Pays Intervention Fleuve: le journal, l'Afrique, la politique
Notre dernier papier s'appelait: les comptes de la colonisation et la question de l'indépendance
50 ans de non indépendance, chacun le sait. 50 ans de pillage, terre livrée au pillage, jusqu'à quand?
C'est pour longtemps, disent les gens
Oui, car il ne peut y avoir d'indépendance s'il n'y a pas d'État. Or, il n'y a pas d'État mais seulement des cliques de valets corrompus et derrière eux les firmes et leurs mercenaires, les pays riches et leurs soldats mercenaires et tueurs qui veillent à ce que continuent indéfiniment l'extraction des richesses et la prédation.
S'il n'y a pas d'États ce n'est pas par la fatalité africaine. Il faut revenir sur l'histoire des années 1950 1960, la première vague de lutte pour l'indépendance, la guerre sans merci qu'ont menée les colonisateurs pour empêcher que cette lutte ne débouche sur la création d'États dignes de ce nom, la longue liste des assassinats de tous les grands dirigeants africains honnêtes et capables de construire un État pour leur peuple. Chacun le dit, c'est évident, cette guerre, ils la continuent encore longtemps après la mort des Um Nyobe, Moumie, Lumumba, Keita, Sankara : ils veillent à écraser dans l'œuf tout ce qui dans la lignée de ces grands ancêtres veut faire vivre l'Afrique.
Notre idée de fourmi: travailler comme des fourmis justement, très loin de tout cela à l'intérieur du peuple, parmi les gens, et pour longtemps, très longtemps, c'est sûr, très loin le plus loin possible de ce qui s'appelle aujourd'hui gouvernements partis États. Nous pensons que c'est là, à l'intérieur du peuple, avec une organisation du peuple, des noyaux populaires très loin et par principe sans aucune relation avec tout ce qui prétend aujourd'hui s'appeler gouvernements partis États. C'est là qu'on peut commencer à travailler, jeter les bases pour construire des États dignes de ce nom. C'est pourquoi il est si juste de penser avec l'Idée de l'Afrique. Avec ce grand écart des simples gens et des petites situations à la grande Afrique, on s'établit dans la question des idées et des regroupements possibles.
C'est-à-dire partir de ce qu'on peut réfléchir et ce qu'on peut agir soi-même, ce que l'on peut faire dans l'immédiat, comme ce que nous vous proposons: participer à l'écriture et à la diffusion du journal Pays Intervention Fleuve, se réunir avec lui.
Autrement dit commencer quoi: commencer de la politique, c'est-à-dire un peu de discussion d'idées et un peu d'organisation du moment que c'est entre les gens et au loin de tout ce qui existe là-haut.
Le journal est fait de récits: des gens y livrent leur expérience de l'Afrique et du monde. Ils permettent petit à petit de reconstituer une carte des pays traversés qui donne à voir la situation actuelle et les possibilités d'une nouvelle Afrique. Par exemple dans le récit intitulé « Si en Afrique, les pays étaient indépendants, on ne pourrait pas les piétiner à ce point », il y a la logique de l'extraction des richesses en Afrique, comment elle détruit la vie des gens du Nord Kivu. L'article « Le salaire ou l'aumône: qu'est-ce qu'un État digne de ce nom »? c'est le récit d'une discussion qui a eu lieu autour d'un premier récit, qui s'appelait: « L'unité de mon pays, c'est cela ma lutte ». Dans cette discussion, on avait dégagé, à partir de ce qui avait déjà été dit et écrit, à quelles conditions on peut parler d'un État digne de ce nom. Et on avait retenu quatre points :
Écrire un récit nécessite de s'arrêter un peu, par exemple au fond d'un café, avec nous, et de raconter ce que l'on pense pouvoir dire de son expérience pendant qu'un autre questionne et prend des notes pour rédiger un premier texte qui ensuite est relu avec celui qui a donné le récit avant d'être imprimé dans le journal. Les récits sont singuliers, c'est une personne qui raconte son expérience et sa pensée, mais c'est aussi le socle d'une réflexion et d'un travail collectifs. C'est l'intérêt de l'existence du journal de pouvoir abriter et partager l'expérience de gens qui viennent de tous les pays d'Afrique. En le diffusant, on peut aussi transmettre aux jeunes l'expérience des plus âgés, aider ceux qui sont nés ici à se situer ici-même.
Créer un collectif autour de récits singuliers pour en partager la discussion avec d'autres ailleurs c'est s'engager dans un travail politique, c'est s'engager pour la politique, pour qu'il y ait parmi les gens de la politique, et donc aussi se défaire des faux semblants des fantômes qui sont là pour empêcher que de la politique commence.
Comme par exemple les élections et les discours sur la démocratie. Les élections sont un moyen de continuer la même chose, de continuer l'absence d'État et le pillage, c'est un feu clignotant pour accrocher et aveugler et empêcher que quoi que ce soit commence
De même aussi la forme purement idéologique de la critique qui est toujours retour aux mêmes constats comme si l'histoire de l'Afrique était gelée.
Et nous dirons de même sur la soi-disant parole de Dieu prêchée par les prédicateurs. Que veulent les prédicateurs qui disent qu'il faut s'en remettre à Dieu, que Dieu décide de tout, que « seul Dieu sauvera le Congo »? Qui les envoie, eux? Pourquoi dans leur porte-voix prêchent-ils la paralysie? La question de Dieu est une chose, la religion est une chose, les églises et les prédicateurs sont autre chose, il y en a de toutes sortes. L'Église avait pris le parti des Français contre l'UPC de Um Nyobe au Cameroun (rappelons les paroles de Jomo Kenyatta: « quand les blancs sont arrivés, nous avions des terres et eux la Bible, mais dix ans plus tard, nous avions la Bible et eux nos terres »). Quand il s'agit de politique, demandons-nous à chaque fois qui ils sont, ce qu'ils cherchent, ce qu'ils veulent.
Ce que nous voulons: un commencement de politique, un mouvement des idées parmi les gens, dans le peuple, à l'intérieur, très loin des soi-disant États, pour avoir un jour des États tels que l'indépendance soit une réalité.
Circulation écriture discussion du journal comme organisateur comme pour planter quelques pitons
Y écrire :
— des récits d'expérience, de discussions de voyages
— des points de vue sur ce que d'autres ont écrit
— l'histoire de la première vague de lutte pour l'indépendance, les grands ancêtres Um Nyobe Lumumba Modibo Keita
— ce qu'ils voulaient précisément ce que leur expérience leur histoires leurs échecs peut nous apprendre
Les promoteurs du
journal Pays Intervention Fleuve
novembre 2010