Qui vive ?  Le communisme !

 

 

« … répondre à une question - à une question intimidante - à une question que personne encore au monde n’a pu jamais laisser sans réponse, jusqu’à son dernier souffle. - Laquelle ? - “Qui vive ?”… »

Julien Gracq (Le rivage des Syrtes)

 

 

« Commun, du lat. communis, adj., se dit de toute chose à laquelle chacun peut participer : exemple : la Commune de Paris » (Paris, 1971)

 

« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. »

Gerard Manley Hopkins (1871)

« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. »

Alain Badiou (2011)

« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être communiste. »

Bernard Sobel (2011)

 

Bulletin hebdomadaire sur l’actualité politique

diffusé le dimanche soir (pour s’inscrire, expédier “subscribe” à “2009_request@egalite68.fr”)

Rédaction : François Nicolas [ƒNi]

 


 

Numéro 1 : 4 septembre 2011

 

(format pdf)

 

I am always thinking of the Communist future. […] In a manner, I am a communist. Their ideal bating some things […] is just.« Je pense toujours à l’avenir communiste. […] En un sens, je suis communiste. Leur idéal, à quelques réserves près, […] est juste. »

Gerard Manley Hopkins, s.j. (lettre à Robert Bridges du 2 août 1871)

 

« Si on veut être un intellectuel aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être communiste. Parce qu’être communiste, c’est avoir conscience qu’on fait partie d’une expérience partagée par toute l’humanité. […] Être communiste, c’est défendre ce qui caractérise l’être humain : le fait qu’il est capable de penser. » Bernard Sobel (Le Monde, 28-29 août 2011)

 

« Le communisme est le contraire exact d’une utopie, il est le vrai nom du réel comme impossible. Céder sur le communisme, c’est céder sur toute forme du vrai désir politique. » Alain Badiou (Philosophie magazine, septembre 2011)

 

 

Sommaire :

Libye................................................................................................................................................ 3

Enjeux politiques........................................................................................................................... 3

L’Afrique....................................................................................................................................... 3

Le calvaire des Africains noirs de Tripoli, brutalisés par les révolutionnaires libyens................... 3

L’Onu et son conseil de sécurité….................................................................................................. 4

Le discours de Kadhafi à l'ONU (Septembre 2009)...................................................................... 5

Un point de vue : « Ce qu’on appelle  “dictature” de Kadhafi… »............................................... 7

Enjeux économiques...................................................................................................................... 8

Juppé : L’intervention française en Libye, « un investissement sur l’avenir »................................. 8

Pétrole : l’accord secret entre le CNT et la France......................................................................... 8

« La victoire des rebelles libyens prend un goût amer pour la diplomatie allemande ».................. 8

« L'Italie craint de perdre, au profit de la France, sa place de premier fournisseur de la Libye ».. 8

En Libye, l'Italie veut défendre ses chasses gardées...................................................................... 9

Syrie.............................................................................................................................................. 11

Deux points de vue prônant la non-ingérence dans les affaires intérieures syriennes................ 11

Israël............................................................................................................................................. 14

« Le peuple veut la justice sociale ! ».......................................................................................... 14

Manifestations sociales record en Israël....................................................................................... 14

Une dirigeante du mouvement attaquée comme étant anti-sioniste…........................................... 15

Vive l’Amérique latine !............................................................................................................ 16

Chili : une jeunesse politisée….................................................................................................... 16

France........................................................................................................................................... 18

Le niveau de vie des plus aisés augmente, celui des plus modestes baisse, la pauvreté s’accroît… 18

Deux points de vue....................................................................................................................... 21

« La pauvreté augmente dans notre pays depuis 2002. C'est un tournant historique »............... 21

« C’est un véritable ras-de-marrée de pauvreté qui s’installe sur la France »............................ 22

Histoire du communisme............................................................................................................. 23

Vietnam : Le général Giap fête ses 100 ans................................................................................ 23

Maïakovski.................................................................................................................................. 24

Analyse du capitalisme............................................................................................................... 25

La crise économique du capitalisme « occidental ».................................................................... 26

Les Etats-Unis.............................................................................................................................. 26

Photo du « rêve américain »….................................................................................................. 26

Analyse..................................................................................................................................... 27

Le développement d’un capitalisme « émergent »...................................................................... 27

L’Inde.......................................................................................................................................... 27

Publications................................................................................................................................. 29

Badiou : « Le réveil de l'histoire » (Circonstances 6)................................................................. 29

Rubrique anti-islamophobie...................................................................................................... 30

Une évidence qu’il convient en effet de rappeler….................................................................... 30

Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à penser… (1)............................. 30

Orientation/égarement.................................................................................................................. 30

Question de la langue............................................................................................................... 31

Remarque latérale..................................................................................................................... 31

*******

Libye

[fNi]

Explicitation des enjeux (politiques et économiques) de cette nouvelle entreprise coloniale franco-britannique (dans la tradition de l’expédition de Suez en 1956… menée, au demeurant, par les socialistes de l’époque – ceux d’aujourd’hui ont d’ailleurs, durant l’été, donné leur accord à cette guerre néo-coloniale contre la Libye).

Rappels :

1) Une manière traditionnelle de sortir d’une crise capitaliste de surproduction est de détruire (d’où l’utilité d’une bonne guerre pour pouvoir ensuite reconstruire…)

2) Ceci dit, la politique, qui n’est pas l’expression transitive de l’économie, l’emporte, y compris pour un État parlementaire. Tel est bien le cas en cette affaire.

Enjeux politiques

L’Afrique

[fNi]

La question de l’Afrique est au cœur de cette affaire. D’ailleurs l’intervention française en Libye prolonge celle en Côte d’Ivoire…

Kadhafi avait en effet des projets politiques pour l’Afrique. C’était un leader africain plus encore qu’arabe.

Voici d’ailleurs ce qui se passe désormais dans la « nouvelle » Libye…

Le calvaire des Africains noirs de Tripoli, brutalisés par les révolutionnaires libyens

Le Monde (3 septembre)

Craignant d'être désignés comme des mercenaires pro-Kadhafi, des centaines d'immigrés ont trouvé refuge dans un petit port désaffecté

Tripoli Envoyé spécial

 

En rade. Comme les vieux rafiots qui rouillent à quai, ils ont échoué là, dans cette crique abandonnée. Le petit port de Sayad, à 25 km à l'ouest de Tripoli, est devenu le refuge de plusieurs centaines d'Africains fuyant les exactions et les arrestations arbitraires dans la nouvelle Libye libre. Huit cents hommes et quelques femmes. Certains sont là depuis deux mois, d'autres sont arrivés la veille, mercredi 31 août.

Mike et Harrison, deux Nigérians de respectivement 19 et 20 ans, ont tout fait ensemble : l'arrivée en Libye, il y a deux ans, l'embauche chez un installateur de télévision par câble à 200 dinars (120 euros) par mois, et maintenant la fuite. " Avant la révolution, les Libyens étaient déjà arrogants avec nous, raconte Mike. Parfois, ils ne nous payaient pas. Mais depuis février, tout est difficile. Les propriétaires ont commencé à nous chasser en disant que nous étions des mercenaires de Kadhafi. Des jeunes nous attaquaient pour nous voler. " Les deux compères ont déménagé pour Abou Salim, un quartier jouxtant Bab Al-Aziziya, le grand complexe occupé par Mouammar Kadhafi, et réputé abriter des tribus qui lui étaient acquises ainsi que des combattants de ses milices.

" Un jour, on nous a dit de partir, enchaîne Harrison. Nous sommes venus ici. " Le lieu est une ancienne garnison italienne, devenue une base militaire navale comme en témoigne une grande structure de béton qui devait être futuriste au moment de sa construction. Après son bombardement par l'aviation américaine en 1986, l'endroit a été abandonné. Des pêcheurs s'en servent, ainsi que des trafiquants de clandestins, manifestement avec la bénédiction des autorités. Les bateaux de pêche, dont nombre sont en cale sèche, ne semblent même plus en état de naviguer jusqu'aux îles de Lampedusa (Italie) ou de Malte, situées en face de la Libye. " De toute façon, personne ne sait les conduire ici ", déplore Harrison, qui a élu domicile, avec une vingtaine d'autres, sous la coque d'un navire.

Au fil des semaines et via le bouche-à-oreille, le flux des arrivées à Sayad de ceux pris au piège d'une guerre de plus en plus proche n'a cessé de grossir. Puis les rebelles ont pris Tripoli. " Là, c'est devenu la panique, témoigne Modibo, un Malien. Les Africains comme nous se font prendre aux barrages. "

Kizita Okosun, originaire de Benin-City (Nigeria), lui, a été arrêté à la maison. " Quelqu'un du quartier à dû me dénoncer. Ils ont volé mes biens et si ma propriétaire n'avait pas été là, je serais mort à l'heure qu'il est. " Il a été conduit dans un centre de détention provisoire. " Nous étions 59 Africains de toutes les nationalités dans la même cellule, sans eau, sans toilettes, sans matelas. On nous donnait à manger et à boire une fois par jour. Il y a un Malien blessé qui disait qu'il préférait mourir que rester là. Mais ils ne l'ont jamais amené à l'hôpital. Certains gardiens nous battaient, d'autres pas. Jamais ils ne nous ont interrogés. "

Kizita doit son salut à un Libyen d'origine américaine, revenu au pays pour combattre le colonel Kadhafi et ému par son sort. " Au bout d'une semaine, il a ouvert la porte et m'a dit : "Toi, suis moi !" Il m'a amené jusqu'ici en voiture. Dieu m'a sauvé, mais les autres sont toujours là-bas. Que vont-ils devenir ? "

Et que vont devenir les réfugiés de Sayad ? Ils tuent le temps et l'angoisse dans des parties de foot, qui dégénèrent parfois en pugilat, ou entonnent des cantiques. L'argent et les vivres commencent à manquer. Médecins sans frontières, qui a découvert le campement improvisé le 27 août, effectue des visites journalières pour prodiguer des soins de base. Une réserve d'eau potable de 1 500 litres était en cours d'installation jeudi après-midi. " Mais ce qu'il faut, c'est une protection et une solution pour ces gens-là ", souligne François Dumont, de MSF. D'après lui, un autre campement de ce type, plus petit, se trouve dans des fermes au sud de Tripoli.

" Le jour de l'attaque de Tripoli, les rebelles sont arrivés ici, ils nous ont fait asseoir cinq heures sous le soleil, se souvient Mike. Puis ils sont partis sans rien dire. " Les réfugiés africains de Sayad se plaignent d'être régulièrement intimidés par des jeunes du coin, qui viennent tirer en l'air la nuit ou les rançonner de leurs maigres effets. Des jeunes Libyens passent en voiture à vive allure, mais refusent de répondre aux questions des journalistes.

Les thuwar (combattants rebelles) assurent que le Guide libyen était essentiellement défendu par des mourtazaka (mercenaires). Les Africains rencontrés à Sayad jurent qu'ils ne connaissent aucun mercenaire. La réalité, selon plusieurs sources concordantes, se situe autour d'un tiers de mercenaires africains - essentiellement des Tchadiens, des Soudanais et des Touaregs du Niger et du Mali - dans les forces kadhafistes. A Tripoli, des mercenaires se cacheraient dans des appartements, certains d'entre eux grièvement blessés mais trop terrorisés pour se rendre dans les hôpitaux, où ils craignent d'être livrés à la justice expéditive des rebelles. Les rumeurs d'exactions et d'arbitraire, ainsi que les conditions de détention des Africains alarment de plus en plus les organisations des droits de l'homme. Interrogé à ce sujet, Oussama Al-Abed Al-Abed, vice-président du conseil municipal autoproclamé de Tripoli, assurait jeudi : " Il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Ces gens seront jugés tout ce qu'il y a de plus légalement. Mais à l'avenir, les immigrés devront avoir des papiers. L'ancien régime laissait venir n'importe qui et ce n'est pas acceptable. " Mais dans la rue, le ton est plus agressif : " Kadhafi a dilapidé tout notre argent auprès des Noirs ", se plaignent nombre de Libyens.

Tous les Africains de Tripoli ne sont pas inquiétés. Certains d'entre eux, connus dans leur quartier, sont protégés par leurs voisins. Mais il arrive aussi que des Libyens noirs soient arrêtés dans ces rafles. Mercredi soir, une vingtaine de femmes gorane et toubou - deux ethnies africaines du Sud libyen, à la frontière tchadienne - campaient devant le complexe sportif de Bab Al-Bahr, où croupissent 210 mercenaires présumés. Elles réclament la libération d'un mari, d'un frère ou d'un fils, tous arrêtés, selon leurs récits, durant la nuit. Elles assurent qu'ils n'étaient pas des miliciens et que les révolutionnaires venus les arrêter en ont profité pour les voler et les battre. Un homme, la barbe fine et les épaules étroites, sort du bâtiment et leur intime l'ordre de se taire : " Vous n'avez pas le droit de ternir la révolution. Ce sont des mensonges. " Un instant interdites, elles se ressaisissent : " Alors, c'est ça, la liberté ? "

Christophe Ayad

L’Onu et son conseil de sécurité…

[fNi]

Il faut relire le discours de Kadhafi à l’Onu en septembre 2009 (64° assemblée générale), discours « ridiculisé » à l’époque par la presse occidentale qui a voulu faire passer son propos anti-colonial pour de la folie pure !

On trouvera ce discours par exemple à cette adresse :

http://www.voltairenet.org/Discours-de-Mouammar-Khadafi-a-la

Voici une ancienne analyse de ce discours.

Le discours de Kadhafi à l'ONU (Septembre 2009)

http://www.forum-algerie.com/actualite-internationale/57598-le-discours-de-kadhafi-lonu.html

Les médias occidentaux n'ont rapporté que le côté folklorique de Kadhafi en passant sous silence le contenu de son discours se limitant à ironiser sur la séquence où il déchire la charte des Nations Unies, acte pourtant extrêmement symbolique. Seule France 24 en Arabe a dans son premier journal après le discours de Kadhafi, déclaré " Kadhafi a prononcé un discours historique devant l'Assemblée Générale des Nations Unies" avant de se rétracter le journal suivant et de se mettre au diapason; mais entre temps il y a eu un débat sincère sur le fonds du discours, tandis que sur France 24 en français et sur les autres chaînes françaises, Kadhafi est décrit comme "un terroriste"; pourtant, même décousu, même improvisé, le discours de Kadhafi est réellement historique dans le sens où il met l'accent sur l'injustice dans le monde et les abus des grandes puissances qu'il juge de terroristes.

*

Pour sa première apparition officielle à l'Assemblée générale des Nations unies en 40 ans de pouvoir, le Colonel libyen Mouammar Kadhafi s'est éternisé à la tribune en prenant la parole durant plus d'une heure et 35 minutes, alors qu'il n'avait droit qu'à 15 minutes comme tout chef d'État.

Le leader libyen s'en est pris au Conseil de Sécurité en particulier et au Monde occidental en général. « L'ONU telle qu'elle est ne nous intéresse pas. Depuis la création de l'ONU, il y a eu environ 65 guerres que non seulement l'Organisation n'a pas pu empêcher mais certaines grandes puissances en ont contribué voire même directement participer. »

 

Le colonel libyen a stigmatisé le Monde occidental, condamnant son exploitation du droit de Veto dans le Conseil de sécurité, accusant les membres de déclencher la plupart des guerres pour préserver leurs intérêts. Pour lui, le droit de veto est contraire à la Charte de l'ONU, et a été utilisé par 3 ou 4 pays pour éviter les guerres en Europe à un moment où la plupart des pays du Sud étaient colonisés. Il a mis en doute la légalité des pays membres permanents (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine et Russie) . "Qui a donné à ces pays le droit de veto ?" s'est il exclamé. "Il est dit dans la Chartre que nous sommes tous égaux, sommes nous égaux ?" s'écrit il.

 

Il a brandit un livret du texte constitutionnel des Nations Unis et l'a déchiré devant les chefs d'état étrangers présents dans la salle. « Je voudrais savoir comment les quatre pays ont obtenu ces sièges permanents au Conseil de Sécurité des Nations Unies ? Qui les a élus ? C'est dictatorial et illégal et par conséquent nous ne reconnaissons pas cela. »

 

Le Colonel libyen qui a même menacé de se retirer a exigé que les prérogatives du Conseil de Sécurité doivent être transférées à l'Assemblée Générale des Nations Unies. « Vous êtes comme des décors, on se moque de vous. Vous êtes faits pour prononcer seulement des discours et pas plus », s'est adressé le colonel libyen aux chefs d'état présents, qui l'ont vivement applaudi. « Ils ont besoin de nous s'ils veulent nous exploiter pour blâmer un pays faible, autrement dit, on nous marginalise, ils s'en foutent de nous (…) soit nous sommes égaux, soit nous nous retirons pour en créer une autre organisation (…) Nous ne pouvons pas accepter qu'on nous impose des sièges permanents, utilisés pour nous combattre.

« Le Conseil de sécurité depuis sa création ne nous fournit pas la sécurité mais au contraire nous donne la terreur et les sanctions », at-il dit. « Il est utilisé contre nous. Il ne devrait pas être appelé Conseil de Sécurité, il devrait être appelé "Conseil de la Terreur." »

 

« Le Conseil de Sécurité n'a jamais condamné un de ses membres (…) Par le passé, nous l'avons accepté parce que nous n'étions pas présents et nous a fait porter les vêtement datant de 1940 quand trois ou quatre pays ont voulu se protéger contre l'Allemagne. Mais plus jamais maintenant. Il est hors de question d'accepter ce dictat », a ironisé le colonel libyen.

 

« L'Afrique mérite un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies », a répété le Colonel libyen sous l'applaudissement, avant de demander aux pays qui ont colonisé les pays africains de verser une indemnisation de 777 milliards de dollars. Le colonel libyen a proposé des sièges permanents au Conseil de Sécurité à toutes les organisations régionales comme les pays Non Alignés, l'Union Africaine, la Ligue Arabe, l'Union des ex-union soviétique, l'Union Européenne, l'Amérique Latine.

 

Mouammar Kadhafi a proposé le transfert du siège de l'ONU ailleurs en suggérant Vienne, Pékin, New Delhi et pourquoi pas Syrte en Libye. Il a mis en garde contre le risque d'un attentat contre le siège des Nations unies à New-York. Il a dit détenir des informations sûres livrées par des membres d'Al-Qaïda en prison en Libye. « Le siège de l'Onu est la cible d'Al-Qaïda », a insisté le leader libyen.

Il a qualifié de terroristes les grandes puissances qui utilisent des bombes atomiques. Le leader libyen s'est dit rassuré par la nouvelle politique du président américain. Il a admis que l'actuel président Obama a changé de langage par rapport à ses prédécesseurs qui utilisaient un langage de peur et de terrorisme.

 

Kadhafi a proposé une enquête sur toutes les guerres provoquées par les grandes puissances comme en Iraq, en Afghanistan, à Gaza, à Grenade, au Vietnam, à Panama. Il s'est posé la question sur les circonstances de l'exécution de l'ex-président irakien Saddam Hussein. « Qui a exécuté Saddam Hussein le jour de la grande fête? Pourquoi étaient ils masqués les exécutants? » S'est interrogé le leader libyen.

 

En ce qui concerne le conflit entre l'Inde et le Pakistan sur le Cachemire, le colonel Kadhafi a déclaré la solution serait un Cachemire indépendant qui agirait comme un État tampon entre l'Inde et le Pakistan.

 

Notant qu'aucun Afghan n'a attaqué les États-Unis le 11 Septembre 2001, Kadhafi a dit que l'objectif des talibans de constituer un État islamique n'était pas une menace. « Si les talibans veulent instituer un état religieux, d'accord, comme le Vatican, le Vatican ne constitue pas un danger contre nous? Non ? » dit Kadhafi. « Si les talibans veulent créer un émirat islamique, qui a dit qu'ils sont l'ennemi ? » dit-il.

 

Il a demandé la libération immédiate de l'ex-président panaméen Noriega et a condamné l'invasion de Panama par les Etats-Unis d'Amérique.

 

Il a accusé le sionisme d'être derrière l'assassinat de Kennedy et demandé pourquoi des dossiers de crimes n'ont jamais été élucidés et pourquoi leurs commanditaires n'ont jamais été inquiétés notamment ceux concernant des chefs d'État et des leaders politiques tels que Patrice Lumumba du Congo.

 

Pour une solution en Palestine, Kadhafi propose un seul pays démocratique dans lequel vit les deux peuples israélien et palestinien. Créer deux pays est une erreurn a déclaré le leader libyen. Il a accusé le Monde occidental de haïr le peuple israélien ; ce n'est pas le Monde arabe qui le hait, au contraire c'est lui qui a apporté son soutien à ce peuple à l'époque où il était persécuté, selon le leader libyen. « Les Arabes, eux, ont abrité et protégé les Juifs à l'époque romaine et lors de leur expulsion d'Andalousie et à l'époque des fours crématoires d'Hitler », a déclaré le Colonel libyen.

 

Pour la crise au Darfour, il a appelé à la transformation de l'aide internationale en projets de développement réels. Il a accusé l'occident d'avoir compliqué la situation dans le Darfour en défendant ses intérêts égoïstes.

 

Il a qualifié tous les pays qui pèchent dans les eaux territoriales somaliennes de "véritables pirates".

 

Il a fustigé l'AIEA la taxant de partialité et rapportant la réponse de son Directeur Général Mohammed El Bardaï selon lequel le contrôle de l'Agence ne s'effectue que dans certains pays et pas d'autres auxquels les inspections sont "interdites". Il a milité pour un Moyen-Orient dénucléarisé sans nommer précisément Israël.

 

Sans surprise, le colonel Kadhafi a également critiqué la justice internationale et, en particulier la CPI, la Cour pénale internationale: « Il est facile d’envoyer Charles Taylor et Hissène Habré à La Haye. Et pourquoi pas ceux qui sont responsables de la guerre en Irak ? ». Il a demandé la traduction devant le Tribunal Pénal International des responsables israéliens pour crimes de guerre à l'encontre des palestiniens à Gaza, en territoires occupés et à Sabra et Chatilla. « Pourquoi seuls comparaissent ceux dont vous avez détruit les pays ? Regardez la Yougoslavie, elle était unie sous Tito, et vous l'avez balkanisée, ensuite poussée les conflits ethniques. »

 

Sur les Droits de l'Homme et les Conventions de Genève, il a soulevé le cas des prisons de Guantanamo à Cuba et Abou Ghaib en Irak.

 

Il a pointé du doigt les industries pharmaceutiques coupables selon lui de la prolifération de virus comme une arme pour ensuite produire l'antidote; il réclame à ces firmes de distribuer gratuitement le vaccin et prédit que le prochain virus sera "marin" et proviendra de la consommation de poisson.

 

Dans son intervention, le Colonel Kadhafi s'est plaint des tracasseries qu'ont rencontrées certains Chefs d'État pour arriver à New-York. « Certains chefs d'État m'ont informé de leurs difficultés à obtenir des autorisations d'entrée pour leurs délégués... un copilote d'un chef d'état empêché de rentrer en Amérique puisqu'il est persona non grata! Un garde corps d'un autre s'est vu refusé le visa! Un chef d'état est arrivé sans son médecin empêché de l'accompagner! « On se permet même de nous limiter le périmètre à ne pas dépasser lors de notre séjour à New-York! Nous ne sommes pas dans la prison de Guantanamo », s'est insurgé le leader libyen qui semble avoir perdu son sang froid quand il a lancé un livret blanc à la figure de son représentant au Conseil de sécurité des Nations Unies, le Dr. Ali Abdelsalam Tireki.

 

Depuis l'invasion de l'Irak par l'armée américaine sans mandat de l'ONU, celle ci a perdu de sa crédibilité; Kadhafi n'a fait que rappeler ce fait; son discours, ironisé par les médias occidentaux est pourtant applaudi par tous les pays du Sud et des non alignés, ceux qui ont souffert de la colonisation et du vol de leurs richesses, c'est à dire 4 habitants sur 5 de cette planète si injuste et si déséquilibrée. Kadhafi a osé dire tout haut ce qu'aucun chef d'État n'a osé dire à l'ONU sur le diktat des "puissances", mais que tout le monde pense tout bas.

Un point de vue : « Ce qu’on appelle  “dictature” de Kadhafi… »

[ƒNi]

Il s’agit ici d’un texte circulant sur internet. Je ne connais ni son origine, ni la fiabilité de ses informations. Mais ce texte semble significatif d’un point de vue non « occidental » sur la Libye de Kadhafi (même s’il met unilatéralement l’accent sur les avantages sociaux internes au pays plutôt que sur la politique suivie).

On aura compris qu’il ne s’agit pas ici de défendre Kadhafi mais d’attaquer les États « occidentaux » qui l’attaquent.

Rappelons, comme on y reviendra plus loin, que la politique d’émancipation ne se soumet pas au principe de double négation et donc que les ennemis de nos ennemis ne sont pas pour autant nos amis.

Ce qu'on appelle la dictature de Kadhafi

1-    L’électricité à usage domestique est gratuite dans son pays !

2-    L’eau à usage domestique est gratuite ! 

3-    Le prix d’un litre d’essence est de 0,08 euros !

4-    Le coût de la vie en Libye est beaucoup moins élevé que celui qui prévaut en France. Par exemple, le prix d’une demi baguette de pain en France est d’environ 0,40 Euros, tandis qu’en Libye il est de 0,11 Euros !

5-    Les banques libyennes accordent des prêts sans intérêts !

6-    Les citoyens n’ont pas d’impôts à payer, et la TVA n’existe pas !

7-    La Libye est le dernier pays dans la liste des pays endettés ! La dette publique est à 3,3% du PIB ! En France, elle est à 84,5% ! Aux US, 88,9% ! Aux Japon à 225,8% !

8-    Le prix pour l’achat d’une voiture (Chevrolet, Toyota, Nissan, Mitsubishi, Peugeot, Renault…) est au prix d’usine (voitures importées du Japon, Corée du sud, Chine, Etats-Unis…) !

9-    Pour chaque étudiant voulant faire ses études à l’étranger, le « gouvernement » attribue une bourse de 1 627,11 Euros par mois !

10- Tout étudiant diplômé reçoit le salaire moyen de la profession du cursus choisi s’il ne trouve pas d’emploi !

11- Lorsqu’un couple se marie, l’« État » paie le premier appartement ou maison (150 mètres carrés) !

12- Chaque famille libyenne, sur présentation du livret de famille, reçoit une aide de 300 euros par mois !

13- Il existe des endroits nommés « Jamaiya », où on vend à moitié prix les produits d’alimentation pour toute famille nombreuse, sur présentation du livret de famille !

14- Pour tout employé dans la fonction publique, en cas de mobilité nécessaire à travers la Libye, l’« État » fournit une voiture et une maison gratuitement. Et quelque temps après, ces biens sont à lui.

15- Dans le service public, même si la personne s’absente un ou deux jours, pas de déduction de ces jours sur son salaire, et pas de justificatif de maladie.

16- Tout(e) citoyen(ne) libyen(ne) n’ayant pas de logement peut s’inscrire auprès d’un organisme d’ « État », et il lui en sera attribué un sans qu’il ou elle n’avance aucuns frais, et sans crédit. Le droit au logement est fondamental, en Libye. Et un logement doit appartenir à celui qui l’occupe.

17- Tout citoyen libyen souhaitant faire des travaux dans sa maison peut s’inscrire auprès d’un organisme d’« État », et ces travaux seront effectués gratuitement par des entreprises de travaux publics choisies par l’« État ».

18- Le souci de l’égalité entre hommes et femmes prévaut, et les femmes ont accès à des fonctions importantes et à des postes de responsabilité.

19- Chaque citoyen(ne) libyen(ne) peut s’investir activement dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques, aux niveaux local, régional et national, dans le cadre d’un système de démocratie directe (cela va des Congrès populaires de base, permanents, jusqu’au Congrès général du peuple, le grand congrès national qui se réunit une fois par an) : sur 3,5 Millions d’adultes, 600 000 citoyens participent activement à la vie politique !

20- La Libye est la première réserve pétrolière d’Afrique !

21- La Libye contient 1 800 km de côtes sur la Méditerranée et a un des taux d’ensoleillement les plus élevés au monde !

22- Les soins médicaux sont gratuits ! 

23- L’éducation secondaire et universitaire sont gratuites. Le taux d’alphabétisation est supérieur à 90% !

24- Il y a des subventions sur toutes les denrées alimentaires de bases (ex : un kg de pâtes acheté 1€ à un producteur tunisien, le gouvernement libyen le revend 0,50€ aux Libyens) !

25- La Libye participe ardemment au développement de l’Afrique, à son indépendance vis-à-vis des occidentaux et leur système monétaire dictatorial. C’est plus de 60 milliards de dollars que l’état libyen était prêt à investir dans 25 pays d’Afrique et donner du travail à des millions d’Africains.

26- La Libye est le 6° ou 7° fond souverain financier dans le monde ! Les réserves fiduciaires sont supérieures à celle de la Russie, par exemple !

 Si cela c’est de la dictature, je signe maintenant, car aucun dictateur ne ferait ces genres de choses, les libyens vivaient mieux que nous avant cette guerre, les medias nous ont menti pour la guerre en Irak et en Afghanistan et tout d’un coup on nous dit la vérité sur la Libye ????

Enjeux économiques

[fNi]

La presse explicite aujourd’hui volontiers ces enjeux économiques qui initient une classique rivalité interimpérialiste…

Juppé : L’intervention française en Libye, « un investissement sur l’avenir »

http://www.lepoint.fr/politique/l-intervention-francaise-en-libye-un-investissement-sur-l-avenir-assure-juppe-27-08-2011-1366998_20.php

L'intervention de la France en Libye est un "investissement sur l'avenir", a estimé vendredi (26 août) le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, dans un entretien au quotidien Aujourd'hui en France/Le Parisien. "Quand on m'interroge sur le coût de l'opération - le ministère de la Défense parle de 1 million d'euros par jour - je fais remarquer que c'est aussi un investissement sur l'avenir", a-t-il déclaré.

Pétrole : l’accord secret entre le CNT et la France

Dans une lettre que s’est procurée «Libération», les rebelles promettent d’accorder 35% du brut libyen aux Français.

Libération (1° septembre)

« La victoire des rebelles libyens prend un goût amer pour la diplomatie allemande »

Berlin craint de payer au plan économique son abstention lors du vote, le 17 mars, de la résolution de l'ONU permettant l'intervention de l'OTAN »

Le Monde (31 août)

« L'Italie craint de perdre, au profit de la France, sa place de premier fournisseur de la Libye »

Le Monde (30 août)

 

Entré à reculons dans la coalition, Rome, qui a mis à disposition ses bases aériennes, redoute d'être écarté des juteux marchés de la reconstruction

Rome Correspondant

Le titre de la tribune ne laisse aucun doute sur les intentions de son auteur, Enzo Bettiza, journaliste, écrivain et ancien député européen socialiste. Publiée dimanche 28 août à la " une " du quotidien La Stampa (propriété de Fiat), " Le bluff de Sarkozy " reprend nombre d'arguments de ceux qui, en Italie, redoutent que l'après-Kadhafi se transforme en blitz économique en faveur des entreprises françaises et au détriment des entreprises italiennes implantées en Libye depuis la fin de l'ère coloniale (1911-1942). " Ce mensonge humanitaire commence à montrer son versant colonialiste, écrit Betizza. Les fins matérielles apparaissent sous le maquillage post-gaulliste. "

Malgré les dénégations du ministre des affaires étrangères italien, Franco Frattini, pour qui " il n'existe pas de course pour savoir qui arrivera le premier en Libye ", la presse italienne multiplie les articles, ironiques ou alarmistes, pour stigmatiser " la soif de grandeur ", " les intérêts économiques " et " l'arrière-plan électoraliste " qui auraient poussé M. Sarkozy à intervenir contre le Guide de la révolution, entraînant à sa suite la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Entré dans la coalition en traînant des pieds, l'Italie, qui a mis à disposition ses bases aériennes pour y faire décoller les chasseurs, redoute d'être écartée des marchés de la reconstruction. L'ambassadeur d'Italie en France se serait plaint au Quai d'Orsay de " l'absence de collégialité et de concertation ", illustrée par la décision unilatérale d'organiser, à Paris, la future conférence des amis de la Libye.

Différend colonial

A l'heure des communiqués victorieux, toutes les valses-hésitations italiennes vont-elles peser ? Rome veut croire que le traité d'amitié pour enterrer le différend colonial, signé en août 2008 entre le président du conseil, M. Berlusconi, et le colonel Kadhafi, est toujours valable alors qu'il a été " suspendu " par le Guide libyen.

Ce traité prévoyait le versement par l'Italie de 5 milliards de dollars (3,44 milliards d'euros) sur vingt-cinq ans en dédommagement de la colonisation, sous forme d'investissements dans de grandes infrastructures. Près de 180 firmes italiennes ont décroché de juteux contrats en Libye : de Finmeccanica (ferroviaire, trafic routier) à Impregilo (BTP). En 2010, l'Italie était le premier fournisseur de la Libye pour un volume d'échange avoisinant 12 milliards d'euros par an.

Alors que les responsables du Conseil national de transition (CNT) ne cachent pas leur intention de favoriser leurs " libérateurs " dans la course aux nouveaux contrats, Rome multiplie les gestes de bonne volonté. De passage à Milan, jeudi 25 août, après une visite à Paris, le numéro deux de la rébellion libyenne, Mahmoud Jibril, s'est vu promettre par M. Berlusconi une première aide financière sous forme d'avance " à valoir sur le dégel des avoirs libyens dans les banques italiennes ", à savoir 350 millions d'euros.

De son côté, le président de la société pétrolière ENI, Paolo Scaroni, se déclare prêt à fournir au " nouveau gouvernement de grandes quantités de gaz et d'essence destinées à la population sans paiement immédiat des Libyens ". L'ENI devrait également assurer un soutien technique au CNT, notamment pour relancer les installations pétrolières de l'est du pays. L'Italie importe 23 % de ses besoins en pétrole et 10 % en gaz de la Libye.

Depuis mardi 22 février, le gazoduc Greenstream, de Mellitah à Gela, en Sicile, est fermé. Devant le spectre d'une pénurie, la première priorité du gouvernement italien, qui craint l'arrivée de Total et de British Petroleum dans les bagages des " vainqueurs ", est de la faire rouvrir.

Philippe Ridet

En Libye, l'Italie veut défendre ses chasses gardées 

Le Figaro (2 septembre)

L'Italie entend conserver son rang de premier partenaire économique de la Libye du temps de Kadhafi.

 

«Il n'y aura pas de bataille de type colonial entre l'Italie et la France pour s'emparer des richesses de la Libye.» Prononcée par Franco Frattini, cette déclaration a valeur d'avertissement pour Paris. Le message du ministre italien des Affaires étrangères est clair: «L'Italie restera un partenaire privilégié de Tripoli. Ne venez pas chasser dans notre réserve.»

Premier partenaire économique de la Libye du temps de Kadhafi, l'Italie entend conserver son rang. Elle s'est trouvée contrainte d'entrer dans la guerre, malgré le soutien affiché par Silvio Berlusconi au colonel. Le conflit l'a privée du bénéfice du traité d'amitié et de coopération signé le 31 août 2008 et qui avait réglé cinquante ans de contentieux colonial en garantissant à ses entreprises un traitement de faveur en Libye. Tout au long des pilonnages alliés, elle n'a cessé d'exiger qu'on y mette rapidement fin. Tout en prêtant ses bases aux appareils de l'Otan et à ceux du Qatar. Et en adhérant le 6 mars au gel des avoirs libyens décrété par l'ONU.

Au début du conflit, Franco Frattini dénonçait le risque d'instauration d'un «émirat islamique » à Benghazi. Aujourd'hui, il parle de «soutenir nos amis libyens » tandis que l'Italie rouvre ce jour son ambassade à Tripoli, dépêche mission sur mission pour revitaliser l'économie libyenne et débloque d'urgence 500 millions d'euros en faveur du CNT.

Quasi-monopole 

L'intérêt principal de l'Italie concerne le gaz et le pétrole. Sa compagnie d'hydrocarbures ENI est présente en Cyrénaïque depuis 1959, dix ans avant le coup d'État qui avait porté Kadhafi au pouvoir. Avant la guerre, elle y jouissait d'une position privilégiée, presque un monopole: produisant 273.000 barils de brut et 24,7 millions de mètres cubes de gaz naturel par jour et exportant par gazoduc et pipeline 12% des approvisionnements énergétiques de l'Italie. Le traité de 2008 lui avait octroyé une concession de vingt-cinq ans.

Silvio Berlusconi se méfie des intentions de conquête économique prêtées à la France. Il aurait aussi été irrité du rôle joué par Nicolas Sarkozy dans la conduite des opérations et aurait été ulcéré d'être relégué au second rang à la conférence de Paris. Ces dernières semaines, il a reçu Mahmoud Jibril et Abdelsalam Jalloud, venant de France, pour les assurer de l'aide de l'Italie.

 

Syrie

[ƒNi]

Je ne connais pas les deux personnes intervenant dans les textes qui suivent. Mais il me semble aujourd’hui requis de refuser toute ingérence « occidentale », a fortiori militaire de l’Otan, dans des affaires intérieures particulièrement fragiles et instables.

La stratégie de l’Otan paraît claire : balkaniser le maximum de pays en sorte d’y installer des protectorats locaux. Il s’agit d’étendre aux zones d’influence un principe de « développement séparé » (apartheid !) faisant coexister, de part et d’autre d’un mur, zones franches sous contrôle occidental et zones chaotiques livrées aux hordes criminelles (voir la Somalie…)

Rappel : l’alliance franco-britannique a déjà été au principe de la balkanisation du Moyen-Orient entre les deux guerres (voir les accords Sykes-Picot en 1916) - il suffit de relire Les sept piliers de la sagesse de T. Lawrence pour mesurer l’hypocrisie de la France et de la Grande-Bretagne dans leurs menées néo-coloniales -. Aujourd’hui, cette alliance semble considérer qu’il y a nouveau parti néo-colonial à tirer des troubles internes aux pays arabes.

Vu de France, l’impératif reste de combattre toute velléité des États « occidentaux » d’intervenir là-bas pour y aggraver les troubles à leurs profits et je ne vois guère quel « camp » interne à la Syrie il conviendrait de soutenir…

Carte des accords Sykes-Picot

Deux points de vue prônant la non-ingérence dans les affaires intérieures syriennes

Israël

« Le peuple veut la justice sociale ! »

Manifestations sociales record en Israël

(AFP et Reuters)

http://www.liberation.fr/monde/01012357869-manifestations-sociales-record-en-israel-et-maintenant

 

Au lendemain d’une mobilisation «historique», avec plus de 400.000 manifestants dans les rues, le mouvement de protestation sociale en Israël est en quête d’une stratégie, dans l’attente de la réponse du gouvernement Netanyahu.

Les analystes s’interrogeaient dimanche sur l’avenir de cette vague de contestation sans précédent — «révolution ou évolution?» – après «la plus grande manifestation» de l’histoire de l’État d’Israël.

«Un jour, les étudiants apprendront qu’en cette soirée capitale, une société civile est née en Israël», s’est réjouit l’éditorialiste de gauche Gidéon Lévy dans le quotidien Haaretz.

Plus de 400.000 Israéliens ont défilé samedi soir dans le centre de Tel Aviv et dans une quinzaine de villes du pays pour «la justice sociale» et contre le coût de la vie, un record depuis le début mi-juillet du mouvement social, selon les médias.

Pour la presse, la taille des rassemblements de samedi prouve que la mobilisation ne faiblit pas, et maintient la pression sur le Premier ministre libéral-conservateur Benjamin Netanyahu.

Des «recommandations» d'ici deux semaines

Netanyahu a annoncé dimanche que la commission qu’il a chargée de proposer un programme de réformes présenterait ses recommandations d’ici deux semaines.

«Le gouvernement que je dirige s’est engagé à conduire de vrais changements pour alléger le coût de la vie et réduire les inégalités sociales», a répété le Premier ministre. «Jamais auparavant en Israël a-t-on vu une telle commission ouvrir un dialogue sérieux avec des milliers de citoyens», a-t-il plaidé.

Devant l’ampleur de la contestation, «Bibi» Netanyahu a promis de remiser son credo libéral pour répondre à la grogne sociale, tout en rappelant les «contraintes» imposées par la crise économique mondiale, suscitant l’incrédulité des contestataires.

«Le mouvement de protestation sociale est un succès phénoménal. Il a bouleversé le calendrier des priorités et montré au gouvernement que l’opinion publique n’avait pas l’intention de tout laisser tomber», a estimé le commentateur économique Néhémia Shtrasler.

Mais ce dernier a souligné que les organisateurs --à l’origine des jeunes professionnels et des étudiants des classes moyennes-- étaient à la croisée des chemins, obligés de choisir entre des revendications radicales ou des réformes économiques plus limitées.

«C’est le dilemme classique entre ceux qui veulent la révolution et ceux qui préfèrent une évolution», a noté M. Shtrasler.

De fait, les dirigeants du mouvement social sont divisés sur les formes et les objectifs de leur lutte.

Démonter les tentes ou durcir le mouvement?

Après la mobilisation record de samedi, les modérés jugent qu’il faudra démonter les camps de tentes, emblèmes du mouvement, tandis que les plus radicaux prônent un durcissement de la contestation en multipliant en particulier les squats de bâtiments vides.

Il est encore difficile de savoir «si un noyau de nouveaux leaders, avec le talent et les aptitudes nécessaires, va sortir de ce groupe (à la tête de la contestation) ou si une nouvelle force politique est en train d’émerger qui pulvérisera les coalitions fossilisées d’antan», a relevé Aviad Pohoryles dans le tabloïd Maariv.

Pour la plupart des analystes, la vague de contestation de l’été 2011, qui porte autant sur les valeurs éthiques que sur l’économie selon l’éditorialiste vedette Nahum Barnéa, a pourtant d’ores et déjà imprimé une marque indélébile sur la société israélienne.

«Rien de ce qui s’est passé cet été ne sera perdu», a estimé M. Barnéa, selon qui le mouvement traduit un véritable ras-le-bol de toute une partie de la jeunesse et des classe moyennes devant «les sommes versées à la colonisation» et «l’enrichissement des proches du pouvoir», dans un contexte de hausse généralisée du coût de la vie.

Une dirigeante du mouvement attaquée comme étant anti-sioniste…

Voir cet article publié sur un site sioniste (Jssnews) qui montrerait que ce mouvement n’est pas indifférent à la politique coloniale de l’État d’Israël…

http://jssnews.com/2011/09/02/pourquoi-je-nirais-pas-manifester-contre-la-hausse-des-prix-en-israel-samedi-soir/

 

« Israël commet des crimes de guerre et piétine les droits de l’homme en détruisant les communautés palestiniennes. » « Les exécutions sommaires, les démolitions massives de maisons, d’entreprises et de bâtiments publics, le pillage, les points de passages, le couvre-feu, la torture… » Ces déclarations, qui émanent d’une israélienne antisioniste, sont en fait signées par Daphnée Lif. L’organisatrice des manifestations sociales en Israël, qui prévoit qu’un million de personnes descendront dans les rues de tout Israël samedi 4 septembre pour « plus de justice sociale ».

 

« Nous refusons d’être des soldats de l’occupation. Nous appelons nos amis à en faire de même » est aussi une parole de cette fameuse Daphnée.

Il y a quelques semaines, JSSNews s’en prenait à un reportage du journaliste français Charles Enderlin, qui a, selon nous, manifestement bidouillé quelques informations dans un reportage consacré aux manifestations. C’est aujourd’hui la seconde fois que nous pouvons prouver que les manifestations pour la baisse des prix sont politiques et non apolitiques comme on voudrait pourtant le faire croire.

A l’époque où cette Daphnée devait rentrer à l’armée, elle a menti. Elle a alors affirmée que la raison pour laquelle elle ne pouvait pas s’enrôler était ses crises d’épilepsie récurrentes. Mais plusieurs blogueurs israéliens ont mis la main sur un document original, une lettre écrite et signée par Lif, dénonçant l’armée de défense d’Israël.

L’affaire fait désormais le tour du pays, comme en témoigne cette interview télévisée où l’accusée confirme son antisionisme :

http://www.youtube.com/watch?v=b7KDftziUDg

Voici par ailleurs quelques morceaux choisis d’une lettre envoyée au Premier Ministre de l’époque, Ariel Sharon :

Pour le Premier ministre, M. Ariel Sharon

Nous vous avons envoyé, il y a un an, une lettre de 62 garçons et filles israéliens qui refusent de servir dans l’armée pour protester contre la répression des Palestiniens. Nous le répétons : nous refusons d’être des soldats de l’occupation.

Israël commet des crimes de guerre et piétine les droits de l’homme en détruisant les communautés palestiniennes. Il confisque des terres, organise des arrestations et des exécutions sommaires, des démolitions massives de maisons, de commerces et de bâtiments…

Toutes ces actions sont en opposition à la morale humaine et aux traités internationaux ratifiés par Israël. A cause de cela, les Palestiniens ne peuvent pas mener une vie normale. Cette réalité conduit à la souffrance, à la peur et au désespoir et engendre des actes terroristes. Par conséquent, cette occupation immorale affecte aussi les citoyens d’Israël.

Lorsque les élus du gouvernement piétinent les valeurs démocratiques et les perspectives d’une paix juste dans la région, nous n’avons pas d’autre choix que de désobéir et de refuser de prendre part à une attaque contre les Palestiniens.

Il y a bien des moyens de manifester contre la hausse des prix. Les actions menées contre le cottage en sont un exemple pertinent. A présent, que ceux qui veulent aller manifester samedi soir n’oublient pas que dans son discours, que vous le vouliez ou non, Daphnée Lif se servira de vous pour montrer la puissance de ses idées.

Vive l’Amérique latine !

Chili : une jeunesse politisée…

L'" indignada " de Santiago

Figure de la révolte étudiante au Chili et symbole d'une jeunesse " qui n'a plus peur ", Camila Vallejo se bat pour le droit à l'éducation gratuite

Le Monde (3 septembre)

 

Marcher dans les rues de Santiago du Chili ressemble à une course d'obstacles pour Camila Vallejo Dowling. Des caméras de télévision la suivent partout, son portable n'arrête pas de sonner, les demandes d'interviews s'accumulent, les passants l'interpellent et nombreux sont ceux qui veulent l'embrasser.

A 23 ans, cette étudiante en géographie, militante du Parti communiste, est devenue la figure la plus charismatique de la révolte étudiante qui secoue le Chili depuis près de quatre mois, défiant le gouvernement de droite du président Sebastian Piñera, au pouvoir depuis janvier 2010. Les manifestations de dizaines de milliers d'étudiants sont les plus importantes depuis la fin de la dictature militaire du général Augusto Pinochet (1973-1990).

Contre toute attente, le président chilien a offert de dialoguer personnellement avec les dirigeants étudiants, samedi 3 septembre, au palais présidentiel de La Moneda. Les manifestants ont rejeté, par trois fois, des propositions du gouvernement jugées " insuffisantes " et ont obtenu le limogeage du ministre de l'éducation, Joaquin Lavin, ancien collaborateur de Pinochet. Leur mot d'ordre : " exigeons une éducation publique, gratuite et de qualité ".

Très belle, avec de grands yeux verts et des airs de Catherine Zeta-Jones, Camila Vallejo a convoqué en quelques heures, par le biais de Twitter et Facebook, une dizaine de mobilisations massives mais aussi des occupations de collèges et des concerts de casseroles dans tout le Chili. Si le dialogue avec le président chilien échoue, elle promet de nouvelles manifestations.

" Nos revendications sont un peu idéologiques, mais ni utopistes ni idéalistes, dit-elle. Nous demandons que l'éducation soit un droit et un investissement social. " En jean, une éternelle écharpe autour du cou et un caractéristique piercing au nez, son visage est devenu familier depuis ses fréquentes apparitions à la télévision.

Camila Vallejo avait 2 ans au retour de la démocratie : " Ma génération n'a plus peur, comme nos parents, du spectre de Pinochet. " Pour l'anthropologue chilienne Angelica Wilson, " elle incite les Chiliens à réagir et à ne plus être soumis ".

Lectrice de Bakounine, fanatique des Doors, Camila, porte-parole de la Confédération nationale des étudiants du Chili (Confech) qui regroupe toutes les fédérations universitaires, est la seconde femme de l'histoire élue à la présidence de la Fédération des étudiants de l'Université du Chili (Fech). Scandalisée par les grandes inégalités sociales qui caractérisent son pays - " 60 % de Chiliens vivent comme en Angola et 20 % comme au Danemark ", lance-t-elle -, elle s'indigne " du manque de participation des citoyens dans les prises de décision ".

Bien que le vote soit obligatoire au Chili, les jeunes ne s'inscrivent pas sur les listes électorales et près de 80 % d'entre eux ne votent pas. " Ils sont frustrés parce qu'ils n'ont pas de véritable choix ", s'insurge Camila Vallejo. Le système politique binominal, mis en place par Pinochet, limite l'accès au Congrès des petits partis. Trois députés communistes ont été élus en 2010 pour la première fois depuis le coup d'Etat militaire. Accusée d'être manipulée par le Parti communiste, Camila Vallejo rétorque que " le mouvement étudiant ne rejette pas la politique parce que l'éducation est un thème politique ".

Elle critique, avec la même intransigeance, le gouvernement actuel et les quatre précédents, de la Concertation de centre-gauche, qui se sont succédé au pouvoir depuis 1990 et le retour de la démocratie. " Ils ont garanti la transition démocratique mais ils n'ont pas eu le courage de prendre les rênes et de modifier en profondeur le système éducatif privatisé par Pinochet ", accuse Camila Vallejo.

Elle se sent proche des étudiants de Mai 68 comme du mouvement des " indignados " en Europe et cite Evo Morales, le président bolivien, comme " modèle ". La combativité de la pasionaria chilienne séduit au-delà des frontières de son pays. Elle rentre juste du Brésil, où elle a été invitée à une marche convoquée par l'Union nationale des étudiants brésiliens, fin août. La présidente argentine Cristina Kirchner lui a exprimé son admiration. " Nous sommes tous amoureux d'elle ! ", s'est exclamé le vice-président bolivien, Alvaro Garcia Linera.

La jeune femme vit à La Florida, quartier traditionnel de la classe moyenne, aux pieds de la cordillère des Andes. Ses parents, de vieux militants du Parti communiste, ont préféré la clandestinité à l'exil pendant les années de plomb. Camila Vallejo n'échappe pas aux plaisanteries machistes. Un journaliste lui a demandé si elle avait été élue à la tête de la Fech " grâce à un vote hormonal ". Elle juge " absurde " de parler de sa beauté : " Je n'ai pas choisi mon apparence physique. Par contre, j'ai choisi mon appartenance politique. "

Son engagement lui a valu des menaces de mort. Sa popularité irrite la droite radicale. Juan Pablo Camiruaga, vice-président du parti de droite Rénovation nationale, au pouvoir, l'a traitée " de chèvre de merde ". Il a dû s'excuser.

Elle condamne avec force la répression policière et dénonce l'infiltration de provocateurs au sein des défilés. Un adolescent de 16 ans a été tué, le 26 août, d'une balle tirée par un policier. Les heurts violents avec la police ont fait des dizaines de blessés, des centaines d'arrestations. La télévision a montré des étudiants tentant de s'interposer entre les policiers et des personnes cagoulées armées de bâtons, de pierres et de bombes Molotov.

Le blog " camilapresidenta " accueille chaque jour des milliers de visiteurs. Le politologue Daniel Contreras lui prédit " un grand futur ". Camilla Vallejo se dit prête à assumer un rôle politique pour changer son pays.

Christine Legrand

France

« Avoir des chiffres en tête » (Mao)

 

[fNi]

Les développements qui suivent concernent ce que le XIX° siècle appelait « la question sociale » (à distinguer, bien sûr, de la question politique…).

 

État de la situation sociale en France,

    le revenu médian par personne est d’environ 1600€ par mois ;

    plus de 8 millions de personnes vivent avec moins de 950€ par mois.

Le niveau de vie des plus aisés augmente, celui des plus modestes baisse, la pauvreté s’accroît…

(Étude de l’Insee sur les niveaux de vie en 2009)

Résumé

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1365

·       En 2009, le niveau de vie médian [1] s’élève à 19 080 euros annuels (soit 1590€/mois).

·       Les 10 % des personnes les plus modestes ont un niveau de vie inférieur à 10 410 euros (867€/mois) tandis que pour les 10 % les plus aisées, ce niveau est d’au moins 35 840 euros (3 000€/mois) , soit 3,4 fois plus.

·       Le seuil de pauvreté, qui correspond à 60 % du niveau de vie médian de la population, s’établit à 954 euros mensuels en 2009. 13,5 % des personnes vivent en dessous de ce seuil, soit 8,2 millions de personnes.

·       En 2009, 10,1 % des actifs ayant au moins 18 ans sont pauvres.

·       Point également remarquable : on compte toujours plus d’actifs pauvres, aujourd’hui près de 2,8 millions (ainsi, comme au États-Unis, travailler ne préserve plus de la pauvreté…).

·       En tendance, enfin : la crise aggrave les inégalités (Le Monde : « La crise de 2008 a laissé des traces chez les Français. Mais pas de la même ampleur pour tous. Une grosse moitié, la plus aisée, n'a guère été affectée, son niveau de vie ayant continué à progresser, même si c'est parfois, pour certains, un peu moins vite que par le passé. A l'inverse, une petite moitié, celle des Français les plus modestes, a été la plus touchée, voyant son niveau de vie baisser. »)

***

« Le niveau de vie des plus aisés augmente, celui des plus modestes baisse, la pauvreté s’accroît » Le Monde (30 août)

http://bercy.blog.lemonde.fr/2011/08/30/le-niveau-de-vie-des-menages-les-plus-modestes-baisse-celui-des-plus-aises-augmente/


La crise économique a eu un impact sur le niveau de vie de "l’ensemble des ménages" français, mais "ce sont les plus modestes" d'entre eux qui ont été "les plus touchés", avance l'Insee dans une étude publiée mardi 30 août.

Cette "photographie" montre en l'occurrence que le niveau de vie des plus modestes a baissé entre 2008 et 2009, alors que, dans le même temps, celui des ménages les plus aisés a continué d'augmenter, même si, pour certains d'entre eux, c'est moins rapidement que les années précédentes.

Elle témoigne aussi d'une progression du nombre de personnes pauvres (+ 337 000, à 8,17 millions) et de la proportion de personnes ayant un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté (+ 0,5 point).

Le niveau de vie d'un ménage correspond à son revenu disponible (somme des revenus d’activité, retraites, indemnités de chômage, revenus du patrimoine et financiers et prestations sociales, moins les impôts directs) divisé par le nombre d’"unités de consommation" figurant dans le ménage.

Une unité de consommation est attribuée au premier adulte du ménage, 0,5 unité autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 unité aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est donc le même pour toutes les personnes d’un même ménage.

Niveau de vie médian

En 2008, la population française se coupait en deux autour d'un niveau de vie de 19 000 euros par an. En 2009 la ligne de partage se situe à 19 080 euros (soit 1 590 euros par mois). En euros constants, la progression est de 0,4 %.

Niveau de vie des Français les plus modestes

Entre 2005 et 2008, les quatre premiers déciles de la population, c'est-à-dire les 40 % de personnes les plus modestes, avaient connu une progression annuelle moyenne de leur niveau de vie d’environ + 2 %.

L'année 2009 a marqué un coup d'arrêt : "en euros constants, les quatre premiers déciles diminuent", indique l'Insee, soulignant que la baisse est "plus marquée pour le premier décile".

Le niveau de vie des 10 % des personnes les plus modestes a ainsi reculé de 1,1 %, devant "inférieur à 10 410 euros annuels".

L'Insee attribue pour une part cette situation à la "hausse du nombre de chômeurs dans le bas de la distribution des niveaux de vie".

L'institut de statistiques souligne, en creux, que cette baisse de niveau de vie aurait pu être pire encore. Il souligne, à ce titre, que les versements de prestations consécutifs à la perte de revenus du travail ont "atténué quelque peu la baisse des niveaux de vie", mais, surtout, que les mesures d’aides ponctuelles, sociales et fiscales, prises par le gouvernement en 2009, ont également joué un rôle d'amortisseurs pour les ménages modestes.

Niveau de vie des Français les plus aisés

Pour les personnes se situant au niveau de vie médian et au-delà, le niveau de vie a en revanche augmenté. L'Insee souligne notamment que, pour les 10 % les plus aisés, le niveau de vie était "supérieur à 35 840 euros annuels" en 2009, soit une augmentation de 0,7 % par rapport à 2008.

L'étude souligne néanmoins que cela "marque un ralentissement dans la progression de ce décile" par rapport aux années précédentes.

Pauvreté

Entre 2008 et 2009, le nombre de personnes dites pauvres est passé de 7,83 millions à 8,17 millions. cela signifie qu'elles se situent au-dessous du seuil de pauvreté, équivalent à 60 % du niveau de vie médian, soit 954 euros par mois en 2009.

Le taux de pauvreté, c'est-à-dire la proportion de Français vivant au-dessous de ce seuil atteignait 13,5 % fin 2009, contre 13 % un an plus tôt. On revient ainsi à un niveau voisin de celui de 2007 (13,4 %).

L'Insee ajoute que, sur les 8,2 millions de personnes pauvres, 4,5 millions vivent en réalité avec pas plus de 773 euros par mois. L'institut rappelle que le socle du RSA pour une personne seule est de 455 euros.

Deux points de vue

« La pauvreté augmente dans notre pays depuis 2002. C'est un tournant historique »

Le Monde

Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, auteur de Déchiffrer la société française (La Découverte, 2 009), réagit aux chiffres publiés par l'Insee, mardi 30 août. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (60 % du revenu médian) a augmenté, passant de 7,8 à 8,2 millions --- de 13 % à 13,5 % de la population - entre 2008 et 2009.

Etes-vous surpris par ces chiffres ?

La hausse de la pauvreté n'est pas surprenante dans un contexte de hausse du chômage. Cela dit, les commentaires sur les variations annuelles des données de l'Insee ont peu de sens pour un phénomène aussi structurel que la pauvreté. Observons les choses avec plus de recul : si l'on considère le seuil de 60 % du niveau de vie médian, le nombre de pauvres a augmenté de 7,5 à 8,2 millions entre 2002 et 2009, et le taux est passé de 12,9 à 13,5 %. Si l'on utilise le taux à 50 % du niveau de vie médian - plus restrictif mais plus conforme, selon moi, à la réalité de la pauvreté -, leur nombre est passé de 3,8 à 4,5 millions, de 6,5 % à 7,5 %. Faute de renouer avec la croissance, la pauvreté augmente dans notre pays. C'est un tournant historique.

Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le revenu de solidarité active (RSA) a été présenté comme le principal outil de lutte contre la pauvreté. Avez-vous le sentiment qu'il a permis de limiter son extension ?

On a exagéré les effets du RSA, qui ne méritait ni l'enthousiasme, ni les critiques véhémentes dont il a été l'objet. Tel qu'il a été construit, il ne pouvait que demeurer une arme à portée très limitée. On l'a entrebâillé tardivement pour les moins de 25 ans, avec des conditions très restrictives, alors que les jeunes sont les principales victimes de la crise. Bien sûr, il a amélioré modestement la situation de salariés très mal rémunérés, mais sans réellement modifier leur situation personnelle. Cela dit, au crédit de la majorité, je mettrai tout de même, aussi, la hausse du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé.

Que faudrait-il faire pour lutter contre la pauvreté " monétaire " ?

Certes, le gouvernement n'est pas responsable des conséquences d'un ralentissement mondial de l'activité. Il n'en demeure pas moins qu'un pays aussi riche que le nôtre pourrait faire bien davantage pour les plus démunis. A l'évidence, nous aurions dû consacrer une part de l'argent gaspillé en baisses d'impôt depuis douze ans à relever les minima sociaux. Pas uniquement pour une question d'équité, puisque les sommes ainsi dépensées par l'Etat reviennent en grande partie dans l'économie de proximité, contrairement aux cadeaux fiscaux qui alimentent l'épargne des couches aisées.

Faut-il ajouter à ce volet d'autres politiques publiques ?

L'argent ne fait pas tout. Si l'on veut améliorer de façon durable la situation de ceux qui sont le plus en difficulté dans notre pays, il faut agir de façon concrète. Imaginez quelle serait la situation de notre pays si les 80 milliards d'euros gâchés chaque année en cadeaux fiscaux aux catégories aisées avaient été consacrés pour moitié à réduire les déficits et pour moitié à des programmes d'investissements concrets, qu'il s'agisse de transports en commun, de logement social, d'accès aux soins !

L'un des volets les plus importants est une vraie réforme du système éducatif, de la maternelle à l'université. Taillé sur mesure pour les milieux favorisés, c'est lui qui fait que les plus démunis le restent de génération en génération. Bref, dans les années 2000, la France a loupé l'occasion de se moderniser. Tout ce que l'on peut espérer, c'est que la crise actuelle débouche sur une véritable remise à plat. Les niches fiscales n'ont déjà plus la cote.

« C’est un véritable ras-de-marrée de pauvreté qui s’installe sur la France »

L’Humanité

Julien Lauprêtre, président du Secours populaire affirme que le taux de pauvreté dévoilé par l'Insee ce mardi est bien "en dessous" de la réalité. Ces chiffres datent en effet de 2009 et ne sont donc plus actuels. Le président du Secours populaire s'inquiète de ce "ras de marrée de pauvreté" qui s'installe sur la France. Interview pour l’Humanité.fr

 

Vous avez critiqué ce matin les chiffres de l’Insee de 2009 sépcifiant qu’ils sont en dessous de la réalité, quelle est la situation actuelle ?

Julien Lauprêtre. Le secours populaire a pris ce matin les chiffres de l’Insee sur la pauvreté avec grand intérêt et ils sont effectivement révélateurs d’une grande pauvreté de notre pays. Cependant ces chiffres remontent à 2009 et sont en conséquent en dessous de la réalité. Tous les indices montrent que la pauvreté a gagné du terrain. D’autre part ces chiffres sont bien réels mais ne couvrent pas tous les aspects. Il est nécessaire de prendre en compte d’autres facteurs. Un français sur deux n’est pas parti en vacances cet année. Par ailleurs, 39% des français ont renoncé aux soins qui leur étaient prescrits pour des raisons financières. Enfin, il est important de noter que tous les français n’ont pas accès au sport, à la culture. C’est un véritable ras-de-marrée de pauvreté qui s’installe sur la France. Aujourd’hui nos bénévoles font tous le même constat. La pauvreté ne cesse d’augmenter. Et ce quelque soit la région. Il n’y a pas une région en France qui ne soit pas sinistrée.

 

Histoire du communisme

Vietnam : Le général Giap fête ses 100 ans.

http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1409

Le général Vo Nguyen Giap, héros militaire de l’indépendance vietnamienne et artisan de la débâcle française à Dien Bien Phu, célébrait jeudi [25 août] son centième anniversaire dans un hôpital militaire de Hanoï, sous une pluie d’hommages en dépit de sa mise à l’écart politique.

Considéré comme l’un des plus importants stratèges militaires de l’Histoire, il a infligé en 1954 dans la "cuvette" de Dien Bien Phu (nord-ouest) une cuisante défaite aux troupes colonisatrices françaises, événement fondateur de l’émergence d’un Vietnam indépendant et de la fin de la domination française en Indochine.

Écartée sans ménagement par le pouvoir ces 30 dernières années, cette icône populaire n’en reste pas moins la figure la plus emblématique du Vietnam moderne, après son fondateur, Ho Chi Minh.

"C’est un personnage mythique et héroïque pour le Vietnam", résume ainsi Carl Thayer, chercheur basé en Australie.

Né le 25 août 1911 dans la province centrale de Quang Binh, Giap n’était pas destiné à devenir un soldat. Mais ses tactiques inspireront les combattants du monde entier pour des décennies.

Venu étudier puis enseigner l’Histoire à Hanoï, il s’enfuit à la fin des années 1930 en Chine. Il y rencontre l’"Oncle Ho", qui le charge de fonder l’armée révolutionnaire Viet Minh fin 1944.

Entre-temps, sa haine de la puissance colonisatrice n’a cessé de croître, alimentée par le décès de sa première femme dans une prison française. Après la victoire à Dien Bien Phu, Giap continue de diriger ses troupes pendant la guerre du Vietnam contre les Américains et leurs alliés du Sud-Vietnam, jusqu’à la prise de Saïgon le 30 avril 1975.

Mais sa carrière politique est cassée par le numéro un du régime, Le Duan, et il est exclu du bureau politique du Parti communiste en 1982.

Malgré sa mise à l’écart, c’est son portrait qu’exhibaient des manifestants dans les rues de Hanoï lors de rassemblements ces dernières semaines contre la politique de Pékin dans des eaux disputées de mer de Chine méridionale. Il est le "dernier héros légitime", souligne Thayer. Ses victoires sont le fondement de la rhétorique nationaliste du pouvoir qui ainsi "ne peut pas le dénigrer" complètement.

Le général ne s’est pourtant pas privé ces dernières années de donner son avis sur les problèmes du pays.

En 2006, il avait écrit que le Parti communiste "était devenu un bouclier pour les responsables corrompus". En 2009, il avait publié une lettre ouverte joignant sa voix aux critiques contre un projet gouvernemental très controversé d’exploitation de la bauxite dans les hauts plateaux du centre du pays. Sa famille et les plus hauts dirigeants vietnamiens sont venus lui rendre visite mercredi pour ses cent ans à l’hôpital militaire 108, où il est soigné depuis plus d’un an. "Sa santé est stable maintenant", a indiqué à l’AFP un de ses fils, Vo Dien Bien.

Renvoyés Sans Frontières


Maïakovski

Extrait de De ceci (1923) [2] :

Pour que le jour

           que l’amertume érode,

ne soit plus à mendier genoux à terre.

Pour qu’au

           premier appel :

                       - Camarade ! –

se retourne la terre entière.

Pour vivre

           libéré des logis immondes.

Pour que

           l’on puisse avoir

                       comme famille

                                  désormais :

pour père,

           au minimum, le monde,

la terre, au minimum, pour mère.

Analyse du capitalisme

[ƒNi]

1.     Il semble désormais inutile d’argumenter la gravité de la crise en cours du capitalisme : plus personne ne la nie.

2.     Le capitalisme mondial connaît deux mouvements contrastés – voir graphique ci-dessous - qui accusent ses tensions internes : le « déclin » du capitalisme « occidental » (Europe + Amérique du Nord) et l’essor d’un capitalisme « émergent » (en Asie, au Brésil, en Afrique du Sud - la Russie est un cas particulier). Les risques respectifs de déflation à l’Ouest et d’inflation à l’Est manifestent ce contraste.

3.     « Crise » vient simultanément nommer ce basculement du capitalisme vers l’Orient et la crise propre à « l’Occident ».

4.     Du point de la France, les effets économiques et sociaux de la crise restent essentiellement à venir : sans doute après les élections présidentielles (comme d’habitude, la Gauche devrait logiquement être chargée de la sale besogne – ainsi seul Mitterrand pouvait, en France, faire le boulot que Reagan a fait aux États-Unis et que Thatcher a fait en Grande-Bretagne -).

5.     Au total, la crise du capitalisme – dont les effets massifs sont encore essentiellement à venir – n’est aucunement sa crise finale. Elle traduit un vaste basculement au long cours en cours dont l’enjeu stratégique semble le déplacement de la première place impériale des États-Unis à la Chine.

6.     La Chine n’est visiblement pas prête, économiquement et étatiquement, à prendre le relais impérial des États-Unis. Il lui faudra sans doute plusieurs dizaines d’années pour y parvenir (les États-Unis, devenu principale puissance économique au sortir de la première guerre mondiale, n’ont pris la tête effective de l’impérialisme qu’après la seconde guerre). Cette absence d’alternative protège actuellement d’une guerre mondiale inter-impérialiste mais accentue l’instabilité du monde et le livre aux aventures régionales (voir la Libye…).

7.     Dans ces conditions, qu’en sera-t-il, ces dix prochaines années, de la reconstitution d’une idée neuve du communisme ?

La crise économique du capitalisme « occidental »

 Les Etats-Unis

Photo du « rêve américain »…

http://www.leparisien.fr/international/en-images-au-coeur-d-une-amerique-en-faillite-31-08-2011-1586292.php?pic=4#infoBulles1

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Birmingham (Alabama), le 18 août. Le Comté de Jefferson détient le record d'endettement des Etats-Unis avec près de 4 milliards de dollars. Des quartiers entiers sont à l'abandon. Les services publics ne sont plus correctement assumés, les impôts locaux ont considérablement augmenté.

Analyse

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=59610

Le développement d’un capitalisme « émergent »

L’Inde

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=59588

Publications

Badiou : « Le réveil de l'histoire » (Circonstances 6)

couverture de LE RÉVEIL DE L'HISTOIRE (Circonstances, 6)

De même que les révolutions de 1848, au-delà de leurs échecs circonstanciels, ont sonné pour un siècle et demi le retour de la pensée et de l’action révolutionnaires, de même les soulèvements en cours dans le monde arabe, au-delà des replâtrages que va tenter de leur imposer la « communauté internationale », sonnent, à l’échelle mondiale, le retour de la pensée et de l’action des politiques émancipatrices.

Le XXIe siècle a commencé par l’annonce – citons Fukuyama – d’une « fin de l’Histoire » (1992). Nous avions eu droit, bien plus tôt, au constat, notamment par Lyotard, d’une « fin des grands récits ». Bien plus tôt encore, au début du XIXe siècle, Hegel était certain que l’Absolu avait terminé le parcours par lequel il parvenait à une complète conscience de lui-même. Entre l’origine et l’aujourd’hui de ces annonces, on ne peut dénombrer toutes les « fins » dramatiques dont les philosophes se sont fait une spécialité, singulièrement la « fin de la Métaphysique », et en bout de course la fin de la philosophie elle-même.

Pour ce qui me concerne, j’avais tenté dès 1989 (Manifeste pour la philosophie, Seuil) de faire prévaloir bien plutôt la fin de toutes ces « Fins », et l’idée qu’il ne s’agissait en philosophie, comme toujours, que de faire un pas de plus à l’école des événements de vérité dont nous sommes contemporains.

Voici que l’Histoire elle-même vient à ma rescousse. Qui ne voit en effet que les soulèvements dans le monde arabe sont très proches, forme et fond, des soulèvements dans le monde européen aux alentours de l’année 1848 ? Dans les deux cas, il s’agit de jeter à bas des constructions despotiques mises en place et/ou entretenues à grands frais par la Sainte Alliance des grandes puissances. Dans les deux cas, cette Sainte Alliance – des monarchies en 1848, des « démocraties » en 2011 – a comme objectif d’imposer universellement le pouvoir immodéré des oligarchies financières. Dans les deux cas, cet objectif est celui d’une stabilisation contre-révolutionnaire définitive, qui serait, en effet, une « fin de l’Histoire ». C’est que ces deux Saintes Alliances se sont formées après ce qu’elles imaginaient être la fin de l’époque révolutionnaire qui les précédait : défaite finale de Napoléon, en 1815, vue comme l’ultime avatar de la Révolution française et de la démocratie terroriste ; défaite finale de l’Union Soviétique, en 1989, vue comme l’ultime avatar de la Révolution russe et du communisme d’État. Et, de même que les révolutions de 1848, au-delà de leurs échecs circonstanciels, ont sonné pour un siècle et demi le retour de la pensée et de l’action révolutionnaires, de même les soulèvements en cours, au-delà des replâtrages que va tenter de leur imposer la « communauté internationale » (nom contemporain de la Sainte Alliance des conservatismes), sonnent, à l’échelle mondiale, le retour de la pensée et de l’action des politiques émancipatrices directement articulées à l’action et à l’organisation des masses populaires.

Le présent livre salue ce réveil de l’Histoire. Il comprend une analyse générale et des exemples. J’ai voulu que ces exemples ne se limitent pas aux soulèvements en cours dans le monde arabe (Tunisie, Égypte), ni aux manœuvres en cours pour que les puissances « occidentales » brisent l’élan populaire en s’imposant sur la scène par la force des armes (Libye). Je me suis aussi intéressé à ce qui, dans le mouvement des idées, a préparé le retour de l’universalisme émancipateur contre le relativisme faussement démocratique, et à ce qui, jusque dans des mouvements avortés (par exemple celui sur les retraites en France), esquissait de nouvelles figures organisées adéquates aux temps tumultueux qui s’ouvrent.

Alain Badiou

Rubrique anti-islamophobie

[ƒNi]

Le principe de double négation (anti-anti=pour : « les ennemis de nos ennemis sont nos amis »…) n’étant pas le nôtre, on distinguera bien sûr l’anti-islamophobie d’une islamophilie.

Une évidence qu’il convient en effet de rappeler…

Halte à la démagogie électorale anti-islam ! Cessons de stigmatiser les musulmans

John R. Bowen

Anthropologue, université Washington, Saint Louis (Missouri), auteur de " L'Islam à la française " (éd. Steinkis, 300 p., 22 euros)

Le Monde (1° septembre)

 

Comme l’Ancien et le Nouveau Testaments, le Coran donne à penser… (1)

Orientation/égarement

Un véritable leitmotiv du Coran est l’importance subjective de l’orientation, opposée à l’égarement.

 

L’idée intéressante que je voudrais soumettre ici – il va de soi que je ne suis pas un « savant » en la matière même si j’essaie de ne pas en être un ignorant - est qu’il n’y a alors guère de place pour la notion de mauvaise orientation : il y a orientation ou égarement plutôt qu’il n’y a de bonnes ou de mauvaises orientations et ce qui se présente sous l’apparence d’une « mauvaise orientation » doit être en vérité conçu comme un pur et simple égarement , ce qui veut aussi dire que marcher selon ce qui se présente comme une « mauvaise » direction ou progresser selon un chemin qui ne peut être dit un/le « droit chemin » - car il y a bien dans le Coran mauvaises directions et chemins erronés -, c’est en fait être égaré plutôt que mal orienté : le « désorienté » est en vérité sans orientation.

 

En ce sens, dans cette logique, l’orientation s’avère analogue à la vérité puisque, dans son acception contemporaine, une vérité est sans contraire (là où la véridicité a pour contraire la fausseté et la véracité le mensonge). Et, tout de même qu’il y a des semblants de vérité qui ne sont pas pour autant des faussetés ou des mensonges, tout de même il y a des semblants d’orientation qui ne sont pas pour autant de « fausses » ou « mauvaises » orientations.

 

Bien sûr, on pourra considérer que le Coran s’ordonne à une telle conception en raison de son orientation transcendante : comme, pour le Coran, Dieu seul est susceptible d’orienter les gens, toute autre orientation que celle révélée par Dieu ne peut qu’être qu’idolâtre, ne peut donc réellement orienter la vie et ultimement revient à les égarer. Ainsi, s’il n’y a pas à proprement parler dans le Coran de « mauvaises orientations », ceci tiendrait au fait qu’il n’y a qu’une seule orientation, qu’il n’y a de vraie orientation que selon Dieu – pour le Coran, Satan (le Mal…) n’est pas porteur d’une orientation alternative mais d’un pur et simple égarement sans fin.

 

Cependant, comme l’exemple de l’infini et des vérités contemporaines le suggère, on peut laïciser cette logique et envisager de soutenir ceci : il y a bien plusieurs manières de s’orienter dans la pensée (et non une seule), mais la décision à prendre en matière d’orientation ne se présente pas pour autant comme un choix entre bonne et mauvaise orientations, et toute décision en matière d’orientation se présenterait comme une alternative entre orientation ou égarement puisque ce qui se présente comme orientation « bonne » désigne en fait l’orientation qui sera continûment soutenable et ce qui se présente comme orientation « mauvaise » désigne en fait une direction condamnée à la versatilité et à l’inconstance, soit en vérité une pseudo-orientation qui relève plutôt d’un pur et simple égarement.

Où l’on retrouve, somme toute, la directive de Descartes : quand on est perdu en forêt, la « bonne » disposition consiste à marcher imperturbablement tout droit (on est ainsi sûr de sortir, à un moment ou à un autre, de la forêt) et la « mauvaise » disposition consiste à changer de direction au gré du paysage (on risque alors de tourner indéfiniment en rond) en sorte qu’ici s’orienter, ce n’est pas tant disposer d’une « bonne » direction que tout simplement se tenir à une direction pour y progresser avec constance ; a contrario, s’inquiéter à tout instant d’une possible « mauvaise » orientation et réfléchir en termes de bonne ou mauvaise orientation devient alors le meilleur moyen de rester égaré.

 

Question de la langue

Précisons qu’en arabe, « orienter » ne renvoie pas à « orient ».

En arabe, « Orient » renvoie au lever du soleil [charaqa[3] – d’où la notion d’« Est » et de « Levant » [machriq] - quand « orienter » renvoie à la notion de « (bonne) direction » [rachada[4]. Pour sa part, le verbe « (s’)égarer » relève d’une tout autre racine [Dalla[5].

 

Remarque latérale

Il semble bien que la langue arabe soit scellée par/dans le Coran (on apprend d’ailleurs l’arabe « littéraire » en travaillant sur le Coran). D’où que le projet, bien compréhensible, de vouloir aujourd’hui desceller la langue arabe du Coran ait pour horizon l’invention de nouveaux dialectes (voir la comparaison souvent faite avec Dante, « inventant » au début du XIV° siècle l’italien par-delà le latin : les nouvelles langues arabes du XXI° siècle cherchent ainsi leurs Dantes…).

 

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[1] Définitions de l'Insee

      Niveau de vie. C'est le revenu disponible d'un ménage, divisé par le nombre d'unités de consommation dans ce ménage. Le niveau de vie est le même pour toutes les personnes du ménage.

      Unité de consommation. Le premier adulte du ménage compte pour 1 unité ; les personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 unité ; les moins de 14 ans pour 0,3 unité.

      Revenu disponible. Somme des revenus d'activité, retraites, indemnités de chômage, revenus du patrimoine et financiers, prestations sociales, moins les impôts directs.

      Seuil de pauvreté. Il se situe à 60 % du niveau de vie médian.

[2] trad. Christian David

[3] racine Reig-2866 / Gloton-0787

[4] racine Reig-2087 / Gloton-0564

[5] racine Reig-3249 / Gloton-0908