Notre journal « PAYS INTERVENTION FLEUVE »
propose de penser la question des pays et du droit des gens
À partir du principe : IL Y A UN SEUL MONDE

 

Nous pensons que la question du rapport à l’Afrique est décisive. La désorientation générale est liée à l’acceptation de l’image de l’Afrique comme terre de misère. Cette fausse évidence misérabiliste interdit en fait d’appréhender tout ce qui concerne l’Afrique d’un point de vue politique, faisant de l’Afrique un « monde » à part. Le « consensus » français, et donc la faiblesse actuelle face au sarkozysme, trouvent leur racine en ce point. Sur cette vision de l’Afrique comme monde à part se construit le rapport aux « Africains » comme multitude menaçante des pauvres – ou comme réserve inépuisable de main-d’œuvre. Et à présent il y a, semble-t-il, la tentative, ici, à Émerainville, de construire la représentation américaine du « noir ». C’est du moins ce qu’indique un article du journal le Monde et c’est pourquoi nous avons décidé d’intervenir ici avec ce tract.

 

AMERICA ÉMERAINVILLE : LA PROMOTION DU SARKOZYSME PAR « LE NOIR »

Dans le journal le Monde du 24 juin dernier, Émerainville était présenté comme un lieu d’avant-garde de l’Amérique en France. On y parlait carrément de « tensions raciales », on signalait l’inscription « Bronx » sur une porte de garage. Puis arrivait le mot « noirs », on parlait de « l’école des petits noirs » comme de quelque chose d’inquiétant et devant être évité… On voit là un exemple de la « rupture » sarkozyenne. C’est mal et honteux d’être pauvre et c’est la faute des pauvres si ils sont pauvres. Doctrine américaine. L’article du Monde disait : à Émerainville il y a d’un côté des habitations qui ont fière allure, mais au Clos-Emery c’est moche et déglingué, il y a des « difficultés sociales ». Jusqu’ici en France ça ne se faisait pas trop de montrer du doigt ceux qui ont des « difficultés sociales ». Mais là, le maire a, paraît-il, désigné le Clos-Emery, où habitent ceux qui ont moins de moyens, comme « îlot africain ». Les plus pauvres sont des noirs. Puisqu’ils sont noirs, c’est normal qu’ils soient pauvres, et, en tant que noirs, leur pauvreté est de leur faute et elle est dangereuse pour les autres. Puisqu’ils sont noirs, ils méritent d’être pauvres. Mais inversement, puisqu’ils sont pauvres, ils méritent d’être désignés par leur couleur de peau, d’être montrés du doigt comme noirs donc dangereux et l’endroit où ils vivent d’être appelé « ghetto ». La couleur de peau désigne la pauvreté comme faute, la pauvreté désigne la couleur de peau comme faute. Voilà la boucle américaine.

Le racisme fait partie de l’histoire américaine, de même que dans cette histoire, les pauvres sont désignés comme coupables de leur pauvreté, et l’État n’a à se charger de rien.

Aux États-Unis, tous les gens réfléchis voudraient que l’Amérique prenne modèle sur la France, du moins ce qu’elle était. Est-il vraiment souhaitable d’américaniser la France ? Pour Sarkozy, d’accord, la réponse est oui, il est là pour ça. Pour Sarkozy, valet de pied des 0,01 % de Français les plus riches, qui ont vu leurs revenus augmenter de 42 % dans les dernières années, c’est ça le programme. Rendre l’oligarchie des riches encore plus riche, privatiser tout ce qui peut encore l’être, casser les minima et les services sociaux et désigner les pauvres comme paresseux responsables de leur pauvreté.

Sarkozy soit, mais le ralliement à Sarkozy ?

 

LE SARKOZYSME : LA PROMOTION DE L’EXPLOITATION ET DE L’ÉGOISME
EN SE SERVANT DES « AFRICAINS »

Pour servir les plus riches, il faut augmenter le taux de la plus-value, donc allonger le temps de travail, augmenter les cadences. Il y a de quoi enthousiasmer les « travailleurs » ? C’est l’opération de la séparation qui assure que vous en profiterez aussi, car Sarkozy fera suer le burnous encore bien plus aux travailleurs du bas de l’échelle. Les travailleurs du bas de l’échelle sont toujours les derniers arrivés, autrefois auvergnats ou bretons, polonais, espagnols, marocains, aujourd’hui africains, ils sont sur les chantiers, au nettoyage, etc.

Afin de les exploiter pour rien, on s’en prend aux familles, aux femmes et aux jeunes. Il faut le travailleur tout seul, et sans papier, donc sans aucune protection et sans droit même à la retraite. On le paye une misère et on lui vole même ses cotisations : c’est ça un ouvrier à qui on interdit de faire venir sa famille et qu’on prive de papiers. Mais Sarkozy les veut aussi comme instrument de propagande.

Il a fait un ministère spécial pour ça, un État dans l’État, une police spéciale pour les Africains en fait, afin de les désigner comme ceux qu’on a le droit de maltraiter et dire à tous les autres, vous êtes au-dessus d’eux, donc avec moi, vous avez le droit de profiter d’eux, vous êtes aussi des profiteurs et c’est ça votre identité.

Nous, nous n’allons pas discuter ça du côté « intérêt ». Nous ne dirons pas « lui aujourd’hui, toi demain », comme le faisaient avant les syndicats. La division et la séparation ne se combattent pas par l’intérêt, l’intérêt toujours sépare, chacun le sait. Mais nous nous demandons : d’où vient cette paralysie dans les esprits devant le sarkozysme, comme d’une bestiole devant le serpent, quel est le poison paralysant dans la pensée, dans les consciences ? Là-dessus nous pensons que le rapport de pensée et d’image à l’Afrique joue un rôle essentiel.

 

LE RAPPORT À L’AFRIQUE : LA VOLONTÉ D’INTERDICTION DE LA POLITIQUE

Se passe-t-il un seul jour sans que la télé, le journal, interviennent pour montrer la misère africaine ? Pour inspirer avec la terre et les visages d’Afrique la pitié et l’horreur ? Et pourquoi cela ? Nous pensons que chez nous en France, la propagande sur l’Afrique terre de misère, terre à part, est le socle, la base de la propagande paralysante. L’Afrique sert à faire peur, l’Afrique sert à convaincre qu’il n’y a pas un monde mais plusieurs mondes, elle est l’image de « l’autre monde » qu’on a la chance de ne pas habiter, dont Sarkozy prétend nous protéger.

Or, c’est un choix d’imposer cette vision de l’Afrique, où les gens sont obligatoirement réduits à leur corps et au malheur du corps. Ce qui n’est jamais montré, et on ne doit même pas soupçonner que ça pourrait être, c’est : politique et conflits politiques, choix, construction ou au contraire destruction des États. L’Afrique représente le monde pauvre. Et dans le monde pauvre, nous dit-on, il n’y a pas de politique. Il n’y a que la pauvreté. Les pauvres ne pensent pas, ils ne font que subir, la misère ou la charité. La vérité de ce choix, c’est bien une politique, une politique qui veut garder la mainmise sur l’Afrique. Voyez le dernier épisode, le Darfour, la guerre au Soudan. De quoi s’agit-il ? Passez votre chemin, il n’y a rien à comprendre, rien que de la misère et de l’humanitaire, Sarkozy et Kouchner s’en occupent, ils viennent de réunir pour cela une conférence à Paris... sans un seul africain !

Le fait est qu’en réduisant un continent entier, le plus lié à nous, à n’être que l’effrayante image de la misère, on devient un peu faible d’esprit et de courage, prêt à ne voir dans les questions mondiales qu’un hochet climatique, à accepter la séparation dans notre pays et à se trouver coi devant le sarkozysme.

Nous proposons, quant à nous, juste un autre éclairage, à la lumière de ces principes : il y a un seul monde ; il y a partout des gens qui ont tous droit à vivre et sont capables de penser – et pour nous c’est une chance. Et il y a des pays, qui peuvent ou non aller de l’avant en ce qui concerne le droit des gens. À voir les choses ainsi, on est beaucoup moins seul. Et on peut travailler à construire une pensée de la situation présente, ici et ailleurs, qui peut être partagée, qui porte un point de vue d’unité.

 

 

 

Collectif politique sida en Afrique : la France doit fournir les traitements

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