles et de leurs conséquences probables,
il faut en effet reconnaître qu’aujourd’hui, le débat entre les partis de
gouvernement reste dominé par le court terme et le sauve-qui-peut. Tandis que
dans les partis de l’extrême droite, la « démondialisation » est associée à
l’islamophobie et la xénophobie, et que dans les partis d’extrême gauche, elle
n’a rien d’un programme étatique cohérent et relève donc largement de la
démagogie.
Il
faut donc en conclure que le débat est loin d’être parvenu à produire des
solutions alternatives dans l’opinion publique, opinion que les hommes
politiques, après tout, ne font que refléter. Le pire, c’est à dire une crise
économique et politique encore plus grave, pourrait dans ces conditions
n’engendrer que des poussées xénophobes et identitaires détestables, et non pas
un « sursaut populaire » pour une « Europe des peuples ».
Comme
toujours dans les crises européennes jusqu’ici, la seule sortie praticable
passerait donc par un renforcement des institutions et une centralisation des
processus de décision et des hiérarchies. Ceci suppose des décisions
bureaucratiques fortes, qui dans un premier temps ne seraient certainement pas
populaires.
Il
faudrait en effet, dans le cadre européen actuel, se donner d’abord les moyens
étatiques que la crise actuelle ne se reproduise plus.
Ces
moyens sont doubles :
1) La
police : Il faudrait que les Etats « rigoureux », dont les titres de dette sont de première qualité, puissent
contraindre les politiques budgétaires des Etats « laxistes». Il faudrait donc un pacte très renforcé de gestion
coordonnée des finances publiques, avec des moyens de contrôle et de rétorsion
crédibles. Pour l’illustrer, disons qu’il faudrait que l’Union puisse détenir,
à l’égard de la Grèce par exemple mais aussi de tout autre Etat, le pouvoir de
contrôle et de coercition d’un Etat à l’égard d’une de ses régions « cigale ». Certains parleraient à juste titre de « mise
sous tutelle » du gouvernement grec. Si la
Grèce préférait alors sortir de l’Union et donc de l’Europe, ce serait son
droit (et peut être son intérêt), mais l’Union devrait se protéger d’elle : pas
question qu’elle devienne un cheval de Troie des pays émergents.
2) La
réduction accélérée des grandes inégalités économiques entre pays membres et
régions, par des politiques appropriées et puissantes.
Le
principal défi économique de l’Europe est en effet ses très grandes inégalités
internes. Elles sont la cause profonde de la crise actuelle de la dette
souveraine et privée. En Europe, et c’est toute la difficulté, ces
différences ne peuvent se combler par des transferts massifs de population,
comme ce fut et c’est toujours le cas aux Etats Unis.
Cette
voie est classique dans la construction européenne jusqu’ici : avancer dans la
construction d’un marché unique avec la minimum indispensable de pouvoir supra
national, laisser se développer les déséquilibres inhérents au caractère
incomplet et contradictoire de l’avancée précédente (l’euro), et trouver dans
l’urgence des moyens de sortie de ces déséquilibres par le renforcement des
institutions et des règles communes, juste au bord de l’effondrement.
Pour
réussir une fois de plus ce genre de rétablissement acrobatique, il
faudra :
Une
élite bureaucratique assez forte et unie (au moins en Allemagne, en France et
dans quelques autres pays) pour faire un saut vers le fédéralisme, alors que
les peuples n’en veulent aujourd’hui pas, en tout cas pas sans de très fortes «
garanties ».
Après
ce coup de force, légitimer cette politique par des résultats rapidement tangibles
en terme de réduction du chômage et des inégalités en Europe, sinon les forces
centrifuges se déchaineront.
C’est
pour cela qu’on ne peut pas éviter l’autre débat, sur les moyens pour les
territoires européens de tirer nettement mieux parti qu’aujourd’hui de la
mondialisation, donc sur la « démondialisation », puisque c’est le nom que lui donnent ses détracteurs les plus
actifs aujourd’hui.
Il
faut donc avancer en même temps sur les deux chantiers : de l’Europe sur
elle-même et de l’Europe face au Monde.
« Commerce
des promesses » (nouvelle édition 2009 au
Seuil)

[ƒNi] Circulaire d’Alain Badiou…
Chère amie, cher ami,
Voici un possible petit programme mélangé, de sorties
et de lectures :
1. Le mardi 8 novembre, dans la Salle Dussane
(ENS 45 rue d’Ulm), à partir de 18h, se tiendra (à l’occasion de la sortie des
« Écrits juifs » de Hannah Arendt, dans la collection «
Ouvertures » que Barbara Cassin et moi-même dirigeons chez Fayard) une séance
consacrée aux langues de l’exil, co-organisée par Barbara Cassin et Marc
Crépon.
En voici le programme :
—
18h. Ouverture : Barbara Cassin et Marc
Crépon
—
18h15. Projection du film : « Zur Person » :
Hannah Arendt, entretien avec Günther Gauss
—
18h45. Sylvie Courtine-Denamy : Les Écrits
juifs de Hannah Arendt : Quand croire, c’est faire
—
19h30. Barbara
Cassin : « La chancelante équivocité du monde »
—
20h15. Marc
Crépon : « Et personne ici ne sait qui
je suis », la voix des émigrants, H. Arendt ,
W. G. Sebald, G. Perec
—
21h. Alain Badiou
: Les langues de l’exil, entre
contrainte et création.
2. Le mercredi 9 novembre, toujours dans la
salle Dussane, entre 20h et 22h, se tiendra la première séance de mon séminaire
de cette année. Le titre est le même que celui de l’année dernière (Que
signifie l’expression « changer le monde » ?).
Nous insisterons cette année sur les équivoques du mot « changer », en montrant
qu’un vrai changement est une chose, pour parler comme Spinoza, « rare et
difficile ».
3. Certains thèmes de mon séminaire de l’année
dernière ont été repris dans le petit livre que j’ai publié récemment aux
Éditions Lignes, en guise de Circonstances 6, sous
le titre Le réveil de l’Histoire.
4. Le lundi 14 novembre, au Théâtre de l’Ouest
Parisien, aura lieu à 20h – dans le cadre d’une série titrée « Vivre dans
la cité » – une séance consacrée à ma version de La République de
Platon (dont on a amplement entendu parler dans mon séminaire depuis 2007).
Gunther Gohran animera la soirée, et d’importants extraits seront lus par le
comédien Alain Libolt.
5. Le livre lui-même (Alain Badiou, La
République de Platon) sortira chez Fayard le 4 janvier 2012.
6. En attendant, on pourra lire :
— Autour de Badiou, actes des « Journées Badiou
» d’octobre 2010, qui sort ces jours-ci chez Germina.
— Alain Badiou, Entretiens 1 (1981-1996), qui
sort chez Nous et sera en librairie le 16 novembre.
Samedi 12 novembre 2011, 15h
École Normale Supérieure (45 rue d'Ulm, Paris)
Salle de séminaire du CIRPHLES (USR - 3308)
Département de philosophie - Sous-sol du Pavillon Pasteur
François Nicolas : Quelles conséquences musicales tirer du fait que,
contrairement au grégorien, le tajwîd ne
se thématise pas comme musique ?
Argumentaire
À comparer le
simple avant-propos de deux fascicules d’enseignement (respectivement du
grégorien [1] et du tajwîd [2]), un écart saute aux yeux : le
grégorien se présente comme « chant » doté d’une
« musicalité » destinée à servir la spiritualité d’une prière quand
le tajwîd se présente comme « embellissement » d’une
« récitation » destinée à restituer le plus exactement possible la
figure sonore originelle d’une révélation.
Dans le premier
cas, le chant est considéré comme doté d’une autonomie relative qui prend la
forme immédiate – elle fait l’objet du premier chapitre [3] – d’une notation musicale spécifique (les
neumes). Dans le second, l’embellissement sonore qu’apporte la « psalmodie »
doit rester en tout point subordonné à la « précision » (taHqîq)
« dynamique » (Hadr) d’une élocution correcte (tartîl), le tajwîd étant ainsi
étroitement normé par une phono-logique qui
constitue la première partie de son apprentissage [4].
Au total, le
grégorien se réfléchit comme musique (dotée de son écriture propre) au service
d’une prière inventant son adresse personnelle quand le tajwîd se
réfléchit comme embellissement sonore (noté phonologiquement [5]) assujetti à la profération du texte sacré
et soumis à sa glorification.
Il va de soi que
cet écart concerne directement la différence des textes concernés : le
grégorien chante des prières que la communauté chrétienne a établies pour mieux
l’adresser à son dieu (psaumes, déclarations de foi…) quand le tajwîd restitue
une parole qu’un dieu unique a adressé oralement (via la voix de l’ange
Gabriel) au premier des musulmans (et qui ne fut transcrite qu’ultérieurement).
Le chœur grégorien exprime une foi collective par le chant quand le récitant
musulman supporte, de sa voix individuellement cantillée, la descente
renouvelée d’une révélation transcendante.
Il va également de
soi que cet écart relève de théologies (ou intelligences de la foi)
sensiblement différentes : le grégorien est une oraison chantée, ancrée
dans une problématique de l’Incarnation (l’homme-Jésus, Fils de Dieu, est
Christ-médiateur) quand le tajwîd est une récitation ornée se soumettant à la
Révélation, nécessairement claire-obscure, d’une Transcendance absolue.
Le chant grégorien invente
ainsi la prière d’un chrétien qui monte vers un dieu incarné quand la
récitation coranique actualise une parole descendue en se soumettant à la
matérialité opaque d’une divulgation transcendante.
Force est de
constater que cet écart subjectif se matérialise (« s’objective ») en
d’importants contrastes acoustiques.
D’un côté, il est
vrai que grégorien et tajwîd, ne pratiquant pas de la même manière la
musicalisation du sonore, n’engendrent pas les mêmes « objets »
acoustiques.
Voir à ce titre la
différence de mélismes auxquels donne lieu la profération respective des mots
formellement apparentés « Alléluia » et « Allah » : le
tajwîd interdit explicitement un allongement excessif de la
seconde voyelle « a » du mot allâh [6] quand le grégorien ne se prive pas de
laisser, dans le mot alleluia, la même voyelle s’allonger ad libitum, au risque
assumé que sa contribution à la signification lexicale se dissolve au fil
d’arabesques sans limites…
D’un autre côté,
une appréhension positiviste pourra toujours en appeler d’une même
transcription musicale des deux flux sonores – et singulièrement du tajwîd – pour
arguer qu’il s’agit bien là, dans les deux cas, de musique, et ce quoiqu’en
disent et surtout qu’en veuillent ceux qui le pratiquent [7].
N’ayant nulle envie
de m’engager, en ce point, dans des débats aussi académiquement scolastiques ou
inutilement érudits [8] que musicalement stériles (du type :
« qu’est-ce que la musique ? » [9]), je m’attacherai à deux questions de
musicien, plus précisément de compositeur (plutôt que de musicologue).
—
Peut-on faire entrer dans la musique contemporaine le tajwîd comme on a
pu y faire entrer le grégorien mais sans pour autant brutaliser cette
cantillation (en la soumettant à une musicalisation exogène), en préservant
plutôt son autonomie (syntaxique et sémantique) de profération textuelle ?
—
S’il ne s’agit pas pour moi de mobiliser la récitation
du Coran comme telle mais plutôt de cantiller une langue arabe classique
énonçant des considérations « profanes » sur notre temps présent,
jusqu’où est-il musicalement possible de suivre le modèle phonologique du tajwîd en sorte de
composer une cantillation « tajwidée »
susceptible d’être incorporée comme telle – comme flux sonore organisé de façon
non musicale - dans une œuvre musicale contemporaine ?
D’où un programme
d’exposition en trois temps :
—
d’abord présenter en détail (écriture et exemples
sonores à l’appui), à des non-familiers de la langue arabe [10], la logique spécifique du tajwîd ;
—
se demander ensuite ce qui, de cette phono-logique du tajwîd, reste
irréductiblement attaché à la spécificité du texte coranique et ce qui, a
contrario, en serait « exportable » ou généralisable à des textes et
contextes non religieux ;
—
enfin préciser ce que faire entrer dans la musique
contemporaine une langue arabe classique ainsi « tajwidée » pourrait
vouloir musicalement dire (pourquoi ?, comment ?…)
On engagera tout
ceci sous le signe d’une maxime d’inspiration adornienne qui acquiert une
pertinence toute particulière dans les très sombres temps [11] qu’engagent cette seconde décennie du XXI°
siècle : « La musique a aujourd’hui besoin de quelque chose qui
lui est hétérogène pour rester art. » [12]
Il s’agit, en
l’occurrence, de faire entrer l’hétérogène sonore de la grande langue arabe
classique dans la musique contemporaine en sorte d’en fertiliser un nouveau
cours artistique susceptible de se tenir à hauteur des exigences que ces
nouveaux temps prescrivent à la pensée.
On comprend qu’un
tel projet implique ultimement de clarifier comment autonomies relatives de la
musique (contemporaine) et de la langue (arabe) sont susceptibles de coexister
au sein d’une même œuvre musicale (qu’on nommera, de ce fait, composite)
c’est-à-dire sous la responsabilité d’ensemble de la seule pensée musicale.
*
« Ceux qui furent aux
choses n’en disent point l’usure ni la cendre. » Saint-John-Perse
Comme indiqué dans le précédent Qui-vive, la parution d’un livre (Taschen) sur les affiches
chinoises m’a incité à réouvrir le Petit livre rouge.
Il est composé de 33 chapitres, et certains de leurs titres
restent aujourd’hui susceptibles d’éveiller la curiosité du lecteur :
—
XV. Les « trois démocraties »
—
XIX. L’héroïsme révolutionnaire
—
XXIV. L’auto-éducation idéologique
—
XXXIII. L’étude
Je voudrais ici m’en servir pour poser à nouveaux frais la
question suivante : qu’en est-il aujourd’hui des communistes en un temps
sans communisme organisé ?
Je m’explique.
Le Petit livre rouge (PLR) commence par un chapitre consacré
au « Parti communiste ».
Il transpose l’énoncé léniniste (« Pour faire la
révolution, il faut un parti révolutionnaire » - 2° citation du PLR) en
l’énoncé maoïste implicite suivant : « Pour construire le communisme,
il faut un parti communiste ». Comme l’on sait, la figure du Parti n’a pas
survécu à (l’échec de) la Révolution culturelle. Reste à tout le moins valable
l’énoncé implicite suivant : « Pas de communisme sans
communistes ! ».
D’où deux maximes apparemment inverses, en vérité légèrement
décalées, qui sont les suivantes :
—
C’est le communisme qui fait le communiste (tout comme
c’est la musique qui fait le musicien – énoncé, au passage, qui se trouve
explicitement sous la plume de Karl Marx dans ses Manuscrits de 1844).
—
Sans communistes, pas de communisme (tout comme, là
encore, il ne saurait y avoir de musique sans musiciens…).
La première maxime est claire : c’est elle qui, par
exemple, préside à cette rubrique « mémoire du communisme ».
La seconde l’est moins dans notre situation présente :
quel sens y a-t-il aujourd’hui à se dire « communiste » lors même
qu’il n’y a pas de communisme organisé, qu’il n’y a tout au plus que ce
qu’Alain Badiou appelle, à partir des « émeutes » arabes « un
communisme de mouvement » (pour l’opposer à un communisme de parti, et a
fortiori à un inexistant communisme d’État –« État communiste » est
un oxymore, comme « cercle carré »).
C’est donc sur ce point que je voudrais livrer ici quelques
réflexions personnelles, offertes à la discussion.
« Je reprends à
partir du mot “communiste”. »
Jean-Marie Gleize (2011)
Demandons-nous : qu’est-ce
que se dire communiste aujourd’hui ?
Ou encore, pour paraphraser Alain B. : « De quoi
communiste peut-il aujourd’hui redevenir le nom ? »
Le PLR consacre tout un chapitre (le XXVIII° :
« Les communistes » - chapitre distinct donc du premier chapitre
« Le parti communiste ») à l’examen des qualités et défauts propres
aux communistes.
Pour l’essentiel, je retiendrai les qualités suivantes (les
défauts aujourd’hui m’importent peu : ils n’existent qu’à être les défauts
de communistes ; or mon point tient
précisément au fait qu’il n’y a plus guère de communistes et donc plus guère de
défauts afférents…), qualités de celui « qui méritera le nom de
communiste » (p. 297)
—
il s’oriente
selon « des principes justes » (297) ;
—
il est un ami
ferme de la vérité « car toute vérité s’accorde avec les intérêts du
peuple » (299) ;
—
il allie étude et
« sens pratique » (300) ;
—
il saisit une
situation « sans idée préconçue » (301) ;
—
il se pose, en
toute chose, « la question du pourquoi » (299) ;
—
il privilégie
« la chose publique » (298), les « intérêts de l’ensemble »
(299) sur les intérêts privés ;
—
il met au poste
de commandement le point de vue d’ensemble plutôt que des impératifs
particuliers ;
—
il est « ami
des masses » (301) et s’en instruit en même temps qu’il les éduque ;
—
il doit
« braver les tempêtes et voir le monde en face » (303)
En ce sens (qu’on continuera de dire « maoïste »),
« communiste » serait aujourd’hui le nom d’une manière d’orienter la
pensée, d’une manière d’orienter la longue marche pour édifier une nouvelle
Idée du communisme.
Cette manière proprement « communiste » serait
marquée des traits suivants :
—
elle se base sur un travail acharné, qui combine
l’étude assidue à la pratique locale persévérante ;
—
elle affronte le travail anonyme, la contribution
générique, l’apport incognito, la participation quelconque ;
—
elle s’oriente selon le point de vue d’ensemble, selon
la prescription d’« un seul monde » ;
—
elle privilégie le long cours sur l’assaut immédiat, la
longue marche sur l’action spontanée, la défense stratégique sur l’émeute
tactique ;
—
elle enquête sur ce qu’organiser peut vouloir redire à
nouveaux frais comme nouveaux types de collectifs ;
—
elle est sur le qui-vive de ce qui, dans les troubles
traversés et tempêtes bravées, mérite de s’appeler « politique ».
Tout ceci est bien général, j’en conviens, et plus idéologique
qu’à proprement parler politique. C’est – il est vrai – qu’il faut être au
clair en matière idéologique pour pouvoir l’être ensuite en matière politique
(cela constitue une autre leçon de la Révolution Culturelle et du PLR…).
S’agirait-il, renouant comme toujours avec les choses au
point même elles se sont interrompues, de réactiver aujourd’hui le vieux projet
d’une union des communistes ?
J’ai appartenu il y a bien
longtemps au « groupe pour la fondation de l’Union des communistes de
France (marxistes-léninistes) ». Peut-être s’agirait-il alors d’inscrire,
à l’horizon de notre moment actuel, le projet d’un Groupe
européen pour la fondation de l’Union internationale des communistes…
![]()
Idée saugrenue ?
« Chacun peut
donner son avis même s’il se trompe. […] Nul n’est coupable pour avoir parlé. »
Mao-Tse-Toung (Petit
livre rouge – XV. Les “trois
démocraties” ; p. 180)
*
(Rubrique
anti-islamophobie)
Un hadith (ou propos
rapporté) attribué tantôt à Mahomet (muHammad), tantôt à Ali (εalî) [VII° siècle donc], énonce ceci :
« Œuvre pour
ton monde comme si tu vivais éternellement ! »
![]()
La parenté avec les maximes philosophiques, d’Aristote à
Badiou en passant par Spinoza, est manifeste :
—
« Il faut, autant qu’il est possible, se
conduire en immortel et tout faire pour vivre de la vie de ce qu’il y a en nous
de plus haut. » Aristote (Éthique
à Nicomaque)
—
« Nous sentons et savons d’expérience que nous
sommes éternels » Spinoza (Éthique) [13]
—
Alain Badiou : vivre à hauteur des vérités
éternelles dont nous sommes capables.
D’autres penseurs musulmans – comme bien des penseurs
chrétiens et, j’imagine, juifs (mais je m’intéresse moins à cette composante de
la pensée religieuse) - ont énoncé des impératifs semblables. Par exemple Nasîr
al-Dîn al-Tûsi, dans son Éthique à Nâsir,
a reformulé (XIII° siècle) en des termes chiites l’exigence aristotélicienne
d’une vie qui ne réduise pas aux plaisirs tranquilles et apprenne à se tenir à
hauteur de ce qu’il y a en l’homme de divin… [14]
Mais notre phrase n’est que la première du propos, et le
hadith complet n’est pas moins intéressant.
Le hadith complet est
celui-ci :
« Œuvre pour ton monde comme si tu
vivais éternellement
Et œuvre pour ton au-delà comme si tu
mourrais demain ! »

Le propos se noue ainsi autour d’un double « comme
si », qui inscrit le croisement de deux fictions a priori incompatibles (ici l’éternité d’un mortel…) pour
mieux caractériser a posteriori
(au futur antérieur) la voie/voix d’un sujet.
Mieux : l’énoncé complet organise la conjonction
paradoxale (l’éternité d’un mortel) de deux connexions elles-mêmes
paradoxales : la conjonction d’une éternité connectée à une localisation
(première partie) et d’une fugacité connectée à un outrepassement (deuxième
partie).
Il me semble que cette structure – croisement de deux
paradoxes transversaux (si ce n’est orthogonaux) – constitue une figure
capitale de la pensée du sujet comme pulsation écartelée. Je me contenterai ici
d’indexer la fertilité de cette figure par deux maximes apparentées.
—
L’une nous vient du jésuite hongrois Hevenesi qui
publia en 1705 un recueil de maximes intitulé Scintillæ ignatianæ et dans lequel on trouve cette règle d’agir :
Voici la première règle de l’agir : fie-toi à Dieu comme
si le succès des choses dépendait tout entier de toi, et en rien de Dieu ;
alors pourtant mets-y tout ton labeur comme si Dieu seul allait tout faire, toi
rien. [15]
—
L’autre nous vient du philosophe Maurice Blondel qui
décrit (au début cette fois du xx°
siècle) sa subjectivité de philosophe selon un chiasme semblable :
« Ma conduite a toujours été inspirée par un double
dessein, sans que cette dualité même ait gêné en rien mon action, loin de là.
D’une part, en effet, je me suis comporté comme si je devais toujours demeurer
dans la voie philosophique, laïque et universitaire où je me trouvais engagé,
et je sentais que c’était bien. D’autre part, j’ai toujours gardé autant
d’indépendance de pensée, de parole et de conduite que si j’avais dû,
dès le lendemain, quitter l’Université. ».
Comme on le voit donc, cet hadith donne à penser…
*
[1] Première
Année de Chant Grégorien, Dom Eugène
Cardine (Institut pontifical de musique sacrée, Rome, 1975)
[2] Les
règles du tajwîd simplifiées (Manuel d’apprentissage destiné aux élèves des
écoles coraniques), Yahia al Ghoutani
(Sana, 2009)
[3]
« Chapitre I : La notation grégorienne dans nos livres. »
[4] « Les
règles du nûn et du mîm non vocalisés, du tanwîn et du râ,
… » (où « nûn », « mîm », « râ »,
« tanwîn » nomment des lettres de la langue arabe).
[5] Dans les
publications contemporaines, cette notation se fait selon un code de couleurs
affectant certaines lettres : le rouge pour l’allongement, le bleu pour
l’emphase, le vert pour la nasalisation, le gris pour la non-prononciation…
[6] Elle ne
saurait durer plus de 8 fois la valeur brève (soit une ronde si la brève vaut
une croche)
[7] L’intérêt de
ces transcriptions – on en présentera durant la séance – est patent pour mieux
saisir les différents mélismes ainsi produits. Mais une chose est de comprendre
la structuration musicale possible de la cantillation coranique, une autre est
de la prôner comme autonomisation de ce chant, comme prescription venant
violenter la logique non musicale de cette cantillation.
[8] Michel
Foucault (1975) : « Que le travail que je vous ai présenté ait eu
cette allure à la fois fragmentaire, répétitive et discontinue, cela correspondrait
bien à quelque chose qu’on pourrait appeler une “paresse fiévreuse”, celle qui
affecte caractériellement les amoureux des bibliothèques, des documents, des
références, des écritures poussiéreuses, des textes qui ne sont jamais lus, des
livres qui, à peine imprimés, sont refermés et dorment ensuite sur des rayons
dont ils ne sont tirés que quelques siècles plus tard. Tout cela conviendrait
bien à l’inertie affairée de ceux qui professent un savoir pour rien, une sorte
de savoir somptuaire, une richesse de parvenu dont les signes extérieurs, vous
le savez bien, on les trouve disposés en bas des pages. Cela conviendrait à
tous ceux qui se sentent solidaires d’une des sociétés secrètes sans doute les
plus anciennes, les plus caractéristiques aussi, de l’Occident, une de ces
sociétés secrètes étrangement indestructibles, inconnues, me semble-t-il, dans
l’Antiquité et qui se sont formées tôt dans le christianisme, à l’époque des
premiers couvents sans doute, aux confins des invasions, des incendies et des forêts.
Je veux parler de la grande, tendre et chaleureuse franc-maçonnerie de
l’érudition inutile. » (Il
faut défendre la société, 1976 ;
Hautes Études / Gallimard-Seuil, p. 6)
[9]
Redisons-le : un musicien (soit, par définition, celui qui fait de la
musique) ne se soucie nullement de définir la musique, pas plus que l’amant
(faisant l’amour), le militant (faisant de la politique), le working
mathématician ne se soucient respectivement
de définir l’amour, la politique ou la mathématique…
[10] Rappel. En
matière de langue arabe, il convient de distinguer trois (et non deux) types de
situation : la langue arabe classique
(ou littéraire) qui est
exemplairement celle du Coran ; la langue arabe moderne (ou standard) qui est exemplairement celle des médias ; les arabes dialectaux (leur décompte dépend des critères retenus en
matière de « compte-pour-un ») qui constituent les seules langues
maternelles effectives.
[11] Leur
caractère profondément troublé concerne aussi bien la musique (entendue ici
comme art universel, non comme émiettement de cultures particulières) que plus
largement l’humanité en son destin politique commun…
[12] Cet
« adornisme » est démarqué de la réflexion suivante d’Adorno : «
L’art a besoin de quelque chose qui lui est hétérogène pour devenir art. » ‘Kunst bedarf eines ihr Heterogenen, um
es zu werden.’ (L’art et les arts, 1966).
Paul Celan a, pour son propre compte, remarqué lui
aussi cet énoncé (voir le relevé minutieux de sa bibliothèque : La
bibliothèque philosophique de Paul Celan – Catalogue raisonné ; éditions rue d’Ulm, 2004 - p. 263).
[13] Sentimus,
experimurque, nos æternos esse.
[14] Voir
Christian Jambet : La grande résurrection d’Alamût
[15] Hæc
prima sit agendorum regula : sic Deo fide quasi rerum successus omnis a
te, nihil a Deo penderet ;ita tamen iis operam omnem admove quasi tu
nihil, Deus omnia solus sit facturus.