Les récits et les
comptes de la colonisation
Pays Intervention Fleuve. Le but de ce journal est de recueillir,
mettre en forme et faire circuler des récits. Il a recueilli pour l’instant des
récits de gens qui sont venus du Congo, du Cameroun, en France, du Rwanda au Congo puis en France... Ce
sont des moments de vie, de ce que de son propre parcours quelqu’un veut
partager avec les autres, et en même temps, à travers ce travail, la mise en
forme d’une pensée. C’est l’histoire de l’intérieur. Quelqu’un raconte son
histoire et son récit se tisse avec un autre. L’idée du journal est de
recueillir et de diffuser ces récits. A quoi on pense : au problème
d’engager enfin les comptes du colonialisme pour de vrai. Au travers des récits
on peut construire l’histoire du point de vue de l’intérieur, faire exister ce
qui est arrivé aux gens.
L’histoire coloniale, affreuse et terrible, n’est pas vieille, parfois même très
récente : 150 ans en gros que les riverains du fleuve Congo ont vu arriver
les envahisseurs (et certainement personne ne les avait appelés, puisque les
gens ne savaient même pas qu’ils existaient).
« Je ne crois
pas qu’un pays soit indépendant » dit un récit de Pays Intervention
Fleuve.
Le colonialisme perdure, banditisme pillage misère. Il y a quelques semaines,
Sarkozy a fait sa tournée Afrique et le journal Le Monde titrait :
« La France investit dans l’uranium du Congo. La France prospecte les
mines d’uranium africaines. Paris entend garantir l’approvisionnement du parc
français des centrales nucléaires ». Quand donc seront garantis la nourriture
l’eau la lumière pour les peuples d’Afrique, à quand donc les centrales
nucléaires africaines ?
La question coloniale
n’est pas encore traitée. On se demande s’il est possible de commencer à faire
les comptes Quand les peuples d’Afrique se lèveront-ils pour s’emparer de leurs
pays et réclamer leur dû ?
Le moment de faire
les comptes
Sûrement beaucoup de
gens y ont pensé durant la période appelée de décolonisation. Alors c’est le
moment de reparler de ce qui s’est passé dans les années 50-60 :
décolonisation, le mot et l’acte des colonisateurs pour saper la libération.
Sous le couvert et sous le nom d’indépendance, la formation de faux États
(« à quelles conditions peut-on parler d’un Etat digne de ce
nom » ? PIF n°2 ) aux ordres (« il y a les donneurs d’ordre et
ceux qui reçoivent les ordres »), imposée par une violence terrible contre
tous ceux qui voulaient suivre leur propre voie : l’assassinat des
dirigeants africains potentiels capables et honnêtes qui avaient la stature
d’hommes d’Etat, la destruction directe des forces que les peuples africains
pouvaient construire de l’intérieur pour se défaire de la domination coloniale
et édifier leurs pays, le découragement et le renvoi des rares cadres qui
avaient pu être formés et qui auraient voulu servir leur pays.
Ce qui fait que le
cynisme d’un côté et le découragement de l’autre règnent. Le cynisme des pays
coloniaux, à commencer par la France, qui pressurent l’Afrique tout en considérant que « l’affaire est
réglée » et qu’ils sont dégagés de toute responsabilité vis-à-vis des
peuples envahis puis affamés et écrasés par la force, est aujourd’hui sans
bornes.
Sinon, comment serait-il possible
d’entendre parler de la
« dette des pays africains » ou de « leçons de
gouvernance » aux africains.
Le découragement
profond s’exprime sur la question des dirigeants possibles. Car, si quelqu’un
est honnête et veut servir son peuple, ou bien il doit s’inscrire dans la
clique des serviteurs coloniaux ou bien il sera assassiné, il n’y a pas
d’issue.
C’est bien pourquoi
il faut aller vers l’intérieur, construire un intérieur. Ça ne peut pas aller
de haut en bas. Nous pensons que c’est seulement de l’intérieur du peuple qu’on
peut faire les comptes, commencer à écrire les colonnes + et – du colonialisme.
Sans doute c’est une question
beaucoup trop grande si on prétend la voir d’en haut.
Tandis qu’elle peut
mûrir et devenir une question et des réponses par le travail de l’intérieur.
D’une histoire à une autre qui lui répond, le travail de fourmi des récits peut
commencer à établir les comptes et ce faisant construire un intérieur, une
unité.
On dit : il n’y
a pas d’unité entre les peuples, entre régions, ceux du sud et du nord, partout
la division rivalité et guerre. L’unité d’un pays peut-elle être le résultat du
découpage forcé de l’envahisseur ? Peut-on attendre du pillage et du mal
une unification ?, peuvent-ils faire autre chose qu’attiser les feux et
les répandre ? Tandis que par le récit se forge une unification. C’est le
petit qui peut créer et protéger le grand à venir.