PAYS INTERVENTION FLEUVE – LE BUT DE CETTE INTERVENTION
Pays intervention fleuve, c’est le titre de notre journal : nous vous proposons de le lire, bien sûr, mais nous vous proposons aussi d’y travailler avec nous, par vos remarques, vos récits, vos critiques, et par l’écriture d’articles en commun.
Le but de ce journal est de parler de la question des pays, notamment ce pays-ci, la France, et les différents pays d’Afrique, et des rapports des pays entre eux, en portant en avant un principe fondamental : il y a un seul monde.
Il y a un seul monde. Partir de ce principe fondamental et en tirer les conséquences. Voilà ce pour quoi nous voulons faire propagande par notre journal. Voilà pourquoi il s’agit d’un travail politique prolongé parmi les gens, d’une longue intervention, une intervention-fleuve.
Ici en France est imposé comme allant de soi le principe contraire. Il faudrait que tout le monde considère qu’il y a deux mondes, que la séparation du monde en deux, monde riche et monde pauvre, est un fait qui va de soi, une évidence de base. Dans cette séparation, l’Afrique représente la terre de misère. Presque tous les jours cette représentation est martelée par le discours public et les médias, notamment la télévision.
Il y a bien une raison à cela, assez facile à deviner aujourd’hui. C’est en adhérant à une telle représentation que les gens se trouvent affaiblis, gouvernés par la peur, collés aux intérêts de leur bourgeoisie. C’est sur cette base qu’on trouve un Sarkozy.
Remarquez que l’Afrique est toujours représentée comme un bloc, une image générale de la pauvreté d’un « autre monde » que les gens doivent regarder avec frayeur. On dit toujours « l’Afrique », on ne parle pas de pays différents, de différentes situations. À l’autre extrémité, à la tête du monde riche est placée « l’Amérique ». On ne dit pas non plus qu’aux États-Unis vingt millions de gens vivent dans l’extrême pauvreté. Et, comme on a pu le voir pendant la campagne électorale, les médias, le discours dominant, parlent toujours comme d’une évidence du « déclin de la France ». Mais quel déclin, pour qui ? C’est qu’il s’agit de faire accepter aux gens d’ici que les plus pauvres soient appauvris et écrasés, que les droits qui ont été acquis par le passé, à la santé et à l’école, les droits du travail, soient rabotés. Et tant que les gens seront paralysés par la peur de voir le pays exclu du monde riche, du « bon monde » nous resterons dans la division et l’impuissance.
Contre cela nous avançons le principe : il y a un seul monde. Et dans ce monde, il y a des pays qui peuvent ou non avoir une politique qui va dans le sens de renforcer le droit des gens, et traiter les questions fondamentales qui intéressent tout le monde, justement. Nous avons pris l’exemple du droit fondamental de tous les gens à l’existence. Donc la question des maladies, de la santé. Nous nous sommes d’abord réunis à propos de l’épidémie du sida, qui touche le monde entier, et dans le monde entier, comme toutes les maladies, avant tout les plus pauvres. Nous avons dit : la France doit prendre ses responsabilités de pays vis-à-vis des autres pays touchés par l’épidémie. Nous avons mis en avant le mot d’ordre : la France doit fournir les traitements, au moins à ses anciennes colonies d’Afrique.
La propagande dominante, au contraire, martelée tous les jours par la télévision, la propagande pour la représentation de la division en deux mondes où l’Afrique est montrée comme la terre de misère qui fait peur, déclare que la santé en Afrique relèverait d’associations, que ce serait une question de charité ou d’aides, et pas du tout une question à l’échelle des pays et des rapports entre les pays. Or, la santé relève de la politique d’État. Y en a-t-il beaucoup parmi les gens ici en France qui souhaiteraient que la santé ne soit plus affaire d’État mais soit confiée aux soins de la charité privée ?
On voit avec cet exemple combien il importe de proposer un même principe pour tous, de tenir qu’il y a un seul monde, et de se préoccuper de la question des pays. Ici à Château-Rouge, beaucoup des gens qui passent connaissent le monde et différents pays du monde, la France et d’autres pays. Beaucoup, à partir de leur expérience, réfléchissent aux pays et à ce que deviennent les pays. C’est pourquoi ce journal, Pays intervention fleuve, s’enracine ici, et nous vous proposons de collaborer avec nous à ce journal pour propager cette vérité à la fois de principe et réelle, qui est aussi un mot d’ordre : il y a un seul monde. Ce qui mesurera dans le long temps l’avancée de cette vérité, c’est une plus grande capacité d’union ici entre les gens, une résistance plus grande à la séparation à l’intérieur du pays même, entre les gens avec ou sans papiers, tout particulièrement. C’est plus de force et de confiance.
Le travail de rédaction du deuxième
numéro est en cours. Nous vous appelons à y contribuer.
Les articles déjà écrits ou en projet sont :
– un article qui fait suite aux deux récits du no 1, sur le Congo et le Cameroun. L’article s’appelle : « Le salaire ou l’aumône ? » À partir d’une discussion sur le Congo, on y définit ce qu’on appelle le rapport colonial au travail – sa persistance en RDC, son arrivée en France avec la question des papiers. Qu’est-ce qu’un État digne de ce nom ?
– un nouveau récit sur le Congo : sur ce qui s’est passé dans l’est du pays, notamment pour les habitants des forêts, et pour ceux qui travaillaient par force dans les mines.
– un article sur le Brésil : qu’est-ce qui a contribué à la mise en place d’une politique d’accès aux soins pour tous au Brésil ? Qu’est-ce qui freine peut-être la mise en place promise par le Brésil d’un accès aux soins pour tous dans d’autres pays ? Question sur le Brésil et Haïti.
– un article sur ce qu’est selon nous l’intervention politique prolongée, sa précision et sa patience (« le fleuve et la navigation sur le fleuve »).
Collectif politique sida en Afrique : la France doit fournir les traitements
Suppl. à Pays intervention fleuve (ISSN en cours)
Notre site internet : http//www.entretemps.asso.fr/Sida
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