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ARCHITECTURE Antoine Balso, Guillaume Nicolas Joaquin Villalba CINƒMA Rudolf di Stefano, Jacques Guiavarch, Nicolas Neveu MUSIQUE Carlos Andreu, Mathias BŽjean, GrŽgoire Letouvet, Frederico Lyra de Carvalho, Franois Nicolas, Franois Tusques, Adriano Zetina Rios PEINTURE ƒric Brunier PHILOSOPHIE Andrea Cavazzini POƒSIE JŽr™me Guitton POLITIQUE THƒċTRE Marion Bottolier, Virginie Colemyn, Pauline Desmet, AurŽlie Droesch, Hugo Eymard, Julien Guill, ƒmilie Heriteau, Christine Koetzel, Marie-JosŽ Malis, Agathe Paysant, FrŽdŽric Sacard, Paul Schirck

 

 

SecrŽtariat : Marie-JosŽ Malis, Franois Nicolas, Rudolf di Stefano

 

 

 

Site : http://www.egalite68.fr/H68

Facebook : https://www.facebook.com/groups/1564159357244203

 


 

SOMMAIRE

 

PRƒSENTATION....................................................... 4

Projet HŽtŽrophonies/68............................................................................................ 4

Nos six thmes................................................................................................................................................... 5

Thme 1 : Reprendre ?............................................................................................... 6

Planning...................................................................................................................... 9

GROUPES DE TRAVAIL........................................... 10

Ateliers : CinŽma...................................................................................................... 10

PrŽsentation de lĠatelier.................................................................................................................................. 10

ƒtudes : Politique..................................................................................................... 12

Andrea Cavazzini : Ç Italie È.......................................................................................................................... 12

Composantes : PoŽsie............................................................................................. 14

PrŽsentation de la journŽe : Facettes des pomes.................................................................................... 14

SƒMINAIRE HŽtŽrophonies/68................................ 15

MathŽmatiques........................................................................................................ 15

Franois Nicolas : La longue marche des modernitŽs ............................................................................ 15

Peinture..................................................................................................................... 18

ƒric Brunier : Le tableau, encore ?................................................................................................................ 18

Prochaines sŽances................................................................................................. 19

 

PRƒSENTATION

 

 

 

Projet HŽtŽrophonies/68

 

Qui dit hŽtŽrophonie dit problŽmatique commune et questions en partage, autorisant des rŽponses diversifiŽes (coopŽrant, rivalisant ou coexistant c™te-ˆ-c™te).

Ainsi les contradictions internes ˆ une hŽtŽrophonie donnŽe sont-elles non-antagoniques sĠil est vrai que tout antagonisme porte sur les problŽmatiques et les critres dĠexistence ; les subjectivitŽs antagoniques, qui nĠont rien en partage, pas mme un questionnement, se caractŽrisent donc de nĠtre pas commensurables.

 

SĠil sĠagit bien pour nous de traiter hŽtŽrophoniquement de lĠhŽtŽrophonie (rŽduplication oblige – voir plus loin), lĠenjeu est alors de sĠunifier sur des prŽoccupations communes susceptibles de constituer lĠespace collectif de travail o nos diffŽrentes pensŽes et pratiques pourront se rapporter les unes aux autres.

Ë la lumire de lĠaxiome dĠArchimde circonscrivant lĠarithmŽtique aux grandeurs ayant mme Ç raison È, on dira quĠun collectif hŽtŽrophonique, composŽ de voix choisissant de se mesurer aux mmes critres, soutenant donc le parti pris dĠune commensurabilitŽ, est archimŽdien.

 


 

 

 

Nos six thmes

 

Pour composer la trame de notre orientation commune, nous avanons six thmes. En voici la liste que chaque bulletin dŽtaillera, un par un, en commenant ds aujourdĠhui par le premier dĠentre eux.

 

Dans ce qui suit, Ç 68 È sĠentendra comme un nom propre, aux deux sens corrŽlŽs :

- sens restreint de mai-juin 68 en France ;

- sens large de dŽcennie rouge 1966-1975 ˆ Žchelle du monde entier (Chine, Europe, AmŽriquesÉ).

 

1.     Reprise : quĠy a-t-il ˆ Ç reprendre È de Ç 68 È (si, comme Kierkegaard nous le montre, reprendre nĠest pas rŽpŽter mais recommencer du point dĠun prŽsent dŽcidŽ) ? [voir plus loin]

 

2.     SingularitŽ : en quoi Ç 68 È constitue-t-il une singularitŽ (si, comme la mathŽmatique nous le dŽmontre, singularitŽ dŽsigne un point dĠindŽcidabilitŽ locale entre des orientations globalement contradictoires) ?

 

3.    Moderne/Contemporain : Ç 68 È a-t-il ŽtŽ un moment de basculement idŽologique des diffŽrentes modernitŽs vers un Ç contemporanŽisme È dĠinspiration nihiliste, en particulier dĠune pluralitŽ de modernitŽs artistiques vers lĠunicitŽ plastique dĠun Ç art contemporain È ?

 

4.    RŽvolutions : Ç 68 È nĠaurait-il pas ouvert la problŽmatique de rŽvolutions de type nouveau (rŽvolutions par adjonction-extension et non plus seulement par destruction-reconstruction et/ou abandon-dŽplacement) ?

 

5.     HŽtŽrophonie : comment Ç 68 È nous suggre-t-il de nouveaux types de collectifs, mettant en jeu de nouvelles modalitŽs dĠunification et donc dĠorganisation, susceptibles de formaliser ˆ nouveaux frais la figure des peuples : en soutenant que Ç les peuples veulent la rŽvolution È, Ç 68 È ne nous suggre-t-il pas en effet quĠˆ rŽvolutions de type nouveau, nouveaux types de collectifs populaires ?

 

6.    Formalisation : sĠil y a sens ˆ rŽexaminer les Ç formes-68 È (idŽologiques, organisationnelles, culturellesÉ), cĠest alors en dŽgageant ce quĠelles tentaient de formaliser (cĠest-ˆ-dire dĠorganiser en systmes symboliques ad hoc), sous lĠhypothse gŽnŽrale que formaliser, cĠest penser, et, rŽciproquement, que penser implique de formaliser.


 

Thme 1 : Reprendre ?

Ç Toi qui nĠas pas craint de mettre le feu ˆ ta vie, il faut revenir. Tout est ˆ recommencer. È

RenŽ Char (1947)

 

 

Notre semaine voudrait convaincre tout un chacun quĠil sĠagit aujourdĠhui de reprendre, recommencer, refaire (ce qui nĠest nullement dire rŽpŽter ou retourner en arrire) ce qui fut tentŽ il y a cinquante ans et qui, dans bien des cas (mais pas tous : les mathŽmatiques constituent ici un excellent viatique contre dĠŽventuels dŽcouragements), a ŽtŽ depuis purement et simplement abandonnŽ, aprs il est vrai quĠil ait butŽ sur de rŽelles impasses.

 

On sait par exemple les impasses des politiques dĠŽmancipation expŽrimentŽes en Ç 68 È, politiques qui se disposaient toutes sous le signifiant Ç rŽvolution È et se mesuraient toutes au signifiant Ç communisme È.

Mais ce quĠon sait, on peut pour autant ne pas vraiment le conna”tre : en lĠoccurrence, on sait quĠil y eut des impasses  - un constat empirique y suffit – mais pour autant on ne conna”t nullement quelle Žtait prŽcisŽment Ç cette È impasse et ce qui la diffŽrenciait de telle autre. Car la conna”tre vraiment, cĠest conna”tre tout aussi bien le carrefour, en amont de cette impasse, o il devient aujourdĠhui possible de reprendre (o lĠon mesure donc que pour conna”tre vraiment, il faut avoir envie de conna”tre, cĠest-ˆ-dire dŽsirer reprendre).

Et lĠabyme (entre pouvoir dire Ç il y eut impasse È et pouvoir dŽclarer : Ç maintenant que, gr‰ce au travail de nos prŽdŽcesseurs, lĠimpasse nous est connue, nous pouvons reprendre route ˆ telle bifurcation stratŽgique È) qui vaut en politique vaut tout autant dans dĠautres domaines de pensŽe, ˆ commencer dans chacun de nos arts (architecture, cinŽma, musique, peinture, poŽsie, thŽ‰treÉ).

 

 

Reprendre, cĠest donc tout uniment :

 

-       Faire bilan prŽcis des impasses, voire des Žchecs.

Il importe dĠabord de ne pas confondre les deux : lĠexploration dĠune voie implique le risque de dŽcouvrir quĠelle constitue une impasse ; mais pour le savoir, encore aura-t-il fallu le courage de sĠy engager et de lĠexplorer mŽthodiquement.

SĠadosser aujourdĠhui au savoir (nŽgatif) que nos prŽdŽcesseurs nous lguent [1] peut, si on le veut, se retourner en capacitŽ (cette fois positive) de prendre mesure de ce quĠon ne sait pas encore.

 

En ce point, les mathŽmatiques nous dispensent une lumire sans pareil.

LĠalgbre moderne (celle de Galois) a su reprendre lĠalgbre classique (celle dĠAl-Khaw‰rizm” puis de Descartes) au point mme de son impasse (buter sur la rŽsolution algŽbrique de certaines Žquations). Il fallut pour cela inventer une mesure de ce quĠon ne savait pas dĠun inconnu dŽterminŽ - jusque-lˆ, lĠŽquation algŽbrique prenait simplement mesure de ce que lĠon savait de lĠinconnue dŽterminŽe x ; le groupe algŽbrique va dŽsormais mesurer ce que lĠon ne sait pas du nouvel inconnu dŽterminŽ (la rŽsolubilitŽ algŽbrique de lĠŽquation). Ce faisant, Galois formalise algŽbriquement un nouvel espace de pensŽe apte ˆ traiter comme telle lĠimpasse de lĠŽquation.

Point pour nous tout ˆ fait remarquable : lĠimpasse algŽbrique de lĠŽquation nĠest ainsi ni ignorŽe (par abandon-dŽplacement), ni effacŽe (par destruction-reconstruction) [2] mais assumŽe comme telle et ressaisie comme le lieu mme sur lequel Ždifier une nouvelle problŽmatique algŽbrique (celle du groupe). Ainsi lĠimpasse perdure [3] mais subsumŽe par une nouvelle connaissance des raisons pour lesquelles elle est telle. Autrement dit, lĠalgbre a rŽsolu le problme en dŽmontrant quĠil Žtait sans solution : en comprenant donc pourquoi il y a bien nŽcessairement impasse, lĠŽnonciation opre bien ici la rŽsolution dĠun ŽnoncŽ sans solution[4]

 

SĠil sĠagit donc de ne pas confondre impasses et Žchecs, notre directive sera : rŽexaminer les diffŽrents Žchecs qui psent sur notre prŽsent pour y dŽterminer de quelles impasses prŽcises ces Žchecs relvent.

 

-       ĉtre en capacitŽ rationnelle de dŽcider o et comment recommencer.

Notre enjeu vŽritable se situe en ce point puisque, comme lĠexemple prŽcŽdent de lĠalgbre le met au jour, le diagnostic sur lĠimpasse nĠa dĠintŽrt que sĠil profile une dŽcision dĠintervention.

Et cette fois, ce sera du c™tŽ de la philosophie que nous pourrons nous tourner.

 

Kierkegaard a thŽorisŽ une reprise qui nĠest pas une pure et simple rŽpŽtition mortifre mais une recrŽation, autant dire une renaissance, voire une rŽsurrection.

En particulier, il nous livre une piste fŽconde quĠil nomme rŽduplication et dont il nous donne un paradigme, prŽlevŽ chez Pascal : pour parler en vŽritŽ de lĠhumilitŽ, il faut en parler humblement ; sinon, cette parole ne sera que du semblant : elle constituera peut-tre un savoir Ç objectivant È sur lĠhumilitŽ, mais ce sera alors un savoir mort sur une subjectivitŽ vivante, lˆ o une vŽritable connaissance de la subjectivitŽ Ç humilitŽ È passe par une Žnonciation intŽriorisant la subjectivation en question. [5]

 

Reprendre, cĠest donc aussi rŽdupliquer les questions qui nous sont lŽguŽes par les impasses dont nous nous dŽclarons les hŽritiers. [6] En ce sens, nĠest susceptible de vraiment dŽclarer une impasse que celui qui sĠen dŽclare lĠhŽritier pour dŽcider, ici et maintenant, o et comment recommencer dĠavancer puisquĠil nĠy a gure vŽritablement dĠimpasse pour qui ne veut se dŽplacer, pour qui se satisfait de lĠŽtat des choses et plaide la naturalitŽ indŽpassable du Ç il y a È constatŽ : il nĠy a pas dĠimpasse pour lĠhabitant comblŽ de la caverne de Platon !


 

Au total, il sĠagira, dans cette semaine, dĠexaminer ensemble que reprendre et comment le reprendre ; et, pour commencer, de dŽcider de quelles impasses nous nous dŽclarons les hŽritiers.

Par exemple :

-       reprendre une modernitŽ musicale (de Schoenberg  ˆ Boulez) ?

-       reprendre une modernitŽ cinŽmatographique (de Resnais-Bresson ˆ Godard-Straub) ?

-       reprendre une modernitŽ picturale (de Klee ˆ Soulages) ?

-       reprendre une modernitŽ politique (de Marx ˆ Mao) ?

-       É

 

 

Pour autant, nous nĠavons pas le culte des impasses et nous nous dŽclarons tout Žgalement les hŽritiers des victoires qui se sont affirmŽes dans la pensŽe depuis cinquante ans : les mathŽmatiques modernes nous en fournissent par brassŽes (nous en exposerons certaines lors des sŽances matinales dĠŽtude), mais Žgalement la philosophie contemporaine avec son Žtonnante reprise crŽatrice des antiques questions mŽtaphysiques et sa rŽsurrection des concepts de Sujet et de VŽritŽ.

 

DĠo notre mot dĠordre : Ç reprendre, au lieu mme des impasses dont nous nous dŽclarons les hŽritiers, ˆ la lumire des victoires dans les mathŽmatiques modernes et ˆ lĠombre des reprises crŽatrices dans la philosophie contemporaine È.

Planning

 

 

mardi 8

(fŽriŽ)

mercredi 9

jeudi 10

(Ascension)

vendredi 11

samedi 12

dimanche 13

10h

ƒtude

Maths

Maths

PoŽsie

Architecture

Peinture-Sculpture

Maths

Maths

 

11h

Politique

Politique

Politique

Politique

12h

Atelier

5 ateliers

5 ateliers

5 ateliers

5 ateliers

13h

dŽjeuner

 

 

 

 

 

14h30

Atelier

5 ateliers

5 ateliers

PoŽsie

Architecture

Peinture-Sculpture

5 ateliers

Politique

CŽrŽmonie

16h

 

Rencontre

Rencontre

Rencontre

17h30

pause

 

 

 

 

 

Pot

18h

Spectacle

Jazz

[ ˆ dŽterminer ]

HŽtŽrophonie

ThŽ‰tre

Film

19h

d”ner

 

 

 

 

 

 

19h15

Pot

A.G.

A.G.

A.G.

A.G.

 

20h45

 

 

 

 

 

 

21h

SoirŽe

Ouverture

Atelier-Concert

Film

ThŽ‰tre

Politique

 

 [ Ateliers : Architecture - ChÏurs (parlŽ/chantŽ) – CinŽma – ThŽ‰tre ]

 

CafŽtŽria

Grande salle

Petite salle

(lieu ˆ prŽciser)

CinŽma

Le Studio

CRR 93

GROUPES DE TRAVAIL

Ateliers : CinŽma

PrŽsentation de lĠatelier

 

Notre point de dŽpart, cĠest les annŽes 68, cĠest-ˆ-dire la sŽquence qui court du dŽbut des annŽes 60 jusqu'ˆ la fin des annŽes 70. Nous cherchons ˆ savoir ce qui sĠest jouŽ dĠimportant dans le cinŽma de cette pŽriode et prendre la mesure des enjeux de ce quĠon peut appeler modernitŽ cinŽmatographique. Nous voulons le faire par le cinŽma lui-mme, cĠest-ˆ-dire par des films, des montages, des projections publiques. Montage dĠextraits de films de cette Žpoque, en les confrontant ˆ ceux qui se fabriquaient avant eux, comme ˆ ceux qui se fabriquent aujourdĠhui. Faire ce travail pour commencer ˆ penser, par des rapports spŽcifiquement cinŽmatographiques, ce que nous pourrons faire demain. Notre proposition en somme est dĠamorcer ˆ cette occasion nos propres histoires du cinŽma, mais cette fois de faon collective, et de plus avec la conviction que le cinŽmatographe, loin dĠtre dans son dŽclin comme le prophŽtise Godard, est au contraire encore capable de produire des rebondissements dŽcisifs.

Certains des films produits du dŽbut des annŽes 60 jusquĠˆ la fin des annŽes 70 ont ŽtŽ en rupture avec ce qui se faisait avant eux. Nous pensons que cĠest dans les ruptures que lĠon voit le mieux ce qui fait la spŽcificitŽ dĠun art, que les traces laissŽes par ces inflexions dŽcisives ne peuvent quĠintŽresser notre temps, que celui-ci a besoin de ces traces pour inventer de nouveaux chemins cinŽmatographiques.

Notre idŽe est que sur tous les points importants du cinŽma de la modernitŽ - cĠest-ˆ-dire les questions de production, les rapports entre politique et cinŽma, lĠinvention dĠun regard et dĠune Žcoute dĠun genre nouveau, et enfin le rapport quĠentretient le cinŽma avec les autres arts — nous pouvons et devons aujourdĠhui faire un pas de plus.

Cet atelier, qui se dŽroulera tout au long de la semaine HŽtŽrophonies/68, proposera ˆ tous ceux qui veulent y participer de ne pas se rŽsigner ˆ poursuivre sa carrire de fabriquant solitaire de films, comme celle de spectateur atomisŽ. Dans ces moments de projection et dĠŽtude, cinŽastes et spectateurs seront invitŽs ˆ se rŽapproprier les questions que pose le cinŽma des annŽes 68, avec lĠespoir quĠen rapprochant rŽellement des gens, des images et des sons, pourront surgir des idŽes inŽdites permettant dĠentrevoir un cinŽma ˆ venir.

 

Voici donc quatre orientations de travail.

 

1. Ë partir de lĠannŽe 68, la production, cĠest-ˆ-dire la fabrication des films, nĠest plus rŽservŽe aux personnes sorties dĠŽcoles spŽcifiques et professionnalisantes mais devient lĠaffaire des gens qui sĠintŽressent au cinŽma depuis un autre point. Les films les plus dŽcisifs de cette pŽriode naissent de gens frŽquentant assidžment des cinŽmathques, des cinŽ-clubs et des salles de cinŽma. DorŽnavant, cĠest du point du spectateur, cĠest-ˆ-dire du regard, de lĠŽcoute et de la diffusion, que des films se penseront et se fabriqueront. Paralllement, na”tront des films issus des usines, fabriquŽs par des gens convaincus que les outils de production cinŽmatographique peuvent tre appropriŽs par nĠimporte qui, par tous ceux qui croient quĠil est possible, par le cinŽma, de penser le monde dans lequel on vit et dans lequel des inŽgalitŽs violentes se font jour. Appara”tront aussi des films pauvres, venus des pays pauvres, luttant contre le cinŽma international et colonial avec une violence et une libertŽ absentes des productions prŽcŽdentes.   

Le cinŽma, art populaire depuis son invention, destinŽ ˆ tous, conna”t donc une rupture dŽcisive dans les annŽes 60/70 : ce sont ˆ prŽsent les regardeurs eux-mmes qui sĠapproprient les moyens de production. Les ouvriers, les paysans en lutte, les gens sans qualitŽs inventent une nouvelle Žcriture cinŽmatographique, en dŽpensant souvent, comme le prŽdisait Bresson, leurs dernires ressources pour fabriquer des films.

Qu'en est-il aujourdĠhui de la production cinŽmatographique ? Qui sont ceux qui inventent de nouvelles faons de fabriquer des films ?

 

2. Nous explorerons les rapports singuliers quĠentretiennent les films de cette pŽriode avec la politique. Rapports de coopŽration, dĠindiffŽrence, de confrontation, de soumission. Ce cinŽma, malgrŽ les apparences, ne rejoue pas ˆ cette occasion ce quĠavaient trouvŽ les films russes des annŽes 20. En sĠy rŽfŽrant pourtant par les diffŽrents noms des groupes qui surgissent ˆ ce moment-lˆ, Groupe Dziga Vertov, Groupe Medvedkine, ce cinŽma des annŽes 68 complexifie les rapports entre cinŽma et politique, en inventant des nouvelles faons dĠtre contemporain aux ŽvŽnements de lĠŽpoque.

Comment penser cette question aujourdĠhui, quelle est lĠactualitŽ de ces rapports ? Quel type dĠespoir, de mot dĠordre, dĠaffirmation sur le prŽsent et sur lĠavenir, les films seraient-ils encore capables de porter pour trouver une faon juste de se tenir ˆ hauteur de notre temps ?  

 

3. Il est question de comprendre quel type de regard et dĠŽcoute sĠinvente avec le cinŽma moderne. Il est Žvident que ce regard et cette Žcoute ne sont plus de mme nature que ceux qui se constituent devant un film du cinŽma Ç classique È et dont les films de suspense dĠHitchcock en sont lĠaboutissement le plus perfectionnŽ. Rapports disjonctifs entre image et son, renversement complet de la narration cinŽmatographique,  distanciation, rapport au temps renouvelŽ, proximitŽ du geste cinŽmatographique de lĠauteur avec le travail du spectateur dans la salle, remplacent de faon radicale ce qui existait avant, cĠest-ˆ-dire montage successif commandŽ par lĠaction des personnages, identification du spectateur avec lĠacteur du film, une certaine forme d'hypnose, l'indiffŽrence relative face ˆ la spŽcificitŽ du geste cinŽmatographique au profit de lĠhistoire et de lĠintrigue.

Alors se pose pour nous la question de savoir comment renouveler ce regard et cette Žcoute aujourdĠhui ? Tout en poursuivant certaines avancŽes des films modernes, se demander par exemple sĠil est possible dĠŽtendre cette notion de spectateur jusquĠˆ lĠidŽe dĠune unitŽ paradoxale : un public de cinŽma – qui ne se rŽduirait pas ˆ une addition, somme toute inconsistante, d'individus spectateurs. Un peuple de cinŽma ?

 

4. Nous proposons de mettre en application toutes ces questions en constituant en amont de la semaine HŽtŽrophonies/68 une Žquipe de gens dĠaccord pour monter, prendre des sons, jouer, filmer les diffŽrents ŽvŽnements qui seront organisŽs pendant la semaine, puis restituer, au fur et ˆ mesure, cinŽmatographiquement, certains des enjeux qui surgiront ˆ cette occasion. Tout cela en y introduisant un biais que lĠon pourrait appeler  fiction cinŽmatographique. Ce travail, qui accompagnera la semaine et qui sera rŽgulirement prŽsentŽ lors de ses assemblŽes, sera une faon de faire valoir lĠŽgalitŽ qui existe entre le cinŽmatographe et les autres arts. Le cinŽma nĠest plus depuis les annŽes 68 un art total, synthse de tous les autres comme lĠavaient espŽrŽ les cinŽmas soviŽtique et hollywoodien, mais un art autonome capable de rŽsonner de faon Žgalitaire avec les autres disciplines.

ƒtudes : Politique

 

Andrea Cavazzini : Ç Italie È

 

1.     La pŽriodisation ŽvoquŽe dans La Horde dĠor nĠest pas la meilleure possible pour dŽgager les enjeux majeurs de la sŽquence, laquelle prŽsente une analogie partielle avec la Chine : en Italie aussi, la pŽriode dŽcisive sĠŽtale au long des annŽes 1960, les trois ans 1967-1969 reprŽsentant un point culminant de la sŽquence des problŽmatisations et des inventions, mais aussi un tournant ˆ partir duquel le prolongement des acquis des annŽes 1960 coexiste dĠune manire trs conflictuelle avec leur renversement/occultation.

 

2.     Si lĠon prend comme fil conducteur le problme dĠune rŽflexion explicite sur la RŽvolution, on peut faire commencer la sŽquence italienne en 1956 (fin de la Guerre Froide, dŽbut de la Ç dŽstalinisation È). CĠest le moment o un dŽbat explicite peut commencer sur le bilan dĠoctobre 1917 et de ses consŽquences, sur la pŽriode stalinienne, sur lĠURSS etc., dŽbat qui peut se rŽsumer par la question suivante : quĠest-ce que Ç rŽvolution È peut bien vouloir dire aujourdĠhui ? La date Ç 1956 È est dĠautant plus pertinente que les protagonistes eux-mmes de cette sŽquence politique la tenaient pour la date dŽcisive dans la constitution de la Ç Nouvelle Gauche È (nom gŽnŽrique qui dŽsigne les subjectivitŽs politiques identifiŽes par cette sŽquence). LĠidŽe sera donc de concentrer notre attention et notre travail en gros sur la pŽriode des annŽes 1960.

 

3.    Sans vouloir rŽsumer un dŽbat idŽologique et une situation politique dont la complexitŽ est Žnorme, on retiendra le schŽma suivant.

Le bilan critique de la RŽvolution dĠOctobre et de lĠexpŽrience soviŽtique ainsi que la confrontation avec la situation internationale aboutissent aux points suivants, censŽs qualifier les coordonnŽes dĠune pratique politique rŽvolutionnaire dans la conjoncture de lĠŽpoque :

a.     Critique des organisations traditionnelles (PC) et de leur r™le de Ç reprŽsentation È des classes et des masses dans la sphre politique : la question de lĠorganisation nĠest pas ŽvacuŽe suivant une logique Ç spontanŽiste È mais elle doit tre vŽrifiŽe pratiquement dans un rapport organique avec ce que les classes laborieuses, les masses exploitŽes, etc. rŽellement font et pensent (dĠo la centralitŽ des pratiques dĠEnqute). Donc, primat de la liaison directe avec les masses par rapport aux appareils politiques.

b.    CentralitŽ de la prise en main et de la transformation de situations gŽnŽralement considŽrŽes comme non-politiques ou non-modifiables (lĠorganisation de lĠusine, lĠƒcole, lĠUniversitŽÉ - ensuite ce sera le travail domestique, la mŽdecine, la psychiatrie, le logementÉ) : donc primat de lĠinvention de nouvelles manires dĠorganiser la vie et de critiquer les hiŽrarchies et les r™les.

c.     Refus de lĠidŽe Žvolutionniste selon quoi la condition du Ç socialisme È et/ou du Ç communisme È serait le dŽveloppement Žconomique capitaliste – dĠo la critique de la neutralitŽ de la technique industrielle et la centralitŽ des expŽriences politiques des pays du Ç Tiers-Monde È ou Ç sous-dŽveloppŽs È (Chine, Cuba, les luttes anticolonialesÉ) ; dĠo aussi la recherche des points de rupture et des foyers de conflictualitŽ lˆ o le capital semble pouvoir garantir lĠordre social en accordant des politiques sociales-dŽmocrates ou une augmentation du bien-tre Žconomique (luttes ouvrires dans les secteurs les plus avancŽs de la grande industrie, ˆ partir de 1962, dŽbouchant sur lĠÇ automne chaud È de 1969).

d.    Refus de la Ç coexistence pacifique È et du partage du monde en zones dĠinfluence par USA et URSS ; dĠo la sympathie pour la Chine dans le conflit sino-soviŽtique et en gŽnŽrale pour lĠexpŽrimentation de voies alternatives au modle soviŽtique.

 

4.    On peut donc rŽsumer ainsi ce qui semble tre lĠapport des annŽes 1960 en Italie concernant la reformulation de lĠidŽe de Ç rŽvolution È :

a.     la rŽvolution implique le primat de lĠenqute et de la liaison directe ;

b.    la rŽvolution implique la transformation directe des situations et des rapports sociaux ;

c.     la rŽvolution implique le refus de lĠidŽologie du progrs, des Ç Žtapes È obligatoires et des philosophies de lĠhistoire Žvolutionnistes ;

d.    la rŽvolution implique le refus des ƒtats-guides et la lŽgitimitŽ des expŽriences Ç locales È.

 

5.     On peut alors gŽnŽraliser ultŽrieurement et articuler, au moins partiellement, ces points ˆ des catŽgories plus gŽnŽrales. LĠexpŽrience italienne semble montrer assez clairement lĠimportance des questions liŽes ˆ la pluralitŽ des foyers, des pratiques, des organisations etc., et aussi la difficultŽ de rŽaliser pratiquement leur unitŽ. Elle montre Žgalement lĠimportance dŽcisive dĠune temporalitŽ qui nĠest pas celle de lĠinsurrection ou des grands rassemblements de masse mais qui sĠinscrit dans la transformation profonde – et parfois dans lĠinertie ou dans les blocages – des situations singulires et de leur Ç tissu È molŽculaire.


 

Composantes : PoŽsie

 

PrŽsentation de la journŽe : Facettes des pomes

 

Lors de la semaine HŽtŽrophonies/68, la poŽsie fera, le jeudi 10 mai, une incise dans le monde du thŽ‰tre en tenant, sur scne, un montage de lectures.

Lors du sŽminaire du samedi 27 janvier, les orientations de ce spectacle seront explicitŽes.

 

Il sĠagira de se tenir sur la singularitŽ de lĠŽmancipation, point dĠindiffŽrenciation entre un pour tous et un pour nĠimporte qui. Ce qui se traduira en poŽsie sous deux modalitŽs compatibles mais disjointes :

   Du c™tŽ du pour tous, lĠidŽe que la poŽsie existante est ˆ saisir par les non-potes, et que cette saisie donne la possibilitŽ dĠun unisson inaccessible aux potes seuls. Cela sera formalisŽ par la mise en bouche de pomes, telle quĠen particulier lĠatelier ChÏur parlŽ compte lĠexplorer. Mais aussi : quels collectifs appellent les pomes ? Quelle consistance du collectif y est donnŽe ˆ lire ?

   Du c™tŽ du nĠimporte qui, lĠidŽe que nous voulons un pome de notre temps, et que ce vouloir est portŽ par la pratique poŽtique ; vouloir dont lĠŽgalitŽ des intelligences nous enseigne quĠelle est accessible ˆ nĠimporte qui. Cela passe en particulier par le pome Žcrit, rappel du Ceci tuera cela de Victor Hugo ; ou encore Žvocation de ces bibliothques dĠouvriers constituŽes feuille par feuille, si lĠon en croit la description donnŽe dans La nuit des prolŽtaires : fragments de livre dans les feuilles dŽchirŽes des sacs de lentilles, papiers ramassŽs par terre sur lesquels on lit AthalieÉ

 

Cette singularitŽ de lĠŽmancipation sera symbolisŽe par un nouage endogne aux pomes, celui entre ces diffŽrentes facettes :

   pour la mŽmoire et par la rŽcitation, par le tŽmoignage;

   par la voix et pour lĠoreille;

   par la page et pour lĠÏil;

   par la traduction et pour les langues.

SƒMINAIRE HŽtŽrophonies/68

Samedi 25 novembre 2017 – ThŽ‰tre La Commune (Aubervilliers)

MathŽmatiques

 

Franois Nicolas : La longue marche des modernitŽs [7]

(ou : ce que les Ç maths modernes È peuvent nous apprendre aujourdĠhui en matire de modernitŽs)

 

Ç Il est des conjonctions heureuses qui profitent ˆ la fois ˆ la littŽrature, ˆ lĠart et aux hommes.

  La fertilitŽ est leur rŽsultat et la beautŽ leur franchise. È

RenŽ Char (1967)

 

RŽsumŽ

On commencera en se demandant : que penser aujourdĠhui des diffŽrentes tentatives, menŽes au cours des annŽes 60, pour que la mathŽmatique dite moderne devienne pour tous et pour chacun ?

On partira pour ce faire de trois expŽriences :

   la sŽrie (six livres) MathŽmatique moderne de Georges Papy (1961É) ;

   le livre LĠenseignement de la gŽomŽtrie de Gustave Choquet (1964) ;

   la rŽforme Lichnerowicz dite des maths modernes (1967É).

 

On se demandera dĠabord ce que Ç les maths modernes È ont de spŽcifiquement moderne.

Pour traiter de ce point, on prendra appui sur lĠalgbre : lĠalgbre moderne (nŽe ˆ Paris au XIXĦ avec Galois) formalise ce que lĠalgbre classique (nŽe ˆ Bagdad au IXĦ avec Al-Khaw‰rizm”) avait elle-mme formalisŽ de lĠarithmŽtique et de la gŽomŽtrie – dĠo les groupes (de Galois) formalisant les Žquations (algŽbriques).

On avancera que cette modernitŽ se prŽsente ainsi comme rŽduplication (kierkegaardienne) de sa propre formalisation, et quĠune telle hypothse pourrait avoir quelque portŽe plus vaste : en peinture par exemple, Klee ne sĠattache-t-il pas ˆ rŽdupliquer la formalisation hŽritŽe dĠune perspective nŽe ˆ Sienne ˆ partir du XIVĦ par extension de la notion de figure (de Ç figurative È ˆ abstraite È) ?

 

On se demandera ensuite pourquoi ces tentatives ont ŽchouŽ, sĠensablant dans les annŽes 70 comme sĠy sont ensablŽes bien dĠautres tentatives dĠŽmancipation.

On examinera pour ce faire comment nos trois expŽriences se rapportent au principal marqueur de la modernitŽ mathŽmatique : lĠaxiomatisation (o les dŽcisions de pensŽe viennent relativiser des naturalitŽs supposŽes absolues).

On analysera leur diversitŽ selon la manire dont chacune rŽpond ˆ la question : quĠest-ce que faire des mathŽmatiques (sĠil est vrai que, comme la politique, la musique ou lĠamour, la mathŽmatique doit avant tout se faire) ? Plus gŽnŽralement, comment transmettre la singularitŽ dĠun faire ˆ partir dĠun dire ? O la rŽforme institutionnelle Ç des maths modernes È en France appara”t sĠtre dŽvoyŽe en rŽduisant progressivement la pensŽe des maths modernes ˆ de nouveaux jeux de langage.

 

On prŽcisera ainsi les enjeux dĠun tel exposŽ dans le cadre, a priori incongru, de HŽtŽrophonies/68.

   On constatera lĠexistence de plusieurs modernitŽs spŽcifiques (moins successives que simultanŽes puisque propres aux diffŽrents domaines de pensŽe – entre autres aux diffŽrents arts).

   On examinera leurs raisonances-Žchos-interactions composant ce quĠon proposera de nommer une hŽtŽrophonie des modernitŽs (par coopŽration-rivalitŽ-indiffŽrence des orientations).

   On sĠappuiera ici sur le livre Le pays fertile (1989) consacrŽ par Boulez ˆ la peinture et ˆ lĠintellectualitŽ picturale de Klee.

   On rapportera ce faisceau des modernitŽs ˆ celui des classicismes contre lesquels elles se sont affirmŽes. On se demandera en particulier comment une modernitŽ donnŽe entreprend de rŽvolutionner son propre classicisme : par destruction-remplacement, par abandon-dŽplacement, et/ou par adjonction-extension ?

   Last but not least (en un sens, il sĠagit ici du principal enjeu de ce travail) : on confrontera cette hŽtŽrophonie des modernitŽs (artistiques, politiques, mathŽmatiquesÉ) aux orientations nihilistes qui, depuis quarante ans, veulent rendre hŽgŽmoniques, sous le signe dĠabord dĠun Ç post-modernisme È puis dĠun Ç contemporanŽisme È, leurs propres rŽponses aux impasses actuelles de diffŽrentes modernitŽs.

 

Au total, comment aujourdĠhui, ˆ la lumire des mathŽmatiques, sĠorienter selon une pensŽe vive et crŽatrice dans les oppositions entre retour nŽoclassique, fuite en avant contemporanŽiste et reprise moderne au prŽsent ?

 

 

Quelques thses rŽcapitulatives

 

HŽtŽrophonie

1.     LĠhŽtŽrophonie, excluant lĠantagonisme (o les camps nĠont rien en commun, pas mme des questions [8]), constitue un collectif dont les diffŽrentes voix partagent une mesure commune [9].

2.     La mesure commune aux diverses voix dĠune hŽtŽrophonie tient au partage dĠune mme problŽmatique, soit de questions communes rendant ainsi diffŽrentes rŽponses commensurables.

 

MathŽmatiques

1.     Comme pour tout autre domaine de pensŽe (politique, musique et poŽsie, peinture et thŽ‰tre, amourÉ [10]), on ne comprend les mathŽmatiques quĠen en faisant.

2.     Faire des mathŽmatiques constituent une Žcole de libertŽ si, avec elles, on appelle libertŽ lĠŽpreuve de lĠindistinction entre dŽtermination implacable et invention indŽfiniment renouvelable. Les mathŽmatiques nous encouragent ce faisant ˆ ne pas cŽder la notion de libertŽ au libŽralisme et ˆ mesurer toute libertŽ ˆ la libertŽ mathŽmatique [11]. Ë la lumire des libres mathŽmatiques, toute libre pensŽe sĠattache ainsi ˆ faire passer lĠidŽe intuitionnŽe par la discipline dĠune formalisation spŽcifique. Posons donc que la libertŽ est la capacitŽ de phraser une nŽcessitŽ. [12]

 

ModernitŽ mathŽmatique

1.     La modernitŽ mathŽmatique sĠest ŽlaborŽe au cours du XIXĦ sicle contre - tout contre - la mathŽmatique classique, et ce simultanŽment par reconstruction (Dedekind-Cantor), abandon-dŽplacement (Cauchy [13]) et adjonction-extension (Galois).

2.     La modernitŽ mathŽmatique est une longue marche, pŽriodisŽe par Žtapes, et ne se rŽduit nullement ˆ une seule sŽquence.

3.    En algbre, la seconde Žtape (celle de la modernitŽ mathŽmatique proprement dite) se prŽsente comme rŽduplication de la premire (du classicisme donc), par extension de la propriŽtŽ examinŽe ˆ la mŽthode mme dĠinvestigation : ainsi, avec Galois, il ne sĠagit plus seulement de mesurer ce que lĠon conna”t de lĠinconnu mais de mesurer ce que lĠon ne conna”t pas de lĠinconnu, lĠŽnonciation se disposant ce faisant ˆ lĠaune de lĠinconnu que traite son ŽnoncŽ.

 

Autres modernitŽs

1.     Il y a une hŽtŽrophonie des modernitŽs plut™t que monophonie (ou homophonie) dĠune Ç ModernitŽ È.

2.     Les diffŽrentes longues marches des autres modernitŽs (politique, musicale, picturale, cinŽmatographique, poŽtiqueÉ) passent aujourdĠhui par un nouvelle Žtape dont le principal pŽril est ce nihilisme activiste quĠon peut nommer contemporanŽisme (celui qui pose : Ç considŽrant quĠon ne peut plus rien faire de ce quĠon faisait jusquĠici, et plut™t que de ne rien faire, faisons du rien ! È).

3.    Hypothse : stratŽgiquement orientŽe contre le contemporanŽisme, chaque modernitŽ peut envisager des alliances tactiques avec son propre nŽo-classicisme (lequel nĠest nullement le nihilisme passif de lĠacadŽmisme).

4.    Les diffŽrentes intellectualitŽs [14] propres aux diffŽrentes modernitŽs sont autant de tentatives pour formaliser, dans la langue vernaculaire, les enjeux propres de chaque longue marche.

Peinture

 

ƒric Brunier : Le tableau, encore ?

 

QuĠarrive-t-il aux formes plastiques autour de 68 ? QuĠen est-il de lĠart de la peinture (et de la sculpture) en 68 ? QuĠen comprendre et quĠen retenir aujourdĠhui ?

 

1.     On partira de lĠindistinction contemporaine (au niveau institutionnel, en 1969 exactement) sous le nom dĠarts plastiques de la peinture et de la sculpture. On opposera ˆ cette indistinction lĠidŽe que la peinture et la sculpture travaillent des formes plastiques qui leur sont propres. On tiendra donc que la peinture faonne la couleur et le trait sur un support plat pour produire des Ïuvres. Appelons le rŽsultat de cette opŽration un tableau.

 

2.     On reformulera lĠidŽe contemporaine Ç on a touchŽ au tableau È par lĠaffirmation moderne : Ç on a touchŽ ˆ la figure È. On verra ainsi que lĠŽvŽnement moderne nĠest pas tant le nihilisme du tableau, que sa reformulation moderne. Au passage on proposera de comprendre moderne et contemporain moins comme des pŽriodes que comme des tendances ou des forces ; les forces constructives et affirmatives sont modernes quand les forces destructives et nŽgatives sont contemporaines. SĠagissant de la pŽriode Moderne on la notera dĠune majuscule. Il sĠavre que lĠopposition entre moderne et contemporain a commencŽ, au sujet du tableau, ds lĠŽpoque Moderne, ce quĠincarne ˆ mon sens lĠopposition entre Manet et CŽzanne. (Mais il semble en aller de mme en poŽsie o Baudelaire ˆ lui seul incarnerait cette opposition par la rŽŽcriture contemporaine des modernes Fleurs du Mal.)

 

3.    La prŽtendue dislocation Moderne du tableau est en fait une dislocation moderne de la figure sous lĠeffet dĠune nouvelle manire de faonner la couleur. On dŽveloppera cette idŽe ˆ partir dĠune sŽrie de tableaux ayant pour sujet la mer et la vague (Delacroix, Courbet). On verra alors que cette nouvelle peinture invente un nouveau regard.

 

4.    Pour comprendre cette relation entre le tableau et le regard, il faut une dŽfinition dialectique et dynamique du tableau. On la cherchera du c™tŽ de la Renaissance (XIVe et XVe s.) ˆ partir de laquelle on cherchera ˆ formaliser ce quĠest un tableau, quels sont ses moyens et sur quoi il opre. Ainsi on pourra voir que la formalisation Moderne du tableau intervient dĠabord par dŽplacement (abandon de la perspective et dŽplacement de la peinture vers la couleur).

 

5.     On terminera par une sŽquence plus proche de nous (du cubisme jusquĠˆ aujourdĠhui), o des tentatives de synthse de la perspective et de la couleur ont eu lieu, qui inventaient une nouvelle forme de tableau. On en donnera quelques exemples.

 

6.    Enfin on donnera quelques illustrations du mur hŽtŽrophonique de peintures.

 

 

Prochaines sŽances

 

 

SŽminaire HŽtŽrophonies/68 - ThŽ‰tre La Commune dĠAubervilliers

Samedi 10h-13h / 15h-18h

 

   27 janvier 2018 : PoŽsie, Architecture

   17 fŽvrier 2018 : ThŽ‰tre, Musique

   31 mars 2018 : CinŽma, AmŽrique latine

   21 avril 2018 : Italie, Politique



[1] ParmŽnide nĠa-t-il pas voulu transmettre un tel type de savoir lorsquĠil prescrivait sa cŽlbre double nŽgation : Ç Ne tĠengage pas dans lĠimpasse du non-tre ! È ?

[2] LĠintroduction du corps des nombres complexes ouvre de telles possibilitŽs.

[3] Cette impasse se dit techniquement : non-rŽsolubilitŽ par radicaux des Žquations algŽbriques de degrŽ supŽrieur ou Žgal ˆ 5.

[4] Ce type de rŽsolution nĠŽquivaut-il pas ˆ la rŽsolution de qui, osant se lever seul pour protester (Ç En tous les cas, pour ma part, je ne mangerai pas du pain de lĠoppression ! È), ose affirmer un No pasaran !

[5] On peut soutenir quĠune telle unitŽ dialectique de lĠŽnonciation et de lĠŽnoncŽ prononce alors, contre le jeu ricaneur du post-modernisme : Ç il nĠy a pas de second degrŽ ! È

[6] De la mme faon, on avancera que Galois Ç rŽduplique È algŽbriquement lĠinconnu puisque lĠŽnonciation sur lĠinconnue (lĠŽquation sur x) va assumer de se disposer elle-mme sous le signe de lĠinconnaissable quĠelle Žtudie (la structure-Žquation est ŽtudiŽe dŽsormais comme lieu dĠinconnaissance intrinsque concernant sa rŽsolubilitŽ sur son corps de dŽfinition). Ce faisant, la rŽduplication engage une extension affirmative de lĠalgbre puisquĠelle dŽgage la positivitŽ algŽbrique - le groupe – prenant dŽsormais mesure exacte de lĠimpasse algŽbrique comme telle – la non-rŽsolubilitŽ algŽbrique de lĠŽquation.

[7] Cf. Grothendieck (1978-1982) : La longue marche ˆ travers la thŽorie de Galois

[8] LĠantagonisme ne constitue pas un partage entre rŽponses contradictoires mais entre problŽmatiques incompatibles et sans mesure commune.

[9] Ë ce titre, on peut dire quĠun collectif hŽtŽrophonique est archimŽdien.

[10] On laisse ici ouverte la caractŽrisation en propre dĠun Ç faire de la philosophie È, rendue dŽlicate par la difficultŽ particulire dĠy distinguer le dire du faire.

[11] Toute libertŽ doit tre commensurable ˆ la libertŽ mathŽmatique.

[12] On pourrait ajouter cette caractŽrisation : la libertŽ sĠindexe dĠune indiscernabilitŽ locale entre intelligible et sensible.

[13] Cf. abandon des infinitŽsimaux

[14] Une intellectualitŽ formalise, dans la langue, une rŽflexion sur un faire (quĠil ne faut alors pas confondre alors avec un dire philosophique).

On soutiendra alors un dŽveloppement des intellectualitŽs ˆ la lumire de la libertŽ mathŽmatique et ˆ lĠombre de la rigueur philosophique.